ARTICLE
Auteur(s) : Svetlana Karie, Vincent
Launay-Vacher, Corinne Isnard-Bagnis, Gilbert Deray
Service de néphrologie, hôpital Pitié Salpetrière, 83 boulevard
de l’Hôpital, 75013 Paris
L’insuffisance rénale chronique (IRC) est une pathologie fréquente
dans la population générale. La première cause de mortalité chez le
patient présentant une insuffisance rénale chronique est d’origine
cardiovasculaire [1]. La présence d’une insuffisance rénale prédit
davantage la survenue des événements cardiovasculaires que la
survenue d’une insuffisance rénale terminale. Le statut
d’insuffisant rénal confère un surcroît de risque cardiovasculaire
par rapport à la population générale lié au cumul des facteurs de
risque traditionnels (hypertension artérielle, diabète, tabagisme,
dyslipidémie) et de ceux liés au dysfonctionnement rénal. De plus,
l’hyperlipidémie est un facteur de risque de progression de la
maladie rénale vers le stade terminal [2]. Les médicaments
hypolipémiants sont donc fréquemment prescrits chez le patient
insuffisant rénal. Nous avons réalisé une revue systématique sur
les effets rénaux des hypolipémiants, ainsi que sur leur maniement
chez le patient insuffisant rénal.
Fibrates et néphroprotection
Tonelli et al. [3] ont étudié l’effet du gemfibrozil sur le
ralentissement de la progression de la maladie rénale chez 399
sujets présentant une insuffisance rénale modérée (clairance de la
créatinine comprise entre 30 et 60 mL/mn) : 199 patients
ont été traités par gemfibrozil versus 200 patients traités par un
placebo. Ces patients sont issus d’un sous-groupe de l’étude VA-HIT
(Veterans Affairs High-Density Lipoprotein Intervention Trial).
Après une durée moyenne de 61 mois de traitement, les auteurs
concluent que l’évolution de la fonction rénale est identique dans
les groupes gemfibrozil et placebo. La fréquence d’une augmentation
transitoire de la créatininémie (≥ 44 µmol/L) était plus
importante dans le groupe gemfibrozil (10 versus 4 %).
Cependant, après exclusion des patients ayant présenté
parallèlement une augmentation des CPK (> 2 fois la
normale) (témoignant d’une atteinte musculaire potentiellement
responsable du dysfonctionnement rénal), la tolérance rénale ne
différait pas significativement entre les deux groupes : 8
versus 4 % et 7 versus 5 % pour une augmentation
transitoire et prolongée de la créatininémie [3].
Fibrates et tolérance rénale
La majorité des fibrates peut entraîner une augmentation de la
créatininémie chez les patients présentant ou non une insuffisance
rénale de base. Dans une étude rétrospective menée sur 27 patients
dont 19 transplantés (rein, cœur, cœur-poumons) recevant du
bézafibrate (n = 1) à la posologie de 100 mg par jour, du
fénofibrate (n = 25) à la posologie de 100 à 200 mg par jour
ou du ciprofibrate (n = 1) à la posologie de 100 mg par jour,
il a été montré une élévation moyenne de 40 % de la
créatininémie et une élévation moyenne de 36 % de l’urée
sanguine. Le délai moyen d’augmentation de la créatininémie variait
de 15 jours à 5 mois. Chez 18 de ces 27 patients, un
retour de ces valeurs à leur niveau antérieur au traitement a été
observé après l’arrêt du fibrate. Chez 6 de ces 27 patients, il n’a
pas été observé de récupération de la fonction rénale après arrêt
du traitement par fibrate. La biopsie rénale a été effectuée chez 2
patients transplantés rénaux traités par fénofibrate sans qu’une
anomalie rénale ait été mise en évidence. Dans le même article, les
auteurs ont analysé la fréquence de l’augmentation de la
créatininémie sous fibrates. Ils rapportent une fréquence de 8 à
18 % pour le fénofibrate, de 8 à 40 % pour le bézafibrate
et de 6 à 16 % pour le ciprofibrate [4]. Une autre étude
rétrospective confirme une augmentation de la créatininémie (en
moyenne de 35 %) chez 10 patients insuffisants rénaux dont 6
transplantés rénaux traités par fénofibrate (n = 8), gemfibrozil
(n = 1) et bézafibrate (n = 1). La créatininémie maximale lors du
traitement par les fibrates était de 247 ± 16 μmol/L par rapport à
182 ± 14 μmol/L et 183 ± 13 μmol/L (p < 0,001) respectivement
avant le traitement et après son arrêt. Les auteurs suggèrent une
origine hémodynamique de l’altération de la fonction rénale
compte-tenu de la réversibilité rapide du dysfonctionnement rénal à
l’arrêt du médicament [5]. Vingt-huit transplantés rénaux sous
ciclosporine dont la créatininémie (73 à 518 μmol/L) était stable
6 mois avant l’instauration d’un traitement par un fibrate ont
été étudiés par Devuyst et al. [6]. Chez 22 patients recevant le
gemfibrozil (600 mg/j) pendant 7,3 mois, aucune
modification de la créatininémie n’a été observée. En revanche,
parmi 6 patients recevant le fénofibrate (200 mg/j), le
ciprofibrate (100 mg/j) et le bézafibrate (400 mg/j), 3
patients ont présenté une augmentation de la créatininémie (de 23 à
42 %) sous traitement par ciprofibrate (1/1) et bézafibrate
(2/2). Les concentrations plasmatiques de ciclosporine sont restées
stables chez ces patients et il n’y avait pas de signes de
rhabdomyolyse ou d’atteinte musculaire. La biopsie du greffon
pratiquée chez un des patients n’a pas mis en évidence de lésions
histologiques. La créatininémie s’est normalisée 5 à 6 jours
après l’arrêt des fibrates.
Bézafibrate
Il existe plusieurs cas dans la littérature rapportant une
insuffisance rénale aiguë dans un contexte de rhabdomyolyse
apparaissant sous bézafibrate. Chez deux patients insuffisants
rénaux recevant le bézafibrate à des posologies de 600 et
800 mg par jour, l’augmentation de la créatininémie, des
créatines phospho-kinases (CPK) et l’apparition de la myoglobinurie
ont été observées 3 et 4 jours après le remplacement du
gemfibrozil (bien toléré pendant 1 an) par le bézafibrate. Une des
raisons expliquant le développement de la rhabdomyolyse serait une
non-adaptation de la posologie du bézafibrate chez ces patients
ayant une clairance de la créatinine de 21 et 52 mL/mn [7]. La
non-adaptation de la posologie du bézafibrate comme facteur de
risque de développement de la rhabdomyolyse et d’une altération de
la fonction rénale a été également soulignée dans un autre article
rapportant une myolyse, une myoglobinurie et une dégradation de la
fonction rénale chez 4 patients présentant une insuffisance rénale
pré-existante et ayant été traités par bézafibrate à la dose
usuelle [8]. Une étude randomisée réalisée chez 24 sujets
diabétiques ayant une insuffisance rénale légère à modérée
(clairance de la créatinine 91 ± 49 mL/mn) recevant le
bézafibrate à la posologie de 400 mg/j (n = 12) ou un placebo
(n = 12) pendant 6 mois a montré une augmentation de la
créatininémie de 108 ± 27 à 128 ± 36 μmol/L (p < 0,05) dans le
groupe bézafibrate. Les patients étaient appariés pour l’âge, l’IMC
(indice de masse corporelle), le tabagisme, la durée du diabète, le
contrôle glycémique, la charge alimentaire en protéines et la
pression artérielle [9]. La concentration plasmatique de créatinine
n’a pas changé dans le groupe témoin : 102 ± 27 versus
107 ± 24 μmol/L.
En revanche, chez les patients sous placebo, le rapport
albuminurie/créatininurie (RAC) augmentait de 13,2 à 20,9 alors
qu’il diminuait significativement dans le groupe sous bézafibrate
de 24,0 à 20,9 (p < 0,05) après 6 mois de traitement. Dans
une étude rétrospective, les modifications de la créatininémie ont
été étudiées chez 526 patients à fonction rénale normale traités
par bézafibrate et 614 patients non traités constituant le groupe
témoin. Une augmentation de la créatininémie ≥ 0,2 mg/dL a été
constatée chez 56 % des patients traités par bézafibrate par
rapport à 11 % dans le groupe contrôle. Vingt et un pour cent
des patients recevant le bézafibrate ont présenté une augmentation
de la créatininémie ≥ 0,3 mg/dL versus 3 % dans le groupe
contrôle. Dans la même étude, les auteurs ont étudié
prospectivement les modifications de la fonction rénale chez 33
patients. La créatininémie de ces patients a été évaluée
3 mois après le début du traitement par bézafibrate à la
posologie de 400 mg par jour, puis 3 mois après l’arrêt
du bézafibrate. Lors du traitement par bézafibrate, une diminution
de la clairance de la créatinine de 104 ± 23 à 82 ± 27 mL/mn a
été observée (p < 0,0001), ainsi qu’une augmentation des CPK de
82 ± 32 à 130 ± 99 mg/dL (p < 0, 0001) et de la myoglobine
urinaire de 95,4 ± 21 à 199 ± 99 (p < 0, 0001). Le bézafibrate
peut donc être responsable d’une altération de la fonction rénale,
qui est réversible à l’arrêt du traitement. L’altération de la
fonction rénale étant associée à une augmentation significative des
CPK et à une myoglobinurie, les auteurs suggèrent un mécanisme
d’atteinte musculaire infraclinique pouvant être responsable de
l’atteinte rénale [10].
Fénofibrate
En 1980, lors d’une étude portant sur 375 patients recevant de 200
à 400 mg de fénofibrate par jour pendant des périodes allant
de 1 à 5 ans, Rouffy et al. [11] ont trouvé des taux sériques
d’urée et de créatinine légèrement mais significativement augmentés
en période thérapeutique : 12 à 24 % . Cependant, une
étude effectuée par Hottelart et al. [12] a montré que
l’administration du fénofibrate pendant 2 semaines chez 13
patients insuffisants rénaux dont la clairance de la créatinine
était supérieure à 30 mL/mn entraînait une augmentation de la
créatininémie mais n’altérait pas le débit de filtration
glomérulaire (DFG). En effet, une augmentation de la créatininémie
de 147 à 170 μmol/L a été observée. Celle-ci était cependant
associée à une stabilité de la clairance de l’inuline (méthode de
mesure du DFG) : 52,3 pendant versus 51,7 mL/mn avant le
traitement par fibrate. Une augmentation de la créatininurie (+
12,5 %) des 24 heures a été mise en évidence permettant
d’exclure l’éventualité d’une diminution de la sécrétion tubulaire
de la créatinine. Le mécanisme par lequel le fénofibrate augmente
la créatininémie reste à expliquer. Une hypothèse évoquée dans
l’article serait l’augmentation de la production quotidienne de
créatinine induite par le fénofibrate, par une augmentation du
remodelage musculaire, sans induire de toxicité musculaire. Une
autre hypothèse évoquée serait une interaction du fénofibrate ou de
l’un de ses métabolites avec le dosage de la créatinine. Les
auteurs concluent que le fénofibrate reste indiqué chez le patient
insuffisant rénal, et que la surveillance de la fonction rénale
chez ces patients doit reposer sur la clairance de la créatinine
mesurée qui est non altérée par le fénofibrate et qui est un
meilleur index de la fonction rénale que la seule créatininémie.
Cette étude a été complétée trois ans plus tard par la même équipe.
Chez 13 nouveaux patients (clairance de la créatinine moyenne
67 ± 8 mL/mn) traités par fénofibrate pendant 15 jours
les mesures des enzymes musculaires et de la créatininémie ont été
effectuées. Cette étude élimine l’hypothèse des interférences avec
le dosage sérique de la créatinine évoquée lors du premier travail.
En effet, la créatinine plasmatique était mesurée à l’aide de deux
techniques : méthode de Jaffé et méthode HPLC (high
performance liquid chromatography), et la différence entre la
créatininémie avant et après l’instauration du traitement par
fibrate a été comparée. Bien que les valeurs de la créatininémie
mesurées par HPLC soient plus basses que celles mesurées par la
méthode de Jaffé, des variations de créatininémie avant et après
l’instauration du traitement par fibrate ont été observées avec les
deux méthodes. Ainsi, l’augmentation de la créatininémie est réelle
et ne dépend pas d’interactions avec le dosage colorimétrique de la
créatininémie (méthode de Jaffé) [13]. Dans une autre étude, la
tolérance rénale du fénofibrate administré à la posologie de
67 mg 1 à 3 fois par jour pendant 6 mois a été étudiée
chez 16 patients présentant une clairance de la créatinine comprise
entre 20 et 74 mL/mn/1,73m2 (clairance de la
créatinine moyenne 48 mL/mn/1,73m2) et comparée à
celle de 12 patients recevant un placebo. Les auteurs rapportent
une bonne efficacité du médicament sans augmentation de la
fréquence des effets indésirables rénaux. L’augmentation moyenne de
la créatininémie et la diminution de la clairance de la créatinine
(mesurée à l’aide du recueil des urines des 24 heures) étaient
respectivement de 27 et 8 % après 6 mois de traitement.
Cependant, ces modifications n’étaient pas significativement
différentes entre le groupe fénofibrate et le groupe placebo [14].
Dans une autre étude réalisée chez 12 patients présentant une
protéinurie > 3 g/j et une créatininémie moyenne à 128 ± 38
μmol/L, une augmentation de la créatininémie de 14 % sans que
la clairance de la créatinine (recueil des urines de
24 heures) ne soit modifiée (70 ± 30 versus
71 ± 27 mL/mn) a été rapportée sous traitement par fénofibrate
[15]. Enfin, une insuffisance rénale réversible suite à
l’administration du fénofibrate a été rapportée chez 3 transplantés
rénaux 2 à 5 mois après le début du traitement. Les posologies
utilisées étaient de 54 et 67 mg par jour. Il n’y avait pas de
modification des taux plasmatiques de ciclosporine ou du
tacrolimus. La biopsie du greffon a montré des lésions tubulaires
sans signes de toxicité des anti-calcineurines, ni de rejet. Il n’y
avait pas de traces de myoglobine dans les tubules. L’hypothèse de
rhabdomyolyse comme origine de l’altération de la fonction rénale
n’a donc pas été retenue [16].
Gemfibrozil
L’augmentation de la créatininémie suite à l’administration du
gemfibrozil semble être moins fréquente qu’avec les autres fibrates
(bézafibrate, ciprofibrate, fénofibrate). En effet, dans une étude,
la fréquence de l’augmentation de la créatininémie après
l’initiation d’un traitement par un fibrate était de 12 % pour
le fénofibrate (n = 60), 17 % pour le ciprofibrate (n = 55) et
6 % pour le gemfibrozil (n = 15). Ces modifications ont été
observées 6 semaines après le début du traitement et sont
restées stables ou légèrement augmentées tout au long du
traitement, variant de 3 à 18 mois [17]. Par ailleurs,
plusieurs cas d’insuffisance rénale aiguë secondaire à une
rhabdomyolyse ont été rapportés chez des patients recevant le
gemfibrozil seul ou en association avec une statine.
L’effet néphroprotecteur des fibrates n’est pas démontré à ce
jour. Les fibrates peuvent être responsables d’une augmentation de
la créatininémie. Le mécanisme de ce phénomène n’est pas tout à
fait élucidé. Cependant, la réversibilité rapide de l’insuffisance
rénale serait évocatrice d’un mécanisme hémodynamique et/ou d’une
augmentation de la production de créatinine par les muscles sous
l’effet des fibrates. Ce phénomène est plus fréquent avec le
fénofibrate et le cibrofibrate alors qu’il semble minime avec le
gemfibrozil.
Statines et néphroprotection
Les données expérimentales montrant l’effet bénéfique des statines
sur les lésions histologiques, la protéinurie et la vitesse de
dégradation de la fonction rénale [18] ont été confirmées chez
l’homme [19].
Analyse post hoc des données sur la fonction rénale issues des
grandes études sur les statines
Dans l’étude CARE (Cholesterol And Recurrent Events) portant sur
898 patients ayant une dyslipidémie et un antécédent d’infarctus du
myocarde et présentant une insuffisance rénale (clairance de la
créatinine < 60 mL/mn/1,73m2), les auteurs
rapportent une réduction de la vitesse de la diminution de la
fonction rénale chez les patients traités par pravastatine à la
posologie de 40 mg/j par rapport au groupe témoin. Cet effet
bénéfique de la pravastatine était de 0,6 et 2,5 mL/mn/an chez
les patients présentant respectivement une clairance de la
créatinine inférieure à 50 et inférieure à
40 mL/mn/1,73m2[20]. Ces résultats ont été
confirmés par l’étude HPS (Heart Protection Study) réalisée sur une
période de 4,6 ans chez environ 16 000 patients diabétiques et
non-diabétiques recevant la simvastatine (40 mg/j) ou un
placebo. Les auteurs rapportent une augmentation de la
créatininémie pendant la période d’observation dans les deux
groupes. Cependant, le traitement par simvastatine a été associé à
une moindre augmentation de la créatininémie : (- 2,18
μmol/Let - 1,69 μmol/L, respectivement chez les patients
diabétiques et non-diabétiques) sous simvastatine par rapport aux
patients sous placebo [21]. Dans l’étude GREACE (Greek atorvastatin
and coronary heart disease evaluation), la détérioration de la
fonction rénale était de -5,3 mL/mn sur 48 mois dans le
groupe des patients contrôle non traités par statine. En revanche,
chez les patients traités par une statine, le débit de filtration
glomérulaire estimé par la formule de Cockcroft et Gault était
augmenté en moyenne de 4,9 % (12 % dans le groupe des
patients traités par atorvastatine à la posologie moyenne de
24 mg/j) [22]. Le bénéfice du traitement par statine était
plus important chez les patients présentant une insuffisance rénale
pré-existante (clairance de la créatinine < 77 mL/mn).
Analyse des études contrôlées randomisées conçues dans le but
d’évaluer l’effet de l’administration des statines sur la
progression de l’insuffisance rénale
La plupart de ces études porte sur un petit nombre de patients et
une courte durée d’observation. Parmi les neuf études réalisées
chez des patients présentant une néphropathie chronique
non-diabétique, quatre rapportent une stabilisation ou une
amélioration significative du débit de filtration glomérulaire par
rapport au placebo [23]. À titre d’exemple, nous avons analysé une
étude prospective comparant l’atorvastatine administrée pendant un
an (la posologie a été progressivement augmentée jusqu’à un maximum
de 40 mg par jour pour obtenir un taux de LDL-cholestérol à
1,2 g/L ou une réduction du LDL-C de 40 %) versus l’absence de
traitement. L’influence sur la protéinurie et la progression de
l’insuffisance rénale chez 56 patients (28 par groupe) atteints de
néphropathie chronique protéinurique a été étudiée. Les auteurs
rapportent une diminution de la protéinurie dans le groupe
atorvastatine (2,2 ± 0,1 à 1,2 ±1 g/j, p < 0,01) comparé au
groupe témoin ne recevant pas d’atorvastatine (2 ± 0,1 à 1,8 ± 0,1
g/j, NS). Durant la même période, la clairance de la créatinine est
restée stable dans le groupe atorvastatine (51 ± 1,8 versus
49,8 ± 1,7 mL/mn, NS) et avait significativement diminué dans
le groupe témoin (50 ± 1,9 versus 44,2 ± 1,6 mL/mn,
p < 0,01) [24]. Il est important de noter que le traitement par
atorvastatine a été démarré après une période de randomisation de 1
an durant laquelle tous les patients ont bénéficié d’un traitement
par bloqueurs du système rénine angiotensine (SRA). Les autres
antihypertenseurs étaient administrés si besoin pour obtenir une
pression artérielle cible de 140/90 mmHg. Le traitement par
bloqueurs du SRA a été poursuivi pendant la phase active de l’étude
dans les deux bras. Cette méthodologie permet d’éviter l’effet des
bloqueurs du SRA sur la pression artérielle et la protéinurie.
Par ailleurs, dans une étude conduite in vitro sur des cellules
tubulaires proximales humaines, Verhulst et al. [25] ont précisé
les effets de la simvastatine, de la pravastatine et de la
rosuvastatine sur la réabsorption de l’albumine par les cellules
tubulaires humaines. Les auteurs ont montré que ces statines
inhibent à des doses élevées et de façon dose-dépendante la
réabsorption de l’albumine par ces cellules.
L’effet bénéfique des statines sur la diminution de la
protéinurie et la progression de l’insuffisance rénale est bien
montré. Toutefois, il s’agit soit de données issues d’études qui
n’étaient pas conçues dans ce but, soit d’études avec un nombre de
patients limité. Le mécanisme de l’inhibition de la réabsorption
tubulaire des protéines de bas poids moléculaire observée in vitro
pourrait être à l’origine d’une protéinurie tubulaire observée dans
de rares cas chez des patients traités à des doses élevées de
statines. Ce phénomène ne semble pas avoir de conséquences néfastes
sur la fonction rénale.
Ezétimibe et tolérance rénale
Aucun cas d’atteinte rénale suite à l’administration de l’ezétimibe
n’a été rapporté dans la littérature à ce jour.
Maniement des hypolipémiants chez le patient insuffisant
rénal
L’insuffisance rénale étant un facteur de risque de toxicité
musculaire des fibrates et des statines, il est absolument
indispensable de connaître les règles de prescription et le
maniement de ces classes thérapeutiques. L’insuffisance rénale peut
entraîner des modifications majeures de la pharmacocinétique de
certains de ces médicaments. Par ailleurs, il est déconseillé
d’associer statines et fibrates, en raison du risque d’addition des
effets indésirables, notamment musculaires.
Maniement des fibrates
Bézafibrate
Il est métabolisé en dérivés inactifs. Cependant la moitié de la
dose initiale de bézafibrate est excrétée dans les urines sous
forme inchangée. Il est donc nécessaire d’adapter la posologie du
bézafibrate chez le patient insuffisant rénal. Dans une étude de la
pharmacocinétique du médicament chez des patients présentant divers
degrés d’insuffisance rénale, les auteurs recommandent de diminuer
la posologie en fonction de la sévérité de l’insuffisance rénale à
600 mg/j, 400 mg/j et 100 à 200 mg/j pour des
clairances de la créatinine respectivement > 60, comprises entre
40 et 60 et comprises entre 15 et 40 mL/mn [26]. Chez le
patient hémodialysé, à la posologie de 200 mg, 3 fois par
semaine après chaque séance d’hémodialyse, le bézafibrate est bien
toléré et efficace [27]. En l’absence de données sur son
élimination au cours de la dialyse, le médicament sera administré
après la séance, les jours d’hémodialyse (tableau 1)( Tableau 1 ).
Tableau 1 Adaptation de la posologie des fibrates
chez le patient insuffisant rénal (d’après [29])
- Clairance de la créatinine
- mL/mn
|
Posologie
|
|
Bézafibrate
|
Ciprofibrate
|
Fénofibrate
|
Gemfibrozil
|
|
> 90
|
200 mg toutes les 8 h
|
100 mg toutes les 24 h
|
67 mg toutes les 8 h ou 200 mg toutes les 24 h
|
900 mg toutes les 24 h
|
|
90 – 60
|
200 mg toutes les 8 h
|
100 mg toutes les 24 h
|
67 mg toutes les 8 h ou 200 mg toutes les 24 h
|
900 mg toutes les 24 h
|
|
60 – 30
|
200 mg toutes les 12 h
|
100 mg toutes les 24 h
|
- 67 mg toutes les 24 h
- Dose initiale
|
900 mg toutes les 24 h
|
|
30 – 15
|
200 mg toutes les 24 à 48 h
|
ND
|
- 67 mg toutes les 24 h
- Dose initiale
|
900 mg toutes les 24 h
|
|
< 15 et HD
|
200 mg 3 fois par semaine
|
ND
|
- 67 mg par semaine*
- Dose initiale
|
900 mg toutes les 24 h*
|
|
DPCA
|
ND
|
ND
|
ND
|
900 mg toutes les 24 h
|
Ciprofibrate
Il est métabolisé par le foie en dérivés inactifs. Il est éliminé à
75 % par voie urinaire sous forme glucuroconjuguée. Sept à
27 % de la molécule mère est trouvée sous forme inchangée dans
les urines. Dans une étude de la pharmacocinétique du ciprofibrate
chez des patients présentant divers degrés d’insuffisance rénale,
la pharmacocinétique du médicament n’est pas modifiée chez les
patients dont la clairance de la créatinine était supérieure à
30 mL/mn. En revanche, la clairance corporelle totale du
médicament est significativement diminuée chez les patients dont la
clairance de la créatinine était inférieure à 30 mL/mn [28].
Il n’est donc pas nécessaire d’adapter la posologie du ciprofibrate
chez le patient insuffisant rénal dont la clairance de la
créatinine est supérieure à 30 mL/mn. En revanche, chez le
patient dont la clairance de la créatinine est inférieure à
30 mL/mn et chez le patient hémodialysé, une réduction de la
posologie du ciprofibrate semble être nécessaire. Cependant, en
l’absence de données plus précises, il est impossible de formuler
des recommandations quant à l’adaptation de la posologie du
ciprofibrate chez ces patients. Le ciprofibrate n’est pas
significativement dialysable [29]. L’administration pourra être
réalisée indifféremment avant ou après la séance, les jours
d’hémodialyse (tableau 1).
Fénofibrate
Inactif, il est rapidement hydrolysé par les estérases plasmatiques
et tissulaires en acide fénofibrique, actif. Celui-ci est ensuite
glucuroconjugué dans le foie et les reins. Soixante à 93 % de
la dose administrée est retrouvée dans les urines sous forme
d’acide fénofibrique libre et glucuroconjugué. Dans une étude de la
pharmacocinétique du fénofibrate, un allongement d’un facteur 3 de
la demi-vie d’élimination et une tendance à l’augmentation de
l’aire sous la courbe (AUC) ont été rapportés chez les insuffisants
rénaux présentant une clairance de la créatinine comprise entre 15
et 50 mL/mn. Malgré ces modifications du profil
pharmacocinétique, les auteurs concluent qu’il n’est pas nécessaire
d’adapter la posologie du fénofibrate chez les patients dont la
clairance de la créatinine est supérieure à 15 mL/mn. De plus,
dans une étude randomisée d’efficacité/tolérance du fénofibrate
versus placebo chez des patients présentant une insuffisance rénale
(clairance de la créatinine comprise entre 20 et 74 mL/mn,
moyenne 48 mL/mn), les auteurs concluent qu’à la posologie de
67 mg 1 à 3 fois par jour pendant 6 mois, le fénofibrate
est un traitement bien toléré et efficace [14]. Par conséquent,
chez le patient insuffisant rénal dont la clairance de la
créatinine est supérieure à 15 mL/mn, la posologie initiale
recommandée est de 67 mg par jour. Cette posologie pourra être
augmentée par la suite en fonction de la tolérance et de
l’efficacité cliniques. Une étude de la pharmacocinétique du
fénofibrate a été réalisée chez des patients hémodialysés
chroniques recevant le médicament soit à la posologie de
100 mg par jour pendant 15 jours, soit 300 mg une
seule fois. Les auteurs rapportent un allongement de la demi-vie
plasmatique du médicament, ainsi qu’une accumulation progressive
d’acide fénofibrique après administration chronique [30]. Par
conséquent, chez le patient dont la clairance de la créatinine est
inférieure à 15 mL/mn et chez le patient hémodialysé, la
posologie initiale recommandée est de 67 mg par semaine. Cette
posologie pourra être augmentée par la suite en fonction de la
tolérance et de l’efficacité cliniques. L’acide fénofibrique n’est
pas significativement dialysable [29]. L’administration pourra être
réalisée indifféremment avant ou après la séance, les jours
d’hémodialyse (tableau 1).
Gemfibrozil
Il est métabolisé par le foie. L’excrétion du gemfibrozil est
principalement urinaire (70 %) et majoritairement sous forme
de métabolites glucuroconjugués non actifs. Il ne semble donc pas
nécessaire d’adapter la posologie chez le patient insuffisant
rénal. De plus, dans une étude réalisée chez des patients
présentant divers degré d’insuffisance rénale et dont certains
étaient dialysés, les auteurs ont montré que le traitement par
gemfibrozil à la dose de 600 mg/j pendant 1 à 2 semaines
suivie de 600 mg 2 fois par jour pendant 10 jours était
bien toléré et efficace. Les auteurs de cette étude proposent le
gemfibrozil comme traitement de choix des hyperlipidémies associées
à une dégradation de la fonction rénale [31]. Dans une autre étude,
les concentrations plasmatiques du gemfibrozil étaient comparables
chez les patients présentant une insuffisance rénale chronique et
chez les sujets à fonction rénale normale après administration du
gemfibrozil à la posologie de 900 mg [32]. Cependant, il
existe un cas rapportant une rhabdomyolyse sévère chez une patiente
traitée par hémodiafiltration veinoveineuse continue après avoir
reçu la dose usuelle du gemfibrozil [33]. Il n’existe que peu de
données sur la pharmacocinétique et la tolérance du gemfibrozil
chez les patients insuffisants rénaux. Néanmoins, il ne semble pas
nécessaire d’adapter la posologie du médicament chez ces patients.
Le gemfibrozil n’est pas significativement dialysable [29].
L’administration pourra être réalisée indifféremment avant ou après
la séance, les jours d’hémodialyse (tableau 1).
Maniement des statines
Même si les statines sont majoritairement métabolisées dans le
foie, la pharmacocinétique de certaines d’entre elles peut être
significativement modifiée, nécessitant une adaptation de leur
posologie [34].
Atorvastatine
Elle est métabolisée dans le foie, essentiellement par l’isoenzyme
3A4 du cytochrome P450, en dérivés ortho- et parahydroxylés, qui
présentent une activité pharmacologique, et en un troisième
métabolite, qui est inactif. Ces métabolites actifs présentent une
capacité d’inhibition de l’HMG-CoA réductase similaire à celle de
la molécule-mère. Ces dérivés actifs et l’atorvastatine sont
majoritairement excrétés par voie biliaire et l’excrétion urinaire
est faible [35]. Par conséquent, il est peu probable que la
pharmacocinétique de l’atorvastatine soit modifiée chez le patient
insuffisant rénal. Dans une étude, les auteurs n’ont observé aucune
modification significative des paramètres pharmacocinétiques de
l’atorvastatine chez des patients insuffisants rénaux dont la
clairance de la créatinine (CLCR) était comprise entre
13 et 143 mL/mn et recevant l’atorvastatine à la posologie de
10 mg/j pendant 2 semaines [36]. Ces auteurs concluent
qu’il n’est pas nécessaire d’adapter la posologie de
l’atorvastatine chez les patients insuffisants rénaux dont la
clairance de la créatinine est supérieure à 10 mL/mn. De même,
dans une autre étude réalisée chez des patients hémodialysés
traités par atorvastatine à la posologie de 40 à 80 mg/j
pendant 2 semaines, les auteurs ne rapportent aucune
modification de la pharmacocinétique de l’atorvastatine. Toutefois,
les concentrations plasmatiques en métabolites actifs étaient
légèrement inférieures aux valeurs normales. Les auteurs suggèrent
une altération du métabolisme hépatique de l’atorvastatine chez les
patients présentant une insuffisance rénale terminale ou bien une
augmentation du mécanisme de dégradation de ces métabolites en leur
forme inactive. Les auteurs concluent qu’il n’est néanmoins pas
nécessaire d’adapter la posologie de l’atorvastatine chez les
patients insuffisants rénaux hémodialysés [37]. En conclusion, il
n’est pas nécessaire d’adapter la posologie de l’atorvastatine chez
les patients ayant une insuffisance rénale, quelle que soit la
sévérité de celle-ci. Chez les patients hémodialysés,
l’atorvastatine sera par précaution administrée après la séance,
les jours d’hémodialyse, en l’absence de données précises sur
l’élimination du médicament et de ses métabolites actifs au cours
de la séance d’épuration extra-rénale (tableau 2( Tableau 2 )).
Tableau 2 Adaptation de la posologie des statines
chez le patient insuffisant rénal (d’après [29])
|
Clairance de la créatinine (mL/mn)
|
Posologie
|
|
Atorvastatine
|
Fluvastatine
|
Pravastatine
|
Rosuvastatine
|
Simvastatine
|
|
> 90
|
10 à 80 mg/j
|
20 à 80 mg/j
|
10 à 40 mg/j
|
10 à 20 mg/j
|
5 à 80 mg/j
|
|
90 – 60
|
10 à 80 mg/j
|
20 à 80 mg/j
|
10 à 40 mg/j
|
10 à 20 mg/j
|
5 à 80 mg/j
|
|
60 – 30
|
10 à 80 mg/j
|
20 à 80 mg/j
|
|
|
- 5 à 10 mg/j
- Dose initiale
|
|
30 – 15
|
10 à 80 mg/j
|
20 à 80 mg/j
|
|
Contre-indiqué
|
- 5 à 10 mg/j
- Dose initiale
|
|
< 15 et HD
|
10 à 80 mg/j
|
20 à 80 mg/j*
|
|
|
- 5 à 10 mg/j
- Dose initiale
|
|
DPCA
|
10 à 80 mg/j
|
ND
|
|
ND
|
- 5 à 10 mg/j
- Dose initiale
|
Fluvastatine
Elle est presque entièrement métabolisée dans le foie en dérivés
inactifs. Moins de 5 % de la dose administrée est retrouvée
dans les urines et les 95 % restants sont retrouvés dans la
bile, dont moins de 2 % sous forme de fluvastatine inchangée.
Il n’est donc théoriquement pas nécessaire d’adapter la posologie
de la fluvastatine chez le patient insuffisant rénal. Dans deux
études randomisées, en double-aveugle, versus placebo, réalisées
chez des patients insuffisants rénaux dont la clairance de la
créatinine était supérieure à 30 mL/mn, les auteurs concluent
que la fluvastatine à la posologie de 40 mg/j était un
traitement sûr et efficace chez ces patients [38, 39]. Bien que la
pharmacocinétique de la fluvastatine n’ait pas été décrite dans ces
études, il est néanmoins possible de conclure qu’il n’est pas
nécessaire d’adapter la posologie de la fluvastatine chez les
patients dont la clairance de la créatinine est supérieure à
30 mL/mn. Dans une autre étude, la pharmacocinétique de la
fluvastatine après administration d’une dose unique de 40 mg a
été étudiée chez des patients hémodialysés et chez des patients
insuffisants rénaux dont la clairance de la créatinine était
inférieure à 15 mL/mn [40]. Les auteurs n’ont observé aucune
modification de la pharmacocinétique du médicament par rapport aux
valeurs du patient à fonction rénale normale. En revanche, il
n’existe aucune donnée chez les patients dont la clairance de la
créatinine est comprise entre 15 et 30 mL/mn. Toutefois, la
fluvastatine pénètre dans l’hépatocyte par un mécanisme de
diffusion et n’est pas (ou peu) soumise à un captage hépatique
actif via un transporteur. Par conséquent, il est peu probable
qu’une compétition avec les toxines urémiques se produise. De plus,
la modification d’expression/activité de la P-glycoprotéine n’est
pas susceptible d’avoir des répercussions sur la pharmacocinétique
de la fluvastatine car elle n’est pas substrat de ce transporteur.
Par conséquent, il est possible de recommander son administration à
la posologie usuelle chez les patients insuffisants rénaux
terminaux et chez les patients dont la clairance de la créatinine
est supérieure à 30 mL/mn. De plus, il est possible
d’extrapoler cette recommandation aux patients dont la clairance de
la créatinine est comprise entre 15 et 30 mL/mn. La
fluvastatine n’est pas significativement dialysable [40]. Chez le
patient hémodialysé chronique, l’administration pourra être
réalisée indifféremment avant ou après la séance, les jours
d’hémodialyse (tableau 2).
Pravastatine
Elle est métabolisée dans l’intestin et dans le foie en deux
métabolites principaux : le SQ-31906 et le SQ-31945 qui sont
actifs. L’activité de ces métabolites n’est pas négligeable [41].
Après administration orale, 20 % de la dose est retrouvée dans
les urines sous forme active. La pharmacocinétique de la
pravastatine après administration d’une dose unique de 20 mg
per os a été étudiée chez des patients présentant différents degrés
d’insuffisance rénale (16 sujets, clairance de la créatinine
variant de 15 à 112 mL/mn/1,73 m2). Une
analyse approfondie des résultats de cette étude montre que les AUC
de la pravastatine et de SQ-31945 étaient modifiées chez les
patients dont la clairance de la créatinine était inférieure à
50 mL/mn [42]. En effet, les AUC de la pravastatine étaient
similaires chez les patients dont la clairance de la créatinine
était supérieure à 90 mL/mn, comprise entre 60 et
90 mL/mn ou inférieure à 30 mL/mn. En revanche, une
augmentation significative de l’AUC de la pravastatine était
observée chez les patients dont la clairance de la créatinine était
comprise entre 30 et 60 mL/mn. Cette augmentation de l’AUC est
la conséquence d’une diminution du métabolisme de la pravastatine,
vraisemblablement par un mécanisme de réduction du captage
hépatique du médicament [43]. En effet, la pravastatine pénètre
dans l’hépatocyte via un transporteur membranaire actif :
l’OATP2. Chez le patient insuffisant rénal, et plus
particulièrement chez le patient insuffisant rénal sévère, il se
produit une accumulation de différents composants du sang, dont les
structures, l’activité et la toxicité ne sont pas toujours
identifiées. Ces dérivés, désignés par le terme de « toxines
urémiques » sont, pour certains, substrats et/ou inhibiteurs
du transporteur OATP2 hépatique. Ainsi, chez le patient insuffisant
rénal, ces toxines urémiques peuvent entrer en compétition avec les
médicaments au niveau de leur captage hépatique et ralentir leur
métabolisme ; ce phénomène aboutissant à une augmentation des
concentrations plasmatiques de la molécule-mère. De plus, la
pravastatine, comme la lovastatine, est également substrat d’autres
transporteurs parmi lesquels la P-glycoprotéine dont l’expression
et/ou l’activité sont modifiées chez les patients insuffisants
rénaux. Par conséquent chez le patient insuffisant rénal, il est
recommandé de débuter un traitement par pravastatine à la posologie
la plus faible dans un premier temps. Cette posologie pourra par la
suite si besoin être augmentée en fonction de la tolérance et de
l’efficacité cliniques. Chez les patients hémodialysés, Gehr et al.
[44] ont montré que le SQ-31945 s’accumulait contrairement à la
pravastatine et au SQ-31906 après une première administration de
20 mg de pravastatine IV suivie de 20 mg/j per os. Les
auteurs concluent qu’il n’est pas nécessaire d’adapter la posologie
de la pravastatine chez ces patients bien que l’accumulation au
long cours du métabolite SQ-31945 puisse entraîner des effets
toxiques. Il est cependant recommandé de débuter un traitement par
pravastatine à la posologie la plus faible chez ces patients, comme
chez ceux dont la clairance de la créatinine est inférieure à
60 mL/mn. La pravastatine n’est pas significativement
dialysable [29], l’administration peut donc être réalisée
indifféremment avant ou après la séance, les jours d’hémodialyse
(tableau 2).
Rosuvastatine
Elle est majoritairement excrétée sous forme inchangée dans les
fèces (90 %), la fraction restante étant retrouvée dans les
urines, majoritairement sous forme inchangée également [45]. Il est
par conséquent peu probable qu’une adaptation de la posologie de la
rosuvastatine soit nécessaire chez le patient insuffisant rénal.
Cependant, la rosuvastatine présente un profil pharmacocinétique
particulier chez le patient insuffisant rénal. Il est ainsi
spécifié dans le résumé des caractéristiques du produit que des
concentrations plasmatiques de rosuvastatine sont augmentées d’un
facteur 3 chez chez les sujets dont la clairance de la créatinine
est inférieure à 30 mL/mn et d’un facteur 1,5 chez les sujets
hémodialysés par rapport aux patients dont la fonction rénale est
normale. Ces résultats, sont, comme pour la pravastatine (et la
cérivastatine dans le passé), la conséquence d’une altération du
captage hépatique du médicament due à des interactions compétitives
entre le médicament et les toxines urémiques sur le transport actif
d’entrée dans l’hépatocyte via le transporteur OATP-2. Il est
possible que la dialyse chronique permette une élimination des
toxines urémiques qui, alors, n’interagissent plus avec le captage
hépatique des médicaments. Ce qui expliquerait la moindre
accumulation de la rosuvastatine chez les patients hémodialysés par
rapport aux sujets insuffisants rénaux non dialysés dont la
clairance de la créatinine est inférieure à 30 mL/mn. Par
ailleurs, dans l’étude AURORA dont le critère principal est la
survenue d’un événement cardiovasculaire majeur chez 2 750
hémodialysés chroniques et dont les résultats sont attendus en
2007, la rosuvastatine est administrée chez ces patients à la
posologie de 10 mg par jour et semble être bien tolérée [46].
Ainsi, au vu des données disponibles, notamment dans l’étude
AURORA, il ne semble pas nécessaire d’adapter la posologie de la
rosuvastatine chez le patient insuffisant rénal dont la clairance
de la créatinine est supérieure à 30 mL/mn et chez les
patients hémodialysés (posologie minimale usuelle 10 mg/j).
Cependant, une surveillance étroite de l’apparition des effets
indésirables (toxicité musculaire principalement) doit
parallèlement être mise en place. La dose de 40 mg est
contre-indiquée chez les patients dont la clairance de la
créatinine est supérieure à 30 mL/mn et chez les patients
hémodialysés. La rosuvastatine est également contre-indiquée chez
les patients dont la clairance de la créatinine est inférieure à
30 mL/mn et non dialysés. La clairance d’hémodialyse de la
rosuvastatine est inférieure à 50 mL/mn (données internes au
laboratoire) et par conséquent très inférieure à la clairance
corporelle totale du médicament (chez les patients à fonction
rénale normale et chez les patients hémodialysés chroniques) qui
est de l’ordre de 800 mL/mn. La rosuvastatine peut donc être
administrée indifféremment avant ou après la séance, les jours
d’hémodialyse (tableau 2).
Simvastatine
L’élimination de la simvastatine étant essentiellement hépatique,
il est peu probable que sa pharmacocinétique soit modifiée chez le
patient insuffisant rénal. Cependant, bien que les métabolites
actifs de la simvastatine soient majoritairement excrétés par voie
biliaire, il n’existe aucune donnée sur leur pharmacocinétique chez
le patient insuffisant rénal. Les données disponibles dans la
littérature portent sur l’efficacité et la tolérance de la
simvastatine chez des patients ayant une insuffisance rénale
terminale traitée par hémodialyse ou DPCA. Chez ces patients, la
simvastatine serait un traitement efficace et bien toléré à des
posologies variant de 5 à 20 mg/j pour une durée de traitement
comprise entre 18 semaines et 6 mois [47]. L’utilisation
de la simvastatine doit s’inscrire donc dans le cadre d’une
surveillance étroite de la survenue des effets indésirables
biologiques et cliniques et en débutant le traitement à la plus
faible dose car il n’existe dans la littérature aucune donnée sur
la pharmacocinétique de ce médicament chez le patient insuffisant
rénal. En l’absence de données sur la clairance d’hémodialyse de la
simvastatine et/ou celle de ses métabolites, il est recommandé
d’administrer le traitement après la séance, les jours
d’hémodialyse (tableau 2).
Maniement de l’ezétimibe
L’ézétimibe est principalement transformé dans l’intestin grêle et
le foie par glucuroconjugaison pour former un métabolite actif,
l’ézétimibe glucuronide. Onze pour cent de la dose administrée est
retrouvée dans les urines sous forme inchangée et de métabolite
actif. Dans une étude réalisée chez 8 patients présentant une
insuffisance rénale sévère (clairance de la créatinine comprise
entre 10 et 29 mL/mn) les auteurs rapportent une augmentation
de 50 % de l’exposition systémique de l’ezétimibe par rapport
aux sujets à fonction rénale normale après l’administration d’une
dose unique de 10 mg. Cependant, cette modification
pharmacocinétique étant associée à une bonne tolérance clinique
[48], il est recommandé de ne pas adapter la posologie du
médicament chez le patient insuffisant rénal [49]. En l’absence de
données sur son épuration en hémodialyse, l’administration sera
réalisée après la séance, les jours d’hémodialyse.
Conclusion
Les complications cardiovasculaires étant très fréquentes dans la
population des patients insuffisants rénaux, les fibrates et les
statines administrés à des doses adaptées sont bien tolérés à court
et long terme chez les insuffisants rénaux. L’effet
néphroprotecteur des statines se manifestant par une diminution de
la protéinurie et un ralentissement de la dégradation de la
fonction rénale chez le patient insuffisant rénal chronique est
maintenant établi. Les fibrates peuvent entraîner une augmentation
réversible de la créatininémie, alors que les statines peuvent à la
fois diminuer la protéinurie dans le cadre d’une maladie
glomérulaire chronique et être responsables dans de rares cas d’une
protéinurie de type tubulaire (constituée de protéines de bas poids
moléculaires, jamais supérieure à 1,5 g/j) chez un sujet ne
présentant pas de protéinurie pré-existante. Cette protéinurie
semble être dose dépendante et due à une inhibition par les
statines de la réabsorption des protéines de bas poids moléculaire
dans le tubule proximal du rein. L’administration du bézafibrate,
du ciprofibrate et du fénofibrate nécessite une adaptation de la
posologie en cas d’altération de la fonction rénale. En revanche,
le gemfibrozil peut être administré à la posologie usuelle chez ces
patients quel que soit le niveau de la fonction rénale. Le
maniement des statines chez le patient insuffisant rénal varie
d’une statine à l’autre. L’atorvastatine et la fluvastatine sont
les statines présentant un profil pharmacocinétique autorisant
l’administration à la posologie usuelle chez le patient insuffisant
rénal quelle que soit la sévérité de l’insuffisance rénale. Une
introduction du traitement à la posologie minimale usuelle sous une
surveillance étroite de l’apparition des effets indésirables sera
nécessaire pour la pravastatine, la rosuvastatine et la
simvastatine. L’ézétimibe, prescrit en association avec une
statine, est un traitement adapté de la dyslipidémie du patient
insuffisant rénal. Sa tolérance rénale est bonne et il n’est pas
nécessaire d’adapter la posologie de ce médicament chez les
patients insuffisants rénaux. L’étude SHARP, dont les résultats
sont attendus pour 2008-2009, devrait permettre de préciser
davantage sa tolérance et son efficacité chez les patients
insuffisants rénaux sévères et dialysés.
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