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Algies, douleurs, souffrances


l'Information Psychiatrique. Volume 85, Numéro 4, avril 2009, Avant-propos

DOI : 10.1684/ipe.2009.0486


ARTICLE

Auteur(s) :

Dans ce numéro, on trouvera tout aussi bien l’abord des relations entre la douleur et la souffrance ; la douleur comme éprouvé du narcissisme et sa négation par volonté, indifférence ou stratégie d’abandon du soi dans les pathologies psychotiques.

La psychiatrie a connu un monde donné où de part et d’autre – le patient et l’environnement asilaire – tout était construit autour de l’abandon de soi et plus généralement de la subjectivité L’ambiance de ce milieu n’étant pas seulement répressive ou sécuritaire, elle favorisait les alternatives d’oubli de soi, de désubjectivation. Le terme générique transnosographique que l’on peut retenir chez les premiers aliénistes est celui de « dépersonnation », car il présente bien un sujet diminué, un sujet qui se nomme « personne » dans les délires de négation.

Cela signifie que les prises en charge et les thérapeutiques ont progressé, et que les algies réapparaissent chez le sujet repersonnalisé. Cela signifie aussi que nos patients souffrent d’un corps soumis aux aléas d’une existence difficile.

Un des aspects des changements opérés dans la prise en charge de ces dernières années aura été une attention nouvelle portée au corps des patients. Les polypathologies et les comorbidités sont très fortement représentées, dues notamment aux modes de vie précaires. La durée de la vie est réduite de manière très significative (environ 15 ans chez les patients schizophrènes).

Dans ce cadre, l’amélioration du traitement des psychoses signifie que le patient a moins recours à des solutions de dépersonnation et de silence sur sa douleur, même s’il existe moins de mots pour la décrire.

Sont alors discutés des traitements adéquats, y compris par un psychodysleptique majeur : la morphine, autrefois considérée comme « délirogène ».

Dans les rapports entre douleur et dépression, il faut se méfier de la médicalisation du tout-venant de la plainte, notamment de la plainte névrotique. On connaît la facilité de prescription des pilules désinhibitrices en médecine générale, malheureusement renforcée par une campagne récente (et gouvernementale) marquée surtout par un bonimentage complaisant.

Tout cela montre que l’algie, la douleur et la souffrance sont des analyseurs du système de soins, mais aussi des symptômes à valeur anthropologique pesante.

Il faut donc un effort particulier pour que soit reconnu le corps qui souffre et qu’on sorte une stratégie thérapeutique adéquate.

C’est à cela que ce numéro de l’Information Psychiatrique voudrait contribuer.


 

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