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Témoignage sur l’événement Cromañón : victimes et assistance à Buenos Aires


l'Information Psychiatrique. Volume 86, Numéro 4, 317-21, avril 2010, Politique et subjectivité

DOI : 10.1684/ipe.2010.0618

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Cécile Stola , Psychologue clinicienne, Université de Buenos Aires ; Doctorante à l’Université de Caen, Basse-Normandie.

Résumé : Le soir du 30 décembre 2004, República de Cromañón, ancienne discothèque devenue salle de concert, en plein quartier commerçant de Once, à Buenos Aires, s’est transformée en un piège mortel où 194 personnes ont trouvé la mort. L’événement Cromañón a dévoilé une société où gouvernent les règles des fonctionnaires corrompus et des entrepreneurs trop soucieux de leurs seuls bénéfices, aboutissant à la configuration d’une matrice criminelle.

Mots-clés : incendie, victime, urgence medico-psychologique, traumatisme psychique, prise en charge, psychologue, survivant

ARTICLE

Auteur(s) : Cécile Stola

Psychologue clinicienne, Université de Buenos Aires ; Doctorante à l’Université de Caen, Basse-Normandie

Chronique de 194 morts annoncés

Le soir du 30 décembre 2004, Républica de Cromañón, ancienne discothèque devenue salle de concert, en plein quartier commerçant de Once, à Buenos Aires, s’est transformée en un piège mortel où 194 personnes – la quasi-totalité des adolescents – ont trouvé la mort, et dont d’autres centaines subissent encore des séquelles physiques ainsi que psychologiques. C’était une soirée de fête, la veille du Nouvel An, il faisait beau, il y avait du monde dans la rue, mais principalement des adolescents qui s’accumulaient à l’angle des rues Ecuador et Jean Jaurès. Ils étaient très excités : ils allaient au concert du groupe Callejeros1, un groupe de rock à la carrière ascendante. Partout où ils jouaient, des jeunes d’entre quatorze et vingt ans s’agglutinaient au pied de la scène. Une sorte de rituel avait été créé par ces fans pour les accueillir : une pluie de feux de Bengale et de feux d’artifice s’allumait dès que leurs silhouettes apparaissaient sur la scène. Les habitudes de matchs de football se sont mêlées à celle du rock : les drapeaux, les chants, les feux de Bengale. Mais Républica de Cromañón n’était pas un stade à ciel ouvert…

« Arrêtez avec les feux de Bengale, sinon nous allons tous finir comme au Paraguay2 », telle était la demande – prophétique – d’Omar Chaban, le propriétaire des lieux, aux 3 000 adolescents attroupés. En dépit de l’alerte du propriétaire et en dépit des fouilles réalisées à l’entrée, dès que les Callejeros sont entrés en scène, les feux de bengales ont jailli. Parmi les dizaines de feux que les jeunes ont allumé, un feu touche la toile qui recouvre le plafond et en moins de cinq minutes ce même toit devient un nuage de feu. Quelques secondes de silence, d’incompréhension, de surréalisme, et puis la panique. Le noir complet, les cris, la fumée noire épaisse qui émanait de l’incendie, l’angoisse pour trouver la sortie, le désespoir de la trouver fermée avec des chaînes et cadenas3. Effectivement la sortie de secours était soigneusement fermée pour éviter la resquille. Et dans la même logique sadique, les fenêtres qui figuraient sur le plan d’évacuation avaient été murées quelques mois auparavant [4]. L’impossibilité de se déplacer, la compression des uns contre lesautres, les chutes, les écrasements avaient leur cause : Républica de Cromañón était habilité pour accueillir 1 031 personnes. Mais, ce soir, il y en avait 2 8114.

L’organisation des secours au moment de l’incendie a été fortement incriminée au ministère de la Santé. Deux ambulances sont apparues quinze minutes après la première alerte. Encore quinze minutes plus tard, des renforts sont arrivés. Le nombre des tubes d’oxygène a été insuffisant, des survivants ont témoigné que, par moments, un tube d’oxygène devait être partagé à cinq. L’aide spontanée des inconnus des victimes et des anonymes a révélé a contrario le retard, l’inefficacité, l’incompétence de ceux qui devaient diriger et organiser les secours. Selon le groupe de parents des victimes de l’incendie, unies sous le nom Que no se repita [3], 40 % des personnes décédées ont perdu la vie en tentant de sauver d’autres jeunes. Des jeunes qui ont réussi à sortir de la salle sont retournés pour chercher des amis, des êtres chers, ou simplement des semblables.

Au fur et à mesure que les minutes passaient, les corps des jeunes décédés ont commencé à s’empiler dans un garage à côté de la boîte. Ce garage est tout de suite devenu une morgue improvisée. D’autres centaines de jeunes ont été orientés vers les hôpitaux les plus proches pour cause d’atteintes pulmonaires et de brûlures. La plupart étaient intoxiqués. Un de ces hôpitaux, était l’hôpital Rivadavia, où, au moment de la tragédie, nous travaillons en tant que psychologues stagiaires dans le service de psychopathologie, plus précisément dans le secteur de psychologie de liaison. Notre travail consistait essentiellement dans le suivi des patients hospitalisés dans les différents secteurs de l’établissement. Ces patients étaient atteints de pathologies médicales et avaient besoin d’un soutien psychologique. Cela se déroulait principalement dans les services de chirurgie, de médecine et de soins intensifs.

De la solitude face au chaos à l’invasion chaotique pour le butin Cromañón

Ce 31 décembre, c’était un jour férié, il faisait très chaud, et Buenos Aires était déserté. Plutôt disposés à trouver refuge dans un lieu frais, nous avons entendu à la radio une demande très alarmante adressée aux professionnels psychologues, par laquelle ils étaient priés de s’approcher des hôpitaux pour soutenir les victimes et les familles d’un incendie dans le quartier de Once. Cette alerte était principalement adressée aux psychologues exerçant dans les hôpitaux Ramos Mejía et Rivadavia. Après un instant d’hésitation, car environ une quarantaine de psychologues travaillaient dans ces institutions, nous nous sommes rendus sur place espérant nous intégrer à un travail d’équipe. Pourtant, il n’y avait personne. Le médecin des urgences, débordé, nous accueille par un « Enfin ! Merci d’être venu ! Nous avons énormément besoin de vous ! Il y a des jeunes en état de choc à l’unité des soins intensifs, en médecine, aux urgences, mais il faudrait s’occuper aussi de leurs familles, et des familles qui vont d’hôpital en hôpital pour trouver leurs proches, et… il faudrait s’occuper aussi de nous-mêmes ! ». Nous avons réalisé tout de suite que la situation était beaucoup plus dramatique que nous l’avions imaginé. Alors, par où commencer ? Tout semblait être un chaos.

Nous nous sommes occupés des plusieurs « tâches ».

L’accueil des proches

La première tâche que nous nous sommes fixée était d’accueillir les familles qui arrivaient pour chercher leurs fils et filles adolescents, les accompagner à l’unité de soins intensifs afin qu’ils puissent identifier si parmi les jeunes hospitalisés se trouvaient les leurs. Ces mères, pères, frères, sœurs, arrivaient avec la douloureuse frustration de ne pas avoir pu les trouver à l’hôpital Ramos Mejia, où sont allées la plupart des victimes étant l’hôpital le plus proche de la boîte de nuit, avec l’espoir infini de les retrouver dans cet établissement. Durant le trajet qu’il fallait faire pour aller jusqu’aux lits, ils me prenaient fortement le bras ou la main de manière spontanée. Une fois que nous étions devant le lit, la réaction était corporellement significative : si entre les tubes et les appareils se trouvaient leurs fils, leurs sœurs, leurs proches, qu’ils cherchaient désespérément, alors ils lâchaient nos bras pour nous prendre dans les leurs, en pleurant de soulagement.

En revanche, si malheureusement le visage de la victime n’était pas celui de leur proche, soudainement la pression qu’ils exerçaient sur nos mains se relâchait complètement, la frustration et la douleur éteignaient la force pendant quelques instants. Nous devions alors les accompagner à l’entrée de l’unité de soins intensifs, là où d’autres familles attendaient le même rituel, et leur expliquer à quels hôpitaux ils devaient ensuite se rendre, c’est-à-dire là où d’autres victimes avaient été transférés. Malheureusement les options étaient assez limitées. Le parcours continuait à l’hôpital Penna, puis à l’hôpital de Clínicas, et finalement, le destin le plus terrifiant : la morgue judiciaire, où plus de 180 corps attendaient d’être identifiés. Cette intervention se basait sur l’apport des informations pratiques. Afin de faire face aux difficultés d’ordre pratique, un ensemble d’informations sont fournies concernant les procédures à suivre afin d’obtenir divers types d’assistances [2].

Le soutien des survivants

Notre deuxième tâche consistait dans la prise en charge du soutien des survivants. Dès que nous nous présentions en tant que psychologue, ils exprimaient assez compulsivement l’horreur vécue quelques heures auparavant. C’est le « premier temps » distinguée dans la clinique du traumatisme « celui de la rencontre avec le réel du trauma, se caractérise par l’effroi. Il s’agit d’un temps de sidération et d’effraction de l’appareil psychique. C’est une temporalité de l’instant mais d’un instant qu’on n’oublie pas [5]. Voici quelques extraits des leurs récits.

Un jeune de 17 ans nous décrivait ainsi ce qu’il avait entendu : « J’entends encore les cris qui résonnent dans ma tête, “mon gars, demain c’est le Nouvel An, je veux sortir, j’ai des enfants”. Tout le monde criait, je ne pouvais pas bouger, les gens me marchaient dessus, je me suis fait écraser. »

Une fille d’une quinzaine d’années s’exprimait plutôt sur son vécu : « Je me suis mise à pleurer désespérément. Je me disais : “Maman, sort moi d’ici !” Je voulais sortir et voir ma mère. Je me disais : “S’il m’arrive quelque chose, elle va en mourir.” Et je ne voulais pas qu’elle meure. Je devais sortir. Je ne pensais qu’à elle. »

Alors qu’un garçon de treize ans exprimait l’horreur d’avoir été pris pour mort : « J’étais en train d’écouter du rock, c’était la fête, et dix minutes après, je me suis retrouvé par terre, à l’extérieur, entouré de personnes mortes. On a cru que j’étais mort, et on m’a mis parmi les corps. Je vais devenir dingue ! »

Et, pour une adolescente de seize ans, encore perplexe, la mort qui se fait présente dans ce chaos est plutôt la sienne : « Je tournais en rond, parce qu’il n’y avait pas de panneau de sortie de secours. Soudain, j’ai entendu quelqu’un crier qu’il avait trouvé une porte, j’essayais avec lui de l’ouvrir désespérément, mais elle était fermée et je me brûlais, parce qu’elle était en fer. Donc j’ai dû la lâcher. Là, je me suis dit, ça y est, c’est la fin… et j’ai commencé à prier. Juste à ce moment-là, on a ouvert la porte, j’ai vu une lumière et je me suis dit “qu’est ce que c’est ? La sortie ou le ciel ?”. Je ne savais pas si j’étais morte ou si j’allais sortir. Madame, je suis vivante, n’est-ce pas ? »

Tous les récits étaient imprégnés du sentiment d’irréalité, de la violence du choc, de l’angoisse face à la mort imminente. Que faire avec toutes ces émotions, tous ces vécus, toutes ces souffrances inattendues ? Nous avons choisi comme technique psychothérapeutique le débriefing psychologique, une technique de prise en charge des personnes, victimes ou intervenants, ayant vécu un événement potentiellement traumatique. Le but de telle technique est de prévenir le développement d’un syndrome de stress post-traumatique. Afin d’initier un processus d’affrontement adéquat, le récit des victimes est écouté avec empathie en essayant de structurer les différentes expériences et de nommer les émotions qui sont exprimées, et en évitant des discussions intenses autour des réactions à l’évitement, au risque d’augmenter la confusion. Les victimes sont par ailleurs encouragées à mobiliser leur réseau social et à être attentives à leurs situations et leurs sentiments [2].

Après ces premières heures, qui nous ont donné plutôt l’impression que plusieurs jours s’étaient écoulés, nous avons été rejoints par une collègue, et cela a tout changé. Nous avons commencé à travailler en équipe avec les autres médecins. Jamais il n’y eut une demande si intense de prises en charge psychologique venant des médecins alors qu’en même temps jamais autant de psychologues n’ont manqué. Paradoxalement, nous éprouvions une revalorisation de notre métier, alors que nous n’avons jamais été aussi désorientés. Il nous a fallu travailler dans l’improvisation et l’incertitude, mais aussi faire preuve de créativité.

Malaise dans l’image

Nous avons été particulièrement marqués par le cas d’un garçon de moins de quinze ans hospitalisé en soins intensifs. Il était déjà 21 heures, et personne n’était venu pour lui. Son état était critique, il était inconscient et son pronostic n’était pas très bon. Un malaise gagnait toute l’équipe, car il était difficile de voir ce garçon si isolé lutter pour survivre. Que pouvait-on faire ? L’idée d’un des médecins de l’équipe a suscité une vive controverse. Considérée par certains comme géniale, pour les autres elle était totalement irresponsable. Elle a été soumise à la décision de l’équipe qui a voté, et sa proposition fut retenue : le garçon a été pris en photo et son image envoyée à une chaîne d’information. Vingt minutes plus tard, la photo apparaissait sur tous les écrans, et deux heures après sa mère était à ses côtés. C’est dans un silence inhabituel pour la ville de Buenos Aires, que le réveillon s’est terminé. La raison : le gouvernement de la ville a interdit les spectacles et les feux d’artifice en signe de deuil.

Nous avons pu travailler en tout moment avec le psychiatre chef de service de psychiatrie de liaison, qui nous supervisait et qui s’occupait de la prise en charge médicamenteuse. Les liens thérapeutiques avec les patients hospitalisés, pas plus d’une dizaine après le cinquième jour, se construisaient progressivement.

Malaise dans le politique

Mais, une semaine plus tard, lors de la fin de la période des vacances pour des nombreux soignants, une scène surréaliste s’est répétée. Au moment d’arriver au lit du patient, celui-ci, nous portant un regard plein d’étonnement, nous disait : « Il y a une heure, une dame est venue se présenter comme ma nouvelle psychologue. Vous n’allez plus vous occuper de moi ? » Cromañon est devenu le « hit » de l’été que tout « psy » voulait avoir dans son parcours clinique. Subitement, tous les secteurs appartenant au service de psychopathologie se sont déclarés « responsables de la prise encharge psychologique des victimes de Cromañón ». Les victimes se sont transformées en une sorte de « trophée professionnel » qui a déclenché des fortes rivalités au sein de l’équipe de… santé mentale. Néanmoins, nous avons pu continuer à travailler ensemble dans l’écoute des patients tout au long de leurs hospitalisations. En règle générale, à leur sortie de l’hôpital, sauf cas très particuliers, les jeunes étaient orientés vers l’équipe qui s’occupait de la prise en charge psychologique des adolescents.

Malheureusement, la rivalité ne s’est pas limitée aux différents secteurs intégrant un même service. Une sorte de concurrence interhospitalière s’est installée silencieusement. Les mots « décès », « aggravation », « impuissance », sont devenus « politiquement incorrects ». Il fallait plutôt parler de « sorties de victimes de Cromañón », pas de morts. Tous les yeux du pouvoir médiatique et politique étaient fixés sur les hôpitaux s’occupant des survivants. À notre grande surprise, du matériel médical jamais vu auparavant est apparu, mais réservé seulement aux « patients de Cromañón », avecle rappel qu’il était spécialement fourni par le gouvernement municipal. Il ne fallait surtout pas augmenter la colère des familles envers monsieur le maire. Peut-être une « prise en charge exceptionnelle » de la part des hôpitaux publics adoucirait une rage croissante.

Conséquences politiques, sociales et subjectives de l’événement Cromañón

Et pourtant, l’entreprise du gouvernement de la ville de dissuader les familles de victimes, échoua. Le maire de Buenos Aires, Anibal Ibarra, a été écarté de son poste le 14 novembre 2005, après que l’organisation des familles et amis des victimes aient réussi à le pourvoir en justice pour « mauvaise administration ». Jamais dans l’histoire politique de la ville de Buenos Aires un maire n’avait été destitué par le vote des législateurs. D’autre part, Omar Chaban, propriétaire de la salle Républica de Cromañón a été poursuivi et risque plus de vingt ans de prison pour « incendie suivi de décès ». Pour leur part, les membres du groupe Callejeros, en tant qu’organisateurs et responsables de la vente des entrées, encourent le risque de subir la même peine sous les mêmes accusations.

Enfin, la boîte de nuit República de Cromañon est passée de salle de concert à lieu de mort tragique, pour finir en « sanctuaire ». Quelques heures après cet enfer, des baskets, des tee-shirts, des photos qui sont restés dispersés autour de la salle brûlée, ont été lentement rassemblés. Plus tard des lettres, des dessins et d’autres photos ont été rajoutées. Quelques jours après, cet enfer au milieu du quartier de la gare de train de Once est devenu spontanément un « sanctuaire » où les familles des victimes se réunissent et partagent leur douloureuse incompréhension. Peu à peu, cet espace s’est chargé de subjectivités et deuils collectifs. Cette sorte de « sanctuaire » a permis d’ouvrir un espace symbolique, de donner du sens à la violence, au vide, de reconstruire quelque chose de ce qui a été détruit dans cette tragédie. Cet endroit qui conserve la présence de ceux qui sont partis ce soir-là, ce qui en quelque sorte, évite la désintégration, et soutient une lutte collective pour que justice soit faite.

Conclusion

Depuis la tragédie, plus de cinq ans se sont écoulés. Différentes façons de nommer l’incompréhensible ont vu le jour. « Massacre de Cromañón » est le terme choisi par les familles des victimes. Pour eux, les responsables ont clairement tué avec sauvagerie et en masse des êtres qui ne pouvaient pas se défendre [1]. À l’opposé, le gouvernement municipal de ce moment-là préfère utiliser le mot « accident ». De cette façon ils soulignent l’imprévisibilité de l’événement, et par conséquence la non-responsabilité. Nous avons été sensibles à la réflexion faite par la philosophe et sociologue argentine, Maristella Svampa [6]. Pour elle l’événement Cromañón ne peut pas être considéré comme une catastrophe au sens propre du mot, car, même s’il présente un caractère collectif, il n’a pas été marqué par l’intentionnalité des acteurs. Cromañón, selon l’auteur, démasque un croisement pervers entre la précarité – en tant que modèle généralisé des rapports sociaux – et l’exclusion de la jeunesse, conçue comme une population résiduelle. L’événement Cromañón dévoile une société où gouvernent les règles du jeu d’un capitalisme « flexible » (du travail instable, des journées de travail éternelles, de l’incertitude sur l’avenir) des règles installées à partir des années 1990, avec la complicité des fonctionnaires corrompus et des entrepreneurs trop soucieux de leurs seuls bénéfices, ont abouti à la configuration d’une matrice criminelle. Cromañón a révélé aussi les complicités des groupes de pouvoir et la place réservée à la jeunesse populaire, dépouillée des droits à la protection, à la sécurité, à la vie. Mais en même temps, l’événement Cromañón a montré que face à la souffrance il est possible encore uneréponse immédiate, solidaire et généreuse de la part d’inconnus, de citadins ordinaires. Face à l’injustice, il y a la lutte infatigable des familles, des amis, et d’une partie de la population, qui ont réussi à mettre des limites au « laissez-faire » politique et à restaurer la subjectivité sociale face à l’horreur.

Maintenant, c’est à la justice de parler, en espérant des peines justes qui ouvriraient les portes à une réparation symbolique fondamentale pour les victimes. En espérant que la société commence à générer des politiques qui contribuent à configurer une conscience collective de prévention. Que le droit à la vie des jeunes, et de tous soit respecté, valorisé. Que la corruption et les négligences qui ont abouti à la perte de 194 vies soient démantelées. Pour passer du souhait à l’acte : que justice soit faite, qu’elle soit respectée et qu’elle ne soit pas oubliée.

Références

1 Abraham T, Bidonde H, Acuña C. Pensar Cromañón. Debates a la orilla de la muerte joven : rock, política y derechos humanos. Buenos Aires : Diego Rozengardt, 2009.

2 Brom D, Kleber RJ. Prevention of post-traumatic stress disorders. Journal of Traumatic Stress 1989 ; 2 : 335-51.

3 « Los Mitos de Cromañon ». Que no se repita–Familiares de la tragedia de cromañon- Août 2008. <www.quenoserepita.com.ar>.

4 Iglesias J. Cromañón, 3 años de impunidad. Abogados : Revista del Colegio Público de Abogados de la Capital Federal ; 95, 62-5.

5 Joubrell DI, Doucet C. L’intervention des cellules d’urgence médicopsychologique : réflexions cliniques à partir de l’expérience de la CUMP d’Ille-et-Vilaine (35). L’Information psychiatrique 2008 ; 84 : 847-52.

6 Svampa M. Pensar Cromañon. Revista de Ciencias Sociales, Realidad Económica, agosto 2008.

1 Le nom du groupe, Callejeros peut être traduit par « Les Gens de la Rue ». C’est un groupe de rock and roll de quartier, et les jeunes de classe plutôt populaire revendiquent à travers eux l’appartenance à un groupe social, ainsi qu’une culture commune.

2 Il se référait à l’incendie qui s’était produit cinq mois auparavant dans un centre commercial, au Paraguay, dans lequel trois cent soixante-quatorze personnes ont trouvé la mort.

3 « La puerta de emergencia, una trampa mortal », quotidien La Nación, 1er septembre 2008.

4 C. Galván, « Revelaciones sobre la tragedia de Once », quotidien Clarín, 26 mars 2006.


 

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