ARTICLE
Auteur(s) : Gilles Lesur, Nguyen Ngoc
Son
Fédération des Spécialités Digestives, Hôpital Ambroise Paré, 9,
Avenue Charles de Gaulle, 92100 Boulogne
Environ 5 % des hémorragies digestives sont en rapport avec
une anomalie de l’intestin grêle. Le diagnostic d’une hémorragie du
grêle ne s’envisage qu’une fois éliminées les causes hautes situées
en amont de l’angle de Treitz et les causes basses d’origine
colique. En pratique, deux cas de figure se présentent : celui
d’une hémorragie extériorisée dont la cause n’est pas élucidée
après la réalisation d’une endoscopie œsogastroduodénale et d’une
iléocoloscopie et donc dite obscure et celui d’une anémie
ferriprive, où malgré l’absence d’un saignement extériorisé, une
cause digestive de saignement dite occulte est évoquée. La plupart
des hémorragies digestives obscures, occultes ou non, sont
d’origine intestinale et inaccessible aux endoscopies haute et
basse traditionnelles. En cas d’hémorragie obscure ou occulte,
plusieurs méthodes endoscopiques sont actuellement disponibles pour
explorer l’intestin grêle : 1) l’entéroscopie poussée (EP), de
réalisation simple, qui garde sa place si les lésions siègent sur
le premier mètre de jéjunum ou les 50 derniers cm d’iléon ; 2)
la vidéocapsule endoscopique (VCE) est une méthode non invasive
qui, en l’absence d’obstacle, permet de visualiser l’ensemble de
l’intestin grêle et possède une très forte valeur prédictive
négative ; 3) l’entéroscopie à double ballon (EDB) est un
examen long, effectué sous contrôle radiologique, à la morbidité
non nulle mais qui permet la réalisation de biopsies et
éventuellement un traitement endoscopique. A ces explorations
endoscopiques, il faut également rajouter les méthodes modernes
d’imagerie, tomodensitométrie spiralée, entéro-scanner, entéro-IRM
ces 2 dernières en plein développement. Toute la difficulté va donc
être de choisir chez un malade donné, en fonction du tableau
clinique, l’examen le plus susceptible de permettre rapidement et
avec la morbidité la plus faible possible le diagnostic et
d’éventuellement effectuer le traitement, idéalement au cours d’un
même geste, de la lésion responsable. Dans cette optique, les
méthodes endoscopiques ont à l’évidence un énorme avantage. Même si
on peut le déplorer, force est de reconnaître que les
disponibilités de ces différentes techniques et les niveaux de
compétences des opérateurs interviendront aussi dans ce choix. On
peut espérer que dans les années à venir des évaluations
économiques aideront à raisonner de manière plus objective les
choix diagnostiques.
Le problème
Chez le sujet sain, l’intestin grêle a une longueur variable de
6 m en moyenne avec des extrêmes de 3,5 à 8 m. Sa partie
mobile, située entre l’angle duodéno-jéjunal et la dernière anse
iléale, est la plus difficile d’accès. Il est habituel de réserver
le terme d’hémorragies intestinales aux hémorragies provenant d’une
lésion située au-delà de l’angle de Treitz [1]. Quel que soit le
mode d’extériorisation (méléna, rectorragies « lie de
vin ») ou en son absence, le bilan de première ligne comprend
une endoscopie œsogastroduodénale et une iléocoloscopie. Ces
examens permettent d’explorer le duodénum - rarement au-delà - et
les derniers centimètres d’iléon terminal. On parle d’hémorragie
digestive obscure en cas d’extériorisation de sang à une ou
plusieurs reprises sans aucune étiologie déterminée après
réalisation d’une ou plusieurs endoscopies standard. Elle est
occulte quand il n’y a pas d’extériorisation de sang visible par le
clinicien ou le patient mais qu’il existe une perte sanguine
authentifiée par une carence martiale documentée et sans cause non
digestive. Dans de tels cas, il est essentiel de rechercher par
biopsies une infection gastrique par Helicobacter pylori et une
atrophie villositaire, causes reconnues d’anémie ferriprive [1]. En
fait, le bilan diagnostique « initial » varie en fonction
des études et peut juste être constitué d’endoscopies standard,
éventuellement répétées, mais parfois aussi inclure certains
examens d’imagerie. De nombreuses études montrent que les
sensibilités et spécificités de l’endoscopie haute et de
l’iléocoloscopie sont imparfaites avec par exemple dans une série
de 21 patients explorés par EP la mise en évidence d’une source de
saignement accessible à l’endoscopie standard dans 42 % des
cas [2]. Jusqu’à récemment, l’inaccessibilité endoscopique de
l’ensemble du grêle, en dehors de la situation extrême que
représente l’entéroscopie peropératoire, rendait le diagnostic et
les traitements difficiles pour cette partie du tube digestif. L’EP
permet l’exploration et les actes endoscopiques sur une partie du
grêle. L’avènement de la VCE, puis de l’EDB, permet maintenant
l’exploration de la totalité du grêle et modifie radicalement la
prise en charge des hémorragies intestinales.
Épidémiologie et histoire naturelle
Aucune étude n’a évalué spécifiquement l’incidence des hémorragies
d’origine intestinale. L’incidence annuelle en France des
hémorragies basses est de 25/100 000, soit environ 15 000 nouveaux
cas par an. Les causes intestinales échappant à l’endoscopie
œso-gastro-duodénale et à l’iléocoloscopie représentent environ
5 % des cas, soit probablement environ 1 000 cas par an. En
fait, selon les séries, de 1 à 7 % des hémorragies digestives
seraient d’origine intestinale [3-5]. Dans une étude récente, la
mortalité des hémorragies intestinales était de 10 % ce qui
est supérieur à celle des hémorragies hautes ou coliques [3].
L’histoire naturelle des hémorragies intestinales est fonction de
la présentation clinique, les patients ayant une hémorragie de type
extériorisée ont un moins bon pronostic mais une probabilité de
diagnostic de lésion intestinale supérieure à ceux ayant une
hémorragie de type obscure-occulte [4]. Toutefois, dans ce dernier
cas lorsqu’aucune cause de saignement n’est retrouvée, le pronostic
à long terme est bon, la plupart des malades ne récidivant pas et
étant toujours en vie à distance [6].
Étiologies des hémorragies intestinales
Les travaux récents utilisant la VCE ont permis de mieux évaluer la
fréquence des différentes lésions responsables des hémorragies
intestinales. L’ensemble de ces séries donne des résultats
homogènes avec par ordre de fréquence décroissante, les anomalies
vasculaires loin devant les tumeurs (tumeurs stromales, lymphomes,
carcinoïdes, adénocarcinomes), les ulcérations inflammatoires ou
médicamenteuses, puis les causes rares comme le diverticule de
Meckel [4].
Les anomalies vasculaires
Il s’agit des lésions les plus fréquemment en cause, responsables
de 60 à 80 % des cas d’hémorragie intestinale [1, 6] (figure 1). Ce terme
englobe : 1) les angiodysplasies, dilatations veinulaires de
vaisseaux dont la paroi est normale, restant localisées à la
muqueuse et la sous-muqueuse, et soit sporadiques, soit associées à
une insuffisance rénale chronique, une cirrhose, une maladie de
Willebrand ou à l’âge ; 2) les ectasies veineuses ou
phlébectasies, dilatations veineuses sous-muqueuses d’aspect
nodulaire et bleu en endoscopie ; 3) les malformations
artério-veineuses souvent congénitales avec dilatations veineuses,
capillaires, voire artérielles à parois anormales réalisant parfois
d’authentiques fistules artério-veineuses ; 4) les
télangiectasies de la maladie de Rendu-Osler avec présence de
vaisseaux dilatés dans toute l’épaisseur de la paroi
intestinale ; 5) les vraies mais rares tumeurs vasculaires,
angiome de l’enfant ou de l’adulte jeune, parfois dans le cadre
d’un « blue rubber bleb nevus » syndrome ou d’un Kaposi.
Dans 2 méta-analyses évaluant les nouvelles techniques pour le
diagnostic d’anémie d’origine intestinale, les angiodysplasies
étaient toujours l’anomalie la plus fréquemment détectée [7, 8].
Lésions inflammatoires ou médicamenteuses
Quelles que soient leurs origines, ces lésions sont principalement
des ulcérations et dénommées comme telles dans les séries de
VCE, d’EP ou d’EDB. Selon le type d’étude et le pourcentage de
patients ayant une hémorragie occulte ou extériorisée, des chiffres
d’incidence très différents sont rapportés. Dans les méta-analyses,
l’incidence des ulcérations, toutes étiologies confondues, ne
dépasse pas 5 % des cas d’hémorragie d’origine intestinale
[1]. L’hémorragie intestinale est plus rarement liée à une maladie
de Crohn. Dans les séries rapportées, l’incidence se situe entre 0
et 5 % des cas [7, 9]. Toutes les lésions visualisées en VCE
ne sont cependant pas toujours des ulcérations en rapport avec une
maladie de Crohn. La fréquence des ulcérations d’origine
médicamenteuse n’est pas connue. La majorité de ces ulcérations
sont secondaires à la prise d’un ou plusieurs AINS. La toxicité
intestinale des AINS a notamment été montrée dans une étude qui a
exploré par VCE 40 volontaires sains avant et après ingestion de
150 mg/j de diclofénac pendant 14 jours. Ces sujets ont
présenté de nouvelles lésions intestinales et une augmentation de
l’excrétion fécale de calprotectine dans respectivement 68 et
75 % des cas [10].
Tumeurs intestinales
Environ un quart des tumeurs primitivement intestinales toutes
causes confondues sont révélées par un saignement digestif [6]
(figure 2). Les
méta-analyses rapportent les résultats de près de 900 patients
explorés par VCE ou entéroscopie poussée, avec une prévalence de
lésions tumorales de respectivement 1 et 4 % [7, 8]. Les
tumeurs les plus fréquentes sont les adénocarcinomes, les
lymphomes, les tumeurs endocrines et les GIST [11]. Il peut
également s’agir de métastases de cancers bronchiques ou de
mélanomes [12].
Causes rares
Le diverticule de Meckel est une cause classique d’hémorragie
digestive chez l’adulte de moins de 30 ans [1]. Chez l’adulte,
l’incidence globale des complications est d’environ 2 % mais
les hémorragies digestives, qui représentent 15 % des
complications, sont plus rares chez l’adulte que chez l’enfant et
contrairement aux autres complications elles ne sont pas plus
fréquentes chez l’homme.
Autres causes
Les causes hautes d’hémorragies à présentation basses sont un piège
bien connu et le plus souvent en rapport avec une fistule
aorto-duodénale secondaire à une prothèse vasculaire [13]. Ces
fistules peuvent exceptionnellement siéger sur le grêle [14]. Les
artères anormalement persistantes au niveau de la muqueuse
intestinale (Dieulafoy) qui siègent dans 1 % des cas dans le
jéjunum ou l’iléon sont une cause rare mais potentiellement grave
d’hémorragie intestinale [15] (figure 3). D’autres causes
exceptionnelles ont été rapportées : diverticulose jéjunale ou
iléale, maladie de Bechet, varices iléales, ulcération jéjunale à
cytomégalovirus, tumeur vasculaire du grêle, purpura rhumatoïde,
entérite radique, [16, 17] (tableau
1).
Tableau 1 Principales causes grêliques d’hémorragies
digestives basses.
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Malformations vasculaires acquises
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Ulcérations du grêle (AINS, MICI, Zollinger-Ellison, etc.)
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Tumeurs malignes (lymphomes, carcinoïdes, adénocarcinome,
métastases), stromales et bénignes
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Diverticules de Meckel, duodénal, jéjunal, iléal
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Causes rares : fistule aorto-entérique, Dieulafoy, varices
intestinales, maladies systémiques, tumeurs vasculaires,
ulcérations infectieuses, entérite radique, purpura
rhumatoïde, « blue rubber bleb nevus », syndrome,
etc.
|
Diagnostic
L’entéroscopie poussée
C’est le moyen d’exploration endoscopique du grêle le plus ancien
qui nécessite parfois l’insertion d’un tube appelé
« raidisseur » qui permet d’éviter les boucles gastriques
et habituellement une intubation trachéale. L’endoscope est plus
souple et plus long qu’un coloscope classique. L’exploration se
déroule par voie haute et/ou par voie basse avec une longueur
moyenne de jéjunum et d’iléon explorée de respectivement 120
(extrêmes 30-200) et 50 cm (extrêmes 5-200) [18]. Les durées
moyennes nécessaires à la réalisation de ces explorations sont
respectivement de 20 et 30 minutes. Que l’hémorragie soit obscure
ou occulte, le rendement diagnostique est de l’ordre de 25 %
[18]. La principale limite de cette technique est son caractère
incomplet, puisque la totalité du grêle ne peut pas être explorée,
mais elle permet le diagnostic étiologique de lésions proximales.
Les possibilités de traitement endoscopique sont identiques à
celles des endoscopes usuels. Il a été montré que l’existence d’une
insuffisance rénale chronique et/ou d’un méléna est l’un des
facteurs prédictifs de rentabilité de l’EP [19, 20].
La vidéocapsule endoscopique
La VCE permet de concentrer dans ce qui ressemble à une grosse
gélule, une caméra, une batterie et une source de lumière qui
permettent d’enregistrer des images visualisées secondairement sur
ordinateur. La qualité des images n’est cependant pas encore du
niveau de celles observées avec les vidéoendoscopes. La VCE est
devenue le moyen non invasif le plus utilisé actuellement dans la
stratégie diagnostique de l’hémorragie digestive intestinale
obscure-occulte ou obscure-extériorisée. Le risque de rétention
(0,8 % à 5 % des cas) doit être pris en compte avant
toute indication. Il est surtout élevé en cas de maladie de Crohn,
de sténoses secondaires aux AINS, de tumeur du grêle, d’entérite
radique et chez les malades ayant des anastomoses chirurgicales. La
recherche de signes obstructifs à l’interrogatoire et peut-être
l’entéroscanner sont les meilleurs moyens de mettre en évidence un
risque élevé de rétention. Le développement de la « capsule
Patency » ou « Agile » n’élimine pas complètement le
risque de blocage. En l’absence d’obstacle, la capsule ingérée
atteint la valvule iléo-cæcale dans un délai habituellement
inférieur à 8 h qui correspond à la capacité d’enregistrement
de la batterie. Sur une série de 64 patients évalués, l’ensemble du
grêle était visualisé dans 89 % des cas avec une qualité
d’image de respectivement 3,7, 3,3 et 2,2 sur une échelle maximale
de 4 dans l’intestin proximal, médian et distal [21]. L’intestin
distal n’était bien visualisé (score < 3) que dans 38 % des
cas. La concordance entre observateurs était correcte surtout
lorsque le médecin avait plus de 100 examens à son actif et
lorsqu’il s’agissait de lésions vasculaires, avec ou sans
saignement actif. Dans la série prospective et analysée en aveugle
de Saurin et al. [22], les lésions visualisées étaient classées en
P1, P2 ou P3 selon qu’elles étaient considérées comme probablement
non, peu probablement ou certainement responsables du saignement.
La concordance entre observateurs était de 60,4 % et
significativement plus élevée pour les lésions P2 (75,9 %). La
VCE est plus sensible et spécifique que l’EP avec un apport
diagnostique différentiel toutes lésions confondues de 35 %
dans la méta-analyse de Triester et al. [7]. Dans l’ensemble des
séries, les angiodysplasies sont en cause dans 30 à 70 % des
diagnostics positifs suivis dans un même ordre de grandeur des
lésions ulcérées et des tumeurs [21].
L’entéroscopie double ballon
Cette technique, rapportée pour la première fois par Yamamoto en
2001, et qui s’effectue sous contrôle radiologique repose sur le
principe d’une avancée alternative de l’endoscope ou de son
« surtube » à l’aide du gonflement et dégonflement de
ballons disposés aux extrémités [23]. Le gonflement des 2 ballons
est contrôlé par un système de pompe externe. La longueur de
l’entéroscope est de 2 m, son diamètre externe de 9,3 mm
et son canal opérateur de 2,8 mm tandis que le surtube mesure
1,4 m et a un diamètre externe de 12 mm [24]. C’est un
examen long par rapport à l’endoscopie habituelle puisque la durée
moyenne d’un examen était de 72 minutes (extrêmes :
25-180 min.) par voie haute et 55 minutes (extrêmes :
25-90 min.) par voie basse [25, 26]. La longueur de grêle
visualisée varie d’une série à l’autre avec par exemple dans une
série européenne une longueur de grêle visualisée de 200 cm
(extrêmes : 30-470 cm) par voie haute et de 70 cm
(extrêmes : 1-220 cm) par voie basse. Une exploration
complète du grêle est possible dans 8 à 16 % des cas [24-27].
Dans sa série de l’inventeur de la technique, le grêle était
visualisé en totalité dans 24 des 28 cas de patients où cela a été
tenté soit un taux de réussite de 86 % [23]. La rentabilité
diagnostique est élevée comprise entre 50 % et 80 % avec
un taux de geste endoscopique compris entre 18 % à 57 %
[25, 26]. Les complications, actuellement rapportées dans environ
3 % des cas, sont rarement sévères et souvent en rapport avec
un geste endoscopique associé [28]. Toutefois, des cas rares
d’iléus réflexe, de pancréatites aiguës et d’hémorragies
intrapéritonéales ont été rapportés [29-31].
Autres techniques à visée diagnostique
Les techniques de scintigraphie dont la mise en œuvre est complexe
et l’interprétation délicate n’ont plus leur place en première
intention depuis l’avènement de la VCE. Leur sensibilité
permettrait la détection de débits de saignement de l’ordre de
0,1 mL/min. L’artériographie peut être utile en cas
d’hémorragie active abondante et un geste d’embolisation permet un
arrêt de l’hémorragie dans environ 70 % des cas [1]. Elle est
de plus en plus rarement proposée à froid en cas d’impasse
diagnostique [1]. Elle peut être précédée d’une tomodensitométrie
avec injection susceptible de mettre en évidence un saignement
intestinal avec une sensibilité probablement supérieure à celle de
l’artériographie [32, 33]. La tomodensitométrie permet parfois
d’évoquer un diagnostic [34]. Sa rentabilité est conditionnée par
l’abondance du saignement et la présence de facteurs prédictifs de
gravité des hémorragies basses : hématocrite inférieur à 35,
hypovolémie clinique persistante, extériorisation du saignement à
l’examen initial [35].
Stratégie diagnostique et thérapeutique en pratique (tableau 2)
Une hémorragie d’origine grêlique est souvent plus difficile à
diagnostiquer que les saignements provenant d’autres segments du
tube digestif. Prakash et al. ont évalué de façon prospective 2
groupes de 29 patients ayant une hémorragie digestive intestinale
ou non [3]. La présentation clinique des 2 types d’hémorragie était
proche mais le nombre de procédures diagnostiques, d’unités de sang
transfusées, la durée d’hospitalisation et le coût des explorations
étaient significativement plus élevés en cas d’hémorragie
intestinale. La proportion de patient nécessitant plus de 3 examens
diagnostiques était de 0 %, 14 % et 79 % en cas
d’hémorragie respectivement haute, basse ou intestinale.
La technique la plus sensible pour la détection des anomalies
les plus fréquentes, les angiodysplasies, semble être la VCE comme
dans la méta-analyse de Triester et al. où le rendement de la VCE
était de 36 % contre 20 % en EP [7]. Dans une série de 60
patients avec saignement obscur dont 43 avaient des lésions
grêliques, 32 % des angiodysplasies étaient communément
diagnostiquées par VCE et EP tandis que 36 % ne l’étaient que
par la VCE, soit un apport diagnostique de 67 % [22]. L’EP, et
non la VCE, diagnostiquait des lésions dans 5 % des cas [22].
Une deuxième VCE pourrait être proposée mais avec un gain
diagnostique modéré puisqu’il était de 8 % dans une série de
294 patients ayant déjà bénéficié d’une première investigation pour
hémorragie occulte [36]. Dans cette étude, les indications se
répartissaient de manière équivalente entre récidive hémorragique
et mauvaise visibilité au premier examen. Si l’hémorragie est
active au moment de la VCE, la sensibilité pourrait même atteindre
100 % [37]. Lorsque l’on compare les différentes techniques,
la VCE semble être plus sensible que l’entéroscanner et l’entéro-RM
avec un apport diagnostique de 38 % et 36 %
respectivement dans 2 courtes séries de 8 et 14 patients [38, 39].
La comparaison VCE et EDB faite dans quelques études montrent que
si la rentabilité diagnostique de la VCE est meilleure, le
« service rendu » de l’EDB est notable puisque dans une
étude portant sur 35 patients, la sensibilité de la VCE était de
80 % mais le traitement endoscopique était réalisable par
l’EDB dans 77 % des cas des 27 patients concernés et malgré
une sensibilité moindre de la VCE à 60 % [40]. Dans l’autre
étude comparant les 2 techniques et portant sur 13 patients, les
sensibilités diagnostiques étaient cependant similaires [41]. Une
étude ayant comparé la VCE à l’EP chez des patients présentant une
hémorragie occulte montre que la VCE est plus rentable et que
réalisée d’emblée, elle permet d’éviter d’autres examens inutiles
[42]. D’autres études comparatives sont attendues. Actuellement, on
peut proposer ces 2 méthodes complémentaires de façon séquentielle
avec une recherche des lésions par la VCE, précoce en cas
d’hémorragie extériorisée car sa rentabilité est alors meilleure
[6], et une éventuelle confirmation et/ou traitement endoscopique à
l’aide de l’EDB [43, 44]. L’entéro-scanner apparaît également comme
une méthode prometteuse notamment pour le diagnostic des masses
d’origine intestinale même si beaucoup sont décelables en
scannographie [45, 46] (figures 4, 5). La VCE est
plus performante que la tomodensitométrie avec injection et que
l’angiographie dans le diagnostic des hémorragies inexpliquées
[47]. En ce qui concerne l’entéro-IRM, elle semble plus adaptée au
bilan de la maladie de Crohn qu’au diagnostic des hémorragies
intestinales [48].
Traitement
Il est avant tout fonction de la cause. Parfois chirurgical
d’emblée ou après embolisation, il est de plus en plus souvent
endoscopique. La coagulation au plasma argon est utilisable au
niveau du grêle avec des sondes de grande longueur. Des
polypectomies ou pose de clips peuvent être réalisées, voire des
injections de colle ou des ligatures élastiques [49, 50] (figures 6–8).
Conclusion
Une fois éliminées les hémorragies hautes et basses, il est
important d’explorer rapidement l’intestin grêle. Plusieurs
méthodes ont montré leur intérêt dans ce cadre et le choix sera
fonction du tableau clinique et comprendra de plus en plus souvent
plusieurs explorations. La VCE qui est une méthode non invasive à
la rentabilité élevée et à la très forte valeur prédictive négative
est le pivot actuel de l’exploration de l’intestin grêle.
Remerciements
À Gérard Gay, Michel Delvaux et Christophe Cellier pour
l’iconographie.
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