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Prescription d’antipsychotiques en milieu hospitalier spécialisé


l'Information Psychiatrique. Volume 82, Numéro 6, 503-9, Juin-Juillet 2006, Psychopharmacovigilance


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Charles Gury, Claudine Fabre, Ahcène Hameg, Eliane Simo, Jacqueline Surugue, Ricardo Garay, Nicole Welcomme , Service de pharmacie clinique, CH Sainte-Anne, 1, rue Cabanis, 75014 Paris, Centre hospitalier spécialisé G.-Marchant, Toulouse, Sanofi-Aventis, Paris, Centre hospitalier spécialisé des Murets, La Queue-en-Brie, Centre hospitalier spécialisé de la Sarthe, Allones, Equipe d’accueil EA2381, Université Paris VII, Université Paris VII, Hall de Biotechnologies, Tour 54, 2 place Jussieu, 75251 Paris Cedex 05, Centre hospitalier spécialisé de Lommelet, Saint-André-les-Lille.

Résumé : Les pratiques réelles de prescriptions d’antipsychotiques en milieu hospitalier, en France, diffèrent de celles préconisées par les recommandations. En particulier, des antipsychotiques neuroleptiques sont fréquemment prescrits en association. Or, la cyamémazine est couramment utilisée en association avec d’autres antipsychotiques, à cause de sa puissante activité anxiolytique. Elle est même utilisée à de petites doses pour le traitement de l’anxiété chez des patients qui ne sont pas forcément psychotiques. Nous avons donc analysé les prescriptions d’antipsychotiques, en excluant la cyamémazine du groupe des antipsychotiques neuroleptiques. Il s’agit d’une étude prospective des prescriptions d’antipsychotiques, réalisée dans cinq centres hospitaliers spécialisés en France. Cinq cent trois ordonnances d’hospitalisation ont été analysées, ainsi que 309 ordonnances de sorties. La cyamémazine est toujours l’antipsychotique le plus prescrit en France, mais deux antipsychotiques atypiques (l’olanzapine et la rispéridone) ont dépassé l’halopéridol, qui était deuxième en 1998. Les prescriptions d’antipsychotiques ne concernent des patients psychotiques que dans un peu plus d’un cas sur deux. La cyamémazine est souvent prescrite en association avec d’autres antipsychotiques, vraisemblablement grâce à ses propriétés anxiolytiques. L’analyse des prescriptions en excluant la cyamémazine montre que les pratiques réelles de prescription d’antipsychotiques sont beaucoup plus en accord avec les recommandations préconisées par la conférence de consensus de 1994 que ce qui a été suggéré par les analyses pharmaco-épidémiologiques précédentes. Ainsi, le pourcentage des coprescriptions d’antipsychotiques neuroleptiques entre eux (en dehors de la cyamémazine) est seulement de 7,8 % en milieu hospitalier, et seuls 13,3 % des patients sortant de l’hôpital reçoivent deux antipsychotiques associés (hors cyamémazine). Si l’on exclut la cyamémazine du champ des antipsychotiques neuroleptiques, les antipsychotiques atypiques sont aussi prescrits que ces derniers (35 %), soit une augmentation de 52 % par rapport à 1998. Finalement, les antipsychotiques atypiques sont plus souvent associés à la cyamémazine que les neuroleptiques.

Mots-clés : pharmacoépidémiologie, psychotrope, antipsychotique, correcteur, prescription médicale, coût des traitements

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Charles Gury1, Claudine Fabre2, Ahcène Hameg3, Eliane Simo4, Jacqueline Surugue5, Ricardo Garay6, Nicole Welcomme7

1Service de pharmacie clinique, CH Sainte-Anne, 1, rue Cabanis, 75014 Paris
2Centre hospitalier spécialisé G.-Marchant, Toulouse
3Sanofi-Aventis, Paris
4Centre hospitalier spécialisé des Murets, La Queue-en-Brie
5Centre hospitalier spécialisé de la Sarthe, Allones
6Equipe d’accueil EA2381, Université Paris VII, Université Paris VII, Hall de Biotechnologies, Tour 54, 2 place Jussieu, 75251 Paris Cedex 05
7Centre hospitalier spécialisé de Lommelet, Saint-André-les-Lille

La conférence de consensus de 1994 [1, 2] préconise la limitation de coprescriptions d’antipsychotiques, particulièrement en phase chronique (patients schizophrènes stabilisés). Seuls les antipsychotiques à polarité différente peuvent être associés en phase aiguë. De plus, d’après le dictionnaire Vidal, les prescriptions d’antipsychotiques sont réservées aux seuls patients psychotiques (schizophrénie, accès maniaque), à l’exception de la cyamémazine, qui est également indiquée dans les troubles anxieux, les dépressions graves et les états d’agressivité.Nous avons précédemment rapporté [3] que les pratiques réelles de prescription d’antipsychotiques en milieu hospitalier en France, en 1998, n’étaient pas toujours celles qui sont préconisées par les recommandations de la conférence de consensus de 1994 [1, 2]. En particulier, les antipsychotiques étaient fréquemment prescrits chez des malades non psychotiques, avec un fort taux des coprescriptions [3]. Ces résultats ont été confirmés par deux enquêtes pharmacoépidémiologiques menées auprès des psychiatres français par Fourrier et al. [4] et par Brunot et al. [5].Les enquêtes pharmacoépidémiologiques ont montré que la cyamémazine (Tercian®), une phénothiazine introduite en 1974, est l’antipsychotique le plus utilisé en France [3-5]. Or, aux doses thérapeutiques, elle se fixe faiblement sur les récepteurs dopaminergiques D2[6] et possède une activité antipsychotique modérée. Couramment, elle est utilisée en association avec d’autres antipsychotiques [3], à cause de sa puissante activité anxiolytique [7]. Elle est même utilisée à de petites doses (25-100 mg) pour le traitement de l’anxiété chez des patients qui ne sont pas forcément psychotiques [7]. Son autorisation de mise sur le marché (AMM) autorise son utilisation « en traitement symptomatique de courte durée de l’anxiété chez l’adulte, en cas d’inefficacité des thérapeutiques habituelles ». Ainsi, il paraît raisonnable d’analyser les données pharmacoépidémiologiques, en excluant la cyamémazine de la famille des antipsychotiques neuroleptiques.En fonction de tous ces éléments, il est apparu intéressant de reproduire l’étude réalisée en 1998 avec les mêmes services et selon le même mode opératoire, en tenant compte des prescriptions de la cyamémazine. Par ailleurs, nous avons aussi tenté d’analyser les importantes modifications que connaît le traitement de la schizophrénie depuis 1998, en raison de la commercialisation d’antipsychotiques atypiques.

Méthodes

Il s’agit d’une étude prospective des prescriptions d’antipsychotiques, réalisée dans cinq centres hospitaliers spécialisés en France : CH Sainte-Anne (75), CHS Les Murets (94), CHS G.-Marchant (31), CHS de la Sarthe (72) et CHS Lommelet (59). Les cinq établissements ayant participé à la première étude [3] ont été sollicités à nouveau pour cette seconde étude et ont accepté d’y participer. Ce sont les pharmaciens hospitaliers de ces établissements qui étaient observateurs.

L’objectif principal de cette étude consiste à évaluer l’importance de la monothérapie antipsychotique chez le malade stabilisé. À ce propos, nous avons comparé le taux de prescriptions de la monothérapie antipsychotique sur les ordonnances de patients sortant vers d’autres structures de soins que l’hospitalisation à temps plein ou en ambulatoire, par rapport à leurs ordonnances d’hospitalisation à temps plein au niveau des cinq centres hospitaliers.

Le recueil des données a été réalisé auprès des pharmaciens hospitaliers de ces établissements, à partir des ordonnances nominatives en routine, dont un double leur est adressé par les services. Il concerne pour chacun les 100 premières ordonnances de nouveaux patients hospitalisés à temps plein et contenant au moins un antipsychotique et, pour ces 100 patients, l’éventuelle ordonnance de sortie vers d’autres structures de soins que l’hospitalisation à temps plein ou en ambulatoire et ayant dans leur prescription au moins un antipsychotique.

Les critères de sélection des prescriptions étaient : au moins un antipsychotique prescrit depuis au moins 7 jours, patients hospitalisés depuis moins de 14 jours . Au moins 50 ordonnances de patients sortants parmi les 100 hospitalisés, devaient être étudiés.

Le recueil des informations pour chaque patient comprenait :

  • la pathologie en cause selon la classification OMS/ICD10,
  • le nom des produits prescrits (antipsychotiques, autres psychotropes et correcteurs divers : antiparkinsoniens, antihypotenseurs, sialologues),
  • la posologie totale journalière (mg),
  • les raisons d’une association antipsychotique atypique + anticholinergique ou antipsychotique atypique + neuroleptique incisif.

Le recueil des données a été consigné sur une fiche de renseignement à partir des informations fournies par l’ordonnance et par les déclarations du médecin prescripteur au pharmacien hospitalier.

Résultats

Sur 504 ordonnances d’hospitalisation incluses, 503 ont été analysées, 1 étant hors critères d’inclusion car ne contenant pas d’antipsychotique. Sur les 316 ordonnances de sorties, 309 ont été analysées, 7 ont été exclues de l’analyse car elles ne contenaient pas d’antipsychotique à la sortie.

Pathologies traitées

Parmi les différentes pathologies des patients ayant reçu au moins un antipsychotique dans leur traitement hospitalier, les indications de schizophrénie et autres troubles psychotiques ne représentent qu’un peu plus de la moitié (53,5 %). Suivent les troubles de l’humeur (15 %), les troubles de la personnalité et du comportement (9 %) et les épisodes maniaques (4 %).

Principaux antipsychotiques prescrits

Le tableau 1( Tableau 1 ) présente les pourcentages des principaux antipsychotiques prescrits. La cyamémazine (Tercian®) est le plus prescrit (45,1 et 39,2 % d’ordonnances intrahospitalières et de sortie respectivement), suivi de l’olanzapine (Zyprexa®) et de la rispéridone (Risperdal®). L’halopéridol (Haldol®) arrive en quatrième position, suivi de l’amisulpride (Solian®) et du zuclopenthixol (Cloxipol®). À titre documentaire, il est intéressant de mentionner que la clozapine est seulement prescrite chez 2,2 % des patients hospitalisés et 1,3 % des patients sortant de l’hôpital.

Le tableau 2( Tableau 2 ) présente les posologies utilisées pour les six antipsychotiques les plus prescrits. On observe une très légère tendance à une diminution lors de la sortie de l’hôpital.
Tableau 1 Les principaux antipsychotiques prescritsa

Antipsychotique

Répartition par ordonnance (%)

Hospitalisation

Sortie

Cyamémazine (Tercian®)

45,1

39,2

Olanzapine (Zyprexa®)

22,3

20,4

Rispéridone (Risperdal®)

17,7

19,1

Halopéridol (Haldol®)

12,7

12,9

- voie orale

9,1

7,4

- injectable LP

3,2

5,5

- injectable forme immédiate

0,4

Amisulpride (Solian®)

10,9

12,6

Zuclopenthixol (Cloxipol®)

8,7

11

- voie orale

4,8

2,9

- retard

2,8

8,1

- semi-retard

1,2

aAnalyse des prescriptions sur l’ensemble des ordonnances.


Tableau 2 Posologies d’antipsychotiques

Antipsychotiques

Posologie journalière (mg/j)

Hospitalisation

Sortie

Cyamémazine

131,6

130,3

Olanzapine

13,8

14,2

Rispéridone

5,0

4,5

Halopéridol

- voie orale

14,2

12,7

- injectable LP

147,2

- injectable forme immédiate

15

Amisulpride

757,4

642,3

Zuclopenthixol

- voie orale

74,2

40,75

- retard

557,2

504

- semi-retard

233,3

Répartition entre cyamémazine, antipsychotiques neuroleptiques (hors cyamémazine) et antipsychotiques atypiques

Les prescriptions de cyamémazine sur l’ensemble des ordonnances (43,7 et 39,2 % en hospitalisation et sortie respectivement) ont été similaires en nombre à celles des antipsychotiques neuroleptiques (42,3 et 43 %). Les antipsychotiques atypiques ont été un peu plus prescrits (52,3 et 51,8 %) que les antipsychotiques neuroleptiques (hors cyamémazine).

Prescriptions d’antipsychotiques en monothérapie

Les prescriptions d’antipsychotiques en monothérapie n’ont représenté que 55,7 % des ordonnances d’hospitalisation et 59,5 % des ordonnances de sortie de l’hôpital. Le tableau 3( Tableau 3 ) compare les taux de prescriptions d’antipsychotiques en monothérapie entre l’hospitalisation et la sortie de l’hôpital, pour les patients sortant de l’hôpital (n = 309). Les prescriptions en monothérapie sont moins nombreuses à l’hôpital (53,1 %) qu’en sortie de l’hôpital (59,5 %). Le test de McNemar a montré que cette différence était statistiquement significative (p = 0,0193).
Tableau 3 Comparaison du taux de prescriptions d’antipsychotiques en monothérapie entre l’hospitalisation et la sortie de l’hôpital

Monothérapie antipsychotique hospitalisation

Monothérapie antipsychotique sortie n = 309

Oui

Non

Oui

141

23

Non

43

102

Coprescriptions de cyamémazine avec d’autres antipsychotiques

L’analyse des prescriptions de cyamémazine a montré que seuls 29,7 % des patients hospitalisés ont reçu la cyamémazine en monothérapie (27,3 % en sortie de l’hôpital). En revanche, la cyamémazine est très fréquemment associée à un antipsychotique atypique (41 et 42,1 % des patients traités avec cyamémazine, hospitalisés ou sortant de l’hôpital respectivement) et, dans une moindre mesure, à un antipsychotique neuroleptique (25,2 et 27,3 %). Finalement, 4,1 % des patients hospitalisés traités avec cyamémazine le sont en association avec un antipsychotique neuroleptique et un antipsychotique atypique (3,3 % des patients traités avec cyamémazine en sortant de l’hôpital).

Coprescriptions d’antipsychotiques atypiques avec d’autres antipsychotiques

Le tableau 4( Tableau 4 ) montre que les antipsychotiques atypiques sont très fréquemment associés avec la cyamémazine (34,6 et 31,9 % des patients traités avec un antipsychotique atypique, hospitalisés ou sortant de l’hôpital respectivement) et dans une moindre mesure avec un antipsychotique neuroleptique (11,4 et 8,1 %), un autre antipsychotique atypique (0,4 et 1,9 %) ou à la cyamémazine et autre atypique (3,4 et 2,5 %).
Tableau 4 Coprescriptions d’antipsychotiques atypiques avec d’autres antipsychotiques*

Antipsychotique atypique

Prescriptions d’atypiques (%)

Hospitalisation

Sortie

Atypique seul

50,2

55,6

+ Cyamémazine seule

34,6

31,9

+ Neuroleptique seul

11,4

8,1

+ Autre atypique

0,4

1,9

+ Cyamémazine + neuroleptique

3,4

2,5

Coprescriptions d’antipsychotiques neuroleptiques (hors cyamémazine) avec d’autres antipsychotiques

Le tableau 5( Tableau 5 ) montre que les antipsychotiques neuroleptiques (hors cyamémazine) sont associés en grande partie avec la cyamémazine (26,3 et 24,8 % des patients traités avec un antipsychotique neuroleptique, hospitalisés ou sortant de l’hôpital respectivement) et, dans une moindre mesure, avec un autre antipsychotique neuroleptique (16,9 et 15,8 %), un antipsychotique atypique (14,1 et 9,8 %) ou à la cyamémazine et autre atypique (4,2 et 3 %).
Tableau 5 Coprescriptions d’antipsychotiques neuroleptiques (hors cyamémazine) avec d’autres antipsychotiques*

Antipsychotique neuroleptique

Prescriptions des neuroleptiques (%)

Hospitalisation

Sortie

Neuroleptique seul

38,5

46,6

+ Cyamémazine

26,3

24,8

+ Autre neuroleptique

16,9

15,8

+ Atypique

14,1

9,8

+ Cyamémazine + atypique

4,2

3,0

Autres coprescriptions

Les patients traités avec antipsychotiques reçoivent aussi un anxiolytique (46 %), un hypnotique (40 %), un antiparkinsonien (30 %), un antidépresseur (29 %), un normothymique (24 %), un sialologue (7,5 %), un antihypotenseur (4 %). Ces fréquences de coprescriptions ont été similaires dans la phase aiguë et dans la phase de stabilisation.

Associations d’antipsychotiques et d’anticholinergiques

Un peu moins de la moitié des patients traités avec des antipsychotiques neuroleptiques (hors cyamémazine) ont reçu un anticholinergique (46 % des patients hospitalisés et 45 % des patients sortant de l’hôpital). En revanche, seulement 6 % des patients hospitalisés et traités avec la cyamémazine (et 9 % des patients sortant de l’hôpital) ont reçu un anticholinergique. Curieusement, certains patients traités avec des antipsychotiques atypiques ont aussi reçu un anticholinergique (13,5 % des patients hospitalisés et 17,5 % des patients sortant de l’hôpital).

Le tableau 6( Tableau 6 ) montre les déterminants de l’association entre antipsychotiques atypiques et anticholinergiques. La principale raison de l’association atypique + anticholinergiques provient de la présence d’un syndrome extra-pyramidal dus au traitement antipsychotique antérieur.
Tableau 6 Déterminants de l’association entre antipsychotiques atypiques et anticholinergiques*

Déterminants

Nombre de patients (%)

SEP persistants d’un traitement antérieur

41

SEP dus au traitement atypique actuel

23,5

Prescription de manière préventive

29,5

Autres

6

Associations entre antipsychotiques atypiques et incisifs

Les antipsychotiques atypiques sont associés avec des antipsychotiques incisifs chez 10,5 % des patients hospitalisés et 6,5 % des patients sortant de l’hôpital. Le tableau 7( Tableau 7 ) présente les déterminants de ces associations entre antipsychotiques atypiques et incisifs. La raison principale est une efficacité insuffisante de l’antipsychotique atypique.
Tableau 7 Déterminants de l’association entre antipsychotiques atypiques et incisifs*

Déterminants

Nombre des patients (%)

Intra-hospitalier

Sortant

Efficacité insuffisante de l’atypique

59

67

Changement en cours

6

Problèmes d’observance

2

Autres

33

33

Discussion

La cyamémazine est l’antipsychotique le plus prescrit en milieu hospitalier en France, souvent en association avec d’autres antipsychotiques, vraisemblablement grâce à ses propriétés anxiolytiques. Les antipsychotiques atypiques sont plus souvent associés à la cyamémazine que les neuroleptiques. L’analyse des prescriptions, en excluant la cyamémazine, montre que les pratiques réelles de prescriptions d’antipsychotiques en milieu hospitalier en France sont beaucoup plus en accord avec les recommandations préconisées par la conférence de consensus de 1994 [1, 2] que ce qui a été suggéré par les analyses pharmacoépidémiologiques précédentes [3-5]. Ainsi, la ( figure 1 ) montre que :
  • Le pourcentage des coprescriptions d’antipsychotiques neuroleptiques entre eux (en dehors de la cyamémazine) est seulement de 7,8 % en milieu hospitalier. Ce modeste pourcentage peut s’expliquer par le fait que les symptômes déficitaires répondent peu aux antipsychotiques classiques, également en raison du pourcentage important de patients (15 à 25 %) totalement résistants, enfin, en raison des effets indésirables invalidants (effets neurologiques, neurovégétatifs) de ces médicaments.
  • Seuls 13,3 % des patients sortant de l’hôpital reçoivent deux antipsychotiques associés (hors cyamémazine).

Les prescriptions d’antipsychotiques ne concernent des patients schizophrènes que dans un peu plus d’un cas sur deux, ce qui peut sembler étonnant compte tenu des indications limitées de l’AMM, à l’exception de la cyamémazine qui est également indiquée dans les troubles anxieux, les dépressions graves et les états d’agressivité.

Hormis la cyamémazine, deux antipsychotiques atypiques (olanzapine et rispéridone) sont les deux antipsychotiques les plus prescrits, avant l’halopéridol. Or, l’halopéridol était deuxième en 1998 [3]. Par ailleurs, l’amisulpiride était le premier atypique en 1998, ce qui peut s’expliquer par l’absence de l’olanzapine en 1998 [3]. Finalement, le nozinan disparaît du tableau des antipsychotiques les plus prescrits, alors qu’il était troisième en 1998 [3].

Si l’on exclut la cyamémazine du champ des antipsychotiques neuroleptiques, les antipsychotiques atypiques sont aussi prescrits que ces derniers (35 %). Or, en 1998, les antipsychotiques atypiques ne représentaient que 23 % des prescriptions (tableau 3), soit une augmentation de 52 %.

On observe une très faible tendance à la diminution des posologies d’antipsychotiques lors de la sortie de l’hôpital (tableau 3). Par rapport à 1998 [3], on constate une forte diminution des posologies d’halopéridol.

On n’observe pas d’évolution des coprescriptions avec les autres psychotropes depuis 1998 [3]. En revanche, on constate une diminution des prescriptions associant un antiparkinsonien (seulement 14 % avec les antipsychotiques atypiques et majoritairement pour des syndromes extrapyramidaux préexistants).

Les associations d’antipsychotiques atypiques et incisifs sont rares (10 %) et relèvent majoritairement d’une efficacité insuffisante de l’antipsychotique atypique. Les associations d’antipsychotiques atypiques entre eux sont aussi rares (3,8 % à l’hôpital et 4,4 % en sortie). En effet, ce choix thérapeutique ne paraît justifié ni sur le plan clinique, ni sur le plan médicoéconomique.

Il redevient ainsi justifié d’adapter le choix de l’antipsychotique au profil clinique de la maladie, selon que le délire, le déficit ou l’angoisse prédominent ou s’associent. Cette conception transnosographique donne un rationnel à la pratique des coprescriptions de psychotropes : antipsychotiques et antidépresseurs, antipsychotiques et anxiolytiques ou antipsychotiques de profils différents.

Conclusion

Cette étude pharmacoépidémiologique illustre les évolutions des prescriptions d’antipsychotiques entre 1998 et 2002 en France. La cyamémazine est toujours l’antipsychotique le plus prescrit en France, mais deux antipsychotiques atypiques (l’olanzapine et la rispéridone) ont dépassé l’halopéridol, qui était deuxième en 1998 [3]. La cyamémazine est souvent utilisée en association avec d’autres antipsychotiques, vraisemblablement grâce à ses propriétés anxiolytiques. Les antipsychotiques atypiques sont plus souvent associés à la cyamémazine que les neuroleptiques.

Les prescriptions d’antipsychotiques ne concernent des patients schizophrènes que dans un peu plus d’un cas sur deux. Si l’on exclut la cyamémazine du champ des antipsychotiques neuroleptiques, les antipsychotiques atypiques sont aussi prescrits que ces derniers (35 %), soit une augmentation de 52 % par rapport à 1998 [3].

L’analyse des prescriptions, en excluant la cyamémazine, montre que les pratiques réelles de prescriptions d’antipsychotiques en milieu hospitalier en France sont beaucoup plus en accord avec les recommandations préconisées par la conférence de consensus de 1994 [1, 2] que ce qui a été suggéré par les analyses pharmacoépidémiologiques précédentes [3-5].

Références

1 Conférence de consensus. texte des experts. Stratégies thérapeutiques à long terme dans les psychoses schizophréniques. Paris : Ed. Frison-Roche, 1994.

2 Conférence de consensus. Stratégie thérapeutiques à long terme dans les psychoses schizophréniques. Paris : Ed. Frison-Roche, 1994.

3 Gury Berchot F, Fabre C, Surugue J, Welcomme N. Analyse des prescriptions de neuroleptiques dans cinq centres hospitaliers spécialisés. Comparaisons entre prescriptions hospitalières et prescriptions de sortie. Inf Psychiatr 2000 ; 76 : 954-63.

4 Fourrier A, Gasquet I, Allicar MP, Bouhassira M, Lépine JP, Bégaud B. Patterns of neuroleptic drug prescription : a national cross-sectional survey of a random sample of French psychiatrists. Br J Clin Pharmacol 2000 ; 49 : 80-6.

5 Brunot A, Lachaux B, Sontag H, et al. Pharmaco-epidemiological study on antipsychotic drug prescription in French Psychiatry : Patient characteristics, antipsychotic treatment, and care management for schizophrenia. L’Encephale 2002 ; 28 : 129-38.

6 Hode Y, Reimold M, DEmazieres A, et al. A positron émission tomography (PET) study of cerebral dopamine D(2) and serotonine 5-HT (2A) receptor occupancy in patients treated with cyamemazine (Tercian). Psychopharmacology (Berlin) 2005 ; 180 : 377-84.

7 Radat F. Cyamémazine : traitement symptomatique des dimensions anxieuses, impulsives et agressives. Inf Psychiatr 1995 ; 10 : 967-8.


 

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