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Inhibiteurs de la rénine : concept, conséquences hormonales, intérêt potentiel, perspectives


MT Cardio. Volume 3, Numéro 4, 251-6, Juillet-Août 2007, Dossier – Inhibiteurs de la rénine

DOI : 10.1684/mtc.2007.0098

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Grégoire Wuerzner, Michel Azizi , Université Paris Descartes, Faculté de Médecine, 75006 Paris, France, Assistance Publique Hôpitaux de Paris, Centre d’investigation clinique, Hôpital Européen Georges Pompidou, 20-40 rue Leblanc, 75015 Paris, France, INSERM, CIC 9201, 75015 Paris, France.

Résumé : Le blocage du système rénine-angiotensine avec les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) ou les antagonistes des récepteurs AT1 (ARA) est devenu une des approches thérapeutiques majeures en médecine. Alors que les premiers inhibiteurs du SRA développés ont été les IEC et les ARA, il aurait été plus intéressant d’un point de vue physiopathologique de développer un inhibiteur de la rénine. En effet, la rénine en elle-même offre une cible plus spécifique d’inhibition du SRA, puisque l’angiotensinogène est son seul substrat connu et que la réaction rénine-substrat est l’étape limitante du système. La recherche d’inhibiteurs de la rénine a été très active il y a une vingtaine d’années, mais s’est heurtée à de très grandes difficultés de mise au point. De nouveaux inhibiteurs de la rénine humaine, tels que l’aliskiren, ont été récemment développés, selon une approche fondée sur la modélisation de la structure du site actif de la rénine analysé en cristallographie aux rayons X. Les résultats des études précliniques et cliniques suggèrent que cette molécule puisse avoir un intérêt dans la prise en charge des pathologies cardiovasculaires et rénales.

Mots-clés : système rénine angiotensine, inhibiteur

ARTICLE

Auteur(s) : Grégoire Wuerzner1,2, Michel Azizi1,2,3

1Université Paris Descartes, Faculté de Médecine, 75006 Paris, France
2Assistance Publique Hôpitaux de Paris, Centre d’investigation clinique, Hôpital Européen Georges Pompidou, 20-40 rue Leblanc, 75015 Paris, France
3INSERM, CIC 9201, 75015 Paris, France

Le blocage du SRA avec les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) ou les antagonistes des récepteurs AT1 (ARA) est devenu une des approches thérapeutiques majeures en médecine dans le traitement de l’hypertension artérielle [1], des pathologies cardiovasculaires [2-8], et rénales [9-13].Alors que les premiers inhibiteurs du SRA développés ont été les IEC, il aurait été plus intéressant, d’un point de vue physiopathologique, de développer des médicaments qui ciblent plus spécifiquement le SRA tels qu’un inhibiteur de la rénine ou un ARA. En effet, l’enzyme de conversion a de nombreux autres substrats que l’angiotensine I, incluant la bradykinine [14], la substance P, les enképhalines [14], l’angiotensine (1-7) [15], et l’AcSDKP [16]. La diminution de la formation de l’angiotensine II, mécanisme d’action souhaité des IEC, s’accompagne en effet d’une accumulation de bradykinine [14], du fait de la double action de l’enzyme sur l’angiotensine I et la bradykinine. C’est à cette accumulation locale de bradykinine (ou de substance P) que l’on rapporte les effets secondaires gênants (toux) [17] ou graves (œdème angioneurotique) [18] signalés au cours des traitements par les IEC. La rénine en elle-même offre une cible plus spécifique d’inhibition du SRA puisque l’angiotensinogène est son seul substrat connu et que la réaction rénine-substrat est l’étape limitante du système [19].

Historique de la recherche

Les premières tentatives pour inhiber la rénine ont utilisé des anticorps anti-rénines, des analogues synthétiques du pro-segment de la prorénine (précurseur de la rénine) susceptibles de bloquer l’accès de l’angiotensinogène au site actif de la rénine et des analogues peptidiques de la partie N-terminale de l’angiotensinogène [19-21]. Les molécules ainsi synthétisées n’avaient qu’un très faible pouvoir inhibiteur vis à vis de la rénine humaine. L’étape suivante a été l’utilisation de peptides contenant une statine ou un analogue de la statine qui se comporte comme un analogue de l’état de transition de l’hydrolyse de la liaison peptidique par la rénine. La statine a ensuite été remplacée par différents autres analogues synthétiques de l’état de transition. Ainsi, de 1980 à 1995, plusieurs inhibiteurs de la rénine humaine ont été synthétisés, comme l’enalkiren, le CGP38-560, le remikiren, le zankiren, le ciprokiren et le terlakiren [19-21]. Chez l’homme, ces médicaments avaient une faible biodisponibilité absolue par défaut d’absorption intestinale (1-2 %), une demi-vie courte, une grande variabilité pharmacocinétique intersujets et une efficacité tensionnelle limitée chez les patients hypertendus. Leur coût de synthèse était extrêmement élevé, limitant la dose administrée et donc l’efficacité thérapeutique. À ce stade, tous les programmes de développement des inhibiteurs de la rénine furent arrêtés, et ce d’autant que les ARA apparaissaient comme être des alternatives plus simples à développer.

Une recherche active a redémarré dans les années 2000-2005 et de nouveaux inhibiteurs de la rénine humaine ont été développés, selon une nouvelle approche fondée sur l’analyse de la structure du site actif de la rénine en cristallographie aux rayons X. Parmi les quatre molécules récemment découvertes, l’aliskiren est inhibiteur puissant et spécifique de la rénine humaine (IC50 : 0,6 nM) [22] dont le développement clinique est le plus avancé. Il s’agit d’une molécule hydrophile qui se comporte comme un analogue de l’état de transition de l’hydrolyse de la liaison peptidique par la rénine.

Pharmacologie préclinique de l’aliskiren

La spécificité de l’aliskiren vis-à-vis de la rénine humaine a rendu complexe son évaluation préclinique, la limitant à des études chez le marmouset ou chez le rat double transgénique à la rénine et à l’angiotensinogène humains, un modèle létal d’hypertension artérielle associée à une atteinte sévère des organes cibles. Chez les marmousets déplétés en sel, l’administration d’aliskiren en dose unique abaisse la pression artérielle de façon dépendante de la dose [23]. L’effet hypotenseur de l’aliskiren 10 mg/kg administré par voie orale en doses répétées est supérieur à celui du bénazépril 10 mg/kg et de valsartan 10 mg/kg et se maintient sur 24 heures [24]. Chez le rat double transgénique, l’injection sous-cutanée quotidienne d’aliskiren (0,3 mg/kg et de 3 mg/kg) pendant 3 semaines réduit la pression artérielle de façon dépendante de la dose et à un niveau similaire à celui observé après administration orale de 10 mg/kg de valsartan [25]. La réduction de la pression artérielle sous aliskiren et sous valsartan s’accompagne d’une réduction du débit de protéinurie, de l’insuffisance rénale, de l’hypertrophie ventriculaire gauche et d’une amélioration de la survie par rapport aux animaux contrôles [25].

Évaluation du degré de blocage du SRA par un inhibiteur de la rénine

Le blocage de la réaction rénine-angiotensinogène peut être évalué par différents paramètres in vitro et in vivo. In vitro, l’efficacité des anti-rénines se juge habituellement à leur pouvoir inhibiteur (IC50, Ki) vis-à-vis de la rénine humaine (ou de primate) agissant sur l’angiotensinogène humain ou sur un substrat synthétique. ln vivo, le blocage du SRA par un anti-rénine est habituellement suivi par le degré d’inhibition de l’activité rénine plasmatique (ARP) mesurée par trapping de l’angiotensine I. La mesure du taux plasmatique d’angiotensine I et II peut être couplée au dosage de l’ARP. Le dosage de l’angiotensine I a l’avantage d’être le reflet direct la réaction rénine-angiotensinogène, alors que la mesure de l’ARP est effectuée ex vivo, après incubation du plasma pendant une durée de temps variable, et peut être source de résultats discordants, en particulier de surestimation de l’effet si elle n’est pas réalisée par trapping de l’angiotensine I [26]. Deux autres paramètres hormonaux indirects peuvent être utiles pour apprécier l’inhibition du système rénine in vivo, le dosage de la concentration de rénine active par essai immunoradiométrique [27] et celui de l’aldostérone plasmatique. La concentration plasmatique en rénine active s’élève de façon dose-dépendante lors de l’administration d’un inhibiteur de la rénine, montrant la mise en jeu secondaire de la libération de rénine par les cellules juxta-glomérulaires du fait de la suppression du rétrocontrôle négatif exercé par l’angiotensine II [28]. L’aldostérone plasmatique peut servir aussi de marqueur hormonal mais son abaissement ne peut s’observer qu’en cas de produit à longue durée d’action du fait de sa demi-vie relativement longue.

Malgré une biodisponibilité qui reste faible (2 à 3 %), la puissance de l’aliskiren inhibiteur vis-à-vis de la rénine humaine et sa demi-vie pharmacocinétique prolongée (23 à 36 heures) [29, 30] lui confèrent une activité biologique in vivo équivalente à celle d’un ARA ou d’un IEC. L’administration répétée d’aliskiren de 40 mg à 640 mg/j en solution pendant 8 jours à des sujets normotendus ayant des apports sodés quotidiens de 100 mmol/j réduit massivement ARP et les concentrations d’angiotensine I et d’angiotensine II et augmente la concentration de rénine plasmatique de façon dépendante de la dose. L’intensité du blocage du SRA obtenue par 150 mg d’aliskiren était similaire à celle obtenu par 20 mg d’énalapril [29]. Chez des sujets normotendus déplétés en sel, l’intensité du blocage du SRA obtenue par 300 mg d’aliskiren en dose unique est supérieure à celle obtenue par 160 mg de valsartan en dose unique [30]. L’aliskiren 300 mg réduisait significativement l’ARP et les concentrations d’angiotensine I et d’angiotensine II pendant 48 heures [30]. Il stimulait la libération de la rénine immunoréactive dans le plasma de façon plus intense et plus prolongée et réduisait l’excrétion urinaire d’aldostérone de façon prolongée que le valsartan 160 mg. Au cours de cette même étude, l’aliskiren 150 mg était combiné au valsartan 80 mg. La combinaison d’aliskiren 150 et de valsartan 80 mg n’augmentait pas les concentrations d’angiotensine I et II dans le plasma contrairement au valsartan administré en monothérapie. Les effets sur la libération de rénine active et l’excrétion urinaire d’aldostérone de la combinaison d’aliskiren 150 et de valsartan 80 mg ont été similaires à ceux observés sous 300 mg d’aliskiren en monothérapie et significativement supérieurs à ceux observés sous 160 mg de valsartan en monothérapie [30]. La baisse de pression artérielle sous traitement combiné à faible dose (aliskiren 150 mg + valsartan 80 mg) était similaire à celle observée avec chacune des monothérapies administrées à double dose (aliskiren 300 mg et valsartan 160 mg), témoignant ainsi d’un effet additif des faibles doses administrées en combinaison. Les résultats de cette étude réalisée chez des volontaires sains soumis à une déplétion sodée, montrent que les effets prolongés de l’aliskiren, en monothérapie ou en combinaison avec le valsartan, sur la libération de rénine active et la diminution de l’aldostérone urinaire, sont liés à un blocage prolongé des effets de l’angiotensine II au niveau rénal et surrénalien. La combinaison des deux médicaments a un effet synergique sur les hormones du SRA. Cet effet est directement lié à la neutralisation par l’inhibiteur de la rénine de la contre-régulation interne du système rénine angiotensine consécutive à une levée du feed-back de l’angiotensine II induite par l’antagoniste des récepteur AT1 [30].

Différences biologiques entre les différents bloqueurs du SRA

Sur le plan biologique, l’interruption du SRA par un inhibiteur de la rénine se différencie de celle induite par un IEC ou un ARA [20] (tableau 1). En effet, si le blocage du SRA s’accompagne toujours d’une augmentation réactive de la concentration de rénine dans le plasma quelle que soit la molécule utilisée, les conséquences du blocage du SRA sur les concentrations des angiotensines ne sont pas identiques [20]. Les ARA entraînent une augmentation des concentrations d’angiotensine I et II, les IEC induisent une augmentation des concentrations d’angiotensine I et une baisse des concentrations d’angiotensine II et les inhibiteurs de la rénine inhibent totalement la production des angiotensines.

Les ARA bloquent les récepteurs AT1 et les effets de l’angiotensine II générée par des voies alternatives autres que l’enzyme de conversion telles que l’enzyme CAGE [31] ou la chymase [32], ce qui n’est pas le cas des IEC. L’augmentation des concentrations d’angiotensine II qui accompagne la prise d’un ARA stimule les récepteurs AT2 qui activent une cascade vasodilatatrice et natriurétique impliquant la bradykinine, le NO, le GMP cyclique [33]. La stimulation des récepteurs AT2 aurait des effets bénéfiques, délétères ou neutres selon les résultats des études expérimentales [34, 35]. Si la stimulation à long terme des récepteurs AT2 s’avérait délétère chez l’homme, ce qui reste très controversé, les inhibiteurs de la rénine qui entraînent une suppression totale des concentrations d’angiotensine I et d’angiotensine II, auraient un avantage clinique sur les ARA.

Les IEC induisent une vasodilatation et une natriurèse par accumulation de peptides telles que la bradykinine [36] et l’Ang (1-7) [15]. En effet, les IEC réduisent la dégradation de la bradykinine qui active le récepteur B2, entraînant ainsi une libération de NO, de prostacycline, et d’autres substances vasodilatatrices dérivées de l’endothélium [36]. Au cours de l’inhibition chronique de l’enzyme de conversion, l’augmentation de l’Ang (1-7) pourrait aussi potentialiser l’activité vasodilatatrice de la bradykinine en stimulant la libération de NO [15]. Les inhibiteurs de la rénine sont dépourvus de ces effets et pourraient être désavantagés par rapport à un IEC. Seuls des essais de grande envergure chez l’homme comparant un inhibiteur de la rénine à un IEC ou à un ARA à degré égal de blocage du SRA permettront de savoir si cette approche thérapeutique est supérieure aux autres. Ils permettront aussi de lever définitivement les doutes quant à l’importance de la contribution de la stimulation des récepteurs AT2, de la voie de la bradykinine-NO-GMPc et de l’Ang (1-7) dans les effets respectifs des ARA II et des IEC (tableau 2).
Tableau 1 Conséquences hormonales du blocage du SRA

Concentration de rénine

Activité rénine plasmatique

Angiotensine I

Angiotensine II

Inhibiteurs de la rénine

Inhibiteurs de l’enzyme de conversion

Antagonistes des récepteurs AT1


Tableau 2 Avantages potentiels des inhibiteurs de la rénine

Grande spécificité pour la rénine humaine.

Inhibition de l’étape limitante de la formation de l’angiotensine II.

Spécificité de substrat (l’angiotensinogène est le seul substrat connu pour la rénine).

Mise au repos du SRA :

- suppression de tous les peptides dérivés de l’angiotensine I.

- inhibition des voies alternatives de génération de l’angiotensine II indépendantes de l’enzyme de conversion.

- absence de stimulation des récepteurs AT2 ou autres récepteurs aux angiotensines IV (1-7).

- neutralisation des conséquences de la libération de rénine stimulée par la levée du feedback négatif de l’angiotensine II secondaire au blocage du SRA.

- interaction potentielle positive avec le récepteur (pro)rénine.

Récepteur à la rénine et à la prorénine

La découverte d’un récepteur liant la rénine et la prorénine présent au niveau rénal, cardiaque et vasculaire, a modifié la vue générale du SRA [37, 38]. En effet, ce récepteur identifié tout d’abord dans les cellules mésangiales rénales en culture [37], confère à la rénine une activité propre en plus de son activité enzymatique [38]. La liaison de la rénine à ce récepteur dans des modèles cellulaires augmente son activité catalytique vis-à-vis de l’angiotensinogène [38] et stimule directement l’activité des ERK intracellulaires (extracellular regulated kinase) [38] et la synthèse du TGFα [39] indépendamment de l’angiotensine II. Cette liaison pourrait donc entraîner une prolifération cellulaire et favoriser la fibrose. Ce récepteur lie aussi la prorénine (forme inactive de la rénine), et la liaison au récepteur confère à la prorénine une activité catalytique susceptible de cliver l’angiotensinogène [38]. Ainsi, l’augmentation de l’activité catalytique de la rénine/prorénine par liaison à son récepteur pourrait être à l’origine de lésions supplémentaires des organes cibles (rein, vaisseau, cœur). Il est donc tentant de spéculer qu’un inhibiteur de la rénine puisse apporter une protection supplémentaire par rapport aux autres inhibiteurs du SRA en interagissant sur la relation rénine/prorénine-récepteur en particulier chez les patients diabétiques dont les concentrations de prorénine plasmatiques sont élevées et fréquemment associées aux complications microvasculaires du diabète [40, 41] ou en bloquant des effets délétères directs de la prorénine [42].

Intérêt potentiel des inhibiteurs de la rénine dans les pathologies rénales

L’angiotensine II joue un rôle crucial dans le contrôle de l’hémodynamique intrarénale et de la fonction rénale [43, 45]. Le blocage du SRA par les IEC et les ARA a montré leur très grande efficacité à réduire l’atteinte rénale chez les patients ayant une néphropathie protéinurique. Malgré l’administration de doses usuelles d’IEC et d’ARA, un certain nombre de patients restent protéinuriques et leur fonction rénale s’altère inexorablement. Ce phénomène s’explique en partie par une insuffisante inhibition du SRA intrarénal à ces doses [46]. La nécessité d’inhiber plus efficacement le SRA intrarénal est d’autant plus importante que sa régulation est indépendante de celle du SRA circulant [44, 45]. Les inhibiteurs de la rénine seraient susceptibles de bloquer plus efficacement le SRA intrarénal et de prolonger ainsi la neutralisation des effets de l’angiotensine II intrarénale. En effet, la réponse vasodilatatrice rénale à un inhibiteur de la rénine administré par voie intraveineuse (enalkiren) chez des sujets normotendus soumis à un régime désodé strict (NaCl < 10 mmol/j), induit une vasodilatation plus importante qu’un IEC [47].

L’ensemble de ces données suggèrent ainsi que l’inhibition de la rénine est plus efficace que l’inhibition de l’enzyme de conversion pour bloquer la formation d’angiotensine II au niveau rénal et possiblement apporter un bénéfice clinique supplémentaire [48]. Ces observations pourraient avoir une importance clinique particulière dans des circonstances où la génération d’angiotensine II dans le rein est activée par les voies métaboliques dépendantes ou indépendantes de l’enzyme de conversion, tel que cela a été rapporté chez les patients ayant une néphropathie diabétique [49] ou chez des patients d’origine africaine [50].

Conclusion

La mise au point de substances capables d’inhiber la réaction de la rénine sur l’angiotensinogène permet a priori d’individualiser sans ambiguïté l’action propre du SRA dans la régulation de la pression artérielle et de la fonction cardiaque. Elle offre une nouvelle voie thérapeutique dans le traitement de l’hypertension et de l’insuffisance cardiaque et des néphropathies protéinuriques, avec comme avantage théorique sa plus grande sélectivité (tableau 2).

La limite des inhibiteurs de la rénine est celle des IEC et des ARA. Ces inhibiteurs sont d’autant plus efficaces que l’apport en sel est réduit. Cette ligne thérapeutique, que l’on fasse appel aux inhibiteurs de la rénine, aux IEC ou aux ARA, ne dispensera jamais d’une intervention sur les apports ou les éliminations sodées par les diurétiques.

Une deuxième limite théorique réside dans le fait que le blocage de la rénine aboutit, par une baisse du taux plasmatique d’angiotensine II, à une augmentation de la sécrétion de rénine comme pour les IEC et ARA. L’élévation nette de l’enzyme, la rénine, en cas d’administration d’inhibiteur de la rénine, exige un taux plasmatique non négligeable d’inhibiteur pour bloquer cette augmentation secondaire de la rénine, ce qui ne semble pas a priori être un problème pour les nouveaux inhibiteurs de la rénine tels que l’aliskiren.

L’aliskiren est actuellement en développement dans les pathologies cardiaques et dans les néphropathies protéinuriques d’origine diabétique ou non. Une évaluation rigoureuse et complète des risques potentiels liés à l’utilisation de tels médicaments sera nécessaire. Elle nécessitera l’étude de nombreux patients ayant différentes pathologies telles qu’une hypertension artérielle, une insuffisance rénale ou une insuffisance cardiaque.

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