Accueil > Revues > Médecine > Hépato-Gastro > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Hépato-Gastro
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Traitement chirurgical du prolapsus total du rectum


Hépato-Gastro. Volume 15, Numéro 6, 441-8, Novembre-Décembre 2008, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2008.0261

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jean-Luc Faucheron, Irene Morra, David Voirin, Walter Moreno , Unité de chirurgie colorectale, clinique universitaire de chirurgie digestive et de l’urgence, hôpital Albert-Michallon, BP 217, 38043 Grenoble cedex 09, France.

Résumé : Le prolapsus total du rectum survient lorsque plusieurs conditions anatomiques sont réunies : rectum hyperlaxe et vertical, sigmoïde long et mobile, sphincter anal hypotonique, périnée faible et enfin cul-de-sac de Douglas profond. Il peut être constitutionnel ou acquis, notamment par des poussées abdominales intenses et prolongées. L’évolution spontanée se fait vers la répétition des extériorisations, puis vers la survenue de douleurs, d’une incontinence anale, d’ulcérations rectales, d’hémorragies et enfin d’étranglement, avec risque de nécrose. L’indication opératoire est pour cela recommandée. Les interventions par voie périnéale sont au nombre de deux : 1) l’opération de Delorme consiste à dépouiller le rectum extériorisé de sa muqueuse et à plicaturer la musculeuse pour la réintégrer au-dessus du plancher pelvien en suturant enfin la muqueuse \; 2) l’opération d’Altemeier se propose de réséquer le prolapsus et son mésorectum, réalisant une véritable résection rectale par voie périnéale, suivie d’une anastomose coloanale. L’inconvénient majeur de ces opérations périnéales est de comporter un taux de récidive précoce atteignant les 30 %. Les interventions par voie abdominale ont tendance à prendre le pas sur les précédentes, grâce à l’avènement de la cœlioscopie : le cul-de-sac de Douglas est réséqué et le rectum est modérément tendu vers le promontoire lombosacré par l’intermédiaire de bandelettes non résorbables. L’absence d’exérèse suppose de petites incisions et, partant, l’absence de morbidité lourde pariétale ou intrapéritonéale. Les douleurs sont minimes et la durée de séjour courte. Le taux de récidive est ainsi inférieur à 5 %.

Mots-clés : prolapsus, rectum, cul-de-sac de Douglas

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Jean-Luc Faucheron, Irene Morra, David Voirin, Walter Moreno

Unité de chirurgie colorectale, clinique universitaire de chirurgie digestive et de l’urgence, hôpital Albert-Michallon, BP 217, 38043 Grenoble cedex 09, France

Il n’y a pas de consensus réel concernant le traitement chirurgical du prolapsus extériorisé (appelé encore prolapsus « total ») du rectum. Le diagnostic établi, l’indication opératoire est le plus souvent portée, contrairement à tous les autres troubles de la statique pelvienne comme la rectocèle, la cystocèle ou l’élytrocèle, car l’évolution ne peut se faire que vers l’augmentation de la fréquence de l’extériorisation et la survenue de complications parfois graves.

Plusieurs questions restent encore à l’heure actuelle débattues lorsque la solution chirurgicale est proposée :

  • faut-il intervenir par voie abdominale ou par voie périnéale ?
  • lorsque la voie abdominale est retenue, faut-il associer une colectomie sigmoïdienne pour faire disparaître ou diminuer le risque d’une constipation ?
  • quel est le taux réel des complications et des séquelles des différentes techniques opératoires ?

Les auteurs se proposent de rappeler les conditions de survenue du prolapsus extériorisé, son histoire naturelle, les objectifs du traitement chirurgical et enfin les avantages et les inconvénients des principales techniques chirurgicales.

Conditions de survenue d’un prolapsus total du rectum

Ce chapitre est essentiellement basé sur l’expérience de l’auteur et quelques évidences cliniques. Certaines affirmations ne sont pas démontrées scientifiquement et le lecteur pourra donc les lire avec un œil critique.

Pour aboutir à l’extériorisation d’un prolapsus total du rectum, six anomalies anatomiques et une condition physiopathologique doivent être réunies. En l’absence d’une seule d’entre elles, le rectum restera en place et d’autres troubles pourront s’exprimer (par exemple des douleurs, des rectorragies sur ulcère solitaire, une dyschésie, une incontinence anale, etc.).

Le rectum est entouré d’un mésorectum contenu dans un feuillet viscéral (le fascia recti) qui le sépare d’un feuillet recouvrant la paroi pelvienne (le fascia pelvien). Dans le cas d’un prolapsus rectal, l’ensemble du rectum et du mésorectum doit être hyperlaxe pour autoriser sa descente au-delà du canal anal sur plusieurs centimètres. Le rectum doit d’ailleurs être très vertical, de manière à ce que la poussée abdominale (simple pesanteur ou effort avec hyperpression) entraîne non pas une plicature au niveau de l’angle anorectal, mais un glissement de l’ensemble au travers de l’anus, dans l’axe du rectum. La troisième anomalie anatomique est une trop grande longueur relative de rectum et surtout de sigmoïde : en effet, un sigmoïde trop court retiendrait en quelque sorte le rectum qui ne pourrait pas, ainsi, s’extérioriser. La quatrième condition doit être l’existence d’un sphincter anal faible et distendu, se laissant facilement franchir par le rectum. De la même manière, la sangle des muscles élévateurs de l’anus doit être de piètre qualité, hypotonique et s’écarter latéralement, pour autoriser l’extériorisation du rectum accompagné du mésorectum. La dernière condition anatomique est un cul-de-sac péritonéal de Douglas très profond, qui permet le glissement du rectum vers le bas ; au maximum est réalisée une hédrocèle, lorsque le cul-de-sac descend au-delà de l’anus (figure 1).

Toutes ces anomalies anatomiques ne favoriseraient peut-être pas la survenue progressive d’un prolapsus total du rectum s’il n’y avait pas une hyperpression abdominale répétée, comme elle est rencontrée notamment dans la constipation de transit chronique ou la dyschésie.

Dans certains cas, ces anomalies anatomiques sont constitutionnellement présentes et le prolapsus apparaît dès l’enfance ou chez l’adulte jeune. Dans d’autres cas, les anomalies aboutissant au développement du prolapsus peuvent trouver leur explication dans certaines situations particulières : anorexie mentale ou vieillissement (fonte littérale du mésorectum et amincissement des muscles périnéaux), terrain psychiatrique (poussées défécatoires anormalement prolongées et répétées).

Histoire naturelle d’un prolapsus total du rectum

L’évolution spontanée d’un prolapsus total du rectum se fait vers la répétition des épisodes d’extériorisation, qui finit par entraîner un allongement anatomique du segment évaginé, une irritation de sa muqueuse avec œdème, ulcération, voire surinfection. L’anneau sphinctérien forcé finit par se distendre, le plancher périnéal s’abaisse et les nerfs pudendaux s’étirent, aggravant ainsi l’incontinence anale. Des douleurs pelvipérinéales peuvent apparaître à ce stade, dont les causes sont probablement multiples : traction sur le mésosigmoïde et le côlon sigmoïde, pression sur le périnée, étirement du canal anal, etc.

A un moment donné de l’évolution, l’extériorisation peut devenir irréversible à cause de l’œdème et il peut se produire alors un étranglement (figure 2), qui peut lui-même conduire à une nécrose ischémique, potentiellement mortelle.

Objectifs du traitement chirurgical

Pendant très longtemps, le seul but poursuivi par les chirurgiens était de supprimer l’anomalie anatomique que représente l’extériorisation du rectum [1]. Ce but est bien sûr toujours poursuivi, et le succès de l’opération sera jugé facilement sur l’absence pérenne d’une tuméfaction s’extériorisant par l’anus. Mais, en 2008, 3 autres objectifs doivent être simultanément respectés.

Il faut restaurer au mieux une physiologie anorectale normale, c’est-à-dire une défécation normale en durée et fréquence, sans incontinence anale [2].

Il faut tendre vers la disparition totale des symptômes associés à l’anomalie anatomique : douleurs à type de pesanteur ou de tiraillements, dyschésie causée par le prolapsus, rectorragies et émission de glaires dues à l’irritation mécanique et l’inflammation de la muqueuse, incontinence anale due à la distension de plus en plus fréquente et permanente de l’anneau sphinctérien, dyspareunie, dépression réactionnelle éventuelle, etc. Enfin, tout cela doit être obtenu en évitant d’induire des séquelles comme des douleurs pelvipérinéales, une constipation de transit, une dyschésie, voire une akinésie [3] ou … une trop grande cicatrice.

Techniques opératoires par voie abdominale

Elles sont très nombreuses et la littérature est riche de la description de plus de 50 techniques opératoires [4], dont les plus connues sont celles de Orr-Loygue [5], Wells [6] et Ripstein [7]. Schématiquement, le principe est de fixer le rectum par voie d’abord abdominale de manière à l’empêcher définitivement de s’extérioriser.

En France, la technique la plus employée a longtemps été la technique de Loygue, pérennisée ensuite par Parc [8-11]. Elle consiste à réséquer le cul-de-sac péritonéal de Douglas, trop profond, et à remonter le rectum dans la concavité sacrée afin de l’y fixer le plus solidement possible. Orr le faisait par une bandelette de fascia lata, Loygue le faisait avec deux bandelettes synthétiques, fixées en bas sur les faces antérolatérales du bas rectum dépouillé de sa séreuse et en haut sur le promontoire lombosacré (figure 3). A l’époque des deux auteurs, l’anomalie organique primait sur les troubles fonctionnels, et l’échec chirurgical n’était considéré qu’en cas de récidive du prolapsus. Cela explique probablement pourquoi la technique comportait une libération quasi totale du rectum (avec donc risque de lésions nerveuses et sclérose cicatricielle périrectale), une tension importante sur le rectum (avec en corollaire un aspect rigide, verticalisé de l’ampoule rectale et un degré plus ou moins important de dyschésie) et une fixation profonde dans le ligament prévertébral (avec description de lésions veineuses iliaques et de cas de spondylodiscite). Les suites de ce geste réalisé par laparotomie médiane avec refoulement des anses grêles imposaient une hospitalisation d’une semaine environ, avec les douleurs postopératoires classiques qui nécessitaient la prescription prolongée de morphine ralentissant le transit.

Une variante de la technique de Orr-Loygue consiste à ajouter une sigmoïdectomie. Pour certains auteurs, comme l’américain Goldberg, ce sacrifice est réalisé systématiquement en considérant que la longueur du sigmoïde est excessive et participe à la constipation préopératoire ou postopératoire notée dans 10 à 80 % selon les séries de la littérature [12, 13]. Pour d’autres auteurs, la sigmoïdectomie ne doit être réalisée qu’en cas de troubles fonctionnels et, notamment, en cas de constipation globale confirmée par le temps de transit aux pellets ou en cas de colite spasmodique [14, 15]. L’existence d’une diverticulose n’est pas en soit une indication formelle à la résection, contrairement à la présence d’une sigmoïdite constituée (l’occurrence est cependant rare). L’association d’un geste septique (la colectomie) à un geste de chirurgie propre (l’insertion de la bandelette prothétique) pourrait faire craindre la survenue de complications septiques sur corps étranger, mais celles-ci ne se résument en fait qu’au risque théorique de fistule sur l’anastomose colorectale haute (4 à 8 % des cas dans la littérature).

Les résultats globaux de la technique de rectopexie réalisée par laparotomie sont montrés dans le tableau 1.

L’expérience grandissante des équipes et certaines études prospectives ont conduit les auteurs à réaliser des interventions moins agressives [16-20]. L’équipe de Londres a, par exemple, démontré dans une étude prospective randomisée que l’absence de section des ailerons latéraux du rectum, si dans leur main, donnait plus de récidives, permettait de causer moins de séquelles fonctionnelles [21]. Les progrès de la laparoscopie en chirurgie colorectale permettent d’envisager actuellement cette voie d’abord, ce qui aboutit à faire sortir rapidement les patients opérés et, probablement, à améliorer les résultats fonctionnels tout en diminuant la morbidité [22-33]. Il est même possible de réaliser l’intervention en ambulatoire (communication personnelle). En ce qui concerne les résultats techniques et fonctionnels de la rectopexie au promontoire, réalisée par voie cœlioscopique pour prolapsus extériorisé du rectum, nous avons publié notre expérience à Grenoble [31] : de mai 1996 à juillet 2004, 54 patients consécutifs (47 femmes), d’une moyenne d’âge de 53 ans (16-84), ont été opérés. Le bilan préopératoire comportait systématiquement un examen clinique, une défécographie dynamique et, en cas de constipation, un temps de transit aux pellets. Le bilan postopératoire comportait les mêmes éléments et un questionnaire standardisé de qualité de vie ; trois conversions en laparotomie ont été nécessaires en début d’expérience. La durée moyenne d’intervention a été de 157 minutes (50-370). La mortalité a été nulle, et la morbidité de 5,5 % (une parésie réversible du plexus brachial chez 2 patientes et une infection urinaire chez une troisième). La durée moyenne de séjour a été de 3 jours (1-11). Les résultats fonctionnels à 12 mois objectivent une récidive du prolapsus dans 4 cas (7,4 %), l’existence d’une constipation dans 20,3 % des cas (persistance, 8 cas et constipation de novo, 3 cas) et l’existence d’une dyschésie dans 25,9 % des cas (persistance, 6 cas et dyschésie induite, 8 cas). La continence anale a été améliorée chez 72,4 % des 29 patients présentant ce symptôme en préopératoire. Le score de qualité de vie a montré une satisfaction globale chez 96 % des patients.

Tableau 1 Résultats globaux des séries de rectopexies prothétiques par laparotomie.

Auteurs (références)

Nombre

Mortalité (%)

Récidive (%)

Constipation (%)

Incontinence (%)

Suivi (mois)

Loygue et al. [5]

257

0,7

5,6

ND

7

ND

Scaglia et al. [17]

16

0

0

60

6

12

Aitola et al. [18]

79

1

6

38

25

64

Douard et al. [8]

31

0

0

52

4

28

Marchal et al. [11]

49

0

4

58

27

106

Techniques opératoires par voie périnéale

Elles sont essentiellement au nombre de deux : l’opération de Delorme et l’opération d’Altemeier.

Technique de Delorme

Le principe consiste à réaliser une mucosectomie du rectum extériorisé, suivie d’une plicature verticale de la musculeuse rectale, puis d’une suture mucomuqueuse : l’ensemble réalise une sorte de pessaire anal au-dessus de l’appareil sphinctérien (figure 4A,B). Les avantages de cette opération sont qu’elle peut être réalisée sous anesthésie locale, qu’elle est menée par voie basse et qu’elle ne comporte pas les complications de toutes les voies d’abord abdominales. L’inconvénient majeur est qu’elle conduit à une récidive dans plus de 30 % des cas à 2 ans [10, 11], ce qui explique pourquoi elle n’est actuellement réservée qu’aux patients très âgés chez lesquels l’anesthésie générale ne peut pas être envisagée, mais qui peuvent rester presqu’une heure sans se mobiliser en position d’abord périnéale…

Technique d’Altemeier

C’est aussi une intervention réalisée par voie basse, qui conduit à un peu moins de récidive. Elle consiste à réaliser une résection sigmoïdorectale avec résection du mésorectum et du mésosigmoïde correspondants par voie périnéale, suivie d’une anastomose coloanale directe (figure 5). Par rapport à l’opération de Delorme, elle comporte un risque théorique plus important d’hémorragie, de désunion anastomotique, voire d’éviscération périnéale et, à distance, d’incontinence anale. Sous anesthésie locale, l’abord puis la résection du péritoine est plus délicate à mener que la simple plicature de la musculeuse. Sous anesthésie locale ou locorégionale, une toux ou un effort abdominal lors de l’opération d’Altemeier peuvent se solder par une éviscération per-opératoire, avec extériorisation d’anses grêles dans la plaie périnéale, toujours difficile à réduire sous ce type d’anesthésie… Enfin, l’intervention est un peu plus complexe que l’opération de Delorme et demande une plus grande expérience de la chirurgie colorectale. Si certains proctologues de formation médicale réalisent des opérations de Delorme, peu d’entre eux se « lancent » dans une opération d’Altemeier.

Rares sont les équipes européennes qui réalisent cette opération de manière routinière et systématique. L’expérience ne peut donc être tirée que de séries américaines ou japonaises, avec les biais que cela suppose (taux d’obèses pour les premières, de patients minces pour les deuxièmes, expérience moins importante des voies abdominales, impératifs techniques imposés par les risques de séquelles notamment urinaires et sexuelles pouvant conduire à des problèmes médicolégaux, etc.). Une équipe de Washington a récemment publié les résultats (à court terme malheureusement) de l’opération d’Altemeier réalisée pour prolapsus extériorisé du rectum chez 63 patients consécutifs d’une moyenne d’âge de 79 ans : 70 % des patients ont été opérés sous anesthésie locale ou locorégionale et 80 % des patients ont pu quitter le service dans les 24 heures suivant l’opération ; aucun décès n’a été à déplorer, et la morbidité s’est résumée à 10 % des cas ; 87 % des patients ont eu une amélioration subjective de leur état et la récidive à 18 mois n’est apparue que dans 7 % des cas [34]. Une autre publication, d’auteurs japonais, a donné des résultats similaires (10 % de complications, 10 % de récidive à 2 ans), avec la remarque intéressante que la longueur de rectum réséqué (22 cm) a été exactement le double de celle de l’étude précédente et que les patients étaient très âgés… [35]. L’équipe de Minneapolis, ayant l’avantage de fort bien connaître la voie abdominale puisque c’est Goldberg qui a prôné la sigmoïdectomie pendant la rectopexie, a publié voilà déjà 11 ans les résultats de l’opération d’Altemeier à propos de 114 patients : le taux de morbidité a été de 12 % et le taux de récidive de 10 %. Lorsqu’une myorraphie a été associée au geste, l’amélioration d’une incontinence préexistante a été de 90 %. Elle n’a été améliorée que d’environ 50 % lorsque ce geste n’a pas été réalisé [36].

Choix entre rectopexie au promontoire et résection par voie périnéale selon Altemeier

Les résultats publiés sur l’opération d’Altemeier peuvent soulever la question de savoir s’il ne faut pas envisager uniquement cette opération que devant un patient présentant un prolapsus extériorisé du rectum. La réponse se trouve à plusieurs niveaux. Il y a bien sûr (et avant tout ?) une question d’école chirurgicale… L’intervention qui expose le moins aux récidives est quand même, pour la plupart des auteurs, la technique de rectopexie par voie abdominale. C’est d’ailleurs elle qui répond le mieux au cahier des charges physiopathologiques. Elle requiert bien sûr une certaine expertise, mais cette chirurgie anatomique et fonctionnelle n’est-elle pas, après tout, affaire d’experts ? Si cette technique est grevée d’un certain taux de complications précoces et de séquelles, la cœlioscopie, semble-t-il, permet de minorer l’agression chirurgicale, la durée d’hospitalisation et le préjudice esthétique. L’absence de retentissement respiratoire majeur permet également d’envisager ce type d’opération même chez les sujets très âgés. La rectopexie par voie cœlioscopique permet de plus de traiter des troubles associés de la statique pelvienne chez la femme, qui ne peuvent pas être traités par voie périnéale (figure 6). Enfin, l’opération d’Altemeier, comme l’opération de Delorme et contrairement à la rectopexie, s’accompagne d’une dégradation progressive des résultats fonctionnels dans le temps, et c’est d’ailleurs le plus souvent cette appréciation avec un recul important qui manque dans les séries des voies périnéales publiées…

Conclusion

La rectopexie au promontoire par voie cœlioscopique est une technique fiable et efficace dans le traitement du prolapsus total du rectum, avec une morbidité peut-être plus faible et des résultats fonctionnels au moins comparables aux techniques de rectopexie par laparotomie, en termes de restauration de la continence anale, de taux de constipation et de dyschésie persistantes ou induites. La voie d’abord périnéale ne doit être envisagée que lorsque l’anesthésie générale est impossible.

Références

1 Faucheron JL. Pelvic anatomy for colorectal surgeons. Acta Chir Belg 2005 ; 105 : 471-4.

2 Faucheron JL. Rectum et anus pédiatriques : embryologie, anatomie et physiologie. In : Reding. Eds. Flammarion, 2005 : 1-6.

3 Faucheron JL, Dubreuil A. Rectal akinesia as a new cause of impaired defecation. Dis Colon Rectum 2000 ; 43 : 1545-9.

4 Madoff RD, Mellgren A. One hundred years of rectal prolapse surgery. Dis Colon Rectum 1999 ; 42 : 441-50.

5 Loygue J, Nordlinger B, Cunci O, Malafosse M, Huguet C, Parc R. Rectopexy to the promontory for the treatment of rectal prolapse : report of 257 cases. Dis Colon Rectum 1984 ; 27 : 356-9.

6 Wells C. New operation for rectal prolapse. J R Soc Med 1959 ; 52 : 602-3.

7 Ripstein CB. Surgical care of massive rectal prolapse. Dis Colon Rectum 1965 ; 8 : 34-8.

8 Douard R, Frileux P, Brunel M, Attal E, Tiret E, Parc R. Functional results after the Orr-Loygue transabdominal rectopexy for complete rectal prolapse. Dis Colon Rectum 2003 ; 46 : 1089-96.

9 Denis P, Teniere P, Michot F. Symptômes de constipation étudiés par questionnaire standardisé et manométrie anorectale avant et après rectopexie au promontoire (technique de Orr-Loygue) chez 25 patientes. Gastroenterol Clin Biol 1990 ; 14 : 328-33.

10 Siproudhis L. Modalités thérapeutiques du prolapsus rectal. Gastroenterol Clin Biol 1998 ; 22 : 134-41.

11 Marchal F, Bressler L, Ayav A, Zarnegar R, Brunaud L, Duchamp C, et al. Long-term results of Delorme’s procedure and Orr-Loygue rectopexy to treat complete rectal prolapse. Dis Colon Rectum 2005 ; 48 : 1785-90.

12 Frykman HM, Goldberg SM. The surgical treatment of rectal procidentia. Surg Gynecol Obstet 1969 ; 129 : 1225-30.

13 Huber FT, Stein H, Siewert JR. Functional results after treatment of rectal prolapse with rectopexy and sigmoid resection. World J Surg 1995 ; 19 : 138-43.

14 Luukonen P, Mikkonen U, Jarvinen H. Abdominal rectopexy with sigmoidectomy versus rectopexy alone for rectal prolapse : a prospective, randomized study. Int J Colorectal Dis 1992 ; 7 : 219-22.

15 Lehur PA, Guiberteau-Canfrère V, Bruley de Varannes S, Moyon J, Leborgne J. Rectopexie sacrée – sigmoïdectomie dans le traitement du syndrome du prolapsus rectal. Résultats anatomiques et fonctionnels. Gastroenterol Clin Biol 1996 ; 20 : 172-7.

16 Madden MV, Kamm MA, Nicholls RJ, Santhanam AN, Cabot R, Speakman CT. Abdominal rectopexy for complete prolapse : prospective study evaluating changes in symptoms and anorectal function. Dis Colon Rectum 1992 ; 35 : 48-55.

17 Scaglia M, Fasth S, Hallgren T, Nordgren S, Oresland T, Hulten L. Abdominal rectopexy for rectal prolapse. Influence of surgical technique on functional outcome. Dis Colon Rectum 1994 ; 37 : 805-13.

18 Aitola PT, Hiltunen KM, Matikainen MJ. Functional results of operative treatment of rectal prolapse over an 11-year period : emphasis on transabdominal approach. Dis Colon Rectum 1999 ; 42 : 655-60.

19 Basse L, Billesbolle P, Kehlet H. Early recovery after abdominal rectopexy with multimodal rehabilitation. Dis Colon Rectum 2002 ; 45 : 195-9.

20 Brown AJ, Anderson JH, McKee RF, Finlay IG. Strategy for selection of type of operation for rectal prolapse based on clinical criteria. Dis Colon Rectum 2004 ; 47 : 103-7.

21 Speakman CT, Madden MV, Nicholls RJ, Kamm MA. Lateral ligament division during rectopexy causes constipation but prevents recurrence : results of a prospective randomized study. Br J Surg 1991 ; 78 : 1431-3.

22 Baker R, Senagore AJ, Luchtefeld MA. Laparoscopic-assisted versus open resection : rectopexy offers excellent results. Dis Colon Rectum 1995 ; 38 : 199-201.

23 Bruch HP, Herold A, Schiedeck T, Schwandner O. Laparoscopic surgery for rectal prolapse and outlet obstruction. Dis Colon Rectum 1999 ; 42 : 1189-95.

24 Himpens J, Cadière GB, Bruyns J, Vertruyen M. Laparoscopic rectopexy according to Wells. Surg Endosc 1999 ; 13 : 139-41.

25 Kellokumpu IH, Vironen J, Scheinin T. Laparoscopic repair of rectal prolapse : a prospective study evaluating surgical outcome and changes in symptoms and function. Surg Endosc 2000 ; 14 : 634-40.

26 Zittel TT, Manncke K, Haug S, Schafer JF, Kreis ME, Becker HD. Functional results after laparoscopic rectopexy for rectal prolapse. J Gastrointest Surg 2000 ; 4 : 632-41.

27 Heah SM, Hartley JE, Hurley J, Duthie GS, Monson JRT. Laparoscopic suture rectopexy without resection is effective treatment for full-thickness rectal prolapse. Dis Colon Rectum 2000 ; 43 : 638-43.

28 Benoist S, Taffinder N, Gould S, Chang A, Darzi A. Functional results two years after laparoscopic rectopexy. Am J Surg 2001 ; 182 : 168-73.

29 Solomon MJ, Young CJ, Eyers AA, Roberts RA. Randomized clinical trial of laparoscopic versus open abdominal rectopexy for rectal prolapse. Br J Surg 2002 ; 89 : 35-9.

30 Salkeld G, Bagia M, Solomon M. Economic impact of laparoscopic versus open abdominal rectopexy. Br J Surg 2004 ; 91 : 1188-91.

31 Auguste T, Dubreuil A, Bost R, Bonaz B, Faucheron JL. Technical and functional results after laparoscopic rectopexy to the promontory for complete rectal prolapse. Prospective study in 54 consecutive patients. Gastroenterol Clin Biol 2006 ; 30 : 659-63.

32 D’Hoore A, Cadoni R, Penninckx F. Long-term outcome of laparoscopic ventral rectopexy for total rectal prolapse. Br J Surg 2004 ; 91 : 1500-5.

33 Faucheron JL, Voirin D, Reche F, Dubreuil A. Résultats techniques de la rectopexie au promontoire par voie cœlioscopique pour prolapsus total du rectum. Evaluation prospective chez 100 patients consécutifs. J Coeliochir 2007 ; 63 : 9-12.

34 Kimmins MH, Evetts BK, Isler J, Billingham R. The Altemeier repair : outpatient treatment of rectal prolapse. Dis Colon Rectum 2001 ; 44 : 565-70.

35 Takesue Y, Yokoyama T, Murakami Y. The effectiveness of perineal rectosigmoidectomy for the treatment of rectal prolapse in elderly and high-risk patients. Surg Today 1999 ; 29 : 290-3.

36 Williams JG, Rothenberger DA, Madof RD, Goldberg SM. Treatment of rectal prolapse in the elderly by perineal rectosigmoidectomy. Dis Colon Rectum 1992 ; 35 : 830-4.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]