ARTICLE
Auteur(s) : Elisabeth Baldo*, Nicole
Horassius-Jarrié*
* Aix-en-Provence
14es journées de l’Association francophone d’étude et
de recherche sur les urgences en psychiatrie (Aferup), 17 et
18 janvier 2003
Organisées à Nice par Michel Benoit, présidées par Isabelle
Ferrand, ces journées avaient un thème alléchant par son
actualité : les urgences psychiatriques face aux pressions de
l’environnement, aux multiples demandes sociales, familiales,
judiciaires alors que réalités hospitalières et milieux de soins de
l’après-urgence offrent leurs propres contraintes.
Notre discipline, comme tout le reste de la médecine depuis une ou
deux dizaines d’années, observe une inflation des demandes en
urgences.
En psychiatrie cependant, ces demandes se situent au carrefour de
toute une série de logiques sociales et mériteraient à ce titre
leur propre étude sociologique. Mme Anne Lowen, sociologue à
Toulouse, a montré, à partir d’une étude qu’elle a menée à New
York, une évolution actuelle vers la « socialisation de la
clinique psychiatrique ».
Idée partagée par Didier Cremniter qui, observant l’augmentation
régulière des appels au 15, souligne la nécessité d’un travail de
réflexion sur le sens de l’urgence à partir du malaise social et
psychologique, alors que Vincent Dubois, à partir d’une enquête
récente menée dans les centres de santé mentale à Bruxelles,
constate que l’accueil n’est pas assez développé dans le réseau de
santé mentale et plaide pour le travail de la crise qui reste
garant d’une vision dynamique de la psychopathologie.
D’autres, comme Jean-François Roche, à partir des solutions de
ruptures inhérentes aux urgences médico-sociales, conclut, à
travers de multiples exemples cliniques, à la nécessité de se créer
des outils pour « transgresser l’urgence » en
amont, en se donnant les moyens de consulter en pré-urgence, et en
sachant accepter, en aval, des solutions précaires mais
individualisées et adaptées à chaque situation
individuelle.
Claire Brisset, nommée « défenseur des enfants » en mai
2000, a déploré la situation sinistrée de la pédopsychiatrie en
France ainsi que l’absence d’un réelle politique de l’adolescence
(dispositifs éclatés, sans interpénétration), alors que 15 %
des adolescents sont en souffrance dans notre pays. Une conférence
nationale de l’adolescence est en préparation sur ce
sujet...
Sur l’après-urgence et ses contraintes, deux orateurs se sont
exprimés Guillaume Vaiva et Serge Kannas. Pour le premier, les
problèmes rencontrés « en aval » dans le travail en
urgence proviennent d’une question de fond : la psychiatrie,
tournée vers la cité, travaille sur un temps long, tandis que
l’urgence, centrée sur l’hôpital et ses réseaux alternatifs,
travaille en flux tendus. La perspective d’un partenariat entre ces
deux individualités relève d’une certaine logique mais se heurte à
des antinomies évidentes malgré l’émergence de structures telles
que centres d’accueil d’urgence et centres de crise. À ses yeux,
les blocages d’aval trouvent le plus souvent leur source en amont.
Le second, reprenant l’historique de l’installation des psychiatres
et des équipes psychiatriques dans les urgences des hôpitaux,
montre que la politique des urgences psychiatriques, fondée au
départ sur l’idée du traitement bref, du tri, de l’orientation, a
de plus en plus, maintenant, intégré le concept de crise.
La synthèse finale a été présentée par trois collègues étrangers.
Un Espagnol d’abord, Xavier Bouzas, insistant sur le partenariat
avec les médecins de famille lesquels sont à la base du système
sanitaire en Catalogne. Une Canadienne ensuite, Suzanne Lamarre,
qui, à partir de l’analyse clinique d’un patient suicidaire,
propose le concept de leadership ou « comment être là au
bon moment et comment devenir inutile rapidement » avec
priorité donnée aux acteurs plutôt qu’au traitement. Un
Italo-Suisse enfin, bien connu en France, Antonio Andreoli. Pour
lui des négociations sont à mener entre la demande formulée et les
réponses du dispositif de santé mentale. Entre l’amont et l’aval,
le psychiatre, ni gardien, ni sentinelle, serait plutôt le
« concierge » du système de soin, possédant, comme tout
bon concierge, une bonne vision du cadre dans lequel l’action se
situe. Un « concierge-négociateur » formé à la
psychothérapie, est-il besoin de le dire ?
Après des ateliers qui ont permis à de nombreuses équipes
d’urgence d’exposer les problèmes de terrain, l’Aferup a décidé que
ses prochaines journées auront lieu en 2004 à Turin, leur thème est
en cours d’élaboration.
Rocky IV, de Sylvester Stallone (1985).
Photo : Les Cahiers du cinéma.
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