ARTICLE
Auteur(s) : Fakher Naija1, Nathalie
Schwald2,3, Anne Chahwakilian2, Sylvie
Debray-Meignan2, Michel Safar1, Jacques
Blacher1
1Unité hypertension artérielle, prévention et
thérapeutique cardiovasculaires, centre de diagnostic et de
thérapeutique, Hôtel-Dieu, 1 place du Parvis Notre Dame, 75181
Paris Cedex 04 ; APHP, université Paris-Descartes, faculté de
médecine
2Service de gériatrie, groupe hospitalier Broca-La
Collégiale, APHP, Paris
3Antenne gériatrique, Hôtel-Dieu, APHP, Paris
L’hypertension artérielle (HTA) est l’une des pathologies les plus
fréquentes et génératrice d’une forte mortalité, notamment dans les
pays occidentaux. Malgré les progrès réalisés dans le dépistage et
le traitement, le contrôle des chiffres tensionnels reste très
souvent insuffisant dans une population où le pourcentage des
personnes âgées est de plus en plus important.Le traitement de
l’HTA du sujet âgé apporte un bénéfice certain sur le pronostic,
mais malheureusement, cette efficacité est loin d’être totale en
raison d’une part des particularités des populations âgées
(vieillissement physiologique, difficultés de déplacement, retraite
ou décès du médecin traitant, troubles cognitifs, mal observance
médicamenteuse, problèmes financiers, isolement social, etc.) et
d’autre part des traitements anti-hypertenseurs
(contre-indications, effets secondaires, interactions
médicamenteuses, etc.).Pour mieux atteindre les objectifs
thérapeutiques recommandés chez l’hypertendu âgé, nous proposons
quelques règles pratiques provenant d’une analyse de la littérature
et de notre expérience cardiogériatrique.
Efficacité de la prise en charge de l’hypertendu âgé
Le début des années 1990 a été marqué par la publication des grands
essais thérapeutiques [1] menés dans l’HTA du sujet âgé : SHEP
[2], STOP [3], MRC II [4]. Ces essais ont confirmé le bénéfice du
traitement par diurétiques et bêtabloquants dans l’HTA
systolo-diastolique (STOP, MRC II) et systolique pure (SHEP), et
ont suggéré un avantage des diurétiques sur les bêtabloquants (MRC
II).
La méta-analyse d’Insua et al. [5] a documenté ce bénéfice, à
partir de 9 essais randomisés ayant inclus 15 559 patients, en
montrant une réduction relative de la mortalité par accident
vasculaire cérébral (AVC) ou insuffisance coronaire de 37 % et
24 % respectivement, et une réduction de la morbidité de
35 % et 15 % respectivement.
Les résultats sont cohérents avec ceux de la méta-analyse de
Mulrow et al. [6], 13 essais randomisés dont 6 études de haute
qualité : réduction relative des AVC de 34 % et des
accidents coronaires de 19 %.
Cependant, si le bénéfice relatif du traitement de l’HTA du
sujet âgé est comparable dans les différents essais, le bénéfice
absolu apparaît d’autant plus significatif que le risque
cardiovasculaire de base est élevé. Par ailleurs, Lever et Ramsay
[7] suggèrent une réduction absolue du risque de complications
cardiovasculaires de 1,4 à 2,2 % par an chez les patients
ayant une HTA diastolique, et une réduction de 1,1 % par an
chez ceux ayant une HTA systolique.
Depuis ces publications, nous disposons chez le sujet âgé des
résultats de l’étude Syst-Eur [8] qui a porté sur des patients âgés
de plus de 60 ans ayant une HTA systolique pure, et qui a
évalué un traitement initial par une dihydropyridine,
éventuellement associée à un inhibiteur de l’enzyme de conversion
(IEC) de l’angiotensine (énalapril). Le bénéfice thérapeutique est
confirmé, avec une diminution du risque relatif de 42 % pour
l’AVC et de 27 % pour la mortalité cardiovasculaire. En termes
de bénéfice absolu, il convient de traiter 1 000 patients de ce
type pendant 5 ans pour éviter 29 AVC et 53 complications
cardiovasculaires.
L’HTA du sujet âgé, même lorsqu’elle ne concerne que la pression
artérielle systolique (PAS), présente un risque de complications
cardiovasculaires plus élevé que chez le sujet plus jeune. Il est
établi que sa prise en charge diminue ce risque. La PAS est un
meilleur facteur prédictif du risque (événements graves
cardiovasculaires, cérébrovasculaires et rénaux, et mortalité de
toutes causes) que la pression artérielle diastolique (PAD), et
d’autant plus que le sujet est plus âgé.
Dès 2000, les recommandations françaises (recommandations de
grade A) proposaient de prendre en charge efficacement toute
élévation de la PAS au-dessus de 160 mmHg. L’objectif à
atteindre est de l’abaisser au-dessous de 150 mmHg (recommandations
de grade B) [9](tableau 1)( Tableau
1 ).
Le traitement non médicamenteux est indispensable et a fait la
preuve de son efficacité. Il doit être le cas échéant complété par
un traitement médicamenteux adapté à la situation clinique de
chaque patient en tenant compte des pathologies associées et des
polymédications particulièrement fréquentes chez le sujet âgé. En
dehors d’indications spécifiques ou formelles, le choix initial
doit se porter préférentiellement sur un diurétique thiazidique ou
un inhibiteur calcique de type dihydropyridine de longue durée
d’action (recommandations de grade A), dont de nombreux essais
contrôlés ont montré l’effet sur la réduction de morbidité et de
mortalité. En cas de contre-indication ou d’échec du traitement,
les bêtabloquants, les IEC, et les antagonistes des récepteurs de
l’angiotensine II (ARAII) représentent des alternatives
possibles.
La recherche d’une hypotension orthostatique sous traitement
antihypertenseur doit être systématique chez le patient âgé
hypertendu. Une attention toute particulière doit être prêtée au
risque rénal, notamment en cas de prescription de médicaments à
potentiel néphrotoxique et de polymédication. La surveillance du
taux de la créatinine sanguine et de sa clairance est
particulièrement importante chez le sujet âgé (recommandations de
grade A). Le nombre de patients hypertendus âgés de plus de
80 ans inclus dans les essais thérapeutiques est peu important
mais les conclusions de ces études sont en faveur de la poursuite
au-delà de 80 ans d’un traitement antihypertenseur commencé
antérieurement. Le risque iatrogène, la complexité de la prise en
charge chez un patient aux pathologies fréquemment associées
imposent d’établir un choix des priorités, où l’HTA n’est en
discussion que si elle présente un risque à court terme. En cas de
découverte d’une HTA après 80 ans, le respect de la qualité de
vie et l’appréciation de l’âge physiologique, plus que
chronologique, sont les principaux éléments décisionnels.
Tableau 1 Stratégie de prise en charge du patient de
plus de 65 ans sans maladie cardiovasculaire associée
|
Critères retenus pour la décision thérapeutique
|
Stratégie de prise en charge
|
- PAS < 160 et PAD < 95
- PAS > 160-179 et PAD < 95
|
- Traitement non médicamenteux et suivi.
- Traitement non médicamenteux et suivi sur 3 mois. Débuter
alors un traitement médicamenteux si la PAS reste ≥ 160. L’objectif
à atteindre est une PAS < 150.
|
Paramètres tensionnels et risque cardiovasculaire de l’HTA du
sujet âgé
À la suite d’un premier travail épidémiologique effectué dans la
région parisienne [10], une dizaine d’études provenant de plusieurs
pays du monde ont montré récemment que la pression pulsée est un
facteur prédictif du risque cardiovasculaire, ce indépendamment, et
en addition, des autres paramètres tensionnels [10, 11].
L’augmentation de la pression pulsée est avant tout un prédicteur
d’infarctus du myocarde. La valeur prédictive de la pression pulsée
est observée non seulement chez les patients hypertendus mais aussi
dans l’insuffisance cardiaque et chez les patients atteints
d’infarctus du myocarde récurrent [12]. Elle existe même chez les
hypertendus traités, notamment lorsque la PAS reste élevée alors
que la PAD a été abaissée par le traitement. Ces notions se
comprennent facilement au plan physiopathologique [11, 13]. Par
l’augmentation de la PAS, l’élévation de la pression pulsée
augmente la contrainte ventriculaire gauche et ainsi favorise le
développement de l’hypertrophie cardiaque. D’autre part, la baisse
de la PAD altère la perfusion coronaire (la PAD, et non la pression
moyenne, représente la pression de perfusion coronaire), et de ce
fait, favorise l’ischémie myocardique.
La sévérité de l’HTA était classiquement appréciée à partir du
niveau de la PAD, alors que l’on sait depuis longtemps que la PAS
est un meilleur prédicteur du risque cardiovasculaire [14, 15]. Ce
type de classification a été entretenu par la répétition des grands
essais thérapeutiques effectués dans l’HTA, essais dont la
sélection des patients et l’efficacité du traitement ne tenaient
compte que de la PAD [15]. Les résultats thérapeutiques obtenus ces
dernières années dans l’HTA systolique isolée du sujet âgé ont
heureusement conduit les spécialistes à revoir ce problème [14-16].
Désormais, tant le niveau de PAS et de PAD que la pression pulsée
sont à prendre en compte dans le pronostic cardiovasculaire [17,
18].
Spécificité et précautions liées aux traitements chez les
seniors
De manière générale, la surveillance du traitement doit être
renforcée en cas d’insuffisance rénale, et en cas de déshydratation
et/ou de troubles hydroélectrolytiques (fièvre, chaleur, infection,
troubles digestifs, troubles endocriniens) (tableau 2)( Tableau 2 ).
Certains médicaments peuvent révéler la fragilité du nœud
sinusal et du nœud auriculo-ventriculaire des personnes âgées et
déclencher un trouble de conduction, en particulier la digoxine,
les bêtabloquants, le vérapamil/le diltiazem/le bépridil,
l’amiodarone, la plupart des anti-arythmiques, les
antihypertenseurs centraux notamment avec la clonidine. Ils doivent
donc être utilisés avec prudence en surveillant, tout
particulièrement au début du traitement, la fréquence cardiaque et
si besoin l’ECG. Leur association doit être évitée.
Les posologies des médicaments antihypertenseurs doivent être
adaptées aux objectifs tensionnels souhaités en tenant compte de la
tolérance, en particulier du risque important d’hypotension
artérielle orthostatique. Ce risque peut être augmenté en cas
d’association des antihypertenseurs avec les dérivés nitrés et les
alphabloquants, même ceux à visée urologique.
Thiazidiques
Tous les diurétiques peuvent majorer une insuffisance rénale ou
induire une insuffisance rénale fonctionnelle. Il faut être
vigilant quant aux associations avec les médicaments susceptibles
d’altérer la fonction rénale (sulfamides antibactériens, aminosides
et anti-inflammatoires non stéroïdiens) [19].
Chez les patients ayant une clairance de la
créatinine > 60 mL/mn, il est préférable de privilégier une
association de diurétiques afin d’éviter le risque d’hypokaliémie,
responsable d’asthénie et favorisant les troubles du rythme.
Chez les patients ayant une clairance de la
créatinine ≥ 30 mL/mn, les diurétiques thiazidiques et
apparentés à faible dose (≤ 12,5 mg
d’hydrochlorothiazide) doivent être préférentiellement
utilisés.
En cas de clairance de la créatinine < 30 mL/mn, le
furosémide doit être privilégié en tenant compte toutefois de ses
inconvénients (hypotension artérielle, hyponatrémie, hypokaliémie,
aggravation de troubles urinaires). Dans le traitement de
l’insuffisance cardiaque avec rétention hydrosodée, le furosémide
reste le diurétique de choix.
Le contrôle régulier du poids, de l’état d’hydratation du
patient, de la natrémie, de la kaliémie et de la fonction rénale
est nécessaire pour prévenir les troubles hydro-électrolytiques et
le risque d’insuffisance rénale fonctionnelle. Il convient de
surveiller tout particulièrement :
- – le risque d’hypokaliémie en cas d’association avec des
laxatifs ou des corticoïdes ;
- – le risque d’hyperkaliémie en cas d’association avec
des médicaments hyperkaliémiants, en particulier les diurétiques
épargneurs de potassium, les IEC et les ARAII.
Ces associations sont déconseillées sauf si de faibles doses
sont utilisées pour traiter une insuffisance cardiaque. Il ne faut
pas négliger le risque d’insuffisance rénale fonctionnelle en cas
d’association avec les AINS, les IEC ou les ARAII.
Il ne faut pas non plus négliger le risque de toxicité propre
des médicaments éliminés par voie rénale en cas d’insuffisance
rénale (notamment biguanides et sulfamides hypoglycémiants, sels de
lithium, statines, fibrates, anti-arythmiques, anti-épileptiques,
digoxine, antibiotiques). Lors d’épisodes de fièvre ou de troubles
digestifs (vomissements, diarrhée), le rapport bénéfice/risque doit
être réévalué d’autant plus que ces désordres sont sévères ou
persistent.
Tableau 2 Stratégie thérapeutique de l’HTA en fonction
de l’efficacité et de la tolérance [20]
Inhibiteurs calciques
Les inhibiteurs calciques appartenant à la classe des
dihydropyridines sont indiqués de façon préférentielle, avec les
diurétiques thiazidiques, dans l’HTA du sujet âgé. Les inhibiteurs
calciques n’appartenant pas à la classe des dihydropyridines tels
que la vérapamil et la diltiazem sont fortement bradycardisants,
d’autant plus lors de leur association à d’autres médicaments
bradycardisants (par exemple l’amiodarone).
L’association du vérapamil et du diltiazem avec certaines
substances nécessite une surveillance clinique et ECG étroite du
fait du risque d’effets indésirables cardiaques. Il s’agit de
l’association avec :
- – les anti-arythmiques (vérapamil : précaution
d’emploi ; diltiazem : association
déconseillée) ;
- – les bêtabloquants indiqués dans le traitement de
l’insuffisance cardiaque (association déconseillée) ; dans les
autres cas, il s’agit d’une précaution d’emploi ;
- – les digitaliques (vérapamil : précaution
d’emploi).
Inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) et antagonistes des
récepteurs de l’angiotensine II (ARAII)
Il est nécessaire avant le début du traitement d’apprécier la
kaliémie et la fonction rénale pour adapter la dose initiale, en
raison du risque d’insuffisance rénale et de dyskaliémie.
En cours de traitement, il faut surveiller l’état d’hydratation
du patient, la kaliémie, la fonction rénale et ajuster la dose en
fonction de la réponse tensionnelle.
Il faut surveiller tout particulièrement :
- – le risque d’hyperkaliémie en cas d’association avec
les diurétiques épargneurs de potassium. Ces associations sont
déconseillées, sauf si de faibles doses sont utilisées pour traiter
une insuffisance cardiaque ;
- – le risque d’insuffisance rénale en cas d’association
avec un diurétique hypokaliémiant ou un AINS (y compris les
coxibs). Ces associations nécessitent des précautions d’emploi avec
notamment le maintien d’une bonne hydratation avec surveillance de
la fonction rénale.
La spironolactone associée à un IEC réduit la morbimortalité
dans l’insuffisance cardiaque sévère (classes III, IV) avec le
risque, en particulier chez le sujet âgé, d’induire une
insuffisance rénale et une hyperkaliémie (parfois mortelle). Si
cette association est jugée nécessaire chez un patient âgé, la
posologie de spironolactone doit être faible : 12,5 mg/j sans
dépasser 25 mg/j sous surveillance rigoureuse de la fonction rénale
et de la kaliémie. La spironolactone ne doit par ailleurs pas être
prescrite si la clairance de la créatinine est < 30 mL/mn
ou si la kaliémie est > 5 mmol/L.
Bêtabloquants
Les bêtabloquants exposent au risque de bradycardie, de
ralentissement de la conduction auriculo-ventriculaire, de
décompensation d’une insuffisance cardiaque à FEVG abaissée,
d’aggravation d’asthme ou de broncho-pneumopathie obstructive. Ces
risques s’accroissent avec l’âge. Il est nécessaire de commencer le
traitement par une posologie faible et d’assurer une surveillance
étroite clinique de la pression artérielle et de l’ECG.
Les collyres bêtabloquants peuvent aussi donner lieu à des
effets indésirables en raison d’un passage systémique.
Les interactions médicamenteuses avec les digitaliques, les
anti-arythmiques, les inhibiteurs calciques non dihydropyridiniques
(vérapamil, diltiazem) sont responsables de troubles de
l’automatisme ou de la conduction cardiaque. L’association de
bêtabloquants avec l’amiodarone ou les anticholinestérasiques
expose à une majoration de la bradycardie. L’association à des
médicaments hypoglycémiants peut masquer certains symptômes de
l’hypoglycémie (palpitations, tachycardie) très mal tolérée par le
sujet âgé.
Problèmes particulièrement fréquents : l’hypotension
artérielle orthostatique
Elle se définit par une baisse tensionnelle d’au moins 20 mmHg pour
la pression artérielle systolique, et d’au moins 10 mmHg pour la
diastolique (intérêt de la prise de la pression artérielle en
position couchée, assise puis en orthostatisme chez le sujet âgé),
et son absence ne doit pas faire récuser le diagnostic, surtout
s’il existe un interrogatoire évocateur.
Les investigations visent à identifier avant tout :
- – une cause médicamenteuse, cause de loin la plus
fréquente et à évoquer systématiquement, surtout les
anti-hypertenseurs (notamment en cas de bi ou trithérapie),
antiparkinsoniens, antidépresseurs tricycliques,
neuroleptiques ;
- – une déshydratation, une anémie ;
- – beaucoup plus rarement des affections neurologiques
avec dysautonomie : neuropathie diabétique, atrophie
multisystématisée.
La prise en charge passe par le traitement du facteur
causal : suppression ou bien remplacement d’un ou plusieurs
médicaments, réhydratation… Les règles non médicamenteuses sont
importantes à diffuser : éviter les stations debout
prolongées, lever en 2 temps, en particulier la nuit ou à la fin
d’un repas prolongé. Les traitements symptomatiques peuvent être la
dihydroergotamine (DHE) éventuellement à fortes doses (jusqu’à 200
gouttes ou équivalent en comprimés), bas de contention,
fludrocortisone. En cas d’échec, ou de dysautonomie gravement
handicapante, la minodrine (Gutron®) doit être utilisée
très prudemment (risque d’HTA en position couchée).
Que faire sur le plan pratique ?
Le problème de la non-observance est plus critique lorsque les
patients sont obligés d’apporter des changements importants dans
leur mode de vie ou d’avoir plusieurs prises médicamenteuses par
jour. De nombreuses études ont révélé que les variables le plus
souvent associées à l’observance étaient d’une part la capacité
physique et cognitive, et d’autre part la qualité de la relation
patient-médecin [21].
À l’égard de la prise de traitement, les difficultés rencontrées
par les personnes âgées peuvent être la mémorisation des
prescriptions et de leurs horaires, la lecture et la compréhension
des étiquettes et des modalités de prescription, la visualisation
des différentes formes galéniques (taille, couleur…), ce qui peut
être à l’origine de plusieurs erreurs (erreurs à type d’omission,
de sur ou sous-dosage, d’intention, dans les conditions de prise ou
dans l’heure de la prise). Ces erreurs peuvent être non
intentionnelles (oubli ou mauvaise compréhension), ou bien
intentionnelles (présence d’effets indésirables, crainte d’effets
indésirables ou absence d’efficacité).
À chaque visite, il est indiqué de tenter d’évaluer
l’observance du traitement
L’observance du traitement est plus probable si le patient est
convaincu :
- – de la nécessité du traitement malgré l’absence de
symptômes ;
- – de son efficacité ;
- – de la possibilité de bien comprendre ce
traitement ;
- – de sa propre capacité à apporter les changements
requis (auto-efficacité) ;
- – de l’intérêt du médecin à l’appuyer dans cette
démarche.
De meilleurs taux d’observance ont également été associés à
l’engagement des membres de la famille, non seulement au regard du
traitement mais également dans la compréhension de ce que le
traitement représente. Lorsqu’un patient n’adhère pas au traitement
prescrit, le médecin peut passer en revue les facteurs liés à
l’observance et discerner ceux qui semblent problématiques.
L’éducation du patient pourra alors porter sur ces problèmes. Le
médecin devrait entreprendre tous les efforts nécessaires afin
d’accroître l’engagement des patients à leur propre traitement. La
participation des patients au choix des modalités thérapeutiques
ainsi que l’autosurveillance de la pression artérielle sont de bons
exemples de cet engagement.
Comment améliorer l’observance du traitement ?
Plusieurs experts recommandent les stratégies suivantes pour
optimiser l’observance au traitement médicamenteux :
- – s’entendre avec le patient sur un objectif de pression
artérielle pour chaque visite ;
- – insister sur l’importance du traitement et sur le fait
que le patient ne peut prédire si sa pression sera élevée ou
normale ;
- – simplifier au maximum le schéma posologique (une prise
quotidienne plutôt qu’une double ou triple prise accroît
substantiellement les taux d’observance) ;
- – recommander au patient d’utiliser un pilulier et de
préparer la dose hebdomadaire de médicaments le premier jour de la
semaine ;
- – conseiller au patient de renouveler la prescription
d’un médicament avant qu’il ne soit épuisé ;
- – encourager la discussion sur les effets secondaires
possibles des médicaments et sur les préoccupations du
patient ;
- – réduire au minimum le coût du traitement ;
- – mentionner que l’observance du traitement sera évaluée
au cours de la prochaine visite ;
- – prévoir des rendez-vous plus fréquents.
Non-respect des rendez-vous médicaux
Lorsqu’un patient ne respecte pas ses rendez-vous, il est
recommandé :
- – de proposer un rendez-vous de suivi avant que le
patient ne quitte le bureau ;
- – de mettre davantage l’emphase sur les améliorations
notées ;
- – d’envisager de signer avec le patient un contrat qui
statue sur la fidélité aux rendez-vous ;
- – de communiquer avec les patients qui ne se présentent
pas à leur rendez-vous.
Dans le cas d’une affection souvent asymptomatique comme l’HTA,
il est particulièrement important de ne pas laisser le patient
attendre pendant des heures, de ne pas avancer ou reporter les
rendez-vous et d’entretenir une bonne relation avec le patient si
l’on veut qu’il respecte ses rendez-vous.
Que faire en cas d’HTA résistante ?
En cas d’HTA résistante il est recommandé de [22] :
- – s’assurer que les mesures hygiéno-diététiques sont
respectées (alcool, apport sodé, surpoids, activité
physique…) ;
- – vérifier la pression artérielle par MAPA ou automesure
pour confirmer la réalité de cette HTA réfractaire ;
- – vérifier l’absence de médicaments qui peuvent élever
la pression artérielle ou réduire l’activité des médicaments
antihypertenseurs (antiépileptiques) ;
- – vérifier la dose et le type de diurétique prescrit et
la fonction rénale du patient ;
- – recherche une cause secondaire d’HTA.
Il a été rapporté que les patients ayant une HTA résistante sont
plus souvent inobservants. Cependant, récemment, le taux de
patients inobservants s’est révélé similaire chez des patients
équilibrés et chez des patients ayant une HTA résistante. Toutefois
ces résultats observés chez l’adulte peuvent être extrapolés au
sujet âgé.
L’attitude des médecins vis-à-vis de l’HTA non contrôlée a été
analysée dans une étude américaine récente [23]. Dans ce travail,
21 médecins ont répondu à un questionnaire concernant leurs
patients vus au cours de 270 visites et les patients inclus ayant
une HTA non contrôlée ont également été interviewés. Le contrôle
tensionnel a été jugé satisfaisant chez 30 % des médecins,
satisfaisant pour la diastolique chez 16 % et limite chez
10 %.
Lors de 93 % des visites, la pression artérielle
était ≥ 140 mmHg. Ces médecins ont indiqué que la mise en
route d’un traitement antihypertenseur était justifiée lorsque la
pression artérielle était supérieure à 150/91 mmHg en moyenne
(soit > de 10 mmHg à la limite de la systolique définie
dans le JNC VII [24]). Autrement dit, la pression artérielle
n’était pas contrôlée en partie car les médecins acceptent chez
leurs patients une pression artérielle plus élevée qu’ils ne le
devraient.
Conclusion
L’HTA du sujet âgé présente un risque de complications
cardiovasculaires plus élevé que chez le sujet plus jeune. Il est
prouvé que sa prise en charge diminue ce risque. La PAS et la
pression pulsée sont les meilleurs prédicteurs du risque
(événements graves cardiovasculaires, cérébrovasculaires et rénaux,
et mortalité de toute cause) que la PAD, et d’autant plus que le
sujet est plus âgé. Il est recommandé de prendre en charge
efficacement toute élévation de la PAS au-dessus de 160 mmHg.
Le traitement non médicamenteux est indispensable et a fait la
preuve de son efficacité. Il doit être le cas échéant complété par
un traitement médicamenteux adapté à la situation clinique de
chaque patient et tenant particulièrement compte des pathologies
associées et des polymédications fréquentes chez le sujet âgé.
En dehors d’indications spécifiques ou formelles, le choix
initial doit se porter préférentiellement sur un diurétique
thiazidique à faible dose ou un inhibiteur calcique dihydropyridine
de longue durée d’action, dont de nombreux essais contrôlés ont
montré l’effet sur la réduction de morbidité ou de mortalité. En
cas de contre-indication ou d’échec du traitement, les
bêtabloquants, les IEC et les ARAII représentent une alternative
possible.
La recherche d’une hypotension artérielle orthostatique sous
traitement antihypertenseur doit être systématique chez le patient
hypertendu âgé. Une attention toute particulière doit être prêtée
au risque rénal, notamment en cas de prescription de médicaments à
potentiel néphrotoxique et de polymédication. La surveillance du
taux de la créatinine sanguine et de sa clairance est
particulièrement importante chez le sujet âgé.
Références
1 Chamontin B. Bénéfices et limites des traitements
pharmacologiques. Hypertension artérielle, EBM journal,
www.ebm-journalpresse.fr/numeros/HTA98/471.
2 Prevention of stroke by antihypertensive drug treatment in
older persons with isolated systolic hypertension. Final results of
the Systolic Hypertension in the Elderly Program (SHEP). SHEP
Cooperative Research Group. JAMA 1991 ; 265 :
3255-64.
3 Dahlöf B, Lindholm LH, Hansson L, et al.
Morbidity and mortality in the Swedish Trial in Old Patients with
Hypertension (STOP-Hypertension). Lancet 1991 ; 338 :
1281-5.
4 Medical Research Council trial of treatment of hypertension in
older adults : principal results. MRC Working Party. BMJ
1992 ; 304 : 405-12.
5 Insua JT, Sacks HS, Lau TS, et al. Drug
treatment of hypertension in the elderly : a meta-analysis.
Ann Intern Med 1994 ; 121 : 355-62.
6 Mulrow CD, Cornell JA, Herrera CR, et al.
Hypertension in the elderly. Implications and generalizability of
randomized trials. JAMA 1994 ; 272 : 1932-8.
7 Lever AF, Ramsay LE. Treatment of hypertension in
the elderly. J Hypertens 1995 ; 13 : 571-9.
8 Staessen JA, Fagard R, Thijs L, et al.
Randomised double-blind comparison of placebo and active treatment
for older patients with isolated systolic hypertension. The
Systolic Hypertension in Europe (Syst-Eur) Trial Investigators.
Lancet 1997 ; 350 : 757-64.
9 Prise en charge des patients adultes atteints d’hypertension
artérielle essentielle – Recommandations et données économiques.
ANAES avril 2000 ; http://www.anaes.fr.
10 Darné B, Girerd X, Safar M, Cambien F,
Guize L. Pulsatile versus steady component of blood
pressure : a cross-sectional analysis and a prospective
analysis on cardiovascular mortality. Hypertension 1989 ;
13 : 392-400.
11 Nichols WW, O’Rourke M. Mc Donald’s blood flow in
arteries. Theoretical, experimental and clinical principles. 4th
Ed. London : Arnold E., 1998 ; (54-113, 201-22, 284-92,
347-401).
12 Mitchell GF, Moye LM, Braunwald E, et al.
and for the SAVE investigators. Sphygmomanometrically determined
pulse pressure is a powerful independent predictor of recurrent
events after myocardial infarction in patients with impaired left
ventricular function. Circulation 1997 ; 96 :
4254-60.
13 Safar ME, London GM. The arterial system in human
hypertension. In : Swaldes J, ed. Textbook of
hypertension. London : Blackwell Scientific, 1994 :
85-102.
14 GUIDELINES SUBCOMMITTE. 1999 Word Health
Organization-International Society of Hypertension Guidelines for
the management of hypertension. J Hypertens 1999 ; 17 :
151-83.
15 Collins R, Peto R, Mac Mahon S, Hebert P,
Fiebach NH, Everlein KA, Godwin J,
Quizilbash N, O’Taylor J, Hennekens C. Blood
pressure, stroke, and coronary heart disease : part 2. Short-term
reductions in blood pressure : overview of randomized drug trials
in their epidemiological context. Lancet 1990 ; 335 :
827-38.
16 JOINT NATIONAL COMMITTEE ON DETECTION. Evaluation and
treatment of high blood pressure. The sixth report of the joint
national committee on prevention and treatment of high blood
pressure (JNC VI). Arch Intern Med 1997 ; 157 :
2413-46.
17 Black HR, Yi JY. A new classification for
hypertension based on relative and absolute risk with implications
for treatment and reimbursement hypertension. Hypertension
1996 ; 28 : 719-24.
18 O’Rourke M, Frohlich ED. Pulse pressure. Is this a
clinically useful risk factor? Hypertension 1999 ; 34 :
372-4.
19 Pharmacologie Fondamentale et Clinique ; B.G. Katzung
(Université de Californie) ; 1150 pages – 7ème
édition ; Edition Piccin.
20 Les objectifs tensionnels sont-ils atteignables ?
Hypertendu âgé avec élévation de la pression systolique, Atelier
aux journées de l’hypertension artérielle ; Décembre
2002 ; Paris.
21 Approche clinique suggérée pour la détection et la prise en
charge de l’hypertension artérielle. Société canadienne
d’hypertension artérielle 1999 ; www.coeursante.com.
22 Prise en charge des patients adultes atteints d’hypertension
artérielle essentielle–Actualisation 2005 ; HAS/Service des
recommandations professionnelles/Juillet 2005.
23 Oliveria SA, Lapuerta P, McCarthy BD,
L’Italien GJ, Berlowitz DR, Asch SM.
Physician-uncontrolled hypertension. Arch Intern Med 2002 ;
162 : 413-20.
24 Chobanian AV, Bakris GL, Black HR, et al.
National Heart, Lung, and Blood Institute Joint National Committee
on Prevention, Detection, Evaluation, and Treatment of High Blood
Pressure ; National High Blood Pressure Education Program
Coordinating Committee. The Seventh Report of the Joint National
Committee on Prevention, Detection, Evaluation, and Treatment of
High Blood Pressure : the JNC 7 report. JAMA 2003 ;
289 : 2560-72.
|