Accueil > Revues > Médecine > Hépato-Gastro > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Hépato-Gastro
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Hémorragies digestives d’origine intestinale


Hépato-Gastro. Volume 15, Numéro 3, 215-24, Mai-Juin 2008, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2008.0212

Résumé  

Auteur(s) : Gilles Lesur, Nguyen Ngoc Son , Fédération des Spécialités Digestives, Hôpital Ambroise Paré, 9, Avenue Charles de Gaulle, 92100 Boulogne.

Résumé : Environ 5 % des hémorragies digestives sont d’origine intestinale c’est-à-dire par définition en rapport avec une lésion située au-delà de l’angle de Treitz. Dans la plupart des cas, l’hémorragie va cesser spontanément et les explorations diagnostiques devront être réalisées dès que possible. Ces dernières devront d’abord rechercher avec rigueur une cause haute ou basse colique car la symptomatologie clinique est non spécifique (méléna, rectorragies) et ce d’autant que dans près d’un cas sur 2, la réalisation d’explorations du grêle permettra de découvrir une lésion non grêlique méconnue lors du premier bilan étiologique. Les causes intestinales d’hémorragies sont dominées par les anomalies vasculaires surtout acquises, les tumeurs (primitives, métastatiques, lymphomes, GIST), les ulcérations et à un moindre degré le diverticule de Meckel. Le diagnostic des lésions de l’intestin grêle a beaucoup bénéficié des méthodes modernes d’exploration du grêle (vidéocapsule endoscopique, entéroscopie à double ballon) qu’il faut proposer précocement en cas de négativité de l’endoscopie haute et de la coloscopie. Le choix et la séquence des examens à visée diagnostique seront fonctions du tableau clinique, du terrain et de la disponibilité des différentes explorations endoscopiques et de plus en plus souvent radiologiques, elles aussi en plein développement. Dans les rares cas d’hémorragie active, une tomodensitométrie avec injection et/ou une artériographie ont d’autant plus de chance de localiser le saignement que ce dernier est abondant.

Mots-clés : hémorragie digestive basse, coloscopie, embolisation, vidéocapsule, entéroscopie à double ballon

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Gilles Lesur, Nguyen Ngoc Son

Fédération des Spécialités Digestives, Hôpital Ambroise Paré, 9, Avenue Charles de Gaulle, 92100 Boulogne

Environ 5 % des hémorragies digestives sont en rapport avec une anomalie de l’intestin grêle. Le diagnostic d’une hémorragie du grêle ne s’envisage qu’une fois éliminées les causes hautes situées en amont de l’angle de Treitz et les causes basses d’origine colique. En pratique, deux cas de figure se présentent : celui d’une hémorragie extériorisée dont la cause n’est pas élucidée après la réalisation d’une endoscopie œsogastroduodénale et d’une iléocoloscopie et donc dite obscure et celui d’une anémie ferriprive, où malgré l’absence d’un saignement extériorisé, une cause digestive de saignement dite occulte est évoquée. La plupart des hémorragies digestives obscures, occultes ou non, sont d’origine intestinale et inaccessible aux endoscopies haute et basse traditionnelles. En cas d’hémorragie obscure ou occulte, plusieurs méthodes endoscopiques sont actuellement disponibles pour explorer l’intestin grêle : 1) l’entéroscopie poussée (EP), de réalisation simple, qui garde sa place si les lésions siègent sur le premier mètre de jéjunum ou les 50 derniers cm d’iléon ; 2) la vidéocapsule endoscopique (VCE) est une méthode non invasive qui, en l’absence d’obstacle, permet de visualiser l’ensemble de l’intestin grêle et possède une très forte valeur prédictive négative ; 3) l’entéroscopie à double ballon (EDB) est un examen long, effectué sous contrôle radiologique, à la morbidité non nulle mais qui permet la réalisation de biopsies et éventuellement un traitement endoscopique. A ces explorations endoscopiques, il faut également rajouter les méthodes modernes d’imagerie, tomodensitométrie spiralée, entéro-scanner, entéro-IRM ces 2 dernières en plein développement. Toute la difficulté va donc être de choisir chez un malade donné, en fonction du tableau clinique, l’examen le plus susceptible de permettre rapidement et avec la morbidité la plus faible possible le diagnostic et d’éventuellement effectuer le traitement, idéalement au cours d’un même geste, de la lésion responsable. Dans cette optique, les méthodes endoscopiques ont à l’évidence un énorme avantage. Même si on peut le déplorer, force est de reconnaître que les disponibilités de ces différentes techniques et les niveaux de compétences des opérateurs interviendront aussi dans ce choix. On peut espérer que dans les années à venir des évaluations économiques aideront à raisonner de manière plus objective les choix diagnostiques.

Le problème

Chez le sujet sain, l’intestin grêle a une longueur variable de 6 m en moyenne avec des extrêmes de 3,5 à 8 m. Sa partie mobile, située entre l’angle duodéno-jéjunal et la dernière anse iléale, est la plus difficile d’accès. Il est habituel de réserver le terme d’hémorragies intestinales aux hémorragies provenant d’une lésion située au-delà de l’angle de Treitz [1]. Quel que soit le mode d’extériorisation (méléna, rectorragies « lie de vin ») ou en son absence, le bilan de première ligne comprend une endoscopie œsogastroduodénale et une iléocoloscopie. Ces examens permettent d’explorer le duodénum - rarement au-delà - et les derniers centimètres d’iléon terminal. On parle d’hémorragie digestive obscure en cas d’extériorisation de sang à une ou plusieurs reprises sans aucune étiologie déterminée après réalisation d’une ou plusieurs endoscopies standard. Elle est occulte quand il n’y a pas d’extériorisation de sang visible par le clinicien ou le patient mais qu’il existe une perte sanguine authentifiée par une carence martiale documentée et sans cause non digestive. Dans de tels cas, il est essentiel de rechercher par biopsies une infection gastrique par Helicobacter pylori et une atrophie villositaire, causes reconnues d’anémie ferriprive [1]. En fait, le bilan diagnostique « initial » varie en fonction des études et peut juste être constitué d’endoscopies standard, éventuellement répétées, mais parfois aussi inclure certains examens d’imagerie. De nombreuses études montrent que les sensibilités et spécificités de l’endoscopie haute et de l’iléocoloscopie sont imparfaites avec par exemple dans une série de 21 patients explorés par EP la mise en évidence d’une source de saignement accessible à l’endoscopie standard dans 42 % des cas [2]. Jusqu’à récemment, l’inaccessibilité endoscopique de l’ensemble du grêle, en dehors de la situation extrême que représente l’entéroscopie peropératoire, rendait le diagnostic et les traitements difficiles pour cette partie du tube digestif. L’EP permet l’exploration et les actes endoscopiques sur une partie du grêle. L’avènement de la VCE, puis de l’EDB, permet maintenant l’exploration de la totalité du grêle et modifie radicalement la prise en charge des hémorragies intestinales.

Épidémiologie et histoire naturelle

Aucune étude n’a évalué spécifiquement l’incidence des hémorragies d’origine intestinale. L’incidence annuelle en France des hémorragies basses est de 25/100 000, soit environ 15 000 nouveaux cas par an. Les causes intestinales échappant à l’endoscopie œso-gastro-duodénale et à l’iléocoloscopie représentent environ 5 % des cas, soit probablement environ 1 000 cas par an. En fait, selon les séries, de 1 à 7 % des hémorragies digestives seraient d’origine intestinale [3-5]. Dans une étude récente, la mortalité des hémorragies intestinales était de 10 % ce qui est supérieur à celle des hémorragies hautes ou coliques [3]. L’histoire naturelle des hémorragies intestinales est fonction de la présentation clinique, les patients ayant une hémorragie de type extériorisée ont un moins bon pronostic mais une probabilité de diagnostic de lésion intestinale supérieure à ceux ayant une hémorragie de type obscure-occulte [4]. Toutefois, dans ce dernier cas lorsqu’aucune cause de saignement n’est retrouvée, le pronostic à long terme est bon, la plupart des malades ne récidivant pas et étant toujours en vie à distance [6].

Étiologies des hémorragies intestinales

Les travaux récents utilisant la VCE ont permis de mieux évaluer la fréquence des différentes lésions responsables des hémorragies intestinales. L’ensemble de ces séries donne des résultats homogènes avec par ordre de fréquence décroissante, les anomalies vasculaires loin devant les tumeurs (tumeurs stromales, lymphomes, carcinoïdes, adénocarcinomes), les ulcérations inflammatoires ou médicamenteuses, puis les causes rares comme le diverticule de Meckel [4].

Les anomalies vasculaires

Il s’agit des lésions les plus fréquemment en cause, responsables de 60 à 80 % des cas d’hémorragie intestinale [1, 6] (figure 1). Ce terme englobe : 1) les angiodysplasies, dilatations veinulaires de vaisseaux dont la paroi est normale, restant localisées à la muqueuse et la sous-muqueuse, et soit sporadiques, soit associées à une insuffisance rénale chronique, une cirrhose, une maladie de Willebrand ou à l’âge ; 2) les ectasies veineuses ou phlébectasies, dilatations veineuses sous-muqueuses d’aspect nodulaire et bleu en endoscopie ; 3) les malformations artério-veineuses souvent congénitales avec dilatations veineuses, capillaires, voire artérielles à parois anormales réalisant parfois d’authentiques fistules artério-veineuses ; 4) les télangiectasies de la maladie de Rendu-Osler avec présence de vaisseaux dilatés dans toute l’épaisseur de la paroi intestinale ; 5) les vraies mais rares tumeurs vasculaires, angiome de l’enfant ou de l’adulte jeune, parfois dans le cadre d’un « blue rubber bleb nevus » syndrome ou d’un Kaposi. Dans 2 méta-analyses évaluant les nouvelles techniques pour le diagnostic d’anémie d’origine intestinale, les angiodysplasies étaient toujours l’anomalie la plus fréquemment détectée [7, 8].

Lésions inflammatoires ou médicamenteuses

Quelles que soient leurs origines, ces lésions sont principalement des ulcérations et dénommées comme telles dans les séries de VCE, d’EP ou d’EDB. Selon le type d’étude et le pourcentage de patients ayant une hémorragie occulte ou extériorisée, des chiffres d’incidence très différents sont rapportés. Dans les méta-analyses, l’incidence des ulcérations, toutes étiologies confondues, ne dépasse pas 5 % des cas d’hémorragie d’origine intestinale [1]. L’hémorragie intestinale est plus rarement liée à une maladie de Crohn. Dans les séries rapportées, l’incidence se situe entre 0 et 5 % des cas [7, 9]. Toutes les lésions visualisées en VCE ne sont cependant pas toujours des ulcérations en rapport avec une maladie de Crohn. La fréquence des ulcérations d’origine médicamenteuse n’est pas connue. La majorité de ces ulcérations sont secondaires à la prise d’un ou plusieurs AINS. La toxicité intestinale des AINS a notamment été montrée dans une étude qui a exploré par VCE 40 volontaires sains avant et après ingestion de 150 mg/j de diclofénac pendant 14 jours. Ces sujets ont présenté de nouvelles lésions intestinales et une augmentation de l’excrétion fécale de calprotectine dans respectivement 68 et 75 % des cas [10].

Tumeurs intestinales

Environ un quart des tumeurs primitivement intestinales toutes causes confondues sont révélées par un saignement digestif [6] (figure 2). Les méta-analyses rapportent les résultats de près de 900 patients explorés par VCE ou entéroscopie poussée, avec une prévalence de lésions tumorales de respectivement 1 et 4 % [7, 8]. Les tumeurs les plus fréquentes sont les adénocarcinomes, les lymphomes, les tumeurs endocrines et les GIST [11]. Il peut également s’agir de métastases de cancers bronchiques ou de mélanomes [12].

Causes rares

Le diverticule de Meckel est une cause classique d’hémorragie digestive chez l’adulte de moins de 30 ans [1]. Chez l’adulte, l’incidence globale des complications est d’environ 2 % mais les hémorragies digestives, qui représentent 15 % des complications, sont plus rares chez l’adulte que chez l’enfant et contrairement aux autres complications elles ne sont pas plus fréquentes chez l’homme.

Autres causes

Les causes hautes d’hémorragies à présentation basses sont un piège bien connu et le plus souvent en rapport avec une fistule aorto-duodénale secondaire à une prothèse vasculaire [13]. Ces fistules peuvent exceptionnellement siéger sur le grêle [14]. Les artères anormalement persistantes au niveau de la muqueuse intestinale (Dieulafoy) qui siègent dans 1 % des cas dans le jéjunum ou l’iléon sont une cause rare mais potentiellement grave d’hémorragie intestinale [15] (figure 3). D’autres causes exceptionnelles ont été rapportées : diverticulose jéjunale ou iléale, maladie de Bechet, varices iléales, ulcération jéjunale à cytomégalovirus, tumeur vasculaire du grêle, purpura rhumatoïde, entérite radique, [16, 17] (tableau 1).

Tableau 1 Principales causes grêliques d’hémorragies digestives basses.

Malformations vasculaires acquises

Ulcérations du grêle (AINS, MICI, Zollinger-Ellison, etc.)

Tumeurs malignes (lymphomes, carcinoïdes, adénocarcinome, métastases), stromales et bénignes

Diverticules de Meckel, duodénal, jéjunal, iléal

Causes rares : fistule aorto-entérique, Dieulafoy, varices intestinales, maladies systémiques, tumeurs vasculaires, ulcérations infectieuses, entérite radique, purpura rhumatoïde, « blue rubber bleb nevus », syndrome, etc.

Diagnostic

L’entéroscopie poussée

C’est le moyen d’exploration endoscopique du grêle le plus ancien qui nécessite parfois l’insertion d’un tube appelé « raidisseur » qui permet d’éviter les boucles gastriques et habituellement une intubation trachéale. L’endoscope est plus souple et plus long qu’un coloscope classique. L’exploration se déroule par voie haute et/ou par voie basse avec une longueur moyenne de jéjunum et d’iléon explorée de respectivement 120 (extrêmes 30-200) et 50 cm (extrêmes 5-200) [18]. Les durées moyennes nécessaires à la réalisation de ces explorations sont respectivement de 20 et 30 minutes. Que l’hémorragie soit obscure ou occulte, le rendement diagnostique est de l’ordre de 25 % [18]. La principale limite de cette technique est son caractère incomplet, puisque la totalité du grêle ne peut pas être explorée, mais elle permet le diagnostic étiologique de lésions proximales. Les possibilités de traitement endoscopique sont identiques à celles des endoscopes usuels. Il a été montré que l’existence d’une insuffisance rénale chronique et/ou d’un méléna est l’un des facteurs prédictifs de rentabilité de l’EP [19, 20].

La vidéocapsule endoscopique

La VCE permet de concentrer dans ce qui ressemble à une grosse gélule, une caméra, une batterie et une source de lumière qui permettent d’enregistrer des images visualisées secondairement sur ordinateur. La qualité des images n’est cependant pas encore du niveau de celles observées avec les vidéoendoscopes. La VCE est devenue le moyen non invasif le plus utilisé actuellement dans la stratégie diagnostique de l’hémorragie digestive intestinale obscure-occulte ou obscure-extériorisée. Le risque de rétention (0,8 % à 5 % des cas) doit être pris en compte avant toute indication. Il est surtout élevé en cas de maladie de Crohn, de sténoses secondaires aux AINS, de tumeur du grêle, d’entérite radique et chez les malades ayant des anastomoses chirurgicales. La recherche de signes obstructifs à l’interrogatoire et peut-être l’entéroscanner sont les meilleurs moyens de mettre en évidence un risque élevé de rétention. Le développement de la « capsule Patency » ou « Agile » n’élimine pas complètement le risque de blocage. En l’absence d’obstacle, la capsule ingérée atteint la valvule iléo-cæcale dans un délai habituellement inférieur à 8 h qui correspond à la capacité d’enregistrement de la batterie. Sur une série de 64 patients évalués, l’ensemble du grêle était visualisé dans 89 % des cas avec une qualité d’image de respectivement 3,7, 3,3 et 2,2 sur une échelle maximale de 4 dans l’intestin proximal, médian et distal [21]. L’intestin distal n’était bien visualisé (score < 3) que dans 38 % des cas. La concordance entre observateurs était correcte surtout lorsque le médecin avait plus de 100 examens à son actif et lorsqu’il s’agissait de lésions vasculaires, avec ou sans saignement actif. Dans la série prospective et analysée en aveugle de Saurin et al. [22], les lésions visualisées étaient classées en P1, P2 ou P3 selon qu’elles étaient considérées comme probablement non, peu probablement ou certainement responsables du saignement. La concordance entre observateurs était de 60,4 % et significativement plus élevée pour les lésions P2 (75,9 %). La VCE est plus sensible et spécifique que l’EP avec un apport diagnostique différentiel toutes lésions confondues de 35 % dans la méta-analyse de Triester et al. [7]. Dans l’ensemble des séries, les angiodysplasies sont en cause dans 30 à 70 % des diagnostics positifs suivis dans un même ordre de grandeur des lésions ulcérées et des tumeurs [21].

L’entéroscopie double ballon

Cette technique, rapportée pour la première fois par Yamamoto en 2001, et qui s’effectue sous contrôle radiologique repose sur le principe d’une avancée alternative de l’endoscope ou de son « surtube » à l’aide du gonflement et dégonflement de ballons disposés aux extrémités [23]. Le gonflement des 2 ballons est contrôlé par un système de pompe externe. La longueur de l’entéroscope est de 2 m, son diamètre externe de 9,3 mm et son canal opérateur de 2,8 mm tandis que le surtube mesure 1,4 m et a un diamètre externe de 12 mm [24]. C’est un examen long par rapport à l’endoscopie habituelle puisque la durée moyenne d’un examen était de 72 minutes (extrêmes : 25-180 min.) par voie haute et 55 minutes (extrêmes : 25-90 min.) par voie basse [25, 26]. La longueur de grêle visualisée varie d’une série à l’autre avec par exemple dans une série européenne une longueur de grêle visualisée de 200 cm (extrêmes : 30-470 cm) par voie haute et de 70 cm (extrêmes : 1-220 cm) par voie basse. Une exploration complète du grêle est possible dans 8 à 16 % des cas [24-27]. Dans sa série de l’inventeur de la technique, le grêle était visualisé en totalité dans 24 des 28 cas de patients où cela a été tenté soit un taux de réussite de 86 % [23]. La rentabilité diagnostique est élevée comprise entre 50 % et 80 % avec un taux de geste endoscopique compris entre 18 % à 57 % [25, 26]. Les complications, actuellement rapportées dans environ 3 % des cas, sont rarement sévères et souvent en rapport avec un geste endoscopique associé [28]. Toutefois, des cas rares d’iléus réflexe, de pancréatites aiguës et d’hémorragies intrapéritonéales ont été rapportés [29-31].

Autres techniques à visée diagnostique

Les techniques de scintigraphie dont la mise en œuvre est complexe et l’interprétation délicate n’ont plus leur place en première intention depuis l’avènement de la VCE. Leur sensibilité permettrait la détection de débits de saignement de l’ordre de 0,1 mL/min. L’artériographie peut être utile en cas d’hémorragie active abondante et un geste d’embolisation permet un arrêt de l’hémorragie dans environ 70 % des cas [1]. Elle est de plus en plus rarement proposée à froid en cas d’impasse diagnostique [1]. Elle peut être précédée d’une tomodensitométrie avec injection susceptible de mettre en évidence un saignement intestinal avec une sensibilité probablement supérieure à celle de l’artériographie [32, 33]. La tomodensitométrie permet parfois d’évoquer un diagnostic [34]. Sa rentabilité est conditionnée par l’abondance du saignement et la présence de facteurs prédictifs de gravité des hémorragies basses : hématocrite inférieur à 35, hypovolémie clinique persistante, extériorisation du saignement à l’examen initial [35].

Stratégie diagnostique et thérapeutique en pratique (tableau 2)

Une hémorragie d’origine grêlique est souvent plus difficile à diagnostiquer que les saignements provenant d’autres segments du tube digestif. Prakash et al. ont évalué de façon prospective 2 groupes de 29 patients ayant une hémorragie digestive intestinale ou non [3]. La présentation clinique des 2 types d’hémorragie était proche mais le nombre de procédures diagnostiques, d’unités de sang transfusées, la durée d’hospitalisation et le coût des explorations étaient significativement plus élevés en cas d’hémorragie intestinale. La proportion de patient nécessitant plus de 3 examens diagnostiques était de 0 %, 14 % et 79 % en cas d’hémorragie respectivement haute, basse ou intestinale.

La technique la plus sensible pour la détection des anomalies les plus fréquentes, les angiodysplasies, semble être la VCE comme dans la méta-analyse de Triester et al. où le rendement de la VCE était de 36 % contre 20 % en EP [7]. Dans une série de 60 patients avec saignement obscur dont 43 avaient des lésions grêliques, 32 % des angiodysplasies étaient communément diagnostiquées par VCE et EP tandis que 36 % ne l’étaient que par la VCE, soit un apport diagnostique de 67 % [22]. L’EP, et non la VCE, diagnostiquait des lésions dans 5 % des cas [22]. Une deuxième VCE pourrait être proposée mais avec un gain diagnostique modéré puisqu’il était de 8 % dans une série de 294 patients ayant déjà bénéficié d’une première investigation pour hémorragie occulte [36]. Dans cette étude, les indications se répartissaient de manière équivalente entre récidive hémorragique et mauvaise visibilité au premier examen. Si l’hémorragie est active au moment de la VCE, la sensibilité pourrait même atteindre 100 % [37]. Lorsque l’on compare les différentes techniques, la VCE semble être plus sensible que l’entéroscanner et l’entéro-RM avec un apport diagnostique de 38 % et 36 % respectivement dans 2 courtes séries de 8 et 14 patients [38, 39]. La comparaison VCE et EDB faite dans quelques études montrent que si la rentabilité diagnostique de la VCE est meilleure, le « service rendu » de l’EDB est notable puisque dans une étude portant sur 35 patients, la sensibilité de la VCE était de 80 % mais le traitement endoscopique était réalisable par l’EDB dans 77 % des cas des 27 patients concernés et malgré une sensibilité moindre de la VCE à 60 % [40]. Dans l’autre étude comparant les 2 techniques et portant sur 13 patients, les sensibilités diagnostiques étaient cependant similaires [41]. Une étude ayant comparé la VCE à l’EP chez des patients présentant une hémorragie occulte montre que la VCE est plus rentable et que réalisée d’emblée, elle permet d’éviter d’autres examens inutiles [42]. D’autres études comparatives sont attendues. Actuellement, on peut proposer ces 2 méthodes complémentaires de façon séquentielle avec une recherche des lésions par la VCE, précoce en cas d’hémorragie extériorisée car sa rentabilité est alors meilleure [6], et une éventuelle confirmation et/ou traitement endoscopique à l’aide de l’EDB [43, 44]. L’entéro-scanner apparaît également comme une méthode prometteuse notamment pour le diagnostic des masses d’origine intestinale même si beaucoup sont décelables en scannographie [45, 46] (figures 4, 5). La VCE est plus performante que la tomodensitométrie avec injection et que l’angiographie dans le diagnostic des hémorragies inexpliquées [47]. En ce qui concerne l’entéro-IRM, elle semble plus adaptée au bilan de la maladie de Crohn qu’au diagnostic des hémorragies intestinales [48].

Traitement

Il est avant tout fonction de la cause. Parfois chirurgical d’emblée ou après embolisation, il est de plus en plus souvent endoscopique. La coagulation au plasma argon est utilisable au niveau du grêle avec des sondes de grande longueur. Des polypectomies ou pose de clips peuvent être réalisées, voire des injections de colle ou des ligatures élastiques [49, 50] (figures 6–8).

Conclusion

Une fois éliminées les hémorragies hautes et basses, il est important d’explorer rapidement l’intestin grêle. Plusieurs méthodes ont montré leur intérêt dans ce cadre et le choix sera fonction du tableau clinique et comprendra de plus en plus souvent plusieurs explorations. La VCE qui est une méthode non invasive à la rentabilité élevée et à la très forte valeur prédictive négative est le pivot actuel de l’exploration de l’intestin grêle.

Remerciements

À Gérard Gay, Michel Delvaux et Christophe Cellier pour l’iconographie.

Références

1 Attar A, Bouhnik Y. Les hémorragies digestives d’origine intestinale. In : Lesur G, Prat F, eds. Doin. 2006 : 82-90.

2 Hayat M, Axon AT, O’Mahony S. Diagnostic yield and effect on clinical outcomes of push enteroscopy in suspected small-bowel bleeding. Endoscopy 2000 ; 32 : 369-72.

3 Prakash C, Zuckerman GR. Acute small bowel bleeding : a distinct entity with significantly different economic implications compared with GI bleeding from other locations. Gastrointest Endosc 2003 ; 58 : 330-5.

4 Gralnek IM. Obscure-overt gastrointestinal bleeding. Gastroenterology 2005 ; 128 : 1424-30.

5 Lai LH, Wong GL, Chow DK, Lau JY, Sung JJ, Leung WK. Long-term follow-up of patients with obscure gastrointestinal bleeding after negative capsule endoscopy. Am J Gastroenterol 2006 ; 101 : 1224-8.

6 Saurin JC, Maunoury V, Lapalus MG, Cellier C, Delvaux M, Favre O, et al. Consensus international de Paris 2006 sur les indications et modalités de l’examen par capsule vidéoendoscopique. Gastroenterol Clin Biol 2007 ; 31 : 798-805.

7 Triester SL, Leighton JA, Leontiadis GI, Fleischer DE, Hara AK, Heigh RI, et al. A meta-analysis of the yield of capsule endoscopy compared to other diagnostic modalities in patients with obscure gastrointestinal bleeding. Am J Gastroenterol 2005 ; 100 : 2407-18.

8 Marmo R, Rotondano G, Piscopo R, Bianco MA, Cipolletta L. Meta-analysis : capsule enteroscopy vs. conventional modalities in diagnosis of small bowel diseases. Aliment Pharmacol Ther 2005 ; 22 : 595-604.

9 Rastogi A, Schoen RE, Slivka A. Diagnostic yield and clinical outcomes of capsule endoscopy. Gastrointest Endosc 2004 ; 60 : 959-64.

10 Maiden L, Thjodleifsson B, Theodors A, Gonzalez J, Bjarnason I. A quantitative analysis of NSAID-induced small bowel pathology by capsule enteroscopy. Gastroenterology 2005 ; 128 : 1172-8.

11 Davilla RE, Faigel DO. GI stromal tumors. Gastrointest Endosc 2003 ; 58 : 80-8.

12 Berger A, Cellier C, Daniel C, Kron C, Riquet M, Barbier JP, et al. Small bowel metastases from primary carcinoma of the lung : clinical findings and outcome. Am J Gastroenterol 1999 ; 94 : 1884-7.

13 Lesur G, Taleb-Fayad R. Hémorragies digestives basses. Gastroenterol Clin Biol 2003 ; 27 : 1129-42.

14 Christodoulou D, Tang S, Ottaway C. GI hemorrhage cause by renal vascular graft-enteric fistula : case report and review. Gastrointest Endosc 2003 ; 58 : 137-9.

15 Lee YK, Walmsley RS, Leong RWL, Sung JJY. Dieulafoy’s lesion. Gastrointest Endosc 2003 ; 58 : 236-43.

16 Ohtani T, Kajiwara E, Suzuki N, Kawasaki A, Sadoshima S, Sakata H, et al. Ileal varices associated with recurrent bleeding in a patient with liver cirrhosis. J Gastroenterol 1999 ; 34 : 264-8.

17 Keates J, Lagahee S, Criley P, Haber M, Kowalski T. CMV enteritis causing segmental ischemia and massive intestinal hemorrhage. Gastrointest Endosc 2001 ; 53 : 355-9.

18 Bouhnik Y, Bitoun A, Coffin B, Moussaoui R, Oudghiri A, Rambaud JC. Two way push videoenteroscopy in investigation of small bowel disease. Gut 1998 ; 43 : 280-4.

19 Lepere C, Cuillerier E, Van Gossum A, Bezet A, Schmit A, Landi B, et al. Predictive factors of positive findings in patients explored by push enteroscopy for unexplained GI bleeding. Gastrointest Endosc 2005 ; 61 : 709-14.

20 Nahon S, Hoang JM, Tuszynski T, Mariaud de Serre N, Lesgourgues B, Delas N. Hémangiome du grêle révélé par une hémorragie digestive : intérêt de l’entéroscopie poussée. Gastroenterol Clin Biol 1999 ; 23 : 1406-7.

21 De Leusse A, Landi B, Edery J, Burtin P, Lecomte T, Seksik P, et al. Video capsule endoscopy for investigation of obscure gastrointestinal bleeding : feasibility, results, and interobserver agreement. Endoscopy 2005 ; 37 : 617-21.

22 Saurin JC, Delvaux M, Gaudin JL, Fassler I, Villarejo J, Vahedi K, et al. Diagnostic value of endoscopic capsule in patients with obscure digestive bleeding : blinded comparison with video push-enteroscopy. Endoscopy 2003 ; 35 : 576-84.

23 Yamamoto H, Sekine Y, Sato Y, Higashizawa T, Miyata T, Iino S, et al. Total enteroscopy with a nonsurgical steerable double-balloon method. Gastrointest Endosc 2001 ; 53 : 216-20.

24 Kaffes AJ, Koo JH, Meredith C. Double-balloon enteroscopy in the diagnosis and the management of small-bowel diseases : an initial experience in 40 patients. Gastrointest Endosc 2006 ; 63 : 81-6.

25 Monkemuller K, Weigt J, Treiber G, Kolfenbach S, Kahl S, Rocken C, et al. Diagnostic and therapeutic impact of double-balloon enteroscopy. Endoscopy 2006 ; 38 : 67-72.

26 Yamamoto H, Kita H, Sunada K, Hayashi Y, Sato H, Yano T, et al. Clinical outcomes of double-balloon endoscopy for the diagnosis and treatment of small-intestinal diseases. Clin Gastroenterol Hepatol 2004 ; 2 : 1010-6.

27 Di Caro S, May A, Hei Ne DG, Fini L, Landi B, Petruzziello L, et al. The European experience with double-balloon enteroscopy : indications, methodology, safety, and clinical impact. Gastrointest Endosc 2005 ; 62 : 545-50.

28 Mensink PBF, Haringsma J, Hucharzik C, Cellier C, Pérez-Cuadrado E, Mönkemüller K, et al. Complications of double balloon enteroscopy : a multicenter survey. Endoscopy 2007 ; 39 : 613-5.

29 Attar A, Maissiat E, Sebbagh V, Cellier C, Wind P, Benamouzig R. First case of paralytic intestinal ileus after double balloon enteroscopy. Gut 2005 ; 54 : 1823-4.

30 Cheng DW, Han NJ, Mehdizadeh S, Lo SK. Intraperitoneal bleeding after oral double-ballon enteroscopy : a case report and review of the literature. Gastrointest Endosc 2007 ; 66 : 627-9.

31 Honda K, Mizutani T, Nakamura K, Higuchi N, Kanayama K, Sumida Y, et al. Acute pancreatitis associated with peroral double-balloon enteroscopy : a case report. World J Gastroenterol 2006 ; 12 : 1802-4.

32 Yoon W, Jeong YY, Shin SS, Lim HS, Song SG, Jang NG, et al. Acute massive gastrointestinal bleeding : detection and localization with arterial phase multi-detector row helical CT. Radiology 2006 ; 239 : 160-7.

33 Scheffel H, Pfammatter T, Wildi S, Bauerfeind P, Marincek B, Alkadhi H. Acute gastrointestinal bleeding : detection of source and etiology with multi-detector-row CT. Eur Radiol 2007 ; 17 : 1555-65.

34 Gourcerol G, Hervé S, Goria O, Thoumas D, Koning E, Le Pessot F, et al. Hémorragie digestive due à un lipome iléal invaginé. Apport de la scanographie hélicoïdale avec injection. Gastroenterol Clin Biol 2004 ; 28 : 185-7.

35 Velayos FS, Williamson A, Sousa KH, Lung E, Bostrom A, Weber EJ, et al. Early predictors of severe lower gastrointestinal bleeding and adverse outcomes. Clin Gastroenterol Hepatol 2004 ; 2 : 485-90.

36 Jones BH, Fleischer DE, Sharma VK, Heigh RI, Shiff AD, Hernandez JL, et al. Yield of repeat wireless video capsule endoscopy in patients with obscure gastrointestinal bleeding. Am J Gastroenterol 2005 ; 100 : 1058-64.

37 Hartmann D, Schmidt H, Bolz G, Schilling D, Kinzel F, Eickhoff A, et al. A prospective two-center study comparing wireless capsule endoscopy with intraoperative enteroscopy in patients with obscure GI bleeding. Gastrointest Endosc 2005 ; 61 : 826-32.

38 Voderholzer WA, Ortner M, Rogalla P, Beinholzl J, Lochs H. Diagnostic yield of wireless capsule enteroscopy in comparison with computed tomography enteroclysis. Endoscopy 2003 ; 35 : 1009-14.

39 Gölder SK, Schreyer AG, Endlicher E, Feuerbach S, Schölmerich J, Kullmann F, et al. Comparison of capsule endoscopy and magnetic resonance (MR) enteroclysis in suspected small bowel disease. Int J Colorectal Dis 2006 ; 21 : 97-104.

40 Hadithi M, Heine GD, Jacobs MA, van Bodegraven AA, Mulder CJ. A prospective study comparing video capsule endoscopy with double-balloon enteroscopy in patients with obscure gastrointestinal bleeding. Am J Gastroenterol 2006 ; 101 : 52-7.

41 Matsumoto T, Esaki M, Moriyama T, Nakamura S, Iida M. Comparison of capsule endoscopy and enteroscopy with the double-balloon method in patients with obscure bleeding and polyposis. Endoscopy 2005 ; 37 : 827-32.

42 De Leusse A, Vahedi K, Edery J, Tiah D, Fery-Lemonnier E, Cellier C, et al. Capsule endoscopy or push enteroscopy for first-line exploration of obscure gastrointestinal bleeding. Gastroenterology 2007 ; 132 : 855-62.

43 May A, Nachbar L, Pohl J, Ell C. Endoscopic interventions in the small bowel using double balloon enteroscopy : feasibility and limitations. Am J Gastroenterol 2007 ; 102 : 527-35.

44 Ohmiya N, Yano T, Yamamoto H, Arakawa D, Nakamura M, Honda W, et al. Diagnosis and treatment of obscure GI bleeding at double balloon endoscopy. Gastrointest Endosc 2007 ; 66 : S72-S77.

45 Boudiaf M, Jaff A, Soyer P, Bouhnik Y, Hamzi L, Rymer R. Small-bowel diseases : prospective evaluation of multi-detector row helical CT enteroclysis in 107 consecutive patients. Radiology 2004 ; 233 : 338-44.

46 Sandrasegaran K, Rajesh A, Rushing DA, Rydberg J, Akisik FM, Henley JD. Gastrointestinal stromal tumors : CT and MRI finfings. Eur Radiol 2005 ; 15 : 1407-14.

47 Saperas E, Dot J, Videla S, Alvarez-Castells A, Perez-Lafuente M, Armengol JR, et al. Capsule endoscopy versus computed tomographic or standard angiography for the diagnosis of obscure gi bleeding. Am J Gastroenterol 2007 ; 107 : 731-7.

48 Gölder SK, Schreyer AG, Endlicher E, Feuerbach S, Schölmerich J, Kullmann F, et al. Comparison of capsule endoscopy and magnetic resonance (MR) enteroclysis in suspected small bowel disease. Int J Colorectal Dis 2006 ; 21 : 97-104.

49 Hekmat H, Al-toma A, Mallant MP, Mulder CJ, Jacobs MA. Endoscopic N-butyl-2-cyanoacrylate (Histoacryl) obliteration of jeunal varices by using the double balloon enteroscope. Gastrointest Endosc 2007 ; 65 : 350-2.

50 Kita H, Yamamoto H, Nakamura T, Shirakawa K, Terano A, Sugano K. Bleeding polyp in the mild small intestine identified by capsule endoscopy and treated by double-ballon endoscopy. Gastrointest Endosc 2005 ; 61 : 628-9.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]