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Tachycardies ventriculaires sur cœur pathologique


MT Cardio. Volume 4, Numéro 4, 297-304, Juillet-Août 2008, Revue

DOI : 10.1684/mtc.2008.0151

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Sophie Gomes, Clémentine Bougon, Laure Champ-Rigot, Arnaud Pellissier, Patrice Scanu, Paul Milliez , Service de cardiologie, Hôpital Côte de Nacre, Avenue de la Côte de Nacre, 14000 Caen.

Résumé : Les tachycardies ventriculaires (TV) peuvent se présenter aussi bien chez les sujets jeunes qu’âgés, en présence ou non d’une cardiopathie sous-jacente, et trouver leur origine aussi bien dans le ventricule gauche que droit. Cependant, la majorité d’entre elles est observée en présence d’une cardiopathie sous-jacente habituellement ischémique. Leur pronostic est lié quasi exclusivement à l’existence ou non d’une cardiopathie et leur prise en charge dépendra non seulement du caractère symptomatique de cette arythmie mais également de la sévérité de la cardiopathie sous-jacente. Ainsi, si les TV sur cœur sain sont d’excellent pronostic, celles survenant sur cœur pathologique peuvent mettre en jeu le pronostic vital, en raison de leur grande probabilité de dégénérescence en fibrillation ventriculaire. Ainsi, elles nécessitent une prise en charge thérapeutique « agressive » pouvant aller jusqu’à l’implantation d’un matériel antitachycardique.

Mots-clés : tachycardie ventriculaire, substrat, insuffisance cardiaque, mort subite, défibrillateur

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Sophie Gomes, Clémentine Bougon, Laure Champ-Rigot, Arnaud Pellissier, Patrice Scanu, Paul Milliez

Service de cardiologie, Hôpital Côte de Nacre, Avenue de la Côte de Nacre, 14000 Caen

Les tachycardies ventriculaires (TV) sont des arythmies cardiaques qui naissent en dessous de la bifurcation du tronc commun du faisceau de His. On parle de TV dès que le nombre d’extrasystoles ventriculaires (ESV) est supérieur à 3, avec une fréquence supérieure à 100 bpm pour les différencier des rythmes idioventriculaires accélérés. Elles peuvent survenir en l’absence de cardiopathie et sont généralement bénignes, ou au contraire malignes et donc menacer le pronostic vital survenant en règle générale sur une cardiopathie. Les mécanismes de survenue des TV sont multiples et sont dépendants de la présence ou non d’une cardiopathie. Nous allons résumer dans ce chapitre les mécanismes physiopathologiques à l’origine des TV et décrire les différents types de TV rencontrés dans notre pratique clinique.

Mécanismes des tachycardies ventriculaires

Il existe trois types de mécanismes : la réentrée, l’existence d’un foyer automatique et la présence d’une activité déclenchée. Cependant, la survenue des arythmies ventriculaires est liée à la présence de plusieurs facteurs arythmogènes qui vont favoriser le déclenchement de cette arythmie. Ces facteurs arythmogènes ont été schématisés par P. Coumel sous la forme d’un triangle sur lequel chaque sommet représente un des facteurs nécessaires à la survenue des arythmies ventriculaires (figure 1) [1]. Ces trois facteurs sont le substrat arythmogène, la gâchette (ou « trigger ») susceptible de lancer son activité, et le facteur de modulation essentiel, toujours présent même s’il n’est pas unique, que constitue le système nerveux autonome (SNA). Ces trois composants sont interactifs comme le suggèrent les doubles flèches qui les relient. Le substrat électrophysiologique de l’arythmie est le facteur essentiel de survenue de l’arythmie quel qu’en soit le mécanisme : réentrée, activité déclenchée ou augmentation de l’automatisme. Pour la réentrée, sa survenue nécessite un élément déclencheur, une gâchette pour permettre de démarrer le processus. Ces deux éléments sont donc nécessaires et indispensables. Enfin, malgré la présence des deux premiers composants, il n’est pas rare que l’arythmie ne survienne pas si le SNA n’est pas dans une situation de stimulation adrénergique. Ainsi, lorsque le système sympathique est stimulé, il en résulte une tachycardie sinusale, une augmentation de la sensibilité du substrat arythmogène et une facilitation de la conduction au sein de ce circuit.

Réentrée

La réentrée peut être observée en présence ou non d’une cicatrice d’infarctus (IDM). Elle est observée en cas de TV fasciculaire ou de réentrée branche à branche alors qu’il n’existe pas de cicatrice d’IDM. La réentrée sur cicatrice est caractérisée par une zone de conduction lente qui est située généralement dans la zone cicatricielle de l’infarctus ou plus souvent dans la zone bordante entre la cicatrice et le tissu apparemment sain dans lequel il existe des zones de fibrose qui favorisent la conduction lente. La présence de cette zone de conduction lente n’est pas suffisante, mais elle est indispensable pour être à l’origine d’une TV. Ainsi, pour que le circuit puisse se pérenniser il doit exister par ailleurs un bloc unidirectionnel au sein de ce circuit de réentrée. Enfin, pour que ce circuit soit initié, il faut d’une part une gâchette (représentée par la présence d’une extrasystole ventriculaire), et d’autre part, une stimulation adrénergique comme nous l’avons précédemment précisé. Il existe une classification des différents types de réentrées en fonction des caractéristiques du circuit (point d’entrée et de sortie, localisation de la zone de conduction lente) qui permettent de déterminer un isthme critique spécifique à chaque type de circuit dans l’optique d’un traitement par radiofréquence [2].

Foyer automatique

Ce mécanisme est moins fréquent dans les TV, alors qu’il est habituellement observé à l’étage atrial. L’automatisme est la propriété normale des cellules cardiaques d’autogénérer un potentiel d’action. Cette activité est représentée par la phase 4 du potentiel d’action cellulaire. Cette phase du potentiel d’action est sous l’influence du SNA qui module la pente de la dépolarisation diastolique lente. Lors de la survenue d’un automatisme anormal, favorisé par l’ischémie et généralement les altérations pathologiques de la cellule myocardique, il existe une diminution du potentiel de repos. Par ailleurs, la stimulation adrénergique entraîne une augmentation de la pente de dépolarisation diastolique lente qui rend la cellule plus excitable et, à cause de la diminution du potentiel de repos, favorise la survenue d’arythmies ventriculaires en majorité représentées par les parasystolies et les rythmes idioventriculaires accélérés.

Activité déclenchée

L’activité déclenchée est représentée par la survenue de post-dépolarisations précoces ou tardives. Les post-dépolarisations précoces s’observent dans les tissus myocardiques altérés, lésionnels ou exposés à des milieux comportant des anomalies électrolytiques, hypoxiques, ou de l’équilibre acido-basique. Par ailleurs, elles peuvent s’observer en cas d’hypertrophie et d’insuffisance cardiaque, et sous l’action de certains traitements pharmacologiques comme les antiarythmiques. Ces post-dépolarisations précoces apparaissent soit durant la phase 2, soit pendant la phase 3 du potentiel d’action cellulaire. Elles sont généralement observées en cas d’allongement excessif du QT (qu’il soit congénital ou acquis), et sont habituellement originaires des cellules « M » du myocarde ventriculaire. L’activité déclenchée induite par des post-potentiels tardifs s’observe dans des conditions qui provoquent une surcharge calcique intracellulaire, notamment en cas d’intoxication digitalique ou d’exposition d’un tissu myocardique pathologique à l’action des catécholamines. Ce mécanisme est observé également dans les TV catécholergiques. A l’inverse des post-dépolarisations précoces, ces post-dépolarisations tardives sont favorisées par la tachycardie sinusale et sont possiblement originaires des cellules « M » du myocarde ventriculaire.

Tachycardies ventriculaires survenant sur cardiopathie ischémique infarcie

Caractéristiques cliniques

La cardiopathie ischémique est la plus fréquente des cardiopathies rencontrées dans les pays développés. L’une de ses complications majeures est la survenue de mort subite qui représente la cause la plus fréquente de décès dans ces pays. Selon une estimation américaine, la mort subite cardiaque représenterait entre 300 000 et 400 000 décès annuellement ; par projection, on peut l’estimer dans notre pays à environ 60 000 décès par an. La mort subite est souvent la première manifestation de la pathologie coronarienne et est considérée comme étant due en grande partie à des arythmies ventriculaires malignes (TV polymorphes dégénérant en fibrillation ventriculaire). Elle est considérée comme responsable de près de 75 % de la mortalité cardiaque. Les arythmies ventriculaires sur les cardiopathies ischémiques infarcies sont celles qui ont été les plus étudiées [3]. Leur origine est toujours située dans le sous-endocarde VG et dépend de la localisation de la cicatrice de l’IDM. Lorsqu’elles surviennent des années après cet IDM, leur mécanisme est quasi exclusivement en rapport avec une réentrée située autour de la cicatrice, ce qui explique le caractère monomorphe de la TV. Il est possible de localiser l’origine de certaines TV en fonction de l’aspect de retard gauche ou droit et/ou de concordance positive ou négative dans les dérivations précordiales. Les TV naissant dans la paroi libre du VG ont plutôt un aspect de retard droit alors que les TV septales peuvent revêtir les deux aspects de retard dans ces dérivations. Enfin, cette analyse doit tenir compte de la localisation de l’infarctus, car il est habituel d’observer les mêmes ondes Q de nécrose en TV qu’en rythme sinusal [4]. Par ailleurs, il est important d’avoir de bons ECG 12 dérivations en cas de TV sur ce type de cardiopathie dans l’optique d’une exploration électrophysiologique suivie d’un éventuel geste d’ablation de la TV clinique.

D’un point de vue clinique, ces TV peuvent être asymptomatiques et découvertes à l’occasion d’un Holter, ou à l’origine de palpitations, de lipothymies, voire de syncopes. La sévérité des symptômes dépend souvent de la fréquence ventriculaire et de la fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG). Cette FEVG représente le facteur fondamental dans la prise en charge de ces patients car une TV survenant sur une fonction cardiaque altérée constitue un risque majeur de survenue de mort subite [5]. Enfin, ces TV peuvent être non soutenues, et ce caractère non soutenu ne doit pas faire mésestimer le risque de survenue de mort subite et doivent être explorées si la FEVG est altérée.

Les TVNS ou soutenues monomorphes peuvent survenir à deux périodes de l’histoire de la cardiopathie ischémique : soit dans les jours qui suivent l’IDM, soit fréquemment plusieurs années après. Dans les jours qui suivent l’IDM, la fréquence des arythmies ventriculaires est élevée (64,1 %) en grande majorité des ESV, et avec 6,8 % de TVNS. En analyse multivariée, l’existence de TVNS apparaît comme un facteur de risque indépendant de mort subite. Le bilan de ces arythmies ventriculaires se justifiera à distance de la période ischémique afin d’évaluer leur persistance. A contrario, il est habituel d’observer plusieurs années après un IDM, lorsque le remodelage du VG s’est installé, des épisodes de TVNS ou soutenus alors que parallèlement, la FEVG s’est altérée. Dans cette situation, un bilan immédiat s’avère justifié afin de prévenir la survenue d’arythmies ventriculaires plus sévères.

Examens morphologiques et évaluation du risque de survenue de TV

Trois examens sont fondamentaux dans l’évaluation des TV en cas de cardiopathie ischémique infarcie : l’échographie cardiaque, le Holter et la stimulation ventriculaire programmée. Pour le premier, l’évaluation de la FEVG est indispensable afin d’évaluer le risque de survenue de mort subite [5]. Le Holter permet de dépister des salves de TVNS ou soutenues afin d’évaluer également ce risque et d’étudier l’aspect de cette TV (morphologie, fréquence, circonstance de survenue). Enfin, la stimulation ventriculaire programmée (SVP) est nécessaire chez des patients présentant des palpitations, lipothymies ou syncopes inexpliquées chez lesquels, en raison de leur cicatrice d’IDM, une TV peut être déclenchée. Ces trois examens sont donc importants afin d’évaluer le risque de survenue de mort subite. L’élément le plus péjoratif est la FEVG [5]. D’après plusieurs études résumées dans le tableau 1, une FEVG < 40 % associée à des salves de TVNS sur le Holter et au déclenchement d’une TV monomorphe à la SVP, mais également une FEVG < 30 % sans autres anomalies rythmiques sont à risque élevé de survenue de TV soutenues et de mort subite. Avec ces trois éléments, il est possible d’évaluer le risque de mort subite et de proposer un traitement en fonction de la FEVG.

Tableau 1 Bénéfices de la mise en place d’un DAI en cas de cardiopathie ischémique avec FEVG altérée

Etudes

Population

Résultats

MADIT I

  • 196 patients, IDM > 3 semaines
  • FEVG ≤ 35 %
  • TVNS au Holter
  • TV inductible, non suppressible
  • 2 groupes : AA vs DAI


  • Suivi moyen : 27 mois
  • ↓ 59 % mortalité totale
  • ↓ 80 % de la mortalité subite


MUSTT

  • 704 patients, IDM > 3 semaines
  • FEVG ≤ 40 %
  • TVNS au Holter
  • TV inductible, non-suppressible
  • 2 groupes : contrôle vs AA ou DAI


  • Suivi moyen : 39 mois
  • ↓ 20 % mortalité totale
  • ↓ 27 % de la mortalité subite
  • Comparaison AA vs DAI (non randomisé)
  • ↓ 58 % mortalité et ↓ 76 % mort subite


MADIT II

  • 1 232 patients, IDM > 4 semaines
  • FEVG ≤ 30 %
  • 2 groupes : contrôle vs DAI


  • Suivi moyen : 20 mois
  • ↓ 30 % mortalité totale


Conduite thérapeutique à tenir

La conduite thérapeutique à tenir en cas de TV dépend donc en majorité de la FEVG et du caractère déclenchable ou non d’une TV soutenue. Ce traitement se résumera à l’utilisation d’antiarythmiques en cas de FEVG conservée (FEVG > 40 %), voire d’une ablation par radiofréquence, ou la mise en place d’un défibrillateur automatique implantable (DAI) en cas d’impossibilité d’ablation et/ou d’échec des antiarythmiques. L’implantation d’emblée d’un DAI sera proposée en cas de dysfonction VG isolée (FEVG < 30 %), ou associée à des TV déclenchées par SVP si celle-ci est entre 30 et 40 %. Le tableau 1 résume les bénéfices du DAI par rapport aux traitements antiarythmiques dans ces différentes situations cliniques. Ces études sont à l’origine des recommandations actuelles des sociétés savantes dans la prise en charge des arythmies ventriculaires en cas de cardiopathie ischémique infarcie. Enfin, en cas de survenue de mort subite ressuscitée documentée sur une cardiopathie ischémique et survenant sans facteur aigu réversible (ischémie myocardique), le seul traitement qui s’impose est la mise en place d’un DAI (études AVID, CIDS, CASH).

Tachycardie ventriculaire survenant sur cardiopathie hypertrophique

Caractéristiques cliniques

La cardiomyopathie hypertrophique (CMH) est une maladie héréditaire monogénique, de transmission autosomique dominante à pénétrance variable en rapport à différentes mutations des protéines du sarcomère. Elle touche 0,2 % de la population. Au cours de l’histoire naturelle de la maladie, diverses arythmies peuvent venir émailler l’évolution. Ces arythmies peuvent être aussi bien auriculaires que ventriculaires, mais l’existence de troubles conductifs n’est pas rare également avec près de 5 % de déficiences sinusales et près de 3 à 4 % de blocs de haut degré [6]. Le mécanisme de ces arythmies est complexe. A partir de la désorganisation et de l’hypertrophie myocytaire induite par les anomalies des protéines du sarcomère, naissent des troubles hémodynamiques, des anomalies de la circulation coronaire, des troubles de l’excitabilité aux deux étages, mais plus volontiers à l’étage ventriculaire, et des troubles de la conduction cellulaire. Tous ces effets délétères interagissent entre eux, peuvent être synergiques et, combinés à une stimulation inappropriée du SNA, peuvent aboutir aux manifestations délétères de la maladie.

Les arythmies ventriculaires peuvent être soutenues ou pas et être à l’origine de syncope. En grande majorité, ces arythmies sont des ESV (entre 30 et 50 %), des TVNS dans 15 à 25 % des cas, et plus rarement des TV soutenues. Ces arythmies ventriculaires sont généralement polymorphes dans les trois quarts des cas, elle peuvent être peu rapides, notamment la nuit, ou plus rapides (> 140 bpm) lorsqu’elles sont diurnes ou liées à l’effort. Elles peuvent être mal tolérées, voire syncopales lorsqu’elles sont soutenues. Les TV soutenues dans la CMH sont rares, mais elles récidivent dans les 6 ans chez plus de 30 % des patients et sont corrélées avec une diminution de la survie [7]. Le mécanisme de la TV sur CMH est moins connu que dans la cardiopathie ischémique infarcie en raison de sa caractéristique principale représentée par un polymorphisme extrême rendant difficile la caractérisation de leur lieu d’origine. L’aspect est le plus souvent celui d’un retard droit, mais il peut s’agir d’un retard gauche soit par origine septale, soit par atteinte associée du VD. Il est donc exceptionnel de pouvoir les guérir par ablation, bien qu’il existe des TV par réentrée de branche à branche, et des foyers automatiques.

Evaluation du risque de survenue de mort subite

Le risque annuel de mort subite de la CMH est estimé entre 0,5 et 1 % dans une population générale et peut atteindre 7 à 8 % chez l’enfant et le jeune adulte [8]. D’après un travail récent, son incidence augmente selon l’existence de 1,2 ou 3 facteurs de risque (respectivement 5,15 et 55 %) [8]. Ces facteurs de risque de survenue de mort subite sont résumés dans le tableau 2. Ces facteurs de risque sont variés et semblent sans lien étroit, et les TV ne sont qu’un élément prédictif et doivent donc être considérés comme aussi importants que les autres. Cependant, plusieurs études ont retrouvé un taux de mortalité subite annuelle de 2 à 4 % chez l’adulte et de 4 à 6 % chez l’enfant, parmi lesquels les trois quarts des patients décédés subitement ont présenté des arythmies ventriculaires sur des enregistrements Holter préalables. Le taux de mortalité subite était 8 fois plus important en cas de TV par rapport aux patients sans arythmie ventriculaire. Toutefois, plus récemment, ces résultats inquiétants ont été tempérés, et le pronostic chez les patients présentant une CMH doit tenir compte de l’ensemble des facteurs de risques résumés dans le tableau 3. Enfin, la réalisation d’une stimulation ventriculaire programmée est un examen peu informatif en raison de sa faible sensibilité et spécificité dans l’évaluation du risque de mort subite, ainsi que celle de l’exploration d’une syncope ou de palpitations inexpliquées.

Tableau 2 Facteurs de risque de mort subite chez les patients porteurs d’un CMH

Antécédent de mort subite récupérée (fibrillation ventriculaire)

TV spontanée soutenue

Antécédent familial de mort subite (lien familial premier degré)

Syncope (isolée ou récidivante, suspecte, notamment chez le sujet jeune)

TVNS sur le Holter (fréquentes, répétées, ou prolongées)

Hypotension artérielle à l’effort (chute ≥ 20 mmHg, notamment chez les patients < 50 ans)

Hypertrophie ventriculaire gauche extrême ≥ 30 mm à l’échographie cardiaque



Tableau 3 Evaluation du bénéfice de la mise en place d’un DAI en cas de CMD avec FEVG altérée

Etudes

Population

Résultats

CAT

  • 104 patients, stade NYHA II-III
  • FEVG ≤ 30 %
  • 2 groupe : contrôle vs DAI
  • Pas de groupe AA


  • Suivi moyen : 22 mois
  • Pas de différence entre les 2 groupes pour mort subite totale


AMIOVIRT

  • 103 patients, stade NYHA II-III
  • FEVG ≤ 35 %
  • TVNS au Holter
  • 2 groupes : amiodarone vs DAI


  • Suivi moyen : 24 mois
  • Pas de différence entre les 2 groupes pour mort subite et totale


DEFINITE

  • 458 patients, stade NYHA I-II-III
  • FEVG ≤ 36 %
  • TVNS ou ESV au Holter
  • 2 groupes : contrôle vs DAI
  • Pas de groupe AA


  • Suivi moyen : 29 mois
  • ↓ 35% mortalité totale (p = 0,08)
  • ↓ 80% mortalité subite (p = 0,006)


SCD-HeFT

  • 1 692 patients, stade NYHA II-III
  • FEVG < 35 %
  • Variabilité sinusale altérée
  • 3 groupes : contrôle, amiodarone et DAI


  • Suivi moyen : 2,5 ans
  • ↓ 23 % mortalité totale (p = 0,007) avec DAI
  • Pas de bénéfice avec amiodarone


Conduite thérapeutique à tenir

L’abstention thérapeutique se justifiera en l’absence d’arythmie ventriculaire soutenue et non soutenue, mais une surveillance régulière sera proposée au patient. En cas de présence isolée de TVNS ou TV soutenues sans autre facteur de risque, un traitement médical pourra se justifier en favorisant les bêtabloquants et l’amiodarone. Si ces TV sont associées à d’autres facteurs de risque, il pourra être discuté la mise en place d’un DAI, surtout en cas de syncope suspecte. Cette attitude sera plus systématique chez les sujets jeunes avec des TV soutenues ou non associées à d’autres facteurs de risque, en raison d’une possible intolérance à un traitement médical, et d’un risque plus élevé de mort subite dans ce sous-groupe de patients. Enfin, en cas de mort subite récupérée, ou de mort subite familiale avec des TV associée à d’autres facteurs de risque, la pose d’un DAI sera proposée en première intention.

Tachycardie ventriculaire survenant sur cardiopathie dilatée

Caractéristiques cliniques

La cardiomyopathie dilatée idiopathique représente 1 cas sur 10 000 sujets, mais ce chiffre est probablement sous-estimé en raison d’un nombre important de patients asymptomatiques [9]. Cette prévalence augmente avec l’âge, et est une cause importante d’insuffisance cardiaque chez le sujet jeune. La mortalité annuelle de la CMD a été évaluée entre 5 et 7 % et représente près de 10 000 morts par an dans les pays industrialisés. Près de la moitié de ces décès serait due à une mort subite en rapport avec une arythmie ventriculaire maligne [10]. D’après de nombreuses études, la mort subite par troubles du rythme ventriculaire serait plus fréquente dans les premières années suivant le diagnostic alors que la FEVG est moins altérée. Les arythmies ventriculaires représentent la cause la plus fréquente des arythmies observées dans les CMD (entre 70 et 90 %) loin devant les arythmies auriculaires et les troubles conductifs.

Les arythmies ventriculaires sont découvertes le plus souvent sur des enregistrements Holter chez presque 90 % des patients ayant une CMD. Elles sont présentes aussi bien le jour que la nuit. Elles sont polymorphes, avec un aspect habituel de retard droit, et un axe anormal. Ces TV sont soit non soutenues (30 % des patients), soit plus rarement soutenues (< 10 %) et sont répétitives. Le mécanisme de la TV sur CMD est mal connu, et l’aspect fréquemment polymorphe est en défaveur d’un mécanisme de réentrée ou d’un foyer automatique. Cependant, il n’est pas rare d’observer des TV monomorphes en rapport avec une réentrée branche à branche dans le système His-Purkinje [11]. Le substrat électrophysiologique étant un retard de conduction dans le système His-Purkinje, manifesté par un retard de la conduction intraventriculaire ou un bloc de branche. Le retard de conduction dans une branche peut permettre l’activation rétrograde dans l’autre branche initiant la tachycardie. Le cycle habituel de cette réentrée est aux alentours de 300 ms avec, en fonction de la localisation du circuit, une morphologie de retard gauche (conduction rétrograde dans la branche gauche et antérograde dans la branche droite) ou droit (en cas de réentrée fasciculaire ou de circuit inverse avec conduction rétrograde dans la branche droite et antérograde dans la branche gauche). Dans ce cas de TV par réentrée branche à branche, une ablation par radiofréquence peut être un traitement radical avec parfois implantation d’un stimulateur cardiaque en cas de survenue dans le suivi d’un bloc complet.

Evaluation du risque de survenue de mort subite

Jusqu’à très récemment, l’évaluation du risque de survenue de mort subite par troubles du rythme ventriculaire restait difficile, et les examens complémentaires permettant de prédire ce risque se sont révélés peu fiables. Si plusieurs études ont validé le fait que la survenue d’une mort subite récupérée était un facteur de risque évident de récidive (AVID, CASH, CIDS) imposant la mise en place d’un DAI, comment gérer les patients présentant une FEVG altérée ou des TVNS, voire soutenues ? Nous savons aujourd’hui que la SVP n’apporte aucun élément de réponse avec une sensibilité et une efficacité médiocre tant au niveau du déclenchement d’une TV que pour tester l’efficacité d’un traitement antiarythmique. Plusieurs études ont montré en revanche que la survenue de TV soutenues était de mauvais pronostic dans la CMD avec une incidence annuelle multipliée par 2 à 3 dans de grandes séries comportant plus de 30 % de patients ayant des TV soutenues [12]. Il faut donc tenir compte de ce paramètre dans l’évaluation du risque. Enfin, l’évaluation de la FEVG par échographie cardiaque doit intervenir dans l’estimation du risque de mort subite puisqu’il semblerait que l’existence d’une FEVG altérée soit liée à un risque multiplié par 4, et que ce risque s’accroît considérablement lorsqu’il est associé à de la TVNS. Il apparaît donc que l’évaluation de la FEVG et de la survenue d’arythmies ventriculaires soutenues, voire non soutenues, représentent actuellement les éléments les plus péjoratifs dans l’évaluation du risque de mort subite.

Conduite thérapeutique à tenir

L’abstention thérapeutique se justifiera en l’absence d’arythmie ventriculaire soutenue ou non, mais une surveillance régulière sera proposée au patient. En cas de présence isolée de TVNS ou de TV soutenues, un traitement médical seul pourra se justifier en favorisant les bêtabloquants et l’amiodarone, à condition que la FEVG soit conservée. Si ces TV sont associées à une altération de la FEVG, la mise en place d’un DAI devra être discutée, surtout en cas de syncope suspecte. En cas de mort subite récupérée, ou de mort subite familiale, la pose d’un DAI sera proposée en première intention. Enfin, suite à des études récentes, il existe une indication prophylactique de mise en place d’un DAI en cas de FEVG < 35 % sans forcément l’existence d’une association à des arythmies ventriculaires. L’ensemble de ces études est résumé dans le tableau 3, avec un bénéfice du DAI sur le traitement antiarythmique qui n’apparaît pas évident dans les deux premières études, contrastant avec un effet réel dans les deux dernières.

Tachycardie ventriculaire survenant sur dysplasie ventriculaire droite arythmogène

Caractéristiques cliniques

La TV observée dans la dysplasie ventriculaire droite arythmogène (DVDA) prend son origine quasi exclusivement dans le ventricule droit (VD) [13]. Dans cette affection héréditaire à transmission autosomique dominante avec une pénétrance familiale allant de 25 à 50 %, les troubles du rythme ventriculaire peuvent se présenter pendant de nombreuses années sous la forme d’une ESV monomorphe à type de retard gauche axe vertical (en cas de naissance dans l’infundibulum pulmonaire), ou axe hypergauche (en cas d’origine apexienne ou dans la région sous-tricuspidienne). Au cours de l’évolution de la maladie, cette extrasystolie peut rester isolée, mais aussi évoluer vers des doublets, des triplets et s’organiser en TV soutenues ou non pouvant durer plusieurs heures [14]. Ces TV sont généralement monomorphes, ce qui suggère une origine unique, mais peuvent être dimorphes, voire polymorphes. La survenue de TV monomorphes reste l’expression phénotypique la plus fréquente et est due à un phénomène de réentrée qui s’organise dans le VD entre les régions du myocarde où sont présentes l’infiltration fibro-adipeuse qui caractérise cette maladie, et les cardiomyocytes encore sains de ce VD [15]. La particularité de ces troubles du rythme ventriculaire de la DVDA est leur grande sensibilité au système nerveux autonome. Ainsi, ces TV monomorphes surviennent fréquemment à l’effort ou dans un contexte de stress, et peuvent dégénérer en fibrillation ventriculaire, et donc être responsables de mort subite.

Examens morphologiques et évaluation du risque de survenue de TV

Le diagnostic de DVDA fait appel aujourd’hui à l’imagerie médicale associant l’échographie cardiaque centrée sur le VD, l’angiographie ventriculaire droite pour certains, la scintigraphie myocardique avec analyse de phase du VD et l’IRM cardiaque. Ces examens font apparaître un VD dilaté et hypokinétique de façon diffuse ou localisée (avec parfois des aspects anévrysmaux), avec une paroi amincie et la mise en évidence grâce à l’IRM de véritables zones d’infiltration fibro-adipeuse au niveau de la paroi du VD. L’ECG 12 dérivations est une méthode simple et fondamentale pour évaluer et porter un diagnostic de DVDA. Si cet ECG peut apparaître normal dans certaines formes de DVDA focales, il peut se présenter sous la forme d’un bloc de branche droit complet ou incomplet (22 % des patients), sur l’existence d’ondes T négatives dans les précordiales droites (85 % des patients) et au maximum sur l’existence dans ces mêmes dérivations d’ondes epsilon (33 % des patients) qui sont des marqueurs ECG de l’existence de potentiels tardifs dans le VD [16]. Une étude récente a montré que certaines morphologies des ondes R en V1, V2, V3 étaient corrélées à la survenue d’événements rythmiques [16]. Le Holter est un examen important afin d’estimer la fréquence des ces troubles du rythme ventriculaire, notamment chez les patients asymptomatiques en vue d’une attitude thérapeutique plus agressive, mais il reste un examen peu reproductible en raison du caractère transitoire potentiel de ces arythmies ventriculaires. L’épreuve d’effort est intéressante pour évaluer la survenue d’ESV, voire de TV dans un contexte d’hyperadrénergie. Des ESV isolées, puis en doublets, triplets, voire des TV peuvent apparaître à l’effort. Cet examen pourrait être intéressant pour vérifier l’efficacité d’un traitement (notamment bêtabloquant), même si encore une fois, sa reproductibilité reste mauvaise. Enfin, la réalisation d’une exploration électrophysiologique de base et sous isoprotérénol pourra se justifier soit pour vérifier l’efficacité d’un traitement antiarythmique sur le déclenchement de la TV clinique, soit dans l’optique d’un traitement curatif par radiofréquence.

L’évaluation du risque rythmique de mort subite dans la DVDA n’est pas chose aisée. En raison de ce risque grave, il est important de dépister les patients à risque plus élevé de survenue de mort subite. A l’heure actuelle, les facteurs de risque pronostique de survenue de mort subite sont représentés par l’antécédent personnel ou familial de mort subite récupérée, la survenue de syncope (notamment à l’effort), l’existence d’une atteinte VG associée et la notion d’une dispersion de la largeur des QRS de plus de 40 ms. La persistance de TV inductible malgré un traitement antiarythmique maximal est un marqueur discuté du risque rythmique.

Conduite thérapeutique à tenir

L’attitude thérapeutique dépend à la fois du type de DVDA, et des symptômes des patients. En cas de forme isolée, confirmée, sans TV spontanée au repos et à l’effort, une surveillance simple et régulière s’impose. A l’opposé, en cas de mort subite récupérée ou de syncope répétées suspectes, ou d’atteinte VG sévère (limitant l’utilisation des anti-arythmiques) une attitude plus agressive se justifiera avec l’implantation d’un dispositif antitachycardique. Entre ces deux situations cliniques, en présence de troubles du rythme ventriculaire soutenus symptomatiques ou pas, et en raison du risque de transformation en une arythmie plus maligne, un traitement antiarythmique sera proposé associant généralement un bêtabloquant à un antiarythmique de classe Ic. Un contrôle de l’efficacité des traitements pourra être réalisé grâce à des explorations électrophysiologiques répétées. Dans le cas d’une arythmie ventriculaire restant déclenchable, un renforcement du traitement antiarythmique sera réalisé (association β-bloquant et amiodarone), et en cas d’inefficacité, une ablation par radiofréquence sera proposée avec la réserve du caractère souvent multifocal de l’atteinte anatomique rendant incertains les résultats des manœuvres ablatives. Enfin, en cas de récidive de TV de morphologies multiples, sous traitement antiarythmique maximal, l’implantation d’un DAI pourra être discutée.

Conclusion

Les tachycardies ventriculaires sont des arythmies cardiaques qui peuvent se présenter sous des formes diverses et variées aussi bien chez les sujets jeunes qu’âgés, en présence ou non d’une cardiopathie sous-jacente, et qui peuvent trouver leur origine aussi bien dans le ventricule droit que gauche. Leur pronostic dépend quasi exclusivement de l’existence ou non d’une cardiopathie associée, et leur prise en charge dépendra non seulement du caractère symptomatique ou pas de cette arythmie, mais également de la sévérité de la cardiopathie sous-jacente. Ainsi, si les tachycardies ventriculaires sur cœur sain appelées « idiopathiques » sont d’excellent pronostic et ne nécessitent pas obligatoirement un traitement, celles survenant sur cœur pathologique peuvent mettre en jeu le pronostic vital, du fait de leur rapidité et de leur dégénérescence en fibrillation ventriculaire, et nécessitent sa prise en charge thérapeutique pouvant aller jusqu’à l’implantation d’un matériel antitachycardique.

Références

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