ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Marc
Chevallier
Service de Chirurgie Générale, Digestive et Oncologique, Hopital
Européen Georges Pompidou, 20, rue Leblanc, 75908 Paris cedex
15
Dès 1996, une étude confirmait que le court-circuit gastrique
était plus efficace que la prise en charge médicale seule dans le
traitement du diabète de type II [1]. Deux revues de synthèse
concluaient à l’intérêt de la chirurgie dans le traitement de
l’obésité morbide : à partir de l’analyse de 13 essais
randomisés, les auteurs observaient que la perte de poids était
importante après la chirurgie, que le court-circuit gastrique
entraînait une perte d’excès de poids (PEP) plus importante que la
chirurgie de restriction gastrique et que la chirurgie améliorait
les facteurs de comorbidité.
Efficacité globale de la chirurgie sur l’obésité-maladie
L’étude « Swedish obese subjects » (SOS, 2) est depuis
2004 la référence de l’efficacité de la chirurgie dans le
traitement de l’obésité morbide : dans cette étude comparative
non randomisée sur un total de 4 047 patients obèses suivis
2 ans, 1 703 ont été suivis 10 ans : 627 ont été
suivis avec une prise en charge médicale conventionnelle et ont été
comparés à 641 patients opérés (156 anneaux, 451 gastroplasties
verticales calibrées, 34 bypass gastriques). Trois informations
sont apportées par ce travail déterminant (figure 1).
- 1. La PEP est significativement plus importante dans le
groupe opéré que dans le groupe contrôle.
- 2. Cette PEP est maximale à 2 ans et plus
importante pour les bypass que pour les gastroplasties verticales
et les anneaux.
- 3. Enfin, cette PEP diminue ensuite avec le temps mais
reste significativement efficace à 10 ans.
Très récemment, deux études déterminantes viennent de montrer
que la chirurgie de l’obésité diminuait significativement la
mortalité :
- – la même étude SOS [3] rapporte la mortalité à
10,9 ans. Parmi 2 037 patients traités médicalement de manière
conventionnelle (groupe contrôle), il y a eu 129 décès
(6,3 %) ; parmi les 2 010 obèses opérés, il y eut 101
décès (5 %). Les causes de décès les plus fréquentes ont été
l’infarctus du myocarde (25 dans le groupe contrôle, 13 dans le
groupe opéré) et le cancer (47 dans le groupe contrôle, 29 dans le
groupe opéré) ;
- – une étude de Salt Lake City sur la mortalité à long
terme [4] comparant 7 925 patients traités médicalement à 7 925
traités par bypass montre, après un suivi moyen de 7,1 ans,
que la mortalité chute de 40 % grâce à l’intervention. La
mortalité par maladie coronarienne a chuté de 56 % (2,6 versus
5,9 pour 10 000 patients-années, p = 0,006), de 92 %
par diabète (0,4 versus 3,4 pour 10 000 patients-années,
p = 0,005) et de 60 % par cancer (5,5 versus
13,3 pour 10 000 patients-années, p < 0,001).
Comme l’on sait déjà que l’obésité est un facteur favorisant
certains cancers [5], il apparaît donc désormais que la chirurgie
de l’obésité participe à la prévention du cancer.
Les méthodes chirurgicales et leurs résultats
Deux grands principes thérapeutiques sont utilisés :
malabsorption et restriction gastrique. Actuellement, deux grands
types d’intervention sont réalisés :
- – les interventions visant à réduire la capacité
gastrique : les gastroplasties (verticale calibrée) et surtout
le cerclage gastrique par anneau ;
- – les interventions associant à une restriction
gastrique une dérivation intestinale (court-circuit gastrique,
dérivation bilio-pancréatique) qui entraîne un certain degré de
malabsorption.
Les interventions de restriction gastrique
Elles consistent à délimiter un « petit estomac » de 15 à
20 mL qui, en se remplissant rapidement, donne au patient une
sensation de satiété précoce qui empêche les ingestions massives
dont souffrent ces malades.
La gastroplastie verticale calibrée (GVC) selon Mason est la
plus ancienne
Principe : elle consiste à réaliser une petite poche gastrique
de 15 à 30 mL par une partition de l’estomac à l’aide d’un
agrafage vertical parallèle à la petite courbure. Cette poche est
reliée au reste de l’estomac par un rétrécissement calibré à
11-12 mm par un collier prothétique externe inextensible. La
séparation de la poche gastrique du reste de l’estomac par agrafage
avec transsection a permis l’adaptation de la technique à sa
réalisation par voie cœlioscopique (figure 2).
La GVC a une efficacité certaine sur la PEP : 40 à
50 % à un an, avec une efficacité maximale à 12-18 mois.
Les résultats à long terme sont rares : un travail de la Mayo
Clinic [6] a récemment permis de suivre à 10 ans 71 patients
après une GVC : avec seulement 26 % de PEP supérieure à
50 %, 17 % ont du être réopérés. Cette étude est à
l’origine d’un consensus américain qui propose d’abandonner cette
intervention, maintenant que bypass et sleeve gastrectomy sont
utilisés en routine.
Le cerclage gastrique par anneau
N’ouvrant pas le tube digestif, procédure réversible et ajustable,
le cerclage gastrique est la technique restrictive la moins
invasive (figure
3).
Principe : confection d’un bandage circulaire autour de la
partie haute de l’estomac au moyen d’un anneau ajustable de
silicone, délimitant un compartiment gastrique d’une contenance de
15 à 20 mL qui constitue le petit estomac. La particularité de
ce dispositif est d’être réversible et ajustable : le diamètre
intérieur de l’anneau est modulé par un ballonnet extensible relié
à une chambre d’injection sous-cutanée placée sur la face
antérieure du muscle droit de l’abdomen. On peut ainsi, après
repérage radioscopique, ponctionner la chambre et remplir d’eau
stérile l’anneau par une simple ponction, adaptant ainsi la vitesse
de l’évacuation du petit estomac de façon personnalisée.
La PEP globale est d’environ 50 % à 2 ans, stable à
long terme. Quatre-vingt pour cent des patients ont perdu plus de
50 % de leur excès de poids en deux ans, les 20 %
d’échecs sont toujours dus à deux causes : non-respect des
contraintes diététiques et absence de surveillance.
Sécurité
Mortalité opératoire très faible (2/2807, soit 0,07 % par
l’étude de l’Anaes [7].
Morbidité
Le taux de complications global est de l’ordre de 10 %, et
celles-ci sont essentiellement bénignes. Les complications graves
sont la perforation gastrique (0,3 à 1 %).
Le glissement d’anneau est la complication tardive la plus
fréquente : avant 2000, les anneaux étaient placés au ras de
la paroi gastrique et le taux de glissement était monté jusqu’à
30 %. Ceci a conduit à une modification technique :
l’anneau est maintenant posé par la « pars flaccida » du petit
épiploon, plus loin de l’estomac, et le taux de glissement est
tombé en dessous de 4 % [8]. La migration intragastrique de
l’anneau (1 %) est due à une infection du dispositif ou des
serrages trop fréquents ou trop importants.
Les anneaux sont mis en place par voie cœlioscopique, de même
que la gastroplastie verticale calibrée dans sa variation selon Mac
Lean. Comme c’est la règle lors de l’abord cœlioscopique et plus
encore lorsqu’il s’agit d’obèses chez lesquels les complications
pariétales sont fréquentes, la technique mini-invasive permet
d’améliorer le confort péri- et postopératoire. Ces techniques de
réduction gastrique sont donc moins invasives que les techniques de
malabsorption : la sensation de satiété précoce qu’elles
entraînent aide les patients à modifier leurs habitudes
alimentaires, mais elles peuvent entraîner un inconfort ou des
vomissements en cas d’erreur, certains aliments solides étant
difficiles à ingérer. D’autre part, elles ne fonctionnent pas
lorsque le patient compense par des aliments liquides ou
semi-liquides (en particulier sucrés, ce sont les patients
« sweat-eaters »). Ces techniques imposent une
préparation diététique et un accompagnement pour aider les patients
à modifier leur comportement alimentaire.
La sleeve gastrectomy
- PrincipeCette technique consiste à transformer la poche
gastrique en un long tube étroit calibré le long de la petite
courbure gastrique, à partir de l’angle (figure 4). La
totalité de l’antre gastrique est préservée pour la vidange. Cette
technique est basée sur la notion de « Magenstrasse », ou
voie gastrique, également à l’origine de la gastroplastie verticale
calibrée selon Mason. Le tube gastrique étroit donne une sensation
de satiété précoce dès qu’il est rempli.
- ComplicationsIl s’agit d’un agrafage de toute la longueur de
l’estomac vertical, soit plus de 20 cm. Il a été décrit des
hémorragies sur les rangées d’agrafes, ou des fistules dont le
traitement peut être difficile en raison de l’étroitesse du
tube.
- EfficacitéÀ 1 an, la sleeve gastrectomy donne une PEP de
l’ordre de 40 %. Il semble ne pas y avoir trop de dilatation
du tube gastrique après trois ans, mais il y a encore peu de
publications sur le sujet.
- IndicationsIl s’agit de la seule technique de restriction
gastrique qui soit irréversible puisque la poche gastrique est
enlevée. Son avantage est qu’elle est efficace seule, mais peut
aussi être facilement convertie en bypass.Pour certains la sleeve
gastrectomy pourrait remplacer l’anneau et être la première
intervention contre l’obésité. Soit elle fonctionne seule, soit en
cas d’échec elle peut être transformée en bypass un an
après.L’inconvénient de cette attitude est que, en termes de
complications, la sleeve est équivalente à une ouverture du tube
digestif et donne des complications potentiellement plus graves que
l’anneau (hémorragies, fistules, péritonite).Nous pensons plutôt
qu’il faut la réserver aux situations graves : les patients
ayant un IMC > 60 kg/m2 lorsque le bypass n’est
pas réalisable dans un premier temps (trop de graisse épiploïque,
gros foie stéatosique). On effectue dans un premier temps une
sleeve et le patient est réévalué un an après. Soit il a bien perdu
et la sleeve suffit, soit il reste en situation de danger (IMC >
35 kg/m2) et on peut alors convertir en bypass un
an après, à un moment où l’intervention devient plus facile grâce à
la perte de poids.
Les interventions mixtes
Elles associent une réduction de la capacité gastrique à une
dérivation intestinale, soit gastrique, soit bilio-pancréatique.
Le court-circuit gastrique ou bypass gastrique
Principe
Il s’agit de la création d’une poche gastrique associée à une
dérivation intestinale et bilio-pancréatique par la réalisation
d’une anse en Y plus ou moins longue (figure 5). La poche
gastrique est réalisée le long de la petite courbure par agrafage,
déconnectée du reste de l’estomac. L’anse en Y est anastomosée
d’une part à la poche gastrique, de l’autre au grêle transportant
les sécrétions bilio-pancréatiques à 40 à 70 cm de l’angle
duodéno-jéjunal. La longueur de l’anse alimentaire est de 1,5 mètre
environ.
Efficacité
PEP de 60 à 70 % à un an, stable avec le temps.
Sécurité
Ces courts-circuits constituent un bouleversement de
l’architecture digestive et imposent une ouverture du tube digestif
au niveau des deux anastomoses. Elles sont donc plus longues et
plus délicates à réaliser que les techniques de réduction
gastrique.
La mortalité précoce est estimée par le rapport de l’Anaes à
0,5 %. Les complications postopératoires (5 %) sont
marquées par le risque d’abcès profond (1,5 %) ou de fistule
digestive (2,2 %). À distance, il persiste un risque de
sténose de l’anastomose gastro-jéjunale (3,7 %), d’ulcère
anastomotique (3,5 %), qui peuvent globalement conduire à un
taux de réintervention variable (entre 1,4 et 18,6 %). On peut
observer des complications fonctionnelles à type de diarrhée et/ou
dumping syndrome et parfois des carences en fer, vitamine B12 et
folates qu’il faut savoir prévenir.
Le Roux-en-Y gastric bypass a récemment été adapté à la
laparoscopie avec les mêmes résultats et moins de complications
pariétales (éventration).
La diversion bilio-pancréatique
La diversion bilio-pancréatique (DBP) est une technique
malabsorptive (figure 6) : elle associe
une gastrectomie distale, une section de l’iléon à 2,5 mètres de la
valve iléo-cæcale avec anastomose du segment distal à l’estomac
restant (= anse alimentaire) et suture du segment proximal (= anse
bilio-pancréatique) à l’iléon terminal à 50 cm de la valve
iléo-cæcale.
Avec duodenal switch, elle est destinée à éviter les ulcères
anastomotiques : l’estomac est tubulisé verticalement pour
supprimer la poche formée par la grande courbure du cardia au
pylore (c’est une sleeve gastrectomy ou gastrectomie en manchette).
Le duodénum est sectionné 4 cm après le pylore, le moignon
duodénal est suturé, la même anse alimentaire que pour le BPD est
anastomosée au duodénum proximal et l’anse bilio-pancréatique est
anastomosée à l’iléon 1 mètre en amont de la valve iléo-cæcale.
Souvent pratiquée chez des patients très atteints (IMC >
60 kg/m2), la mortalité en est de 2 %. Les complications
postopératoires spécifiques sont surtout des fistules
anastomotiques, à distance le principal risque est celui de
carences, en particulier hypoalbuminémie en raison de la courte
longueur de l’anse commune.
La PEP est la plus importante : 75 à 80 % à
2 ans, stable avec le temps avec un succès chez 90 % des
patients à 10 ans. La sleeve gastrectomy permet de perdre
40 % de l’excès de poids en un an : chez des patients
gravement atteints (IMC > 60), elle permet ainsi de passer le
cap difficile par une intervention moins longue. Un an après, la
décision sera prise soit d’en rester là si la PEP est satisfaisante
soit de faire, dans de meilleures conditions chirurgicales et
anesthésiques le deuxième temps du bypass ou de la dérivation
bilio-pancréatique : c’est la stratégie dite « en deux
temps » (tableau 1).
Tableau 1 Efficacité et sécurité des différentes
interventions [9].
|
GVC
|
Anneau
|
Bypass
|
DBP
|
|
Mortalité
|
0,24 %
|
0,07 %
|
0,5 %
|
2 %
|
|
Complications postopératoires
|
5 %
|
5 %
|
5 %
|
3 à 16 %
|
|
Complications tardives
|
5 à 10 %
|
5 à 10 %
|
10 %
|
10 à 30 %
|
|
PEP à 2 ans
|
40- 50 %
|
40-50 % (6)
|
60 - 70 %
|
75-80 %
|
|
PEP > 50 % à 10 ans
|
26 %
|
40 à 50 %
|
60 %
|
90 %
|
Le ballon intragastrique
Cette technique, encore en cours d’évaluation, consiste à placer
dans l’estomac sans anesthésie un ballon gonflé à 600 cc qui donne
au patient l’impression de sortir de table en permanence. Le ballon
doit être enlevé au bout de six mois car son étanchéité n’est plus
certaine au-delà. Il permet de perdre entre 15 et 25 % de
l’excès de poids. Le ballon est donc moins efficace que la sleeve
gastrectomy. Son indication correspond donc aux patients gravement
atteints (IMC > 60 kg/m2) pour lesquels une
anesthésie générale est contre-indiquée. Six mois de ballon
permettent de passer le cap difficile : le ballon est enlevé
en même temps que l’on fait bypass ou DBP dans de meilleures
conditions de sécurité.
Les indications et les recommandations de bonne pratique
La chirurgie n’est indiquée que pour l’obésité morbide,
c’est-à-dire celle qui diminue l’espérance de vie.
Les indications de la chirurgie de l’obésité ont fait l’objet de
recommandations basées sur des consensus professionnels, les
recommandations des sociétés savantes médico-chirurgicales
françaises [10], européennes (EAES [11]) et américaines plus
récentes.
- 1. Une obésité morbide : IMC supérieur à
40 kg/m2 ou à 35 kg/m2 avec des facteurs de
comorbidités dus à l’excès de poids et susceptibles de régresser
avec la PEP : diabète, hypertension artérielle, syndrome
d’apnée du sommeil, arthrose invalidante (gonarthrose,
coxarthrose).
- 2. Une obésité stable depuis cinq ans.
- 3. Un échec du traitement médical : les
recommandations françaises précisent que la durée de la prise en
charge médicale doit être d’au moins un an avant d’envisager la
chirurgie sur la constatation d’un échec du traitement
conventionnel de l’obésité (régime diététique, activité physique,
approche comportementale...).
- 4. Motivation et coopération du patient :
les techniques de réduction gastrique impliquent un bouleversement
des habitudes alimentaires des patients dont il faut qu’ils soient
informés, qu’ils y soient préparés et qu’ils acceptent une
surveillance postopératoire régulière prolongée.
- 5. Concernant l’âge du patient, la plupart des
équipes s’accordent à réserver ces interventions à l’adulte.
Concernant la limite supérieure, il faut que le patient puisse
bénéficier de la perte de poids, le rapport bénéfice risque est
moins favorable au-delà de 60 ans mais certaines situations
d’invalidité par arthrose peuvent être prises en compte. Chez
l’adolescent, certes la situation d’endémie croissante de l’obésité
amène à se poser des questions mais les indications chirurgicales
ne peuvent être qu’exceptionnelles, elles sont reconnues aux
États-Unis dans le cadre de protocoles de recherche.
- 6. Ces recommandations ont été actualisées cette
année au niveau européen [12].La prise en charge de l’obésité
grave impose une équipe interdisciplinaire et la décision d’opérer
doit être prise à l’issue d’une réunion de concertation
pluridisicplinaire (RCP). Dans ces conditions, il a été possible de
préciser ces indications :
- – l’IMC de référence est l’IMC courant ou un IMC
précédent documenté : cette notion d’IMC Maximum permet de ne
pas attendre que le patient regrossisse trop avant de le réopérer
en cas d’échec ;
- – une perte de poids obtenue par un traitement médical
intensif n’est pas une contre-indication à la chirurgie
programmée ;
- – la chirurgie est indiquée chez les patients qui ont
perdu du poids avec un traitement médical mais ont repris du
poids ;
- – le constat d’échec de la prise en charge médicale,
s’il se fait en RCP, ne nécessite plus un délai spécifique.
Les contre-indications de la chirurgie de l’obésité
Elles sont de trois ordres : anesthésiques, médicales et
psychiatriques.
Les contre-indications anesthésiques à la réalisation d’une
anesthésie générale ou d’une cœlioscopie sont : des troubles
de la coagulation (cirrhose), une hypertension intracrânienne non
compensée, une hypertension artérielle pulmonaire, une hypercapnie
supérieure à 45 mm Hg, une grossesse.
Les contre-indications médicales concernent les obésités
endocriniennes, les maladies inflammatoires du tube digestif, les
cancers potentiellement évolutifs (mais un ancien cancer du sein ne
doit pas être considéré comme une contre-indication à une chirurgie
de l’obésité s’il fait seulement l’objet d’une surveillance), les
maladies de système évolutives.
Les contre-indications psychologiques : il est essentiel de
pouvoir affirmer que le patient a compris les règles diététiques de
la restriction gastrique, qu’il accepte de s’y plier et qu’il
coopérera à une surveillance obligatoire. Ceci élimine les patients
souffrant de dépression, les patients atteints de psychose, les
patients dépendant de l’alcool ou des drogues. Dans certains cas
moins graves, une prise en charge psychologique peut être requise
avant d’envisager l’intervention.
Les indications de l’anneau gastrique
Une étude nationale récente a été réalisée par la Cnam : tous
les patients obèses opérés en France en décembre 2002 et
janvier 2003 (n = 1 236) ont été systématiquement revus de
façon indépendante par les médecins conseils de la Cnam en
avril 2004 et avril 2005. Quatre-vingt-sept pour cent
avaient eu un anneau gastrique : 946 suivis à un an, 876 à
deux ans. Un travail statistique a recherché les facteurs
susceptibles de succès après anneau gastrique (PEP > 50 %).
En analyse univariée (test du chi 2) et multivariée (régression
logistique), les 5 facteurs ayant révélé des différences
significatives sont :
- – l’âge inférieur à 40 ans (p < 0,01) : par
rapport aux patients âgés de 15 à 39 ans, les patients âgés de
40 à 49 ans ont un risque 1,5 fois plus élevé d’échouer avec
un anneau et les patients âgés de plus de 50 ans 1,8 fois
plus ;
- – l’IMC initial < 50 kg/m2 (p <
0,001): les patients atteints d’une obésité morbide (40 < IMC ≤
49) ont un risque 2,6 fois plus élevé d’échouer que ceux qui
avaient une obésité sévère (35 < IMC ≤ 39). Les patients
superobèses (IMC ≥ 50) ont un risque 5,4 fois plus élevé d’échouer
avec un anneau que ceux qui ont une obésité sévère ;
- – le volume d’activité des chirurgiens de plus de 15
interventions pendant ces deux mois (p < 0,01). Par rapport aux
patients opérés par une équipe chirurgicale habituée à la pose
d’anneau (15 interventions et plus au cours des deux mois de
l’enquête), les patients opérés par des équipes ayant réalisé 1 à 2
interventions ont un risque 1,9 fois plus élevé que l’anneau ne
soit pas un succès. Ce risque est encore 1,7 fois plus élevé pour
les patients opérés par des équipes réalisant un peu plus
d’interventions (de 3 à 6, comme de 7 à 14
interventions) ;
- – reprise ou augmentation de l’activité physique (p <
0,001) : les patients qui n’ont pas repris ou augmenté leur
activité physique ont un risque 2,3 fois plus élevé que l’opération
ne soit pas un succès que ceux qui l’ont fait ;
- – modification du comportement alimentaire (p <
0,001) : les patients qui n’ont pas modifié leur comportement
alimentaire ont un risque 2,2 fois plus élevé que l’anneau ne soit
pas un succès que ceux qui l’ont modifié.
Les indications du bypass
De l’étude précédente, il est maintenant possible de déduire les
indications du bypass selon deux situations :
- 1) en première intention, le bypass est indiqué :
- – chez les patients âgés de plus de 40 ans,
- – ayant un IMC > 50 kg/m2,
- – incapables de modifier leur comportement alimentaire
(sweet-eaters, binge-eaters…)
- – souffrant d’une pathologie créant une absence de
sensation de satiété (crâniopharyngiome, Prader-Willi).
- 2) en cas de réintervention, après échec d’un anneau ou
d’une GVC :
- – chez les superobèses (IMC >
60 kg/m2), le bypass réalisé en un temps comporte
des risques (mortalité : 7,8 % ; pour l’homme :
jusqu’à 16,7 %). Il a été donc proposé de faire premièrement
une sleeve gastrectomy, suivie un an après si nécessaire de la
montée de l’anse du bypass.
Préparation et surveillance postopératoire
Ces indications et contre-indications illustrent la nécessité d’une
prise en charge multidisciplinaire à chaque étape. À l’AP-HP, des
centres de référence ont été désignés sur un cahier des charges
impliquant un parcours pluridisciplinaire.
- 1. Avant l’intervention : l’engouement pour
cette chirurgie fait qu’actuellement les patients obèses souhaitent
voir d’emblée le chirurgien. Celui-ci ne voit que les patients
souffrant d’une obésité morbide, donc avec un IMC supérieur à
40 kg/m2. En dessous, les patients doivent être adressés au
médecin nutritionniste ou endocrinologue. Celui-ci prend en charge
les obésités moyennes et réadresse au chirurgien le patient dont
l’IMC est compris entre 35 et 40 kg/m2 et qui
souffre d’une comorbidité induite par l’obésité et susceptible de
régresser par la perte de poids, pour lequel il estime qu’il faut
étudier l’option chirurgicale. Il faut au minimum deux
consultations. La première consultation doit être purement
informative. Elle permet de recueillir l’histoire de l’obésité du
patient, d’une part, et de lui apporter, d’autre part, un ensemble
d’informations objectives sur les stratégies médicales et
chirurgicales de lutte contre l’obésité, sur leur succès, les
raisons prévisibles des échecs et leurs complications. Aucune
décision thérapeutique ne doit être prise à l’issue de cette
consultation où le patient est encouragé à plusieurs démarches
complémentaires :
- – recueillir le témoignage de patients déjà opérés, soit
directement, soit par le biais d’associations d’anciens obèses,
actuellement mieux structurées et dynamiques ;
- – consultation diététique auprès d’une diététicienne
rompue à la préparation et à la surveillance des obèses
opérés ;
- – consultation psychologique ou psychiatrique destinée à
détecter les contre-indications et les patients à prendre en charge
avant toute chirurgie ;
- – consultation cardiologique pouvant aller jusqu’à la
scintigraphie myocardique ou à la coronarographie si
nécessaire ;
- – bilan métabolique endocrinien, lipidique, glycémique
et des transaminases.
La décision doit être multidisciplinaire : une réunion
médico-chirurgicale décide si l’on propose ou non l’intervention
chirurgicale au patient avant de le revoir et elle organise la
prise en charge médicale s’il est récusé.
S’il le souhaite, le patient est revu en une seconde
consultation décisionnelle. La décision collégiale lui est proposée
et l’on discute du type d’intervention : restrictive ou
malabsorptive. Il faut préférer le court-circuit gastrique chez les
sujets super-obèses (IMC > 50 kg/m2),
« sweat-eaters ». Mais la tradition gastronomique et
l’habitude de bien manger en France font que les patients se plient
le plus souvent bien à cette rééducation alimentaire qu’ils
orientent vers le « moins et mieux manger ». Ce qui est
probablement moins vrai aux États-Unis. Si la décision d’une
intervention est prise, le patient passe une journée en hôpital de
jour pour le bilan préopératoire qui comprend ; une
échographie hépatique, un transit opaque recherchant une hernie
hiatale, une fibroscopie gastrique, des épreuves fonctionnelles
respiratoires, la consultation d’anesthésie et un cours de
diététique.
- 2. L’hospitalisation dure entre trois (anneau) et
huit (bypass) jours après l’intervention, pour surveiller la
réalimentation. Puis, la surveillance est obligatoire
(trimestrielle), pendant 18 mois. Elle apprécie la PEP par
rapport à la courbe statistique, recherche les erreurs
alimentaires, en particulier le manque de fragmentation. Trop
souvent les patients oublient les collations entre deux repas et
apportent trop d’aliments à la fois, ce qui risque d’aboutir à une
dilatation du premier compartiment et à un glissement.
Conclusion
La chirurgie est le seul traitement efficace contre
l’obésité-maladie. L’anneau gastrique est une technique de
restriction gastrique bien adaptée aux habitudes alimentaires
françaises : il peut être le premier choix thérapeutique chez
le sujet âgé de moins de 40 ans, ayant un IMC < 50, si le
patient accepte de se plier à des règles diététiques assez strictes
et de reprendre une activité physique. Il apporte 50 % de
perte d’excès de poids en deux ans chez 80 % des opérés, en
améliorant significativement la qualité de vie. Chez les
super-obèses, chez les patients qui abusent de liquides sucrés ou
qui risquent d’échouer avec un anneau parce qu’ils ne pourront pas
s’habituer à des contraintes diététiques, il faut préférer la
confection d’un court-circuit gastrique, également réalisable
actuellement sous laparoscopie. Dans les situations extrêmes (IMC
> 60) si l’anesthésie générale est réalisable mais qu’il faut
une intervention courte il peut paraître judicieux de faire une
chirurgie en deux temps : une sleeve gastrectomy suivie, si
nécessaire un an après, d’un bypass ou d’une dérivation
bilio-pancréatique. Dans tous les cas de cette pathologie complexe
qu’est l’obésité, une prise en charge et une décision (RCP)
multidisciplinaire sont essentielles : médecin traitant,
chirurgien, nutritionniste et psychologue doivent aider le patient
pendant toute la durée du programme de perte de poids.
Références
1 Pories WJ. Who would have thought it? An operation proves to
be the most effective therapy for adult-onset diabete melitus. Ann
Surg 1995 ; 222 : 339-52.
2 Sjöström L, Lindroos AK, Peltonen M,
et al. Lifestyle, diabetes and cardiovascular risk factors
10 years after bariatric surgery. N Engl J Med 2004 ;
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