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Adipocyte, une cellule en devenir


MT Cardio. Volume 3, Numéro 1, 6-17, Janvier-Février 2007, Dossier – Obésité et adipocytes

DOI : 10.1684/mtc.2007.0051

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Bruno Fève, Nathalie Mercier , Service d’endocrinologie et INSERM U693, Faculté de Médecine de Bicêtre, Université Paris 11, 63 rue Gabriel Péri, 94270 Le Kremlin-Bicêtre, MediCity Laboratory and Department of Medical Microbiology, Turku University and National Public Health Institute, FIN-20520 Turku, Finlande.

Résumé : L’obésité ainsi que la lipoatrophie représentent des risques majeurs d’insulinorésistance, de diabète de type 2, et de maladies cardiovasculaires. Au cours des trois dernières décennies, des avancées très importantes ont été réalisées dans la compréhension des facteurs transcriptionnels de l’adipogenèse, et de celle des facteurs extracellulaires et des voies de signalisation qui régulent la formation de la cellule adipeuse. Cette revue est focalisée sur les modèles in vitro de la différenciation adipocytaire, et sur l’équilibre entre les facteurs pro- et anti-adipogéniques qui gouvernent ce processus. L’identification des mécanismes exacts participant au développement du tissu adipeux représente un enjeu considérable dans la mise en place de stratégies rationnelles pour prévenir ou soigner l’obésité.

Mots-clés : adipocyte, différenciation, lipogenèse, lipolyse, adipokine, facteur transcriptionnel

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Bruno Fève1, Nathalie Mercier2

1Service d’endocrinologie et INSERM U693, Faculté de Médecine de Bicêtre, Université Paris 11, 63 rue Gabriel Péri, 94270 Le Kremlin-Bicêtre
2MediCity Laboratory and Department of Medical Microbiology, Turku University and National Public Health Institute, FIN-20520 Turku, Finlande

La progression considérable de l’incidence de l’obésité et des morbidités associées au cours des dernières décennies ne se limite plus maintenant aux sociétés développées et constitue manifestement un enjeu mondial de santé publique. Le développement excessif de la masse adipeuse qui définit l’obésité met en jeu à la fois une augmentation de la taille (hypertrophie) et du nombre (hyperplasie) des cellules. Il est donc essentiel d’acquérir de nouvelles connaissances sur la différenciation adipocytaire (adipogenèse) et la physiologie du tissu adipeux. Au-delà de leur aspect purement cognitif, ces études permettent et permettront de proposer de nouvelles stratégies nutritionnelles ou médicamenteuses de l’obésité, du syndrome métabolique, ou du diabète non-insulino dépendant.Le tissu adipeux blanc renferme non seulement des adipocytes mais également plusieurs autres types cellulaires incluant des préadipocytes, des macrophages, des cellules endothéliales et des fibroblastes, ce qui complique son étude physiologique. Ces difficultés ont en partie été circonscrites par l’établissement à partir des années 1970 de lignées cellulaires préadipocytaires de rongeurs, capables de se différencier in vitro en adipocytes en présence d’effecteurs hormonaux adéquats. Depuis, d’autres modèles cellulaires ont permis de s’intéresser aux étapes encore plus précoces de la détermination adipocytaire. Il est certain que ces approches in vitro ont joué un rôle déterminant dans la connaissance de l’adipogenèse et du métabolisme de l’adipocyte mature.Dans cette mise au point, nous évoquerons dans un premier temps les propriétés essentielles de la cellule adipeuse mature, qui lui confèrent ses spécificités fonctionnelles. La seconde étape abordera la problématique de la différenciation adipocytaire, avec une mention particulière pour la régulation de ce processus par les facteurs transcriptionnels pro- et anti-adipogéniques.

Grandes fonctions du tissu adipeux blanc

Les principales caractéristiques physiologiques de la cellule adipeuse blanche incluent d’une part ses propriétés anaboliques, représentées par sa capacité à synthétiser et à stocker des acides gras et des triglycérides, et d’autre part ses propriétés cataboliques, représentées par la voie lipolytique. Par ailleurs, l’adipocyte est capable de produire et de sécréter de nombreux facteurs exerçant des fonctions pléiotropes, endocrines ou auto-/para-crines.

Stockage des lipides dans le tissu adipeux : lipogenèse et synthèse des triglycérides

Le tissu adipeux blanc accumule l’énergie sous forme de triglycérides (figure 1A). La principale source de triglycérides de l’adipocyte est constituée par les chylomicrons et les lipoprotéines de très faible densité (VLDL) circulants, provenant de l’alimentation ou de la lipogenèse hépatique. Les triglycérides contenus dans les chylomicrons et les VLDL sont hydrolysés par la lipoprotéine lipase (LPL), une enzyme sécrétée par l’adipocyte et ancrée sur les cellules endothéliales des vaisseaux capillaires [1, 2]. Les acides gras non estérifiés (AGNE) dérivés de l’hydrolyse des lipoprotéines par la LPL peuvent ensuite être captés par l’adipocyte. Après leur transformation en acyl-CoA, les acides gras pourront être ré-estérifiés en triglycérides et stockés dans les vacuoles lipidiques.

Le terme de lipogenèse désigne plus spécifiquement la néosynthèse d’acides gras à partir du glucose. Chez le rongeur, la lipogenèse est réalisée dans le foie et le tissu adipeux. Dans l’espèce humaine, la lipogenèse est majoritairement hépatique, et s’effectue de façon très accessoire dans le tissu adipeux. La première étape préalable à la lipogenèse proprement dite est le captage du glucose extracellulaire par l’intermédiaire du transporteur du glucose GLUT4, qui en présence d’insuline, transloque très rapidement d’un compartiment vésiculaire endosomal vers la membrane plasmique. Après son entrée dans l’adipocyte, le glucose est phosphorylé en glucose-6-phosphate par une hexokinase, et entre dans la voie glycolytique pour fournir du pyruvate. Dans la mitochondrie, la pyruvate deshydrogénase catalyse la transformation du pyruvate en acétyl-CoA. Ce dernier est exporté vers le cytosol grâce à un système de transfert. À partir de l’acétyl-CoA, l’acétyl-CoA carboxylase génère le malonyl-CoA, qui sera polymérisé en acide gras à longue chaîne saturé en présence du complexe de la synthase des acides gras. Plusieurs désaturases permettront la synthèse d’acides gras plus ou moins saturés. Les acides gras néosynthétisés dans la voie lipogénique pourront être estérifiés en présence d’α-glycérophosphate, afin d’assurer le stockage des lipides sous formes de triglycérides.

La synthèse des triglycérides et la lipogenèse sont soumises à un contrôle nutritionnel (glucose, acides gras) et plurihormonal (insuline, catécholamines, stéroïdes, GH, cytokines…) [3]. Selon les protéines impliquées dans la synthèse des lipides, la régulation s’effectue à un niveau transcriptionnel, post-transcriptionnel, ou post-traductionnel. De façon succincte et simplifiée, deux effecteurs hormonaux contrôlent de façon essentielle la synthèse des lipides adipocytaires : les catécholamines, par le biais de la production intracellulaire d’AMPc et l’activation de la protéine kinase dépendante de l’AMPc (PKA), inhibent la lipogenèse ainsi que la synthèse et l’activité de la LPL. À l’opposé, l’insuline constitue un inducteur majeur de la lipogenèse et de la synthèse des triglycérides.

Lipolyse

La lipolyse (figure 1B) assure la dégradation des triglycérides contenus dans les vacuoles lipidiques de l’adipocyte et libère ainsi des AGNE et du glycérol. Deux lipases interviennent classiquement de façon séquentielle pour réaliser la lipolyse [3]. La lipase hormonosensible (LHS) hydrolyse les triglycérides en diglycérides puis les diglycérides en monoglycérides, et est l’enzyme limitante de la lipolyse. La lipase des monoglycérides (LMG) dégrade ensuite les monoglycérides en AGNE et glycérol.

L’activité de la LHS est contrôlée de façon étroite par phosphorylation réversible par une protéine kinase dépendante de l’AMPc (PKA) ou du GMPc (PKG). La phosphorylation de la LHS par la PKA sur les résidus sérines 649 et 650 active l’enzyme, sans doute en démasquant le site catalytique. Par ailleurs, la phosphorylation de la LHS permet une redistribution de la lipase du compartiment cytosolique vers la vacuole lipidique. Les périlipines sont des protéines abondamment exprimées à la surface de la gouttelette lipidique et interviennent probablement dans sa stabilisation. En présence d’un stimulus lipolytique, la phosphorylation des périlipines par la PKA diminuerait leur ancrage à la vacuole lipidique et favoriserait ainsi l’accès de la LHS activée à ses substrats lipidiques.

Récemment, trois équipes dont celle de Zechner et al. [4] ont identifié une nouvelle lipase exprimée de façon prédominante dans le tissu adipeux, l’ATGL (adipocyte triglyceride lipase) et associée avec la vacuole lipidique. Son abondance est accrue en période de jeûne. Elle posséderait de façon préférentielle une activité triglycéride lipase, tandis que la LHS exercerait avant tout une activité diglycéride lipase.

Le processus de lipolyse est régulé de façon précise par de multiples signaux d’origine nerveuse, endocrine, ou paracrine, qui agissent par l’intermédiaire de récepteurs membranaires spécifiques [5]. Ceux-ci interviendront pour moduler l’activité de l’adénylyl cyclase ou de la guanylyl cyclase, régulant ainsi les taux intracellulaires de l’AMPc ou du GMPc et l’activité de la LHS.

Deux types de récepteurs à 7 domaines transmembranaires couplés à des protéines G (RCPG) et à l’adénylyl cyclase participent au contrôle de la lipolyse. D’une part des RCPG couplés positivement à l’adénylyl cyclase par l’intermédiaire d’une protéine Gs de type stimulateur, et dont l’activation favorise la lipolyse. D’autre part, des RCPG couplés négativement à l’adénylyl cyclase par l’intermédiaire d’une protéine Gi de type inhibiteur, et dont l’activation limite la lipolyse.

Chez les mammifères, les catécholamines sont les effecteurs essentiels de la lipolyse. Leur action lipolytique est relayée par les récepteurs β-adrénergiques dont il existe 3 sous-types dans l’adipocyte (β1, β2, et β3). Cependant, la contribution relative de ces trois récepteurs varie de façon importante selon l’espèce considérée. Tandis que le récepteur β3-adrénergique occupe une place prépondérante dans l’adipocyte de rongeur, son rôle semble beaucoup plus accessoire dans l’espèce humaine, où les sous-types β1 et β2 sont majoritaires.

À l’encontre des RCPG activant l’adénylyl cyclase et la lipolyse, l’activation de plusieurs types de RCPG couplés à Gi conduit à une inhibition de l’adénylyl cyclase et à un effet antilipolytique. Ces RCPG sont les récepteurs α2A-adrénergiques, les récepteurs EP3 des prostaglandines E, les récepteurs A1 de l’adénosine, et les récepteurs du neuropeptide Y/peptide YY. Ces récepteurs de type inhibiteur sont en règle peu ou pas représentés dans le préadipocyte, mais abondants dans l’adipocyte mature. L’expression de ces récepteurs varie selon les espèces. Ainsi, alors que les récepteurs α2A-adrénergiques et du neuropeptide Y sont peu ou pas présents chez le rongeur, ils sont exprimés de façon importante dans l’espèce humaine.

Il apparaît ainsi que dans l’adipocyte, l’activité adénylyl cyclase et la lipolyse sont contrôlées de manière antagoniste par des systèmes stimulateurs ou inhibiteurs. C’est donc l’équilibre relatif entre l’activation des voies lipolytiques et anti-lipolytiques qui conditionnera le sens et l’intensité de la réponse cellulaire.

Récemment, il a été découvert que les peptides natriurétiques (ANP et BNP) exercent une activité lipolytique puissante dans l’adipocyte humain et de primate, mais pas dans la cellule adipeuse de rongeur [6]. Cet effet lipolytique ne met pas en jeu une modulation des taux intracellulaires d’AMPc, mais implique l’activation du récepteur membranaire NPR-A, doté d’une activité guanylyl cyclase intrinsèque. L’augmentation consécutive de la production de GMPc stimule une PKG, puis la phosphorylation de la LHS et la lipolyse. Chez l’homme, cette activité lipolytique originale et fonctionnelle des facteurs natriurétiques a été observée aussi bien in vivo qu’in vitro.

L’insuline est considérée comme le plus puissant inhibiteur physiologique de la lipolyse induite par les catécholamines. Le mécanisme d’action antilipolytique de l’insuline est désormais bien documenté [7]. Par l’intermédiaire de son récepteur, des IRS (substrats des récepteurs de l’insuline) et de la PI3K (phosphatidyl-inositol-3-kinase), l’insuline active par phosphorylation la phosphodiestérase 3B (PDE3B), qui catalyse la dégradation de l’AMPc en AMP. La baisse des taux d’AMPc qui en résulte, réduit l’activation de la PKA, et en conséquence la phosphorylation et l’activité de la LHS. Des inhibiteurs sélectifs de la PDE3B bloquent complètement l’action anti-lipolytique de l’insuline.

Propriétés sécrétoires de l’adipocyte

Au cours de la dernière décennie, la découverte de nombreux facteurs produits et libérés par l’adipocyte a définitivement établi la nature multisécrétrice de ce type cellulaire. Ces facteurs, de nature peptidique ou non peptidique, agissent soit localement de façon auto- ou paracrine, soit parfois de façon endocrine. Les fonctions exactes exercées par ces facteurs sont extrêmement diverses, et sont souvent méconnues ou controversées.

Il ne saurait être question ici d’aborder de manière détaillée les produits de sécrétion du préadipocyte ou de l’adipocyte. Certains seront abordés dans d’autres articles de cette revue. Il est hautement probable que de nombreux produits de sécrétion de la cellule adipeuse seront identifiés au cours des prochaines années.

Plusieurs facteurs sécrétés par le préadipocyte et agissant de façon redondante réguleraient de façon précoce l’adipogenèse en agissant sur le facteur transcriptionnel C/EBP-β. Ainsi, la prostacycline, dérivée du métabolisme de l’acide arachidonique, agit par le récepteur membranaire IP-R pour amplifier la différenciation, tandis que des inhibiteurs de cycloxygénases ou des Ac anti-prostacycline limitent ce processus [8]. De la même façon, le LIF (leukemia inhibitory factor) induit rapidement l’expression des C/EBP-β et –δ et l’adipogenèse, alors que le blocage de son récepteur spécifique exerce un effet opposé [8]. Le FGF-10 (fibroblast growth factor-10) favorise également in vivo la conversion des préadipocytes en adipocytes [9], ce qui est à rapprocher du défaut de développement du tissu adipeux chez des souris déficientes en récepteur du FGF [9].

Détermination et différenciation adipocytaires

Les approches expérimentales in vitro ont joué un rôle déterminant dans la connaissance de plusieurs facettes de l’adipogenèse : caractérisation des étapes du processus de différenciation, régulation par les effecteurs de l’environnement, compréhension de la mécanique transcriptionnelle mise en jeu. Malgré l’apport fondamental des lignées cellulaires, il faut cependant garder à l’esprit qu’elles présentent en elles-mêmes plusieurs limitations. Ces modèles se situent en dehors de l’environnement physiologique du tissu adipeux, qui intègre des interactions étroites avec la matrice extracellulaire, les autres types cellulaires, la circulation sanguine et les terminaisons nerveuses. En outre, elles ne prennent pas en compte les différences métaboliques importantes qui peuvent exister entre les adipocytes provenant de dépôts distincts, en particulier entre les adipocytes superficiels et viscéraux.

Étapes et modèles de la différenciation adipocytaire

Il est classiquement admis qu’un précurseur mésenchymateux multipotent est à l’origine de cinq types cellulaires distincts : myocyte, chondrocyte, ostéocyte, adipocyte et fibroblaste. Le processus de sélection du lignage adipoblastique à partir de ce précurseur mésenchymateux correspond à la détermination adipocytaire. La seconde phase désignée par le terme de différenciation adipocytaire correspond à la transition du préadipocyte vers l’adipocyte (figure 2).

Les modèles cellulaires disponibles permettent d’appréhender de façon distincte les étapes de détermination ou de différenciation adipocytaire. Ainsi, les lignées mésenchymateuses multipotentes ont permis d’établir l’origine commune des lignages adipocytaire, musculaire, chondrocytaire et ostéocytaire et sont d’un intérêt majeur dans l’étude de l’étape de détermination. De manière très séduisante, il est même actuellement possible d’explorer in vitro des étapes extrêmement précoces de la détermination à l’aide de cellules souches embryonnaires ES « quasi-totipotentes » [10].

Par contre, les lignées préadipocytaires unipotentes (3T3-L1, 3T3-F442A, Ob 17…) sont déjà déterminées vers le lignage adipocytaire et sont donc appropriées pour l’étude du processus de différenciation. Elles sont pour la plupart d’origine murine. Après une phase de croissance exponentielle, le précurseur adipocytaire marque un premier arrêt de croissance à confluence (figure 2) [11]. Les cellules s’engagent ensuite dans la différenciation et deviennent alors des préadipocytes. Émergent alors les caractéristiques phénotypiques de la différenciation, parmi lesquelles on distingue des événements précoces et tardifs.

Les événements précoces concernent en particulier le remodelage du cytosquelette et de la matrice extracellulaire (MEC). La réorganisation du réseau intracellulaire d’actine intervient probablement de façon importante dans les changements morphotypiques observés. Les composantes de la MEC participent également activement au bon déroulement du processus de différenciation. Ainsi, plusieurs travaux récents ont illustré que plusieurs isoformes des métalloprotéases de la matrice semblent nécessaires à un développement harmonieux du tissu adipeux, tant in vitro qu’in vivo [12-14]. Très récemment, la collagénase MT1-MMP est apparue comme nécessaire à l’organisation tri-dimensionnelle du tissu adipeux blanc [15]. Par ailleurs, la protéine transmembranaire pref-1, dont l’expression chute au cours de l’adipogenèse, pourrait constituer un intermédiaire important entre plusieurs protéines de la MEC et les préadipocytes afin de réguler la différenciation [11].

Les remaniements du cytosquelette et de la MEC sont suivis d’une réplication cellulaire limitée à quelques mitoses et connue sous le terme d’expansion clonale. Il existe une coordination très étroite entre facteurs adipogéniques et protéines du cycle cellulaire afin de contrôler la transition entre l’expansion clonale et l’arrêt définitif de croissance qui précède la maturation terminale [16].

À la suite de ces événements précoces survient donc la différenciation terminale, marquée par l’acquisition par l’adipocyte de propriétés lipogéniques et lipolytiques, de diverses sensibilités hormonales et de capacités sécrétoires qui ont été évoquées dans le chapitre précédent. Depuis quelques années, des avancées significatives ont été obtenues dans l’établissement de lignées préadipocytaires dans l’espèce humaine. La contribution sans doute la plus séduisante concerne l’utilisation de cellules MADS (multipotent adipose-derived stem cells) provenant du tissu adipeux de jeunes enfants [17, 18]. Elles peuvent être maintenues in vitro, tout en conservant leurs capacités de différenciation adipocytaire.

La place essentielle des lignées préadipocytaires ne doit pas faire perdre de vue l’intérêt des cultures primaires de précurseurs adipocytaires dérivées de la fraction stroma vasculaire de tissu adipeux blanc et brun. Ces derniers modèles sont souvent considérés comme plus proches de la physiologie. En outre, les cultures primaires donnent des indications sur le comportement développemental et métabolique des adipocytes selon les espèces (y compris humaine), l’origine du dépôt adipeux, l’âge, ou encore les conditions physiologiques ou pathologiques.

Tissu adipeux, source de cellules souches multipotentes

Une cellule souche multipotente est caractérisée d’une part par ses propriétés d’autorenouvellement, d’autre part par sa capacité à se différencier dans différents types cellulaires en fonction des stimuli de l’environnement.

Une première possibilité consiste à utiliser des cellules souches embryonnaires humaines analogues aux cellules ES de souris. Au-delà des nombreux problèmes éthiques qui en découlent, ceci ouvre la possibilité que des cellules embryonnaires d’origine humaine soient employées en tant que précurseurs de différents lignages cellulaires, qui pourraient être utiles à la réparation de plusieurs tissus lésés.

Néanmoins, les précurseurs multipotents sont également présents au sein même de tissus adultes, tels que la moelle osseuse, la peau, les vaisseaux sanguins, et le muscle squelettique. Le tissu adipeux constitue également une source de cellules souches, et permet d’accéder à une quantité importante de tissu avec une morbidité limitée [19]. Les précurseurs mésenchymateux multipotents dérivés de tissu adipeux humain peuvent ainsi être différenciés in vitro en cellules osseuses, cartilagineuses, et musculaires [20, 21].

La nature multipotente des cellules du tissu adipeux pourrait bien sûr avoir un intérêt d’ordre thérapeutique. Ainsi, des cellules dérivées de la fraction stroma-vasculaire de tissu adipeux humain peuvent donner naissance à des cardiomyocytes, des cellules endothéliales, ou encore des cellules sécrétant de l’insuline [22-24]. De façon très élégante, un travail récent a montré que la transplantation de cellules humaines MADS à des souris mdx, qui représentent un modèle de dystrophie musculaire de Duchenne, restaurait à terme l’expression de la dystrophine [18]. Il est donc concevable qu’en vue de différentes stratégies de thérapie cellulaire, le tissu adipeux constitue une source accessible de cellules souches.

Contrôle transcriptionnel de l’adipogenèse

Les changements morphologiques majeurs qui accompagnent la différenciation adipocytaire, tels que l’arrondissement des cellules et l’accumulation progressive de vacuoles lipidiques dans le cytoplasme, sont la conséquence de variations d’expression d’un très grand nombre de gènes. Cette reprogrammation génétique profonde est sous le contrôle positif de facteurs transcriptionnels adipogéniques, au premier rang desquels le facteur PPARγ et les facteurs C/EBPs. À l’inverse, plusieurs facteurs transcriptionnels exercent une régulation négative sur le processus d’adipogenèse.

Facteurs transcriptionnels adipogéniques

PPARγ : le facteur transcritionnel déterminant de l’adipogenèse

Les facteurs transcriptionnels PPAR (peroxisome proliferator-activated receptor-gamma) constituent un sous-groupe de la superfamille des récepteurs nucléaires. Les 3 PPAR identifiés, α, δ et γ forment des hétérodimères avec les récepteurs de l’acide 9-cis-rétinoïque (RXR), et reconnaissent les mêmes éléments de réponse au niveau du promoteur des gènes cibles. Toutefois, ils exercent des fonctions très diverses en rapport avec leur distribution tissulaire, la spécificité de leurs ligands ou des cofacteurs qui s’y associent.

Il existe maintenant une somme considérable de données qui établissent le rôle majeur du PPARγ, et plus précisément de l’isoforme γ2 sur le contrôle transcriptionnel de la maturation adipocytaire [25-27]. Le PPARγ2, spécifiquement exprimé dans les adipocytes, est fortement induit peu après l’engagement des cellules dans la différenciation. Il transactive de nombreux gènes spécifiques de l’adipocyte. Plusieurs ligands capables d’activer le PPARγ majorent le taux de conversion adipocytaire et l’amplitude de la différenciation. C’est le cas des thiazolidinediones qui grâce à leurs propriétés insulino-sensibilisantes, sont largement utilisées comme antidiabétiques. En revanche, il n’existe pas à l’heure actuelle de ligand(s) physiologique(s) du PPARγ clairement identifié(s). La 15-déoxy-α prostaglandine J2, elle aussi capable d’induire la différenciation adipocytaire, a été proposée en tant que ligand naturel, mais son affinité pour le PPARγ est beaucoup plus faible que celle des récepteurs nucléaires pour leurs ligands physiologiques. Plus récemment, il a été suggéré que l’acide lysophosphatidique pourrait également constituer un ligand endogène du PPARγ [28]. La mise en évidence d’un effet inhibiteur sur la différenciation adipocytaire de ligands antagonistes du PPARγ a constitué un nouvel argument en faveur d’une intervention critique du PPARγ dans l’adipogenèse. Par ailleurs, plusieurs approches moléculaires de surexpression ou d’invalidation in vitro et in vivo illustrent clairement le rôle adipogénique du PPARγ. Ainsi, l’invalidation du gène PPARγ entraîne un profond défaut de développement du tissu adipeux [26], mais a également révélé un rôle de ce facteur transcriptionnel dans le développement du placenta.

Chez l’homme, plusieurs mutations délétères du PPARγ vont, soit entraîner une amélioration de la sensibilité à l’insuline [25], soit à l’inverse, être responsables d’une lipodystrophie partielle, d’une insulinorésistance sévère, d’un diabète de type 2 et d’une hypertension [15, 16]. Ces données expérimentales et physiopathologiques placent de ce fait le PPARγ au cœur du contrôle de l’adipogenèse, mais également de la sensibilité tissulaire à l’insuline.

Le PPARα est exprimé de façon préférentielle dans le tissu adipeux brun par rapport au tissu blanc. Son action adipogénique semble accessoire, alors qu’il régule de manière essentielle la β-oxydation peroxysomale [26].

L’implication du PPARδ dans l’adipogenèse reste encore aujourd’hui controversée. Cette isoforme n’est pas spécifique du tissu adipeux, mais est induite très précocement lors de l’engagement dans la différenciation. Bien qu’elle ne suffise pas à induire le processus de différenciation adipocytaire, elle pourrait contrôler l’expression du PPARγ et de plusieurs gènes régulés par les acides gras [29, 30]. Cependant, des travaux récents indiquent que le PPARδ favorise l’oxydation des acides gras dans le tissu adipeux. Notamment, l’activation de PPARδ par un agoniste sélectif semble protéger les animaux de la survenue d’une obésité nutritionnelle ou génétique, et bloque également l’accumulation lipidique hépatique [31].

C/EBPα

L’implication de la C/EBPα (CCAAT/enhancer binding protein-alpha) dans l’adipogenèse est également argumentée par des données obtenues in vitro, mais aussi in vivo à partir des modèles d’invalidation. L’induction de cette isoforme se fait plus tardivement que celle des isoformes β et δ [25, 26]. L’expression ectopique de C/EBPα dans diverses lignées fibroblastiques induit une adipogenèse. La C/EBPα transactive de nombreux gènes dont les produits participent à l’établissement d’un phénotype mature, mais induit également sa propre expression et celle de PPARγ, permettant ainsi de maintenir le niveau de différenciation [26]. Par ailleurs, les animaux possédant une délétion homozygote du gène de la C/EBPα présentent un profond défaut de formation du tissu adipeux blanc, mais pas du tissu adipeux brun.

Des expériences élégantes ont permis d’établir le rôle dominant dans le contrôle de l’adipogenèse du PPARγ par rapport à la C/EBPα. En effet, la réintroduction de PPARγ dans ces cellules dépourvues de C/EBPα, restaure leur capacité à se différencier et à exprimer les principales fonctions de l’adipocyte, à l’exception de la sensibilité à l’insuline, qui est le résultat d’une coopération entre les facteurs PPARγ et C/EBPα [11, 25, 26]. Par contre, la réintroduction de C/EBPα dans des cellules déficientes en PPARγ ne suffit pas à rétablir une différenciation adipocytaire. Il semble cependant que C/EBPα soit nécessaire pour maintenir l’expression de PPARγ, et en conséquence un phénotype mature.

C/EBPβ et C/EBPδ

Les C/EBPs β et δ sont induites de façon très précoce et transitoire au cours de l’adipogenèse, et jouent un rôle clef dans l’enclenchement de la maturation terminale. D’après les modèles in vitro, le schéma actuel de l’adipogenèse suggère une induction initiale de C/EBPβ et C/EBPδ, qui facilitent l’expression du PPARγ. Par la suite, l’action conjointe des C/EBP β et δ et du PPARγ activent l’expression de la C/EBPα.

Chez la souris, la double invalidation des gènes C/EBPß et δ in vivo génère une hypoplasie adipocytaire sévère du tissu adipeux blanc et brun [11, 25, 26]. Cependant, la persistance d’une expression de PPARγ et C/EBPα dans ce tissu adipeux hypoplasique suggère une certaine redondance dans les mécanismes impliqués dans l’expression de ces deux facteurs transcriptionnels. L’expression des facteurs C/EBP β et δ est dépendante de l’environnement. Ainsi la voie de l’AMPc (stimulée par la prostacycline) active le facteur transcriptionnel CREB (cAMP regulatory element-binding protein) qui induit l’expression du facteur C/EBPβ. L’expression du facteur C/EBPδ est quant à elle activée par les glucocorticoïdes.

Facteur ADD1/SREBP-1c

Ce facteur fait partie de la famille des facteurs à motif bHLH-LZ (basic helix-loop-helix-leucine zipper). Plusieurs données expérimentales plaident en faveur d’une implication du facteur ADD1/SREBP-1c (adipocyte determination and differentiation factor-1/sterol regulatory element binding protein-1c) dans l’adipogenèse [25, 26]. Ce facteur est fortement induit au cours de la différenciation adipocytaire, selon un profil d’émergence superposable à celui du PPARγ. Plusieurs phénomènes non mutuellement exclusifs pourraient entrer en jeu dans l’action adipogénique d’ADD1/SREBP-1c, incluant la production d’un ligand endogène de PPARγ, et/ou une action trans-activatrice directe sur le promoteur du gène du PPARγ. La surexpression d’une forme dominante négative de SREBP-1c inhibe la différenciation adipocytaire. En fait, il semble clair que le facteur ADD1/SREBP-1c constitue un relais majeur de la voie lipogénique : ADD1/SREBP-1c est capable de stimuler l’expression de gènes d’enzymes lipogéniques. Par ailleurs, son expression dans le tissu adipeux est fortement augmentée lors de la réalimentation, dans des conditions où la lipogenèse est induite. De fait, ADD1/SREBP-1c paraît être le médiateur transcriptionnel des effets de l’insuline sur la lipogenèse [32].

Les observations des modèles de transgenèse donnent des résultats plus ambigus. La surexpression spécifique dans le tissu adipeux (promoteur aP2), d’une forme constitutivement active de ADD1/SREBP-1c, conduit à une lipodystrophie avec une insulinorésistance sévère [26].

Autres facteurs transcriptionnels pro-adipogéniques

De nombreux autres facteurs transcriptionnels pourraient faire partie du réseau complexe requis pour l’induction de la différenciation adipocytaire. Leur importance physiologique ainsi que leurs mécanismes d’action exacts restent le plus souvent à préciser. Le facteur Krox20 (nommé également Egr2) est induit précocement au cours de l’adipogenèse pour induire l’expression de C/EBPβ, avant de coopérer avec ce facteur pour favoriser la maturation terminale [33].

Plus récemment, plusieurs isoformes de la famille des Kruppel-like factors, les KLF 5, 6 et 15 ont été identifiées en tant que facteurs adipogéniques. En particulier le facteur KLF5 est activé par C/EBPβ et δ et agit de concert avec ces deux facteurs pour promouvoir l’expression du PPARγ. Les animaux ou cellules déficients en KLF5 ont d’ailleurs un défaut d’adipogenèse [33].

Les protéines STAT5 A et B, qui relaient les effets géniques de plusieurs hormones et cytokines, pourraient également favoriser le développement du tissu adipeux. Ainsi, des animaux déficients en STAT5 présentent une forte réduction de masse du tissu adipeux [34]. À l’inverse, l’expression ectopique de STAT5A dans des lignées fibroblastiques induit une adipogenèse et l’activation du PPARγ.

Récemment, il a été mis en évidence que des cellules déficientes dans un facteur de transcription impliqué dans la régulation du rythme circadien, BMAL1 (brain and muscle ARNT-like protein 1), perdaient leur capacité à se différencier en adipocytes, tandis que la réintroduction de ce facteur dans ces cellules restaurait l’adipogenèse [33]. Les très nombreuses données disponibles sur les facteurs transcriptionnels de l’adipogenèse ont conduit à proposer un modèle de cascade d’activation qui est résumée dans la figure 3. En réponse à des facteurs d’environnement dont plusieurs sont largement utilisés dans les cocktails de différenciation des préadipocytes en culture (insuline, glucocorticoïdes, effecteurs de la voie de l’AMPc), plusieurs facteurs de transcription sont induits et convergent vers le PPARγ, qui permet à son tour l’expression de C/EBPα et la mise en place de la maturation adipocytaire.

À côté des événements liés à la différenciation adipocytaire proprement dite, il faut souligner que de nombreuses protéines du cycle cellulaire agissent de façon subtile pour moduler le programme d’adipogenèse. Ces phénomènes sous-tendent des régulations extrêmement complexes qui sont abordées dans une revue récente [33]. Il semble en particulier que différentes isoformes des protéines E2F et les facteurs de la famille pRb (pRb, p107, p130) interviennent de manière séquentielle et coordonnée pour réguler les étapes de transition entre expansion clonale, arrêt de croissance, et adipogenèse.

Facteurs transcriptionnels anti-adipogéniques

La différenciation d’un préadipocyte est régulée non seulement par l’induction et l’activation de facteurs transcriptionnels pro-adipogéniques, mais aussi par la suppression de facteurs transcriptionnels anti-adipogéniques. De cet équilibre dépendra la progression du précurseur dans le processus d’adipogenèse.

La voie de signalisation Wnt constitue un exemple important du contrôle négatif de la différenciation adipocytaire. En fait les facteurs Wnt semblent jouer un rôle « d’interrupteur » entre différents lignages cellulaires. Ils favorisent la différenciation osseuse et musculaire, mais inhibent l’adipogenèse. Les Wnts sont des facteurs sécrétés par de nombreuses cellules, et stimulent des récepteurs membranaires de type Frizzled. L’activation de cette voie permet l’accumulation de β-caténine, puis son transfert au niveau nucléaire, où elle coopère avec les facteurs de transcription de la famille TCF/LEF pour aboutir au blocage de l’adipogenèse.

Les facteurs GATA-2 etATA-3 sont des facteurs de transcription qui possèdent un domaine de liaison à l’ADN en doigt de zinc et sont impliqués dans de nombreux processus de croissance et de différenciation. Ils sont fortement exprimés dans le préadipocyte, puis réprimés au stade d’adipocyte. L’expression constitutive de GATA-2 et GATA-3 empêche la différenciation adipocytaire, sans doute en bloquant la transcription du gène du PPARγ. A l’inverse, des cellules déficientes en GATA-3 possèdent une plus forte capacité à se différencier [35].

À l’inverse des facteurs KLF5, KLF6 et KLF15 qui exercent une action proadipogénique, l’isoforme KLF2 joue un rôle limitant sur la différenciation adipocytaire. KLF2 est fortement exprimée dans le préadipocyte, puis réprimée lors de la différenciation. Son expression ectopique dans des préadipocytes inhibe l’adipogenèse, sans doute en prévenant l’action inductrice de KLF5 sur la transcription du gène du PPARγ.

Plusieurs autres facteurs transcriptionnels tels que ETO/MTG8, CHOP10, GILZ, delta-interacting protein A (DIPA), le récepteur de la vitamine D, sont également susceptibles d’antagoniser l’action de la C/EBPα, et en conséquence inhibent l’expression de PPARγ et C/EBPα et la différenciation adipocytaire. L’hypoxie est également connue pour limiter l’adipogenèse. Cet effet est vraisemblablement lié à l’induction dans cette situation du facteur HIF-1α, qui augmente à son tour le facteur transcriptionnel Stra13, responsable de la répression du PPARγ [33].

Enfin, plusieurs facteurs de transcription de la famille forkhead, tels que FoxO1, FoxA2, et FoxC2 exercent également un contrôle négatif de l’adipogenèse. En particulier le facteur FoxO1 est transloqué dans le noyau où il inhibe l’expression des gènes de l’adipogenèse. En présence d’insuline, FoxO1 est phosphorylé et ne peut parvenir au niveau nucléaire pour moduler la transcription de ses gènes cibles. L’action promotrice de l’insuline sur la différenciation pourrait donc en partie passer par cette répression de l’activité de FoxO1. À l’inverse, l’expression de la forme non-phosphorylable de FoxO1 permet son accumulation nucléaire et en conséquence une inhibition du programme de différenciation adipocytaire [33].

Corégulateurs transcriptionnels de la différenciation adipocytaire

Afin d’exercer leur activité sur les gènes cibles, les facteurs transcriptionnels s’associent avec divers co-facteurs afin de modifier la structure chromatinienne et moduler leur action trans-activatrice. Cette intervention est régulée dans le temps et dans l’espace, et constitue un autre niveau de contrôle du processus d’adipogenèse. Au cours des dernières années, de nombreux travaux rapportent l’intervention de différents co-activateurs ou co-répresseurs, qui interagissent en particulier avec les facteurs PPAR ou C/EBP pour moduler la différenciation [26].

Co-activateurs de l’adipogenèse

Le PPARγ s’associe avec le complexe multiprotéique TRAP (thyroid hormone receptor-associated protein) en se liant avec la sous-unité TRAP220. Des cellules déficientes en TRAP220 perdent leur capacité adipogénique malgré la présence de PPARγ, ce qui suggère que ce facteur agit en tant que co-activateur spécifique du PPARγ.

Au cours du développement du tissu adipeux brun, les facteurs PGC–1α et PGC-1β interviennent en tant que co-activateurs des facteurs de transcription NRF-1 et PPARγ pour moduler la biogenèse mitochondriale et la thermogenèse [33].

Récemment, il a été suggéré que deux co-facteurs de la famille p160, SRC-1 et TIF-2, contrôlent de façon non redondante l’équilibre énergétique entre les tissus adipeux blanc et brun [36]. Ainsi, des souris déficientes en TIF-2 présentent une baisse d’activité du PPARγ et un défaut d’accumulation lipidique dans le tissu adipeux blanc. Dans le tissu adipeux brun, ce défaut de TIF-2 favorise l’interaction entre SRC-1 et PGC-1α et permet d’accroître la thermogenèse. À l’inverse, l’invalidation du gène SRC-1 favorise la survenue d’une obésité.

Deux co-activateurs homologues, p300 et CBP sont également capables d’interagir avec le PPARγ. Un rôle important de la protéine CBP a été évoqué devant la réduction importante et sélective de la masse adipeuse chez des souris déficientes de façon hétérozygote pour ce facteur [33].

Co-répresseurs de l’adipogenèse

NCoR et SMRT modulent négativement l’activité du PPARγ au cours de l’adipogenèse. De fait, la contre-expression par interférence ARN de ces deux facteurs favorise l’expression des gènes cibles du PPARγ et le processus d’accumulation lipidique.

Le co-répresseur RIP140 agirait quant à lui en réprimant l’activité de facteurs de transcription nécessaires au métabolisme oxydatif et à la biogenèse mitochondriale. Il s’opposerait ainsi au développement du tissu adipeux brun, mais favoriserait celui du tissu adipeux blanc. Ainsi les animaux dépourvus de RIP140 sont minces, résistants au développement d’une obésité nutritionnelle, et ont une consommation en oxygène accrue [33].

Les histones desacétylases (HDAC) semblent également représenter des régulateurs négatifs importants de l’adipogenèse. Les HDAC1 et HDAC3 inhibent ainsi respectivement l’activité des facteurs transcriptionnels C/EBPβ et PPARγ [33]. Lors du déroulement de l’adipogenèse, la dégradation de ces desacétylases par le protéasome constituerait un élément important de ce programme. D’autres desacétylases ne ciblent pas les histones, mais modifient l’activité de co-régulateurs du PPARγ. Ainsi SIRT1, en réduisant l’activité du PPARγ, exerce un effet limitant sur la différenciation adipocytaire et favorise la mobilisation lipidique. SIRT1 est en fait susceptible de percevoir l’état redox de la cellule et de moduler par ce biais l’activité des facteurs nutritionnels adipogéniques en réponse à des métabolites ou des nutriments.

Facteurs extracellulaires et voies de signalisation modulant la différenciation adipocytaire

De très nombreux effecteurs sont capables de réguler le processus d’adipogenèse [11, 37]. Ces effecteurs peuvent agir de façon endocrine, ou avoir pour origine les préadipocytes ou les adipocytes et s’intégrer alors dans une boucle de régulation auto- ou paracrine. Ils possèdent une action soit pro-adipogénique, soit anti-adipogénique, ou combinent parfois des propriétés pro- et anti-adipogéniques. Ils exercent en particulier leur action en interférant sur la cascade des facteurs transcriptionnels de l’adipogenèse ou sur des voies de signalisation intracellulaire. Les effecteurs positifs et/ou négatifs de la différenciation ne seront pas abordés dans cette synthèse.

Conclusion

Au cours de la dernière décennie, des progrès importants ont été accomplis dans la compréhension de l’adipogenèse. La découverte de facteurs pro-adipogéniques essentiels tel que le PPARγ, ainsi que de la nature multisécrétoire et endocrine de l’adipocyte, font partie des avancées les plus marquantes. Néanmoins, il reste très vraisemblable que seront identifiées à l’avenir de nombreuses protéines impliquées dans la régulation du développement ou du métabolisme adipocytaire. En ce sens, les approches de génomique fonctionnelle à très haute échelle que permettent les technologies de puces à ADN ont été appliquées au modèle de la différenciation adipocytaire [38]. Ces approches extrêmement puissantes et globales du transcriptome adipocytaire apportent et apporteront encore une masse considérable de données originales. De plus, elles ne sont bien évidemment pas restreintes au modèle de la différenciation adipocytaire et sont d’ailleurs déjà utilisées pour l’étude du tissu adipeux dans des contextes physiopathologiques. À l’avenir, l’un des enjeux essentiels consistera à discerner avec acuité les protéines d’intérêt et à développer des stratégies d’investigation fonctionnelle performantes. Il est très vraisemblable que la communauté médicale et scientifique en tirera de nouvelles connaissances sur le développement normal ou pathologique du tissu adipeux, mais peut-être aussi plusieurs pistes prometteuses pour le traitement des obésités et des morbidités associées.

Remerciements

Ce travail a reçu le soutien financier de l’INSERM et de l’Université Paris XI.

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