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Intérêt de l’aripiprazole dans la dissociation psychique du jeune enfant : revue de la littérature, indication ciblée, intérêt thérapeutique à propos de 8 cas


l'Information Psychiatrique. Volume 84, Numéro 7, 661-6, Septembre 2008, la prescription chez l’enfant et l’adolescent

DOI : 10.1684/ipe.2008.0374

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Michel Boublil, Aurélie Bernard, Vincent Bobiller , Fondation Lenval pour enfants, 57, avenue californie, 06200 Nice.

Résumé : Les thérapeutiques médicamenteuses sont peu nombreuses dans le traitement des pathologies psychotiques de l’enfant. La plupart sont sédatives et peu semblent agir sur le noyau psychotique que représente la dissociation psychique dont découlent la plupart des manifestations observables. En nous appuyant sur une revue de la littérature et à l’aide de 8 cas cliniques observés dans notre service, nous avons souhaité souligner l’intérêt de l’utilisation de l’aripiprazole chez l’enfant de moins de 13 ans sur les symptômes issus de la dissociation, rebelles à tout autre traitement neuroleptique ou antipsychotique et empêchant une réinsertion familiale ou scolaire, ce qu’a permis dans 6 cas sur 8 l’aripiprazole en monothérapie.

Mots-clés : aripiprazole, dissociation, enfant, monothérapie, réinsertion

ARTICLE

Auteur(s) : Michel Boublil, Aurélie Bernard, Vincent Bobiller

Fondation Lenval pour enfants, 57, avenue californie, 06200 Nice

Introduction

La mise sur le marché en 2002 d’une nouvelle molécule antipsychotique destinée à l’adulte suscite l’intérêt des pédopsychiatres qui, pour certains d’entre eux, se sont habitués à prescrire hors Autorisation de mise sur le marché dans l’intérêt d’un enfant qui est au bout de toute solution thérapeutique.

Nous sommes parfois confrontés à des impasses thérapeutiques en raison de la persistance de troubles empêchant toute réinsertion sociale, scolaire et parfois même familiale, obligeant l’enfant à rester dans une unité temps plein parfois pendant un temps très long avant qu’une orientation médico-sociale (institut médico-éducatif, institut thérapeutique éducatif et pédagogique) ou qu’une réintégration en milieu familial ne puisse se mettre en place. L’inefficacité des traitements et la persistance des troubles laissent souvent l’enfant dans un état qui se chronicise à un niveau de « fonctionnement » insatisfaisant pour s’adapter à son univers social, scolaire et familial.

Il y a un intérêt croissant pour la prescription de l’aripiprazole chez des enfants ayant une schizophrénie ou un trouble schizoaffectif. Chez l’adulte, cette molécule a montré une efficacité similaire aux antipsychotiques classiques et atypiques mais avec des effets secondaires différents et moins fréquents.

À ce jour, il n’existe que peu d’informations dans la littérature sur l’utilisation pédiatrique de l’aripiprazole.

En 2003, Findling et al. [1] ont publié une étude contrôlée de l’utilisation de l’aripiprazole chez 12 enfants (de 6 à 12 ans) et 11 adolescents (de 13 à 17 ans) ayant un trouble des conduites. Une amélioration a été montrée dans les 2 groupes sur les échelles de la RAAPP (Rating of Agression Against People/or Property) et de la CGI (Clinical, Global Impressions). Il n’y avait aucun effet secondaire sévère et aucun patient n’a arrêté le traitement. Les auteurs ont conclu que l’aripiprazole semblait bénéfique dans la réduction des comportements agressifs chez des enfants et adolescents ayant un trouble des conduites.

En 2004 Stigler et al. [2] ont étudié l’efficacité et la tolérance de l’aripiprazole dans le traitement de 5 enfants et adolescents (de 5 à 18 ans) ayant un trouble envahissant du développement avec troubles du comportement associés. L’expérience suggère que l’aripiprazole est potentiellement efficace et bien toléré pour le traitement des symptômes comportementaux chez ces enfants.

Dans deux études datant de 2004 et 2005, Barzman et al. [3] et Biederman et al. [4] suggèrent que l’aripiprazole peut être efficace pour le traitement d’enfants et adolescents ayant un trouble bipolaire, avec également une bonne tolérance.

Enfin, en 2004 Murphy et al. [5] ont étudié le traitement par l’aripiprazole chez 6 enfants (de 8 à 16 ans) ayant un syndrome de Gilles de La Tourette ou un TOC avec des résultats positifs en termes d’efficacité et de tolérance.

Toutes ces études insistent néanmoins sur l’intérêt de mener davantage d’essais cliniques contrôlés pour déterminer scientifiquement l’efficacité et la tolérance de l’aripiprazole dans la population pédiatrique.

Méthode

L’étude porte sur 8 enfants (1 fille et 7 garçons) de moins de 13 ans hospitalisés dans l’unité temps plein (6 enfants) ou suivis en ambulatoire (2 enfants) dans un service de pédopsychiatrie à la Fondation Lenval à Nice. Il s’agit d’un service comportant 9 lits d’hospitalisation destinés aux enfants du département des Alpes-Maritimes et de la Corse (seul service pédopsychiatrique accueillant les moins de 13 ans dans le département).

L’indication d’hospitalisation a lieu au terme de nombreux essais de maintien de l’enfant à domicile ou dans son foyer avec l’aide des structures médico-psycho-sociales du département. C’est en général l’aboutissement d’échecs successifs de suivis, pour de multiples raisons tenant à la pathologie de l’enfant ou de sa famille et/ou à son environnement qui crée les conditions de l’hospitalisation. Les enfants hospitalisés ont pour la plupart d’entre eux déjà reçu un traitement psychotrope soit antipsychotique type cyamémazine (Tercian)/lévompéromazine (Nozinan)/rispéridone (Risperdal), soit antidépresseur type sertraline (Zoloft), soit thymorégulateur type carbamazépine (Tégrétol).

Les critères d’inclusion dans notre étude sont :

  • enfant en bonne santé physique, ECG normal, bilan biologique normal ;
  • souffrant de trouble psychotique ;
  • subissant une désinsertion sociale, scolaire et familiale ;
  • hospitalisé à temps plein dans notre unité ou suivi régulièrement en ambulatoire ;
  • ayant déjà reçu 1 à 2 psychotropes successifs inefficaces à doses suffisantes ;
  • subissant des effets secondaires des traitements préconisés antérieurement ;
  • se trouvant en situation de ne pouvoir être réinséré en l’état actuel dans leur école, famille ou institution étant donné les troubles du comportement, leur trouble de la personnalité (où prédomine la dissociation) ;
  • l’accord écrit des parents.

Les critères d’exclusion comprennent :

  • désaccord des parents ;
  • contre-indication médicale (éléctocardiographique ou biologique) au traitement neuroleptique ;
  • enfant n’ayant jamais reçu de traitement psychotrope avant la mise en place du traitement par l’aripiprazole ;
  • l’absence de syndrome dissociatif ;

Une fiche de recueil de données pour le protocole Abilify® est remplie pour chaque patient (ci-jointe).

Le traitement est donné en monothérapie, sauf pour le cas 6. Il n’y a pas de fenêtre thérapeutique lors du changement de molécule. Un traitement « si besoin » est prescrit pour chaque enfant, en cas d’agitation ou d’anxiété. La dose initiale d’Abilify® est de 5 mg/j, augmentée à 10, voire 15 mg/j au bout de 5 jours si la tolérance le permet. En cas d’effet indésirable, la dose est diminuée. En cas de fièvre, le traitement est arrêté.

Les enfants hospitalisés sont observés quotidiennement dans le service et ceux suivis en ambulatoire sont vus régulièrement en consultation (tous les 15 jours). Pour apprécier l’évolution de la pathologie, l’observance ainsi que la tolérance, après la mise en place de ce traitement.

Les critères principaux d’évaluation ont été :

  • possibilité de sortie du service avec retour à domicile ;
  • réinsertion scolaire en milieu normal ou spécialisé ;
  • retour en famille/famille d’accueil/foyer ou dans leur institution de départ de façon définitive ;
  • absence de crises clastiques (nécessitant le recours au traitement « si besoin ») ;
  • disparition de la dissociation ou des hallucinations ;
  • mieux-être exprimé par l’enfant, sa famille, l’équipe soignante ;
  • reprise de la capacité à apprendre, suivre une scolarité ;
  • amélioration à la RAPP et la CGI.

Résultats

Chaque cas est rapporté dans une courte observation clinique puis dans le tableau 1 ci-joint.

Cas clinique n° 1

Ange est un pré adolescent de 11 ans qui intègre le service pour troubles des conduites : passages à l’acte impulsifs, intolérance à la frustration, comportement psychopathique. Il n’y a pas d’hallucinations rapportées. Les épreuves projectives mettent en évidence un trouble grave de la personnalité avec des mécanismes de défense archaïques. Un premier traitement par cyamemazine permet d’observer un apaisement d’Ange, constaté également par sa famille : l’enfant gère correctement la frustration, il se soumet à l’autorité, est capable de verbaliser ses angoisses. Cependant une recrudescence des troubles survient après 6 mois de traitement. Le traitement par cyamemazine est stoppé. L’aripiprazole est alors mis en place en monothérapie à 10 mg/jour. Lors des 2 premières semaines de traitement, on constate la présence de céphalées et de vomissements. Ces troubles sont contemporains d’un syndrome anxieux sévère déjà présent avant la mise en place du traitement par aripiprazole. Une fenêtre thérapeutique de 4 jours est réalisée avec réaugmentation progressive de doses par palier de 5 mg. Les effets secondaires disparaissent. Après 7 semaines de traitement par aripiprazole seul, Ange est un enfant calme, coopérant, obéissant, capable de verbaliser ses angoisses. Le projet immédiat est la réintégration scolaire en milieu spécialisé où il est toléré.

Tableau 1 

Cas n°

ÂGE

POIDS

  • Diagnostic
  • CIM 10


  • Trt antérieur
  • (posologie et durée)
  • Effets secondaires


  • Trt par ABILIFY (posologie et durée)
  • Effets secondaires


  • Échelle
  • CGI


Échelle PANNS Score total (avant/après)

1

11 ans

32 kg

F91.1

  • TERCIAN
  • 60 mg/j 6 mois
  • Énurésie


  • 10 mg/j
  • 17 semaines
  • Vomissements


  • Fortement améliorée
  • ↓crises clastiques


76/51

2

8 ans

69 kg

F84.3

  • NOZINAN
  • 80 mg/j 3 mois
  • Prise de poids


  • 15 mg/j
  • 14 semaines
  • Aucun


  • Très fortement améliorée
  • ↓crises clastiques


102/58

3

8 ans

44 kg

F84.8

  • SOLIAN
  • 100 mg/j 9 mois
  • RISPERDAL 1,5 mg/j 8 mois
  • Prise de poids


  • 10 mg/j
  • 20 semaines
  • Aucun


Non améliorée

65/65

4

9 ans

33 kg

F84.8

  • RISPERDAL 1,5 mg/j 27 mois
  • Énurésie


  • 10 mg/j
  • 23 semaines
  • Aucun


  • Fortement améliorée
  • ↓ comportements inadaptés


110/63

5

10 ans

35 kg

F91.1

  • RISPERDAL 4 mg/j 6 semaines
  • Aucun


  • 10 mg/j
  • 19 semaines
  • Aucun


  • Fortement Améliorée
  • ↓agitation


108/76

6

8 ans

29 kg

F84.8

  • RITALINE 40 mg/j 1 mois
  • RISPERDAL 1 mg/j 1 mois
  • SOLIAN 100 mg/j 4mois
  • Aucun


  • 10 mg/j
  • 26 semaines
  • En association avec TEGRETOL LP 400mg/j
  • Nausées


  • Fortement améliorée
  • ↓agitation et hallucinations


118/58

7

12 ans

55 kg

F84.1

  • RISPERDAL
  • 4 mg/j et NOZINAN 90 mg/j
  • 14 mois
  • Gynécomastie
  • ZYPREXA 25 mg/j 2 mois
  • Prise de poids


  • 15 mg/j
  • 14 semaines
  • Aucun


Non améliorée

122/117

8

11 ans

40 kg

F84.5

  • RISPERDAL 2,5 mg/j 30 mois
  • TERCIAN 40 mg/j 36 mois
  • ↑agitation


  • 5 mg/j
  • 12 semaines
  • Désaffectisation


Très fortement améliorée

139/61

Cas clinique n° 2

Le petit Vincent a 8 ans lorsqu’il intègre le service temps plein pour crises d’agitation et menaces suicidaires. Il pèse 65 kg à son arrivée et nous est adressé par l’établissement spécialisé où il subit une cure d’amaigrissement. Les troubles psychiatriques sont présents chez lui depuis l’âge de 3 ans. Il présente de graves difficultés d’individuation, une forte angoisse de mort. À plusieurs reprises, il exprime des hallucinations auditives, un syndrome dissociatif. On évoque le diagnostic de psychose symbiotique. Plusieurs traitements ont été tentés : avant l’hospitalisation il avait reçu un traitement par carbamazépine et sertraline, sans amendement des troubles. La mise en place en monothérapie de lévomépromazine jusqu’à 80 mg/jour n’a que temporairement soulagé le patient. Ce traitement a été poursuivi 3 mois avec une prise de 3 kg supplémentaires, et la persistance des crises clastiques. L’aripiprazole est alors institué à la dose de 15 mg par jour en monothérapie après réduction progressive jusqu’à suppression de la lévomépromazine sur 2 semaines. Après 4 semaines de traitement, les crises clastiques disparaissent lui permettant ainsi de quitter le service et de réintégrer sa famille. Vincent contrôle mieux son appétit et perd 1 kg pendant le premier mois de traitement. Il n’a pas été réhospitalisé au temps plein depuis plusieurs mois. Lors du suivi ambulatoire mis en place à sa sortie il dit cependant qu’un seul oubli de son traitement entraîne la réapparition des hallucinations auditives.

Cas clinique n° 3

Félicie est une petite fille âgée de 8 ans. Elle présente des troubles du comportement depuis l’âge de 4 ans à type d’angoisse de mort. Elle est hospitalisée en unité temps plein pendant 6 mois où elle reçoit un traitement par thymorégulateur puis neuroleptiques avec deux molécules différentes (amisulpride et risperidone) pendant plus de 4 mois. Aucune amélioration n’est constatée : Félicie présente un syndrome dissociatif non régressif. Afin de réaliser une prise en charge optimale, on décide de l’adresser à l’hôpital de jour (HDJ) de secteur. Par ailleurs, sous neuroleptiques on remarque un ralentissement psychique ainsi qu’une prise de poids importante (+ 8 kg sur 6 mois). De plus, son état s’aggrave sous traitement : elle présente un retrait majeur et refuse de poursuivre la prise en charge instituée à l’HDJ, elle est déscolarisée. Une réhospitalisation s’avère indispensable 3 mois après sa sortie du service temps plein. Le traitement neuroleptique est interrompu et l’aripiprazole est mis en place à la dose de 10 mg par jour. Le syndrome dissociatif s’atténue mais apparaît cependant une tristesse de l’humeur sans éléments suicidaires. L’importance de l’apragmatisme ne permet pas de réinsertion sociale ni scolaire à ce jour, après 5 mois de traitement par aripiprazole.

Cas Clinique n° 4

Le petit Nino a 9 ans. Il est pris en charge en HDJ psychiatrique depuis 3 ans pour dysharmonie psychotique et a déjà reçu plusieurs traitements neuroleptiques : amisulpride pendant 1 semaine seulement car le syndrome dissociatif s’est trouvé aggravé sous traitement, et risperidone en monothérapie où une énurésie secondaire nocturne est constatée. Le traitement par risperidone est administré pendant près de 27 mois. Nino doit alors être hospitalisé car son comportement redevient inadapté : syndrome dissociatif avec dépersonnalisation malgré une observance correcte du traitement. Lors de l’hospitalisation, l’aripiprazole est mis en place à la dose de 10 mg/j en monothérapie. 3 mois après le début du traitement, l’équipe soignante de l’HDJ et la famille de Nino sont unanimes quant à l’amélioration clinique. La dissociation a disparu et Nino a retrouvé son autonomie. Le résultat ici est d’autant plus remarquable que cet enfant hospitalisé de manière répétée à temps plein ne l’est plus depuis la mise en place de l’aripiprazole.

Cas clinique n° 5

Jérémie est hospitalisé en urgence car sa famille est dépassée. À 10 ans, il présente un comportement psychopathique : il a changé 6 fois d’école à cause de ses troubles du comportement et a récemment mis le feu au domicile. Il est suivi en ambulatoire par un pédopsychiatre qui a tenté de mettre en place un traitement par risperidone pendant 6 semaines, sans aucune amélioration clinique. Dans le service, Jérémie se montre insolent et agité. Il tente quotidiennement d’enfreindre les règles établies et n’entre en interrelation avec ses pairs que par la provocation ou la violence Les capacités d’élaboration sont pauvres. Pour tenter de l’apaiser, on met en place un traitement par lévomépromazine mais la dose de 2 mg/kg/jour est rapidement atteinte en moins de 2 semaines, sans amendement des troubles. L’aripiprazole institué en monothérapie à 10 mg/jour permet d’envisager la sortie du service après 3 semaines de traitement : l’agitation demeure mais reste cependant canalisable, sans utilisation du traitement « si besoin ». Jérémie peut enfin réintégrer son domicile et son établissement scolaire. Il continue d’être suivi en ambulatoire.

Cas clinique n° 6

Le cas de Rodolphe est plus complexe. Il n’a que 8 ans mais présente des troubles psychiatriques divers depuis sa petite enfance : troubles obsessionnels compulsifs (TOC), agitation psychomotrice, périodes d’hyperactivités, syndrome dissociatif et hallucinations accoustico-verbales. À 8 ans, il a tenté de se suicider à plusieurs reprises. Il a bénéficié de plusieurs traitements différents : méthylphénidate pendant 1 mois, rispéridone pendant 1 mois, amisulpride pendant 4 mois et sertraline pendant 2 mois, en vain. Le diagnostic de trouble bipolaire a finalement été évoqué. Aucune amélioration n’a été constatée et la prise en charge en HDJ a dû être interrompue à cause de la désorganisation psychique majeure. Il a bénéficié en unité temps plein d’un traitement associant aripiprazole à la dose de 10 mg/jour et carbamazépine LP à la dose de 400 mg/j. Le traitement par carbamazépine a été instauré comme normo-thymique. En 6 semaines les TOC, hallucinations et crises clastiques ont cessé permettant la réintégration de l’HDJ et le maintien à domicile.

Cas clinique n° 7

Harry est un jeune garçon de 12 ans, souffrant de troubles autistiques, sans langage. Il présente progressivement des troubles du comportement invalidants à type de crises clastiques associant cris, hurlements, pleurs, automutilation, agitation, hétéroagressivité, sans facteur déclenchant. Par ailleurs, il présente des crises douloureuses abdominales, dont le bilan somatique complet est revenu négatif. La prise en charge éducative au sein de l’institution où il est pris en charge s’avère compromise en raison de l’aggravation des troubles du comportement. Plusieurs traitements se sont succédés en vue d’apaiser l’enfant : rispéridone 4 ml/jour pendant 3 mois avec prise de 8kg, lévomépromazine jusqu’à 90 mg/jour puis olanzapine 25 mg/mois, sans succès. L’aripiprazole a alors été institué en monothérapie en ambulatoire à la dose de 15mg/jour. Après 3 mois, le traitement est suspendu car aucune efficacité sur les troubles du comportement n’a été constatée. Chez cet enfant, l’aripiprazole a été trop peu efficace sur une angoisse très massive.

Cas clinique n° 8

Mike est suivi depuis l’âge de 3 ans pour retard de langage, retrait autistique et troubles du comportement à type de d’hétéroagressivité et agitation. Il ne présente pas de retard cognitif. Il est actuellement âgé de 11ans et est suivi en psychothérapie sur le centre médico-psychologique de secteur. Il a présenté à plusieurs reprises des épisodes d’angoisse accompagnée d’éléments de dépersonnalisation. Afin d’apaiser ses symptômes un traitement par risperidone à la dose de 2ml/jour a été mis en place pendant près de 2 ans et demi, avec cyamémazine lors des recrudescences anxieuses. Devant la persistance de l’agitation l’aripiprazole a été proposé en monothérapie à la dose de 10 mg/ jour. Une désaffectisation est rapportée par la mère après plusieurs semaines de traitement obligeant à une modulation de posologie : diminution et maintien à 5 mg/jour. Sa réintégration scolaire est de bonne qualité. Avec un recul de plus de 4 mois de traitement, on peut être satisfait de l’amélioration clinique.

Discussion

L’aripiprazole est un antipsychotique atypique ayant un profil d’action unique dans cette classe de médicament. Il module le système dopaminergique et sérotoninergique. C’est un agoniste partiel des récepteurs dopaminergiques D2 et sérotoninergiques 5-HT1a, et un antagoniste des récepteurs 5-HT2. C’est-à-dire que sous condition hyper dopaminergique, il agit comme un antagoniste du récepteur D2, ce qui explique son « efficacité sur la réduction de la symptomatologie négative et favorisant le fonctionnement cognitif » (Marder et al. 2003 [6], Levoyer et al. 2007 [7]).

Les effets indésirables classiques des antipsychotiques sont peu fréquents (symptômes extrapyramidaux, dyskinésies tardives, prise de poids, somnolence, hyperprolactinémie, allongement du QT, hyperglycémie, hyperlipidémie). Les effets secondaires les plus fréquents de l’aripiprazole sont : céphalées (31 %), agitation (25 %), anxiété (20 %), insomnie (20 %), nausées (16 %), dyspepsie (15 %), somnolence (12 %), akathisie (12 %), photophobie (11 %), vomissements (11 %), constipation (11 %). Plus rarement, on peut observer : asthénie (8 %), symptômes extrapyramidaux (6 %), myalgies (4 %), tremblements (4 %), rhinite/pharyngite (4 %), hypersialorrhée (3 %), toux (3 %), HTA ou hTO (1-2 %) [8].

L’incidence du syndrome malin des neuroleptiques avec l’aripiprazole est bien plus faible qu’avec les neuroleptiques classiques. L’effet de l’aripiprazole sur le seuil épileptogène chez les patients épileptiques n’a pas été étudié. La faible incidence des symptômes extrapyramidaux et d’hyperprolactinémie peut être le résultat de l’activité agoniste partielle sur le récepteur D2.

Mais toutes ces données intéressantes pour un pharmacologue sont secondaires pour un clinicien qui s’intéresse à des résultats visibles dans la pratique.

Chez tous les enfants du service ayant reçu de l’aripiprazole, aucun effet indésirable sévère n’a été observé. Cette particularité fait de l’Abilify un traitement intéressant chez l’enfant. Deux patients se sont plaints de troubles digestifs à type de nausées avec quelques vomissements et des douleurs abdominales en début de traitement. Une réduction de la posologie de 10 à 5 mg par jour chez un d’entre eux a permis de réduire ces effets secondaires. Un effet « éteignoir » (trop calme) a cédé par la réduction de la posologie de 10 à 5 mg. Sur les 8 enfants ayant bénéficié du traitement, l’aripiprazole s’est montré inefficace chez 2 de ces enfants. On n’a noté chez ces 2 patients aucune amélioration clinique ; chez un de ces enfants, qui présentait surtout des troubles de la personnalité à type de schizophrénie, le traitement n’a pas eu d’effet sur ces troubles et notamment sur l’apragmatisme qui était chez lui important. Le deuxième enfant avait une pathologie plutôt autistique et l’aripiprazole n’a pas permis de réduire les troubles de façon significative par rapport aux traitements antérieurs en raison d’une sédation insuffisante de l’angoisse par rapport au Risperdal qu’il avait auparavant à très forte dose avec beaucoup d’effets secondaires.

Conclusion

S’il manque encore des informations et des études contrôlées à propos de l’utilisation pédiatrique de l’aripiprazole, les observations faites dans cette étude nous ont permis de mettre en évidence une certaine efficacité de ce nouvel antipsychotique. L’aripiprazole chez certains enfants a permis de réduire remarquablement l’agitation et les crises clastiques, la dissociation intellectuelle et affective et d’améliorer le contact qui était souvent pauvre avant traitement. Chez ces enfants, l’aripiprazole avait une action surtout sur les troubles du comportement, mais également sur les symptômes de la lignée psychotique.

Lors de la discussion, un impact particulier sur la dissociation (définie ici comme d’importantes difficultés à la cohérence et à la continuité de la pensée de l’enfant) a été noté, dont la reproductibilité devra être confirmée par un échantillon plus grand.

Informations concernant l’Abilify® :

  • médicament n’ayant pas l’AMM en France au-dessous de 18 ans mais déjà prescrit à des centaines d’enfants aux USA ;
  • décision médicale de prescription à l’enfant ;
  • indications : bipolarité/TED/schizophrénie/manie/agressivité pathologique ;
  • l’Abilify® est donné en monothérapie ;
  • le délai d’action est de 4 à 6 semaines ;
  • la dose habituelle est de 5 à 20 mg/j (comprimés à 5 mg et 10 mg) ;
  • arrêt immédiat du traitement en cas de fièvre.

Informations concernant l’enfant :

Conditions préalables à l’essai :

□ Essai prolongé de 2 psychotropes inefficaces :

Nom : Nom :

Posologie : Posologie :

Durée du traitement : Durée du traitement :

□ Notation des effets secondaires éventuels de ces psychotropes :

-

-

□ Accord des parents

Conditions au cours de l’essai :

Surveillance régulière de : tension artérielle, pouls, poids, température, ECG

□ Notation des effets secondaires dus à l’Abilify® avec dates de début et de fin :

  • Céphalées : – Nausées :
  • Insomnie : – Vomissements :
  • Somnolence : – Constipation :
  • Agitation : – Prise de poids :
  • Anxiété : – Hyperphagie :

□ Notation de l’efficacité du traitement selon 3 échelles : CGI, PANSS et RAAPP

Références

1 Findling RL, et al. Dosing of atypical antipsychotics in children and adolescents. J Clin Psychiatry 2003 ; 5 : 10-3.

2 Stigler KA, et al. Aripiprazole for maladaptive behavior in pervasive developmental disorder. J Child Adolesc Psychopharmacol 2004 ; 14 : 455-63.

3 Barzman D, et al. The effectiveness and tolerability of aripiprazole for pediatricbipolar disorders : a retrospective chart review. J Child Adolesc psychopharmacol 2004 ; 14 : 593-600.

4 Biederman J, et al. Aripiprazole in the treatment of pediatric bipolar disorder : a systematic chart review. CNS Spectr 2005 ; 10 : 141-8.

5 Murphy TK, et al. Case series on the use of aripiprazole for Tourette syndrome. Int J Neuropsychol 2005 ; 8 : 489-90.

6 Marder SR, et al. Aripiprazole in the treatment of schizophrenia : safety and tolerability in short-term, placebo-controlled trials. Schizophr Res 2003 ; 61 : 123-36.

7 Levoyer, et al. Clinical impact of aripiprazole in patients suffering from schizophrenia. L’Encéphale 2007 ; 33 ; (cahier 1).

8 Marcia L. Aripiprazole use in children and adolescents. Pediatric Pharmacother 2004 ; 12 : 1-4 ; (vol 10).


 

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