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Contraception et adolescence : où est donc passé le "médecin de famille" ?


Médecine. Volume 2, Numéro 2, 90-1, Février 2006, Vie professionnelle



Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée, Yves Le Noc , .

Mots-clés : contraception, adolescence, préservatif, IST, éducation

ARTICLE

  Deux articles sont consacrés à la contraception chez l'adolescent dans ce numéro de Médecine. Le premier est un travail de recherche [1] fait par une jeune sage-femme dans le cadre de son mémoire de fin d'études. Au cours de son stage dans un service d'orthogénie, elle a rencontré, en deux semaines, plusieurs adolescentes pour lesquelles la grossesse résultait d'une erreur de contraception. Ces rencontres lui ont suggéré les questions auxquelles tente de répondre son enquête : que savent les adolescents de la contraception et comment mettent-ils en pratique leurs connaissances ? Cela concerne tous les professionnels de soins primaires. ÃÄ ce titre, Médecine vous en propose aujourd'hui la lecture, d'autant que les médecins semblent étrangement absents du discours des adolescents. Le second reprend les points-clés de la recommandation de l'Anaes concernant plus particulièrement les adolescentes [2]. Dans les deux cas, les conclusions sont identiques : la priorité est de réduire au maximum le risque de grossesse non prévue, donc d'IVG, et de sida dans cette population jeune ou très jeune ; pourtant, les deux conditions préalables d'éducation sexuelle et de promotion effective de la contraception, y compris en « rattrapage », sont loin d'être remplies de manière satisfaisante.

Qu'en est-il de l'approche éducative ?

Aucune intervention de type éducatif n'a montré d'impact significatif sur l'ÃÊge des premiers rapports sexuels, sur l'utilisation d'une méthode contraceptive et sur la survenue de grossesses chez les adolescentes [3]. Ces résultats s'expliquent probablement en partie par différentes faiblesses des études retenues. Pourtant, des programmes reposant sur plusieurs approches simultanées, individuelles et collectives, surtout lorsque l'accès aux services de planification familiale était facilité, ont pu montrer une efficacité certaine (niveau de preuve 1) [4]. Les programmes d'éducation sexuelle ou de prévention du sida en milieu scolaire peuvent améliorer non seulement les connaissances mais aussi l'usage des méthodes contraceptives (y compris les préservatifs) [5]. C'est ce qui apparaît dans l'enquête présentée dans ce numéro, même si les connaissances ­ théoriques et pratiques ­ qui en découlent paraissent tout à fait insuffisantes. D'après les textes en vigueur, ces programmes restent très discrets en milieu scolaire. Les séances obligatoires instaurées en 1998 avaient une durée annuelle minimale de deux (!) heures [6]. Le décret d'application de la loi relative à l'interruption volontaire de grossesse et à la contraception en 2001 [7], puis la circulaire relative à la sexualité dans les écoles, collèges et lycées en 2003 [8] sont venus renforcer cette disposition en instituant la réalisation chaque année de trois séances « obligatoires » d'éducation à la sexualité par « groupe d'ÃÊge homogène ». L'enquête de S. Bennia-Bouraï et al. montre que les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs. La recommandation de 2004 a identifié quatre critères nécessaires à l'efficacité de ces programmes : qu'ils soient concentrés sur des objectifs spécifiques ; que les interventions soient répétées ; qu'elles soient complémentaires et cohérentes avec les autres ressources disponibles ; qu'enfin soient formés des intervenants ou « facilitateurs de proximité » démographique (notamment l'ÃÊge pour les interventions menées par des pairs).

Peut-on améliorer les pratiques contraceptives ?

Les adolescents, dans l'enquête de S. Bennia-Bouraï et al., comme dans celle du Baromètre santé jeunes 97-98 [9] n'utilisent pas systématiquement la contraception, multiplient les rattrapages « d'urgence » et subissent des échecs, en particulier du fait d'un nombre anormalement élevé d'« accidents » de préservatif, comme le relevait Nisand en 2000 [10]. La vente de lévonorgestrel, avec ou sans ordonnance, augmente régulièrement, ce qui montre que la contraception d'urgence hors prescription médicale obligatoire répond bien à une réelle demande des femmes, en rapide progression [11]. De janvier à août 2002, où le dispositif de délivrance aux mineures a été mis en oeuvre, l'Assurance-maladie fait état de la prise en charge de plus de 25 000 boîtes, auxquelles il faut ajouter celles qui sont délivrées en dehors du dispositif, soit plutôt environ 35 000 pour les huit premiers mois de la seule année 2002.

La priorité n'est pas de banaliser l'imprévu, mais bien d'informer sur toutes les mesures préventives possibles, au moment le plus opportun, c'est-à-dire au tout début de la vie sexuelle. Il est essentiel de faire connaître la contraception d'urgence, dans un ensemble de connaissances sur la sexualité et la reproduction. Il reste impératif de recommander l'usage du préservatif comme seule méthode de prévention du risque infectieux, malgré ses insuffisances évidentes à cet ÃÊge : la double protection, préservatif plus contraception orale, doit être conseillée tant qu'une stabilité dans la relation n'est pas acquise, même si les études observationnelles montrent que le préservatif est alors généralement rapidement abandonné. Tout recul de ce simple message reste jusqu'ànouvel avis porteur de mort... Comme le souligne Nisand, si l'IVG de la femme adulte traduit souvent une ambiguïté face àla reproduction et un désir inconscient de grossesse, l'IVG de la femme jeune recouvre habituellement un manque de connaissances. Il ajoute que « pour des raisons psychologiques évidentes, ni les parents, ni les enseignants (qui sont des âÄúpro-parentsâÄÌ) ne sont bien placés pour aborder aisément et au bon moment (c'est-à-dire avant les premières expériences sexuelles) les conseils élémentaires et les précautions qui permettent d'éviter les grossesses non désirées. C'est donc le corps médical au sens large qui doit remplir ce rôle » [10]. Pharmaciens, infirmières scolaires, intervenants sociaux et médecins sont tous concernés. Dans l'enquête auprès des lycéens de Caen, aux questions « qui t'a informé sur la contraception ? » et « si tu avais besoin d'informations ponctuelles et précises sur la contraception, àqui irais-tu poser la question ? », les adolescents ne citaient leur médecin de famille que très rarement (5 fois sur 232 pour la première question, 4 fois sur 232 pour la seconde). Nous avons làun énorme point d'interrogation. La réponse n'est pas forcément surprenante ou choquante : le médecin de famille, justement parce qu'il est le médecin « de la famille » n'est pas toujours le mieux placé aux yeux de l'adolescente pour les premières demandes de pilule. Mais il y a làmatière àréflexion.

Références

Bennia-Bouraï S, et al. Contraception et adolescence. Une enquête un jour donné auprès de 232 lycéens (Caen). Médecine 2006;5:84-9.

La rédaction de Médecine. La contraception de l'adolescente. Les points-clés de la recommandation. Médecine 2006;5:76-9.

DiCenso A, Guyatt G, Willan A, Griffith L. Interventions to reduce unintended pregnancies among adolescents : systematic review of randomised controlled trials. Br Med J 2002;324(7351):1426-30.

Lister-Sharp D, Chapman S, Stewart-Brown S, Sowden A. Health promoting schools and health promotion in schools: two systematic reviews. Health Technol Assess 1999;3(22).

Kirby D, Short L, Collins J, Rugg D, Kolbe L, Howard M, et al. School-based programs to reduce sexual risk behaviors: a review of effectiveness. Public Health Rep 1994;109(3):339-60.

Circulaire no 98-234 du 19 novembre 1998. ÃÈducation à la sexualité et prévention du sida. Bull Off ÃÈduc nat 1998; 10 décembre.

Décret no 2001-258 du 27 mars 2001 pris en application de la loi no 2000-1209 du 13 décembre 2000 relative à la contraception d'urgence. Journal Officiel 2001;28 mars:4825-6.

Circulaire no 2003-027 du 17 février 2003. L'éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées. Bull Off ÃÈduc nat 2003;27 février.

Dressen C, Guilbert P, Gautier A. Vie affective et sexuelle. In: Arènes J, Janvrin MP, Baudier F, éd. Baromètre santé jeunes 97/98. Vanves: CFES; 1998 (p. 119-31).

Nisand I. L'IVG en France. Quelques propositions pour l'avenir. In: Cohen J, Madelenat P, Lévy-Toledano R. Gynécologie et santé des femmes : quel avenir en France ? Levallois-Perret : ÃÈditorial assistance; 2000. Disponible sur : www.cngof.asso.fr/d_cohen/co0.htm

DREES. Les interruptions volontaires de grossesse en 2002. ÃÈtudes et Résultats. 2004;348:1-7.


 

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