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L’évaluation du médicament : de l’efficacité à l’efficience ou le psychotrope entre molécule et médicament


l'Information Psychiatrique. Volume 81, Numéro 2, 95-100, Février 2005, Psychotropes, efficacité, efficience


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Bernard Lachaux, Ali Zenati, Constant Houssou, .

Résumé : L’étude des concepts d’efficacité et d’efficience est l’occasion d’analyser les conditions de leur évaluation. Plus qu’à une opposition entre les deux, il paraît plus intéressant de les analyser et de tenter de les articuler entre eux.

Mots-clés : efficacité, efficience, médicament psychotrope

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) :, Bernard Lachaux1, Ali Zenati2, Constant Houssou3

En France tout au moins, il est reconnu au médecin le privilège de décider ce qui est un médicament puisque l’article L 511 du Code de la santé publique (CSP) et la jurisprudence stipulent que la présentation à des fins curatives d’un produit lui confère le caractère de médicament : « On entend par médicament toute substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies humaines ou animales, ainsi que tout produit pouvant être administré à l’homme ou à l’animal, en vue d’établir un diagnostic médical ou de restaurer, corriger ou modifier leurs fonctions organiques ».Alors que l’industrie pharmaceutique est en train de vivre une révolution considérable qui la conduit à envisager :
  • le passage d’une logique de création fondée sur la chimie à une logique fondée sur la biologie et la génétique ;
  • son rôle économique face aux notions de remboursement et de prise en charge financière des frais de santé ;
  • son rôle industriel face aux fabricants de génériques ;
  • son rôle scientifique, avec la contrainte de faire des découvertes de plus en plus complexes, de plus en plus coûteuses pour des avantages de plus en plus modestes en termes d’efficacité ;
  • son rôle social, en commercialisant des produits qui doivent être innovants, efficaces et bien tolérés sans véritable contrepartie ou concurrence de la puissance politique.
Il est intéressant d’évoquer les conséquences pour les patients et pour les prescripteurs de ces nouvelles exigences en termes d’utilité sociale, d’efficacité et de tolérance. Deux domaines sont à prendre en compte :
  • D’abord, celui de plus en plus lourd et minutieux des essais d’efficacité, où se trouvent confrontées deux logiques qui ne sont pas forcément superposables : celle de l’industriel qui s’exprime en termes d’investissement et celle de santé publique qui s’envisage en termes d’intérêt pour les individus et la collectivité. C’est au sein d’un tel enjeu que la logique appuyée sur la propriété industrielle, qui conduit l’industrie à revendiquer la confidentialité des résultats et l’utilisation sélective des essais les plus conformes à la logique commerciale, peut affronter d’autres logiques qui voudraient pouvoir accéder à l’ensemble des résultats de façon exhaustive, faciliter les études (méta-analyses, essais à potentialité sociale, non faits parce que potentiellement sans intérêt pour la logique industrielle…) et celle essentielle de santé publique.
  • Ensuite, celui de la différence entre l’efficacité telle qu’elle est démontrée dans les études rigoureuses, mais limitées (définition précise des pathologies, pas de comorbidité, observance maîtrisée…), qui étayent les dossiers d’autorisation de mise sur le marché et l’efficience du même médicament dans les situations forcément plus variées et complexes (définitions moins précises des pathologies, existence de comorbidités, association de plusieurs molécules, observance mal maîtrisée…) qui sont celles de la pratique quotidienne.
Les preuves dont se prévaut l’evidence based medicine sont ainsi loin d’être aussi solidement établies pour l’exercice de la médecine en conditions naturalistes. Fondées sur les essais thérapeutiques, elles renvoient donc aux critiques de l’utilisation du placebo ou d’un standard comme comparateur d’efficacité (antidépressive par exemple…), dans la validation de l’efficacité d’une substance ou d’une composition dans une indication donnée artificiellement défini (par exemple dépressif non suicidaire, patient souffrant de psychose mais sans comorbidité…).

Réflexions portant sur l’effet placebo

Mais par ailleurs, l’effet placebo par exemple n’a pas été réduit par l’apparition de nouvelles molécules ; il apparaît même en augmentation dans les essais les plus récents en matière de démonstration d’efficacité antidépressive. Donc, même dans les essais cliniques, le phénomène placebo n’est pas annihilé ; il paraît même majoré par les différents examens et les attentions importantes dont bénéficient les patients (protocoles de plus en plus détaillés et longs avec de multiples échelles d’hétéro-évaluation médicales et infirmières et d’auto-évaluation). Donc, autant utiliser avec discernement le phénomène placebo comme une valeur ajoutée, dans un effort de prise de conscience et de contrôle des tenants et des aboutissants de la prise en charge du patient. Une telle approche de l’effet placebo a déjà été envisagée [6, 10, 22]. En effet, l’usage d’un traitement scientifiquement prouvé très efficace ne saurait justifier le mépris de la relation soignant-soigné et tout ce qu’elle comporte, au risque de rendre moins efficace, voire inefficace toute thérapeutique.

Une illustration de la complexité de cette question du passage de la molécule au médicament pourrait être la mise en perspective du placebo dans la recherche (essais thérapeutiques) [7, 9, 10, 14], avec les problèmes éthiques [3, 18] et les résultats [21] dans la pratique quotidienne. En effet, dans l’absolu, les placebos comprennent les substances pharmacodynamiquement inertes, mais aussi les techniques, méthodes ou procédés thérapeutiques d’efficacité intrinsèque nulle, sans rapport logique avec les maladies, dans l’état actuel des connaissances scientifiques, voire indépendamment des bénéficiaires et des prescripteurs.

D’où la constatation essentielle : il n’y a pas de placebo sans un projet de médicament et pas de médicament sans la référence à une notion de maladie, de malade, de prescripteur, voire de dispensateur et de fabricant [8]. C’est pourquoi envisager la prescription d’un médicament, c’est poser la question au sens de paradigme ou de modèle de la maladie, du malade (patient), du bénéficiaire, de l’usager, du prescripteur/dispensateur (le médecin ou le thérapeute), du placebo ou du médicament.

Un peu d’épistémologie

Le médicament considéré comme un outil thérapeutique [11, 12] peut être envisagé selon deux modes d’approches différents et complémentaires :
  • soit l’étude des caractéristiques de l’outil lui-même, qui se trouve analysé en fonction de son type ou de son efficacité ;
  • soit l’étude des rapports de l’outil avec son contexte, c’est alors qu’il convient d’analyser le passage du statut de molécule chimique à celui de médicament, c’est-à-dire le passage de la chimie à la clinique.

Mais en matière de prescription, il y a une réalité complexe du savoir qui peut être formalisée selon différentes théories, théorie de la pratique, théorie de la recherche et théorie de la connaissance, sachant que ces différentes théories ont des champs d’intérêts et de connaissance qui ne se recoupent que partiellement. Il faut donc envisager leurs limites et leurs articulations.

Un tel constat a d’autant plus d’intérêt qu’il est complété par le fait que les différents acteurs du médicament [1, 17], cliniciens, chercheurs, laboratoires pharmaceutiques, ne se réfèrent pas de la même façon et avec le même poids à ces théories ( (figure 1) ).

Un peu d’histoire

Dans une perspective de compréhension des enjeux, il convient de rappeler que c’est seulement en 1962 qu’une preuve de l’efficacité d’un traitement est demandée. Avant, il convenait de se limiter à mettre en évidence l’innocuité. La conséquence de cette décision a été un développement considérable de la recherche, tant en termes de méthodologie (comparatif, double aveugle, randomisation…) que d’outils d’analyse statistique.

Le médicament, comme les médecins, connaît  une histoire en quatre temps avec, à chacune de ces époques, des modalités différentes en termes d’information du patient :

  • la période de la compassion et de l’assistance avec une pharmacologie aléatoire et une information limitée ;
  • la période de l’efficacité qui remonte à 1962, année où, aux États-Unis, il devient indispensable de démontrer l’efficacité d’un médicament pour lequel on cherche une autorisation de mise sur le marché. C’est alors le règne d’une pharmacologie efficace et d’une information qui devient nécessaire ;
  • la période de la prévention et de la prédiction (1990) avec une pharmacologie qui devient plus sélective, voire dimensionnelle, et une information qui devient indispensable ;
  • la période de la prévention sécurité-résultat (2004) qui est celle d’une pharmacologie sécurisée (aléa indemnisé) avec une information qui devient une obligation, car elle devient la condition d’un consentement et d’une participation aux décisions.

Le concept d’evidence based medicine, qu’il faudrait traduire en français par « médecine factuelle », trouve son origine en 1992 à l’université de McMaster au Canada avec un article fondateur paru dans le JAMA (Evidence-based medicine working). Dans l’esprit de ses concepteurs, il s’agissait d’une approche fondée sur l’étude critique de la littérature qui devait permettre une prise en charge optimale des patients.

Mais la logique est plus ancienne. D’autres expériences se sont inspirées de cette logique comme la collaboration Cochrane commencée dès 1971 par l’épidémiologiste anglais Archie Cochrane, dont l’idée était une mise à jour périodique de tous les essais randomisés pertinents pouvant ainsi constituer un référentiel. Cette idée devait aboutir, en 1993 à Oxford, à la création de la collaboration Cochrane dont l’objectif est de préparer, tenir à jour et diffuser les revues systématiques des études évaluant des interventions thérapeutiques ou préventives. L’originalité de cette démarche tient dans la mise en commun des moyens humains à travers le monde, coordonnés par différents centres Cochrane (par spécialité médicale) dont les missions sont la formation et l’aide méthodologique. En effet, la structure opérationnelle de la collaboration Cochrane est fondée sur :

  • des groupes de revues collaboratifs spécifiques à un domaine ou à une pathologie ;
  • des groupes de méthodes chargés de développer de nouvelles approches méthodologiques (statistiques, méta-analyse, informatique, réseau, recherches bibliographiques, registres d’essais, réflexion sur le niveau de preuve, etc.). La logique de ces groupes est plus vaste que celle des groupes de revues (incluant notamment le point de vue du consommateur sur son traitement).

Pour se donner une idée de l’importance du travail déjà effectué, la collaboration Cochrane a déjà :

  • 191 162 essais cliniques enregistrés,
  • 428 méta-analyses réalisées,
  • 769 références d’articles de méthodologie,
  • 1 707 résumés de méta-analyses réalisées en dehors du cadre de la collaboration Cochrane.

Mais il y a aussi d’autres sources d’information disponibles comme les bases bibliographiques informatisées généralistes (Medline, Embase, Biosis, Pascal, Cochrane Library, Scisearch) et spécialisées en psychiatrie (Psyndex et PsycLit).

Un peu de sociologie

Une autre question se pose sur l’évolution de la médecine et des médecins [2] : s’agit-il toujours d’une activité artisanale ou passe-t-on dans le cadre d’une prestation de service segmentée ? En effet, la médecine peut se considérer comme un artisanat à condition qu’il s’agisse d’une activité qui maîtrise les trois temps de son activité : conception, réalisation et évaluation. Car la perte de maîtrise d’une de ses dimensions la transforme en activité de prestation de service avec l’entrée en référence d’un autre principe organisateur que le principe organisateur médical.

Disjonction théorie-pratique

En 1994, la conférence de consensus sur les stratégies à long terme dans les psychoses schizophréniques avait recommandé :
  • dans la plupart des cas, la prescription d’un seul médicament antipsychotique ;
  • occasionnellement, la prescription de deux médicaments antipsychotiques si des arguments l’étayaient ;
  • au contraire, trois médicaments antipsychotiques ou plus devaient être évités.

Or force est de constater qu’à un moment donné, ces recommandations ne correspondent pas à la réalité des pratiques et que leur incidence apparaît modeste et probablement retardée dans le temps [4, 15, 16, 19, 20].

Concernant les antipsychotiques dans la pathologie schizophrénique, les données [13] peu nombreuses sur la pratique de prescription démontrent que l’association de plusieurs antipsychotiques est encore de pratique courante alors que toutes les références ou les consensus conseillent la monoprescription comme modèle.

De la même façon, un aspect peu abordé du traitement médicamenteux des schizophrènes consiste à envisager la coprescription aux antipsychotiques (qu’ils soient de première ou de deuxième génération) des antidépresseurs, des thymorégulateurs, des anxiolytiques et des hypnotiques, ainsi que des correcteurs antiparkinsoniens. Les chiffres évoquent une grande fréquence de coprescription : antidépresseurs (17,79 %), thymorégulateurs (13,80 %), anxiolytiques et hypnotiques (61,40 %), correcteurs antiparkinsoniens (61,43 %).

Or, les références sont là aussi inexistantes ou assez différentes de la réalité.

Cette disjonction entre théorie et pratique, qui fait que les références, les recommandations ou les consensus diffèrent de la pratique quotidienne, a plusieurs explications possibles : la réappropriation difficile, la complexité de la pratique, la différence entre efficacité et efficicence. Ce dernier facteur est intéressant à considérer plus spécialement.

Efficacité, efficience

Ces deux notions ne doivent pas être confondues :
  • l’efficacité est le domaine de l’evidence based medicine ou médecine factuelle fondée sur des preuve ; cette approche s’applique à la recherche ;
  • l’efficience est le domaine de la patient based medicine ou médecine pratique fondée sur les règles issues de la formation, mais aussi de l’expérience de chaque prescripteur et de sa gestion personnelle d’une situation complexe.

L’efficacité s’appuie dans sa démonstration sur la rigueur méthodologique qui implique une méthodologie fondée sur le comparatif, la sélection des patients, l’utilisation d’instruments de mesure validés…

L’efficience est la prise en compte des conditions naturalistes de la pratique qui implique une méthodologie fondée sur l’observation, la non-sélection des patients, le respect des conditions réelles de mesure qui sont souvent non validées…

En termes d’efficacité, il est possible de différencier une hiérarchie de preuves : preuve scientifique établie, présomption scientifique, faible niveau de preuve. Mais les conditions mêmes de démonstration de l’efficacité font qu’il y a des limitations dans la portée des résultats mis en évidence, par exemple : sélection des patients, durée limitée, attitude passive du patient qui accepte de se voir imposer un protocole et des conditions de prescription standardisés, tant pour le patient que pour le prescripteur.

L’efficacité est donc un concept qui intéresse surtout les groupes en ayant comme modèle non un individu réel dont on prend en compte les spécificités particulières, mais un individu moyen comportant des caractéristiques les plus couramment portées par le groupe de population à laquelle on s’intéresse. Dans cette perspective :

  • la médecine qui accumule les connaissances s’intéresse aux maladies en essayant de les comprendre, de les prévenir et de les guérir ;
  • le médicament psychotrope est une molécule qui doit permettre de favoriser la connaissance et de l’utiliser.

Le concept d’efficience est différent. D’abord il intègre cinq variables : efficacité, pertinence du diagnostic, observance des patients, observance des professionnels, degré de couverture de la population. Ensuite, dans cette perspective, il y a une attitude active du patient pour qui les conditions de prescription sont adaptées, en dehors de tout protocole.

L’efficience est donc un concept qui intéresse surtout les individus en ayant comme modèle le sujet lui-même, dans ses caractéristiques particulières. Dans cette perspective :

  • la médecine est l’art d’aider le patient à retrouver sa liberté interne et sa dimension de sujet ;
  • le médicament psychotrope n’est qu’un des outils et un des temps de ce projet.

Quelques explications

Les différences entre efficacité et efficience s’expliquent (Weisz, 1995) par des facteurs très différents comme :
  • des études plus récentes,
  • un objectif plus ciblé (focalisé, structuré),
  • une méthodologie plus rigoureuse,
  • des intervenants plus spécialisés en recherche,
  • des conditions de prise en charge en recherche plus attractives,
  • surtout des méthodes comportementales plus aisées à évaluer,
  • des cas moins graves.

Mais la différence entre efficacité et efficience (Weisz, 1995) tient aussi au fait que le facteur condition de prise en charge n’est pas lié au résultat global, mais dépend de la gravité de l’affection.

Pour sortir de l’opposition

Pour moduler les différences entre efficacité et efficience, il y aurait plusieurs solutions :
  • plus d’exigences dans les études d’efficience ;
  • revoir les études d’efficacité avec notamment des analyses « en intention d’inclure » (des renseignements existent sur tous les patients répondant aux critères d’inclusion dans l’étude) et non seulement « en intention de traiter » (des renseignements existent uniquement sur les patients inclus dans l’étude).

Une autre piste est représentée par l’inclusion dans les études d’efficacité de patients :

  • ayant des gravités différentes de la même pathologie : sévères, moins atteints, subsyndromiques ;
  • ayant des comorbidités, ce qui est fréquent en situation réelle mais écarté dans les études d’efficacité.

Mais d’autres pistes ont été évoquées, comme :

  • l’inclusion à deux niveaux d’exigence : donut model (Clarke, 1995) avec, dans cette perspective, un groupe central homogène (semblable à celui habituel dans les études d’efficacité) et un groupe périphérique plus hétérogène (semblable à celui rencontré en pratique) ;
  • un modèle add-on (Weisz, 1995 et Azorin, 2002) qui consiste à ajouter l’évaluation d’une stratégie spécifique au cours d’une étude d’efficience, par exemple une stratégie cognitive ou l’évaluation d’un bénéfice au niveau des fonctions cognitives au cours de l’évaluation en milieu naturel de la prescription d’un antipsychotique ;
  • la réalisation d’études contrôlées en milieu naturel ;
  • la création de réseaux de recherche clinique avec des participants formés à la recherche, groupes d’échange structurés de type CLRTP (Comité lyonnais de recherche thérapeutique en psychiatrie) de Guyotat Lambert [5] ou monitoring et supervision (Margison, 2000), ce qui permettrait au cours des études d’efficacité de recueillir des données dans une perspective plus naturaliste.

Conclusions

L’études des deux concepts d’efficacité et d’efficience est l’occasion d’une analyse de la prescription. Or, il n’y a pas de prescription sans représentation de la maladie mentale, sans conception d’une théorie du soin et de la thérapeutique et sans référence à une éthique de la médecine. Il devient alors plus clair que les enjeux sont différents et qu’il ne faut pas confondre les concepts d’efficacité et d’efficience ; ces deux notions n’ont ni le même sens, ni les mêmes implications, tant au niveau de l’individu qu’au niveau de la réponse sociale.

Une corporation, et plus largement une société, qui ferait abstraction de ces différences risquerait de voir sa médecine n’être plus qu’une technique sans prise en compte de la singularité du patient et des principes qui la fondent. Un tel fondement doit être doublement garanti : d’abord par la loi, protectrice des libertés individuelles, ensuite par la qualité des professionnels de santé, seuls garants d’un colloque singulier, unique lieu d’une prise en compte de chaque souffrance avec ses caractéristiques particulières. Sans ces limites et ces garanties, c’est le risque de voir cette technique au service de n’importe quelle idéologie, même basée sur le bien de tous !

Donc, en matière de prescription, seuls des médecins bien formés et ayant des conditions d’exercice garanties pourront être les gardiens d’espace de liberté entre les spécificités de chacun et le risque de médicalisation excessive de la souffrance psychique. Dans cette perspective, l’enjeu est celui d’une clinique inscrite dans son histoire et dans sa culture, déterminée à conserver à chaque cas ses particularités, mais prête à accepter qu’une part de rigueur et de rationalité plus importante vienne y prendre place. Cette transformation peut se faire, non dans la rupture et l’opposition, mais dans l’évolution et la complémentarité.

Références

1 Case D, Lachaux B. La compliance du patient au traitement médicamenteux dans le quotidien des infirmiers. L’Information Psychiatrique 1998 ; 10 : 1013-6.

2 Ehrenberg A. La fatigue de soi. Un essai sur la dépression. Paris : Odile Jacob, 1998.

3 De Deyn PP, D’hooge R. Placebos in clinical practice and research. J Med Ethics 1996 ; 22 : 140-6.

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5 Guyotat J. Médicaments psychotropes. Théories du soin et représentations de la maladie mentale. Rev Int Psychopathol 1996 ; 21 : 13-25.

6 HOUSSOU C, LACHAUX B. Réflexions sur l’utilisation actuelle du placebo. Symposium Fuag, Dakar, juin 2004.

7 Hróbjartsson A, Gøtzsche PC. Is the placebo powerless? An analysis of clinical trials comparing placebo with no treatment. N Engl J Med 2001 ; 344 : 1594-602.

8 Keating B. L’éthique de la recherche et l’usage du placebo  : un état de la question au Canada. Med Sci (Paris) 2004 ; 20 : 118-25 ; (Paris).

9 Kim SY. Benefits and burdens of placebos in psychiatric research. Psychopharmacology (Berl) 2003 ; 171 : 13-8.

10 Lachaux B, Lemoine P. Placebo  : un médicament qui cherche la vérité. Medsi/Mc Graw-Hill, 1988.

11 Lachaux B, Pasi-Delay P. Le médicament entre magie et interdit ou un outil au service de quel projet? L’Information Psychiatrique 1998 ; 9 : 933-43.

12 Lachaux B, Monnet A, Adouard D. La prescription entre art et médecine factuelle. L’Information Psychiatrique 1998 ; 10 : 999-1005.

13 Lachaux B, Casadebaig F, Philippe A, Ardiet G. Pharmacoépidémiologie des pratiques de prescription d’antipsychotiques chez les patients schizophrènes. L’Encéphale 2004 ; XXX : 46-51.

14 Lavori PW. Placebo control groups in randomized treatment trials  : a statistician’s perspective. Biological Psychiaty 2000 ; 47 : 717-23.

15 Moncrieff J, Wessely S, Hardy R. Meta-analysis of trials comparing antidepressants with active placebos. Br J Psychiatry 1998 ; 172 : 227-31 ; discussion 232–234.

16 Ortega V, et al. Prescription des psychotropes en médecine générale. Concours Med 2001 ; 123 : 734-8.

17 Pasi-Delay P, Lachaux B. Le médicament et ses acteurs  : quel(s) partenariat(s), et quelle(s) liberté(s) ? L’Information Psychiatrique 1998 ; 10 : 1021-6.

18 Uitkin FM. Placebos, drug effects, and study design  : a clinician’s guide. Am J Psychiatry 1999 ; 156 : 829-36.

19 Lepine J, Lellouch J. Études épidémiologiques des troubles dépressifs et anxieux en population générale. Ann Med Psychol (Paris) 1993 ; 151 : 618-23.

20 Rouillon F, et al. Etude pharmacoépidémiologique de la consommation des antidépresseurs en population générale. L’Encéphale 1996 ; 22(spec. No 1) : 39-48.

21 Schweizer E, Rickels K. Placebo response in generalized anxiety  : its effect on the outcome of clinical trials. J Clin Psychiatry 1997 ; 58(suppl. 11) : 30-8.

22 Simeon JG, Wiggins DM. The placebo problem in child and adolescent psychiatry. Acta Paedopsychiatr 1993 ; 56 : 119-22.


 

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