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La plastie mitrale dans tous ses états


MT Cardio. Volume 4, Numéro 4, 291-6, Juillet-Août 2008, Revue

DOI : 10.1684/mtc.2008.0152

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Stéphane Aubert, Beltran Levy Praschker, Elisabeth Coignard, Iradj Gandjbakhch , Service de chirurgie thoracique et cardiovasculaire, Institut du cœur, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Université Pierre et Marie Curie, Paris.

Résumé : La tendance actuelle est de confier plus tôt le patient présentant une insuffisance mitrale au chirurgien. La plastie mitrale « échoguidée » a fait d’énormes progrès ces dernières années, avec l’utilisation de techniques de plus en plus standardisées. Les techniques de réparation s’intéressent d’avantage à l’appareil sous-valvulaire et nécessitent de plus en plus l’implantation de cordages artificiels. L’échographie 3 D est promise à un très bel avenir pour aider le chirurgien à réparer la valve mitrale, mais sa place reste encore à définir.

Mots-clés : plastie mitrale, cordages artificiels, échocardiographie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Stéphane Aubert, Beltran Levy Praschker, Elisabeth Coignard, Iradj Gandjbakhch

Service de chirurgie thoracique et cardiovasculaire, Institut du cœur, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Université Pierre et Marie Curie, Paris

Le temps de la chirurgie

Recommandations internationales

Si l’on se réfère aux recommandations américaines les plus récentes [1], peu de patients présentant une insuffisance mitrale sévère organique échapperaient à la chirurgie. Les seuls non retenus pour la chirurgie seraient :
  • les patients symptomatiques avec une FEVG effondrée < 30 %, pour lesquels une conservation de l’appareil sous-valvulaire paraît peu probable ;
  • les patients asymptomatiques avec FEVG conservée, n’ayant jamais présenté d’HTAP ou d’épisodes d’ACFA, et pour lesquels une réparation mitrale paraît peu probable.

Les recommandations européennes [2], dans ces deux cas de figure, proposent un traitement médical chez le patient symptomatique avec FEVG effondrée et un suivi échographique rapproché chez le patient asymptomatique. Ces recommandations sont plus attentistes et reculent l’échéance de la chirurgie.

En fait, le premier cas d’IM organique sévère avec FEVG à moins de 30 % est relativement rare. Pour le deuxième cas, il est important de caractériser ce que l’on dénomme un patient asymptomatique et de réaliser chez eux une épreuve d’effort avec mesure des échanges gazeux qui seront assez souvent très perturbées. Il est également intéressant de mesurer la taille de l’oreillette gauche en diamètre et en surface pour proposer une chirurgie précoce chez les patients asymptomatiques avec oreillette gauche dilatée n’ayant pas encore présenté d’ACFA, ce qui réduirait le risque de complication rythmique

La SOR et le volume régurgitant

Heureusement, des critères objectifs de quantification de l’insuffisance mitrale ont été identifiés pour préciser le moment idéal de la plastie. Il faut différencier d’emblée l’insuffisance mitrale (IM) organique de l’insuffisance mitrale ischémique. En effet, les valeurs seuils pour poser l’indication chirurgicale sont une SOR à 40 mm2 et un volume régurgitant à 60 mL/cycle cardiaque pour l’IM organique [3] et sont deux fois moindre (SOR à 20 mm2 et volume régurgitant à 30 mL/cycle cardiaque) pour l’IM ischémique [4]. Compte tenu de l’atteinte sévère de la fonction ventriculaire gauche après infarctus, les patients présentant une IM ischémique peuvent difficilement atteindre les valeurs seuils semblables à celles de l’IM organique et doivent être opérés avant l’apparition d’une insuffisance cardiaque.

Plastie chez les patients de plus de 75 ans

Les patients âgés de plus de 75 ans avec une insuffisance mitrale sévère bénéficient d’une plastie mitrale autant que les patients plus jeunes [5].
  • Après plastie, ils ont une espérance de vie identique à la population générale de même âge.
  • La mortalité opératoire après plastie mitrale a fortement diminué depuis les années 1980, quelle que soit l’étiologie, en particulier chez les patients âgés de plus de 75 ans avec IM dégénérative.
  • La faisabilité de la plastie mitrale a augmenté considérablement dans les deux dernières décennies, indépendamment de l’âge, y compris chez les patients âgés de plus de 75 ans Chez ces patients la réalisation d’une plastie mitrale paraît tout à fait raisonnable, avant même l’apparition d’une insuffisance cardiaque qui compromettrait la qualité de vie et la survie du patient à long terme.

Traitement d’un prolapsus valvulaire mitral

Ballonisation versus prolapsus (« prolapse »)

Bien souvent, ballonnisation et prolapsus sont confondus par les praticiens. Il est important de différencier les deux termes. Une ballonnisation de la valve mitrale est le déploiement de son tissu valvulaire au sein de l’oreillette gauche, que ce soit la valve antérieure ou la valve postérieure, sans que le bord libre ne dépasse en systole au-delà du plan de l’anneau. La ballonnisation n’entraîne pas à elle seule une régurgitation mitrale. Le prolapsus valvulaire quant à lui est le passage du bord libre de la valve antérieure ou postérieure au-delà du plan de l’anneau en systole, provoquant un défaut de coaptation, et donc une régurgitation mitrale. Il peut être associé ou non à une ballonnisation. Le prolapsus est présent dans la maladie dystrophique ou dégénérative, dans l’endocardite infectieuse ou en cas d’ischémie ou de rupture de muscle papillaire. Il n’est en aucun cas présent dans la maladie rhumatismale ou dans la cardiopathie ischémique isolée.

IM dystrophique versus Barlow

Il est important de différencier l’IM dystrophique du sujet âgé de l’IM par maladie de Barlow du patient plus jeune.
  • L’incidence de l’IM dystrophique est actuellement en pleine croissance avec le vieillissement de la population. Elle concerne le sujet âgé, et se présente le plus souvent comme un prolapsus valvulaire postérieur, avec des feuillets valvulaires pellucides fragiles.
  • La maladie de Barlow se présente plus souvent chez le patient jeune, associée à un prolapsus bivalvulaire, un excès de tissu important et un aspect myxoïde des feuillets valvulaires, souvent une calcification associée de l’anneau mitral postérieur.

Réparation de valve postérieure

Le prolapsus postérieur concerne essentiellement la partie médiane de la valve postérieure dans la classification fonctionnelle de Carpentier (segment P2). La technique de référence la plus répandue demeure la résection quadrangulaire du feuillet valvulaire concerné par le prolapsus, associée à une plicature de l’anneau ou à une plastie de glissement de la valve. La plastie de glissement est nécessaire en particulier dans les maladies de Barlow pour diminuer la hauteur de la valve postérieure et éviter ainsi l’apparition d’un SAM (systolic anterior motion, mouvement systolique antérieur de la mitrale) après la plastie. La tendance actuelle est de réséquer le moins possible de tissu valvulaire afin de conserver au maximum la fonction des indentations de la valve postérieure en diastole. A l’extrême, récemment a été développé une technique de préservation de la valve postérieure par résection limitée du bord libre qui prolabe, résections triangulaires limitées en regard des indentations et repositionnement des cordages secondaires sur le néobord libre (figure 1), et ce avec de bons résultats qui restent à confirmer à long terme [6].

Réparation du prolapsus de valve antérieur

Le prolapsus de valve antérieure est réputé de réparation plus difficile. Cependant, les résultats à long terme décrits montrent que les techniques utilisées pour traiter le prolapsus de valve antérieure sont désormais maîtrisées [7]. En cas de prolapsus valvulaire antérieur par élongation de cordages, une nouvelle approche (repositionnement de muscle papillaire) consiste à cliver la tête de pilier antérieure des têtes postérieure et commissurale et à la suturer avec la tête postérieure habituellement plus basse dans le ventricule, raccourcissant ainsi de la même longueur l’ensemble des cordages antérieurs qui lui sont amarrés, et corrigeant ainsi le prolapsus valvulaire antérieur (figures 2, 3). Cette approche élégante demande au chirurgien une bonne connaissance de l’anatomie des piliers, est reproductible et donne d’excellents résultats à long terme [8]. Une autre approche pour traiter le prolapsus antérieur avec ou non rupture ou élongation de cordages, consiste en l’utilisation de plus en plus répandue de cordages artificiels avec là encore de très bons résultats à long terme [9]. L’unique difficulté de cette dernière technique est la nécessité de calculer la longueur appropriée de cordage nécessaire et demande donc aussi un certain degré d’expérience et d’expertise.

Réparation du prolapsus valvulaire commissural

Le prolapsus valvulaire commissural lui aussi réputé de réparation plus difficile est souvent mal précisé à l’échographie. La localisation commissurale du prolapsus n’est reconnue que dans environ 30 % des cas lors de l’échographie préopératoire, et est une découverte peropératoire dans l’ensemble des autres cas (figure 4) [10]. Rappelons que sa cause principale est l’endocardite infectieuse dans 45 % des cas, son mécanisme le plus fréquent étant la rupture de cordages dans 45 % des cas et qu’il concerne essentiellement la commissure postérieure (75 %) et moins souvent la commissure antérieure (25 %) [10]. Son traitement chirurgical est conservateur dans la majorité des cas. La technique la plus simple et la plus répandue (50 % des cas) est la fermeture de la commissure (figure 5), ceci en l’absence d’effet de sténose mitrale secondaire et avec d’excellents résultats à long terme [10]. Il est également possible d’utiliser des cordages artificiels dans cette indication, de réaliser une résection du feuillet valvulaire antérieur ou postérieur adjacent à la commissure, voire de remplacer l’ensemble de la commissure par une homogreffe partielle (figure 6). De la même manière que pour le prolapsus antérieur, la technique de repositionnement de la tête de pilier commissural, raccourcissant de la même longueur l’ensemble des cordages commissuraux qui lui sont amarrés, traitant ainsi le prolapsus commissural sans avoir à fermer la commissure (figure 7) a été récemment développée.

Traitement d’une restriction valvulaire mitrale

La restriction valvulaire mitrale est un autre mécanisme de fuite mitrale que l’on observe en particulier dans les séquelles de rhumatisme articulaire aigu (RAA), mais également dans le lupus, la polyarthrite rhumatoïde ou dans le syndrome primaire des antiphospholipides. L’atteinte inflammatoire de la valve aboutit à une véritable cicatrisation de celle-ci, avec rétraction du tissu valvulaire. Les valves mitrales antérieure et postérieure manquent alors d’étoffe pour assurer une bonne coaptation et donc l’étanchéité valvulaire. Pour corriger la fuite, il faut augmenter la surface de tissu valvulaire disponible, en augmentant la surface de la valve antérieure par un large patch de péricarde autologue préalablement traité au glutaraldéhyde (figure 8). Cette augmentation de surface augmente considérablement la surface de coaptation et permet de diminuer de manière significative le taux de réintervention pour fuite mitrale secondaire [11]. Bien entendu dans le RAA, il est nécessaire d’associer d’autres gestes tels une décalcification et fenestration de l’appareil sous-valvulaire pour lui rendre sa mobilité ou encore, une ouverture des commissures pour lever la part éventuelle de gêne au remplissage.

La restriction présente dans l’insuffisance mitrale ischémique est le plus souvent asymétrique, concerne la valve postérieure, en particulier le segment P3. Sa correction se fait actuellement à l’aide d’une annuloplastie sous-dimensionnée pour forcer la coaptation valvulaire [12]. Un anneau asymétrique est également utilisé pour forcer davantage la coaptation en regard de P3. Les résultats à long terme restent décevants car l’insuffisance mitrale ischémique est une maladie du ventricule gauche et non du tissu valvulaire lui-même [13]. Plusieurs techniques s’adressant directement au ventricule gauche ont été développées ces dernières années mais restent à évaluer [14, 15].

Annuloplastie mitrale

Le but de la mise en place d’un anneau prothétique sur un anneau dilaté n’est pas de rétrécir celui-ci mais de restaurer un rapport normal entre quantité de tissu disponible pour la fermeture (valve antérieure) et diamètre de l’orifice mitral [16]. Un anneau prothétique permet également d’augmenter la surface de coaptation, de fixer définitivement les dimensions de l’anneau natif, de diminuer la contrainte sur les sutures valvulaires, et donc d’améliorer ainsi les résultats à long terme de la plastie. Une annuloplastie doit être associée aux autres gestes dans la très grande majorité des cas, les seules exceptions étant les IM ischémiques aiguës ou les endocardites aiguës dans lesquelles l’anneau n’est pas encore dilaté. La question de la mise en place d’un anneau rigide ou d’un anneau souple n’a jamais été vraiment tranchée en termes de résultats et reste surtout un cas d’école.

Approche mini-invasive

La tendance actuelle de réaliser la plastie mitrale par voie endoscopique n’a pas montré de réelle supériorité en termes de morbi-mortalité, de durée d’hospitalisation. Le seul bénéfice établi à ce jour est esthétique, souhait en particulier chez la femme jeune. Il faut cependant que le niveau d’exigence en termes de plastie soit le même que celui d’une plastie par sternotomie, que les techniques de plastie utilisées puissent donner les mêmes résultats immédiats et surtout à long terme que ceux décrits jusqu’à présent par la chirurgie conventionnelle.

ETO peropératoire et échographie 3D

L’utilisation systématique de l’ETO en peropératoire de réparation mitrale permet de préciser la localisation de la fuite, de caractériser son mécanisme, et ainsi de guider le chirurgien dans la réparation. Cette approche a permis d’améliorer les résultats de la plastie et est désormais un prérequis indispensable à la réparation mitrale. Récemment l’échographie 3D a permis d’obtenir des images de grande qualité de la valve mitrale et de ses pathologies ; sa place dans le bilan préopératoire et au bloc opératoire reste encore à définir. L’ETO 3D permet dès à présent de localiser précisément une fuite résiduelle après plastie, et ainsi de guider le chirurgien pour compléter sa réparation et obtenir une réparation parfaite qui ne laissera aucune fuite.

Conclusion

Actuellement, les recommandations internationales pour la chirurgie réparatrice des insuffisances mitrales sont de plus en plus larges. Les indications ont été élargies et incluent de plus en plus les patients asymptomatiques, avant même un retentissement sur le ventricule gauche, l’apparition d’une ACFA ou d’une HTAP. Cette précocité dans l’indication a été possible grâce aux progrès considérables des techniques de plastie mitrale et de la réanimation après chirurgie cardiaque. Les progrès de la plastie sont à mettre sur le compte d’une analyse valvulaire mitrale échographique plus poussée mais aussi sur le compte d’une plus grande expertise chirurgicale permettant une réparation dans la majorité des cas au sein des équipes rompues à cet exercice. Les lésions réputées plus difficiles à réparer sont désormais accessibles à des techniques de plastie simples, standardisées, impliquant davantage l’appareil sous-valvulaire. La place des techniques d’approche mini-invasive et de l’échographie 3D reste encore à définir.

Références

1 ACC/AHA 2006 guidelines for the management of patients with valvular heart disease : a report of the American College of Cardiology/American Heart Association Task Force on Practice Guidelines. Circulation 2006 ; 114 : e84-e231.

2 Guidelines on the management of valvular heart disease : The Task Force on the Management of Valvular Heart Disease of the European Society of Cardiology. Eur Heart J 2007 ; 28 : 230-68.

3 Enriquez-Sarano M, Avierinos JF, Messika-Zeitoun D, et al. Quantitative determinants of the outcome of asymptomatic mitral regurgitation. N Engl J Med 2005 ; 352 : 875-83.

4 Grigioni F, Enriquez-Sarano M, Zehr KJ, Bailey KR, Tajik AJ. Ischemic mitral regurgitation : long-term outcome and prognostic implications with quantitative Doppler assessment. Circulation 2001 ; 103 : 1759-64.

5 Detaint D, Sundt TM, Nkomo VT, et al. Surgical correction of mitral regurgitation in the elderly : outcomes and recent improvements. Circulation 2006 ; 114 : 265-72.

6 Dreyfus GD, Corbi P, Rubin S, Aubert S. Posterior leaflet preservation in mitral valve prolapse : a new approach to mitral repair. J Heart Valve Dis 2006 ; 15 : 528-30.

7 Braunberger E, Deloche A, Berrebi A, et al. Very Long-Term Results (More Than 20 Years) of Valve Repair With Carpentier’s Techniques in Nonrheumatic Mitral Valve Insufficiency. Circulation 2001 ; 104 : I8.

8 Dreyfus GD, Souza Neto O, Aubert S. Papillary muscle repositioning for repair of anterior leaflet prolapse due to chordal elongation. J Thorac Cardiovasc Surg 2006 ; 132 : 578-84.

9 Salvador L, Mirone S, Bianchini R, et al. A 20-year experience with mitral valve repair with artificial chordae in 608 patients. J Thorac Cardiovasc Surg 2008 ; 135 : 1280-7.

10 Aubert S, Barreda T, Acar C, et al. Mitral valve repair for commissural prolapse : surgical techniques and long term results. Eur J Cardiothorac Surg 2005 ; 28 : 443-7.

11 Aubert S, Flecher E, Rubin S, Acar C, Gandjbakhch I. Anterior mitral leaflet augmentation with autologous pericardium. Ann Thorac Surg 2007 ; 83 : 1560-1.

12 Bax JJ, Braun J, Somer ST, et al. Restrictive annuloplasty and coronary revascularization in ischemic mitral regurgitation results in reverse left ventricular remodeling. Circulation 2004 ; 110 (SII) : 103-8.

13 McGee EC, Gillinov AM, Blackstone E, et al. Recurrent mitral regurgitation after annuloplasty for functional ischemic mitral regurgitation. J Thorac Cardiovasc Surg 2004 ; 128 : 916-24.

14 Rama A, Praschker L, Barreda E, Gandjbakhch I. Papillary muscle approximation for functional ischemic mitral regurgitation. Ann Thorac Surg 2007 ; 84 : 2130-1.

15 Hvass U, Tapia M, Baron F, Pouzet B, Shafy A. Papillary muscle sling : a new functional approach to mitral repair in patients with ischemic left ventricular dysfunction and functional mitral regurgitation. Ann Thorac Surg 2003 ; 75 : 809-11.

16 Carpentier A. Cardiac valve surgery--the "French correction". J Thorac Cardiovasc Surg 1983 ; 86 : 323-37.


 

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