ARTICLE
Auteur(s) : Pedro
Fernandez1, Yan Ansquer2, Laurent
Abramowitz3
1Département d’imagerie médicale, Hôpital Bichat
Claude Bernard, 75018 Paris
2Service de gynécologie, Hôpital Saint Antoine, 75012
Paris
3Unité de proctologie médico-chirurgicale, Hôpital
Bichat Claude Bernard, 75018 Paris
L’exploration IRM des troubles de la statique pelvienne est
parvenue à maturité ces dernières années sur le plan méthodologique
et diagnostique notamment en comparaison avec la
colpo-cysto-défécographie [1] et devrait se développer en routine
clinique compte tenu de son caractère non ionisant, de sa rapidité
et de sa simplicité de réalisation.
L’IRM dynamique du plancher pelvien permet une approche
anatomique et fonctionnelle complémentaire innovante en phase
préopératoire mais aussi le cas échéant en postopératoire.
En cas de prolapsus urogénital, le bilan clinique et
urodynamique est suffisant dans la plupart des cas pour les formes
limitées ; en revanche, l’IRM apparaît très intéressante en
cas d’atteinte multi-compartimentale ou en cas d’atteinte
postérieure du fait parfois de la difficulté clinique à déterminer
les éléments participant à la formation d’une colpocèle postérieure
(rectocèle, élytrocèle, entérocèle) [2, 3]. En postopératoire,
l’IRM permet d’apprécier les résultats, de comprendre les échecs et
d’évaluer les récidives [4, 5].
Rappel anatomique, technique d’examen et repères utilisés
Rappel anatomique
Le pelvis est divisé en 3 compartiments dont l’atteinte peut être
associée ou non en cas de trouble de la statique pelvienne.
On distingue le compartiment antérieur vésico-urétral, le
compartiment moyen utéro-vaginal et le compartiment postérieur
anorectal.
Le soutien des organes pelviens est assuré par le plancher
musculaire pelvien et les tissus conjonctifs engainant les organes
pelviens.
Le muscle releveur de l’anus constitué des faisceaux
pubo-rectaux et iliococcygiens représente l’élément essentiel du
plancher musculaire pelvien (figure 1).
Le hiatus urogénital délimité par la sangle pubo-rectale du
releveur correspond à l’ouverture du plancher pelvien et met en
communication le pelvis et le périnée. Il contient l’urètre, le
vagin et la jonction anorectale. Le prolapsus correspond à une
hernie à travers la paroi du vagin qui s’extériorise par ce
hiatus.
Technique d’examen et repères
L’exploration IRM ne nécessite pas d’injection de gadolinium et se
réalise en décubitus dorsal chez des patientes en semi-réplétion
vésicale, préalablement informées du déroulement de l’examen afin
d’optimiser les manœuvres de poussées.
Afin d’explorer au mieux la mobilité de chacun des compartiments
pelviens, on réalise en début d’examen une opacification rectale
par voie basse à l’aide de 60cc de gel échographique.
Compte tenu du contraste pelvien spontané en pondération T2, le
balisage des anses digestives n’est pas nécessaire en IRM.
Dans un premier temps, on réalise une exploration morphologique
au repos dans les 3 plans de l’espace (figure 2), pondérée T2, en
coupes de 5 mm d’épaisseur, centrée sur le pelvis permettant
d’étudier le contenu pelvien, la trophicité musculaire des muscles
releveurs (sangle pubo-rectale et faisceaux ilio-coccygiens), de
rechercher une ptose viscérale de repos et de faire le bilan d’une
éventuelle atteinte sphinctérienne anale avant cure chirurgicale de
rectocèle.
Dans un second temps, on réalise une acquisition dynamique en
poussée dans les 3 plans de l’espace en coupes de 10 mm
d’épaisseur à l’aide d’une séquence dynamique en écho de gradient
pondérée T2 (FIESTA [General Electric], True FISP [Siemens] et
BFFE/BFTE [Philips]) pendant laquelle on demande à la patiente de
réaliser des efforts de poussée successifs et répétés Valsalva.
Les séquences dynamiques ainsi obtenues sont revues et analysées
sous la forme de formats ciné-vidéo.
Le principal repère fixe utilisé pour l’étude de la dynamique
pelvienne est la ligne pubo-coccygienne [6], identifiable sur la
coupe sagittale médiane, qui s’étend du rebord inférieur de la
symphyse pubienne (en avant) à l’articulation sacro-coccygienne (en
arrière) (figure
3).
A l’état normal, en poussée, on note une descente minime des
organes pelviens, le col vésical, les culs de sac vaginaux, le col
utérin et la jonction anorectale restant au dessus ou au niveau de
la ligne pubo-coccygienne [2, 5, 7].
En cas d’atteinte, ce plan de coupe sagittal médian permet
d’évaluer la mobilité des différents compartiments pelviens ainsi
que leur chronologie de descente.
Dans le plan sagittal, afin de quantifier le degré d’ouverture
et de descente du hiatus uro génital en poussée, on utilise les
lignes H et M [2, 5, 8]. La ligne H correspond au diamètre
antéro-postérieur du hiatus uro génital en poussée et est mesurée
sur la ligne qui relie le rebord inferieur de la symphyse pubienne
à la jonction ano-rectale. Cette ligne H doit mesurer au maximum
5 cm.
La ligne M, perpendiculaire à la ligne pubo-coccygienne,
correspond à la descente verticale du hiatus urogénital en poussée
et se trace en regard de la partie la plus postérieure de la ligne
H. Cette ligne M doit mesurer au maximum 2 cm (figure 3).
Enfin, on réalise une acquisition dynamique dans les plans axial
sous-pubien et coronal médio-pelvien. Le plan axial sous-pubien est
parallèle à la ligne pubo-coccygienne et permet d’évaluer le degré
d’élargissement transversal du hiatus urogénital au repos et en
poussée (figure
4). Le plan coronal médio-pelvien est perpendiculaire à la
ligne pubo-coccygienne et permet d’étudier la tonicité musculaire
des faisceaux ilio-coccygiens qui forment le hamac musculaire du
plancher pelvien (figure
5).
Sémiologie
Le bilan musculaire pelvien, centré sur le muscle releveur de
l’anus, doit comporter une analyse de la sangle pubo-rectale (en
coupes axiales) et des faisceaux ilio-coccygiens (en coupes
coronales). Bien que la trophicité musculaire des releveurs au
repos ne soit pas toujours corrélée à la sévérité du prolapsus [9],
l’acquisition statique multiplanaire en pondération T2 permet de
diagnostiquer des atteintes musculaires du releveurs sous la forme
d’atrophie partielle ou complète, d’éventration ou de désinsertions
qui devront faire l’objet d’une description précise (figure 6). Ces
descriptions d’atteinte musculaire ont un intérêt diagnostique et
peuvent modifier la prise en charge thérapeutique notamment chez
les patientes présentant des rectocèles paramédianes en rapport
avec une atrophie complète des faisceaux ilio-coccygiens.
Par rapport aux repères précédemment définis, on conclura à une
hypermobilité cervico-urétrale ou cervico-cystoptose en présence
d’un déplacement isolé de la jonction urétro-vésicale sous la ligne
pubo-coccygienne (figure
7).
La cystocèle correspond à un passage de la base vésicale sous la
ligne pubo-coccygienne et sous le plan de l’urètre (figure 8).
Pour ce qui concerne le compartiment moyen, on parlera
d’hystéroptose en cas de descente sous la ligne pubo-coccygienne du
col utérin (figure
9).
La rectocèle se définit comme un bombement vers l’avant de la
paroi antérieure du rectum supérieur à 3 cm (figure 10).
L’élytrocèle correspond au passage sous la ligne
pubo-coccygienne du cul-de-sac de Douglas (figure 11) et l’entérocèle
au passage sous la ligne pubo-coccygienne d’anses grêles (figure 12).
Dans certains cas, on peut utiliser une hémivalve de spéculum
afin de démasquer une atteinte non visible en poussée spontanée en
raison d’une compétition à la descente entre les différents
organes. À l’instar de l’examen clinique, lors de l’acquisition
dynamique, l’hémivalve de spéculum sera positionnée successivement
au niveau des culs-de-sac vaginaux antérieurs et postérieurs.
L’utilisation de l’hémivalve de spéculum en cas d’atteinte
unicompartimentale permet de prévenir une récidive postopératoire
sur un autre compartiment et de discuter au mieux des options
thérapeutiques en staff multidisciplinaire de pelvi-périnéologie.
L’hémivalve de spéculum apparaît comme un hyposignal T2 rectiligne
(figure 13).
Enfin, l’IRM permet de s’assurer des résultats de la chirurgie
(figure 14), de
rechercher des complications postopératoires notamment infectieuses
(figure 15)
et de faire le bilan de récidive chez des patientes
multi-opérées.
Conclusion
L’IRM dynamique pelvienne est un outil performant pour l’étude de
la statique pelvienne in vivo qui permet de dresser en une
demi-heure un bilan fiable pour un coût similaire à celui du
colpo-cysto-défécogramme.
Bien que l’examen soit réalisé en position allongée
contrairement à la radiologie conventionnelle, il n’a pas été
démontré d’apport supérieur d’une technique par rapport à l’autre
pour modifier la prise en charge thérapeutique des patientes.
Par rapport au bilan colpo-cysto-défécographique classique,
l’IRM permet sans irradiation et avec un inconfort limité pour les
patientes, une étude anatomique multiplanaire détaillée du plancher
musculaire pelvien, des tissus mous extra-cavitaires et des organes
pelviens en bénéficiant du contraste naturel en IRM.
Lors de l’acquisition dynamique, l’IRM permet d’analyser les
rapports dynamiques des différents organes, d’étudier la
fatigabilité musculaire du plancher pelvien à l’effort compte tenu
des poussées successives demandées à la patiente et de déterminer
aisément le contenu d’une colpocèle postérieure (rectocèle,
élytrocèle, entérocèle).
Pour ces différentes raisons, il nous paraît indiqué d’utiliser
l’IRM dynamique pelvienne dans l’étude des prolapsus notamment en
cas d’atteinte multi-compartimentale, dans l’exploration des
colpocèles postérieures ainsi qu’en cas de prolapsus récidivant
chez des patientes multi-opérées.
Références
1 Gufler H, Ohde A, Grau G, Grossmann A.
Colpocystoproctography in the upright and supine positions
correlated with dynamic MRI of the pelvic floor. Eur J Radiol
2004 ; 51 : 41-7.
2 Fielding JR. Practical MR imaging of female pelvic floor
weakness. Radiographics 2002 ; 22 : 295-304.
3 Lienemann A, Anthuber C, Baron A,
Reiser M. Diagnosing enteroceles using dynamic magnetic
resonance imaging. Dis Colon Rectum 2000 ; 43 :
205-12 ; (discussion 212-3).
4 Maubon A, Martel-Boncoeur MP, Juhan V,
et al. Static and dynamic MRI of the female pelvis. J Radiol
2000 ; 81(12 Suppl) : 1887-8.
5 Monnerie-Lachaud V, Pages S, Guillot E,
Veyret C. Contribution of pelvic floor MRI in the
morphological and functional analysis of pre and postoperative
levator muscle in patients with genital prolapse. J Gynecol Obstet
Biol Reprod (Paris) 2001 ; 30 : 753-60.
6 Yang A, Mostwin JL, Rosenshein NB,
Zerhouni EA. Pelvic floor descent in women : dynamic
evaluation with fast MR imaging and cinematic display. Radiology
1991 ; 179 : 25-33.
7 Lienemann A, Sprenger D, Janssen U,
Anthuber C, Reiser M. Functional MRI of the pelvic floor.
The methods and reference values. Radiologe 2000 ; 40 :
458-64.
8 Comiter CV, Vasavada SP, Barbaric ZL,
Gousse AE, Raz S. Grading. pelvic prolapse and pelvic
floor relaxation using dynamic magnetic resonance imaging. Urology
1999 ; 54 : 454-7.
9 Ansquer Y, Fernandez P, Chapron C, et al.
Static and dynamic MRI features of the levator ani and correlation
with severity of genital prolapse. Acta Obstet Gynecol Scand
2006 ; 85 : 1468-75.
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