ARTICLE
Auteur(s) : François
Durand1,2
1Pôle des maladies de l’appareil digestif,
service de d’hépatologie, hôpital Beaujon, 100, boulevard
du Général-Leclerc, 92110 Clichy, France
2Unité de réanimation hépatodigestive, Inserm U773
CRB-3, hôpital Beaujon, 92110 Clichy, France
Les progrès réalisés au cours des 20 dernières années dans la
compréhension des mécanismes et le traitement de l’insuffisance
hépatique aiguë [1, 2] sont moins spectaculaires que les progrès
réalisés dans le domaine des hépatites virales par exemple.
L’insuffisance hépatique aiguë est relativement rare. L’intérêt en
termes de santé publique est plus limité. Surtout, il s’agit d’un
syndrome très hétérogène par ses causes, ses mécanismes et son
pronostic. La rareté et l’hétérogénéité font que les études
sont difficiles à mener. Malgré tout, des changements significatifs
ont été observés et des avancées ont pu être obtenues (tableau 1).
Tableau 1 Principales évolutions observées dans
l’épidémiologie de l’insuffisance hépatique aiguë au cours des 20
dernières années en France.
- • Diminution globale de l’incidence des insuffisances
hépatiques aiguës graves
- • Diminution de l’incidence des hépatites fulminantes
B
- • Augmentation en proportion de l’incidence des
insuffisances hépatiques aiguës secondaires à une réactivation
d’une hépatite chronique B
- • Augmentation de la proportion représentée par
l’intoxication par le paracétamol
- • Disparition des insuffisances hépatiques aiguës
secondaires à l’halothane (contemporaine de l’arrêt de
l’utilisation de cet agent en anesthésie)
- • Apparition des cas d’hépatite fulminante E «
autochtones »
|
Épidémiologie
Globalement, l’incidence de l’insuffisance hépatique aiguë grave a
diminué dans les pays occidentaux. Les causes de cette
diminution n’ont pas été identifiées par des études
épidémiologiques spécifiques. Toutefois, il est probable que la
diminution est liée à une meilleure prévention (vaccination contre
l’hépatite B en particulier) et à une meilleure connaissance des
cofacteurs conduisant à une évolution défavorable.
Un registre nord-américain a montré qu’au cours des dix
dernières années, les causes d’insuffisance hépatique aiguë ont été
une intoxication par le paracétamol dans 46 % des cas, une hépatite
médicamenteuse (non liée au paracétamol) dans 11 % des cas, une
hépatite virale B dans 7 % des cas, une hépatite virale A dans
3 % des cas, une hépatite de cause indéterminée dans 14 % des cas
et diverses affections rares de cause déterminée dans 19 % des cas
[3].
Il n’existe pas de registre comparable en France ni en Europe.
Comme aux États-Unis et en Grande-Bretagne, l’intoxication par le
paracétamol est devenue la cause la plus fréquente d’insuffisance
hépatique aiguë. Toutefois, l’évolution est favorable dans la
grande majorité des cas [4]. L’intoxication par le paracétamol ne
représente donc qu’une indication minoritaire de transplantation en
urgence. Il est important de noter que la proportion de
patients hospitalisés pour une intoxication « accidentelle » par le
paracétamol (prise répétée à dose thérapeutique ou proche de la
dose thérapeutique dans un but antalgique) a augmenté au cours des
dernières années (jusqu’à 50 % dans certaines séries) [5].
Le pronostic des intoxications « accidentelles » liées à une
prise répétée est globalement plus mauvais que celui des
intoxications volontaires [6].
La récente limitation des vaccinations contre l’hépatite B,
faisant suite aux controverses sur les relations entre le vaccin et
certaines maladies neurodégénératives, pourrait conduire à terme à
une réaugmentation de l’incidence de l’hépatite B en France.
L’hépatite E était en principe limitée à certains pays en voie
de développement où elle était responsable d’épidémies. Au cours
des dernières années, des cas autochtones d’infections par le virus
de l’hépatite E ont été observés en France, dont certains
compliqués d’insuffisance hépatique aiguë [7]. L’incidence des
hépatites E autochtones pourrait augmenter avec le temps même si
les meilleures conditions d’hygiène devraient en limiter
l’extension.
Causes et mécanismes
Il est classique d’attribuer l’insuffisance hépatique à une cause
déterminée (virus de l’hépatite B, médicament, etc.). Désormais, il
apparaît clairement que l’insuffisance hépatique aiguë est le plus
souvent multifactorielle. Par exemple, une prise concomitante de
paracétamol au stade initial de la maladie est un cofacteur
d’aggravation relativement fréquent. Ce rôle délétère du
paracétamol est illustré par la présence fréquente d’adduits du
paracétamol chez des patients ayant une insuffisance hépatique
attribuée à une autre cause [8, 9]. L’existence d’une cirrhose
sous-jacente est un facteur de risque en cas d’hépatite aiguë
surajoutée [10]. Une meilleure connaissance des cofacteurs et leur
identification facilitent les mesures préventives.
L’insuffisance hépatique aiguë résulte d’une altération massive
et brutale des fonctions hépatocytaires. Trois mécanismes
cellulaires distincts peuvent aboutir cette altération
fonctionnelle :
- – la nécrose hépatocytaire ;
- – l’apoptose (largement impliquée dans la toxicité du
paracétamol) ;
- – la stéatose microvésiculaire aiguë.
Ces mécanismes peuvent être associés chez un même malade.
Des agents anti-apoptotiques pourraient avoir un intérêt dans
le traitement de l’insuffisance hépatique, et certains de ces
agents devraient être testés dans le cadre d’études cliniques.
Récemment, un quatrième mécanisme, l’autophagie, a été identifié
[11]. Ce dernier mécanisme, correspondant à une
autodestruction des composants intracytoplasmiques des hépatocytes,
est impliqué chez certains anorexiques ayant une dénutrition
majeure et qui, à un stade avancé, peuvent développer une
insuffisance hépatique aiguë. On ne sait pas encore si ce mécanisme
est également impliqué pour d’autres causes d’insuffisance
hépatique.
L’œdème cérébral est la complication la plus grave de
l’insuffisance hépatique aiguë (figure 1). Paradoxalement,
les avancées dans la compréhension de ses mécanismes ont été
modestes [12]. Il n’existe toujours pas de traitement
spécifique dont le bénéfice soit clairement démontré.
Manifestations
Depuis la publication initiale de Trey et Davidson [1], la
définition de l’insuffisance hépatique aiguë est restée ambiguë. En
effet, dans la littérature anglo-saxonne, par définition, on ne
parle d’insuffisance hépatique aiguë (acute liver failure) que
lorsqu’il existe une encéphalopathie [13]. Or, l’encéphalopathie
n’apparaît qu’au stade ultime de l’insuffisance hépatique. En
pratique, l’insuffisance hépatique existe avant l’apparition d’une
encéphalopathie, et tous les malades qui ont une altération massive
et brutale des fonctions hépatiques (ce qui devrait définir
l’insuffisance hépatique aiguë) n’ont pas d’encéphalopathie. Cette
ambiguïté a conduit à de nombreuses inexactitudes dans la
littérature. En particulier, dans de nombreuses séries, des malades
ayant une altération profonde des fonctions hépatiques (baisse des
facteurs de coagulation entre autres) mais sans encéphalopathie ont
été considérés par excès comme ayant une insuffisance hépatique
aiguë, au sens « anglo-saxon du terme » (acute liver failure). Au
total, il est préférable de définir ce syndrome à un stade plus
précoce. Un nombre croissant d’auteurs s’accorde sur le fait que
les patients ayant une altération majeure des fonctions hépatiques
doivent être considérés comme ayant une insuffisance hépatique
aiguë, même s’ils n’ont pas d’encéphalopathie. Le terme early
acute liver insufficiency (« insuffisance hépatique aiguë sévère »
selon la terminologie française) a été proposé pour qualifier les
patients ayant une augmentation de l’INR au-delà de 1,7 (TP aux
alentours de 50 %), sans encéphalopathie. Un consensus sur cette
question sémantique n’a toujours pas été obtenu.
Classiquement, la cause la plus fréquente de décès en l’absence
de transplantation était l’œdème cérébral, avec pour conséquences
un engagement et/ou une ischémie cérébrale irréversible (par défaut
de perfusion). Pour des raisons qui n’ont pas été clairement
élucidées, au cours des dix dernières années, le taux de décès en
rapport avec l’œdème cérébral a diminué. Parallèlement, le taux de
décès en rapport avec une défaillance multiviscérale a
augmenté.
Prise en charge médicale
Il y a 20 ans, la prise en charge médicale de l’insuffisance
hépatique aiguë avait comme objectif d’éviter les facteurs
aggravants et de maintenir une situation propice à une régénération
hépatocytaire rapide, condition essentielle à la guérison. Sur le
fond, cette politique générale n’a pas changé.
Traitements pharmacologiques
La N-acétylcystéine est largement utilisée chez les malades qui ont
une intoxication par le paracétamol. Ce composant limite la
formation et la toxicité des métabolites réactifs du paracétamol.
Plus généralement, il favorise la reconstitution des réserves
hépatocytaires du glutathion qui a des propriétés anti-oxydantes.
La question a donc été de savoir si l’administration de
N-acétylcystéine pourrait également avoir un intérêt au cours des
insuffisances aiguës non liées au paracétamol. Plusieurs arguments
incitent à utiliser largement la N-acétylcystéine. Premièrement, la
tolérance de la N-acétylcystéine par voie intraveineuse est
excellente. Deuxièmement, la prise récente de paracétamol est un
cofacteur aggravant fréquent au cours des insuffisances hépatiques
de toutes origines. Troisièmement, la N-acétylcystéine pourrait
augmenter l’oxygénation tissulaire et améliorer les paramètres
hémodynamiques au cours de l’insuffisance hépatique aiguë [14].
Enfin, une étude contrôlée suggère que l’administration précoce de
N-acétylcystéine pourrait augmenter les chances de guérison
spontanée chez les malades ayant une encéphalopathie modérée (grade
I ou II) [15]. En revanche, son intérêt chez les malades ayant une
hépatite non liée au paracétamol et associée à une encéphalopathie
sévère (grade III ou IV) n’est pas établi.
En dehors de l’intoxication par le paracétamol, la liste des
causes qui justifient un traitement spécifique est limitée (maladie
de Wilson, hépatite herpétique, hépatite auto-immune, syndrome de
Budd-Chiari). L’intérêt potentiel des inhibiteurs de l’apoptose en
pratique clinique est incertain.
Monitoring et traitement de l’œdème cérébral
et de l’hypertension intracrânienne
Le monitoring optimal de l’hypertension intracrânienne a été
l’objet de controverses. La mesure invasive par un capteur de
pression épidural a longtemps été considérée comme la technique de
référence. En pratique, la mesure invasive de la pression
intracrânienne est limitée par une morbidité non négligeable
(risque hémorragique en particulier), une fiabilité discutable et
surtout le peu de moyens dont on dispose pour abaisser la pression
intracrânienne lorsque l’on constate qu’elle est élevée.
La plupart des centres ont donc abandonné cette technique
invasive au profit du doppler cérébral qui apporte des informations
fiables sur le flux sanguin intracérébral [16].
En dehors de la transplantation elle-même, les mesures destinées
à limiter l’œdème cérébral ou à prévenir son aggravation sont la
surélévation de la tête et du tronc, une sédation optimale, une
hypothermie modérée (33-34 °C) et une hypernatrémie contrôlée
(145-155 mmol/L) [12]. En l’absence de transplantation (ou de
régénération de dernière minute), on ne peut attendre de ces
mesures qu’un effet transitoire. L’efficacité de la dialyse à
l’albumine (système MARS®) pour abaisser la pression
intracrânienne en cas d’œdème cérébral n’a pas été clairement
démontrée.
Suppléance artificielle du foie
Malgré des tentatives variées tant dans les principes que dans les
moyens mis en œuvre, il n’existe toujours pas de système de
suppléance artificiel du foie efficace. Le foie «
bioartificiel », comportant des hépatocytes en culture, est
techniquement très complexe. Les quelques études contrôlées et
une méta-analyse n’ont pas permis de mettre en évidence un bénéfice
du foie « bioartificiel » au cours de l’insuffisance hépatique
aiguë [17]. De plus, la possible transmission de zoonoses à
l’homme par des hépatocytes porcins utilisés dans ces systèmes n’a
pas pu être définitivement écartée. Au total, aucun foie «
bioartificiel » n’est utilisable en pratique courante, et il existe
peu de perspectives à moyen terme.
La dialyse à l’albumine (système MARS®) est la
technique de suppléance la plus largement répandue.
Le principe est un enrichissement du dialysat en albumine,
permettant l’épuration plus efficace de toxines à forte affinité
protéique. Plusieurs études ont montré que le système
MARS® corrige partiellement la vasodilatation systémique
et le syndrome hyperkinétique [18]. Une diminution de la pression
intracrânienne en cas d’œdème cérébral a été suggérée par des
études expérimentales mais non confirmée chez l’homme. Enfin, une
étude contrôlée récente, réalisée chez des candidats à la
transplantation (MARS® versus hémodialyse ou
hémofiltration conventionnelle), n’a pas permis de mettre en
évidence un bénéfice significatif en termes d’accès à la
transplantation ou de survie, même s’il existait une tendance
positive en faveur de MARS® [19]. Au total, compte tenu
de la priorité nationale qui leur est attribuée, la plupart des
malades ayant une insuffisance hépatique aiguë ont un accès rapide
à un donneur compatible. Ils peuvent être transplantés dans
des conditions satisfaisantes et sans support artificiel
spécifique. Dans ce contexte, la place de la dialyse à l’albumine
doit être clarifiée. En pratique, dans l’état actuel des
connaissances, on peut raisonnablement proposer l’utilisation du
système MARS® en attente d’une transplantation lorsqu’il
existe une instabilité hémodynamique et/ou des signes patents
d’hypertension intracrânienne, à défaut d’autres options
thérapeutiques (tableau 2).
Tableau 2 Résultats attendus et observés avec la
dialyse à l’albumine par le système MARSau cours de l’insuffisance
hépatique aiguë grave.
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Résultats attendus
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Démonstration
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Épuration de toxines à forte affinité protéique plus efficace
qu’avec l’épuration extrarénale conventionnelle
|
Oui
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Amélioration des troubles métaboliques secondaires à l’insuffisance
rénale associée
|
Ouia
|
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Amélioration hémodynamique
|
Oui
|
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Correction de l’œdème cérébral
|
Non
|
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Augmentation des chances de guérison spontanée sans
transplantation
|
Non
|
|
Diminution de la mortalité en liste d’attente de
transplantation
|
Non
|
|
Amélioration des résultats de la transplantation
|
Non
|
Transplantation hépatique
Critères de transplantation en urgence
Au cours de l’insuffisance hépatique aiguë grave (associée à une
encéphalopathie), il existe une période critique (de quelques
heures à quelques jours) au cours de laquelle on peut observer soit
une régénération rapide conduisant à la guérison soit, au
contraire, à une aggravation conduisant rapidement au décès.
Les critères de transplantation ont pour objectifs
d’identifier les malades ayant un pronostic défavorable avec un
traitement médical à un stade suffisamment précoce pour les
transplanter dans des conditions satisfaisantes. Ces critères
doivent constituer un compromis entre le risque de transplanter
trop tôt des malades qui auraient guéri spontanément et le risque
de prendre la décision trop tardivement, avec une mortalité très
élevée.
Bien qu’ils aient été établis empiriquement, les critères de
transplantation de Clichy tout comme les critères du King’s College
continuent d’être largement appliqués dans la pratique [2, 20].
Les critères du King’s College sont différents selon qu’il
s’agit d’une intoxication par le paracétamol ou d’une autre cause
d’insuffisance hépatique aiguë. Pour les intoxications par le
paracétamol, les critères du King’s College sont clairement plus
performants que les critères de Clichy.
A posteriori, l’application de ces critères de transplantation
permet d’estimer la proportion de malades qui ont été transplantés
et ont survécu, la proportion de malades qui sont décédés en liste
d’attente et la proportion (faible) de malades qui sont décédés
alors qu’ils n’avaient pas les critères de transplantation. En
revanche, l’application de ces critères ne permet plus d’identifier
les malades qui auraient survécu avec un traitement médical sans
être transplantés. Malgré cette limite, il reste possible d’affiner
les critères de transplantation, en particulier pour certaines
pathologies dont l’histoire naturelle est sensiblement différente
de celle des autres insuffisances hépatiques. Ainsi, au cours des
intoxications par l’amanite phalloïde, certains critères de gravité
(intervalle de temps court entre l’ingestion et le début de la
diarrhée, baisse des facteurs de coagulation) peuvent conduire à
prendre la décision de transplantation même s’il n’existe pas
d’encéphalopathie [21]. En cas d’intoxication par le paracétamol,
il semble exister un sous-groupe de patients qui décèdent dans un
contexte de défaillance multiviscérale indépendant de
l’insuffisance hépatique [22]. Chez ces patients, la
transplantation est en principe vouée à l’échec. Des études
sont encore nécessaires pour mieux identifier ces sous-groupes.
Évolutions techniques
La transplantation orthotopique totale est la technique de
référence. Le taux de survie se situe aux alentours de 65 % à
cinq ans. Ces résultats sont sensiblement inférieurs à ceux de
la transplantation pour cirrhose (75 % environ), la différence
étant principalement due à une mortalité précoce plus élevée. Comme
pour toutes les autres indications de transplantation, un
traitement immunosuppresseur à vie est nécessaire.
La transplantation hépatique auxiliaire est une alternative
attractive qui peut permettre à terme l’arrêt définitif des
immunosuppresseurs. Elle consiste à réaliser une hépatectomie
partielle chez le receveur, à transplanter un greffon partiel
correspondant à la partie du foie qui a été réséquée (lobe droit en
général) et à laisser en place une partie du foie natif qui peut
ultérieurement régénérer. Le greffon corrige rapidement
l’insuffisance hépatique. Ultérieurement, si la régénération est
suffisante, on peut arrêter progressivement les immunosuppresseurs
et laisser le greffon s’atrophier [23].
La transplantation auxiliaire est justifiée par l’importante
capacité de régénération du parenchyme hépatique. L’expérience
montre que l’on peut observer à distance une régénération complète
en termes de fonction et de volume, même chez des malades, pour
qui, seul le lobe gauche natif a été laissé en place, et qui
avaient une nécrose hépatocytaire subtotale sur l’explant [24].
Les chances de régénération sont d’autant plus élevées qu’il
s’agit d’une insuffisance hépatique aiguë et non subaiguë. En cas
d’hépatite subaiguë, les chances de régénération sont plus faibles.
En pratique, la transplantation auxiliaire est une technique
complexe. Elle peut être envisagée lorsque certaines conditions
sont remplies (tableau 3). L’avantage
majeur est la possibilité d’arrêter l’immunosuppression au terme de
quelques mois. L’inconvénient est la complexité technique avec une
morbidité chirurgicale accrue. La morbidité a diminué avec
l’apprentissage. Le bénéfice tend donc à dépasser les
inconvénients [25].
Tableau 3 Critères de sélection habituellement retenus
pour réaliser une transplantation auxiliaire plutôt qu’une
transplantation totale.
|
Insuffisance hépatique aiguë avec un fort potentiel de régénération
(hépatite au paracétamol, hépatite médicamenteuse de mécanisme
toxique, hépatite aiguë A, hépatite aiguë B, stéatose
microvésiculaire)a
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|
Absence de maladie chronique du foie sous-jacente
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Âge du receveur inférieur à 50 ans
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Absence de défaillance multiviscérale chez le receveur
|
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Greffon de qualité optimale
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Perspectives
Au cours des 20 dernières années, les avancées dans le domaine des
insuffisances hépatiques aiguës ont été modestes, mais néanmoins
réelles. L’insuffisance hépatique aiguë est une pathologie rare
particulièrement grave. Les hépatologues ne doivent pas s’en
désintéresser, même si des moyens spécifiques de réanimation sont
souvent nécessaires aux stades les plus avancés.
La compréhension des mécanismes et la prise en charge se
situent en amont.
Des efforts doivent être maintenus pour appliquer des mesures
préventives et réduire encore l’incidence de l’insuffisance
hépatique aiguë. Pour les malades qui ont échappé aux mesures
préventives ou pour ceux qui ont une évolution inexorablement
défavorable, une meilleure compréhension des mécanismes de l’œdème
cérébral est souhaitable, avec comme objectif de proposer des
thérapeutiques spécifiques. Pour des raisons techniques, la mise au
point de systèmes de suppléance artificielle efficaces reste encore
incertaine. Les critères de transplantation doivent encore
être affinés pour une meilleure sélection des patients et une
utilisation optimale des greffons. Pour tous les candidats à la
transplantation qui ont un potentiel raisonnable de régénération,
la transplantation auxiliaire devrait se généraliser.
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