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La contraception de l'adolescente : les points-clés de la recommandation (Afssaps-Anaes-Inpes décembre 2004)


Médecine. Volume 2, Numéro 2, 76-9, Février 2006, Référentiels


Résumé  

Auteur(s) : La rédaction de Médecine, .

Résumé : Quels sont les problèmes spécifiques de la contraception chez l'adolescente ?Les modifications physiques et l'acquisition de la capacité physiologique de se reproduire remanient profondément son identité, ce qui peut entraîner différents types de réaction : refus, intellectualisation, comportements à risque. Développés comme moyen de régulation et de défense psychique, ils marquent l'entrée dans la "crise de l'adolescence". S'opposent ainsi chez la jeune fille sa sexualité, la norme et le risque de procréation. L'utilisation d'une contraception est ambivalente : d'une part, elle protège l'adolescente d'une grossesse par certains côtés non désirée, d'autre part elle l'empêche d'assumer une situation à responsabilité. Pour toutes ces raisons, la "scène contraceptive" diffère de celle de l'adulte. Ce sont ces particularités qui sont reprises ci-dessous, extraites de la recommandation "stratégies de choix des méthodes contraceptives chez la femme".

Mots-clés : contraception, adolescence, préservatif, éducation

ARTICLE

Point-clé 1 : la première consultation de contraception

Les adolescentes peuvent avoir des difficultés à aborder le sujet. Il peut être utile pour le professionnel de santé de prendre l'initiative d'orienter l'entretien sur le sujet. Très schématiquement, l'objectif sanitaire est triple :

­ éviter une grossesse non voulue et le sur-risque associé chez les adolescentes les plus jeunes ;

­ Ã©viter le traumatisme d'une éventuelle interruption volontaire de grossesse (IVG) ;

­ prévenir une infection sexuellement transmissible.

Le groupe de travail a souhaité attirer l'attention sur plusieurs points :

1. L'adolescente sera reçue sans ses parents. L'entretien est confidentiel : la confidentialité libère la parole, permet d'établir une relation de confiance et de bien évaluer quelle est la demande et de qui elle provient. Elle est l'un des garants de la qualité de la relation. Depuis 2001, la loi dispense le médecin de notifier aux parents une prescription contraceptive à une mineure.

Pour autant, l'évocation des parents dans la conversation reste tout aussi essentielle : un adolescent aura généralement plus de mal qu'on ne le croit à agir en désaccord avec ses parents et un agrément des parents sur la contraception pourrait être un gage de meilleure observance. Des questions sur le fonctionnement familial, éventuellement répétées à chaque entretien, permettront à l'adolescente de réfléchir sur le dialogue (ou son absence) avec ses parents et de percevoir que cette position peut évoluer dans le temps.

2. En l'absence de symptômes qui le justifient, l'examen gynécologique n'est pas nécessaire lors de la première consultation. L'examen gynécologique est dénué de logique de dépistage chez une jeune fille vierge. Chez une jeune fille ayant déjà eu des rapports sexuels, l'examen gynécologique complet, s'il est recommandé, ne doit pas conditionner la prescription d'une contraception orale : dans ce groupe d'ÃÊge, le taux d'infections sexuellement transmissibles (IST) attendu est très bas alors que le risque de grossesse est élevé. La première consultation permet d'expliquer l'examen et de discuter des réticences de l'adolescente sur le sujet.

De plus, sous couvert d'un interrogatoire systématique sur les antécédents personnels ou familiaux (HTA, diabète, hyperlipidémie, migraine, accidents thromboemboliques), d'un examen clinique normal et en l'absence de problème médical familial ou personnel repéré, les examens sanguins peuvent également être programmés pour une consultation ultérieure.

3. Il importe de rester neutre et de ne pas avoir d'a priori, ni sur l'activité sexuelle des adolescents ni sur leur désir voire leur intention délibérée d'un enfant ànaître.

 

Encadré 1.

La consultation contraceptive de l'adolescente

• Ne pas éluder (et aborder) les véritables questions de l'adolescente : éventualité d'un projet àvenir d'une grossesse ou d'un bébé, ou représentations sur le sujet.

• La rassurer sur sa normalité, commenter, expliquer (une fois réalisé, l'examen gynécologique sera un vecteur de réassurance considérable de l'adolescente sur son corps sexué, son intégrité et sa santé).

• Travailler avec elle la manière de répondre àune demande insistante d'avoir des rapports sexuels si elle n'en a pas envie, notamment lorsque ceux-ci pourraient être non protégés et/ou forcés.

• La laisser exprimer ses préférences et réticences face aux diverses options : aborder la question des freins àl'utilisation de la (ou des) méthode(s) choisie(s), notamment l'opinion de son partenaire, les aspects concrets (achat ou approvisionnement, accessibilité des services), les représentations sur les méthodes possibles, les risques fondés ou non, l'observance, de manière prospective (pense t'elle que la méthode lui sera adaptée ?) ou rétrospective lors des différents entretiens (afin de réévaluer son choix).

• Décrire soigneusement la méthode : son efficacité, ses bénéfices, y compris non contraceptifs, ses effets indésirables ou inconvénients, les routines quotidiennes àinstaurer en cas de choix d'une pilule, les informations sur les préservatifs, sur les IST, sida inclus.

• Informer sur la conduite àsuivre en cas d'oubli de pilule, de non-utilisation ou de rupture d'un préservatif et sur les méthodes de rattrapage possibles (cf. point-clé 3).

 

L'adolescence est un moment de croissance sociale et cognitive. La communication et le conseil à l'adolescente obéissent de ce fait à des « règles » bien spécifiques :

­ ne pas être « intrusif » : questionner graduellement l'adolescente sur ses habitudes de vie ;

­ Ãªtre « ouvert » et positif : les adolescents apprennent mieux lorsqu'ils se sentent compétents, c'est-à-dire quand on insiste sur leurs réussites plutôt que sur leurs échecs ;

­ Ãªtre disponible, empathique et faire preuve d'écoute, surtout si l'adolescent ne peut pas discuter de ces sujets avec sa famille ou ses amis ;

­ favoriser le dialogue : pour permettre à l'adolescent de verbaliser et d'expliquer ses questions et ce qui est important pour lui (problème : cela prend du temps) ;

­ Ãªtre bref et concret, veiller à ne pas mobiliser la parole : si le soignant parle plus d'une minute, c'est que la relation a pris un style didactique...

La contraception chez une adolescente nécessite une planification et un suivi régulier et rapproché. Ce suivi est indispensable surtout au cours de la première année, pour discussion, explication et changements éventuels. Les modifications rapides de la vie affective et sexuelle (style de vie, ambivalence, brièveté des liaisons, imprévisibilité des rapports, ruptures, réconciliations, etc.) entraînent des modifications rapides des besoins contraceptifs.

Point-clé 2 : les méthodes préférentielles de contraception chez l'adolescente

Le préservatif masculin et la contraception hormonale, surtout oestroprogestative, sont les deux méthodes de première intention àl'adolescence, éventuellement associées si l'objectif est d'apporter une protection àla fois contraceptive et contre les infections sexuellement transmissibles (encadré 2) ou si l'on craint une non-utilisation ou des difficultés de manipulation des préservatifs.

Encadré 2.

Adolescente et risque infectieux

Il a été constaté ces dernières années une recrudescence de la syphilis, des gonococcies et des infections àChlamydia trachomatis. Dans les dernières études répertoriées, les taux de prévalence d'infections àC. trachomatis les plus élevés concernaient les moins de 25 ans (de 2,5 à18,8 % selon les études). Pour les gonococcies, en 1999, 14 % des souches isolées chez 28 femmes contaminées provenaient de jeunes femmes de moins de 20 ans. Les prévalences de HPV dans le dépistage des lésions cancéreuses et précancéreuses du col de l'utérus sont le plus élevées pour les tranches d'ÃÊge inférieur à 30 ans (20 % pour les moins de 20 ans dans une étude, 20,4 % pour les 16-24 ans dans une autre étude).

La contraception oestroprogestative, quelle que soit sa forme, présente, outre son efficacité contraceptive, l'avantage d'avoir des effets bénéfiques en cas de dysménorrhée, syndrome prémenstruel, ménorragie, kystes fonctionnels de l'ovaire et acné (plutôt fréquents àcet ÃÊge). Les risques cancéreux et cardio-vasculaires sont exceptionnels àcet ÃÊge (encadré 3).

 

Encadré 3.

Adolescente et « pilule »

• Aucune donnée ne permet, en termes d'efficacité contraceptive et de contrôle du cycle, de privilégier la prescription d'un type particulier de pilule oestroprogestative (selon sa génération ou son caractère mono-, bi-, ou triphasique). La notion de « climat hormonal » est difficile àapprécier et varie en fonction de la réceptivité de chaque femme, ce qui peut conduire àdes adaptations de la prescription en fonction de la tolérance individuelle àla pilule testée. En pratique, en cas de signes pouvant évoquer une hyperoestrogénie (mastodynies, syndrome prémenstruel, règles abondantes, fréquentes et/ou douloureuses, etc.), deux conduites sont possibles : soit diminuer la dose d'oestrogène, soit rechercher une pilule pouvant apporter un climat progestatif plus dominant.

• Bien que la pratique ait consacré l'activité contraceptive des spécialités Diane® et de ses génériques, ces médicaments ne disposent pas de l'indication « contraception » dans leur AMM. En conséquence, leur prescription, avec un objectif contraceptif, relève de la responsabilité propre du prescripteur. Lorsque les effets contraceptif et antiacnéique sont recherchés de manière conjointe, il est recommandé de privilégier l'une des pilules qui disposent de la double AMM « contraceptif et antiacnéique » (actuellement : Tricilest® et Triafémi® pour l'acné légère et modérée).

• Toutes les générations de pilules oestroprogestatives sont associées àune augmentation du risque d'accident thromboembolique. Les données de la littérature semblent indiquer que des différences substantielles pourraient exister quant àla nature du risque thromboembolique, veineux ou artériel, en fonction du type de progestatif (2e ou 3e génération) et de la dose d'éthinyl-estradiol, mais ces études ne permettent pas de conclure en raison de biais de sélection majeurs. Le plus grand danger en prescrivant une contraception oestroprogestative est d'ignorer la présence de facteurs de risque cardio-vasculaire associés pour lesquels elle est contre-indiquée.

La contraception microprogestative peut être préférée àune contraception oestroprogestative, si la jeune fille ne présente pas d'indication particulière (telle que kystes fonctionnels de l'ovaire, acné, etc.) et supporte bien ce type de contraception et surtout indiquée si la contraception oestroprogestative est contre-indiquée. Elle expose àdes difficultés prévisibles d'observance et àdes anomalies menstruelles souvent mal supportées àcet ÃÊge.

En cas de problèmes d'observance répétés ou si l'adolescente est àhaut risque d'inobservance (encadré 4), il est recommandé de proposer et de discuter des avantages et des inconvénients de méthodes contraceptives qui pourraient être plus adaptées, par exemple l'implant àl'étonogestrel ou le dispositif transdermique hormonal.

 

Encadré 4.

Facteurs spécifiques de l'adolescence associés avec la non-utilisation ou l'inobservance contraceptives

• Influence défavorable des parents et absence de communication sur le sujet avec la mère. L'éducation des parents peut àce titre conduire àl'utilisation d'une contraception par les adolescentes au premier rapport.

• Déscolarisation.

• Ã‚ge plus jeune, forte différence d'ÃÊge avec le partenaire, entrée récente dans la vie sexuelle.

• Difficultés d'accès àla contraception (par exemple non-disponibilité àproximité de structures de planification familiale ou coût de la contraception).

• Manque d'estime pour soi-même.

• Sentiment de culpabilité lié àun questionnement sur la légitimité de sa sexualité, se traduisant parfois par une gêne àse procurer la méthode ou une gêne àl'utilisation de méthodes moins adaptées telles que les méthodes naturelles.

 

Le dispositif intra-utérin (DIU) est utilisable chez les adolescentes (encadré 5).

 

Encadré 5.

Adolescente et DIU

Après la puberté, l'utérus mesure 5 à8 cm de longueur, 1,5 à3 cm de largeur et 2 à4 cm d'épaisseur au niveau du corps. Sa taille peut donc se révéler compatible avec l'utilisation de certains DIU (Sertalia®, et les formes courtes (short loop) du Multiload® Cu-375 et de l'UT N 380®). L'utilisation en est cependant limitée compte tenu du fait qu'il s'agit d'une population considérée àrisque élevé d'IST et des difficultés d'insertion liées àla nulliparité et àla fragilité du col de l'utérus chez l'adolescente.

Les méthodes de stérilisation sur mineures ne sont pas autorisées par la loi.

Les méthodes qui nécessitent des manipulations vaginales ou gênent la spontanéité de la relation (diaphragme, cape, préservatif féminin, spermicides) ne doivent être envisagées qu'avec prudence chez les adolescentes dans la mesure où celles-ci, comme d'autres femmes, pourraient être dérangées ou perturbées dans leur sexualité.

Les méthodes « naturelles » ne sont pas adaptées aux adolescentes en raison de l'irrégularité de leur cycle et de leur indice de fertilité élevé.

Point-clé 3 : la contraception de rattrapage

Dès la prescription ou la délivrance d'une méthode contraceptive, l'adolescente doit être informée préventivement des possibilités de rattrapage (encadré 6) en cas de rapport non ou mal protégé, de leur efficacité et de leurs conditions d'accès. La prescription d'une contraception d'urgence en avance pour pallier un éventuel échec n'est àenvisager qu'au cas par cas.

Encadré 6.

Que faire en cas de décalage ou d'oubli de pilule ?

Dans tous les cas :

• Prendre immédiatement le comprimé oublié.

• Poursuivre le traitement àl'heure habituelle, même si 2 comprimés doivent être pris le même jour.

Si le décalage excède 3 heures (pilule microprogestative*) ou 12 heures (pilule combinée) :

• En cas de rapport sexuel dans les 7 jours suivants, utiliser simultanément une seconde méthode contraceptive non hormonale (par exemple des préservatifs).

• En cas de pilule combinée, si cette période de 7 jours s'étend au-delàdu dernier comprimé actif de la plaquette en cours, démarrer la plaquette suivante dès le jour qui suit la prise du dernier comprimé de la plaquette en cours.

Par précaution, si un rapport sexuel a eu lieu dans les 5 jours précédant l'oubli ou si l'oubli concerne au moins 2 comprimés, utiliser une méthode de rattrapage (si le délai d'efficacité de cette méthode n'est pas dépassé) (accord professionnel).

Lorsqu'un oubli de pilule se renouvelle trop fréquemment ou qu'il est constaté un réel manque d'observance, il est recommandé d'envisager une méthode moins sujette aux problèmes d'observance (DIU, dispositif transdermique hormonal, implant hormonal, etc.).

* Sauf mention spéciale de l'AMM.

 

Il est recommandé d'utiliser la méthode par progestatif seul (lévonorgestrel : Norlevo®/Vikela®), qui est plus efficace, présente moins d'effets secondaires, et n'a aucune contre-indication plutôt que la méthode oestroprogestative Yuzpe. L'efficacité de la contraception d'urgence progestative n'atteint pas 100 % : elle varie de 95 % lorsque la prise est réalisée avant 24 h après le rapport non protégé à58 % lorsqu'elle est réalisée entre 48 et 72 h. Elle est inefficace en cas de grossesse débutante.

Suite à la prise d'une contraception d'urgence, il est recommandé de conseiller à la consultante d'adopter une méthode contraceptive efficace (préservatifs) jusqu'à la fin du cycle en cours et de réaliser un test de grossesse si les règles ne surviennent pas dans les 5 à 7 jours après la date attendue.

La pose d'un DIU au cuivre est à considérer comme la méthode la plus efficace en cas de rapport non protégé (taux d'échec de 0,1 à 0,2 %, quel que soit le moment du cycle, et avec un délai de pose possible jusqu'à 5 jours après la date estimée de l'ovulation).

La contraception d'urgence hormonale peut être obtenue sans ordonnance et de manière anonyme en pharmacie (où elle est gratuite pour les mineures qui en font la demande), en centre de planification familiale ou dans les infirmeries scolaires. Le DIU ne peut être posé que lors d'une consultation médicale.

 

En résumé : la contraception chez l'adolescente

­ L'adolescente doit être reçue sans ses parents. L'entretien est confidentiel. Pour autant, l'évocation des parents au cours de la consultation reste tout aussi essentielle.

­ En l'absence de symptômes qui les justifieraient, les examens gynécologiques et sanguins ne sont pas nécessaires lors de la première consultation.

­ L'adolescence est un moment de croissance sociale et cognitive. La communication et le conseil àl'adolescente obéissent de ce fait àdes « règles » bien spécifiques, notamment de neutralité et d'absence d'a priori, auxquelles il est indispensable de se former.

­ La contraception chez une adolescente nécessite une planification et un suivi particulier et rapproché.

­ Le préservatif masculin et la contraception hormonale, surtout oestroprogestative, sont les deux méthodes de première intention, éventuellement associées.

­ Dès la prescription, l'adolescente doit être informée préventivement des possibilités de rattrapage en cas de rapport non ou mal protégé.

 

1. Le texte intégral de cette recommandation est disponible gratuitement en ligne àl'adresse : www.has-sante.fr


 

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