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Transplantation cardiaque et hépatites virales B et C à l’ère des greffes dérogatoires


Hépato-Gastro. Volume 16, Numéro 3, 183-9, mai-juin 2009, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2009.0307

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Pascal Lebray, Dominique Thabut, Shaïda Varnous , Service d’hépatogastroentérologie, hôpital de La Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris, France, Service de chirurgie cardiothoracique, hôpital de La Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris, France.

Résumé : La possibilité, depuis décembre 2005, de pratiquer des transplantations cardiaques dérogatoires avec des donneurs porteurs de marqueurs d’infection ancienne par le virus de l’hépatite B (VHB) ou d’anticorps dirigés contre le virus de l’hépatite C (VHC) est une option intéressante chez les malades présentant un pronostic vital engagé. Les risques à long terme de cette nouvelle stratégie sont en cours d’évaluation, mais la forte prévalence des cas de contamination de novo, au début des années 1990, a permis de mieux évaluer le pronostic des hépatites virales B et C en transplantation cardiaque. Si des mesures prophylactiques simples ont limité le risque d’infection de novo, les cas de transplantation chez un receveur contaminé vont augmenter en France avec la prévalence et le meilleur contrôle des infections virales B et C. Avant transplantation, il est donc nécessaire d’améliorer les techniques permettant de dépister une fibrose hépatique sévère chez le receveur et de discuter de la pertinence d’une transplantation cardiaque seule. En cas d’infection virale de novo ou ancienne, le risque d’évolution (sub)fulminante vers une fibrose hépatique cholestasiante (FHC) après transplantation est faible. En revanche, le risque d’évolution vers une cirrhose et ses complications, responsable d’une surmortalité hépatique à long terme, est plus important. Sur le plan thérapeutique, les analogues nucléos(t)idiques sont efficaces en cas d’infection virale B, et les immunoglobulines anti-HBs préviennent tout risque de réactivation en cas de donneur à risque (Ac anti-HBc positifs). En cas d’infection virale C, la contre-indication absolue de l’interféron et l’absence de traitement efficace restent problématiques en attendant l’arrivée de nouvelles classes thérapeutiques. Pour toutes ces raisons, une collaboration multidisciplinaire est nécessaire.

Mots-clés : transplantation cardiaque, VHB, VHC, anticorps anti-HBc, greffe dérogatoire

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Pascal Lebray1, Dominique Thabut1, Shaïda Varnous2

1Service d’hépatogastroentérologie, hôpital de La Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris, France
2Service de chirurgie cardiothoracique, hôpital de La Pitié-Salpêtrière, 75013 Paris, France

L’augmentation, depuis quelques années, du nombre de patients inscrits sur liste de transplantation cardiaque (+8 % en cinq ans) ne s’est pas accompagnée d’une augmentation de l’offre de greffons cardiaques. Hors liste d’urgence, cette pénurie d’organes entraîne invariablement l’augmentation du délai d’attente et du risque de décès des patients inscrits sur liste (277/1 000 patients sur liste d’attente décédés en 2007 vs 219/1 000 en 2002) [1].

Pour réduire ce déséquilibre, l’utilisation de greffons dits « alternatifs » est devenue une option dans les situations d’urgence (patients sur liste de superurgence SU1 ou SU2) ou en cas d’indication limite (receveur âgé, comorbidités associées, etc.). Dans cette perspective, « si le pronostic vital est engagé », le recours à des donneurs porteurs de stigmates d’une infection virale B ou C est possible, en France, depuis décembre 2005. Le risque de transmission virale encouru, le devenir de l’infection virale et son traitement éventuel ont été évalués au préalable pour valider l’utilisation de tels greffons et font l’objet de cette mini-revue.

Épidémiologie et modes de contamination des infections virales chez les patients transplantés cardiaques : historique et situation actuelle

Depuis 1991, on note une diminution de la prévalence de l’infection par le virus de l’hépatite B (VHB), atteignant 2,5 % de l’ensemble des transplantés cardiaques dans l’étude la plus récente [2]. Avant 1986, l’utilisation de produits sanguins labiles non testés pour le VHB a entraîné de nombreuses contaminations. Après 1986, les transmissions peropératoires, via le personnel médical ou paramédical ou la transfusion de produits sanguins labiles infectés, n’ont été responsables d’infection virale B qu’exceptionnellement. Le principal mode de contamination après la greffe a été la réalisation en série et par voie endovasculaire de biopsies du myocarde à l’aide de matériel à usage multiple [3].

La prévalence de l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) est également en diminution chez les greffés cardiaques (20 % en 1990 vs 1,8 % en 2000), probablement surévaluée initialement par l’emploi de tests sérologiques peu spécifiques [2, 4]. Avant 1992, la transfusion de produits sanguins labiles et l’infection du donneur constituaient les principaux modes de contamination. La présence de particules virales au sein du myocarde chez les donneurs contaminés pouvait expliquer certains cas d’infections chez le receveur [5].

La diminution drastique des cas d’infections de novo par les virus des hépatites virales B et C est liée aux trois mesures préventives suivantes :

  • l’utilisation de matériel de biopsie à usage unique (1991) ;
  • l’élimination des produits sanguins issus de porteurs de l’Ag HBs (1986) ou d’anticorps anti-VHC (1992) ;
  • l’évaluation systématique du statut viral du donneur avant prélèvement par la réalisation de sérologies virales.

Le risque de contamination, avant ou lors de la greffe, n’est cependant pas nul. Il persiste toujours un risque transfusionnel estimé pour le VHC à un sur six millions de culots globulaires et un risque de transmission d’une infection occulte du VHB par les donneurs de sang porteurs de l’anticorps anti-HBc sans antigène HBs [6]. Enfin, la prévalence du portage chronique des virus B et C au sein de la population française, estimée actuellement entre 1 et 2 %, augmente en raison des flux migratoires et d’un meilleur contrôle de la maladie hépatique. Ainsi, en 1997, en Île-de-France, dans une population médicalisée, les prévalences de portage de l’antigène HBs+, d’anticorps anti-Hbc+ et d’anticorps VHC étaient respectivement de 1, 13 et 3 % [7]. Ce phénomène favorise l’augmentation du pool de donneurs et de receveurs potentiels infectés.

Histoire naturelle des hépatites virales après transplantation cardiaque

Il faut distinguer l’hépatite virale chronique préexistante de l’hépatite dite de novo, contractée sur foie sain lors ou au décours de la greffe. Cependant, les travaux publiés sur le sujet ont très souvent rapporté ces deux cas simultanément, rendant cette distinction académique. La notion de « foie sain » doit également être pondérée par la possibilité d’une hépatopathie aiguë (en cas de foie ischémique aigu) ou chronique sous-jacente, voire d’une cirrhose en cas de foie cardiaque chronique, de syndrome dysmétabolique ou de consommation d’alcool régulière chez l’insuffisant cardiaque sévère [8, 9].

Schématiquement, on peut classer l’évolution de l’hépatite virale chez le transplanté cardiaque en quatre profils :

  • l’hépatite aiguë cytolytique (sub)fulminante liée principalement au VHB et rarissime [10] ;
  • la fibrose hépatique cholestasiante (FHC) [< 5 % des cas] caractérisée par l’apparition précoce d’un ictère cholestatique associée à une virémie très élevée (> 7 log10 UI/mL pour le VHC ou le VHB), l’hépatite virale étant ancienne ou contracté de novo. L’évolution est en général fatale vers l’insuffisance hépatique et les complications septiques [11] ;
  • l’hépatite chronique active (> 60 % des cas) évoluant vers la cirrhose et ses complications, en particulier la sepsis et le carcinome hépatocellulaire [2, 4, 12-17]. Là encore, la contamination a pu se produire avant ou après la greffe ;
  • le portage inactif du virus, retrouvé principalement chez des sujets avec charge virale VHB élevée et traduisant une immunotolérance.

Les facteurs favorisant l’évolution vers la cirrhose des hépatites chroniques ont été décrits essentiellement après transplantation hépatique. On retrouve, notamment, l’absence de prophylaxie par immunoglobulines anti-HBs, une réplication virale B avant transplantation, une forte charge virale (VHB, VHC), une évolution vers une FHC (VHB, VHC), un traitement du rejet par bolus de corticoïdes ou OKT3 (VHC) et la diminution rapide des corticoïdes (VHC).

Enfin, le risque de carcinome hépatocellulaire augmente probablement chez les greffés cardiaques VHC ou VHB positifs et les diabétiques comparativement à la population générale [18].

Influence de l’hépatite virale sur la survie du transplanté cardiaque

Évalué, en 1997, à près de 3 % des causes de mortalité tardive en transplantation cardiaque, le risque de cirrhose virale n’avait jusqu’alors pas inquiété les transplanteurs. L’étude de Lunel et al. semblait rassurante, puisqu’elle ne retrouvait pas de différence de mortalité à cinq ans entre les patients infectés ou non par le VHB [2]. Cette étude est controversée, car elle rapporte une très faible survie à dix ans chez les patients non infectés (17 %), bien différente des résultats observés traditionnellement en transplantation cardiaque (50 %). Wedemeyer et al. ont retrouvé une survie inférieure chez les patients greffés cardiaques infectés par le VHB avec un suivi de 14 ans après la greffe. Dans cette cohorte, plus de 50 % des patients étaient porteurs d’une fibrose extensive ou d’une cirrhose, huit ans après la greffe, avec deux cas de carcinome hépatocellulaire. La mortalité était liée au VHB dans 17 et 27 % des cas après 8 et 11 ans d’évolution [11]. Cinq autres études ont retrouvé une survie inférieure, statistiquement significative pour deux d’entre elles, en cas d’infection virale C [13, 17, 19-21]. Il faut noter que dans ces études tous les patients infectés étaient inscrits sur liste d’urgence (Statut UNOS Ia), alors que l’excellent taux de survie postgreffe des groupes témoins (supérieur à 80 % à deux ou quatre ans) laisse supposer une inscription sur liste régionale hors urgence. Seule l’étude de Russell et al. a analysé des patients comparables, inscrits sur liste dite alternative et présentant ou non une hépatite C de novo. La survie était alors de 20 % à deux ans en cas de sérologie VHC positive (n = 5) contre 78 % chez les patients VHC négatifs [21].

Enfin, un travail récent, portant sur un grand nombre de patients a étudié le devenir des patients ayant bénéficié de greffons anti-VHC positifs. Les résultats montrent une mortalité significativement supérieure dès la première année postgreffe (16,9 vs 8,2 % à un an ; 50,6 vs 24,3 % à dix ans ; p < 0,01), indépendamment de l’âge, de la sévérité de la cardiopathie et du statut VHC du receveur. Les auteurs concluent qu’il ne peut être recommandé d’utiliser en première intention des donneurs VHC+ en transplantation cardiaque [22]. En conclusion, il semble que l’infection par le VHC et le VHB soit de plus mauvais pronostic à long terme chez les transplantés cardiaques.

Outre l’évolution péjorative de la maladie hépatique, la possibilité d’une influence délétère du virus sur le greffon cardiaque a été étudiée. Il existe un risque de coronaropathie précoce postgreffe supérieur en cas d’infection virale C ou B [20, 22, 23]. Dans ces études cependant, un grand nombre de patients avait bénéficié avant transplantation d’une assistance ventriculaire mécanique, associée fréquemment avec des épisodes septiques, facteur confondant potentiel pouvant expliquer l’incidence élevée des lésions coronariennes, comme cela a été récemment suggéré.

Donneur VHC ou VHB+ : augmenter le pool de greffon sans risque viral ?

Nous avons vu précédemment que la transplantation cardiaque avec un donneur ou un receveur VHC+ ou VHB+ était grevée d’une mortalité plus importante à long terme. Néanmoins, le risque de transmission viral peut être limité par une sélection attentive des greffons issus de sujets ayant contracté les virus B ou C. L’utilisation d’un greffon cardiaque avec anticorps anti-HBc+ isolé a déjà été évaluée. Dans l’étude de De Feo et al., aucun des 62 greffés rénaux ou des 18 greffés cardiaques n’a contracté d’infection virale B. Le risque de transmission ne semble présent qu’en cas de greffe hépatique, avec une contamination dans 41 % des cas [24].

En cas de vaccination antivirale B efficace chez le receveur, l’utilisation de greffons provenant de donneurs porteurs de l’Ag HBs semble également possible. Une étude rétrospective de 24 patients vaccinés n’a pas noté d’apparition secondaire de l’Ag HBs malgré l’absence de traitement prophylactique par des immunoglobulines anti-HBs ou la lamivudine [25].

L’évolution favorable de la greffe avec des donneurs présentant certains profils sérologiques laisse donc entrevoir un plus grand nombre de donneurs potentiels. Ainsi, en 2006-2007, l’Agence de biomédecine a répertorié 274 donneurs cadavériques ou vivants ayant des anticorps anti-HBc positifs (soit 7,2 % de l’ensemble des donneurs !) et six donneurs ayant des anticorps anti-VHC (0,3 %). Une réunion d’experts au sein de l’Afssaps a permis l’élaboration de recommandations suivies d’un texte de loi paru au Journal officiel français en décembre 2005, autorisant l’extension de l’utilisation de greffons issus de donneurs porteurs de marqueurs sérologiques pour le VHB ou le VHC dans des situations où le risque pris est nécessaire à la survie du patient [26] (figure 1). Pour l’instant, seul les greffons issus d’un donneur ayant un profil d’immunité vaccinale ou naturelle contre le VHB (Ag HBs négatif avec anticorps anti-HBs positifs et/ou anticorps anti-HBc) pourront être utilisés dans ce cadre, le statut viral B du receveur n’influençant pas la décision d’inscription. Une prophylaxie et une surveillance adaptées seront alors nécessaires. Une réplication du VHC risquant d’être retrouvée dans deux tiers des cas chez les donneurs avec sérologie VHC positive, l’utilisation du greffon est alors réservée aux receveurs VHC+ avec réplication virale détectable. Le risque de contamination par un donneur VHC+ diminuera dans l’avenir du fait des bons résultats thérapeutiques actuels permettant une éradication virale définitive dans 60 % des cas. Cependant, la découverte récente de fragments d’ARN du VHC dans les cellules mononuclées du sang chez des sujets guéris de longue date oblige à reconsidérer l’innocuité de la greffe [27]. Quelles que soient les recommandations de l’Agence de biomédecine concernant l’utilisation de ces greffons, il semble utile de développer des tests permettant la détection rapide d’une réplication virale chez le donneur (PCR-VHC ou PCR-VHB). Enfin, l’attribution d’une greffe dérogatoire de ce type semble recevable si le receveur est virologiquement identique. Il semble judicieux, si l’information est disponible, de faire correspondre le génotype pour le VHC et la présence d’une mutation dans le domaine pré-C ou d’une résistance acquise pour le VHB. Ces précautions auront pour but de ne pas augmenter la diversité des quasi-espèces virales, reconnue comme facteur limitant de l’efficacité du traitement antiviral.

Quel(s) traitement(s) prophylactique(s) proposer et pour quel receveur ?

Cela ne concerne que la prévention du risque de transmission du VHB, car il n’y a, à ce jour, aucune prophylaxie efficace vis-à-vis du VHC. Dans le cadre d’une politique d’utilisation de greffon anticorps HBc+, il est obligatoire d’obtenir sans délai une couverture vaccinale antivirale B efficace chez tout patient en attente de greffe cardiaque. En l’absence d’anticorps anti-HBs+ et/ou anti-HBc+, une vaccination (Engerix® ou Genhevac B®) doit être entreprise dès la décision d’inscription sur liste de transplantation cardiaque. Actuellement, les recommandations chez le sujet sain sont de pratiquer trois injections intramusculaires de vaccin (à un, deux et six mois) et d’en vérifier l’efficacité un mois après par le dosage du taux d’anticorps HBs. La protection est considérée comme efficace et durable, lorsque le taux d’anticorps est supérieur à 10 mUI/mL, ce qui est le cas chez 95 % des patients vaccinés immunocompétents. Chez l’insuffisant cardiaque en phase terminale, une protection efficace après une première série vaccinale n’est obtenue que chez 40 % des patients [28]. Il est donc impératif de vérifier systématiquement le taux d’anticorps anti-HBs chez ces patients. En l’absence d’efficacité, une deuxième série vaccinale doit être réalisée. Chez les sujets sur liste d’urgence, il semble raisonnable d’effectuer une injection vaccinale de façon mensuelle, et ce, jusqu’au sixième mois d’attente sur liste ou jusqu’à l’obtention d’un taux d’anticorps anti-HBs protecteur [29]. L’injection de rappel pourra être réalisée sans risque après la première année de greffe. L’optimisation des protocoles de vaccination chez le sujet non protégé sur liste d’attente justifie la réalisation d’études complémentaires (voie intradermique ou IM/simple ou double dose/injections répétées ?).

Après une greffe dérogatoire, plusieurs cas de figure doivent conduire à la mise en place d’une prophylaxie efficace (tableau 1). L’utilisation d’immunoglobulines anti-HBs avec pour seuil un taux d’anti-HBs supérieur à 100 UI/L et/ou d’un analogue nucléos(t)idique doit être proposée et adaptée selon les profils sérologiques du donneur et du receveur :

  • si le receveur est un porteur chronique inactif du VHB (Ag HBs positif + transaminases normales + absence de lésion hépatique + réplication virale < 104 copies/mL), une prophylaxie par lamivudine doit être proposée ;
  • si le receveur présente une hépatite chronique active, le traitement antiviral doit être optimisé avant la greffe et poursuivi par la suite, afin d’obtenir une charge virale VHB indétectable ;
  • chez le receveur immunisé ou non protégé, une prophylaxie par immunoglobulines anti-HBs doit être initiée en peropératoire et poursuivie à vie.

Une bithérapie avec l’adjonction d’un analogue non néphrotoxique en première intention, telle que la lamivudine ou l’entécavir, est une option. L’ensemble de ces propositions devra faire l’objet d’une évaluation prospective avant validation.

Tableau 1 Mesures prophylactiques vis-à-vis du VHB, recommandées par l’Afssaps selon les profils sérologiques du receveur. Tiré de www. afssaps.sante.fr.

Prise en charge thérapeutique de l’hépatite virale avant, puis après greffe cardiaque

Hépatite chronique C

Avant la greffe

L’utilisation de l’interféron pégylé et de la ribavirine est contre-indiquée chez l’insuffisant cardiaque sévère. L’objectif avant la greffe est donc de veiller au dépistage de la cirrhose et de ses complications. La réalisation d’une PBH est nécessaire pour l’évaluation des lésions hépatiques, car la performance des tests non invasifs de fibrose hépatique tels que le Fibrotest® ou le Fibroscan® n’a pas été évaluée dans ce contexte. En cas de cirrhose, une double transplantation hépatique et cardiaque doit être discutée [8, 30].

Après la greffe

La réalisation d’une biopsie hépatique régulière, tous les deux à cinq ans (ou de tests non invasifs ?), est nécessaire. Un traitement est à proposer en cas de fibrose hépatique modérée ou sévère et surtout devant une FHC. L’interféron pégylé est contre-indiqué dans les premières années de greffe, sauf en cas de FHC, car il favorise le rejet aigu. Une seule étude, à ce jour, semble montrer un intérêt de l’interféron prescrit à distance de la greffe. Cinq patients VHC+ de génotype 1 ont été traités plus de sept ans après leur greffe par de l’Alferon® (interféron leucocytaire naturel) pendant un an. Le taux de rejet était similaire à celui des patients non traités (infectés ou non). Tous les sujets traités par interféron ont normalisé leurs transaminases et négativé leur virémie. L’éradication définitive du virus n’a été possible, cependant, que chez l’un d’entre eux [31].

La ribavirine, quant à elle, présente un risque d’anémie et d’hémolyse sévère. Son intérêt en transplantation cardiaque reste à évaluer. L’évaluation en cours des deux nouvelles classes de molécules antivirales (antiprotéases et antipolymérases) semble prometteuse et permettra peut-être, d’ici plusieurs années, de surseoir à l’utilisation de l’interféron.

Hépatite virale B

Le contrôle de la virémie est un objectif primordial avant et après la greffe. L’utilisation de l’interféron pégylé reste bien sûr contre-indiquée. Les principes du traitement sont les mêmes avant et après la greffe. Actuellement, les analogues nucléos(t)idiques sont à utiliser en première intention. La lamivudine (Zeffix®, 100 mg/j), l’adéfovir (Hepsera®, 10 mg/j), le ténofovir (Viread®, 245 mg/j) et l’entécavir (Baraclude®, 0,5 à 1 mg/j) permettent d’inhiber efficacement la réplication virale [32]. Le risque de résistance à long terme justifie une surveillance trimestrielle de l’ADN du VHB par une technique sensible. L’utilisation d’emblée d’une multithérapie à l’instar du traitement antirétroviral est à l’étude.

Conclusion

La prise en charge des patients avant et après transplantation cardiaque se modifie grâce à la possibilité récente de pratiquer des greffes dérogatoires ainsi qu’à l’amélioration de la prise en charge des hépatites virales B et C. La participation de l’hépatologue dans la décision de greffe, dans le choix du receveur et dans le suivi du patient contaminé est plus que jamais nécessaire.

Références

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