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Syndrome des jambes sans repos : le ropirinole... et les autres


Médecine. Volume 1, Numéro 2, 59-62, Novembre 2005, Thérapeutiques


Résumé  

Auteur(s) : La rédaction de Médecine, .

Résumé : Qui n'a pas entendu parler ces derniers temps du syndrome des jambes sans repos ? Ce« mystérieux » syndrome [1] doit sans doute pour partie son actualité à l'indication récente du ropirinole, le premier probablement ayant eu l'AMM en 2004 avant d'autres agonistes dopaminergiques. La prescription ne concerne qu'en seconde intention les généralistes, mais ils auront à la renouveler le cas échéant. Comment définir le syndrome des jambes sans repos, et qu'apporte à certains de nos patients qui en sont atteints un tel médicament ? La réponse est loin d'être univoque et devra faire l'objet d'une réévaluation programmée, selon les termes même de la Commission de transparence [2].

Mots-clés : agoniste dopaminergique, syndrome des jambes sans repos

Illustrations

ARTICLE

Qu'est-ce que le syndrome des jambes sans repos ?

Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est défini par des « sensations désagréables profondes de reptation, d'agacement, siégeant dans les jambes, accompagnées d'agitation motrice, de secousses brusques, parfois de douleurs. Elles surviennent le soir ou la nuit, en position assise ou couchée, et ne sont calmées que par la marche ou des mouvements continuels » [3]. La physiopathologie et l'évolution naturelle du SJSR sont mal connues. Il serait fréquent et sous-estimé en particulier chez le sujet ÃÊgé. La grande variabilité des chiffres de prévalence (entre 0,6 % à Singapour [4], 8,5 % en population générale française [5], 10,60 % en Allemagne [6]) reflète sans doute plus la valeur accordée à ce syndrome selon les pays que des différences épidémiologiques réelles.

Le diagnostic positif des SJSR repose sur les 4 critères définis par l'International Restless Syndrome Study Group (IRSSG) (tableau 1), selon une échelle de sévérité en 10 items (tableau 2) [7] : il s'agit d'une forme très sévère lorsqu'elle entraîne d'importantes perturbations du sommeil, qu'elle retentit de façon importante sur la vie quotidienne, sociale ou professionnelle et que le score IRLS est supérieur à31 (4 % des cas).

Dans la plupart des cas, le SJSR est considéré comme idiopathique [8]. Selon les données de cette synthèse américaine, une histoire familiale de SJSR est connue dans environ 50 % de ces cas, ce qui suggère une cause génétique. Il existe cependant quelques associations dont on ne sait pas vraiment si elles sont des causes ou si elles ne sont que des facteurs aggravants : la correction d'une carence martiale préexistante réduit parfois les symptômes d'un SJSR associé ; il survient parfois dans le cadre de certaines maladies chroniques (insuffisance rénale, neuropathies périphériques, Parkinson, diabète) et s'améliore quand s'améliore aussi la prise en charge de ces maladies ; certains médicaments (notamment les phénothiazines et apparentés) et excitants (caféine, tabac, alcool) peuvent aggraver les symptômes ; un SJSR peut perturber une fin de grossesse et disparaît généralement 3 à 4 semaines après l'accouchement.

De quelles thérapeutiques disposons-nous ?

Il n'existe aucun traitement de référence pour le SJSR.Diverses « habitudes » ont été prises : simples règles hygiénodiététiques pour les formes les plus légères, psychothérapie et différentes classesmédicamenteuses (dopathérapie, antiépileptiques, opioïdes, autres agonistes dopaminergiques) pour les formes plus sévères, chaque fois que possible un traitement étiologique.

Le ropirinole a obtenu l'an dernier une AMM pour certaines formes de SJSR. Selon le rapport public d'évaluation de l'Afssaps [9], son efficacité peut être qualifiée en moyenne de modeste par rapport à celle du placebo qui atteignait près de 40 % dans les deux premiers essais qualifiés de « pivots », sans que l'on ait pu établir l'efficacité du traitement sur la qualité de vie, ni connaître suffisamment l'efficacité à long terme d'un médicament qui devra être utilisé en traitement prolongé de durée indéfinie [10]. Quant à la tolérance, les effets indésirables constatés sont ceux de tous les agonistes dopaminergiques (nausées, vomissements, somnolence, fatigue, hypotension et vertiges), survenant en général en début de traitement et après chaque augmentation de dose. Les nausées ont été très fréquentes dans les essais (38 % dans les deux essais pivots), les autres signes fréquents mais assez rarement à l'origine d'une sortie d'essai au cours des 12 premières semaines de traitement. Trois cas d'aggravation paradoxale des symptômes ont été décrits.

Pour les formes les plus sévères, dont la gravité fonctionnelle est indiscutable, il peut être intéressant de disposer d'un médicament prescriptible, évalué et efficace. De quel progrès s'agit-il ? La commission considère que « le service médical rendu par Adartrel® n'est important que dans les formes très sévères du SJSR idiopathique. Dans toutes les autres formes, la commission considère que le service médical rendu par Adartrel® est insuffisant. Adartrel® apporte une amélioration du service médical rendu mineure (ASMR IV), en l'absence d'alternative et par rapport àla prise en charge actuelle, chez les patients ayant un syndrome des jambes sans repos idiopathique très sévère » [1]. Le ropirinole n'est pris en charge (à 65 %) par l'assurance-maladie que lorsque « le patient présente des perturbations importantes du sommeil et/ou un retentissement négatif notable sur la vie quotidienne, familiale, sociale et/ou professionnelle, et un score IRLS supérieur ou égal à 31 ».

Le généraliste, son patient et le ropirinole...

La prescription initiale est réservée à un neurologue ou un médecin spécialiste exerçant dans un centre de sommeil, le généraliste ayant repéré au préalable les patients atteints d'une forme sévère. Il aura parfois à assurer le suivi et poursuivre la première prescription. Ce qui peut lui poser quelques questions pratiques :

­ Qui, parmi les patients atteints d'un SJSR idiopathique (tableaux 1 et 2) relève d'un éventuel traitement par ropirinole ? Avant la consultation spécialisée, une information correcte sur les bénéfices et risques encourus est indispensable.

­ Comment accompagner les débuts du traitement ? Très progressivement, comme dans la maladie de Parkinson, pour limiter l'apparition des effets indésirables, en adaptant la dose en fonction de l'efficacité et de la tolérance, selon les paliers définis par l'AMM : une seule prise au coucher de 0,25 mg les 2 premiers jours, puis 0,5 mg jusqu'à la fin de la première semaine, puis augmenter de 0,5 mg par semaine jusqu'à obtention de la réponse thérapeutique optimale (la dose moyenne utilisée dans les essais cliniques a été de 2 mg/j).

Le généraliste aura aussi pour rôle de surveiller attentivement l'évolution sous traitement : les symptômes, le retentissement sur la vie quotidienne et notamment sur le sommeil, l'apparition éventuelle d'effets indésirables qui surviennent en principe en début de traitement, l'épuisement d'effet. Dans un syndrome où la composante psychique et la réponse au placebo sont importantes, la réponse thérapeutique ne peut en aucun cas être une prescription médicamenteuse automatique, irréfléchie et exclusive. Il est probable que seule une minorité de la population atteinte sera améliorée dans la « vraie vie ». « La balle est dans le camp des prescripteurs... »

Références

Vallée JP. Mystérieux syndrome des jambes sans repos. Médecine. 2005;2:63-4.

Commission de Transparence. Avis de la commission sur l'Adartrel® du 22 décembre 2004. Site www.has.sante.fr visité le 4 octobre 2005.

Dictionnaire des termes de médecine. Garnier-Delamare. 27e éd. Paris ; Maloine : 2002.

Tan EK, Seah A, See SJ et al. Restless syndrome in an asian population: a study in Singapore. Mov disord. 2001;16:577-9.

Lainey E et al. Prévalence et retentissement du syndrome des jambes sans repos : étude INSTANT. Congrès de la recherche sur le sommeil 2003 (à paraître).

Berger F, Luedemann J, Trenkwalder C et al. Sex and risk of restless syndrome in the general population. Arch Intern Med. 2004;164:196-202.

The international restless legs syndrome study group. Validation of the international restless legs syndrome study group rating scale for restless legs syndrome. Sleep Med. 2003;4:121-32.

National Institute of Neurological Disorders and Stroke. Restless Legs Syndrome Fact Sheet. Rapport d'expertise du NIH. Disponible sur http://www.ninds.nih.gov/disorders/restless_legs/detail_restless_legs.htm #36913237 (consulté le 2 octobre 2005).

Rapport public d'évaluation : Adartrel, Vunexin, Zipereve 0,25 mg, 0,5 mg, 1 mg ou 2 mg, comprimé pelliculé. AFSSAPS, 26/11/2004. Disponible sur www.afssaps.sante.fr (consulté le 2 octobre 2005).

Ondo W et al. Long-term treatment of restless legs syndrome with dopamine agonists. Arch Neurol. 2004;61:1393-7.

Ropirinole et SJSR

En pratique :

ÃÄ Â« réserver » à des patients ayant un SJSR sévère, en surveillant soigneusement l'évolution sous traitement

1. Ces signes objectifs, non spécifiques (mouvements périodiques des jambes), surviennent dans plus de 80òÜ% des cas.


 

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