ARTICLE
Auteur(s) : Cécile Stola
Psychologue clinicienne, Université de Buenos Aires ;
Doctorante à l’Université de Caen, Basse-Normandie
Chronique de 194 morts annoncés
Le soir du 30 décembre 2004, Républica de Cromañón, ancienne
discothèque devenue salle de concert, en plein quartier commerçant
de Once, à Buenos Aires, s’est transformée en un piège mortel où
194 personnes – la quasi-totalité des adolescents – ont trouvé
la mort, et dont d’autres centaines subissent encore des séquelles
physiques ainsi que psychologiques. C’était une soirée de fête, la
veille du Nouvel An, il faisait beau, il y avait du monde dans la
rue, mais principalement des adolescents qui s’accumulaient à
l’angle des rues Ecuador et Jean Jaurès. Ils étaient très
excités : ils allaient au concert du groupe Callejeros1,
un groupe de rock à la carrière ascendante. Partout où ils
jouaient, des jeunes d’entre quatorze et vingt ans s’agglutinaient
au pied de la scène. Une sorte de rituel avait été créé par ces
fans pour les accueillir : une pluie de feux de Bengale et de feux
d’artifice s’allumait dès que leurs silhouettes apparaissaient sur
la scène. Les habitudes de matchs de football se sont mêlées à
celle du rock : les drapeaux, les chants, les feux de Bengale. Mais
Républica de Cromañón n’était pas un stade à ciel ouvert…
« Arrêtez avec les feux de Bengale, sinon nous allons tous finir
comme au Paraguay2 », telle était la demande –
prophétique – d’Omar Chaban, le propriétaire des lieux, aux
3 000 adolescents attroupés. En dépit de l’alerte du
propriétaire et en dépit des fouilles réalisées à l’entrée, dès que
les Callejeros sont entrés en scène, les feux de bengales ont
jailli. Parmi les dizaines de feux que les jeunes ont allumé, un
feu touche la toile qui recouvre le plafond et en moins de cinq
minutes ce même toit devient un nuage de feu. Quelques secondes de
silence, d’incompréhension, de surréalisme, et puis la panique.
Le noir complet, les cris, la fumée noire épaisse qui émanait
de l’incendie, l’angoisse pour trouver la sortie, le désespoir de
la trouver fermée avec des chaînes et cadenas3.
Effectivement la sortie de secours était soigneusement fermée pour
éviter la resquille. Et dans la même logique sadique, les fenêtres
qui figuraient sur le plan d’évacuation avaient été murées quelques
mois auparavant [4]. L’impossibilité de se déplacer, la compression
des uns contre lesautres, les chutes, les écrasements avaient leur
cause : Républica de Cromañón était habilité pour accueillir
1 031 personnes. Mais, ce soir, il y en avait
2 8114.
L’organisation des secours au moment de l’incendie a été
fortement incriminée au ministère de la Santé. Deux ambulances sont
apparues quinze minutes après la première alerte. Encore quinze
minutes plus tard, des renforts sont arrivés. Le nombre des
tubes d’oxygène a été insuffisant, des survivants ont témoigné que,
par moments, un tube d’oxygène devait être partagé à cinq. L’aide
spontanée des inconnus des victimes et des anonymes a révélé a
contrario le retard, l’inefficacité, l’incompétence de ceux qui
devaient diriger et organiser les secours. Selon le groupe de
parents des victimes de l’incendie, unies sous le nom Que no se
repita [3], 40 % des personnes décédées ont perdu la vie en tentant
de sauver d’autres jeunes. Des jeunes qui ont réussi à sortir
de la salle sont retournés pour chercher des amis, des êtres chers,
ou simplement des semblables.
Au fur et à mesure que les minutes passaient, les corps des
jeunes décédés ont commencé à s’empiler dans un garage à côté de la
boîte. Ce garage est tout de suite devenu une morgue
improvisée. D’autres centaines de jeunes ont été orientés vers les
hôpitaux les plus proches pour cause d’atteintes pulmonaires et de
brûlures. La plupart étaient intoxiqués. Un de ces hôpitaux,
était l’hôpital Rivadavia, où, au moment de la tragédie, nous
travaillons en tant que psychologues stagiaires dans le service de
psychopathologie, plus précisément dans le secteur de psychologie
de liaison. Notre travail consistait essentiellement dans le suivi
des patients hospitalisés dans les différents secteurs de
l’établissement. Ces patients étaient atteints de pathologies
médicales et avaient besoin d’un soutien psychologique. Cela se
déroulait principalement dans les services de chirurgie, de
médecine et de soins intensifs.
De la solitude face au chaos à l’invasion
chaotique pour le butin Cromañón
Ce 31 décembre, c’était un jour férié, il faisait très chaud,
et Buenos Aires était déserté. Plutôt disposés à trouver refuge
dans un lieu frais, nous avons entendu à la radio une demande très
alarmante adressée aux professionnels psychologues, par laquelle
ils étaient priés de s’approcher des hôpitaux pour soutenir les
victimes et les familles d’un incendie dans le quartier de Once.
Cette alerte était principalement adressée aux psychologues
exerçant dans les hôpitaux Ramos Mejía et Rivadavia. Après un
instant d’hésitation, car environ une quarantaine de psychologues
travaillaient dans ces institutions, nous nous sommes rendus sur
place espérant nous intégrer à un travail d’équipe. Pourtant, il
n’y avait personne. Le médecin des urgences, débordé, nous
accueille par un « Enfin ! Merci d’être venu ! Nous avons
énormément besoin de vous ! Il y a des jeunes en état de choc
à l’unité des soins intensifs, en médecine, aux urgences, mais il
faudrait s’occuper aussi de leurs familles, et des familles qui
vont d’hôpital en hôpital pour trouver leurs proches, et… il
faudrait s’occuper aussi de nous-mêmes ! ». Nous avons réalisé tout
de suite que la situation était beaucoup plus dramatique que nous
l’avions imaginé. Alors, par où commencer ? Tout semblait être un
chaos.
Nous nous sommes occupés des plusieurs « tâches ».
L’accueil des proches
La première tâche que nous nous sommes fixée était d’accueillir les
familles qui arrivaient pour chercher leurs fils et filles
adolescents, les accompagner à l’unité de soins intensifs afin
qu’ils puissent identifier si parmi les jeunes hospitalisés se
trouvaient les leurs. Ces mères, pères, frères, sœurs,
arrivaient avec la douloureuse frustration de ne pas avoir pu les
trouver à l’hôpital Ramos Mejia, où sont allées la plupart des
victimes étant l’hôpital le plus proche de la boîte de nuit, avec
l’espoir infini de les retrouver dans cet établissement. Durant le
trajet qu’il fallait faire pour aller jusqu’aux lits, ils me
prenaient fortement le bras ou la main de manière spontanée. Une
fois que nous étions devant le lit, la réaction était
corporellement significative : si entre les tubes et les appareils
se trouvaient leurs fils, leurs sœurs, leurs proches, qu’ils
cherchaient désespérément, alors ils lâchaient nos bras pour nous
prendre dans les leurs, en pleurant de soulagement.
En revanche, si malheureusement le visage de la victime n’était
pas celui de leur proche, soudainement la pression qu’ils
exerçaient sur nos mains se relâchait complètement, la frustration
et la douleur éteignaient la force pendant quelques instants. Nous
devions alors les accompagner à l’entrée de l’unité de soins
intensifs, là où d’autres familles attendaient le même rituel, et
leur expliquer à quels hôpitaux ils devaient ensuite se rendre,
c’est-à-dire là où d’autres victimes avaient été transférés.
Malheureusement les options étaient assez limitées.
Le parcours continuait à l’hôpital Penna, puis à l’hôpital de
Clínicas, et finalement, le destin le plus terrifiant : la morgue
judiciaire, où plus de 180 corps attendaient d’être
identifiés. Cette intervention se basait sur l’apport des
informations pratiques. Afin de faire face aux difficultés d’ordre
pratique, un ensemble d’informations sont fournies concernant les
procédures à suivre afin d’obtenir divers types d’assistances
[2].
Le soutien des survivants
Notre deuxième tâche consistait dans la prise en charge du soutien
des survivants. Dès que nous nous présentions en tant que
psychologue, ils exprimaient assez compulsivement l’horreur vécue
quelques heures auparavant. C’est le « premier temps » distinguée
dans la clinique du traumatisme « celui de la rencontre avec le
réel du trauma, se caractérise par l’effroi. Il s’agit d’un
temps de sidération et d’effraction de l’appareil psychique. C’est
une temporalité de l’instant mais d’un instant qu’on n’oublie pas
[5]. Voici quelques extraits des leurs récits.
Un jeune de 17 ans nous décrivait ainsi ce qu’il avait
entendu : « J’entends encore les cris qui résonnent dans ma tête,
“mon gars, demain c’est le Nouvel An, je veux sortir, j’ai des
enfants”. Tout le monde criait, je ne pouvais pas bouger, les gens
me marchaient dessus, je me suis fait écraser. »
Une fille d’une quinzaine d’années s’exprimait plutôt sur son
vécu : « Je me suis mise à pleurer désespérément. Je me disais :
“Maman, sort moi d’ici !” Je voulais sortir et voir ma mère. Je me
disais : “S’il m’arrive quelque chose, elle va en mourir.” Et je ne
voulais pas qu’elle meure. Je devais sortir. Je ne pensais qu’à
elle. »
Alors qu’un garçon de treize ans exprimait l’horreur d’avoir été
pris pour mort : « J’étais en train d’écouter du rock, c’était la
fête, et dix minutes après, je me suis retrouvé par terre, à
l’extérieur, entouré de personnes mortes. On a cru que j’étais
mort, et on m’a mis parmi les corps. Je vais devenir dingue ! »
Et, pour une adolescente de seize ans, encore perplexe, la mort
qui se fait présente dans ce chaos est plutôt la sienne : « Je
tournais en rond, parce qu’il n’y avait pas de panneau de sortie de
secours. Soudain, j’ai entendu quelqu’un crier qu’il avait trouvé
une porte, j’essayais avec lui de l’ouvrir désespérément, mais elle
était fermée et je me brûlais, parce qu’elle était en fer. Donc
j’ai dû la lâcher. Là, je me suis dit, ça y est, c’est la fin… et
j’ai commencé à prier. Juste à ce moment-là, on a ouvert la porte,
j’ai vu une lumière et je me suis dit “qu’est ce que c’est ?
La sortie ou le ciel ?”. Je ne savais pas si j’étais morte ou
si j’allais sortir. Madame, je suis vivante, n’est-ce pas ? »
Tous les récits étaient imprégnés du sentiment d’irréalité, de
la violence du choc, de l’angoisse face à la mort imminente. Que
faire avec toutes ces émotions, tous ces vécus, toutes ces
souffrances inattendues ? Nous avons choisi comme technique
psychothérapeutique le débriefing psychologique, une technique de
prise en charge des personnes, victimes ou intervenants, ayant vécu
un événement potentiellement traumatique. Le but de telle
technique est de prévenir le développement d’un syndrome de stress
post-traumatique. Afin d’initier un processus d’affrontement
adéquat, le récit des victimes est écouté avec empathie en essayant
de structurer les différentes expériences et de nommer les émotions
qui sont exprimées, et en évitant des discussions intenses autour
des réactions à l’évitement, au risque d’augmenter la confusion.
Les victimes sont par ailleurs encouragées à mobiliser leur
réseau social et à être attentives à leurs situations et leurs
sentiments [2].
Après ces premières heures, qui nous ont donné plutôt
l’impression que plusieurs jours s’étaient écoulés, nous avons été
rejoints par une collègue, et cela a tout changé. Nous avons
commencé à travailler en équipe avec les autres médecins. Jamais il
n’y eut une demande si intense de prises en charge psychologique
venant des médecins alors qu’en même temps jamais autant de
psychologues n’ont manqué. Paradoxalement, nous éprouvions une
revalorisation de notre métier, alors que nous n’avons jamais été
aussi désorientés. Il nous a fallu travailler dans
l’improvisation et l’incertitude, mais aussi faire preuve de
créativité.
Malaise dans l’image
Nous avons été particulièrement marqués par le cas d’un garçon de
moins de quinze ans hospitalisé en soins intensifs. Il était
déjà 21 heures, et personne n’était venu pour lui. Son état
était critique, il était inconscient et son pronostic n’était pas
très bon. Un malaise gagnait toute l’équipe, car il était difficile
de voir ce garçon si isolé lutter pour survivre. Que pouvait-on
faire ? L’idée d’un des médecins de l’équipe a suscité une vive
controverse. Considérée par certains comme géniale, pour les autres
elle était totalement irresponsable. Elle a été soumise à la
décision de l’équipe qui a voté, et sa proposition fut retenue : le
garçon a été pris en photo et son image envoyée à une chaîne
d’information. Vingt minutes plus tard, la photo apparaissait sur
tous les écrans, et deux heures après sa mère était à ses côtés.
C’est dans un silence inhabituel pour la ville de Buenos Aires, que
le réveillon s’est terminé. La raison : le gouvernement de la
ville a interdit les spectacles et les feux d’artifice en signe de
deuil.
Nous avons pu travailler en tout moment avec le psychiatre chef
de service de psychiatrie de liaison, qui nous supervisait et qui
s’occupait de la prise en charge médicamenteuse. Les liens
thérapeutiques avec les patients hospitalisés, pas plus d’une
dizaine après le cinquième jour, se construisaient
progressivement.
Malaise dans le politique
Mais, une semaine plus tard, lors de la fin de la période des
vacances pour des nombreux soignants, une scène surréaliste s’est
répétée. Au moment d’arriver au lit du patient, celui-ci, nous
portant un regard plein d’étonnement, nous disait : « Il y a une
heure, une dame est venue se présenter comme ma nouvelle
psychologue. Vous n’allez plus vous occuper de moi ? » Cromañon est
devenu le « hit » de l’été que tout « psy » voulait avoir dans son
parcours clinique. Subitement, tous les secteurs appartenant au
service de psychopathologie se sont déclarés « responsables de la
prise encharge psychologique des victimes de Cromañón ».
Les victimes se sont transformées en une sorte de « trophée
professionnel » qui a déclenché des fortes rivalités au sein de
l’équipe de… santé mentale. Néanmoins, nous avons pu continuer à
travailler ensemble dans l’écoute des patients tout au long de
leurs hospitalisations. En règle générale, à leur sortie de
l’hôpital, sauf cas très particuliers, les jeunes étaient orientés
vers l’équipe qui s’occupait de la prise en charge psychologique
des adolescents.
Malheureusement, la rivalité ne s’est pas limitée aux différents
secteurs intégrant un même service. Une sorte de concurrence
interhospitalière s’est installée silencieusement. Les mots «
décès », « aggravation », « impuissance », sont devenus «
politiquement incorrects ». Il fallait plutôt parler de «
sorties de victimes de Cromañón », pas de morts. Tous les yeux du
pouvoir médiatique et politique étaient fixés sur les hôpitaux
s’occupant des survivants. À notre grande surprise, du matériel
médical jamais vu auparavant est apparu, mais réservé seulement aux
« patients de Cromañón », avecle rappel qu’il était spécialement
fourni par le gouvernement municipal. Il ne fallait surtout
pas augmenter la colère des familles envers monsieur le maire.
Peut-être une « prise en charge exceptionnelle » de la part des
hôpitaux publics adoucirait une rage croissante.
Conséquences politiques, sociales et subjectives
de l’événement Cromañón
Et pourtant, l’entreprise du gouvernement de la ville de dissuader
les familles de victimes, échoua. Le maire de Buenos Aires,
Anibal Ibarra, a été écarté de son poste le 14 novembre 2005,
après que l’organisation des familles et amis des victimes aient
réussi à le pourvoir en justice pour « mauvaise administration ».
Jamais dans l’histoire politique de la ville de Buenos Aires un
maire n’avait été destitué par le vote des législateurs. D’autre
part, Omar Chaban, propriétaire de la salle Républica de Cromañón a
été poursuivi et risque plus de vingt ans de prison pour « incendie
suivi de décès ». Pour leur part, les membres du groupe Callejeros,
en tant qu’organisateurs et responsables de la vente des entrées,
encourent le risque de subir la même peine sous les mêmes
accusations.
Enfin, la boîte de nuit República de Cromañon est passée de
salle de concert à lieu de mort tragique, pour finir en «
sanctuaire ». Quelques heures après cet enfer, des baskets, des
tee-shirts, des photos qui sont restés dispersés autour de la salle
brûlée, ont été lentement rassemblés. Plus tard des lettres, des
dessins et d’autres photos ont été rajoutées. Quelques jours après,
cet enfer au milieu du quartier de la gare de train de Once est
devenu spontanément un « sanctuaire » où les familles des victimes
se réunissent et partagent leur douloureuse incompréhension. Peu à
peu, cet espace s’est chargé de subjectivités et deuils collectifs.
Cette sorte de « sanctuaire » a permis d’ouvrir un espace
symbolique, de donner du sens à la violence, au vide, de
reconstruire quelque chose de ce qui a été détruit dans cette
tragédie. Cet endroit qui conserve la présence de ceux qui sont
partis ce soir-là, ce qui en quelque sorte, évite la
désintégration, et soutient une lutte collective pour que justice
soit faite.
Conclusion
Depuis la tragédie, plus de cinq ans se sont écoulés. Différentes
façons de nommer l’incompréhensible ont vu le jour. « Massacre de
Cromañón » est le terme choisi par les familles des victimes. Pour
eux, les responsables ont clairement tué avec sauvagerie et en
masse des êtres qui ne pouvaient pas se défendre [1]. À l’opposé,
le gouvernement municipal de ce moment-là préfère utiliser le mot «
accident ». De cette façon ils soulignent l’imprévisibilité de
l’événement, et par conséquence la non-responsabilité. Nous avons
été sensibles à la réflexion faite par la philosophe et sociologue
argentine, Maristella Svampa [6]. Pour elle l’événement Cromañón ne
peut pas être considéré comme une catastrophe au sens propre du
mot, car, même s’il présente un caractère collectif, il n’a pas été
marqué par l’intentionnalité des acteurs. Cromañón, selon l’auteur,
démasque un croisement pervers entre la précarité – en tant que
modèle généralisé des rapports sociaux – et l’exclusion de la
jeunesse, conçue comme une population résiduelle. L’événement
Cromañón dévoile une société où gouvernent les règles du jeu d’un
capitalisme « flexible » (du travail instable, des journées de
travail éternelles, de l’incertitude sur l’avenir) des règles
installées à partir des années 1990, avec la complicité des
fonctionnaires corrompus et des entrepreneurs trop soucieux de
leurs seuls bénéfices, ont abouti à la configuration d’une matrice
criminelle. Cromañón a révélé aussi les complicités des groupes de
pouvoir et la place réservée à la jeunesse populaire, dépouillée
des droits à la protection, à la sécurité, à la vie. Mais en même
temps, l’événement Cromañón a montré que face à la souffrance il
est possible encore uneréponse immédiate, solidaire et généreuse de
la part d’inconnus, de citadins ordinaires. Face à l’injustice, il
y a la lutte infatigable des familles, des amis, et d’une partie de
la population, qui ont réussi à mettre des limites au «
laissez-faire » politique et à restaurer la subjectivité sociale
face à l’horreur.
Maintenant, c’est à la justice de parler, en espérant des peines
justes qui ouvriraient les portes à une réparation symbolique
fondamentale pour les victimes. En espérant que la société commence
à générer des politiques qui contribuent à configurer une
conscience collective de prévention. Que le droit à la vie des
jeunes, et de tous soit respecté, valorisé. Que la corruption et
les négligences qui ont abouti à la perte de 194 vies soient
démantelées. Pour passer du souhait à l’acte : que justice soit
faite, qu’elle soit respectée et qu’elle ne soit pas oubliée.
Références
1 Abraham T, Bidonde H, Acuña C. Pensar Cromañón.
Debates a la orilla de la muerte joven : rock, política y derechos
humanos. Buenos Aires : Diego Rozengardt, 2009.
2 Brom D, Kleber RJ. Prevention of post-traumatic
stress disorders. Journal of Traumatic Stress 1989 ; 2 :
335-51.
3 « Los Mitos de Cromañon ». Que no se repita–Familiares de la
tragedia de cromañon- Août 2008.
<www.quenoserepita.com.ar>.
4 Iglesias J. Cromañón, 3 años de impunidad. Abogados :
Revista del Colegio Público de Abogados de la Capital Federal ; 95,
62-5.
5 Joubrell DI, Doucet C. L’intervention des cellules
d’urgence médicopsychologique : réflexions cliniques à partir de
l’expérience de la CUMP d’Ille-et-Vilaine (35). L’Information
psychiatrique 2008 ; 84 : 847-52.
6 Svampa M. Pensar Cromañon. Revista de Ciencias Sociales,
Realidad Económica, agosto 2008.
1 Le nom du groupe, Callejeros peut être
traduit par « Les Gens de la Rue ». C’est un groupe de rock and
roll de quartier, et les jeunes de classe plutôt populaire
revendiquent à travers eux l’appartenance à un groupe social, ainsi
qu’une culture commune.
2 Il se référait à l’incendie qui s’était
produit cinq mois auparavant dans un centre commercial, au
Paraguay, dans lequel trois cent soixante-quatorze personnes ont
trouvé la mort.
3 « La puerta de emergencia, una trampa
mortal », quotidien La Nación, 1er septembre
2008.
4 C. Galván, « Revelaciones sobre la
tragedia de Once », quotidien Clarín, 26 mars 2006.
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