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Comment optimiser un traitement par anti-TNF ?


Hépato-Gastro. Volume 15, 26-31, Numéro spécial : MICI, L'essentiel en 2008, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2008.0224

Résumé  

Auteur(s) : Laurent Peyrin-Biroulet , Inserm, U724 et service d’hépato-gastroentérologie, Hôpital de Brabois, CHU de Nancy, F-54511 Vandœuvre Cedex.

Résumé : En 2008, seul l’infliximab (Rémicade ®) a une AMM dans la maladie de Crohn luminale et fistulisante réfractaires au traitement médical standard, ainsi que dans la rectocolite hémorragique. L’adalimumab (Humira ®) a obetenu en juin 2007 une AMM uniquement dans la maladie de Crohn luminale réfractaire. L’arsenal thérapeutique à notre disposition reste donc limité chez ces malades. C’est la raison pour laquelle il est devenu indispensable d’optimiser le traitement par anti-TNF. En pratique quotidienne, le clinicien rencontre cinq problèmes majeurs : Que faire en cas de perte ou variation de réponse ou d’intolérance à un anti-TNF ? Faut-il systématiquement associer un traitement immunosuppresseur aux anti-TNF ? Quand débuter le traitement anti-TNF si l’on veut modifier l’histoire naturelle de la maladie ? Quand arrêter le traitement anti-TNF ? Quel anti-TNF en première intention ? Nous tenterons ici de répondre à cette question en rappelant que dans la plupart des cas les conclusions sont tirées de notre pratique clinique et ne reposent pas encore sur des preuves scientifiques formelles.

Mots-clés : traitement par anti-TNF, optimisation de traitement, maladie de Crohn luminale réfractaire

ARTICLE

Auteur(s) : Laurent Peyrin-Biroulet

Inserm, U724 et service d’hépato-gastroentérologie, Hôpital de Brabois, CHU de Nancy, F-54511 Vandœuvre Cedex

Pourquoi optimiser le traitement par anti-TNF ?

A ce jour, seules 2 molécules anti-TNF ont fait la preuve de leur efficacité dans les maladies inflammatoires chroniques intestinales (maladie de Crohn et rectocolite hémorragique), ce sont l’infliximab (Rémicade®) et l’adalimumab (Humira®) [1].

Alors que l’infliximab a clairement démontré son efficacité dans la maladie de Crohn luminale chez l’adulte et l’enfant et fistulisante respectivement à travers les essais ACCENT I, REACH et ACCENT II ainsi que dans la rectocolite hémorragique réfractaires au traitement médical standard (corticoïdes et immunosuppresseurs principalement) avec les deux essais ACT 1 & ACT 2, l’adalimumab a pour l’instant obtenu une AMM uniquement dans la maladie de Crohn luminale réfractaire [1] aux traitements conventionnels chez l’adulte. Ces traitements ont révolutionné en l’espace de 10 ans la prise de ces maladies complexes en diminuant notamment le recours à la chirurgie et en améliorant la qualité de vie des malades.

Même si le natalizumab a récemment obtenu une AMM aux États-Unis dans la maladie de Crohn réfractaire au traitement médical standard, ayant résisté notamment au traitement anti-TNF, l’arsenal thérapeutique à notre disposition reste limité chez ces malades. Par comparaison avec les morphiniques où le nombre de molécules de cette classe pharmaceutique permet actuellement une rotation chez les sujets intolérants ou ne répondant que partiellement à la morphine, les biothérapies dans les MICI se résument pour l’instant en Europe aux anti-TNF et donc à l’infliximab et à l’adalimumab. Un troisième anti-TNF, le certolizumab pegol (Cimzia®) s’est révélé efficace en traitement d’entretien dans la maladie de Crohn luminale réfractaire mais n’a pas encore obtenu d’AMM dans les MICI [1]. Seul un tiers des sujets traités par anti-TNF sont en rémission clinique après un an de traitement, un second tiers ayant une réponse clinique et le dernier tiers étant d’emblée réfractaire aux anti-TNF. Globalement, il faut retenir que deux tiers des malades bénéficient à long terme de l’introduction d’un traitement par anti-TNF [2]. Par ailleurs, une variation, une perte de réponse ou une intolérance au cours d’un traitement par anti-TNF alpha, peut survenir chez ces sujets considérés comme répondeurs.

Ces données permettent de souligner la nécessité de toujours optimiser le traitement anti-TNF tout en développant de nouvelles biothérapies ciblant d’autres voies que celle du TNF. L’abatacept (Orencia®) qui a déjà une AMM dans la polyarthrite rhumatoïde paraît une des molécules les plus prometteuses à ce jour, avec les thérapies anti-molécules d’adhésion telles que le natalizumab [2]. L’arrivée de nouvelles biothérapies dans les MICI pourrait toutefois prendre encore plusieurs années. En attendant, il est donc devenu indispensable d’optimiser tout traitement anti-TNF.

Comment optimiser un traitement anti-TNF ? Nous tenterons ici de répondre à cette question en rappelant que dans la plupart des cas les conclusions sont tirées de notre pratique clinique et ne reposent pas encore sur des preuves scientifiques formelles.

Comment optimiser un traitement par anti-TNF ?

En pratique clinique se posent 5 questions essentielles, dont certaines restent en suspens.

Que faire en cas de perte de réponse ou d’intolérance à un anti-TNF ?

En cas de perte de réponse, 3 options thérapeutiques sont actuellement envisageables : soit augmenter la posologie de l’anti-TNF, soit réduire l’intervalle entre les injections, soit changer d’anti-TNF. Il faut rappeler que cette dernière option n’est possible que pour la MC luminale puisqu’il s’agit à ce jour de la seule indication pour laquelle 2 anti-TNF ont une AMM (infliximab et adalimumab), l’adalimumab n’ayant pas démontré d’effiacité sur la fermeture des fistules au cours de la maladie de Crohn. Pour la rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn fistulisante, seule une augmentation de la dose d’infliximab ou une réduction de l’intervalle entre les injections peut être envisagée puisqu’il s’agit du seul anti-TNF disponible dans cette indication [3]. Concernant l’efficacité de ces différentes stratégies, seule une augmentation de la dose d’infliximab a été testée dans les grands essais cliniques [4, 5] mais aussi dans une petite série de 12 patients avec une maladie de Crohn luminale ou réfractaire [6]. Dans les larges essais randomisés contre placebo internationaux, une augmentation de la dose d’infliximab de 5 à 10 mg/kg (cross-over en anglais) était efficace dans 9 cas sur 10 chez les sujets avec une maladie de Crohn luminale ayant répondu initialement à ce traitement [5] ; cette stratégie était efficace dans deux tiers des cas dans la maladie de Crohn fistulisante [4]. Cette efficacité a été confirmée en dehors des essais cliniques chez 12 patients avec une maladie de Crohn réfractaire [6]. L’efficacité pour l’infliximab de la réduction de l’intervalle entre les injections à moins de 8 semaines n’a quant à elle jamais été étudiée. La pratique veut que lorsque les symptômes réapparaissent dans les deux semaines précédant l’injection suivante, on raccourcit l’intervalle entre les injections d’infliximab à 6 semaines. Lorsque le patient signale des symptômes invalidants à plusieurs reprises entre deux injections, et notamment en dehors des 2 semaines précédant l’injection suivante, il est préférable d’augmenter progressivement la posologie de l’infliximab jusqu’à 10 mg/kg toutes les 8 semaines (avis d’expert) [3]. Certaines équipes combinent ces 2 attitudes, allant même jusqu’à réaliser des perfusions d’infliximab 10 mg/kg toutes les 6 semaines. Pour l’adalimumab, en cas de perte de réponse, il est conseillé de réduire l’intervalle entre les injections à une semaine au lieu de deux semaines, ceci en se basant sur les résultats des essais cliniques à notre disposition [7].

Est-il préférable de raccourcir l’intervalle entre les injections et/ou d’augmenter la posologie de l’infliximab plutôt que changer d’anti-TNF et donc d’introduire de l’adalimumab en cas de perte de réponse clinique sous infliximab 5 mg/kg toutes les 8 semaines (et inversement) ? Aucune étude n’a à ce jour pu démontrer la supériorité d’une stratégie sur l’autre. Une comparaison indirecte du coût/efficacité de chaque stratégie a été publiée récemment [8] ; aucune conclusion définitive ne peut être cependant tirée de cette étude qui est basée sur une modélisation et qui pourrait ne pas refléter la pratique clinique.

En cas d’intolérance, il faut généralement changer d’anti-TNF. Les laboratoires pharmaceutiques commercialisant les anti-TNF précisent que « Les patients peuvent être préalablement traités avec, par exemple, un antihistaminique, de l’hydrocortisone et/ou du paracétamol afin de prévenir la survenue d’effets indésirables légers et transitoires » (site Internet de l’agence européenne du médicament : www.emea.europa.eu).

Il est clairement établi qu’une prémédication par perfusion intraveineuse d’hydrocortisone réduit la formation d’anticorps anti-infliximab. Le risque de réactions à la perfusion n’est cependant pas diminué avec ce protocole [9]. Une étude menée chez des sujets atteints de polyarthrite rhumatoïde a également conclu à l’absence d’efficacité d’une prémédication par bêtaméthasone [10].

Un large essai randomisé contre placebo intitulé GAIN (pour Gauging Adalimumab efficacy in Infliximab Non-responders) a inclus 325 patients avec une maladie de Crohn présentant une intolérance ou une perte de réponse à l’infliximab [11]. L’arrêt de l’infliximab et son remplacement par l’adalimumab permettaient d’obtenir une rémission clinique définie par un score de Best < 150 chez environ un malade sur 5 (contre seulement 7 % dans le bras placebo) [11]. L’adalimumab pourrait également être efficace pour le maintien de la rémission chez ces patients [12].

En résumé, il est conseillé de commencer par augmenter la posologie de l’anti-TNF et/ou de réduire l’intervalle entre les injections plutôt que de changer d’anti-TNF en cas de perte de réponse, ce d’autant que seuls 2 anti-TNF (infliximab, adalimumab) sont disponibles dans la maladie de Crohn luminale, alors qu’il faut le plus souvent changer d’anti-TNF en cas d’intolérance avérée.

Faut-il systématiquement associer un traitement immunosuppresseur aux anti-TNF ?

Cette question permet d’aborder le problème de l’immunogénicité et de ses répercussions cliniques [3]. Il a été démontré que l’association d’un immunosuppresseur type azathioprine à l’infliximab réduisait significativement la formation d’anticorps anti-infliximab et augmentait significativement le taux sanguin d’infliximab appelé « infliximabémie » [13, 14], l’azathioprine et le méthotrexate étant aussi efficaces [14]. L’apparition d’anticorps anti-infliximab était associée à un risque accru de réactions à la perfusion et à une réponse clinique de plus courte durée [13]. Ces résultats avaient conduit de nombreux experts à conseiller à l’époque l’association systématique d’un immunosuppresseur à l’infliximab. Une question majeure restait cependant en suspens : est-ce que l’association d’un immunosuppresseur à l’infliximab améliore l’efficacité de cet anti-TNF ? Un essai prospectif multicentrique, randomisé non contrôlé, a inclus 80 malades traités tout d’abord pendant 6 mois par une association inflliximab-immunosuppresseurs (azathioprine principalement), les patients étant alors randomisés en 2 bras à l’issue de cette période : infliximab seul ou association infliximab-immunosuppresseur [15]. Les résultats de cette étude montrent qu’en termes de rémission clinique et cicatrisation endoscopique, les 2 stratégies sont identiques après 2 ans de suivi [15].

Un autre élément important à prendre en compte est le fait que la plupart des études citées ci-dessus ont été conduites à un moment où le traitement épisodique (aussi appelé traitement « à la demande » ou « au coup par coup ») était la règle chez ces malades. À l’heure actuelle, un traitement d’entretien par perfusions d’infliximab systématiques toutes les 8 semaines doit être préféré au traitement épisodique, ce dernier étant moins efficace en termes de réponse clinique et cicatrisation endoscopique mais aussi plus immunogène [5, 16, 17]. Enfin, récemment, l’analyse post-hoc des principaux essais randomisés contre placebo sur l’infliximab dans la maladie de Crohn (essais ACCENT 1 et 2 [4, 18]) et la rectocolite hémorragique (essais ACT 1 et 2 [19]) a montré que les taux de réponse et de rémission cliniques, de fermeture des fistules et d’hospitalisations étaient similaires à un an chez les sujets recevant ou non un immunosuppresseur en plus de l’infliximab [20]. Dans la maladie de Crohn luminale, l’association d’un immunosuppresseur à l’adalimumab [7] ou au certolizumab [21] n’augmente pas l’efficacité clinique de ces molécules.

D’autres arguments vont à l’encontre de la prescription systématique d’un immunosuppresseur en association aux anti-TNF. La survenue de 13 cas de lymphome T hépatosplénique, d’évolution le plus souvent mortelle, survenant chez des sujets jeunes atteints de MICI traités par l’association infliximab-azathioprine [22], ainsi que le risque d’infections qui augmente parallèlement au nombre d’immunosuppresseurs administrés [23] font que les experts recommandent désormais de prescrire les anti-TNF au long cours en monothérapie, surtout chez le sujet jeune. L’adalimumab (et le certolizumab, expérience personnelle) sont habituellement prescrits d’emblée en monothérapie, alors que pour l’infliximab, la tendance actuelle est de prescrire durant les 6 premiers mois de traitement un immunosuppresseur en association, ceci afin de diminuer le risque de développement d’anticorps anti-infliximab et donc peut-être d’améliorer les profils de tolérance et d’efficacité de l’infliximab. L’étude internationale SONIC qui compare l’infliximab seul à l’azathioprine seule et à l’association azathioprine-infliximab devrait permettre de trancher définitivement en faveur de telle ou telle attitude.

Quand débuter le traitement anti-TNF ? Stratégie « step-up » vs « top-down »

À ce jour, une seule étude a évalué l’intérêt d’une stratégie thérapeutique agressive précoce dans la maladie de Crohn [24]. Une stratégie ascendante classique (« step-up » en anglais), reposant sur l’introduction d’une corticothérapie, puis de l’azathioprine en cas d’échec et enfin de l’infliximab en cas de résistance à l’azathioprine, était comparée à la stratégie descendante (« top-down » en anglais) consistant en un traitement maximal d’emblée par l’association azathioprine-infliximab ; cette étude a inclus 129 malades naïfs pour les corticoïdes, l’azathioprine et l’infliximab et avait une durée de deux ans [24]. À un an, le taux de rémission clinique sans corticoïdes (objectif principal) était significativement plus élevé dans le bras « top-down » que dans le groupe « step-up » (61,5 versus 42,2 %, respectivement, P = 0,03). Cette différence n’était toutefois plus significative au-delà d’un an de traitement. Par ailleurs, la qualité de vie était identique dans les deux groupes [24]. Un seul résultat permet de mettre en avant le fait que la stratégie « top-down » ne doit pas être définitivement abandonnée dans la maladie de Crohn ; en effet, pour le sous-groupe de 26 malades chez qui a été réalisée une coloscopie à l’entrée dans l’étude et à deux ans, le pourcentage d’ulcères était plus bas dans le groupe « top-down » que dans le bras « step-up » (30 versus 73 %, respectivement, P = 0,003) [24]. Ce d’autant que là encore, le schéma thérapeutique utilisé pour l’infliximab, avec des perfusions aux semaines 0, 2 et 6 puis un traitement épisodique, à la demande, s’avère moins efficace qu’un traitement régulier avec des perfusions systématiques toutes les 8 semaines [24].

Au total, cette étude n’est pas en faveur d’un traitement agressif précoce pour tous les patients avec une maladie de Crohn. La stratégie « top-down » présente également plusieurs inconvénients parmi lesquels : le risque de traiter d’emblée avec une association azathioprine-infliximab des patients qui auraient eu une évolution peu sévère de leur maladie, mais aussi la tolérance à long terme (risques d’infections et de cancers après deux ans de traitement ?) qui est moins bonne avec la stratégie descendante « top-down », même si dans l’étude citée ci-dessus, la tolérance était identique dans les deux bras [24].

En résumé, en l’état actuel des connaissances, une escalade thérapeutique progressive reste la référence, même si l’avenir est probablement à un traitement « à la carte » ; la stratégie « top-down » pourrait alors être réservée à un groupe sélectionné de malades avec des facteurs pronostiques évolutifs péjoratifs tels qu’un âge < 40 ans, une atteinte anopérinéale ou un recours à la corticothérapie dès la première poussée, comme suggéré récemment par l’étude de Beaugerie et al. [25]. L’intérêt d’utiliser des marqueurs sérologiques tels que les ASCA ou des marqueurs génétiques tels que NOD2 pour identifier les patients qui évolueront vers une maladie sévère représente une piste intéressante mais qui mérite confirmation [26].

Quand arrêter le traitement anti-TNF ?

Tous les larges essais cliniques randomisés contre placebo qui ont conduit à l’obtention d’une AMM pour les anti-TNF dans les MICI avaient une durée maximale d’un an [4, 7, 18]. Il n’est donc pas possible à l’heure actuelle de répondre à cette question en s’appuyant sur des preuves scientifiques formelles. Les experts s’accordent pour dire que le traitement d’entretien doit être poursuivi au-delà d’un an, sans pour autant donner de date limite.

Plusieurs arguments sont en faveur de la poursuite des anti-TNF au-delà d’un an :

Une large étude rétrospective belge portant sur 603 malades souffrant de MICI, traités par infliximab entre 1995 et mars 2007, a montré qu’il existait un bénéfice clinique soutenu (correspondant probablement dans les essais cliniques à une réponse clinique avec une baisse du score de Best de 70 ou 100 points par rapport à l’inclusion) chez 65 % des malades après un suivi médian de 4 ans [27]. Un sevrage en corticoïdes était possible chez 72 % des malades traités par corticothérapie au moment de l’initiation du traitement anti-TNF. Seuls 9,3 % des malades étaient non répondeurs après un traitement d’induction (perfusions aux semaines 0, 2 et 6). À long terme, 19 % des malades qui avaient répondu au traitement d’induction étaient considérés en échec thérapeutique et devaient soit recourir à la chirurgie soit changer d’anti-TNF [27]. Concernant le certolizumab, l’essai Precise 3 qui correspondait au traitement en ouvert des malades répondeurs dans les essais Precise 1 et 2 [21, 28] a montré qu’une réponse clinique se maintenait chez environ 8 malades sur 10 après un suivi d’une durée totale de 80 semaines [29].

Par ailleurs, on peut penser que les données montrant qu’un traitement par anti-TNF diminue le recours la chirurgie, réduit le nombre d’hospitalisations et améliore la qualité de vie des malades [30] sont probablement extrapolables au-delà d’un an. Enfin, aucune étude n’a à ce jour mis en évidence un sur-risque de cancers sous anti-TNF au cours des MICI. Récemment, une méta-analyse reprenant les résultats de 21 essais randomisés contre placebo ayant inclus 5 356 malades (3 341 patients ont reçu un traitement par anticorps anti-TNF et 2 015 patients ont reçu un placebo) n’a pas montré de différence statistiquement significative concernant les infections sévères (p = 0,72), les cancers (p = 0,39) et les décès (p = 0,74) entre les patients traités par anticorps anti-TNF et ceux randomisés dans le groupe placebo [1]. Ces résultats doivent être confirmés chez des malades traités en pratique clinique pendant plusieurs années. Les données disponibles dans la polyarthrite rhumatoïde [31] n’étant pas extrapolables aux MICI en raison notamment du risque spontanément élevé de lymphomes au cours de cette affection rhumatologique. L’étude du Groupe d’Etude Thérapeutique des Affections Inflammatoires du tube Digestif (GETAID) nommée STORI devrait permettre de répondre à ces questions, en identifiant les facteurs prédictifs de maintien en rémission de la maladie de Crohn à l’arrêt du Remicade®.

Quel anti-TNF en première intention ?

En première ligne, chez un patient avec une maladie de Crohn luminale réfractaire au traitement médical standard, 2 options thérapeutiques s’offrent à nous : soit débuter par de l’infliximab, soit instaurer un traitement par adalimumab. Dans la maladie de Crohn fistulisante et la rectocolite hémorragique, seul l’infliximab a une AMM dans cette indication. Les anti-TNF ont-ils tous la même efficacité dans la maladie de Crohn luminale ? Après 6 mois de traitement, le taux de rémission clinique (défini par un score de Best < 150) est de 20 à 30 % pour l’infliximab, l’adalimumab et le certolizumab [32]. Ces trois molécules semblent donc avoir une efficacité assez proche pour le maintien d’une rémission clinique. Cependant, une comparaison directe entre ces molécules reste impossible en raison notamment du pourcentage de patients sous immunosuppresseurs, de l’exposition au préalable ou non aux anti-TNF, ou encore de la définition de la réponse clinique qui varient selon les études.

Les anti-TNF ont-ils tous le même pouvoir immunogène ? L’infliximab est un anticorps monoclonal chimérique (75 % humain et 25 % murin) pour lequel un risque d’immunisation a été mis en évidence, avec des anticorps-anti infliximab se développant chez 7 à 10 % des malades [16]. L’adalimumab étant un anticorps monoclonal totalement humain et le certolizumab un fragment Fab’ humanisé pégylé, ces molécules sont théoriquement moins immunogènes. Les essais cliniques ont toutefois démontré que des anticorps anti-adalimumab (3 % [33]) et anti-certolizumab (7 % [21, 28]) pouvaient apparaître chez les sujets atteints de maladie de Crohn. Les méthodes de dosage de ces anticorps et leur seuil de détection variant d’un laboratoire à l’autre et d’un anti-TNF à l’autre, ces pourcentages d’anticorps ne sont pas comparables. Globalement, il faut retenir que tous les anti-TNF sont potentiellement immunogènes.

Dans les essais cliniques, le risque d’effets secondaires sévères était quant à lui identique quel que soit l’anti-TNF considéré puisqu’il s’agit généralement d’effets liés à la classe du médicament. D’autres paramètres tels que la voie d’administration (intraveineuse pour l’infliximab versus sous-cutanée pour le certolizumab et l’adalimumab), mais aussi le rapport coût-efficacité de chaque molécule devront être pris en compte à l’avenir dans le choix de l’anti-TNF. Actuellement, aucune donnée de la littérature ne permet de préconiser l’infliximab plutôt que l’adalimumab (et inversement) en première intention dans la maladie de Crohn luminale réfractaire. Seuls des essais ayant pour but de comparer directement ces molécules pourraient répondre à cette question [3].

Conclusion

Les premières données sur l’efficacité des biothérapies (infliximab) dans les MICI datent de 1995 [34]. Où en sommes-nous 13 années plus tard ? En Europe, seuls l’infliximab et l’adalimumab sont disponibles dans la maladie de Crohn luminale réfractaire. En attendant l’arrivée de nouvelles biothérapies dans les MICI, il faut donc optimiser le traitement par anti-TNF. La poursuite de l’anti-TNF prescrit en première ligne (infliximab ou adalimumab) jusqu’à « épuisement » reste la règle, ceci en attendant que des essais randomisés comparant l’infliximab à l’adalimumab dans la maladie de Crohn luminale soient menés. Dans la rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn fistulisante, seul l’infliximab possède une autorisation de mise sur le marché dans ces indications.

Références

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