ARTICLE
ipe.2012.0908
Auteur(s) : Laure Rouillon1 laure_rouillon@yahoo.fr,
Lionel Cailhol2, Jean-Philippe
Raynaud3, Franck Hazane4, Laurence Carpentier5, Cécile Garrido4
1 Centre hospitalier G.-Marchant, route d’Espagne,
31000 Toulouse, France
2 Centre hospitalier Montauban, urgences
psychiatriques, 82000 Montauban, France
3 CHU, hôpital La Grave, pôle psychiatrie de l’enfant
et de l’adolescent, 31059 Toulouse Cedex 9, France
4 CHU Purpan, villa Ancely, service d’hospitalisation
pour adolescents, 31059 Toulouse Cedex 9, France
5 Guidance infantile, hôpital de jour Les Bourdettes,
31400 Toulouse, France
Tirés à part : L. Rouillon
Introduction
S’il est communément admis à l’heure actuelle que le trouble de
personnalité état-limite ou borderline (TP BDL)
représente un enjeu majeur de santé publique, notamment du fait des
conséquences psychosociales et du taux de mortalité suicidaire
(4 à 10 %), ses conséquences sur l’entourage familial
proche et notamment sur l’enfant restent peu étudiées [1],
contrairement à d’autres pathologies comme la dépression maternelle
[2].
Pourtant, « parce que les désordres du trouble de
personnalité borderline se manifestent au niveau de
l’attachement, du développement du moi et de la régulation des
émotions – domaines correspondant aux “tâches”
développementales de la petite enfance – une mère avec
TP BDL peut induire un contexte de développement qui
représente un véritable défi pour son enfant » [2]. Les
théories de l’attachement développées par Bowlby soulignent que les
besoins précoces de l’enfant pour son développement viennent
justement solliciter ces différentes compétences maternelles
[3].
Rappelons que selon cette théorie, les interactions avec sa
figure d’attachement (le plus souvent la mère) doivent aider
l’enfant à développer un système d’attachement sécure, qui lui
permettra ultérieurement d’explorer sans crainte son environnement
et de développer des relations satisfaisantes. Si ce « besoin
primaire » ne peut être satisfait, pour des raisons diverses,
le risque est le développement d’un attachement de type
« insécure », « anxieux »,
« évitant » ou « désorganisé » (cette dernière
catégorie ayant été introduite ultérieurement par une
collaboratrice de Bowlby, Mary Main).
À l’heure actuelle, des programmes de prévention de l’apparition
de troubles chez l’enfant et de soutien à la parentalité existent
pour différents troubles maternels, mais restent peu nombreux dans
le cas des pathologies limites maternelles [4-9].
Dans ces conditions, nous avons voulu nous intéresser à la
qualité des interactions précoces nouveau-né-mère avec TP BDL
et développer à leur intention un programme spécifique de soutien.
Notre démarche nous a conduit à développer un partenariat avec la
protection maternelle et infantile de la Haute-Garonne.
Traumatismes précoces et perturbation de l’attachement dans le
trouble de personnalité borderline
C’est de l’interaction entre des prédispositions biologiques et
des expériences de vie survenues précocement au cours du
développement que semble résulter la constitution d’un trouble de
personnalité limite [10].
Trois types d’expériences vécues durant l’enfance semblent être
des facteurs de risque de TP BDL : les abus sexuels
précoces, les séparations prolongées avec la figure d’attachement
ou les deuils et la négligence émotionnelle [11].
« La majorité des patients avec trouble de personnalité BDL
ont fait l’expérience de traumatismes précoces qui demeurent
irrésolus et continuent à désorganiser leur fonctionnement
mental » [12], bien que ces expériences n’aient démontré être
ni suffisantes, ni nécessaires pour l’installation d’une
personnalité limite.
Près de 90 % des patients rapportent un antécédent d’abus
dans l’enfance et/ou de négligence émotionnelle avant 18 ans
[13]. Soixante-deux pour cent rapportent une histoire d’abus
sexuels et 86 % une histoire d’abus verbal, émotionnel et/ou
physique. Ces antécédents traumatiques sont significativement plus
fréquents (en particulier les abus sexuels, notamment dans
l’enfance) et surviennent à un âge plus précoce chez les patients
borderline que dans d’autres troubles de la personnalité.
Par ailleurs, la sévérité des abus sexuels et des autres formes de
maltraitance dans l’enfance est significativement corrélée à la
fois à la sévérité de la psychopathologie borderline et au
dysfonctionnement psychosocial.
Précisons que, selon Bergeret, « le traumatisme psychique
précoce doit être compris au sens affectif du terme ; il
correspond à un émoi pulsionnel intense survenu dans un état encore
trop mal organisé et trop peu mûr quant à son équipement, ses
adaptations et ses défenses pour y faire face dans des conditions
inoffensives ».
L’approche clinique de ces pathologies est, par ailleurs, très
évocatrice d’une problématique de l’attachement, la théorie de
l’attachement étant un des idiomes de la psychologie
développementale. Selon Guedeney et Guedeney [11], quatre des
critères DSM [14] de la personnalité borderline sont en
rapport avec la qualité de l’attachement : mode de relations
interpersonnelles instables et intenses, efforts effrénés pour
éviter les abandons réels ou imaginaires, instabilité marquée et
persistante de l’image et de la notion de soi, instabilité
affective. Gunderson, de son côté, a mis l’accent sur l’importance
chez les états-limites des thèmes d’intolérance à la solitude et de
terreur d’être abandonné, que l’on peut rattacher à la notion
d’attachement insécure [11].
Fonagy est, quant à lui, à l’origine du concept de
mentalisation, ou « fonction réflexive », issu de la
théorie de l’esprit [12]. Il s’agit là de la capacité à discerner
et à comprendre son propre comportement et celui des autres en
termes d’états mentaux. Cette capacité réflexive, indispensable à
l’organisation du moi, est selon lui défaillante chez les
états-limites. Nous verrons que cette notion aide à la
compréhension du fonctionnement des mères avec TP BDL et
éclaire certaines conséquences en termes de qualité de
l’attachement pour leurs enfants.
Les « maternités » limites
La maternité représente une période à risque pour les mères
présentant un TP BDL. En effet, cette période s’avère pour
elles une confrontation douloureuse à leur propre
problématique : la régression inhérente à toute parentalité
entraînant un processus d’identification au bébé [15], la mère avec
TP BDL se voit renvoyée à ses propres difficultés infantiles
et à ses besoins inassouvis.
Pour comprendre ce qui diffère par rapport au processus habituel
d’accès à la parentalité, il est donc nécessaire de revenir sur la
propre enfance de ces parents avec TP BDL.
Dès la grossesse, les capacités de représentation et
d’élaboration de leur parentalité sont en défaut chez ces mères,
les affects vis-à-vis du passé restant à l’état de traces mnésiques
non communicables dans les cas de traumatismes ou d’enfances
meurtries (cas fréquents, rappelons le, dans les TP BDL).
Ainsi, la transparence psychique de la grossesse ne leur permet
pas la remémoration et la figuration de souvenirs infantiles,
préalable nécessaire à la mise en place de représentations
maternelles lors de la naissance du bébé [8]. Les étayages
narcissiques grands-parentaux sont également souvent
inutilisables.
Or, « lorsque le lien parent-enfant s’installe dans la
confusion des histoires passées, il se structure de façon
pathologique, avec des répétitions transgénérationnelles.
Revue de littérature concernant les mères avec trouble de
personnalité borderline
Nous avons effectué une recherche bibliographique utilisant la
base de données Medline avec les critères de recherche
« mothers », « children » et
« borderline personality disorder », ainsi que les
bases de données francophones ASCODOCPSY et INIST avec les
mots-clés « mères » et « trouble de personnalité
limite ».
Dimension de la sensibilité maternelle
De nombreux auteurs soulignent et ont démontré par des études
comparatives le défaut de sensibilité maternelle observé chez les
mères borderline.
Newman et Stevenson retrouvent des mères moins sensibles et
moins structurées dans leurs interactions avec leurs enfants que
des mères « témoins » lors d’une séquence de jeu libre
filmée puis interprétée à l’aide d’une échelle de
« disponibilité émotionnelle » (emotional
availability [EA]) [7, 8].
Ces résultats sont cohérents avec ceux de l’étude de Hobson
et al. et Crandell et al. [16, 17], qui
observent, en situation de jeu, des mères « plus intrusives et
insensibles » envers leurs enfants.
Cette équipe a également utilisé la procédure dite du
« still-face » pour évaluer les interactions mères-bébés
[17]. Ce protocole de recherche paradigmatique a été développé par
Cohn et Tronick en 1989 afin d’observer le nourrisson dans une
situation inattendue légèrement stressante. Il s’agit d’une
séquence de six minutes se partageant en trois épisodes de deux
minutes chacun. Le bébé et la mère sont en situation de face à face
et doivent jouer « comme ils le feraient à la maison ».
Puis, il est demandé à la mère de figer son visage pendant deux
minutes. Les réactions du bébé à cette interruption imprévisible
pour lui sont observées. Dans la troisième séquence
(« retrouvailles ») mère et bébé interagissent à nouveau,
cherchant à recréer un échange de qualité.
Les auteurs ont comparé avec ce protocole huit mères avec
TP BDL (selon le structured clinical interview for
DSM-III-R) et 12 mères « témoins ». Les enfants
étaient âgés de huit à 12 semaines. Les résultats soutiennent
des interactions globalement « moins satisfaisantes »
avec leurs enfants dans le cas des mères avec TP BDL.
Le Nestour et Danon ont également utilisé ce dispositif du
« still-face » dans le cadre d’une recherche
longitudinale de grande ampleur [18] : 109 dyades sont
suivies sur la première année de vie de l’enfant. Les premiers
résultats, évaluant 25 premières dyades de la cohorte,
retrouvent de manière significative des comportements plus
intrusifs de la part des mères avec TP BDL tout au long du
« still-face ».
Par ailleurs, les auteurs mettent en évidence la moins grande
variété des comportements de ces mères, semblant compenser la moins
grande richesse dans les interactions par un excès de stimulation.
Cela s’observe particulièrement lors de la dernière séquence, au
cours de laquelle le débordement émotionnel l’emporte le plus
souvent chez le nourrisson de mère avec TP BDL, sur-sollicité
par celle-ci, alors que les mères témoins laissent le plus souvent
le bébé être à l’initiative de la reprise des échanges.
Or, la dimension « sensibilité maternelle » a été
particulièrement étudiée et corrélée à la qualité de l’attachement
chez l’enfant.
Ainsi, les travaux de Ainsworth suggéraient déjà l’importance de
la sensibilité (sensitivity = capacité de percevoir et
d’interpréter correctement les signaux émis par l’enfant) de la
mère aux signaux de l’enfant, ainsi que sa capacité à y répondre
(responsiveness).
Cette sensibilité maternelle est liée selon cette auteur aux
représentations du parent concernant l’attachement : des
représentations insécures chez la mère sont associées à des
réponses peu sensibles à destination de son enfant,
Or, ce « défaut » de sensibilité maternelle peut
secondairement conduire à développer un attachement insécure chez
l’enfant.
Dimension relationnelle
Les mères présentant un TP BDL présentent une discontinuité
importante dans leurs interactions avec leur enfant.
Ainsi, Hobson et al. et Crandell et al.
[16, 17] ont comparé les comportements en « situation
étrange » de mères présentant un TP BDL, un épisode
dépressif majeur, ou l’absence de psychopathologie. Rappelons que
la « situation étrange » est un dispositif fait
d’épisodes successifs de séparation ou retrouvailles avec la figure
d’attachement.
Les mères avec TP BDL y montrent une communication
affective discontinue.
De manière générale, le style interactif de ces mères est décrit
comme « rythmé par la contrainte, l’intrusion, le
retrait », avec des discontinuités relationnelles importantes
[5].
« Les relations mères-bébés risquent de reproduire
l’alternance entre des discontinuités-lâchages déprivant et des
rapprochés-collés excitant que les patientes états-limites mettent
en place dans toutes leurs relations ; le bébé passant sans
cesse du statut de bébé adoré/idéal à celui de bébé
redouté/persécuteur. Ces mères tendent à développer une relation
chaotique avec leur enfant » [4].
Selon une étude conduite par Barnow et Ruge [19], les enfants de
mères borderline les perçoivent plus souvent comme
« surprotectrices ». Détaillés à l’aide de l’échelle
suédoise EMBU (« souvenirs concernant sa propre
éducation » : évaluation du style parental tel que perçu
par l’enfant lui-même au niveau de la chaleur émotionnelle, du
rejet, de la surprotection), les styles parentaux les plus
fréquemment retrouvés sont : « parent invalidant »
et contrôle « sans amour ».
Pour l’auteur, ces mères dénient les besoins et désirs de leurs
enfants, et utilisent des mesures de contrôle excessives et
incohérentes.
Or, pour le développement d’un système d’attachement sécure chez
l’enfant, il est nécessaire qu’il construise avec sa figure
d’attachement un système de « partenariat corrigé quant au
but » [11], qui repose sur la reconnaissance de leurs états
émotionnels respectifs et leur capacité mutuelle à distinguer leur
point de vue de celui de l’autre.
Tâche difficile, nous l’avons vu, quand la figure d’attachement
souffre d’un défaut de « fonction réflexive » [12].
Le risque est alors, chez l’enfant, le développement d’un
système d’attachement de type insécure, voire
« désorganisé », avec une vision chaotique et menaçante
du monde.
Dimension de carences éducatives ou négligence affective
Feldman et al. ont réalisé une étude comparant la vie
familiale de 21 enfants avec mère borderline et
23 enfants de mères avec autre trouble de personnalité
[1].
Les premiers ne subiraient pas plus de violences physiques que
les sujets témoins de la part de leurs parents. En revanche, les
situations de maltraitance verbale de la part du père sont plus
fréquentes et cette agressivité verbale est plus souvent chronique.
Cela pourrait être en lien avec la tendance de ces mères avec
TP BDL à s’entourer de compagnons maltraitants, dans une
reproduction de leur passé traumatique. Les cas de consommation de
drogues et d’alcool par les parents sont significativement plus
fréquents dans le groupe des enfants de mères borderline, de
même que l’exposition à des tentatives de suicide de la part de la
mère (24 % des cas) mais aussi du père (19 % des
cas).
S’il ne s’agit donc pas de maltraitance « active »,
cette étude souligne l’importance du risque de négligence parentale
pour ces enfants. Le Nestour et al. soulignent, en effet,
que « lors des comportements suicidaires ou d’automutilation,
et en cas de crise, le rejet de l’enfant est manifeste » [4].
Or, nous avons vu précédemment que les carences et les négligences
dans l’enfance était un facteur de risque de développer un trouble
de l’attachement, voire un trouble de personnalité.
Dimension thymique
Outre le déséquilibre et la désorganisation d’une économie
psychique précaire, la grossesse chez les mères avec TP BDL
augmente également les risques de décompensations graves de trouble
de l’humeur, en particulier d’épisodes dépressifs pouvant prendre
des formes cliniques complexes [2]. Cela peut entraîner des
séparations prolongées avec la figure d’attachement.
Ainsi, les mères, qui présentent un TP BDL sont
significativement moins sensibles, ont une relation à leurs enfants
plus discontinue, avec une alternance intrusion-rejet, et
présentent également un risque supérieur de négligence de celui-ci,
ainsi que de décompensation dépressive pour elle-même.
Compte tenu des conséquences que cela peut avoir sur le devenir
de l’enfant, il apparaît opportun de proposer une aide spécifique à
ces jeunes mères.
Elles se perçoivent d’ailleurs elles-mêmes comme moins
compétentes, plus stressées et moins satisfaites par leurs
compétences parentales.
Tous ces éléments nous conduisent, avec Apter-Danon, à
l’interrogation suivante : « La capacité du jeune enfant
à donner du sens à ses émotions et à se représenter un monde
cohérent peut-elle s’organiser dans le cadre des patterns
interactifs qui peuvent se mettre en place (entre une mère
état-limite et son enfant) ? »
Nous allons examiner ci-dessous les conséquences
psychopathologiques le plus souvent décrites chez les enfants de
mères avec TP BDL.
Les risques pour l’enfant
Selon Guedeney, au travers des soins et des échanges s’opèrerait
un passage du psychisme de la mère à celui du bébé. On peut
supposer que, outre la qualité de l’attachement, les modèles de
régulation émotionnelle ou certains mécanismes de défense seraient
ainsi également transmis du parent au bébé.
Par ce mécanisme, l’enfant peut finalement être confronté aux
mêmes types d’affects que ceux que son parent a connu, et donc
développer des défenses similaires (défaut de mentalisation et de
« théorie de l’esprit », difficulté à réguler ses
émotions, insécurité de l’attachement).
Ainsi, « les perturbations dans la relation mère avec
TP BDL/enfant peuvent conduire à un développement insécure et
désorganisé chez l’enfant » [7].
Or, de nombreuses recherches montrent que la sécurité
d’attachement protège contre la formation de troubles
psychologiques [11].
Dans notre revue de littérature, nous avons dénombré cinq études
comparatives et l’étude prospective évaluant les risques de
perturbations chez les enfants de mères avec TP BDL.
Ces perturbations peuvent être classées en quatre
catégories.
Les perturbations comportementales
En 1984, une étude prospective de quatre ans a été conduite par
Rutter et Quinton auprès des familles de 137 adultes
nouvellement adressés à des services de psychiatrie anglais [20].
Les résultats ont été comparés à ceux obtenus par une population de
familles « témoins ».
Il ressort de cette étude longitudinale que les troubles de
personnalité chez les parents sont les troubles psychiatriques les
plus prédictifs de l’apparition de troubles émotionnels, du
comportement ou psychiatriques chez les enfants. Ces perturbations
seraient davantage liées au style de vie familial dans son ensemble
qu’aux comportements atypiques dus au trouble psychiatrique
lui-même.
En effet, après contrôle sur les facteurs de risque
intrafamiliaux, les enfants de parents avec trouble psychiatrique
ne montrent pas d’augmentation significative de perturbations
émotionnelles et/ou comportementales qui soit indépendante du
contexte familial psychosocial dans son ensemble.
Le fait d’avoir un parent atteint d’un trouble psychiatrique
doit donc plutôt être considéré comme un des nombreux facteurs de
risque psychosociaux, qui ont plus d’autant plus de conséquences
lorsqu’ils sont combinés.
Or, le TP BDL serait fortement lié à une vie familiale
instable, les enfants expérimentant ici plus souvent des
bouleversements dans la composition du foyer, des changements
d’écoles du fait de la mobilité de la famille, des placements en
dehors de la famille.
Les perturbations affectives et relationnelles
Barnow et Ruge retrouvent également dans le sous-groupe
d’enfants précédemment cité un score plus élevé au niveau du trait
de tempérament [19] : « évitement du danger » lors
de la passation de l’inventaire de tempérament et caractère
(développé par Schmeck et Poustka en 2001).
Macfie et Swan ont évalué les capacités narratives d’enfants de
quatre à sept ans par l’utilisation de récits à compléter, auprès
de 30 enfants de mères avec TP BDL comparés à
30 enfants de mères indemnes de psychopathologie [2]. Ces
capacités narratives sont le reflet des représentations de la
relation parent-enfant, de l’image de soi et de la capacité à
réguler ses émotions. Les résultats démontrent chez les enfants de
mères avec trouble de personnalité :
- –. une image de soi plus instable et un sentiment de
honte (dévalorisation) ;
- –. de faibles capacités de régulation des
émotions ;
- –. davantage de confusion entre l’imaginaire et la
réalité ;
- –. davantage d’intrusion de thèmes traumatiques.
Crandell et al. retrouvent quant à eux un niveau plus bas
de disposition à un engagement positif, un score plus bas
d’organisation du comportement et de l’état d’esprit, et une
proportion moindre de regards positifs envers l’intervenant chez
les enfants de 12 mois en situation de
« still-face » [17].
Les perturbations au niveau de l’attachement
Rappelons que le dispositif de la « situation
étrange » permet d’évaluer la qualité de l’attachement chez
l’enfant. Ce scénario d’une vingtaine de minutes fait de
séparations et de retrouvailles se déroule en laboratoire, en
présence de l’un des parents. Les comportements d’attachements sont
expérimentalement activés par l’induction d’un léger stress,
provoqué par une brève séparation du parent, ainsi que par la
présence d’une personne non familière. L’équipe de Hobson retrouve
dans sa cohorte de dix enfants avec mère diagnostiquée
borderline 80 % d’attachement « désorganisé »
contre seulement 27 % dans le groupe témoin de 22 enfants
[16].
Or, Pionnié et Atger soulignent qu’un trouble de l’attachement
est un facteur de risque (ou de résilience) de la survenue de
troubles psychiatriques à l’adolescence ou à l’âge adulte [21].
Le développement de troubles psychopathologiques
Les enfants de mères borderline sont plus sujets aux
idéations suicidaires, à la dépression, au TP BDL, au trouble
déficitaire de l’attention avec hyperactivité, ont une moins bonne
image de soi, une instabilité des affects, un manque de confiance
dans les relations interpersonnelles et un risque supérieur de
présenter des troubles du comportement. Au total, le score de
fonctionnement global est significativement inférieur chez les
enfants de mères avec TP BDL que chez les enfants dont la mère
présente un autre trouble de personnalité.
De plus, Rutter et Quinton ont montré que la persistance des
troubles psychiatriques chez l’enfant est significativement
supérieure en cas de trouble de personnalité chez le parent
[20].
Conclusion
Les données de la recherche clinique démontrent que les
différentes capacités maternelles sont particulièrement mises à
l’épreuve chez les mères souffrant d’un TP BDL.
Ces difficultés à interagir de manière adaptée avec leur bébé
trouvent leur origine dans l’histoire infantile de la mère
borderline elle-même, dans les conséquences des traumatismes
psychiques vécus sur son fonctionnement cognitif et affectif, ainsi
que dans la symptomatologie actuelle de son trouble :
dysrégulation émotionnelle, comportements autodestructeur
notamment.
Par ailleurs, la composante génétique du trouble est un domaine
de recherche dont les résultats sont intéressants mais encore peu
contributifs à la compréhension de sa transmission.
S’il nous semble primordial de soutenir ces mères afin d’essayer
d’éviter ou atténuer l’apparition de complications chez leurs
enfants, l’arrivée d’un nouvel enfant, porteur d’espoir, offre la
possibilité d’aborder les problématiques de la mère
borderline, rarement inscrite dans le réseau de soin, et de
lui permettre d’accéder à une reconnaissance et à une prise en
charge de ses difficultés.
Les programmes de soins dans le traitement du TP BDL sont
actuellement très peu répandus en France ; les réseaux de
repérage et de suivi en périnatalité des familles « à
risque » sont eux bien développés. C’est le cas du réseau de
la protection maternelle et infantile. C’est pourquoi nous
développons à l’heure actuelle un travail de partenariat afin de
proposer un soin spécifiquement conçu pour les mères avec
TP BDL.
Conflits d’intérêts: aucun.
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