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Alcool : quels intervenants pour quelle action ?


Médecine. Volume 1, Numéro 3, 119-20, Décembre 2005, Stratégies


Résumé  

Auteur(s) : Patrick Émeriaud, Pierre Gallois , Société française de documentation et de recherche en médecine générale - unadoc@wanadoo.fr .

Résumé : La dépendance à l'alcool est moins une maladie d'organes qu'une maladie de l'individu et une maladie sociale. C'est en cela qu'elle se distingue de la plupart des autres secteurs de la médecine. Comme nous l'avons développé précédemment [1], le sevrage thérapeutique n'a de sens que s'il est inclus dans un accompagnement avant et après. Cet accompagnement est d'abord le fait d'intervenants médicaux : le généraliste et des intervenants spécialisés, hospitaliers ou ambulatoires \; puis de la famille, qui a un rôle déterminant, sous de nombreux angles, de divers organismes (services sociaux, judiciaires, professionnels...), des mouvements d'anciens malades dont la place est parfois considérable. Face à ces intervenants aux logiques souvent contradictoires, le médecin de famille peut être soumis à toutes sortes de pressions. La remise en cause de son pouvoir, les ruptures de confidences, les dangers de manquements aux règles du secret médical sont les problèmes les plus délicats à gérer. "Pour rester à l'écoute de tous, il (le médecin de famille) est contraint de ne rien transmettre de ce qu'il entend et qui pourrait compromettre la qualité de l'accompagnement mis en place"[2].

Mots-clés : addiction, alcool, alcoolodépendance, aidant

ARTICLE

Quels intervenants médicaux ?

La mise en place de structures spécialisées en alcoologie est récente et encore incomplète. Trois types de structures ont été recensés dans un rapport de la Direction générale de la Santé [3].

Les structures hospitalières

Après diverses initiatives individuelles, elles se développent avec d'une part des unités spécialisées en alcoologie, d'autre part une alcoologie de liaison. L'équipe pluridisciplinaire (médecins, infirmiers, psychologues, travailleurs sociaux) permet en principe une prise en charge et le cas échéant une hospitalisation spécialisée des patients accueillis dans les services d'urgence ou d'hospitalisation et présentant des problèmes d'alcool.

Les structures ambulatoires

Les centres d'hygiène alimentaire et d'alcoologie (CHAA) créés vers la fin des années 70 sont devenus en 1998 des centres de cure ambulatoire en alcoologie (CCAA), plus souvent appelés « centres d'alcoologie ambulatoire ». La plupart sont gérés par les structures départementales de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA). D'autres sont gérés par les hôpitaux ou des associations. Ces centres fonctionnent avec une équipe pluridisciplinaire pour permettre l'accueil et le suivi des patients et de leur entourage. Le plus souvent ils travaillent en réseau avec des travailleurs sociaux, les institutions administratives et judiciaires, le monde du travail, les associations néphalistes, les hôpitaux et les structures de prévention de l'ANPAA.

Des consultations ambulatoires d'alcoologie existent également dans les hôpitaux, dans des centres de santé ou dans des cabinets libéraux.

Les structures de suite et de réadaptation (ou postcure)

Elles sont le plus souvent de statut privé, et inégalement réparties. Elles ont pour but de consolider l'abstinence et de contribuer à favoriser la réinsertion par un programme socio-éducatif, d'ergothérapie, de vie communautaire, censé réapprendre les règles de la vie sociale. Leurs indications devraient ainsi être posées précisément, ne pas se confondre avec les soins alcoologiques nécessitant une hospitalisation courte, inscrites dans un projet global [1]. La simple rupture avec le milieu social, familial et professionnel, apparemment souvent souhaitable, sera inutile, voire désastreuse si elle n'est pas préparée. La sortie du centre, non ou peu préparée, est susceptible de rejeter le malade dans son environnement, où il va se retrouver confronté aux difficultés antérieures si elles n'ont pas été réglées durant cette période. Le rapport Reynaud [3] demande le développement de ces structures, mais aussi une meilleure articulation avec le dispositif de soins, surtout d'aval.

Quels intervenants non médicaux ?

Les diverses dimensions, personnelle, familiale, professionnelle ou sociale de l'alcoolisme, expliquent la multiplicité des intervenants, à divers stades de la maladie.

La famille et l'entourage proche

C'est souvent d'eux que vient la demande de soins : « Il a un problème d'alcool. » Demande qu'il faut essayer d'expliciter avec cette autre, nécessairement complémentaire : « Quels problèmes posent ce consommateur d'alcool, ces situations d'alcoolisation ? » [2]. Il faut aider le demandeur à y voir clair dans la situation difficile qui est la sienne, mais aussi comprendre le long passé relationnel perturbé entre l'alcoolique et son entourage, la souffrance de la famille et les modifications d'attitude qui en ont résulté. Les mêmes principes auront leur place dans toutes les phases d'accompagnement et de suivi du patient alcoolique. Les groupes de parole et les réunions de conjoints organisés dans les CCAA, voire par les groupes d'anciens buveurs, peuvent apporter une aide importante.

Les travailleurs sociaux

En relation avec la ville, l'entreprise, les milieux judiciaires, ils ont un rôle essentiel, sont souvent appelés à intervenir. Mais ils sont souvent déconcertés et isolés. Il est indispensable de les intégrer dans l'ensemble du processus, notamment pour le repérage des problèmes et l'aide à l'accès au soin. Il faut aussi les soutenir : les groupes de parole, d'échange, d'analyse de cas, le permettent. La participation du médecin à ces groupes est extrêmement enrichissante pour les deux parties.

Les groupes d'anciens buveurs

Les associations néphalistes ont une place à part. Leur diversité permet de répondre à la diversité des personnalités des malades. De mieux en mieux connues du public, elles interviennent à toutes les phases, souvent en amont. Elles ont parfois un rôle décisif dans la prise de conscience , l'acceptation des soins et l'accompagnement. Leur soutien aux familles peut apporter une aide à la solution de problèmes difficiles. Il est important pour les médecins de savoir collaborer avec eux. ÃÄ travers leur expérience vécue, ils peuvent aider les autres intervenants, notamment les médecins, à mieux comprendre l'histoire et les souffrances des alcooliques.

Coordonner ?

Le généraliste a difficilement le temps et les moyens d'entrer en contact avec tous ces intervenants. Il risque de s'en remettre aux structures spécialisées. Celles-ci risquent à leur tour de gérer la prise en charge au sein de leur équipe, en ignorant le médecin de famille. Il en résulte un appauvrissement des uns et des autres qui explique une bonne part des défauts du système de soins en matière d'alcoolisme [3].

Un fonctionnement coordonné est nécessaire à la qualité de la prise en charge. Il implique l'ouverture, la concertation et le volontarisme des professionnels et des usagers. Créer un réseau structuré de soins alcoologiques est probablement l'une des solutions les plus prometteuses : elle permet d'organiser de façon permanente la mise en relation des acteurs de la santé, dans une structure non hiérarchisée. Elle exige des moyens en personnel, en informatique, en formation. Les participants du réseau définissent en commun les protocoles validés, une charte de bonnes pratiques, les procédures d'évaluation [3]. ÃÄ défaut, ou en attendant, il est toujours possible et souhaitable de commencer à travailler ensemble sur ces principes de base.

Références

Emeriaud P, Gallois P. Alcool : l'après sevrage. Médecine. 2005;1(2):68-71.

Kiritze-Topor P. Comment aider les alcooliques et ceux qui les entourent. Paris : MMI éditions, 1999.

Reynaud M, Parquet PJ. Les personnes en difficultés avec l'alcool. Usage, usage nocif, dépendance : propositions. Rapport établi à la demande de la Direction générale de la Santé et de la Direction des Hôpitaux. Paris : CFES ; 1999.

En résumé : alcool, quels intervenants pour quelle action ?

­ La dépendance àl'alcool est moins une maladie d'organes qu'une maladie de l'individu et une maladie sociale.

­ En raison de cette « originalité », elle fait appel àde nombreux intervenants, médicaux et non médicaux.

­ Un fonctionnement coordonné est nécessaire àla qualité de la prise en charge.

­ ÃÄ défaut ou en attendant la création d'un réseau structuré, il est toujours possible et souhaitable de commencer àtravailler ensemble.


 

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