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Tentatives de suicide et adolescence : liens entre passage à l’acte suicidaire et état dépressif


l'Information Psychiatrique. Volume 81, Numéro 9, 797-802, Novembre 2005, De l’adulte à l’enfant


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jeanne Latourelle , * Assistante spécialiste, Centre hospitalier de Niort, Service de psychiatrie et psychologie médicale, Secteur III, 40, avenue Charles-de-Gaulle, 79021 Niort Cedex..

Résumé : S’il est établi, actuellement, qu’il existe souvent, à l’adolescence, une corrélation entre une tentative de suicide (TS) et un état dépressif, il est important de rechercher d’autres facteurs de risque. La connaissance de tous ces facteurs est capitale pour établir une prévention plus efficace de la TS à l’adolescence.

Mots-clés : tentative de suicide, adolescence, facteurs de risque, syndrome dépressif, prévention

ARTICLE

Auteur(s) : Jeanne Latourelle1

1* Assistante spécialiste, Centre hospitalier de Niort, Service de psychiatrie et psychologie médicale, Secteur III, 40, avenue Charles-de-Gaulle, 79021 Niort Cedex.

La tentative de suicide (TS), problème majeur de santé publique, est l’une des conduites pathologiques les plus caractéristiques de l’adolescence. La question des facteurs à l’origine de ce geste a toujours été sujette à interrogations et à controverses.L’adolescence en elle-même paraît être un facteur de risque suicidaire : la période de transformation physique et psychique qui suit la puberté représente pour certains adolescents un véritable traumatisme et peut laisser la voie libre à des passages à l’acte de divers ordres, suicide compris.Dans un premier temps, il convient de s’interroger sur l’opportunité de rattacher la TS à un diagnostic précis. Nous verrons ensuite que, si les études récentes s’accordent à dire que la dépression tient une place majeure parmi les facteurs à l’origine d’une TS, de nombreux autres indicateurs de risque méritent d’être étudiés.Enfin, la signification psychopathologique de l’acte suicidaire apparaît complexe, plurifactorielle, et, au-delà d’incriminer une pathologie précise, une compréhension plus globale du fonctionnement psychique est capitale.

Question du diagnostic psychiatrique

Pour les psychiatres du début du siècle, la tentative de suicide était synonyme d’une maladie mentale grave. A contrario, les premières études des années 1960-1970 portant sur les adolescents suicidants ne retrouvent qu’un nombre réduit de pathologies psychiatriques, ce qui conduit à une banalisation de l’acte suicidaire. Les nouvelles études des années 1970-1980 découvrent plusieurs indicateurs de risque inquiétants chez les sujets ayant effectué une TS. Les références aux idées d’appel à l’aide banal, de manipulation, voire de chantage, sont alors remises en cause [3].

Avant les études épidémiologiques récentes, il était classique de dire que la dépression n’était présente que chez une minorité des adolescents suicidants (10,6 % pour Davidson et Choquet en 1981. Cette méconnaissance du diagnostic de dépression pouvait être liée, d’une part, à des critères diagnostiques particulièrement flous de la dépression à l’adolescence et, d’autre part, à la fréquente amélioration symptomatique de l’adolescent dans les jours suivant la TS. Cette amélioration est classique et peut malheureusement conduire à minimiser les troubles. Par ailleurs, l’adolescent tend à banaliser son geste, ce qui peut également induire en erreur [6].

Les études actuelles apportent plusieurs données nouvelles. Il est important de dire qu’il n’y a pas un trouble précis pouvant être systématiquement rattaché à la TS : on retrouve une diversité des tableaux sémiologiques sous-jacents. Parmi ces facteurs favorisants, les troubles du fonctionnement mental tiennent une part importante. Mais les différents troubles présents ne permettent pas forcément de poser le diagnostic d’une pathologie psychiatrique précise. Ainsi, si la comorbidité entre TS et divers troubles est fréquente (impulsivité, consommation de produits, traits de personnalité pathologiques…), il est plus rare de retrouver l’ensemble des symptômes correspondant à un diagnostic psychiatrique précis (par exemple une schizophrénie, une personnalité borderline constituée…) [6].

La conférence de consensus, organisée par la Fédération française de psychiatrie et intitulée : « la crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge » (Paris, octobre 2000), a précisé plusieurs points :

  • - l’acte suicidaire à l’adolescence peut marquer le début d’une affection psychiatrique évolutive (psychose, troubles cycliques de l’humeur) dont le pronostic sera d’autant plus favorable que le sujet aura pu bénéficier suffisamment tôt de soins appropriés ;
  • l’adolescence est une période de transition au cours de laquelle certains troubles peuvent se manifester (et nécessiter un traitement spécifique) sans qu’ils correspondent nécessairement à des structurations pathologiques fixées ;
  • toute TS est une conduite pathologique qu’il ne faut jamais banaliser. Elle correspond toujours à une souffrance psychique qui demande à être reconnue. Elle ne constitue pas une réponse « naturelle » et banale à une situation de crise.

Ce consensus permet de déboucher sur une meilleure prise en charge des TS, mais il prouve encore que l’importance du lien de cause à effet entre maladie mentale et comportement suicidaire à l’adolescence est loin d’être complètement éclaircie [6].

Facteurs favorisant l’acte suicidaire à l’adolescence

État dépressif : un facteur de risque important pour les TS

Sémiologie

À l’adolescence, l’expression de la dépression possède des particularités propres [3, 5, 8]. On peut distinguer :
  • - tristesse et morosité. Ces émotions sont fréquentes, marquées par un ennui, une sensation d’inutilité, de manque d’intérêt. L’état est fluctuant et sensible aux circonstances externes (un coup de téléphone…). Mais lors de ces moments de tristesse, des impulsions peuvent survenir (en particulier se faire du mal) et le risque de passage à l’acte suicidaire n’est pas inexistant ;
  • - crise anxiodépressive. Elle correspond à des pensées tristes, concomitantes à des pensées anxiogènes. L’adolescent présente souvent des troubles du sommeil ou de l’alimentation (à type d’anorexie ou de boulimie, voire d’alternance des deux) ;
  • - épisode dépressif majeur. Il comporte des particularités qui font que la dépression à l’adolescence est sous-évaluée, mal reconnue et que, par là même, un acte suicidaire n’est pas ou que peu redouté [6]. L’adolescent se plaint rarement d’une tristesse de l’humeur, du moins spontanément. D’ailleurs son visage a rarement un aspect dépressif. Il peut en revanche avoir un air hostile, renfrogné ou indifférent à l’entretien. L’irritabilité est fréquente. Le ralentissement psychomoteur est plus rare que chez l’adulte. Lorsqu’il existe, il peut être confondu avec de la paresse ou de l’indifférence. La prédominance des plaintes somatiques peut également induire en erreur. Il est rare que l’adolescent cherche spontanément de l’aide auprès d’un adulte. Au contraire, il a tendance à refuser le contact, à être hostile. Par ailleurs, il existe souvent une certaine variabilité dans la journée avec alternance de périodes de repli et de moments où l’activité est maintenue, l’adolescent retrouvant sa vivacité ;
  • - dépressivité ou dysthymie. Souvent, dans ce cas, les symptômes dépressifs passent au second plan derrière les conduites défensives ou le déni. L’adolescent va avoir tendance à consommer des produits, va présenter des troubles des conduites alimentaires ou passera à l’acte de façon répétée.

Liens entre dépression et TS

Actuellement, on sait qu’il existe une corrélation nette entre dépression et TS, même si ces deux entités ne se recouvrent pas. Plusieurs études, citées dans les ouvrages de Pommereau [5] et Védrine [7], montrent la fréquence élevée des troubles dépressifs chez les adolescents suicidants :
  • Brent et al. (1998) mettent en évidence 75 % d’épisode dépressif majeur (EDM) et 20 % de dysthymie dans la population des adolescents suicidants ;
  • Chabrol et Moron (1992) trouvent 81 % d’EDM et 10 % de dysthymie ;
  • Moutia et al. (1995), sur une population d’adolescents suicidants âgés de 15 à 19 ans évalués au moment de leur geste suicidaire, ont trouvé 68 % d’EDM, 5 % de dysthymie et 1 % de troubles bipolaires (soit au total 74 % de pathologies thymiques) ;
  • parmi les travaux récents, seule l’enquête de Hawton et Fagg ne retrouve pas une telle corrélation.

D’autres liens se dégagent des études citées par Pommereau [5] :

  • dans les TS à répétition, la dépression serait d’autant plus fréquente qu’il y a répétition ;
  • les sujets ayant des antécédents de TS et les sujets suicidants récidivistes ont un niveau de dépression plus élevé que ceux hospitalisés pour une première TS ; ces derniers ont eux-mêmes un niveau de dépression plus élevé que ceux n’ayant jamais fait de TS ;
  • les premières TS seraient plus souvent liées à des troubles de l’adaptation que les TS répétées : elles ont donc un meilleur pronostic ; par contre, le niveau de dépression est similaire chez ceux ayant des antécédents de TS et ceux récidivant, l’absence de TS récentes ne doit donc pas être considérée comme rassurante (Golston et al. 1996 et 1998) ;
  • plus la dépression est grave, plus les adolescents utilisent des moyens efficaces et apparaissent résolus à se tuer (Gispert et Wheeler, 1992) ;
  • plus la dépression est grave, plus le risque suicidaire est grand (Marcelli et Fahs, 1995).

L’étude de Marcelli et Fahs montre que, sur une population d’adolescents déprimés, un quart des adolescents avait effectué au moins une TS. Le plus souvent, il s’agissait de troubles dépressifs graves (42 % d’EDM, 29 % de dysthymie, soit 71 % de troubles dépressifs graves), et la corrélation avec la gravité du trouble dépressif était statistiquement significative tant pour l’EDM que pour la dysthymie. Donc, plus la dépression est grave, plus le risque suicidaire est grand. Loubeyre, en 1990 montre que, sur 54 adolescents déprimés et hospitalisés, 46 % avaient effectué une TS. Cette TS était unique chez 24 %, alors que 22 % en avait effectué deux ou plus.

Les études prospectives, citées par Pommereau [5] et Védrine [7], montrent que 70 % des adolescents présentant un EDM ont, dans les trois années qui ont suivi, fait une TS (Myers et al., 1990) et 32 % feront des TS sur la vie entière (Kovacs et al., 1993).

Il faut ajouter que la comorbidité entre un état dépressif et un trouble non affectif est fréquente (en particulier trouble anxieux, trouble de la personnalité, consommation de toxiques). Cette association est un facteur de risque de TS.

Points communs entre adolescence et dépression

Le processus d’adolescence ne constitue pas en soi une explication à la conduite suicidaire mais, entre le travail psychique de l’adolescent et la dépression, on peut observer des points communs qui expliquent en partie la fréquence de l’ambiance dépressive à cet âge et rendent compréhensibles la profusion des idées de suicide et les TS. Un des exemples les plus flagrants est la tâche de deuil imposée à l’appareil psychique durant l’adolescence. Les pertes auxquelles l’adolescent se trouve confronté (qu’elles soient fantasmatiques ou réelles) ont justifié cette comparaison avec le processus de deuil. Elles se situent à différents niveaux : perte de la bisexualité potentielle infantile, perte de la stabilité de l’image du corps, perte de la quiétude de ce corps. L’adolescent doit par ailleurs se désengager du lien aux objets œdipiens de l’enfance à travers un processus d’individuation qui implique perte et séparation [4].

D’autres facteurs peuvent expliquer une certaine fixation dépressive à cet âge : citons le rôle possible des facteurs hormonaux : hormone sexuelle (œstradiol), hormones de l’axe hypothalamohypophysaire [3].

Autres troubles du fonctionnement psychique le plus souvent retrouvés

Troubles des conduites

Shaffer et al., en 1996, montrent que 46 % des suicidés inclus dans leur étude présentaient des troubles des conduites. Renad et al., en 1999, précisent que ces troubles des conduites augmentent le risque de suicide par le biais de l’impulsivité.

Troubles de la personnalité

Le diagnostic de trouble de la personnalité est à porter avec prudence à l’adolescence. Le plus souvent, on retrouve uniquement des traits de personnalité pathologique : en général psychopathique ou borderline. Les diagnostics de troubles de personnalité pathologique sont souvent surestimés : les adolescents ont une personnalité en devenir et l’expérience montre que nombre de ceux pour lesquels ces diagnostics ont été posés n’évoluent pas vers des structures pathologiques correspondantes [5, 6].

Troubles de l’identité sexuelle

Les sujets homosexuels ou bisexuels auraient un risque nettement plus élevé que la population générale de faire des tentatives de suicide (Fergusson, 1999).

Par ailleurs, les attirances homosexuelles transitoires (relativement fréquentes à l’adolescence) peuvent être particulièrement mal vécues et contribuer à un état dépressif, voire à une TS [5].

Consommation de produits

L’association TS et consommation de produits est classique. La levée de l’inhibition et l’augmentation de l’impulsivité induite par ceux-ci jouent un rôle important. Il faut citer également la modification du seuil de la douleur, l’altération du jugement et l’augmentation des conflits et donc des ruptures avec l’entourage [5].

Épisode psychotique aigu, schizophrénie

La TS peut survenir lors d’un épisode délirant aigu. Il peut s’agir d’échapper à l’angoisse majeure, d’un acte imposé (automatisme mental) ou d’un moment d’exaltation avec sentiment d’invulnérabilité. Elle peut marquer l’entrée dans la schizophrénie ou survenir lors d’un épisode dépressif [5, 6].

Troubles de l’adaptation

La fréquence de ce diagnostic n’a pas grand intérêt puisque la majorité des TS succèdent à un épisode de rupture (rupture sentimentale…). Or, derrière ce facteur déclenchant, on sait que d’autres éléments ont conduit l’adolescent à passer à l’acte [6].

Troubles anxieux

Shaffer et al. (1996) retrouvent des antécédents d’attaques de panique chez 10 % des suicidés inclus dans leur étude. Mais ce lien est plus complexe puisque le trouble panique est fréquemment associé à un trouble dépressif et peut se compliquer d’une consommation de toxique à visée anxiolytique, ces deux derniers étant eux-mêmes des facteurs de risque de suicide [5].

Autres facteurs de risque

Environnement familial

Dans l’environnement familial des adolescents suicidants, on note un pourcentage élevé de familles dissociées et séparées, de décès ou de départs d’un membre de la famille, de déménagements, de modifications de la vie familiale (chômage, retraite, maladie parentale).

Il faut préciser que, plus que la prééminence d’un facteur sur les autres, c’est leur cumul qui est corrélé à un risque suicidaire accru. Les maltraitances diverses, en particulier les situations incestueuses, sont des facteurs de risque majeurs. On retrouve souvent des antécédents de troubles psychiatriques dans la famille : troubles de l’humeur, consommation de produits (en particulier alcoolisme paternel) (Renaud et al., 1999). Les antécédents de suicides ou de TS dans la famille sont également plus fréquents [4-6].

Antécédents de TS

Un passé de comportement suicidaire constitue un facteur de risque d’une TS future et augmente aussi le risque de suicide fatal [5, 6].

Suicides dans l’entourage

Ils constituent un facteur de risque important de TS à l’adolescence. Mais il est difficile de savoir s’il s’agit d’une augmentation directe du risque suicidaire par « contamination » ou bien d’un effet indirect (apparition d’un trouble dépressif, anxieux et/ou post-traumatique).

Antécédents d’abus sexuels

Il existe fréquemment des liens entre TS et violences subies, notamment sexuelles. Selon Silverman et al., la TS est un risque majeur chez ces victimes [5].

Insertion sociale précaire

Parmi les antécédents des adolescents suicidants, on note souvent un absentéisme scolaire (ou une absence d’insertion scolaire ou professionnelle), un nombre peu élevé d’activités de loisir et d’activités en groupe [4]. Quand l’isolement n’est pas total, les relations existantes sont souvent exclusives, marquées par une véritable emprise ou une dépendance majeure [6].

Mauvais état de santé

On retrouve plus fréquemment chez les jeunes suicidants des plaintes somatiques multiples. Mais ces plaintes physiques sont en général en lien direct avec la dépression [4].

Facteurs culturels

Le taux de suicide chez les jeunes varie de façon importante d’un pays à l’autre. Mais à l’heure actuelle, il n’a pas pu être isolé un seul facteur précis directement lié à la culture.

Psychopathologie de l’acte suicidaire

Notion de rupture

Qu’il soit impulsif ou réfléchi, l’acte suicidaire survient en général dans un contexte de rupture. Il succède souvent à un événement perturbant pour le sujet : conflit de famille, rupture sentimentale, perte d’un ami, échec scolaire avec rupture d’orientation ou exclusion [1, 2, 5, 6].

La présence fréquente d’un facteur déclenchant souligne une caractéristique majeure de la TS de l’adolescent : son aspect impulsif. Il n’est pas rare, en effet, que l’acte n’ait pas été préparé. De nombreux jeunes confirment cette notion en déclarant qu’ils ne pensaient pas au suicide peu de temps avant de passer à l’acte. Pour cette raison, l’intentionnalité suicidaire est souvent remise en cause ; pourtant, les études montrent que, souvent, le jeune suicidant avait fait part de ses intentions suicidaires quelques semaines ou quelques heures auparavant. Ainsi, l’impulsivité n’est qu’apparente, même si elle survient dans un contexte de rupture [5, 6].

À cette rupture externe coïncide une menace de rupture interne liée à une vulnérabilité psychique très souvent observée chez les suicidants, avec notamment : une incapacité à supporter les pertes ou les séparations, une immaturité affective souvent flagrante, une tolérance médiocre face aux variations de la tension psychique interne, une fragilité narcissique, une nette propension à l’agir sous toutes ces formes, des difficultés relationnelles qui témoignent d’une mise en place incomplète de la problématique œdipienne, des troubles manifestes de la sexualité (soit peu ou non investie, soit au contraire complètement débridée), un éprouvé de la vie fantasmatique riche et fécond et non pas pauvre, comme on le croit souvent (il n’en est que plus angoissant et persécuteur) [6].

Attaque du corps

Il existe un relatif consensus pour reconnaître qu’à l’adolescence une TS représente manifestement une attaque dirigée contre le corps. Le changement corporel de la puberté peut être particulièrement mal vécu dans cette période de questionnements perpétuels. Alors même que l’adolescent tente de maîtriser son corps, les incessants changements corporels donnent à l’adolescent l’impression de ne pas en être le dépositaire. Le corps peut alors être ressenti comme un objet extérieur auquel l’adolescent devrait se soumettre et sur lequel les tendances agressives et destructrices peuvent se focaliser [1, 2, 4, 6].

Image de la mort à l’adolescence

La plupart des jeunes pensent à la mort, à un moment ou à un autre de leur adolescence. C’est la période des grandes questions existentielles : quel sens doit-on donner à sa vie ?

Le thème de la mort est fréquemment abordé dans le journal intime des adolescents : la mort en général, la sienne ou celle des proches. Elle peut être ridiculisée ou encensée (objet d’une certaine fascination), désirée ou crainte, pour soi ou pour autrui.

Fréquemment, l’adolescent prend des risques pour braver la mort et en triompher. Lorsqu’il en ressort indemne, il éprouve un soulagement et un sentiment de toute-puissance. La vie peut avoir un regain de sens et d’intérêt. C’est en risquant de la perdre qu’elle prend de la valeur.

Lors d’une TS chez un adolescent, cette dimension ordalique est fréquente. Duché parle de « suicide-pari ». L’adolescent s’en remet à la destinée, au « on verra bien » lorsqu’il absorbe une quantité indéterminée de médicaments [1].

Par ailleurs, la question de la mort est d’autant plus prégnante que l’adolescent a du mal à renoncer à ses positions infantiles. Mourir serait alors une manière de retrouver l’omnipotence infantile : n’ayant pas décidé de naître, il peut cependant décider de mourir. Être libre de ce choix et en avoir conscience lui redonne pleinement le sentiment d’être maître de sa vie [5].

Conclusion

Nous avons donc vu qu’il existe une corrélation nette entre TS et état dépressif, mais ces deux entités ne se recouvrent pas ; tous les adolescents déprimés ne se suicident pas et toutes les TS ne sont pas obligatoirement dues à un état dépressif. Il faut en effet s’attacher à rechercher la présence d’autres facteurs de risque. L’adolescence est, en outre, une période favorisant une certaine ambiance dépressive qui rend compréhensible la survenue d’idées de suicide. La connaissance de tous ces facteurs est nécessaire pour pouvoir établir une prévention plus efficace, aussi bien primaire que secondaire.

Dans tous les cas, même en l’absence de symptômes dépressifs patents, la TS à l’adolescence traduit toujours une souffrance psychique. Elle constitue un acte grave qu’il ne faut jamais banaliser.

Références

1 Jeammet P, Birot E. Étude psychopathologique des tentatives de suicide chez l’adolescent et le jeune adulte. Paris : PUF, 1994.

2 Ladame F, Ottino J, Pawlak C. Adolescence et suicide. Paris : Masson, 1995.

3 Marcelli D, Alvin P. Médecine de l’adolescent. Paris : Masson, 2000.

4 Marcelli D, Braconnier A. Adolescence et psychopathologie. Paris : Masson, 2000.

5 Marcelli D, Berthaut E. Dépression et tentatives de suicide à l’adolescence. Paris : Masson, 2001.

6 Pommereau X. L’adolescent suicidaire. Paris : Dunod, 2001.

7 Védrine J, Quénard O, Weber D. Suicide et conduites suicidaires. Tome I : Aspects socioculturels, épidémiologiques, prévention et traitement. Paris : Masson, 1982.

8 Védrine J, Quénard O, Weber D. Suicide et conduites suicidaires. Tome II : Aspects cliniques et institutionnels. Paris : Masson, 1982.


 

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