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Bilan initial et surveillance des cancers de l’anus


Hépato-Gastro. Volume 15, Numéro 4, 285-93, Juillet-Août 2008, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2008.0230

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Thomas Aparicio, Laurent Abramowitz, Pascale Karila-Cohen, Laurent Palazzo, Francine Walker , Service d’Hépato-Gastroentérologie, Hôpital Bichat-Claude Bernard, APHP, 46 rue Henri Huchard, 75018 Paris, Service de Radiologie, Hôpital Bichat-Claude Bernard, APHP, 46 rue Henri Huchard, 75018 Paris, Service d’Endoscopie Digestive, Clinique du Trocadéro, 62 rue de la Tour, 75016 Paris, Service d’Anatomo-Pathologie, Hôpital Bichat-Claude Bernard, APHP, 46 rue Henri Huchard, 75018 Paris.

Résumé : Les cancers de l’anus sont des tumeurs peu fréquentes dont le bilan initial est essentiel pour la suite de la prise en charge. Il repose sur un examen proctologique soigneux, une échoendoscopie endorectale ou une IRM pour préciser l’extension locale, un scanner thoraco-abdominopelvien à la recherche d’une extension à distance. La recherche d’une séropositivité VIH doit être systématique. Le dosage du squamous cell carcinoma (SCC) a une valeur pronostique. L’apport de la TEP et de l’analyse du ganglion sentinelle est discuté. Au cours du suivi, la répétition des examens proctologiques est nécessaire pour juger de la réponse au traitement par radiochimiothérapie et décider d’une éventuelle chirurgie de rattrapage. L’échoendoscopie et l’IRM peuvent être très utiles dans le diagnostic d’une récidive ou d’un reliquat tumoral à différencier d’une fibrose post-radique.

Mots-clés : cancer de l’anus, bilan préthérapeutique, bilan de surveillance, échoendoscopie, IRM

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Thomas Aparicio1, Laurent Abramowitz1, Pascale Karila-Cohen2, Laurent Palazzo3, Francine Walker4

1Service d’Hépato-Gastroentérologie, Hôpital Bichat-Claude Bernard, APHP, 46 rue Henri Huchard, 75018 Paris
2Service de Radiologie, Hôpital Bichat-Claude Bernard, APHP, 46 rue Henri Huchard, 75018 Paris
3Service d’Endoscopie Digestive, Clinique du Trocadéro, 62 rue de la Tour, 75016 Paris
4Service d’Anatomo-Pathologie, Hôpital Bichat-Claude Bernard, APHP, 46 rue Henri Huchard, 75018 Paris

Le cancer de l’anus est une tumeur rare dont l’incidence est de l’ordre de 2/100 000 habitants [1]. Cependant, l’incidence de ce cancer augmente [2]. Il concernait le plus souvent les femmes autour de 65 ans mais, depuis deux décennies, son incidence a considérablement augmenté dans la population homosexuelle masculine séropositive pour le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) [3]. Dans une récente étude française, le cancer du canal est au 4e rang des cancers chez les patients infectés par le VIH (cohorte ONCOVIH, résultats provisoires).

La grande majorité des cancers de l’anus sont des carcinomes épidermoïdes [4]. D’autres types histologiques peuvent néanmoins se rencontrer notamment des adénocarcinomes, des mélanomes [5]. Le carcinome épidermoïde se développe le plus souvent à partir de lésions prénéoplasiques, les condylomes liés aux human papilloma virus (HPV) [3]. Le VIH aggraverait l’effet oncogène de l’HPV [6, 7]. La prévalence élevée de l’infection HPV chez les patients infectés par le VIH justifie un dépistage systématique des lésions prénéoplasiques chez ces patients [8]. D’autres facteurs de risque existent comme le tabac ou le nombre de partenaires sexuels et d’autres maladies sexuellement transmissibles mais sont moins importants que l’infection à HPV oncogène [9, 10].

Anatomiquement, le canal anal est situé entre la jonction anorectale et la jonction anocutanée (figure 1). L’épithélium proximal est de type cylindrique puis transitionnel puis, malpighien non kératinisé au niveau distal. La ligne pectinée sépare deux zones anatomiques en termes de drainage lymphatique et veineux. Sous cette ligne, le drainage veineux se fait par la circulation systémique alors qu’au dessus, le drainage se fait vers la veine porte. De même, le drainage lymphatique s’effectue vers les aires inguinales puis iliaques externes pour les tumeurs situées en dessous de la ligne pectinée alors qu’il s’effectue plutôt vers les aires périrectales puis, les aires du promontoire et mésentériques inférieures pour les tumeurs situées au-dessus de la ligne pectinée [11].

Le carcinome épidermoïde de l’anus peut être guéri sans mutilation par un traitement médical. Ce traitement repose sur la radiothérapie ou la radiochimiothérapie qui est habituellement réalisée en une première séquence délivrant la majorité de la dose suivie d’une pause puis d’une deuxième séquence délivrant un complément de dose. L’amputation abdomino-périnéale (AAP) est indiquée en cas d’échec du traitement médical. Les indications thérapeutiques dépendent du bilan d’extension initial et de l’évolution sous traitement. Une tumeur T1N0M0 peut être traitée par radiothérapie exclusive, les autres tumeurs localisées relèvent d’un traitement par radiochimiothérapie exclusive [12, 13]. Une chimiothérapie d’induction est discutée pour les volumineuses tumeurs [14]. L’irradiation prophylactique inguinale est discutée pour les tumeurs T1-T2. L’amputation abdomino périnéale garde des indications en cas de contre-indication à la radiochimiothérapie ou en cas d’échec du traitement médical [15].

Bilan initial

Le bilan préthérapeutique du cancer de l’anus doit être particulièrement soigneux car il conditionne l’établissement du pronostic et la stratégie thérapeutique. La confrontation des résultats du bilan initial à ceux des bilans en cours de traitement et pendant le suivi est cruciale pour proposer une éventuelle chirurgie de rattrapage. Les explorations reposent sur un examen proctologique, une imagerie locale par échoendoscopie endorectale ou l’IRM pelvienne et un bilan d’extension par tomodensitométrie thoraco-abdominopelvienne.

Évaluation du terrain

Le carcinome épidermoïde de l’anus touche essentiellement deux populations. D’une part, les patients âgés avec une prédominance féminine, d’autre part les patients infectés par le VIH avec une nette prédominance masculine. Chez tous les patients, il est indispensable de faire un dépistage de l’infection par le VIH.

Chez les patients âgés, les antécédents (ATCD) de radiothérapie pelvienne notamment pour cancer utérin ou de la prostate contre-indiquent généralement une nouvelle irradiation et amènent à proposer une amputation abdomino-périnéale (AAP) [16]. Les comorbidités cardiaques ou rénales doivent être prises en compte avant une chimiothérapie comportant du cisplatine ou du 5 fluoro-uracile. Une estimation de la clairance de la créatinine, un électrocardiogramme (ECG) et éventuellement une échographie cardiaque seront réalisés. Chez les patients au-delà de 75 ans une évaluation gériatrique peut s’avérer nécessaire pour évaluer le bénéfice/risque du traitement et éventuellement adapter la stratégie thérapeutique [17].

Chez les patients infectés par le VIH, une évaluation de l’immunodépression (charge virale VIH, CD4) ainsi que la sérologie virale B, sont importantes avant de débuter une chimiothérapie. En effet, la profondeur de l’immunodépression est associée à une plus mauvaise tolérance du traitement [18]. Les résultats du traitement étaient plus mauvais chez les patients infectés par le VIH avant l’introduction des trithérapies mais se sont améliorés grâce aux thérapeutiques antirétrovirales efficaces [19-21].

Chez tous les patients, l’éventualité d’interactions médicamenteuses avec la chimiothérapie doit être évaluée notamment avec les AVK et les trithérapies antirétrovirales.

Enfin, les antécédents proctologiques doivent être précisés : exérèse de condylome, chirurgie proctologique antérieure, évaluation de la continence.

Examen clinique

Devant une tumeur anale symptomatique, le caractère induré, infiltrant ou rapidement évolutif doit faire suspecter une tumeur maligne et conduire à une biopsie. Dans le cadre d’un dépistage chez le patient infecté par le VIH, toutes les lésions condylomateuses doivent être biopsiées.

L’examen clinique précisera le site tumoral (marge ou canal anal), l’extension en hauteur, les rapports avec la marge et la zone de transition anorectale et l’extension circonférentielle (figure 2). L’infiltration sphinctérienne sera appréciée par la mobilisation de la tumeur entraînant ou non le sphincter. Les rapports avec la prostate ou le vagin seront décrits. La présence d’adénopathies périrectales sera recherchée par le toucher rectal. Une anuscopie complétera l’examen. La présence d’une suppuration ou d’une fistule sera recherchée. L’examen est conduit dans la grande majorité des cas sans sédation mais peut parfois nécessiter une anesthésie chez un malade hyperalgique à condition de ne pas retarder la prise en charge. L’extension ganglionnaire sera recherchée par la palpation inguinale soigneuse complétée par une biopsie d’une éventuelle adénopathie.

En cas de syndrome subocclusif, une colostomie de dérivation transitoire avant le traitement par radiochimiothérapie doit être envisagée. Un examen gynécologique recherchera un envahissement du vagin mais également des lésions associées (condylomes ou carcinomes de la vulve, du vagin ou du col). Chez l’homme, un examen de la verge recherchera également des condylomes ou un carcinome peu fréquent. Enfin, le reste de l’examen recherchera une masse pelvienne, une hépatomégalie ou une adénopathie sus-claviculaire. Le résultat de l’examen clinique sera exprimé selon la classification de l’UICC (tableau 1) [22].

Plusieurs caractéristiques cliniques ont une valeur pronostique. Ainsi, les tumeurs de la marge anale ont un plus mauvais pronostic que les tumeurs du canal anal [23]. Le stade T est étroitement associé au pronostic. Selon les séries, la fréquence des rechutes locales varie de 0 à 20 % pour les T1, 10 à 30 % pour les T2 et 20 à 40 % pour les T3-T4. La survie est également liée au stade T, ainsi dans une étude américaine sur 143 patients atteints de carcinome épidermoïdes de l’anus la survie à 5 ans était de 63 % pour les T1, 57 % pour les T2, 48 % pour les T3 et 19 % pour les T4 [5]. Une étude française sur 270 patients confirme la valeur pronostique du stade T en analyse multivariée. Les résultats de la survie à 5 ans dans cette série sont respectivement pour les T1 : 86 %, T2 : 86 %, T3 : 60 % et pour les T4 : 45 % [24]. Une analyse plus récente de cette série augmentée à 305 patients révèle en analyse multivariée la valeur pronostique péjorative pour la survie sans récidive de l’obtention de plusieurs paramètres :

  • l’absence de réponse complète un mois après la fin de la radiochimiothérapie ;
  • un délai de plus de 38 jours entre la fin de la première séquence de radiochimiothérapie et le complément de dose ;
  • un mauvais score fonctionnel du sphincter anal [25].


Tableau 1 Classification UICC 2005.

Tumeur primitive

Tis : Carcinome in situ

T1 : T ≤ 2 cm

T2 : 2 cm < T ≤ 5 cm

T3 : T > 5 cm

T4 : Invasion d’un organe de voisinage (vagin, prostate, vésicule séminale, urètre, vessie)

Adénopathies régionales

N0 : Absence d’adénopathie

Nx : Ganglions non évalués

N1 : Adénopathie périrectale

N2 : Adénopathie iliaque interne et/ou inguinale homolatérale

N3 : Adénopathies bilatérales et/ou N1 + N2

NB : pN : nécessité d’examiner au moins 12 ganglions sur un curage périrectal et pelvien et au moins 6 ganglions sur un curage inguinal. Si les ganglions examinés sont indemnes, même si ce nombre n’est pas atteint, classer pN0.

Métastases à distance

Mx : non évaluées

M0 : pas de métastase

M1 : métastases à distance

Stade TNM

Stade 0 :

Tis

N0

M0

Stade I :

T1

N0

M0

Stade II :

T2

N0

M0

T3

N0

M0

Stade IIIA :

T1

N1

M0

T2

N1

M0

T3

N1

M0

T4

N0

M0

Stade IIIB :

T4

N1

M0

T1-4

N2-3

M0

Stade IV :

T1-4

N1-3

M1

Échoendoscopie endorectale

Cette technique permet d’apprécier l’extension locale de la tumeur. L’analyse des différentes couches de l’anus et périanales précise l’extension tumorale (tableau 2). Il s’agit d’un examen simple ne nécessitant pas d’anesthésie générale qui établit les dimensions tumorales, l’extension sur la circonférence, l’atteinte de l’appareil sphinctérien, l’atteinte des organes adjacents (cloison recto-vaginale, prostate et vésicules séminales) et l’existence d’adénopathies périrectales. La tumeur apparaît hypoéchogène, hétérogène ; toutefois, cet aspect n’est pas spécifique et ne permet pas de trancher entre tumeur bénigne et tumeur maligne, un examen histologique reste indispensable (figure 3) [26, 27]. Chez la femme, en cas de sténose anale, la voie endovaginale peut être utilisée. Des classifications ont été établies qui prennent mieux en compte l’envahissement sphinctérien que la classification clinique [28, 29]. La plus utilisée est la classification de Goldmann [28] (tableau 3). La corrélation formelle entre les constatations échoendoscopiques et anatomiques n’a cependant pas été établie car les patients ne sont généralement pas opérés d’emblée. Il existe un risque de surestimation de la taille tumorale en cas d’œdème hypoéchogène péritumoral [30]. La nature des adénopathies périrectales infracentimétriques est difficile à affirmer et d’autre part, il existe un risque mal évalué de qualifier une adénopathie réactionnelle inflammatoire de métastatique. Néanmoins, l’échoendoscopie a apporté un progrès indéniable dans la précision du bilan initial des tumeurs de l’anus comparé à l’examen clinique seul et est devenue l’examen de référence. La classification échoendoscopique a une meilleure valeur pronostique que la classification clinique [31]. Des résultats d’échoendoscopie tridimensionnelle ont été récemment rapportés [32]. L’échoendoscopie 3D aurait une meilleure sensibilité de détection des adénopathies périrectales et de l’invasion en profondeur comparée à l’échoendoscopie 2D.

Tableau 2 Description des couches en échoendoscopie.

1re hyperéchogène : interface ballonnet - paroi

2e hypoéchogène : muqueuse du canal anal

3e hyperéchogène : sous-muqueuse

4e hypoéchogène : sphincter interne

5e hyperéchogène : interface entre le sphincter lisse et la couche longitudinale complexe

6e hypoéchogène : couche longitudinale complexe

7e hyperéchogène : sphincter externe



Tableau 3 Classification endosonographique.

usT1 : Atteinte de la muqueuse et sous-muqueuse sans infiltration du sphincter externe

usT2 : Atteinte du sphincter interne avec respect du sphincter externe

usT3 : Atteinte du sphincter externe

usT4 : Atteinte d’un organe pelvien de voisinage

usN0 : Pas d’adénopathie suspecte périrectale

usN+ : Adénopathie périrectale de 5 à 10 mm ronde, hypoéchogène et à contours nets ou de plus de 10 mm

Imagerie par résonance magnétique

L’IRM est un examen apportant des renseignements comparables à l’échoendoscopie sur le plan local et permet également la recherche des d’adénopathies régionales notamment iliaques [33, 34].

Des acquisitions dans les 3 plans de l’espace (axial, sagittal et coronal) en séquences pondérées T2 avec conservation du signal de la graisse, des séquences axiales T1 avec et sans saturation du signal de la graisse (à la recherche de saignement), une injection de chélates de gadolinium (0,5 mL/kg) en coupes 3D millimétriques reconstruits dans les différents plans sont réalisées. Un balayage abdominopelvien est pratiqué en séquence TRUFISP à la recherche de ganglions. Le gel échographique dans le rectum permet de déplisser les parois, d’évaluer l’extension en hauteur de la tumeur, de mieux visualiser les rapports avec la paroi vaginale. La tumeur ou les adénopathies métastatiques apparaissent avec une prise de contraste en signal T1 et un signal T2 intense.

L’IRM de référence doit être pratiquée avant la première cure de radiothérapie. En effet, l’irradiation de la graisse périnéale entraîne un œdème surestimant l’infiltration tumorale. Les contours tumoraux deviennent flous, de dimension imprécise, les sphincters anaux sont artificiellement épaissis avec une prise de contraste diffuse artefactuelle. L’IRM est particulièrement utile en cas de volumineuse tumeur sténosante ne permettant pas une exploration échoendoscopique. Cependant, à la différence des cancers du rectum, il existe encore très peu d’études publiées évaluant l’apport de l’IRM dans la prise en charge des cancers de l’anus. Il n’y a notamment pas de comparaison entre l’échoendoscopie et l’IRM. Une nouvelle technique de l’IRM utilisant des sondes endoanales permettant une analyse plus fine de l’appareil sphinctérien pourrait peut-être améliorer les performances de l’examen [35]. Toutefois, l’introduction d’une sonde anale laissée en place pendant les 20 à 30 minutes de l’examen est rarement réalisable du fait de la mauvaise tolérance des patients.

Tomodensitométrie

La présence de métastases est retrouvée chez environ 10 % des patients au moment du diagnostic et l’apparition de métastases surviendra chez moins de 10 % des patients au cours du suivi. Les sites métastatiques principaux sont le foie, les poumons et les relais ganglionnaires à distance. L’examen de choix initial est une tomodensitométrie thoraco-abdomino-pelvienne. Cet examen est en revanche moins performant que l’échoendoscopie ou l’IRM pour le bilan précis de l’extension locale [31, 34]. Chez les patients âgés ayant une insuffisance rénale, l’alternative au dépistage puis au suivi des métastases est une échographie hépatique et un scanner thoracique sans injection. Les aires ganglionnaires sont étudiées en IRM.

Au vu des résultats de ce bilan, la décision sera prise d’un traitement soit par radiothérapie seule, soit par radiochimiothérapie voire par amputation abdomino-périnéale au décours de la radiochimiothérapie.

Autres examens

Tomographie par émission de positrons

Peu d’études ont évalué la tomographie par émission de positrons (TEP) dans le bilan initial du cancer de l’anus. La TEP est plus sensible que le scanner et l’examen clinique pour le diagnostic des adénopathies inguinales et profondes [36, 37], mais cet examen n’a pas été comparé à l’IRM. L’impact sur la prise en charge n’est pas encore bien évalué. Néanmoins, le diagnostic d’un envahissement inguinal permet d’adapter la dose de radiothérapie sur l’aire inguinale. Cet examen pourrait être proposé avant une chirurgie mutilante de rattrapage pour s’assurer de l’absence de diffusion métastatique. Une étude récente révèle que la réponse métabolique évaluée par une TEP avant et après le traitement par radio-chimiothérapie est un facteur pronostique important. Parmi les patients avec réponse métabolique complète, 95 % étaient en vie sans récidive à 2 ans alors que cette proportion n’était que de 22 % chez les patients avec réponse métabolique incomplète (p < 0,0001) [38].

Dosage du squamous cell carcinoma (SCC)

Le SCC est le marqueur tumoral le plus spécifique pour le diagnostic de récidive. Cependant il n’est élevé que dans environ 50 % des cas [39]. Le dosage du SCC avant le début du traitement a une valeur pronostique péjorative. Il a été observé 80 % de réponses incomplètes ou de récidives si le SCC initial était > 2 ng/mL alors qu’il n’y avait que 20 % de réponses incomplètes si le SCC préthérapeutique était < 2 ng/mL. De même, la survie à 5 ans était de 43 % si le SCC était > 2 ng/mL versus 81 % si le SCC était < 2 ng/mL [40].

Analyse du ganglion sentinelle

L’atteinte ganglionnaire inguinale au moment du diagnostic n’étant présente que chez 10 à 20 % des patients, la majorité des irradiations inguinales est donc probablement inutile. D’autre part en cas d’atteinte documentée, la dose d’irradiation inguinale est augmentée de 45 à 60 grays. Il est donc utile de déterminer un envahissement éventuel des aires inguinales dans le bilan initial. La technique du marquage et de l’exérèse du ganglion sentinelle comporte une injection péri-tumorale de technétium 99m et d’un colorant bleu puis le ganglion sentinelle est repéré par une lympho-scintigraphie réalisée avant l’intervention et/ou par une sonde détection en peropératoire. Les ganglions fixant l’isotope et/ou le bleu (ganglion sentinelle) sont retirés. L’absence de radioactivité résiduelle au niveau des creux inguinaux est vérifiée en fin d’intervention. Une analyse histologique soigneuse du ganglion associée éventuellement à un immunomarquage anti-cytokératine (KL1) est effectuée. Plusieurs petites séries ont montré la faisabilité de la technique et ont retrouvé une prévalence de l’invasion inguinale de 7 à 42 % des patients [41-44]. Une récente étude française a montré que chez 13 patients, atteints d’une tumeur T1 ou T2, ayant bénéficié d’une recherche négative du ganglion sentinelle seul un patient a récidivé en inguinal et a pu être traité par exérèse locale et chimiothérapie [43].

Surveillance après radiochimiothérapie

La surveillance des patients après traitement des cancers de l’anus n’est pas parfaitement codifiée en raison du faible nombre et de la faible puissance des études publiées. Les recommandations du Thésaurus National de Cancérologie Digestive 2007 proposent : 1) un examen clinique, avec touchers pelviens, anuscopie et palpation inguinale tous les 4 mois pendant 2 ans, puis tous les 6 mois pendant 3 ans puis annuellement ; 2) d’éviter les biopsies en raison des risques de nécrose après radiothérapie ; 3) en cas de tumeur localement évoluée au départ, il est recommander de réaliser un scanner abdomino-pelvien et une radio de thorax dans les bilans de surveillance (www.snfge.asso.fr →bibliothèque →Thésaurus cancérologie).

Les questions posées lors de la surveillance sont le diagnostic d’une réponse incomplète ou d’une reprise évolutive afin de décider d’une exérèse chirurgicale de rattrapage. Les moyens de la surveillance reposent sur l’examen proctologique, l’échoendoscopie, le scanner, l’IRM, la TEP et le dosage du SCC.

Les résultats de la radiochimiothérapie doivent être jugés deux mois après la fin du traitement. En effet, à la fin de la première séquence de radiochimiothérapie une réponse complète n’est observée que dans 12 % des cas et une réponse partielle (régression > 50 % de la taille tumorale) dans 75 % des cas. Une stabilité tumorale (régression < 50 %) est observée dans 12 % des cas et une progression dans seulement 1 % des cas. Huit semaines après la fin du traitement le taux de réponse complète est de 80 %. En cas de progression tumorale ou en l’absence de réponse complète après 8 semaines une chirurgie d’exérèse est indiquée. Les facteurs prédictifs d’une réponse complète sont le grand axe tumoral ≤ 4 cm, l’épaisseur tumorale ≤ 1,5 cm, la réalisation d’une association radiochimiopthérapie et la réponse partielle ou complète à la fin de la première séquence de radiochimiothérapie avant le complément de dose [25].

L’objectif de la surveillance dans les 6 mois qui suivent le début du traitement est de détecter une poursuite évolutive ou une progression d’une lésion résiduelle. Il s’agit d’une situation peu fréquente mais qui justifie une surveillance clinique rigoureuse pour ne pas retarder une chirurgie de rattrapage. L’examen clinique sera réalisé à la fin de la première séquence de radiochimiothérapie pour s’assurer de l’absence de progression tumorale, à la fin du traitement pour établir les dimensions de référence d’une éventuelle lésion résiduelle, puis 2 mois et 4 mois après la fin du traitement.

Au décours, la surveillance s’attachera à dépister les récidives locales et à distance. Environ 80 % des récidives surviennent dans les 4 ans après le traitement. Le délai médian des récidives est de 16 mois [4,5-57,5] dans la série parisienne de Tenon [25] et de 12 mois [2-48] dans la série lyonnaise [45]. Une récidive locale survient chez 14 % des patients, une récidive inguinale est constatée chez 5 à 9 % des patients et des métastases surviennent chez 8 à 10 % des patients [25, 45]. Dans la majorité des cas, les métastases apparaissent chez des patients qui ont déjà une récidive locale. Dans la série de Tenon, les métastases étaient principalement ganglionnaires (58 %), hépatiques (45 %), pulmonaires (45 %), osseuses (39 %) et dues à une carcinose péritonéale (10 %).

L’examen clinique recherchera la persistance ou la réapparition d’un nodule anal dont le caractère induré, irrégulier ou bourgeonnant le rend suspect. La différence entre une fibrose post-radique et un reliquat tumoral n’est pas toujours aisée. La progression sur 2 examens successifs ou l’apparition d’une anomalie de novo sont des arguments pour une récidive néoplasique. En cas de forte suspicion de récidive, à plus de 2 mois de la fin du traitement, une biopsie prudente peut être réalisée. L’examen doit être comparatif avec le précédent, idéalement par le même opérateur. La palpation des aires inguinales sera systématique.

L’échoendoscopie endorectale dont l’intérêt est bien démontré dans le bilan initial, peut permettre de différencier une fibrose post-radique d’une récidive ou de mettre en évidence une adénopathie périrectale avec une meilleure sensibilité que le scanner [30, 46]. Certaines équipes proposent un suivi par échoendoscopie endoanale ce qui est suffisant pour étudier le canal anal mais ne permet pas d’explorer l’atmosphère périrectale [29]. Les limites de l’échoendoscopie endoanale sont illustrées par une étude sur 82 patients ayant comparé l’examen clinique à l’échoendoscopie endoanale. Cette étude révèle que les récidives locales étaient détectées auparavant par l’examen clinique [47]. L’échoendoscopie tridimensionnelle semble une technique prometteuse. Elle a été testée pour rechercher des récidives chez 38 patients. Celles-ci étaient mises en évidence dans 100 % des cas par l’échoendoscopie tridimensionnelle associée à la palpation digitale, dans 86 % des cas par l’échoendoscopie tridimensionnelle seule et dans 57 % des cas par l’échoendoscopie bidimensionnelle seule [48]. Cependant, l’ensemble de ces études a été effectué sur un faible nombre de patients présentant un petit nombre de récidives et la place de l’échoendoscopie dans la surveillance des cancers de l’anus n’est pas bien établie.

L’intérêt d’un suivi régulier des patients par IRM n’a pas non plus été étudié suffisamment pour en tirer des recommandations claires. Une étude sur 27 patients dont 18 avec récidive a précisé les caractéristiques des récidives. Les lésions prenaient le contraste en séquence T1 injectée et avaient un hypersignal T2 (85 %). L’hypersignal T2 était comparable entre la lésion primitive, les métastases et les ganglions métastatiques. Il faut noter que dans cette série, deux cas de récidive étaient suspectés par l’examen clinique et l’IRM, une 1re série de biopsie était négative puis l’évolution a confirmé le diagnostic [34]. L’IRM peut aider à différencier une récidive (prise de contraste franche et nodulaire en T1) d’une fibrose post-radique (absence de prise de contraste ou prise de contraste diffuse et modérée en T1) (figure 4). Une étude italienne avec l’IRM endoanale sur 24 patients n’a pas montré une bonne sensibilité (58 %) ni spécificité (42 %) pour la détection des récidives [49].

L’intérêt de la TEP pour le diagnostic précoce de réponse incomplète après radio-chimiothérapie a été rapporté dans une étude sur 21 patients. Une TEP était réalisée avant la radiochimiothérapie et un mois après. Sur la TEP post-thérapeutique, 9 patients avaient une activité résiduelle mais seulement 3 patients ont développé une récidive locale. D’autre part, 3 patients parmi 6 patients sans activité résiduelle ont récidivé (2 récidives locales et 1 métastatique). L’intérêt de la TEP apparaît donc faible dans cette étude pour la prédiction d’une récidive [37].

Le SCC est le seul marqueur biologique dont le dosage a un intérêt pour la détection d’une récidive. Dans une étude sur 33 patients, l’élévation du SCC avait une sensibilité de 76 %, une spécificité de 86 % et une valeur prédictive positive de 62 % pour la détection d’une récidive [50].

Au total, le bilan initial des cancers de l’anus est très important pour la suite de leur prise en charge. Il repose avant tout sur un examen proctologique soigneux et détaillé. L’échoendoscopie endorectale et/ou l’IRM pelvienne ont toute leur place pour préciser l’extension locale de la tumeur. Le scanner thoraco-abdomino-pelvien permet le bilan d’extension à distance. La recherche d’une adénopathie inguinale est particulièrement importante. Le dosage du SCC est utile pour avoir une valeur de référence. Pour le suivi, un examen proctologique régulier est fondamental. La place des examens paracliniques reste à déterminer.

Références

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