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Insuffisance hépatique aiguë : données récentes


Hépato-Gastro. Volume 16, Numéro 6, 413-8, novembre-décembre 2009, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2009.0366

Résumé   Summary  

Auteur(s) : François Durand , Pôle des maladies de l’appareil digestif, service de d’hépatologie, hôpital Beaujon, 100, boulevard du Général-Leclerc, 92110 Clichy, France, Unité de réanimation hépatodigestive, Inserm U773 CRB-3, hôpital Beaujon, 92110 Clichy, France.

Résumé : L’insuffisance hépatique B aiguë est une affection rare mais potentiellement grave, pouvant conduire au décès en quelques heures à quelques jours. L’incidence de l’hépatite B aiguë a diminué. Parallèlement, l’intoxication par le paracétamol est devenue la cause la plus fréquente d’insuffisance hépatique aiguë en France comme dans les pays anglo-saxons. Malgré l’amélioration des tests diagnostiques, il reste environ 15 % des malades chez lesquels aucune cause ne peut être mise en évidence. L’œdème cérébral était classiquement la cause la plus fréquente de décès en l’absence de transplantation. Au cours des dernières années, la défaillance multiviscérale est devenue la cause prédominante des décès. Pour des raisons techniques, le foie bio-artificiel n’est pas une perspective réaliste à court terme. La dialyse à l’albumine permet d’améliorer l’hémodynamique dans les formes les plus graves. Toutefois, l’amélioration de l’œdème cérébral est incertaine. Une étude contrôlée récente n’a pas mis en évidence de bénéfice de la dialyse à l’albumine en termes d’accès à la greffe et de mortalité. Pour les formes les plus graves, la transplantation hépatique en urgence reste l’option de référence. Pour les malades qui ont les critères de transplantation en urgence (critères de Clichy et/ou du King’s College), les résultats de la transplantation sont largement supérieurs à ceux d’un traitement médical. Toutefois, un traitement immunosuppresseur à vie est indispensable. La transplantation auxiliaire, consistant à transplanter un greffon partiel en laissant en place une partie du foie natif, offre la possibilité d’une régénération retardée du foie natif et, si c’est le cas, de l’arrêt des immunosuppresseurs. L’amélioration des techniques chirurgicales et une meilleure sélection des candidats font que les résultats à court terme de la transplantation auxiliaire sont devenus comparables à ceux de la transplantation conventionnelle. À plus long terme, le traitement immunosuppresseur peut être arrêté chez la plupart des malades.

Mots-clés : insuffisance hépatique aiguë, intoxication par le paracétamol, dialyse à l’albumine, transplantation hépatique, transplantation auxiliaire

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : François Durand1,2

1Pôle des maladies de l’appareil digestif, service de d’hépatologie, hôpital Beaujon, 100, boulevard du Général-Leclerc, 92110 Clichy, France
2Unité de réanimation hépatodigestive, Inserm U773 CRB-3, hôpital Beaujon, 92110 Clichy, France

Les progrès réalisés au cours des 20 dernières années dans la compréhension des mécanismes et le traitement de l’insuffisance hépatique aiguë [1, 2] sont moins spectaculaires que les progrès réalisés dans le domaine des hépatites virales par exemple. L’insuffisance hépatique aiguë est relativement rare. L’intérêt en termes de santé publique est plus limité. Surtout, il s’agit d’un syndrome très hétérogène par ses causes, ses mécanismes et son pronostic. La rareté et l’hétérogénéité font que les études sont difficiles à mener. Malgré tout, des changements significatifs ont été observés et des avancées ont pu être obtenues (tableau 1).

Tableau 1 Principales évolutions observées dans l’épidémiologie de l’insuffisance hépatique aiguë au cours des 20 dernières années en France.

  • Diminution globale de l’incidence des insuffisances hépatiques aiguës graves
  • Diminution de l’incidence des hépatites fulminantes B
  • Augmentation en proportion de l’incidence des insuffisances hépatiques aiguës secondaires à une réactivation d’une hépatite chronique B
  • Augmentation de la proportion représentée par l’intoxication par le paracétamol
  • Disparition des insuffisances hépatiques aiguës secondaires à l’halothane (contemporaine de l’arrêt de l’utilisation de cet agent en anesthésie)
  • Apparition des cas d’hépatite fulminante E « autochtones »


Épidémiologie

Globalement, l’incidence de l’insuffisance hépatique aiguë grave a diminué dans les pays occidentaux. Les causes de cette diminution n’ont pas été identifiées par des études épidémiologiques spécifiques. Toutefois, il est probable que la diminution est liée à une meilleure prévention (vaccination contre l’hépatite B en particulier) et à une meilleure connaissance des cofacteurs conduisant à une évolution défavorable.

Un registre nord-américain a montré qu’au cours des dix dernières années, les causes d’insuffisance hépatique aiguë ont été une intoxication par le paracétamol dans 46 % des cas, une hépatite médicamenteuse (non liée au paracétamol) dans 11 % des cas, une hépatite virale B dans 7 % des cas, une hépatite virale A dans 3 % des cas, une hépatite de cause indéterminée dans 14 % des cas et diverses affections rares de cause déterminée dans 19 % des cas [3].

Il n’existe pas de registre comparable en France ni en Europe. Comme aux États-Unis et en Grande-Bretagne, l’intoxication par le paracétamol est devenue la cause la plus fréquente d’insuffisance hépatique aiguë. Toutefois, l’évolution est favorable dans la grande majorité des cas [4]. L’intoxication par le paracétamol ne représente donc qu’une indication minoritaire de transplantation en urgence. Il est important de noter que la proportion de patients hospitalisés pour une intoxication « accidentelle » par le paracétamol (prise répétée à dose thérapeutique ou proche de la dose thérapeutique dans un but antalgique) a augmenté au cours des dernières années (jusqu’à 50 % dans certaines séries) [5]. Le pronostic des intoxications « accidentelles » liées à une prise répétée est globalement plus mauvais que celui des intoxications volontaires [6].

La récente limitation des vaccinations contre l’hépatite B, faisant suite aux controverses sur les relations entre le vaccin et certaines maladies neurodégénératives, pourrait conduire à terme à une réaugmentation de l’incidence de l’hépatite B en France.

L’hépatite E était en principe limitée à certains pays en voie de développement où elle était responsable d’épidémies. Au cours des dernières années, des cas autochtones d’infections par le virus de l’hépatite E ont été observés en France, dont certains compliqués d’insuffisance hépatique aiguë [7]. L’incidence des hépatites E autochtones pourrait augmenter avec le temps même si les meilleures conditions d’hygiène devraient en limiter l’extension.

Causes et mécanismes

Il est classique d’attribuer l’insuffisance hépatique à une cause déterminée (virus de l’hépatite B, médicament, etc.). Désormais, il apparaît clairement que l’insuffisance hépatique aiguë est le plus souvent multifactorielle. Par exemple, une prise concomitante de paracétamol au stade initial de la maladie est un cofacteur d’aggravation relativement fréquent. Ce rôle délétère du paracétamol est illustré par la présence fréquente d’adduits du paracétamol chez des patients ayant une insuffisance hépatique attribuée à une autre cause [8, 9]. L’existence d’une cirrhose sous-jacente est un facteur de risque en cas d’hépatite aiguë surajoutée [10]. Une meilleure connaissance des cofacteurs et leur identification facilitent les mesures préventives.

L’insuffisance hépatique aiguë résulte d’une altération massive et brutale des fonctions hépatocytaires. Trois mécanismes cellulaires distincts peuvent aboutir cette altération fonctionnelle :

  • la nécrose hépatocytaire ;
  • l’apoptose (largement impliquée dans la toxicité du paracétamol) ;
  • la stéatose microvésiculaire aiguë.

Ces mécanismes peuvent être associés chez un même malade. Des agents anti-apoptotiques pourraient avoir un intérêt dans le traitement de l’insuffisance hépatique, et certains de ces agents devraient être testés dans le cadre d’études cliniques. Récemment, un quatrième mécanisme, l’autophagie, a été identifié [11]. Ce dernier mécanisme, correspondant à une autodestruction des composants intracytoplasmiques des hépatocytes, est impliqué chez certains anorexiques ayant une dénutrition majeure et qui, à un stade avancé, peuvent développer une insuffisance hépatique aiguë. On ne sait pas encore si ce mécanisme est également impliqué pour d’autres causes d’insuffisance hépatique.

L’œdème cérébral est la complication la plus grave de l’insuffisance hépatique aiguë (figure 1). Paradoxalement, les avancées dans la compréhension de ses mécanismes ont été modestes [12]. Il n’existe toujours pas de traitement spécifique dont le bénéfice soit clairement démontré.

Manifestations

Depuis la publication initiale de Trey et Davidson [1], la définition de l’insuffisance hépatique aiguë est restée ambiguë. En effet, dans la littérature anglo-saxonne, par définition, on ne parle d’insuffisance hépatique aiguë (acute liver failure) que lorsqu’il existe une encéphalopathie [13]. Or, l’encéphalopathie n’apparaît qu’au stade ultime de l’insuffisance hépatique. En pratique, l’insuffisance hépatique existe avant l’apparition d’une encéphalopathie, et tous les malades qui ont une altération massive et brutale des fonctions hépatiques (ce qui devrait définir l’insuffisance hépatique aiguë) n’ont pas d’encéphalopathie. Cette ambiguïté a conduit à de nombreuses inexactitudes dans la littérature. En particulier, dans de nombreuses séries, des malades ayant une altération profonde des fonctions hépatiques (baisse des facteurs de coagulation entre autres) mais sans encéphalopathie ont été considérés par excès comme ayant une insuffisance hépatique aiguë, au sens « anglo-saxon du terme » (acute liver failure). Au total, il est préférable de définir ce syndrome à un stade plus précoce. Un nombre croissant d’auteurs s’accorde sur le fait que les patients ayant une altération majeure des fonctions hépatiques doivent être considérés comme ayant une insuffisance hépatique aiguë, même s’ils n’ont pas d’encéphalopathie. Le terme early acute liver insufficiency (« insuffisance hépatique aiguë sévère » selon la terminologie française) a été proposé pour qualifier les patients ayant une augmentation de l’INR au-delà de 1,7 (TP aux alentours de 50 %), sans encéphalopathie. Un consensus sur cette question sémantique n’a toujours pas été obtenu.

Classiquement, la cause la plus fréquente de décès en l’absence de transplantation était l’œdème cérébral, avec pour conséquences un engagement et/ou une ischémie cérébrale irréversible (par défaut de perfusion). Pour des raisons qui n’ont pas été clairement élucidées, au cours des dix dernières années, le taux de décès en rapport avec l’œdème cérébral a diminué. Parallèlement, le taux de décès en rapport avec une défaillance multiviscérale a augmenté.

Prise en charge médicale

Il y a 20 ans, la prise en charge médicale de l’insuffisance hépatique aiguë avait comme objectif d’éviter les facteurs aggravants et de maintenir une situation propice à une régénération hépatocytaire rapide, condition essentielle à la guérison. Sur le fond, cette politique générale n’a pas changé.

Traitements pharmacologiques

La N-acétylcystéine est largement utilisée chez les malades qui ont une intoxication par le paracétamol. Ce composant limite la formation et la toxicité des métabolites réactifs du paracétamol. Plus généralement, il favorise la reconstitution des réserves hépatocytaires du glutathion qui a des propriétés anti-oxydantes. La question a donc été de savoir si l’administration de N-acétylcystéine pourrait également avoir un intérêt au cours des insuffisances aiguës non liées au paracétamol. Plusieurs arguments incitent à utiliser largement la N-acétylcystéine. Premièrement, la tolérance de la N-acétylcystéine par voie intraveineuse est excellente. Deuxièmement, la prise récente de paracétamol est un cofacteur aggravant fréquent au cours des insuffisances hépatiques de toutes origines. Troisièmement, la N-acétylcystéine pourrait augmenter l’oxygénation tissulaire et améliorer les paramètres hémodynamiques au cours de l’insuffisance hépatique aiguë [14]. Enfin, une étude contrôlée suggère que l’administration précoce de N-acétylcystéine pourrait augmenter les chances de guérison spontanée chez les malades ayant une encéphalopathie modérée (grade I ou II) [15]. En revanche, son intérêt chez les malades ayant une hépatite non liée au paracétamol et associée à une encéphalopathie sévère (grade III ou IV) n’est pas établi.

En dehors de l’intoxication par le paracétamol, la liste des causes qui justifient un traitement spécifique est limitée (maladie de Wilson, hépatite herpétique, hépatite auto-immune, syndrome de Budd-Chiari). L’intérêt potentiel des inhibiteurs de l’apoptose en pratique clinique est incertain.

Monitoring et traitement de l’œdème cérébral et de l’hypertension intracrânienne

Le monitoring optimal de l’hypertension intracrânienne a été l’objet de controverses. La mesure invasive par un capteur de pression épidural a longtemps été considérée comme la technique de référence. En pratique, la mesure invasive de la pression intracrânienne est limitée par une morbidité non négligeable (risque hémorragique en particulier), une fiabilité discutable et surtout le peu de moyens dont on dispose pour abaisser la pression intracrânienne lorsque l’on constate qu’elle est élevée. La plupart des centres ont donc abandonné cette technique invasive au profit du doppler cérébral qui apporte des informations fiables sur le flux sanguin intracérébral [16].

En dehors de la transplantation elle-même, les mesures destinées à limiter l’œdème cérébral ou à prévenir son aggravation sont la surélévation de la tête et du tronc, une sédation optimale, une hypothermie modérée (33-34 °C) et une hypernatrémie contrôlée (145-155 mmol/L) [12]. En l’absence de transplantation (ou de régénération de dernière minute), on ne peut attendre de ces mesures qu’un effet transitoire. L’efficacité de la dialyse à l’albumine (système MARS®) pour abaisser la pression intracrânienne en cas d’œdème cérébral n’a pas été clairement démontrée.

Suppléance artificielle du foie

Malgré des tentatives variées tant dans les principes que dans les moyens mis en œuvre, il n’existe toujours pas de système de suppléance artificiel du foie efficace. Le foie « bioartificiel », comportant des hépatocytes en culture, est techniquement très complexe. Les quelques études contrôlées et une méta-analyse n’ont pas permis de mettre en évidence un bénéfice du foie « bioartificiel » au cours de l’insuffisance hépatique aiguë [17]. De plus, la possible transmission de zoonoses à l’homme par des hépatocytes porcins utilisés dans ces systèmes n’a pas pu être définitivement écartée. Au total, aucun foie « bioartificiel » n’est utilisable en pratique courante, et il existe peu de perspectives à moyen terme.

La dialyse à l’albumine (système MARS®) est la technique de suppléance la plus largement répandue. Le principe est un enrichissement du dialysat en albumine, permettant l’épuration plus efficace de toxines à forte affinité protéique. Plusieurs études ont montré que le système MARS® corrige partiellement la vasodilatation systémique et le syndrome hyperkinétique [18]. Une diminution de la pression intracrânienne en cas d’œdème cérébral a été suggérée par des études expérimentales mais non confirmée chez l’homme. Enfin, une étude contrôlée récente, réalisée chez des candidats à la transplantation (MARS® versus hémodialyse ou hémofiltration conventionnelle), n’a pas permis de mettre en évidence un bénéfice significatif en termes d’accès à la transplantation ou de survie, même s’il existait une tendance positive en faveur de MARS® [19]. Au total, compte tenu de la priorité nationale qui leur est attribuée, la plupart des malades ayant une insuffisance hépatique aiguë ont un accès rapide à un donneur compatible. Ils peuvent être transplantés dans des conditions satisfaisantes et sans support artificiel spécifique. Dans ce contexte, la place de la dialyse à l’albumine doit être clarifiée. En pratique, dans l’état actuel des connaissances, on peut raisonnablement proposer l’utilisation du système MARS® en attente d’une transplantation lorsqu’il existe une instabilité hémodynamique et/ou des signes patents d’hypertension intracrânienne, à défaut d’autres options thérapeutiques (tableau 2).

Tableau 2 Résultats attendus et observés avec la dialyse à l’albumine par le système MARSau cours de l’insuffisance hépatique aiguë grave.

Résultats attendus

Démonstration

Épuration de toxines à forte affinité protéique plus efficace qu’avec l’épuration extrarénale conventionnelle

Oui

Amélioration des troubles métaboliques secondaires à l’insuffisance rénale associée

Ouia

Amélioration hémodynamique

Oui

Correction de l’œdème cérébral

Non

Augmentation des chances de guérison spontanée sans transplantation

Non

Diminution de la mortalité en liste d’attente de transplantation

Non

Amélioration des résultats de la transplantation

Non

Transplantation hépatique

Critères de transplantation en urgence

Au cours de l’insuffisance hépatique aiguë grave (associée à une encéphalopathie), il existe une période critique (de quelques heures à quelques jours) au cours de laquelle on peut observer soit une régénération rapide conduisant à la guérison soit, au contraire, à une aggravation conduisant rapidement au décès. Les critères de transplantation ont pour objectifs d’identifier les malades ayant un pronostic défavorable avec un traitement médical à un stade suffisamment précoce pour les transplanter dans des conditions satisfaisantes. Ces critères doivent constituer un compromis entre le risque de transplanter trop tôt des malades qui auraient guéri spontanément et le risque de prendre la décision trop tardivement, avec une mortalité très élevée.

Bien qu’ils aient été établis empiriquement, les critères de transplantation de Clichy tout comme les critères du King’s College continuent d’être largement appliqués dans la pratique [2, 20]. Les critères du King’s College sont différents selon qu’il s’agit d’une intoxication par le paracétamol ou d’une autre cause d’insuffisance hépatique aiguë. Pour les intoxications par le paracétamol, les critères du King’s College sont clairement plus performants que les critères de Clichy.

A posteriori, l’application de ces critères de transplantation permet d’estimer la proportion de malades qui ont été transplantés et ont survécu, la proportion de malades qui sont décédés en liste d’attente et la proportion (faible) de malades qui sont décédés alors qu’ils n’avaient pas les critères de transplantation. En revanche, l’application de ces critères ne permet plus d’identifier les malades qui auraient survécu avec un traitement médical sans être transplantés. Malgré cette limite, il reste possible d’affiner les critères de transplantation, en particulier pour certaines pathologies dont l’histoire naturelle est sensiblement différente de celle des autres insuffisances hépatiques. Ainsi, au cours des intoxications par l’amanite phalloïde, certains critères de gravité (intervalle de temps court entre l’ingestion et le début de la diarrhée, baisse des facteurs de coagulation) peuvent conduire à prendre la décision de transplantation même s’il n’existe pas d’encéphalopathie [21]. En cas d’intoxication par le paracétamol, il semble exister un sous-groupe de patients qui décèdent dans un contexte de défaillance multiviscérale indépendant de l’insuffisance hépatique [22]. Chez ces patients, la transplantation est en principe vouée à l’échec. Des études sont encore nécessaires pour mieux identifier ces sous-groupes.

Évolutions techniques

La transplantation orthotopique totale est la technique de référence. Le taux de survie se situe aux alentours de 65 % à cinq ans. Ces résultats sont sensiblement inférieurs à ceux de la transplantation pour cirrhose (75 % environ), la différence étant principalement due à une mortalité précoce plus élevée. Comme pour toutes les autres indications de transplantation, un traitement immunosuppresseur à vie est nécessaire.

La transplantation hépatique auxiliaire est une alternative attractive qui peut permettre à terme l’arrêt définitif des immunosuppresseurs. Elle consiste à réaliser une hépatectomie partielle chez le receveur, à transplanter un greffon partiel correspondant à la partie du foie qui a été réséquée (lobe droit en général) et à laisser en place une partie du foie natif qui peut ultérieurement régénérer. Le greffon corrige rapidement l’insuffisance hépatique. Ultérieurement, si la régénération est suffisante, on peut arrêter progressivement les immunosuppresseurs et laisser le greffon s’atrophier [23].

La transplantation auxiliaire est justifiée par l’importante capacité de régénération du parenchyme hépatique. L’expérience montre que l’on peut observer à distance une régénération complète en termes de fonction et de volume, même chez des malades, pour qui, seul le lobe gauche natif a été laissé en place, et qui avaient une nécrose hépatocytaire subtotale sur l’explant [24]. Les chances de régénération sont d’autant plus élevées qu’il s’agit d’une insuffisance hépatique aiguë et non subaiguë. En cas d’hépatite subaiguë, les chances de régénération sont plus faibles. En pratique, la transplantation auxiliaire est une technique complexe. Elle peut être envisagée lorsque certaines conditions sont remplies (tableau 3). L’avantage majeur est la possibilité d’arrêter l’immunosuppression au terme de quelques mois. L’inconvénient est la complexité technique avec une morbidité chirurgicale accrue. La morbidité a diminué avec l’apprentissage. Le bénéfice tend donc à dépasser les inconvénients [25].

Tableau 3 Critères de sélection habituellement retenus pour réaliser une transplantation auxiliaire plutôt qu’une transplantation totale.

Insuffisance hépatique aiguë avec un fort potentiel de régénération (hépatite au paracétamol, hépatite médicamenteuse de mécanisme toxique, hépatite aiguë A, hépatite aiguë B, stéatose microvésiculaire)a

Absence de maladie chronique du foie sous-jacente

Âge du receveur inférieur à 50 ans

Absence de défaillance multiviscérale chez le receveur

Greffon de qualité optimale

Perspectives

Au cours des 20 dernières années, les avancées dans le domaine des insuffisances hépatiques aiguës ont été modestes, mais néanmoins réelles. L’insuffisance hépatique aiguë est une pathologie rare particulièrement grave. Les hépatologues ne doivent pas s’en désintéresser, même si des moyens spécifiques de réanimation sont souvent nécessaires aux stades les plus avancés. La compréhension des mécanismes et la prise en charge se situent en amont.

Des efforts doivent être maintenus pour appliquer des mesures préventives et réduire encore l’incidence de l’insuffisance hépatique aiguë. Pour les malades qui ont échappé aux mesures préventives ou pour ceux qui ont une évolution inexorablement défavorable, une meilleure compréhension des mécanismes de l’œdème cérébral est souhaitable, avec comme objectif de proposer des thérapeutiques spécifiques. Pour des raisons techniques, la mise au point de systèmes de suppléance artificielle efficaces reste encore incertaine. Les critères de transplantation doivent encore être affinés pour une meilleure sélection des patients et une utilisation optimale des greffons. Pour tous les candidats à la transplantation qui ont un potentiel raisonnable de régénération, la transplantation auxiliaire devrait se généraliser.

Références

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