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L’urgence psychiatrique, pressions d’amont, contraintes d’aval


l'Information Psychiatrique. Volume 79, Numéro 4, 353-4, Avril 2003, ACTUALITÉ



Auteur(s) : Elisabeth Baldo, Nicole Horassius-Jarrié, Aix-en-Provence.

ARTICLE

Auteur(s) : Elisabeth Baldo*, Nicole Horassius-Jarrié*

* Aix-en-Provence

14es journées de l’Association francophone d’étude et de recherche sur les urgences en psychiatrie (Aferup), 17 et 18 janvier 2003

Organisées à Nice par Michel Benoit, présidées par Isabelle Ferrand, ces journées avaient un thème alléchant par son actualité : les urgences psychiatriques face aux pressions de l’environnement, aux multiples demandes sociales, familiales, judiciaires alors que réalités hospitalières et milieux de soins de l’après-urgence offrent leurs propres contraintes. 
Notre discipline, comme tout le reste de la médecine depuis une ou deux dizaines d’années, observe une inflation des demandes en urgences. 
En psychiatrie cependant, ces demandes se situent au carrefour de toute une série de logiques sociales et mériteraient à ce titre leur propre étude sociologique. Mme Anne Lowen, sociologue à Toulouse, a montré, à partir d’une étude qu’elle a menée à New York, une évolution actuelle vers la « socialisation de la clinique psychiatrique ».
Idée partagée par Didier Cremniter qui, observant l’augmentation régulière des appels au 15, souligne la nécessité d’un travail de réflexion sur le sens de l’urgence à partir du malaise social et psychologique, alors que Vincent Dubois, à partir d’une enquête récente menée dans les centres de santé mentale à Bruxelles, constate que l’accueil n’est pas assez développé dans le réseau de santé mentale et plaide pour le travail de la crise qui reste garant d’une vision dynamique de la psychopathologie. 
D’autres, comme Jean-François Roche, à partir des solutions de ruptures inhérentes aux urgences médico-sociales, conclut, à travers de multiples exemples cliniques, à la nécessité de se créer des outils pour « transgresser l’urgence » en amont, en se donnant les moyens de consulter en pré-urgence, et en sachant accepter, en aval, des solutions précaires mais individualisées et adaptées à chaque situation individuelle. 
Claire Brisset, nommée « défenseur des enfants » en mai 2000, a déploré la situation sinistrée de la pédopsychiatrie en France ainsi que l’absence d’un réelle politique de l’adolescence (dispositifs éclatés, sans interpénétration), alors que 15 % des adolescents sont en souffrance dans notre pays. Une conférence nationale de l’adolescence est en préparation sur ce sujet... 
Sur l’après-urgence et ses contraintes, deux orateurs se sont exprimés Guillaume Vaiva et Serge Kannas. Pour le premier, les problèmes rencontrés « en aval » dans le travail en urgence proviennent d’une question de fond : la psychiatrie, tournée vers la cité, travaille sur un temps long, tandis que l’urgence, centrée sur l’hôpital et ses réseaux alternatifs, travaille en flux tendus. La perspective d’un partenariat entre ces deux individualités relève d’une certaine logique mais se heurte à des antinomies évidentes malgré l’émergence de structures telles que centres d’accueil d’urgence et centres de crise. À ses yeux, les blocages d’aval trouvent le plus souvent leur source en amont. Le second, reprenant l’historique de l’installation des psychiatres et des équipes psychiatriques dans les urgences des hôpitaux, montre que la politique des urgences psychiatriques, fondée au départ sur l’idée du traitement bref, du tri, de l’orientation, a de plus en plus, maintenant, intégré le concept de crise. 
La synthèse finale a été présentée par trois collègues étrangers. Un Espagnol d’abord, Xavier Bouzas, insistant sur le partenariat avec les médecins de famille lesquels sont à la base du système sanitaire en Catalogne. Une Canadienne ensuite, Suzanne Lamarre, qui, à partir de l’analyse clinique d’un patient suicidaire, propose le concept de leadership ou « comment être là au bon moment et comment devenir inutile rapidement » avec priorité donnée aux acteurs plutôt qu’au traitement. Un Italo-Suisse enfin, bien connu en France, Antonio Andreoli. Pour lui des négociations sont à mener entre la demande formulée et les réponses du dispositif de santé mentale. Entre l’amont et l’aval, le psychiatre, ni gardien, ni sentinelle, serait plutôt le « concierge » du système de soin, possédant, comme tout bon concierge, une bonne vision du cadre dans lequel l’action se situe. Un « concierge-négociateur » formé à la psychothérapie, est-il besoin de le dire  ? 
Après des ateliers qui ont permis à de nombreuses équipes d’urgence d’exposer les problèmes de terrain, l’Aferup a décidé que ses prochaines journées auront lieu en 2004 à Turin, leur thème est en cours d’élaboration.

Rocky IV, de Sylvester Stallone (1985). Photo : Les Cahiers du cinéma.


 

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