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Psychotropes et périnatalité : quels choix possibles ?


l'Information Psychiatrique. Volume 80, Numéro 8, 645-50, Octobre 2004, PÉRINALITÉ


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Gisèle Apter-Danon, Annick Le Nestour, Praticien hospitalier, Laboratoire de psychiatrie et de psychopathologie périnatale, 7 e Intersecteur des Hauts-de-Seine, Établissement de Santé Public Erasme, L’Aubier, Centre Psychologique du Tout-Petit, 121 bis, avenue du Général-Leclerc, 92340 Bourg-La-Reine. E-mail : gisdanap@aol.com, ou aubier92@wanadoo.fr, Praticien hospitalier, Médecin-chef, 7 e Intersecteur des Hauts-de-Seine, Établissement de Santé Public Erasme, L’Aubier, Centre Psychologique du Tout-Petit, 121 bis, avenue du Général-Leclerc, 92340 Bourg-La-Reine.

Résumé : La période périnatale représente un moment de bouleversement psychique dans la vie d’une femme. Les risques de survenue ou de décompensation de pathologies préexistantes sont tels qu’une prise en charge à la fois psychothérapique et médicamenteuse peut s’avérer indispensable. Il devient alors nécessaire d’évaluer les bénéfices et les risques d’une prescription médicamenteuse, ou de l’absence de celle-ci, pendant la grossesse et la période d’allaitement.

Mots-clés : allaitement, grossesse, indications thérapeutiques, psychotropes, psychopathologie périnatale.

ARTICLE

Auteur(s) :, Gisèle Apter-Danon1, Annick Le Nestour2

1 Praticien hospitalier, Laboratoire de psychiatrie et de psychopathologie périnatale, 7e Intersecteur des Hauts-de-Seine, Établissement de Santé Public Erasme, L’Aubier, Centre Psychologique du Tout-Petit, 121 bis, avenue du Général-Leclerc, 92340 Bourg-La-Reine. E-mail : gisdanap@aol.com, ou aubier92@wanadoo.fr, 2 Praticien hospitalier, Médecin-chef, 7e Intersecteur des Hauts-de-Seine, Établissement de Santé Public Erasme, L’Aubier, Centre Psychologique du Tout-Petit, 121 bis, avenue du Général-Leclerc, 92340 Bourg-La-Reine

La question des prises en charge de la psychopathologie maternelle pendant la grossesse et pendant l’allaitement a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. Bien que la constatation d’un état psychologique particulier pendant la grossesse ait été mise en évidence depuis près d’un demi-siècle par Grete Bibring, l’idée d’une psychopathologie spécifique à cette période est longtemps restée ignorée [1]. Des années durant, la grossesse était même considérée comme une période d’immunité « naturelle » contre la pathologie mentale. Les patientes atteintes d’une pathologie chronique se trouvaient (ainsi que leurs fœtus) magiquement protégées, disait-on, durant cette période. Et si elles ne l’étaient pas, les prescriptions médicamenteuses nombreuses incitaient souvent les praticiens à proposer, par prudence, une interruption thérapeutique de grossesse, dans l’incapacité où ils se trouvaient à prévoir ou à évaluer de façon adéquate les risques inhérents à celles-ci.

Situations cliniques

Les situations cliniques en période périnatale, au cours desquelles la question de la prescription des psychotropes se pose, peuvent se répartir en quatre grandes catégories :
  • la survenue d’une grossesse « imprévue » au décours d’une pathologie psychiatrique chronique connue et traitée sur le plan médicamenteux ;
  • la « programmation » d’une grossesse au décours d’une pathologie psychiatrique chronique prise en charge de façon adéquate ;
  • l’apparition d’une pathologie psychiatrique de novo ou l’amorce d’une décompensation d’une maladie psychiatrique antérieure en rémission ;
  • l’existence d’un épisode de pathologie psychiatrique antérieur lié à la période périnatale.

Les principales situations cliniques connues pour lesquelles la question de l’adjonction ou du maintien d’un traitement par psychotropes se pose sont les psychoses chroniques, les maladies bipolaires ou unipolaires, les dépressions majeures avec risques suicidaires, les troubles obsessionnels invalidants et les attaques de panique ou les syndromes anxieux généralisés.

Le repérage de la nature des risques cliniques implique de tenir compte, certes, de ceux dus aux prescriptions médicamenteuses pour le fœtus, le nouveau-né ou le nourrisson au cours de la grossesse et de l’allaitement, mais aussi de ceux liés à l’absence de prescription. Faciliter la mise en place de la découverte intersubjective commune de la mère et du bébé est le premier but du psychiatre en périnatalité. Cela implique de se préoccuper tout autant de la femme que de la mère et de l’enfant, ne serait-ce que pour préserver l’estime de soi et le narcissisme souvent fragile de l’aube de la parentalité [9].

Problématique

Les études concernant les prescriptions de psychotropes au cours de cette période de la vie sont essentiellement rétrospectives ou, plus récemment, se sont déroulées dans le cadre de suivis de populations traitées [10, 14]. Compte tenu des difficultés éthiques3 rencontrées, il n’existe pas de recherche prospective standardisée actuellement. Les études de cas, les centres de patients toxicomanes et les méta-analyses sont les sources essentielles de références pour la prescription de psychotropes pendant la grossesse [7].

Cela soulève de nombreux problèmes méthodologiques. Les études de cas posent toujours la question de la généralisation de leurs données. Les suivis de population se font, de fait, sans groupes témoins et parfois avec de petites cohortes ; il est difficile de trouver des populations traitées avec les mêmes molécules, durant les mêmes périodes. Les traitements médicamenteux conjoints ou les prises associées fréquentes de toxiques, d’alcool et de tabac dans ces populations imposent des mesures complexes pour attribuer correctement la part des effets de chacun d’entre eux. En outre, il reste toujours une inconnue : l’impact lié à la pathologie psychiatrique elle-même ou à ses conséquences (tentatives de suicide par exemple).

Avant même de prendre une décision thérapeutique quelconque, rappelons que les problèmes diagnostiques d’un trouble psychiatrique pendant la période périnatale demeurent entiers. Les professionnels s’avèrent souvent réticents à « pathologiser » ou à « psychiatriser » un épisode psychopathologique pendant une grossesse. L’absence d’apparition d’une préoccupation maternelle primaire ou les premiers signes d’éléments dépressifs en post-natal restent difficiles à repérer, sont souvent peu dépistés et encore moins pris en charge.

Question majeure de santé publique

Il s’agit pourtant d’une question majeure de santé publique à double titre, maternelle et infantile.

Les mères

En Grande-Bretagne, une étude parue en 2001 retraçait pour la période de 1994 à 1996 les causes de mortalité maternelle [6]. Elle constatait que les troubles psychiatriques étaient sensiblement équivalents à ceux liés à l’hypertension artérielle dans l’origine des décès maternels en période périnatale. Ces éléments sont à rapprocher, nous semble-t-il, de la grande étude de suivi du Massachusetts General Hospital de Boston, qui met en évidence la décompensation systématique d’un trouble bipolaire 40 semaines après l’arrêt du traitement thymo-régulateur pendant ou hors période gravidique. La grossesse ne modifie en rien le risque de décompensation. En revanche, la décompensation est assurée à la naissance (temps de gestation 39 ± 2 SA) si le traitement a été interrompu et non repris dès l’annonce de la grossesse [20].

L’enfant

En ce qui concerne le développement des bébés, les études longitudinales sur les conséquences de la dépression postnatale ont mis en évidence des difficultés spécifiques chez les bébés garçons. Ceux-ci présentent, en moyenne, un retard de développement de 20 % par rapport aux garçons de mères non déprimées pendant la première année de leur vie [11]. De plus, il existe une corrélation positive entre l’attachement insécure (quel qu’il soit) et la dépression postnatale. Les troubles de l’attachement favoriseraient la survenue de troubles psychopathologiques ultérieurs [13].

Les éléments en faveur d’un repérage et d’une prise en charge précoce des difficultés parentales sont encore plus criants au regard des chiffres de l’Odas (Observatoire national de l’action sociale décentralisée). Lors du dépouillement des signalements effectués par les services sociaux de l’Aide sociale à l’enfance, il est fait état du ou des motifs d’appel à enfance en danger. Deux tiers d’entre eux montrent l’élément « psychopathologie parentale » en association avec les carences éducatives (le nombre de motifs n’est pas limité). Cet intitulé reste le plus souvent flou puisqu’il ne s’agit en aucun cas d’un diagnostic établi par une équipe médicale. La plupart de ces parents ont des difficultés psychologiques mal définies, qui n’ont pas été repérées ou du moins pour lesquelles aucun suivi n’a été mis en place pendant la période périnatale. Cette période représente pourtant une fenêtre thérapeutique privilégiée, ne serait-ce qu’en raison de l’obligation du suivi médical de la grossesse (du moins en France). Les visites mensuelles à la maternité, chez la sage-femme ou l’obstétricien, sont des moments facilités d’approche de la psychopathologie maternelle. Le mouvement projectif protecteur à l’égard du bébé à naître incite les futurs parents à accepter tout ce qui aide au bon développement de leur enfant.

Risques liés à l’absence de prise en charge

Rappelons que l’absence de prescription reste un élément majeur à prendre en compte pendant la période périnatale. La grossesse ne protège guère, comme le transmettait la croyance populaire, des décompensations d’une maladie psychiatrique préexistante, que ce soit un épisode délirant d’un processus schizophrénique ou une décompensation maniaque ou mélancolique d’une maladie bipolaire. La période gravidique favoriserait même l’apparition d’épisodes dépressifs et anxieux.

De plus, les conséquences sur le fœtus et le nouveau-né des troubles, tant biologiques que psychopathologiques de la décompensation maternelle, restent inconnues. Bien qu’il soit difficile de parler du « vécu » ou du « ressenti » du fœtus autrement qu’à travers le prisme des représentations maternelles ou des projections parentales rétrospectives, il n’en demeure pas moins que le tohu-bohu neuro-endocrinobiologique auquel le futur bébé est soumis reste pour l’instant inexploré.

La capacité maternelle à se représenter son futur bébé s’accompagne de phénomènes projectifs annonciateurs de la mise en place de la parentalité. La mère projette « sur » et « dans » son enfant, l’intégrant ainsi dans son histoire, créant un nouveau récit familial dans lequel il est inscrit. Ce processus est d’une importance capitale. L’absence de projections humanisantes sur le nourrisson est un élément majeur. En effet, la « transparence » psychique, métaphore qui englobe la faculté que possède la future mère à accéder plus facilement à ses fantasmes et à sa vie préconsciente [2], facilite la mise en place de « la préoccupation maternelle » primaire à la naissance [3]. Cet état si particulier est désormais considéré comme indispensable à la mise en place des interactions émotionnelles et affectives de la relation précoce mère-bébé. Son absence ou, du moins, des distorsions importantes dans son installation sont sources de dysrégulation et de troubles interactifs précoces.

Risques des prescriptions médicamenteuses pour le fœtus et le bébé

Nous ne nous préoccuperons, ici, que des éléments spécifiques des traitements médicamenteux pendant la période gravidique. Les effets secondaires et les risques inhérents aux psychotropes chez l’adulte sont toujours à prendre en compte en tant que tel pour le patient traité, mais ils dépassent le champ propre de cet article.

Les éléments à étudier concernant la prise de psychotropes par la mère sont centrés sur le développement du fœtus et sur la gestation. Ils se déclinent en risques de mutagenèse, de tératogénicité, de retard de croissance intra-utérin (RCIU), de prématurité, de syndrome de surdosage et/ou de sevrage à la naissance ainsi qu’en d’éventuels effets à plus long terme souvent beaucoup plus délicats à évaluer [4, 5].

Spécificités pharmacologiques liées à la grossesse et à la période allaitante

La grossesse

La grossesse induit des modifications physiologiques propres, largement étudiées dans le cadre de l’utilisation des médicaments non psychotropes. L’absorption des médicaments est modifiée par un vidage gastrique retardé, entraînant une dégradation plus rapide et plus massive des médicaments ingérés. La motilité intestinale, en revanche, est plus faible, en partie du fait de l’élévation des taux de progestérone et, par conséquent, l’absorption intestinale est augmentée par rapport à la période non gravide. La concentration plasmatique d’un produit décroît du fait de l’augmentation du volume hydrique corporel complet, mais aussi du volume plasmatique et de la masse graisseuse totale de la femme enceinte. Pour une dose médicamenteuse donnée, il y aura diminution de la concentration plasmatique et accroissement de la concentration du produit circulant, par abaissement du lien entre la molécule et les protéines plasmatiques.

L’élimination du produit est liée à son métabolisme spécifique. Il faut néanmoins tenir compte pendant la grossesse de l’augmentation du métabolisme hépatique et de la dégradation des produits, qui réduit la durée de vie de la molécule prescrite mais redouble l’éventuel problème des métabolites actifs [19].

Il devient donc très difficile, voire impossible, d’établir une relation directe entre la concentration plasmatique et la dose efficace d’un produit au cours de la grossesse.

Les psychotropes traversent tous la barrière placentaire et leur transport par diffusion se fait en fonction de leurs propriétés pharmacologiques (taille, ionisation, liposolubilité, liens avec les protéines plasmatiques). La quantité de produit à laquelle le fœtus sera exposé dépend également des caractéristiques propres de la physiologie fœtale. Celle-ci possède des particularités, une augmentation du rythme cardiaque et du passage de la barrière hémato-méningée, une diminution de la liaison aux protéines plasmatiques et de la dégradation hépatique. Quant au nouveau-né, non seulement l’immaturité hépatique de la vie intra-utérine persiste chez lui, mais il est doté d’une filtration glomérulaire et d’une sécrétion tubulaire abaissées entraînant une faible élimination urinaire des produits [19].

Globalement, le fœtus et le nouveau-né sont soumis à une augmentation physiologique des concentrations sérologiques des produits et de leurs métabolites administrés à la mère.

L’allaitement

Tous les psychotropes sont excrétés dans le lait maternel par diffusion. La quantité et la concentration d’un produit présent dans le lait sont difficiles à évaluer du fait de la modification de la composition du lait à la fois au cours d’une même tétée (les cinq premières minutes sont les plus riches en lipides circulants) et au cours des 24 heures. Seule la fraction libre, non ionisée, d’un produit est diffusée en fonction du gradient de pH entre le sérum et le lait. La quantité de psychotropes transmise dépend donc du degré d’ionisation, du poids, de l’affinité protéique et de la liposolubilité de la molécule. La plupart des psychotropes ont une plus grande affinité pour les protéines plasmatiques maternelles que pour les protéines du lait.

Quelle que soit la classe de psychotropes prescrite, il s’agit avant tout d’évaluer la relation entre le bénéfice par rapport au risque pour le patient, comme pour toute prescription pharmacologique. La difficulté spécifique tient ici au fait que le patient est double, mère et fœtus ou mère et bébé. Il faut donc apprécier dans toute sa complexité l’intérêt pour la (future) dyade de continuer ou d’entreprendre un traitement psychotrope pendant la période périnatale.

Les principales catégories de psychotropes pouvant être prescrites pendant la grossesse sont : les stabilisateurs de l’humeur, les antipsychotiques dits « classiques » ou « atypiques », les antidépresseurs tricycliques et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS), les anxiolytiques et les hypnotiques, notamment les benzodiazépines.

Loin de toute exhaustivité, nous proposons ici un bref résumé des informations essentielles concernant les différentes classes des psychotropes, afin de mieux présenter les grandes lignes thérapeutiques qui pourront être envisagées pendant la période périnatale.

Les thymorégulateurs

Si le lithium est une molécule ancienne connue pour son efficacité dans la stabilisation des troubles de l’humeur des maladies bipolaires, elle l’est également pour sa tératogénicité. Le risque relatif de survenue de malformations serait compris entre 1,5 et 3 pour Cohen et al [5]. Dans la littérature, on retrouve des chiffres de risque relatif entre 1,2 et 7,7. Il n’a pas été retrouvé de troubles neuro-développementaux ou du comportement à l’âge de 5 ans [18]. L’autre thymo-régulateur utilisé comme alternative au lithium est la carbamazépine. Il s’agit là encore d’une molécule dont les effets tératogènes sont connus du fait de sa longue utilisation comme antiépileptique. Les risques essentiels concernent les anomalies de fermeture du tube neural (spina bifida). Le risque relatif est néanmoins plus élevé que pour le traitement au lithium (13,4 contre 7,7 au maximum). Cette dernière molécule reste donc le traitement de référence. L’équipe de Perinatal Psychiatry de Harvard recommande de prévoir une fenêtre thérapeutique pendant les dix premières semaines de grossesse et de reprendre ensuite la prescription afin d’éviter la décompensation néonatale [20].

Les antidépresseurs

Tous les antidépresseurs (tricycliques, inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et apparentés), en dehors des IMAO (inhibiteurs de la monoamine oxydase), semblent dépourvus d’effets tératogènes connus. Il n’existerait pas de risque direct de RCIU en dehors des intrications avec des problèmes de prématurité. Aucune anomalie au cours du travail et de l’accouchement n’aurait été constatée.

Avec les tricycliques pour lesquels, du fait de leur ancienneté, il existe des études rétrospectives nombreuses sur des cohortes de bonne taille, il n’a pas été retrouvé d’association avec des malformations congénitales. Il existe en revanche des risques de syndrome de sevrage avec tachycardie, tachypnée, hypertonie et mouvements cloniques, voire un risque épileptique pour le nouveau-né. De plus, ces molécules passent dans le lait maternel.

Les IRS sont maintenant les antidépresseurs majoritairement prescrits. Bien qu’il y ait moins de recul qu’avec les antidépresseurs tricycliques, ici encore aucune association avec des anomalies congénitales n’a été retrouvée dans la littérature. À la naissance, il n’aurait pas été constaté de syndrome de sevrage. Si toutefois les IRS traversent également la barrière du lait maternel, ils semblent être la thérapeutique pharmacologique de choix pendant la période gravidique [4, 5, 21]. La venlafaxine, IRS puissant, associant des propriétés noradrénergiques et faiblement dopaminergiques, serait également dépourvue d’effet tératogène. Cependant, elle diffuse massivement dans le lait maternel et s’avère donc d’un recours moins intéressant dans la période d’allaitement.

Les antipsychotiques

Il existe un long recul pour les neuroleptiques. Nombre de phénothiazines ont été fréquemment prescrites comme antiémétiques (et non dans des indications psychiatriques ou du moins reconnues comme telles). Des effets secondaires extrapyramidaux à la naissance ainsi que des troubles occlusifs et des ictères néonatals ont ainsi pu être constatés chez le nouveau-né. Il n’a cependant pas été retrouvé dans la littérature de trouble du développement neuro-cognitif à 4 ans chez les enfants dont les mères avaient reçu des neuroleptiques pendant la grossesse.

Pour les nouvelles molécules dites antipsychotiques « atypiques » (olanzapine ou rispéridone par exemple), les études de cas publiées jusqu’à présent font état d’une absence d’effet tératogène [9, 15]. Cependant, le recul est moins important.

Les anxiolytiques

Ce sont les médicaments les plus prescrits en France (essentiellement de la famille des benzodiazépines). Si les études restent controversées sur leurs risques tératogènes, (aucun pour certains [16], fentes palatines pour d’autres [17]), les syndromes de sevrage postnatal sont majeurs et quasi systématiques. Ils peuvent durer jusqu’au trois mois de l’enfant [12]. En revanche, les benzodiazépines passent peu dans le lait maternel. Ce sont donc les molécules les plus gênantes à prescrire pendant la période prénatale.

La prescription des psychotropes présente certes des risques et des dangers évaluables pour de nombreuses molécules. Toutefois, la difficulté consiste non seulement à tenir compte des précautions habituelles de la pharmacothérapie (interactions médicamenteuses, aspects obstétricaux spécifiques des médicaments) mais aussi à apprécier l’impact des prescriptions médicamenteuses de psychotropes sur l’enfant et la relation mère-enfant. Il faut garder à l’esprit que les conséquences de la maladie psychique maternelle peuvent être fortement délétères en l’absence de traitement. Quelles que soient les propositions, la prise en charge doit se dérouler dans le cadre thérapeutique le plus adapté à la situation périnatale. Il s’agit avant tout de favoriser les processus psychiques en lien avec la grossesse et avec la naissance de la parentalité, quelle que soit la psychopathologie parentale.

Stratégies thérapeutiques

Elles s’orientent dans une direction majeure : prescrire en s’adressant à la mère autant si ce n’est plus qu’à la patiente. Il faut ainsi s’intéresser à la symptomatologie maternelle dans ce qu’elle a de néfaste pour l’accession à la parentalité et se préoccuper de préserver les ressources et les potentiels maternels pendant et après la grossesse, cela dans l’intérêt de la mère et de son (futur) enfant à court et à moyen terme.

Nous proposerions, dans un cadre thérapeutique centré sur la parentalité et la psychopathologie périnatale, de privilégier l’accession à la prise en charge et l’adhésion au suivi. Il nous semble que, pour ce faire, il est nécessaire de garder quelques lignes générales de conduite à l’esprit :

  • évaluer la pathologie présentée ;
  • s’inquiéter de l’existence d’épisodes précédents (ou de l’absence d’anamnèse possible) ;
  • s’assurer d’un suivi régulier ;
  • tenir compte des souhaits du patient, en l’occurrence la parturiente (parfois en conflit interne avec la femme qu’elle est) ;
  • informer de façon équitable, en l’état actuel des connaissances, des risques liés à l’absence comme à la présence des prescriptions ;
  • associer les différents moyens thérapeutiques ;
  • privilégier les prises en charge non médicamenteuses seules ou associées ;
  • favoriser la plus petite dose efficace ;
  • enfin, réévaluer régulièrement la situation, pour adapter le traitement tout au long de la grossesse et de la période postnatale.

Les choix en périnatalité sont périlleux. Apprécier le rapport bénéfice/risque pour la mère, pour le fœtus et pour le nourrisson reste l’élément principal à notre disposition pour cet exercice délicat mais essentiel qui accompagne l’aventure de la naissance.

Références

1 BIBRING GL. Some considerations on the psychological process in pregnancy. Psychoanal Study Child 1959 ; 14 : 113-21.

2 BYDLOWSKI M. La transparence psychique de la grossesse. Etudes Freudiennes 1991 ; 32 : 2-9.

3 BYDLOWSKI M, GOLSE B. De la transparence psychique à la préoccupation maternelle primaire, une voie de l’objectivalisation. Carnet Psy 2001 ; 63 : 30-3.

4 COHEN LS. Psychotropic drug use in pregnancy. Hosp Community Psychiatry 1989 ; 40 : 566-7.

5 COHEN LS, HELLER VL, ROSENBAUM JF. Treatment guidelines for psychotropic use in pregnancy. Psychosomatics 1989 ; 30 : 25-33.

6 CRAIG S, ABEL. Drugs in pregnancy prescribing for psychiatric disorders in pregnancy and lactation. Clin Gyn Obs 2001 ; 15 : 1013-30.

7 DOLAN SM. Medication use and common exposures during pregnancy. Ob/Gyn & Wom Health 2004 ; 9 : 2.

8 GOLDSTEIN DJ, CORBIN LA, FUNG MC. Olanzapine-exposed pregnancies and lactation: early experience. J Clin Psychopharmacol 2000 ; 20 : 399-403.

9 KUMAR R, ROBSON KM. A prospective study of emotional disorders in childbearing women. Br Psychiatry 1984 ; 144 : 35-47.

10 LAGREID L, HAGBERG G, LUNDBERG A. Neurodevelopment in late infancy after prenatal exposure to benzodiazepines, a prospective study. Neuropediatrics 1991 ; 23 : 60-7.

11 MURRAY L, HIPWELL A, HOOPER R, STEIN A, COOPER P. The cognitive development of 5-year-old children of postnatally depressed mothers. J Child Psychol Psychiatry 1996 ; 37 : 927-35.

12 MILLER LJ. Clinical strategies for the use of psychotropic drugs during pregnancy. Psychiatr Med 1991 ; 9 : 275-99.

13 NAKESH-EISIKOVITS O, DUTRA C, WESTEN D. Relationship between attachment pattern and personality pathology in adolescents. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 2002 ; 41 : 1111-23.

14 NULMAN I, ROVET J, STEWART DE, et al. Neurodevelopment of children exposed in utero to antidepressant drugs. N Engl J Med 1997 ; 336 : 258-62.

15 RATNAYAKE T, LIBRETTO SE. No complications with risperidone treatment before and throughout pregnancy and during the nursing period. J Clin Psychiatry 2002 ; 63 : 76-7.

16 ROSENBERG L, MITCHELL AA, PARSELLS JL, et al. Lack of relation of oral clefts to diazepam use during pregnancy. N Engl J Med 1984 ; 309 : 1281-5.

17 SAXEN I, SAXEN L. Association between maternal intake of diazepam and oral clefts. Lancet 1975 ; ii : 489.

18 SCHOU M. What happened later to the lithium babies? Follow-up study of children born without malformations. Acta Psychiatr Scand 1976 ; 54 : 193-7.

19 STOWE ZN, NEMEROFF C. Pharmacology during pregnancy and lactation. In : Textbook of psychopharmacology. Washington DC : The American Press, 1995.

20 VIGUERA AC, NOVACS R, COHEN LS. Risk of recurrence of bipolar disorder in pregnant and non-pregnant women after discontinuing lithium maintenance. Am J Psychiatry 2000 ; 157 : 179-84.

21 WISNER KL, GELENBERG AJ, LEONARD H, ZADRIN D, FRANK E. Pharmacologic treatment of depression during pregnancy. JAMA 1999 ; 282 : 1264-9.

3 Une étude est en cours au Massachusetts General Hospital de Boston avec comme objet le suivi « naturel » d’une population déjà traitée par psychotropes antérieurement à la grossesse.


 

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