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Conduite à tenir après la découverte d’un incidentalome pancréatique


Hépato-Gastro. Volume 14, Numéro 2, 139-47, Mars-avril 2007, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2007.0055

Résumé  

Auteur(s) : Frédérique Maire , Service de Gastroentérologie et Pancréatologie du Pr Philippe Ruszniewski, Pôle des maladies de l’appareil digestif, Hôpital Beaujon, 100 bd du Général Leclerc, 92110 Clichy.

Résumé : La découverte fortuite de lésions pancréatiques est de plus en plus fréquente grâce aux progrès de l’imagerie médicale. La prévalence exacte des incidentalomes pancréatiques n’est pas connue. Il peut s’agir de la découverte d’une lésion kystique ou plus rarement d’une lésion solide. Les principales lésions de découverte fortuite sont les tumeurs intracanalaires papillaires et mucineuses pancréatiques, les cystadénomes séreux et les cystadénomes mucineux. La démarche stratégique a pour but de préciser la nature de la lésion (en première intention par la scanographie et la pancréato-IRM, en seconde intention par l’échoendoscopie, et en troisième intention par la ponction sous échoendoscopie), d’évaluer son potentiel dégénératif et, en fonction de celui-ci, de proposer une résection chirurgicale ou une simple surveillance.

Mots-clés : incidentalome, tumeur intracanalaire papillaire et mucineuse pancréatique, lésion kystique pancréatique

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Frédérique Maire

Service de Gastroentérologie et Pancréatologie du Pr Philippe Ruszniewski, Pôle des maladies de l’appareil digestif, Hôpital Beaujon, 100 bd du Général Leclerc, 92110 Clichy

Une lésion pancréatique de découverte fortuite est diagnostiquée lorsqu’un examen d’imagerie (principalement une échographie ou une scanographie abdominale) est réalisé pour explorer un autre organe ou dans le cadre d’un « débrouillage » pour des douleurs abdominales atypiques.L’enjeu diagnostique est important car il faut déterminer s’il s’agit d’une lésion bénigne (pseudokyste, cystadénome séreux, foyer de nécrose pancréatique quelle qu’en soit l’origine), d’une lésion bénigne mais à potentiel malin (cystadénome mucineux, tumeur intracanalaire papillaire et mucineuse du pancréas (TIPMP) bénigne, tumeur endocrine), d’une lésion maligne (adénocarcinome ou cystadénocarcinome, TIPMP maligne, métastase pancréatique...) ou d’une variante anatomique (pancréas aberrant, pancréas divisum, rate accessoire, lipomatose) [1].

Les lésions pancréatiques de découverte fortuite sont-elles fréquentes ?

L’augmentation de la sensibilité de détection et de la diffusion des techniques d’imagerie (échographie, scanographie multibarrettes, imagerie par résonance magnétique (IRM) et échoendoscopie) a pour conséquence une augmentation de l’incidence des lésions pancréatiques de découverte fortuite [2]. Ce chiffre n’est cependant pas connu car il existe très peu de données dans la littérature [3-5]. Une des meilleures approches est l’étude japonaise de Ikeda et al. [3]. La réalisation d’une échographie abdominale chez plus de 130 000 sujets permettait d’identifier de façon fortuite une lésion kystique pancréatique (LKP) dans 1 cas sur 500. Les autres études de la littérature sont des séries chirurgicales, ce qui ne permet pas une approche exacte de la prévalence des incidentalomes mais uniquement de ceux pour lesquels l’indication opératoire est retenue. Fernandez del Castillo et al. [4] ont rapporté en 2003 une série de 78 LKP de découverte fortuite, dont 78 % étaient réséquées : il s’agissait de lésions cancéreuses invasives ou in situ dans 17 % des cas et de lésions précancéreuses dans 42 %. Très récemment, l’équipe du John Hopkins Hospital de Baltimore a rapporté la plus grande série de malades opérés d’un incidentalome pancréatique [5]. Sur près de 2000 duodénopancréatectomies céphaliques effectuées entre 1997 et 2005, 118 (6 %) étaient réalisées pour des lésions pancréatiques de découverte fortuite. Il s’agissait de lésions cancéreuses et précancéreuses dans 31 % et 47 % des cas respectivement. Les quatre lésions les plus fréquentes étaient les TIPMP non invasives (30 %), les cystadénomes (17 %), les adénocarcinomes ductulaires (10 %) et les tumeurs endocrines bénignes (6 %). En cas de tumeur maligne, le pronostic était significativement meilleur lorsque la lésion avait été découverte fortuitement que lorsqu’elle était symptomatique. L’âge moyen lors du diagnostic de l’incidentalome était de 67 ans.

Nous analyserons séparément les lésions kystiques et solides dont l’approche diagnostique est différente.

Approche diagnostique devant une lésion kystique pancréatique de découverte fortuite

Quels diagnostics évoquer devant une lésion kystique pancréatique ?

Il faut toujours garder à l’esprit que les pseudokystes sont dix fois plus fréquents que les autres lésions kystiques. Cependant, il est rare qu’un pseudokyste soit de découverte totalement fortuite (4 % des incidentalomes kystiques). Le contexte clinique (âge, sexe, consommation d’alcool, antécédents de douleurs abdominales ou de pancréatite) et l’imagerie (présence de signes de pancréatite chronique) permettent d’orienter vers ce diagnostic.

Le cystadénome séreux est asymptomatique dans 30 à 45 % des cas. Le sex ratio F/H est de 1,5. Il n’y a pas de localisation préférentielle dans le pancréas. Sa taille varie de quelques millimètres à 15-20 cm ( (figure 1) ). Il est composé de multiples petits kystes le plus souvent millimétriques, donnant un aspect alvéolaire en nid d’abeille [6]. Il existe une cicatrice centrale calcifiée dans 30 % des cas. Le diagnostic de cystadénome séreux peut être difficile dans deux circonstances : 1) lorsque les kystes sont très nombreux et de très petite taille et que la superposition des cloisons donne l’aspect d’une tumeur solide en échographie ou en scanographie ; 2) lorsque le cystadénome séreux se présente sous la forme d’un macrokyste en imagerie (10 % des cas), impossible à distinguer d’un cystadénome mucineux [7].

Le cystadénome mucineux siège dans le corps ou la queue du pancréas dans 80 % des cas. Il atteint préférentiellement la femme de 40-50 ans. Sa taille varie entre 1 et 20 cm ( (figure 2) ). Il est caractérisé par une ou plusieurs cavités kystiques dont le diamètre est habituellement > 2 cm. Des calcifications périphériques peuvent être observées dans 15 % des cas [8].

Le cystadénocarcinome, de localisation céphalique dans 60 % des cas est une tumeur macrokystique uni- ou multiloculaire, présentant le plus souvent des végétations pariétales. Près de 15 % d’entre eux sont de découverte fortuite [1].

La tumeur pseudopapillaire et solide touche préférentiellement la femme jeune [9]. Il s’agit d’une tumeur mixte constituée de zones solides et de zones kystiques, associant à des degrés divers des zones d’hémorragie, de nécrose et des calcifications. Cette lésion est bien limitée par une capsule fibreuse. Son diamètre atteint fréquemment 10 cm. Les tumeurs pseudo-papillaires et solides sont découvertes fortuitement dans 10 à 40 % des cas [1].

La TIPMP est une prolifération adénomateuse de l’épithélium des canaux pancréatiques [10]. Elle peut toucher le canal pancréatique principal et/ou les canaux secondaires. Les TIPMP sont plus fréquemment symptomatiques que les autres tumeurs kystiques car l’obstruction du canal de Wirsung par du mucus peut entraîner des douleurs ou une pancréatite (50 % des cas). Le diagnostic est habituellement facile en présence de plusieurs dilatations de canaux secondaires ( (figure 3) )[11]. Par contre, le diagnostic peut être difficile dans 2 situations :

  • 1) une dilatation isolée du canal pancréatique principal : le principal diagnostic différentiel est la pancréatite chronique (contexte souvent évocateur) ;
  • 2) une dilatation d’un seul canal secondaire : le diagnostic différentiel avec une autre LKP (telle qu’un cystadénome) peut alors nécessiter le recours à la pancréato-IRM qui cherchera à mettre en évidence une communication avec le canal principal et/ou d’autres petites dilatations de canaux secondaires en faveur du diagnostic de TIPMP.

Les adénocarcinomes et les tumeurs endocrines kystiques sont rares, mais toute tumeur solide peut se nécroser et se présenter sous la forme d’une lésion kystique.

Les kystes vrais du pancréas peuvent être uniques et multiples ; ils se rencontrent notamment au cours de la maladie de Von Hippel Lindau (10 % des cas) et de la polykystose hépatorénale (5 % des cas) [12].

Quel est le risque de dégénérescence des lésions kystiques pancréatiques ?

Le risque de transformation maligne des cystadénomes séreux est très faible, moins de 12 cas ont été décrits dans la littérature. Le risque de dégénérescence des cystadénomes mucineux existe, mais il n’est pas chiffré dans la littérature. Il fait de toute façon proposer l’exérèse chirurgicale. Les TIPMP se développent quant à elles sur la séquence dysplasie de bas grade - dysplasie de haut grade – carcinome. Le principal facteur prédictif de dégénérescence est l’atteinte du canal de Wirsung. Une étude longitudinale a récemment rapporté que le risque de transformation maligne (c’est-à-dire dysplasie de haut grade ou carcinome invasif) à 5 ans était de 63 % dans les formes atteignant le canal principal et de 15 % dans les formes localisées aux canaux secondaires [13]. Les tumeurs pseudo-papillaires et solides (TPPS) peuvent également dégénérer, surtout lorsqu’il y a eu un traumatisme (ponction, résection incomplète). Les kystes vrais du pancréas ne dégénèrent pas.

Quel bilan d’imagerie faut-il réaliser devant une lésion kystique pancréatique ?

Le bilan d’imagerie comprend : a) en première intention, une scanographie sans injection et après injection avec un temps précoce artériel et un temps tardif portal, et une pancréato-IRM avec réalisation de coupes épaisses (surtout si l’on suspecte une TIPMP) ; b) en seconde intention, une échoendoscopie.

Ces examens ont pour but de : a) décrire la lésion : taille, épaisseur et régularité de la paroi, présence de calcifications, contenu homogène ou hétérogène, composante solide associée, présence de végétations ; b) de rechercher d’autres LKP ; c) de rechercher des anomalies canalaires associées.

La pancréatographie rétrograde endoscopique (CPRE) n’a maintenant qu’une place limitée à visée diagnostique. La duodénoscopie peut permettre de voir un écoulement de mucus à travers la papille présent chez 30 % des malades atteints de TIPMP et pathognomonique de cette affection [11]. La pancréatoscopie avec réalisation de biopsies intracanalaires peut être utile en cas de doute sur une atteinte du canal de Wirsung par la TIPMP [14].

Le dosage des marqueurs sériques a-t-il un intérêt ?

Les marqueurs tumoraux sériques (ACE, Ca 19.9) ont une utilité limitée pour le diagnostic des tumeurs kystiques. L’ACE et le Ca 19.9 sérique sont élevés moins d’une fois sur deux en cas de cystadénocarcinome ou de TIPMP maligne. Dans ce cas, il s’agit rarement de tumeurs de découverte fortuite.

Faut-il faire une ponction sous échoendoscopie ?

La ponction sous échoendoscopie d’une tumeur kystique, avec analyse cytologique/histologique et biochimique du liquide, doit être discutée principalement pour les lésions uni- ou pauci-loculaires d’allure bénigne dont la nature est impossible à préciser avec l’imagerie [15]. La ponction n’est pas indiquée en cas de cystadénome séreux typique en imagerie. Elle ne l’est pas non plus en cas de lésion suspecte d’être maligne du fait de la présence d’une paroi épaisse et irrégulière ou nodulaire, de végétations intrakystiques, d’un envahissement d’un organe de voisinage ou d’adénopathies suspectes. Dans ce cas, une résection chirurgicale doit être discutée d’emblée. Enfin, la ponction peut être utile dans une lésion manifestement maligne avec un envahissement locorégional (ce qui est rare en cas de découverte fortuite) de façon à obtenir la preuve histologique afin d’orienter le traitement palliatif.

La rentabilité de l’analyse cytologique ou histologique du matériel de ponction dépend du type de la lésion kystique [16]. Dans la plupart des séries de la littérature, elle ne dépasse pas 25 % en cas de cystadénome séreux, en raison de la pauci-cellularité habituelle du liquide. Elle est supérieure (30 %-75 %) en cas de cystadénome mucineux bénin ou de cystadénocarcinome. L’analyse couplée en cytologie conventionnelle et en milieu liquide selon la technique d’étalement monocouche (méthode Thinprep®) permet d’améliorer ses performances [17].

Les performances diagnostiques de l’analyse de certains marqueurs biochimiques et tumoraux sont bonnes et très utiles pour le diagnostic de lésion uniloculaire (tableau 1)( Tableau 1 )[15, 18, 19]. Une élévation intra-kystique de l’ACE > 400 ng/mL ou du CA 72.4 > 40 U/mL est quasiment spécifique de tumeur mucineuse, bénigne ou maligne. A l’inverse, un ACE < 5 ng/mL suggère fortement un cystadénome séreux.

Comme pour tout examen endoscopique, le patient doit être averti du risque de complication d’une ponction sous échoendoscopie (1,2 %), ce risque est principalement infectieux et justifie une antibioprophylaxie [20].
Tableau 1 Valeur diagnostique de l’analyse des marqueurs biochimiques et tumoraux du liquide des lésions kystiques du pancréas (d’après [1]).

Marqueur

Seuil proposé

Diagnostic

Sensibilité (%)

Spécificité (%)

Valeur prédictive positive (%)

 Valeur prédictive négative (%)

Amylase

> 5 000 U/L

Pseudokyste

93

82

86

91

CA 19.9

> 50 000 U/mL

Cystadénome mucineux

72

84

63

88

ACE

> 400 ng/mL

Cystadénome mucineux

57

99

96

85

ACE

< 5 ng/mL

Cystadénome séreux

92

87

61

98

CA 72.4

> 40 U/mL

Cystadénome mucineux

73

99

96

84

Approche diagnostique devant une lésion solide pancréatique de découverte fortuite

Quels diagnostics évoquer devant une lésion solide pancréatique ?

L’adénocarcinome canalaire pancréatique de petite taille n’est qu’exceptionnellement découvert de façon fortuite à l’occasion d’un bilan d’imagerie. Il s’agit le plus souvent d’une lésion hypodense en scanographie et hypoéchogène en échoendoscopie.

Les tumeurs endocrines non fonctionnelles sont souvent de découverte fortuite, y compris à un stade métastatique [21]. Les tumeurs endocrines uniques sont souvent sporadiques. Les tumeurs endocrines multiples s’intègrent habituellement dans une affection génétique (néoplasie endocrine multiple de type 1 ou maladie de von Hippel-Lindau). En imagerie, elles se présentent sous l’aspect d’une masse iso- ou modérément hypodense, se rehaussant nettement après injection de produit de contraste. L’échoendoscopie est très utile pour le diagnostic en montrant une masse hypoéchogène homogène, bien limitée et parfois calcifiée ( (figure 4) ). La scintigraphie des récepteurs de la somatostatine a une sensibilité et une spécificité de 80-90 % pour le diagnostic [22]. Elle est moins performante pour les tumeurs de petite taille et l’insulinome (mais cette lésion est rarement de découverte fortuite). Son principal intérêt est d’éviter le recours à une biopsie pour affirmer le diagnostic de tumeur endocrine.

Les métastases pancréatiques compliquent les cancers bronchiques, du rein ou du sein, les mélanomes, ou d’autres tumeurs variées (cancers colorectaux, sarcomes). Elles sont diagnostiquées de façon fortuite dans 30 à 80 % des cas. Elles sont uniques ou multiples. Le délai entre le traitement du cancer primitif et la découverte des métastases pancréatiques peut être très long, dépassant 20 ans en cas de cancer du rein. Leur localisation exclusivement pancréatique est fréquente en cas de cancer primitif rénal (80 %). En scanographie, ces lésions sont iso- ou hypodenses avant injection et se rehaussent à la phase artérielle précoce de l’injection. En IRM, ces tumeurs apparaissent généralement hypo-intenses sur les séquences pondérées en T1, et hyperintenses et hétérogènes sur les séquences T2. L’échoendoscopie est très utile pour le diagnostic en montrant des lésions souvent multiples, peu hypoéchogènes ou isoéchogènes, homogènes, arrondies et bien limitées, entourées d’un parenchyme peu ou pas remanié [23].

Plus rarement, une lésion solide pancréatique peut se voir dans un contexte de pancréatite : il peut s’agir soit d’une pancréatite auto-immune dans sa forme pseudo-tumorale, soit d’un foyer de nécrose le plus souvent séquellaire d’une poussée de pancréatite [24]. La découverte fortuite de ces anomalies est exceptionnelle.

Quelle est la démarche diagnostique devant une lésion solide pancréatique de découverte fortuite ?

L’orientation étiologique est donnée par l’imagerie (TDM, IRM et échoendoscopie). Les performances diagnostiques de la ponction sous échoendoscopie du pancréas sont très bonnes en cas de tumeur solide, dépassant 80-90 % dans la plupart des séries [25]. La valeur prédictive positive pour distinguer une tumeur pancréatique maligne d’un foyer de pancréatite approche 100 % dans notre expérience [26].

Les marqueurs tumoraux ont un intérêt limité pour le diagnostic d’une lésion solide de découverte fortuite. Une élévation du Ca 19.9 évoque un adénocarcinome pancréatique mais sa sensibilité n’est que de 70 %. La chromogranine A sérique est élevée chez environ 60 % des malades ayant une tumeur endocrine non fonctionnelle [27].

La scintigraphie au 18-fluorodéoxyglucose peut être utile pour le diagnostic d’adénocarcinome (sensibilité de 80 % mais seulement de 69 % en cas de diabète mal équilibré) [28].

Les indications de la CPRE sont très limitées pour le diagnostic des tumeurs solides de découverte fortuite.

Quelle prise en charge proposer aux malades ayant une lésion pancréatique de découverte fortuite ?

Devant la découverte fortuite à l’imagerie d’une lésion pancréatique, la démarche stratégique est de :
  • 1) Préciser le diagnostic de cette affection en s’aidant :
    • du terrain : âge, sexe, antécédents personnels et familiaux pancréatiques, contexte de maladie génétique (maladie de Von Hippel Lindau, néoplasie endocrine multiple de type I, polykystose hépatorénale), consommation d’alcool, etc. ;
    • des examens d’imagerie afin de caractériser la lésion elle-même et de rechercher une atteinte canalaire associée, en privilégiant d’abord les examens non invasifs (TDM, pancréato-IRM), puis, si nécessaire, de l’échoendoscopie et enfin, si besoin, de la ponction sous échoendoscopie ( (figure 5) ).
  • 2) Evaluer le potentiel évolutif vers la malignité de la lésion.
  • 3) Proposer une résection en cas de tumeur maligne, potentiellement maligne ou douteuse, qu’elle soit solide ou kystique.

Existe-t-il un seuil de taille de l’incidentalome en dessous duquel aucune exploration complémentaire n’est nécessaire ?

Cette question n’est pas résolue dans la littérature [2, 4].

Une lésion solide de découverte fortuite est le plus souvent dégénérée ou à risque de dégénérescence : elle nécessite donc, quelle que soit sa taille, de poursuivre les investigations afin de parvenir à un diagnostic étiologique.

Une lésion kystique de découverte fortuite est en revanche souvent bénigne. Les deux principaux critères devant inciter à des investigations complémentaires sont la présence d’un contingent solide et la taille de la lésion (seuil de 20 à 30 mm selon les études) [2]. Pour prédire la bénignité d’une LKP, la taille < 3 cm a une valeur prédictive positive (VPP) de 87 % et le caractère uniloculaire de la lésion de 97 % [29]. Les LKP < 2 cm sont exceptionnellement malignes (3 %) [4]. Dans tous les cas, rien ne presse à prendre une décision thérapeutique pour une petite LKP de découverte fortuite. Une confrontation des données cliniques, de l’imagerie et surtout l’observation du profil évolutif sont toujours utiles.

A qui proposer une résection chirurgicale ?

Une résection doit théoriquement être proposée en cas de tumeur maligne, potentiellement maligne ou douteuse : c’est le cas lorsqu’on suspecte un adénocarcinome, une tumeur endocrine (> 2 cm de diamètre), une tumeur pseudo-papillaire et solide, un cystadénome mucineux ou une TIPMP avec des facteurs prédictifs de dégénérescence (atteinte du canal de Wirsung, épaississement pariétal canalaire, nodule tumoral intrakystique). En cas de métastases pancréatiques, et sous réserve du contexte, l’indication opératoire doit être discutée car elle peut permettre d’observer des survies prolongées (survie à 5 ans de 43 % et à 10 ans de 24 % [30]).

A chaque fois, la prise en compte du terrain est essentielle (âge du malade, état général). Le bénéfice supposé de l’exérèse de la lésion et les risques d’une résection pancréatique (diabète, insuffisance exocrine, fistule pancréatique postopératoire) doivent être mis en balance. Si la mortalité de la duodénopancréatectomie céphalique a diminué dans les centres experts (2-3 %), sa morbidité reste élevée (30-40 %). Le type de résection doit être discuté en réunion multidisciplinaire en fonction de la nature supposée de la lésion, de sa taille, de sa localisation, et de l’expertise des chirurgiens présents. Une tumeur a priori maligne doit être enlevée par une intervention réglée (duodéno-pancréatectomie céphalique, pancréatectomie gauche). Une pancréatectomie médiane peut être envisagée en cas de lésion isthmique d’allure bénigne. Une énucléation pancréatique peut également se discuter pour une tumeur d’allure bénigne située suffisamment à distance (> 2–3 mm) du canal de Wirsung et si les rapports avec les vaisseaux péri-pancréatiques et le duodénum le permettent [31].

A qui proposer une simple surveillance ?

L’abstention chirurgicale est indiquée chez les patients ayant un cystadénome séreux bien documenté. La meilleure connaissance de l’histoire naturelle des TIPMP permet à présent de ne pas proposer d’indication opératoire aux patients non symptomatiques ayant une TIPMP des canaux secondaires si et seulement si il n’y a pas de critères prédictifs de malignité [13]. Une surveillance étroite est cependant nécessaire dont les modalités optimales sont à définir. Notre proposition est de réaliser en alternance une échoendoscopie et une IRM tous les 6 mois pendant 2 ans puis tous les ans. En cas de LKP < 2 cm pour laquelle l’obtention de la preuve formelle du diagnostic est difficile, il semble également raisonnable de proposer une surveillance. Le suivi à long terme (en moyenne 8 ans) de 79 LKP < 2 cm a montré une augmentation de taille dans 41 % des cas, mais la LKP ne devenait jamais symptomatique et n’était jamais la cause du décès [32]. Une autre étude rapporte le suivi à 24 mois de 369 patients ayant une LKP. Des modifications morphologiques n’apparaissaient que dans 8 % des cas et au final, seuls 3 % des patients avaient une tumeur maligne. Pour ces petites LKP, les modalités optimales de la surveillance ne sont pas clairement codifiées : une imagerie tous les 6 mois les 2 premières années, puis annuelle, est souvent proposée.

Enfin, il ne faut pas négliger l’anxiété que génère l’annonce de la découverte d’une lésion pancréatique. Les explications quant à la nature de la lésion, son risque de dégénérescence et la stratégie proposée (surveillance ou résection chirurgicale) doivent être le plus claires et loyales possibles.

Conclusion

Les progrès constants des techniques d’imagerie expliquent l’augmentation apparente de l’incidence des lésions pancréatiques de découverte fortuite. Une utilisation raisonnée des examens complémentaires permet d’aboutir le plus souvent au diagnostic précis du type de lésion et de choisir à bon escient le traitement adapté. Alors que certaines lésions sont de diagnostic relativement aisé lorsqu’elles ont une présentation typique (tumeur endocrine, cystadénome séreux, tumeur pseudopapillaire et solide), d’autres posent des problèmes délicats : infiltrations pseudo-tumorales du pancréas, lésions kystiques uniloculaires de petite taille ou lésions canalaires atypiques. Le recours à des explorations plus invasives (principalement la ponction sous échoendoscopie) est alors souvent indispensable pour éviter des erreurs diagnostiques parfois lourdes de conséquences.

Références

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