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Dans ce numéro, on trouvera tout aussi bien l’abord des
relations entre la douleur et la souffrance ; la douleur comme
éprouvé du narcissisme et sa négation par volonté, indifférence ou
stratégie d’abandon du soi dans les pathologies psychotiques.
La psychiatrie a connu un monde donné où de part et d’autre – le
patient et l’environnement asilaire – tout était construit autour
de l’abandon de soi et plus généralement de la subjectivité
L’ambiance de ce milieu n’étant pas seulement répressive ou
sécuritaire, elle favorisait les alternatives d’oubli de soi, de
désubjectivation. Le terme générique transnosographique que
l’on peut retenir chez les premiers aliénistes est celui de «
dépersonnation », car il présente bien un sujet diminué, un sujet
qui se nomme « personne » dans les délires de négation.
Cela signifie que les prises en charge et les thérapeutiques ont
progressé, et que les algies réapparaissent chez le sujet
repersonnalisé. Cela signifie aussi que nos patients souffrent d’un
corps soumis aux aléas d’une existence difficile.
Un des aspects des changements opérés dans la prise en charge de
ces dernières années aura été une attention nouvelle portée au
corps des patients. Les polypathologies et les comorbidités
sont très fortement représentées, dues notamment aux modes de vie
précaires. La durée de la vie est réduite de manière très
significative (environ 15 ans chez les patients
schizophrènes).
Dans ce cadre, l’amélioration du traitement des psychoses
signifie que le patient a moins recours à des solutions de
dépersonnation et de silence sur sa douleur, même s’il existe moins
de mots pour la décrire.
Sont alors discutés des traitements adéquats, y compris par un
psychodysleptique majeur : la morphine, autrefois considérée comme
« délirogène ».
Dans les rapports entre douleur et dépression, il faut se méfier
de la médicalisation du tout-venant de la plainte, notamment de la
plainte névrotique. On connaît la facilité de prescription des
pilules désinhibitrices en médecine générale, malheureusement
renforcée par une campagne récente (et gouvernementale) marquée
surtout par un bonimentage complaisant.
Tout cela montre que l’algie, la douleur et la souffrance sont
des analyseurs du système de soins, mais aussi des symptômes à
valeur anthropologique pesante.
Il faut donc un effort particulier pour que soit reconnu le
corps qui souffre et qu’on sorte une stratégie thérapeutique
adéquate.
C’est à cela que ce numéro de l’Information Psychiatrique
voudrait contribuer.
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