ARTICLE
Auteur(s) : Michel
Boublil, Aurélie Bernard, Vincent Bobiller
Fondation Lenval pour enfants, 57, avenue californie, 06200
Nice
Introduction
La mise sur le marché en 2002 d’une nouvelle molécule
antipsychotique destinée à l’adulte suscite l’intérêt des
pédopsychiatres qui, pour certains d’entre eux, se sont habitués à
prescrire hors Autorisation de mise sur le marché dans l’intérêt
d’un enfant qui est au bout de toute solution thérapeutique.
Nous sommes parfois confrontés à des impasses thérapeutiques en
raison de la persistance de troubles empêchant toute réinsertion
sociale, scolaire et parfois même familiale, obligeant l’enfant à
rester dans une unité temps plein parfois pendant un temps très
long avant qu’une orientation médico-sociale (institut
médico-éducatif, institut thérapeutique éducatif et pédagogique) ou
qu’une réintégration en milieu familial ne puisse se mettre en
place. L’inefficacité des traitements et la persistance des
troubles laissent souvent l’enfant dans un état qui se chronicise à
un niveau de « fonctionnement » insatisfaisant pour
s’adapter à son univers social, scolaire et familial.
Il y a un intérêt croissant pour la prescription de
l’aripiprazole chez des enfants ayant une schizophrénie ou un
trouble schizoaffectif. Chez l’adulte, cette molécule a montré une
efficacité similaire aux antipsychotiques classiques et atypiques
mais avec des effets secondaires différents et moins fréquents.
À ce jour, il n’existe que peu d’informations dans la
littérature sur l’utilisation pédiatrique de l’aripiprazole.
En 2003, Findling et al. [1] ont publié une étude contrôlée de
l’utilisation de l’aripiprazole chez 12 enfants (de 6 à
12 ans) et 11 adolescents (de 13 à 17 ans) ayant un
trouble des conduites. Une amélioration a été montrée dans les 2
groupes sur les échelles de la RAAPP (Rating of Agression Against
People/or Property) et de la CGI (Clinical, Global Impressions). Il
n’y avait aucun effet secondaire sévère et aucun patient n’a arrêté
le traitement. Les auteurs ont conclu que l’aripiprazole semblait
bénéfique dans la réduction des comportements agressifs chez des
enfants et adolescents ayant un trouble des conduites.
En 2004 Stigler et al. [2] ont étudié l’efficacité et la
tolérance de l’aripiprazole dans le traitement de 5 enfants et
adolescents (de 5 à 18 ans) ayant un trouble envahissant du
développement avec troubles du comportement associés. L’expérience
suggère que l’aripiprazole est potentiellement efficace et bien
toléré pour le traitement des symptômes comportementaux chez ces
enfants.
Dans deux études datant de 2004 et 2005, Barzman et
al. [3] et Biederman et al. [4] suggèrent que l’aripiprazole peut
être efficace pour le traitement d’enfants et adolescents ayant un
trouble bipolaire, avec également une bonne tolérance.
Enfin, en 2004 Murphy et al. [5] ont étudié le traitement par
l’aripiprazole chez 6 enfants (de 8 à 16 ans) ayant un
syndrome de Gilles de La Tourette ou un TOC avec des résultats
positifs en termes d’efficacité et de tolérance.
Toutes ces études insistent néanmoins sur l’intérêt de mener
davantage d’essais cliniques contrôlés pour déterminer
scientifiquement l’efficacité et la tolérance de l’aripiprazole
dans la population pédiatrique.
Méthode
L’étude porte sur 8 enfants (1 fille et 7 garçons) de moins de
13 ans hospitalisés dans l’unité temps plein (6 enfants) ou
suivis en ambulatoire (2 enfants) dans un service de
pédopsychiatrie à la Fondation Lenval à Nice. Il s’agit d’un
service comportant 9 lits d’hospitalisation destinés aux enfants du
département des Alpes-Maritimes et de la Corse (seul service
pédopsychiatrique accueillant les moins de 13 ans dans le
département).
L’indication d’hospitalisation a lieu au terme de nombreux
essais de maintien de l’enfant à domicile ou dans son foyer avec
l’aide des structures médico-psycho-sociales du département. C’est
en général l’aboutissement d’échecs successifs de suivis, pour de
multiples raisons tenant à la pathologie de l’enfant ou de sa
famille et/ou à son environnement qui crée les conditions de
l’hospitalisation. Les enfants hospitalisés ont pour la plupart
d’entre eux déjà reçu un traitement psychotrope soit
antipsychotique type cyamémazine (Tercian)/lévompéromazine
(Nozinan)/rispéridone (Risperdal), soit antidépresseur type
sertraline (Zoloft), soit thymorégulateur type carbamazépine
(Tégrétol).
Les critères d’inclusion dans notre étude sont :
- – enfant en bonne santé physique, ECG normal, bilan
biologique normal ;
- – souffrant de trouble psychotique ;
- – subissant une désinsertion sociale, scolaire et
familiale ;
- – hospitalisé à temps plein dans notre unité ou suivi
régulièrement en ambulatoire ;
- – ayant déjà reçu 1 à 2 psychotropes successifs
inefficaces à doses suffisantes ;
- – subissant des effets secondaires des traitements
préconisés antérieurement ;
- – se trouvant en situation de ne pouvoir être réinséré
en l’état actuel dans leur école, famille ou institution étant
donné les troubles du comportement, leur trouble de la personnalité
(où prédomine la dissociation) ;
- – l’accord écrit des parents.
Les critères d’exclusion comprennent :
- – désaccord des parents ;
- – contre-indication médicale (éléctocardiographique ou
biologique) au traitement neuroleptique ;
- – enfant n’ayant jamais reçu de traitement psychotrope
avant la mise en place du traitement par l’aripiprazole ;
- – l’absence de syndrome dissociatif ;
Une fiche de recueil de données pour le protocole Abilify® est
remplie pour chaque patient (ci-jointe).
Le traitement est donné en monothérapie, sauf pour le cas 6. Il
n’y a pas de fenêtre thérapeutique lors du changement de molécule.
Un traitement « si besoin » est prescrit pour chaque
enfant, en cas d’agitation ou d’anxiété. La dose initiale
d’Abilify® est de 5 mg/j, augmentée à 10, voire 15 mg/j
au bout de 5 jours si la tolérance le permet. En cas d’effet
indésirable, la dose est diminuée. En cas de fièvre, le traitement
est arrêté.
Les enfants hospitalisés sont observés quotidiennement dans le
service et ceux suivis en ambulatoire sont vus régulièrement en
consultation (tous les 15 jours). Pour apprécier l’évolution
de la pathologie, l’observance ainsi que la tolérance, après la
mise en place de ce traitement.
Les critères principaux d’évaluation ont été :
- – possibilité de sortie du service avec retour à
domicile ;
- – réinsertion scolaire en milieu normal ou
spécialisé ;
- – retour en famille/famille d’accueil/foyer ou dans leur
institution de départ de façon définitive ;
- – absence de crises clastiques (nécessitant le recours
au traitement « si besoin ») ;
- – disparition de la dissociation ou des
hallucinations ;
- – mieux-être exprimé par l’enfant, sa famille, l’équipe
soignante ;
- – reprise de la capacité à apprendre, suivre une
scolarité ;
- – amélioration à la RAPP et la CGI.
Résultats
Chaque cas est rapporté dans une courte observation clinique puis
dans le tableau 1 ci-joint.
Cas clinique n° 1
Ange est un pré adolescent de 11 ans qui intègre le service
pour troubles des conduites : passages à l’acte impulsifs,
intolérance à la frustration, comportement psychopathique. Il n’y a
pas d’hallucinations rapportées. Les épreuves projectives mettent
en évidence un trouble grave de la personnalité avec des mécanismes
de défense archaïques. Un premier traitement par cyamemazine permet
d’observer un apaisement d’Ange, constaté également par sa
famille : l’enfant gère correctement la frustration, il se
soumet à l’autorité, est capable de verbaliser ses angoisses.
Cependant une recrudescence des troubles survient après 6 mois
de traitement. Le traitement par cyamemazine est stoppé.
L’aripiprazole est alors mis en place en monothérapie à
10 mg/jour. Lors des 2 premières semaines de traitement, on
constate la présence de céphalées et de vomissements. Ces troubles
sont contemporains d’un syndrome anxieux sévère déjà présent avant
la mise en place du traitement par aripiprazole. Une fenêtre
thérapeutique de 4 jours est réalisée avec réaugmentation
progressive de doses par palier de 5 mg. Les effets
secondaires disparaissent. Après 7 semaines de traitement par
aripiprazole seul, Ange est un enfant calme, coopérant, obéissant,
capable de verbaliser ses angoisses. Le projet immédiat est la
réintégration scolaire en milieu spécialisé où il est toléré.
Tableau 1
|
Cas n°
|
ÂGE
|
POIDS
|
|
- Trt antérieur
- (posologie et durée)
- Effets secondaires
|
- Trt par ABILIFY (posologie et durée)
- Effets secondaires
|
|
Échelle PANNS Score total (avant/après)
|
|
1
|
11 ans
|
32 kg
|
F91.1
|
- TERCIAN
- 60 mg/j 6 mois
- Énurésie
|
- 10 mg/j
- 17 semaines
- Vomissements
|
- Fortement améliorée
- ↓crises clastiques
|
76/51
|
|
2
|
8 ans
|
69 kg
|
F84.3
|
- NOZINAN
- 80 mg/j 3 mois
- Prise de poids
|
- 15 mg/j
- 14 semaines
- Aucun
|
- Très fortement améliorée
- ↓crises clastiques
|
102/58
|
|
3
|
8 ans
|
44 kg
|
F84.8
|
- SOLIAN
- 100 mg/j 9 mois
- RISPERDAL 1,5 mg/j 8 mois
- Prise de poids
|
- 10 mg/j
- 20 semaines
- Aucun
|
Non améliorée
|
65/65
|
|
4
|
9 ans
|
33 kg
|
F84.8
|
- RISPERDAL 1,5 mg/j 27 mois
- Énurésie
|
- 10 mg/j
- 23 semaines
- Aucun
|
- Fortement améliorée
- ↓ comportements inadaptés
|
110/63
|
|
5
|
10 ans
|
35 kg
|
F91.1
|
- RISPERDAL 4 mg/j 6 semaines
- Aucun
|
- 10 mg/j
- 19 semaines
- Aucun
|
- Fortement Améliorée
- ↓agitation
|
108/76
|
|
6
|
8 ans
|
29 kg
|
F84.8
|
- RITALINE 40 mg/j 1 mois
- RISPERDAL 1 mg/j 1 mois
- SOLIAN 100 mg/j 4mois
- Aucun
|
- 10 mg/j
- 26 semaines
- En association avec TEGRETOL LP 400mg/j
- Nausées
|
- Fortement améliorée
- ↓agitation et hallucinations
|
118/58
|
|
7
|
12 ans
|
55 kg
|
F84.1
|
- RISPERDAL
- 4 mg/j et NOZINAN 90 mg/j
- 14 mois
- Gynécomastie
- ZYPREXA 25 mg/j 2 mois
- Prise de poids
|
- 15 mg/j
- 14 semaines
- Aucun
|
Non améliorée
|
122/117
|
|
8
|
11 ans
|
40 kg
|
F84.5
|
- RISPERDAL 2,5 mg/j 30 mois
- TERCIAN 40 mg/j 36 mois
- ↑agitation
|
- 5 mg/j
- 12 semaines
- Désaffectisation
|
Très fortement améliorée
|
139/61
|
Cas clinique n° 2
Le petit Vincent a 8 ans lorsqu’il intègre le service temps
plein pour crises d’agitation et menaces suicidaires. Il pèse
65 kg à son arrivée et nous est adressé par l’établissement
spécialisé où il subit une cure d’amaigrissement. Les troubles
psychiatriques sont présents chez lui depuis l’âge de 3 ans.
Il présente de graves difficultés d’individuation, une forte
angoisse de mort. À plusieurs reprises, il exprime des
hallucinations auditives, un syndrome dissociatif. On évoque le
diagnostic de psychose symbiotique. Plusieurs traitements ont été
tentés : avant l’hospitalisation il avait reçu un traitement
par carbamazépine et sertraline, sans amendement des troubles. La
mise en place en monothérapie de lévomépromazine jusqu’à
80 mg/jour n’a que temporairement soulagé le patient. Ce
traitement a été poursuivi 3 mois avec une prise de 3 kg
supplémentaires, et la persistance des crises clastiques.
L’aripiprazole est alors institué à la dose de 15 mg par jour
en monothérapie après réduction progressive jusqu’à suppression de
la lévomépromazine sur 2 semaines. Après 4 semaines de
traitement, les crises clastiques disparaissent lui permettant
ainsi de quitter le service et de réintégrer sa famille. Vincent
contrôle mieux son appétit et perd 1 kg pendant le premier
mois de traitement. Il n’a pas été réhospitalisé au temps plein
depuis plusieurs mois. Lors du suivi ambulatoire mis en place à sa
sortie il dit cependant qu’un seul oubli de son traitement entraîne
la réapparition des hallucinations auditives.
Cas clinique n° 3
Félicie est une petite fille âgée de 8 ans. Elle présente des
troubles du comportement depuis l’âge de 4 ans à type
d’angoisse de mort. Elle est hospitalisée en unité temps plein
pendant 6 mois où elle reçoit un traitement par
thymorégulateur puis neuroleptiques avec deux molécules
différentes (amisulpride et risperidone) pendant plus de
4 mois. Aucune amélioration n’est constatée : Félicie
présente un syndrome dissociatif non régressif. Afin de réaliser
une prise en charge optimale, on décide de l’adresser à l’hôpital
de jour (HDJ) de secteur. Par ailleurs, sous neuroleptiques on
remarque un ralentissement psychique ainsi qu’une prise de poids
importante (+ 8 kg sur 6 mois). De plus, son état
s’aggrave sous traitement : elle présente un retrait majeur et
refuse de poursuivre la prise en charge instituée à l’HDJ, elle est
déscolarisée. Une réhospitalisation s’avère indispensable
3 mois après sa sortie du service temps plein. Le traitement
neuroleptique est interrompu et l’aripiprazole est mis en place à
la dose de 10 mg par jour. Le syndrome dissociatif s’atténue
mais apparaît cependant une tristesse de l’humeur sans éléments
suicidaires. L’importance de l’apragmatisme ne permet pas de
réinsertion sociale ni scolaire à ce jour, après 5 mois de
traitement par aripiprazole.
Cas Clinique n° 4
Le petit Nino a 9 ans. Il est pris en charge en HDJ
psychiatrique depuis 3 ans pour dysharmonie psychotique et a
déjà reçu plusieurs traitements neuroleptiques : amisulpride
pendant 1 semaine seulement car le syndrome dissociatif s’est
trouvé aggravé sous traitement, et risperidone en monothérapie où
une énurésie secondaire nocturne est constatée. Le traitement par
risperidone est administré pendant près de 27 mois. Nino doit
alors être hospitalisé car son comportement redevient
inadapté : syndrome dissociatif avec dépersonnalisation malgré
une observance correcte du traitement. Lors de l’hospitalisation,
l’aripiprazole est mis en place à la dose de 10 mg/j en
monothérapie. 3 mois après le début du traitement, l’équipe
soignante de l’HDJ et la famille de Nino sont unanimes quant à
l’amélioration clinique. La dissociation a disparu et Nino a
retrouvé son autonomie. Le résultat ici est d’autant plus
remarquable que cet enfant hospitalisé de manière répétée à temps
plein ne l’est plus depuis la mise en place de l’aripiprazole.
Cas clinique n° 5
Jérémie est hospitalisé en urgence car sa famille est dépassée. À
10 ans, il présente un comportement psychopathique : il a
changé 6 fois d’école à cause de ses troubles du comportement et a
récemment mis le feu au domicile. Il est suivi en ambulatoire par
un pédopsychiatre qui a tenté de mettre en place un traitement par
risperidone pendant 6 semaines, sans aucune amélioration
clinique. Dans le service, Jérémie se montre insolent et agité. Il
tente quotidiennement d’enfreindre les règles établies et n’entre
en interrelation avec ses pairs que par la provocation ou la
violence Les capacités d’élaboration sont pauvres. Pour tenter de
l’apaiser, on met en place un traitement par lévomépromazine mais
la dose de 2 mg/kg/jour est rapidement atteinte en moins de
2 semaines, sans amendement des troubles. L’aripiprazole
institué en monothérapie à 10 mg/jour permet d’envisager la
sortie du service après 3 semaines de traitement :
l’agitation demeure mais reste cependant canalisable, sans
utilisation du traitement « si besoin ». Jérémie peut
enfin réintégrer son domicile et son établissement scolaire. Il
continue d’être suivi en ambulatoire.
Cas clinique n° 6
Le cas de Rodolphe est plus complexe. Il n’a que 8 ans mais
présente des troubles psychiatriques divers depuis sa petite
enfance : troubles obsessionnels compulsifs (TOC), agitation
psychomotrice, périodes d’hyperactivités, syndrome dissociatif et
hallucinations accoustico-verbales. À 8 ans, il a tenté de se
suicider à plusieurs reprises. Il a bénéficié de plusieurs
traitements différents : méthylphénidate pendant 1 mois,
rispéridone pendant 1 mois, amisulpride pendant 4 mois et
sertraline pendant 2 mois, en vain. Le diagnostic de trouble
bipolaire a finalement été évoqué. Aucune amélioration n’a été
constatée et la prise en charge en HDJ a dû être interrompue à
cause de la désorganisation psychique majeure. Il a bénéficié en
unité temps plein d’un traitement associant aripiprazole à la dose
de 10 mg/jour et carbamazépine LP à la dose de 400 mg/j.
Le traitement par carbamazépine a été instauré comme
normo-thymique. En 6 semaines les TOC, hallucinations et
crises clastiques ont cessé permettant la réintégration de l’HDJ et
le maintien à domicile.
Cas clinique n° 7
Harry est un jeune garçon de 12 ans, souffrant de troubles
autistiques, sans langage. Il présente progressivement des troubles
du comportement invalidants à type de crises clastiques associant
cris, hurlements, pleurs, automutilation, agitation,
hétéroagressivité, sans facteur déclenchant. Par ailleurs, il
présente des crises douloureuses abdominales, dont le bilan
somatique complet est revenu négatif. La prise en charge éducative
au sein de l’institution où il est pris en charge s’avère
compromise en raison de l’aggravation des troubles du comportement.
Plusieurs traitements se sont succédés en vue d’apaiser
l’enfant : rispéridone 4 ml/jour pendant 3 mois avec
prise de 8kg, lévomépromazine jusqu’à 90 mg/jour puis olanzapine 25
mg/mois, sans succès. L’aripiprazole a alors été institué en
monothérapie en ambulatoire à la dose de 15mg/jour. Après
3 mois, le traitement est suspendu car aucune efficacité sur
les troubles du comportement n’a été constatée. Chez cet enfant,
l’aripiprazole a été trop peu efficace sur une angoisse très
massive.
Cas clinique n° 8
Mike est suivi depuis l’âge de 3 ans pour retard de langage,
retrait autistique et troubles du comportement à type de
d’hétéroagressivité et agitation. Il ne présente pas de retard
cognitif. Il est actuellement âgé de 11ans et est suivi en
psychothérapie sur le centre médico-psychologique de secteur. Il a
présenté à plusieurs reprises des épisodes d’angoisse accompagnée
d’éléments de dépersonnalisation. Afin d’apaiser ses symptômes un
traitement par risperidone à la dose de 2ml/jour a été mis en place
pendant près de 2 ans et demi, avec cyamémazine lors des
recrudescences anxieuses. Devant la persistance de l’agitation
l’aripiprazole a été proposé en monothérapie à la dose de
10 mg/ jour. Une désaffectisation est rapportée par la mère
après plusieurs semaines de traitement obligeant à une modulation
de posologie : diminution et maintien à 5 mg/jour. Sa
réintégration scolaire est de bonne qualité. Avec un recul de plus
de 4 mois de traitement, on peut être satisfait de
l’amélioration clinique.
Discussion
L’aripiprazole est un antipsychotique atypique ayant un profil
d’action unique dans cette classe de médicament. Il module le
système dopaminergique et sérotoninergique. C’est un agoniste
partiel des récepteurs dopaminergiques D2 et sérotoninergiques
5-HT1a, et un antagoniste des récepteurs 5-HT2. C’est-à-dire que
sous condition hyper dopaminergique, il agit comme un antagoniste
du récepteur D2, ce qui explique son « efficacité sur la
réduction de la symptomatologie négative et favorisant le
fonctionnement cognitif » (Marder et al. 2003 [6], Levoyer et
al. 2007 [7]).
Les effets indésirables classiques des antipsychotiques sont peu
fréquents (symptômes extrapyramidaux, dyskinésies tardives, prise
de poids, somnolence, hyperprolactinémie, allongement du QT,
hyperglycémie, hyperlipidémie). Les effets secondaires les plus
fréquents de l’aripiprazole sont : céphalées (31 %),
agitation (25 %), anxiété (20 %), insomnie (20 %),
nausées (16 %), dyspepsie (15 %), somnolence (12 %),
akathisie (12 %), photophobie (11 %), vomissements
(11 %), constipation (11 %). Plus rarement, on peut
observer : asthénie (8 %), symptômes extrapyramidaux
(6 %), myalgies (4 %), tremblements (4 %),
rhinite/pharyngite (4 %), hypersialorrhée (3 %), toux
(3 %), HTA ou hTO (1-2 %) [8].
L’incidence du syndrome malin des neuroleptiques avec
l’aripiprazole est bien plus faible qu’avec les neuroleptiques
classiques. L’effet de l’aripiprazole sur le seuil épileptogène
chez les patients épileptiques n’a pas été étudié. La faible
incidence des symptômes extrapyramidaux et d’hyperprolactinémie
peut être le résultat de l’activité agoniste partielle sur le
récepteur D2.
Mais toutes ces données intéressantes pour un pharmacologue sont
secondaires pour un clinicien qui s’intéresse à des résultats
visibles dans la pratique.
Chez tous les enfants du service ayant reçu de l’aripiprazole,
aucun effet indésirable sévère n’a été observé. Cette particularité
fait de l’Abilify un traitement intéressant chez l’enfant. Deux
patients se sont plaints de troubles digestifs à type de nausées
avec quelques vomissements et des douleurs abdominales en début de
traitement. Une réduction de la posologie de 10 à 5 mg par
jour chez un d’entre eux a permis de réduire ces effets
secondaires. Un effet « éteignoir » (trop calme) a cédé
par la réduction de la posologie de 10 à 5 mg. Sur les 8
enfants ayant bénéficié du traitement, l’aripiprazole s’est montré
inefficace chez 2 de ces enfants. On n’a noté chez ces 2 patients
aucune amélioration clinique ; chez un de ces enfants, qui
présentait surtout des troubles de la personnalité à type de
schizophrénie, le traitement n’a pas eu d’effet sur ces troubles et
notamment sur l’apragmatisme qui était chez lui important. Le
deuxième enfant avait une pathologie plutôt autistique et
l’aripiprazole n’a pas permis de réduire les troubles de façon
significative par rapport aux traitements antérieurs en raison
d’une sédation insuffisante de l’angoisse par rapport au Risperdal
qu’il avait auparavant à très forte dose avec beaucoup d’effets
secondaires.
Conclusion
S’il manque encore des informations et des études contrôlées à
propos de l’utilisation pédiatrique de l’aripiprazole, les
observations faites dans cette étude nous ont permis de mettre en
évidence une certaine efficacité de ce nouvel antipsychotique.
L’aripiprazole chez certains enfants a permis de réduire
remarquablement l’agitation et les crises clastiques, la
dissociation intellectuelle et affective et d’améliorer le contact
qui était souvent pauvre avant traitement. Chez ces enfants,
l’aripiprazole avait une action surtout sur les troubles du
comportement, mais également sur les symptômes de la lignée
psychotique.
Lors de la discussion, un impact particulier sur la
dissociation (définie ici comme d’importantes difficultés à la
cohérence et à la continuité de la pensée de l’enfant) a été noté,
dont la reproductibilité devra être confirmée par un échantillon
plus grand.
Informations concernant l’Abilify® :
- – médicament n’ayant pas l’AMM en France au-dessous de
18 ans mais déjà prescrit à des centaines d’enfants aux
USA ;
- – décision médicale de prescription à
l’enfant ;
- – indications :
bipolarité/TED/schizophrénie/manie/agressivité
pathologique ;
- – l’Abilify® est donné en
monothérapie ;
- – le délai d’action est de 4 à
6 semaines ;
- – la dose habituelle est de 5 à 20 mg/j
(comprimés à 5 mg et 10 mg) ;
- – arrêt immédiat du traitement en cas de fièvre.
Informations concernant l’enfant :
Conditions préalables à l’essai :
□ Essai prolongé de 2 psychotropes inefficaces :
Nom : Nom :
Posologie : Posologie :
Durée du traitement : Durée du traitement :
□ Notation des effets secondaires éventuels de ces
psychotropes :
-
-
□ Accord des parents
Conditions au cours de l’essai :
□ Surveillance régulière de : tension artérielle,
pouls, poids, température, ECG
□ Notation des effets secondaires dus à l’Abilify®
avec dates de début et de fin :
- – Céphalées : – Nausées :
- – Insomnie : – Vomissements :
- – Somnolence : – Constipation :
- – Agitation : – Prise de poids :
- – Anxiété : – Hyperphagie :
□ Notation de l’efficacité du traitement selon 3 échelles :
CGI, PANSS et RAAPP
Références
1 Findling RL, et al. Dosing of atypical antipsychotics
in children and adolescents. J Clin Psychiatry 2003 ; 5 :
10-3.
2 Stigler KA, et al. Aripiprazole for maladaptive
behavior in pervasive developmental disorder. J Child Adolesc
Psychopharmacol 2004 ; 14 : 455-63.
3 Barzman D, et al. The effectiveness and tolerability
of aripiprazole for pediatricbipolar disorders : a
retrospective chart review. J Child Adolesc psychopharmacol
2004 ; 14 : 593-600.
4 Biederman J, et al. Aripiprazole in the treatment of
pediatric bipolar disorder : a systematic chart review. CNS
Spectr 2005 ; 10 : 141-8.
5 Murphy TK, et al. Case series on the use of
aripiprazole for Tourette syndrome. Int J Neuropsychol 2005 ;
8 : 489-90.
6 Marder SR, et al. Aripiprazole in the treatment of
schizophrenia : safety and tolerability in short-term,
placebo-controlled trials. Schizophr Res 2003 ; 61 :
123-36.
7 Levoyer, et al. Clinical impact of aripiprazole in
patients suffering from schizophrenia. L’Encéphale 2007 ;
33 ; (cahier 1).
8 Marcia L. Aripiprazole use in children and adolescents.
Pediatric Pharmacother 2004 ; 12 : 1-4 ; (vol
10).
|