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Méthodes d’hémostase endoscopique


Hépato-Gastro. Volume 14, Numéro 1, 59-69, Janvier-Février 2007, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2007.0039

Résumé  

Auteur(s) : Gilles Lesur, Thierry Barrioz , Fédération des Spécialités digestives, Hôpital Ambroise Paré, 9 Avenue Charles de Gaulle, 92100 Boulogne, Service d’endoscopie digestive, CHU de Poitiers - Hôpital de la Milétrie, 2 rue de la Milétrie 86021 Poitiers Cedex.

Résumé : En cas d’hémorragie digestive, les objectifs du traitement endoscopique sont de faire cesser l’hémorragie, de diminuer le risque de récidive hémorragique et d’éviter une intervention chirurgicale à visée hémostatique. Plusieurs travaux réalisés récemment en France ont confirmé qu’il y avait depuis quelques années une nette réduction de la mortalité des hémorragies digestives à laquelle participent à l’évidence ces traitements endoscopiques. Un traitement hémostatique par voie endoscopique est indiqué en cas d’hémorragie active et de lésion à fort risque de récidive hémorragique, notamment en présence d’un vaisseau visible non hémorragique ou de volumineuses varices œsophagiennes. Les méthodes hémostatiques actuelles de référence sont les injections de sérum adrénaliné 1/10000 e ou de colles synthétiques, les clips, l’électrocoagulation au plasma argon (plus rarement bipolaire) et la ligature élastique. Le choix de la méthode hémostatique doit être adapté à la cause de l’hémorragie. Au cours de l’hypertension portale, la ligature élastique et l’injection de colle biologique sont les méthodes de référence, respectivement en cas de varices œsophagiennes et gastriques. En cas d’hémorragie ulcéreuse, il n’y a pas de supériorité démontrée d’une méthode hémostatique sur l’autre. L’utilisation de grandes quantités d’adrénaline (10 à 15 mL) doit être préférée car plus efficaces en termes de réduction du risque de récidive hémorragique et sans inconvénient. Le bénéfice de l’association d’une méthode thermique aux injections d’adrénaline est plus important en cas d’ulcère à haut risque évolutif. La coagulation bipolaire au contact est probablement mieux adaptée aux saignements en jet alors que la coagulation au plasma argon sans contact est préférable en cas de saignements en nappe. La coagulation au plasma argon est le traitement de référence des malformations vasculaires acquises hémorragiques. Les clips hémostatiques sont le traitement de première intention des saignements artériolaires en rapport avec un Dieulafoy. Ils peuvent également être utilisés pour le traitement d’un ulcère de petite taille, en règle générale non fibreux, ou d’un Mallory-Weiss hémorragique ainsi qu’en cas d’hémorragies secondaires à une endoscopie thérapeutique, et parfois même dans ce cadre à titre préventif.

Mots-clés : hémorragie digestive, endoscopie thérapeutique, hémostase endoscopique

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Gilles Lesur1, Thierry Barrioz2

1Fédération des Spécialités digestives, Hôpital Ambroise Paré, 9 Avenue Charles de Gaulle, 92100 Boulogne
2Service d’endoscopie digestive, CHU de Poitiers - Hôpital de la Milétrie, 2 rue de la Milétrie 86021 Poitiers Cedex

L’hémorragie digestive est la principale indication de l’endoscopie digestive en urgence. Cette endoscopie a pour but de mettre en évidence la cause de l’hémorragie, de réaliser un geste hémostatique qui vise a stopper l’hémorragie et à réduire le risque de récidive hémorragique et ainsi d’éviter le recours à un geste hémostatique plus lourd par radiologie interventionnelle, voire une chirurgie d’hémostase [1]. Ces objectifs, le plus souvent obtenus, participent au premier chef à la réduction incontestable et prouvée de la mortalité des hémorragies, notamment spontanées, qui sont les plus fréquentes et les plus graves [2, 3]. Cette action hémostatique est recherchée dans 3 principales situations : 1) lors d’une hémorragie active, très souvent spontanée ou plus rarement secondaire à un geste endoscopique, l’objectif est de faire cesser le saignement ; 2) lorsque l’hémorragie est interrompue, mais que l’aspect endoscopique permet de penser qu’il existe un risque élevé de récidive hémorragique (vaisseau visible non hémorragique surtout mais également caillot adhérent), le but est alors de réduire au maximum le risque de récidive hémorragique ; 3) enfin, bien que plus rarement, une technique d’hémostase est utilisée à titre préventif immédiatement après un geste endoscopique à fort risque hémorragique pour tenter de réduire ce risque.On distingue les méthodes thermiques, les injections et les méthodes mécaniques [1]. Ces différentes techniques peuvent être utilisées isolément ou en association en se limitant habituellement à 2 méthodes et en privilégiant alors l’association de méthodes de mécanisme d’action différent. Toutefois, le bénéfice de l’association de 2 méthodes hémostatiques n’est pas démontré dans toutes les situations et il est surtout à attendre en cas de lésion à haut risque évolutif. Si l’utilisation de ces différentes méthodes est optimale en salle d’endoscopie, il est néanmoins possible de réaliser ces gestes au lit du malade, si nécessaire.

Méthodes thermiques

Elles correspondent aux différents modes de coagulation. On distingue les méthodes avec contact (sondes chaudes, électrocoagulation bipolaire) de celles sans contact comme la coagulation au plasma argon et le laser Nd-Yag [1]. En cas de coagulation avec contact, la pression sur le vaisseau permet son occlusion, expérimentalement y compris pour les vaisseaux de 2 mm de diamètre et donc l’arrêt de l’hémorragie, alors que la coagulation sans contact va stopper le saignement par le biais d’une dessiccation des tissus, puis d’une vasoconstriction par rétraction du vaisseau avec apparition d’une thrombose locale et formation d’un cratère blanchâtre. Avec les méthodes sans contact, il n’est expérimentalement pas possible de coaguler efficacement les saignements provenant de vaisseaux de plus d’1 mm. Elles apparaissent donc, au moins théoriquement, comme surtout adaptées aux saignements en nappe ou au traitement des malformations vasculaires hémorragiques. De nos jours, la photo coagulation au laser Nd-Yag n’est plus utilisée à visée hémostatique car la profondeur de coagulation n’est pas aisée à maîtriser et il existe donc un risque de perforation. De plus, le caractère rectiligne du rayon laser rend difficile le traitement de certaines localisations et le coût de la technique est très élevé. En France, les méthodes thermiques sont actuellement très largement dominées par la coagulation au plasma argon dont la diffusion a été massive du fait de ses nombreuses indications [4]. En revanche, l’utilisation de l’électrocoagulation bipolaire est beaucoup moins importante [5].

Coagulation monopolaire

La coagulation monopolaire diffuse un courant électrique de haute fréquence au travers du patient et nécessite une plaque reliant le malade au générateur. La coagulation monopolaire s’effectue au contact de la lésion ou de la zone hémorragique à l’aide de pinces chaudes ou de sondes chaudes. Elle utilise des puissances de 25 à 40 W (en fonction du site de la lésion) et des impulsions prolongées pour la sonde chaude. La puissance du courant de coagulation et la durée d’application seront d’autant plus faibles que la paroi digestive traitée est mince (côlon, duodénum…) pour éviter le risque de coagulation transmurale et donc de perforation.

La sonde chaude (Heater probe)

La sonde chaude ou chauffante (heater probe des Anglo-Saxons), très peu utilisée en France, est un cylindre en aluminium comprenant une bobine d’échauffement pouvant créer une température constante de 250 °C. Elle est recouverte de téflon afin de diminuer le risque d’adhérence tissulaire. Un système d’irrigation assure le refroidissement. Il existe des sondes de 2,3 et de 3,2 mm de diamètre. On utilise des impulsions de 8 secondes qui permettent de délivrer habituellement une puissance de 30 joules. Pendant ce temps, la sonde doit être maintenue fermement en contact avec la lésion ou le vaisseau à traiter. Ce système comporte des canaux de lavage 1 cm au-dessus de la portion distale active. Son utilisation est surtout limitée par la nécessité d’un long temps de contact avec la lésion qui expose à de rares cas d’impaction, mais surtout à un important risque de perforation compte tenu d’une diffusion en profondeur du courant de coagulation.

La coagulation au plasma argon

La diffusion croissante de la coagulation au plasma argon est due à son efficacité, sa facilité d’emploi et à un coût raisonnable à l’achat comme en produits consommables [4]. Son attractivité est également liée à ses multiples usages, aussi bien coagulation que destruction de tissus, en fonction des débits de gaz et des puissances électriques utilisés (0,6 à 2 L/mn, 40 à 90 W). De plus, il s’agit d’un matériel léger et donc aisément déplaçable. Cette technique est basée sur l’effet thermique du courant électrique au niveau des tissus, provoquant, de la superficie vers la profondeur, une dessiccation, une coagulation et une dévitalisation. L’effet thermique est appliqué grâce au jet d’argon ionisé à travers un tube flexible en téflon par l’intermédiaire d’une électrode. L’utilisation d’un gaz ionisé permet une transmission axiale radiale et latérale. Les sondes sont flexibles ce qui permet une utilisation en rétrovision. La coagulation est homogène en surface et estimée le plus souvent comme superficielle ne dépassant pas les 2 à 3 mm de profondeur. C’est une technique d’électrochirurgie monopolaire qui délivre de l’énergie de façon sécurisante et efficace sans contact tissulaire. Le principe repose sur l’inertie du gaz argon, la création d’un arc électrique avec la lésion et sur le cathéter lui-même qui comprend un fil guide électrique conducteur dans sa lumière. L’argon inerte passe dans le cathéter, puis il est ionisé par l’activation électrique du guide, avant sa sortie distale, au niveau d’une céramique située à l’extrémité du cathéter. Cela crée un plasma visible, comprenant des électrons libres, des ions + et des atomes ou molécules de gaz inerte. Ce jet multidirectionnel de plasma se dirige vers la lésion et il apparaît un effet thermique par création d’un arc électrique. L’arc électrique qui se crée se dirige entre l’extrémité distale de la sonde (céramique) et le tissu selon un trajet en pont. La distance idéale entre la sonde et les tissus est de 3 à 5 mm. Une fois utilisé, le gaz se désionise rapidement. Pour ce qui est de la pénétration en profondeur, elle peut atteindre 5 mm avec des puissances de 100 watts et des temps d’application avoisinant 1 minute. L’argon est un gaz inerte, non inflammable, stable et non toxique. Son utilisation sous forme liquide, à une température de – 185,9 °C lui assure une stérilité dont on connaît l’intérêt en endoscopie. Au moment de l’application, la température à la surface des tissus atteint environ 120 °C et diminue dans la profondeur du tissu. Il est nécessaire de posséder un couple générateur électrique-générateur d’argon, le premier utilisable pour la chirurgie et l’endoscopie thérapeutique sur lequel l’on peut régler la puissance du courant de coagulation, le second sur lequel on peut régler le débit de gaz. La flamme émise par le cathéter va toujours vers les tissus à traiter, permettant ainsi une utilisation aussi bien en position axiale que latérale (tangentielle) du cathéter, même si l’on utilise des sondes à jet d’argon axial. Ainsi, dans la grande majorité des cas, il n’est pas nécessaire d’avoir recours aux sondes à jet d’argon latéral. La coagulation obtenue est superficielle et comparable à la profondeur maximale de la coagulation multipolaire [4]. Elle doit être appliquée de manière prudente en respectant les impératifs de puissance de coagulation et surtout de temps de contact flamme-tissus, à adapter aux sites des lésions traitées, afin de réduire au maximum le risque faible mais non nul de perforation [6]. Le temps de contact doit être de 0,5 à 2 secondes par périodes et la puissance moyenne de 40 à 50 watts pour un débit d’argon conseillé par le fabriquant de 0,6 à 1 l/mn. Ces paramètres doivent être adaptés aux sites traités. Par exemple, sont recommandés pour la coagulation de lésions hémorragiques du côlon droit et duodénum une puissance de 40 W et un débit de 0,6 L/mn, de l’œsophage, 40-50 W et 0,6 à 1 L/mn et de l’estomac, 60 W et 0,6 à 1 L/mn. Cette technique est également utilisable pour la désobstruction palliative des sténoses tumorales, en utilisant alors des puissances de 80-100 W et des débits de 1,2 à 1,5 L/mn. Il est important d’aspirer régulièrement le gaz argon, l’air et les éventuelles fumées pour éviter les risques de perforation en amont de la sténose et l’inconfort des malades en dehors de l’anesthésie. L’appareil le plus diffusé en France est proposé par Erbe® et comprend un appareil de régulation du débit de gaz, un bistouri haute fréquence type Erbotom ICC 350 ou 200, une bouteille de gaz argon sous forme liquide, un flexible de raccordement de la sonde au générateur, des sondes flexibles réutilisables ou à usage unique. Ces dernières sont de coût plus élevé, mais évitent les procédures de désinfections des plus délicates en cas de cathéter creux de faible calibre non écouvillonnable.

La coagulation au plasma argon est la méthode de choix pour le traitement de la rectite radique, des angiodysplasies hémorragiques et de l’estomac pastèque [7-9] (figures 1, 2, 3). En cas de rectite radique symptomatique, la coagulation au plasma argon permet une amélioration clinique rapide chez près de 90 % des malades au prix d’une morbidité faible [7]. Dans cette indication, un débit de 0,6 à 0,8 L/min est habituellement suffisant pour obtenir un bon arc électrique, une faible puissance de 20-30 W (maximum 40 W) est recommandée, la muqueuse étant fragile et les ulcérations secondaires à la coagulation fréquentes à plus forte puissance [7]. Les télangiectasies sont coagulées avec un blanchiment complet des lésions en 3 séances en moyenne. Pour éviter l’apparition d’ulcérations creusantes ou de sténoses, il est important d’utiliser non seulement des faibles puissances, mais de ne pas traiter plus d’une hémicirconférence à chaque séance, espacée d’un mois. La longueur de la flamme et la grande maniabilité du cathéter permettent de traiter de larges surfaces de muqueuse en peu de temps. On peut rapprocher de cette pathologie les télangiectasies gastroduodénales secondaires à la radiothérapie également traitées avec succès par coagulation au plasma argon [10, 11]. Pour le traitement des malformations vasculaires acquises hémorragiques ou génétiques (maladie de Rendu-Osler), la coagulation plasma argon est également devenue le traitement de référence [8]. On peut facilement traiter sans contact, donc en diminuant le risque de saignement en cours d’examen, des lésions étendues, multifocales et obtenir un blanchiment complet de la muqueuse par coagulation des ectasies vasculaires. La coagulation au plasma argon permet également le traitement des ectasies vasculaires antrales hémorragiques [9]. Le nombre de séances (2,8 en moyenne) dépend de la réponse clinique. Le traitement peut être repris en cas de récidive. La coagulation au plasma argon peut également être utilisée pour le traitement d’autres lésions hémorragiques (Mallory-Weiss, Dieulafoy, etc.) et en cas de tumeurs hémorragiques bénignes ou malignes [12]. La coagulation de la surface tumorale permet de stopper, au moins pour un temps l’hémorragie, et en utilisant des puissances de 70 W, voire 90 W, elle a également une action de réduction tissulaire. En cas de coagulation au plasma argon au niveau du côlon, il faut obtenir une préparation de qualité (PEG en grandes quantités par voie haute) afin de réduire le risque d’explosion colique [13]. Pour réduire le risque de perforation colique, certains ont suggéré de faire précéder la coagulation au plasma argon par une injection sous-muqueuse [14]. En cas d’hémorragie ulcéreuse, des données récentes montrent que l’électrocoagulation au plasma argon peut être associée aux injections et que cette association est aussi efficace que l’association de référence injections et thermocoagulation [15]. La possibilité de coagulation tangentielle est un avantage de la technique. Dans l’indication hémorragie ulcéreuse, la coagulation au plasma argon semble être une méthode hémostatique de choix surtout en cas de suintement diffus.

La coagulation bipolaire

L’électrocoagulation bipolaire ou multipolaire n’entraîne pas de pénétration tissulaire importante. En effet, les sondes fonctionnent avec un ou plusieurs couples d’électrodes et au sein de chaque paire, l’une émet le courant de coagulation, l’autre servant de récepteur. Ainsi, la sonde a l’avantage de ramener directement le courant électrique au générateur sans passer par le malade ou une plaque reliée au bistouri, évitant ainsi, contrairement à la coagulation monopolaire, par exemple le dérèglement d’un pacemaker et surtout limitant considérablement le risque de diffusion en profondeur du courant et donc de perforation. Le malade n’a pas besoin d’être relié au générateur par une plaque. Il existe deux grands types de sonde multipolaire, la sonde Bicap® qui possède 3 paires électrodes réparties de manière circonférentielle à l’extrémité du cathéter. Il suffit qu’une paire d’électrodes soit en contact avec les tissus pour que le courant de coagulation passe. Les autres sondes sont bipolaires avec une paire d’électrodes sous la forme d’un filament en spirale qui recouvre l’extrémité distale du cathéter : il s’agit de la Gold probe® et la Quick Silver®. La coagulation ne peut se faire qu’au contact, avec un appui ferme et prolongé sur le vaisseau ou la zone hémorragique. L’application du conducteur doit être tangentielle car l’extrémité distale de la sonde est perforée (canal de lavage) et libre de conducteur. La Gold probe® possède un canal de lavage et intègre également au niveau du canal de lavage une aiguille permettant ainsi de coupler l’injection à la coagulation bipolaire. Il existe des sondes Gold probe® de 7 et 10 French en fonction de la taille du canal opérateur de l’endoscope utilisé. L’avantage d’utiliser un endoscope à large canal en dehors de la possibilité d’obtenir une meilleure aspiration en cas de saignement actif est la possibilité d’utiliser une sonde de 10 F avec laquelle la coagulation serait plus efficace du fait d’une surface de contact plus large. Le courant de coagulation nécessaire à l’hémostase varie habituellement de 15 à 30 W en fonction du site et on applique 3-4 impulsions de 7 à 10 secondes. Même si le courant diffuse peu dans la paroi, il convient d’adapter sa puissance à l’organe traité, 15-20 W pour côlon (surtout à droite) et le duodénum et 25-30 W pour l’estomac. Le principal frein à l’utilisation de la coagulation bipolaire en France est le prix élevé des sondes à usage unique, notamment en comparaison avec celui des cathéters réutilisables pour la coagulation au plasma argon. La coagulation bipolaire peut néanmoins être très utile dans certaines situations, en particulier en cas d’hémorragie active abondante en jet. Dans de telles circonstances, un effet hémostatique sera plus difficilement obtenu avec le plasma argon, même à forte puissance (90 W 2 L/mn en une impulsion brève), d’autant que le cathéter creux permettant la coagulation argon risque d’être obstrué par le sang et donc rendu inopérant. Cette technique est donc particulièrement adaptée au traitement des volumineux ulcères chroniques scléreux hémorragiques où l’hémostase mécanique par clips comme celle par injections sont difficilement applicables et parfois inefficaces [16, 17]. En cas de coagulation bipolaire comme au plasma argon, la coagulation si l’on respecte les temps de contact et les puissances conseillées, reste superficielle et le risque de perforation est très faible. Ce risque, tous types de coagulation confondus, est de l’ordre de 1 % et est essentiellement l’apanage de la sonde chaude ou de la pince chaude. Pour ces dernières, ce risque peut atteindre 5 % si l’on répète le traitement une seconde fois en une même zone [18].

Les injections

Injections d’adrénaline diluée

Les injections d’adrénaline diluée au 1/10 000° sont de réalisation aisée en toutes circonstances et ont un coût très faible [1]. Leur très grande et très rapide efficacité, quelle que soit la lésion, fait que leur utilisation première doit être large et doit toujours précéder un éventuel geste hémostatique complémentaire, alors réalisé et choisi dans de meilleures conditions de sérénité et de visibilité. On ne doit plus actuellement injecter d’autres produits que l’adrénaline car leur supériorité n’est pas démontrée et toutes les complications graves des injections hémostatiques ont été rapportées avec des agents sclérosants, notamment le polidocanol [1]. Le matériel d’injection consiste en des aiguilles à usage unique de 18 à 23 gauges admis par les canaux opérateurs des gastroscopes standards, et munies, pour certaines, d’un canal permettant le lavage. L’adrénaline diluée, qui agit par un triple effet de tamponnement local, précoce et bref, de vasoconstriction et de stimulation de l’agrégation plaquettaire, plus tardifs, allie efficacité et innocuité. L’injection d’adrénaline n’entraîne ni thrombose vasculaire ni lésion tissulaire y compris après utilisation de grandes quantités. À cette dilution, les complications cardiaques, uniquement rapportées dans certaines localisations particulièrement riches en vaisseaux (œsophage, rectum), sont exceptionnelles [19, 20]. On notera toutefois que 2 cas de complications cérébrales graves ont été récemment publiés [21, 22]. Pour l’hémostase des ulcères hémorragiques, la technique la plus utilisée est l’injection en plusieurs points de 1 à 2 mL à chaque point autour de la lésion ou de la zone hémorragique, complétée éventuellement d’une injection de 1 à 2 mL au centre de la lésion ou du vaisseau visible. L’injection d’adrénaline seule permet le plus souvent l’hémostase, mais elle peut également permettre de diminuer le débit du saignement, donc de mieux repérer le vaisseau hémorragique avant de réaliser un complément d’hémostase ciblée par clips ou coagulation. En cas d’ulcère hémorragique, des volumes de 10 à 15 mL de sérum adrénaliné sont recommandés pour réduire au mieux le risque de récidive hémorragique [23, 24] (figures 4 et 5). L’association de 2 techniques hémostatiques est plus efficace qu’un seul traitement au moins pour les lésions à haut risque évolutif (hémorragie en jet) et un traitement médical par de fortes doses d’inhibiteurs de la pompe à protons potentialise l’effet du traitement endoscopique [25, 26]. Hormis le cadre des hémorragies ulcéreuses, les injections d’adrénaline sont adaptées à l’hémostase de toute lésion, notamment des hémorragies post polypectomie ou mucosectomie [27]. Les injections d’adrénaline, la pose de clips et plus récemment la ligature élastique ont parfois été proposées dans le syndrome de Mallory-Weiss hémorragique et en cas d’ulcération de Dieulafoy [28, 29] (figures 6 et 7). Dans le seul essai randomisé de Lalch et al. [28] consacré au syndrome de Mallory-Weiss qui a inclus 63 patients présentant une hémorragie active ou un vaisseau visible non hémorragique, le risque de récidive hémorragique était significativement diminué après injections d’adrénaline et de polidocanol. Mais la faible épaisseur de la paroi du bas œsophage expose à un risque de perforation après injections de polidocanol qui atteint parfois 8 % dans certaines séries [30]. Le polidocanol ne doit donc pas être utilisé dans cette indication. De plus, dans cette zone du bas œsophage richement vascularisée, il faut certainement privilégier les petites quantités d’adrénaline sans dépasser 5 mL [20].

L’injection de colles

L’obturation variqueuse par colle synthétique (cyanoacrylate) est un traitement très efficace des hémorragies par rupture de varices gastriques [31] (figures 8 et 9). Les produits actuellement les plus utilisés sont la colle N-butyl-2-cyanoacrylate (Histoacryl®) ou butyl-2-cyanoacrylate (Glubran®). Le Glubran® à l’avantage d’avoir le marquage CE pour l’injection intravasculaire et d’une solidification par polymérisation plus lente et plus efficace en milieu humide. Sa présentation en ampoule de 1 mL (0,5 mL pour l’Histoacryl®) rend la manipulation plus simple, le volume de colle nécessaire à l’obturation variqueuse étant rarement inférieur à 2 mL. Une étude récente réalisée chez 25 sujets et utilisant du 2-octyl-cyanoacrylate rapporte une efficacité de 100 % en période hémorragique [31, 32]. Dans cette étude, la colle n’était pas diluée dans le lipiodol, les auteurs rapportant, comme pour le Glubran®, une polymérisation plus lente que l’Histoacryl®. Ces colles sont injectées directement en intravariqueux à l’aide d’une aiguille au mieux < 21 gauges en un ou en plusieurs points, mL par mL, 2 mL au moins par point, mélangées habituellement avec du lipiodol (en proportion égale), produit huileux qui facilite l’injection de la colle, retarde sa polymérisation et qui grâce à son opacité aux rayons X permet d’apprécier la diffusion dans le réseau variqueux et donc le caractère complet ou non de l’obturation vasculaire. Certains auteurs ont même préconisé (mais ceci n’est pas obligatoire) une injection sous contrôle radiologique, à la fois pour dépister les éventuels emboles de colle à distance et pour apprécier en temps réel la diffusion dans les varices. En fin d’injection, il faut maintenir quelques secondes le cathéter contre la varice avant de le retirer, le temps que la solidification soit réelle et éviter ainsi une hémorragie abondante par l’orifice de ponction. Ces colles sont de manipulation délicate et peuvent endommager gravement les endoscopes. Il faut éviter la diffusion de colle dans le canal d’aspiration au mieux en coupant l’aspiration pendant l’injection, ainsi que dans le canal opérateur, ceci en ne réintégrant pas dans le canal opérateur l’extrémité distale du cathéter après l’injection. Celle-ci sera maintenue sortie en dehors de l’endoscope lors du retrait de ce dernier en fin d’examen et sectionnée avant le retrait du reste du cathéter. Un lavage abondant des canaux de l’endoscope est également conseillé en fin d’examen. Les essais comparatifs colle biologique versus ligature élastique dans la prise en charge de la rupture de varices gastriques montrent la supériorité de la colle qui peut néanmoins constituer une solution d’attente lorsqu’une injection de colle n’est pas réalisable [33, 34]. Ces hémorragies par rupture de varices gastriques surviennent habituellement chez des malades cirrhotiques ce qui impose une prise en charge générale (traitement vasoactif, antibiothérapie, prévention de l’encéphalopathie, etc.…) aussi importante que la prise en charge hémostatique. Malgré cela, leur pronostic reste plus sombre que celui de la rupture de varices œsophagiennes [35].

Les méthodes mécaniques

Ces méthodes sont représentées par les anses largables, la pose de clips et la ligature élastique.

Anses largables

Le système Endoloop®, grande anse largable en matière plastique, a une utilité surtout préventive. En plaçant cette anse au pied d’un polype colique à large pédicule (> 1 cm), avant la résection à l’aide d’une anse diathermique placée 1 cm au-dessus, on réduit le risque hémorragique [27]. La manipulation de ce système n’est pas toujours aisée compte tenu de la souplesse de l’anse en plastique, même si le système a été amélioré récemment avec une anse prémontée sur son système de largage à usage unique et une anse en matière plastique beaucoup plus rigide. Dans les cas où la taille du pédicule est moins importante et le risque de saignement est plus faible, il faut certainement préférer un traitement curatif en cas de survenue de l’hémorragie.

Les clips hémostatiques

Le clip agit par pression sur le vaisseau hémorragique à l’image d’une suture chirurgicale. Cet effet, à l’origine de l’apparition d’une thrombose vasculaire, précède l’élimination spontanée et sans conséquence du matériel [36]. La mise sur le marché de cathéters porteurs de clips à usage unique (clip prémonté), d’utilisation aisée mais d’un coût élevé, est un progrès significatif. Pour certains, les systèmes de cathéters porteurs réutilisables autoclavables sont toujours utiles, car le coût du clip est 10 fois moindre et il n’est pas rare que plusieurs clips soient nécessaires. Ce d’autant qu’a récemment été commercialisé un nouveau système permettant un chargement rapide et plus simple du clip (EZ clip®). Il faut introduire l’extrémité du cathéter porteur dans la cassette et charger le clip par un mouvement en avant puis en arrière de la poignée du cathéter. Il s’agit d’un clip à deux branches et orientable grâce à la possibilité de rotation de la poignée transmise directement au clip. Il y a une gamme très complète de clips avec des longueurs de branches et des écartements différents (maximum 12 mm). Le clip prémonté à usage unique Quick Clip® et la commercialisation récente d’une deuxième génération avec un écartement plus important des branches du clip et une rotation donc une orientation plus efficace des branches par rapport à la zone hémorragique sont des progrès. En effet, les deux branches du clip doivent être idéalement placées perpendiculairement au vaisseau hémorragique et si possible en appui, de part et d’autre de celui-ci, avant de serrer et larguer le clip. Il existe un autre système de clips prémontés Triclip® à trois branches ce qui simplifie l’orientation par rapport à la lésion à traiter. Le cathéter possède un canal de lavage, utile en cas de saignement abondant. Pour serrer le clip, il faut pousser la poignée en avant, geste moins intuitif car inverse à celui utilisé pour les autres matériels d’endothérapie, ce qui peut être source de confusion dans l’urgence. Enfin, récemment a été commercialisé un clip prémonté à double branche le “système Résolution®” qui a deux caractéristiques très utiles : 1) d’une part il s’agit du clip dont les branches ont le plus grand écart, très utile pour rapprocher les berges d’une plaie post mucosectomie ou d’un Mallory-Weiss ; 2) c’est le seul système qui permette de fermer et rouvrir plusieurs fois le clip avant de le larguer, ce qui permet de le repositionner et optimiser ainsi l’hémostase tout en réduisant le nombre de clips posés. L’ouverture et la fermeture du « clip Résolution® » se réalisent comme celle d’une pince à biopsies avec une poignée identique. L’efficacité hémostatique de ces différents clips étant probablement identique il faut donc plutôt recommander l’utilisation du matériel que l’on maîtrise le mieux. L’hémostase par clips avec un duodénoscope à vision latérale est un problème spécifique et les ampullectomies endoscopiques et les mucosectomies duodénales sont des gestes à risque hémorragique élevé. L’astuce consiste à sortir le cathéter porteur du clip du canal opérateur et le clip de son cathéter, à l’aveugle, sans redresser l’érecteur du duodénoscope, pour ne pas plier ou tordre le clip et ne pas léser le canal opérateur de l’endoscope. Il en va de même pour l’utilisation des aiguilles à injections. On se positionne ensuite un peu en amont de la zone à traiter, pour placer et larguer le clip, en utilisant le moins possible l’érecteur. Ainsi, l’on exerce un minimum de contraintes sur le cathéter, qui s’il est trop coudé, ne transmettra pas les mouvements de la poignée, d’où une ouverture et/ou fermeture impossible ou incomplète du clip. Dans des mains expertes, la pose de clips peut être considérée comme un traitement de première intention de l’hémorragie ulcéreuse avec une efficacité globale de 85 à 100 % [37, 38]. Au cours de certains syndromes de Mallory-Weiss très creusants, les clips permettent non seulement l’hémostase mais également la fermeture de la déchirure pariétale [39]. Dans l’ulcération de Dieulafoy, les méthodes mécaniques sont plus efficaces que les injections pratiquées seules, souvent en échec [40-43]( (figure 10) ). En cas d’hémorragie après polypectomie, les méthodes mécaniques comme la pose de clips ou la mise en place d’une anse largable (Endoloop®) en cas de moignon suffisamment long sont les méthodes à privilégier du fait de leur grande efficacité. Les hémorragies au décours immédiat d’une mucosectomie doivent être traitées par pose de clips, en particulier lorsque le saignement provient des berges de la mucosectomie [27]. L’hémostase par clips est alors vraiment le traitement de choix, soit en positionnant un clip au niveau d’un saignement punctiforme, artériolaire par exemple, soit en fermant complètement la plaie à l’aide de plusieurs clips. Ceci est notamment utile en cas de saignement en nappe plus diffus. Dans ce dernier cas, la coagulation plasma argon ou l’injection de sérum adrénaliné peut également être tentée, surtout en cas de lésion tangentielle d’accessibilité difficile. Un essai randomisé n’a pas montré de bénéfice à l’utilisation préventive de clips après mucosectomie endoscopique de polypes infracentimétriques [44].

La ligature élastique

La ligature élastique est la méthode d’hémostase de référence actuelle en cas d’hémorragie active par rupture de varices œsophagiennes comme en traitement d’éradication des varices œsophagiennes [35]( (figure 11) ). Mais son efficacité, sa facilité de réalisation et sa faible morbidité en font une technique d’hémostase extrêmement séduisante dans bien d’autres indications [30]. Elle est à l’origine, par le biais d’une strangulation, d’une obstruction vasculaire, puis d’une thrombose et d’une fibrose du vaisseau. La ligature élastique a bénéficié d’énormes progrès techniques dominés par la mise au point de ligateurs à multiples élastiques évitant les introductions et retraits itératifs de l’endoscope et ne nécessitant plus la mise en place d’un over-tube. La technique est simple, calquée sur la très ancienne ligature hémorroïdaire, avec une chambre d’aspiration transparente placée à l’extrémité de l’endoscope, sur laquelle sont placés plusieurs élastiques, reliés entre eux par un fil lui-même relié par le canal opérateur de l’endoscope à une mollette rotative fixée à la poignée de l’endoscope. La varice est aspirée dans la chambre, le largage des élastiques s’effectue béquillages relâchés, tout en maintenant l’aspiration, par rotation de la molette d’un cran. En cas d’hémorragie active lors de l’endoscopie, quelle qu’en soit l’origine (varices, diverticules, Dieulafoy...), le plus souvent la mise en place d’un seul élastique ciblée sur la zone hémorragique permet de faire l’hémostase. En cas de diverticule hémorragique, la ligature élastique permet de véritablement éverser et « étrangler » le diverticule sans exposer au risque de perforation [45]. En cas de prévention primaire ou secondaire de la rupture de varices œsophagiennes, les élastiques sont mis en place sur chaque cordon variqueux et sur toute leur hauteur, en commençant par le cardia et en remontant jusqu’à la partie proximale des varices. Il ne faut pas redescendre en dessous des élastiques précédemment posés, au risque de les détacher et de déclencher un saignement. Les séances sont espacées de 2 à 4 semaines et habituellement 3 à 4 séances sont nécessaires pour éradiquer les varices. Au décours de la ligature, un traitement par inhibiteur de la pompe à protons réduit le nombre et la taille des ulcérations œsophagiennes mais sans réduire le risque de récidive hémorragique évalué à moins de 5 % [46]. La ligature élastique peut également être proposée en cas de varice ectopique duodénale ou rectale [47, 48]. Il existe essentiellement deux gammes de ligateurs multibandes : 1) le système « six shooter® » avec des kits de 4, 6 et 10 élastiques en latex, ayant l’avantage d’un montage démontage rapide et aisé, d’une gamme très complète adaptable à toutes marques et tailles d’endoscope, et aussi bien aux coloscopes qu’aux gastroscopes ; 2) le système « super seven® » avec une gamme moins complète, mais des kits de 7 élastiques sans latex, utile en cas d’allergie confirmée. Dans les deux gammes, l’avant-dernier élastique est de couleur différente, ce qui est très utile en pratique.

La ligature élastique et les clips présentent l’avantage par rapport aux autres méthodes hémostatique d’une absence de destruction tissulaire. De plus, la ligature a l’avantage de son moindre coût ainsi que celui de pouvoir être utilisée dans certaines localisations où la pose de clip peut être délicate. En revanche, les clips permettent non seulement de traiter un vaisseau hémorragique, mais également à la différence des autres techniques, de fermer en totalité une déchirure pariétale, voire une perforation. En cas de mucosectomie duodénale, certains proposent de fermer de manière préventive à l’aide de clips la plaie post mucosectomie compte tenu du risque élevé d’hémorragie, notamment retardée.

Conclusion

En cas d’hémorragie digestive, tout doit être fait dès que possible pour obtenir une hémostase endoscopique immédiate et si possible définitive. De nombreuses méthodes hémostatiques de grande efficacité et utilisables au cours de l’endoscopie initiale d’urgence sont actuellement disponibles. Dans les circonstances de l’urgence, le choix de la technique doit tenir compte avant tout de la cause de l’hémorragie mais également de l’expérience de l’opérateur et de son aide et des conditions pratiques de réalisation de l’endoscopie. Le traitement doit être d’autant plus agressif que l’hémorragie est ou a été sévère, la lésion à risque élevé de récidive hémorragique et le terrain fragile. En cas de récidive hémorragique après un premier traitement endoscopique efficace, il est souvent licite de le renouveler, en utilisant soit la même technique soit une autre, mais sans laisser passer l’heure des méthodes alternatives en cas d’échec, voire de seconde récidive. Les injections d’adrénaline sont simples, peu coûteuses, sans inconvénient et réalisables dans toutes circonstances. Leur utilisation en premier en stoppant rapidement l’hémorragie permet souvent de mieux voir la lésion causale et donc de décider plus sereinement du traitement que l’on va le plus souvent lui associer. La coagulation au plasma argon est une méthode hémostatique devenue incontournable qui cumule de nombreux avantages. La pose de clips, lorsqu’elle est maîtrisée, constitue également une méthode irremplaçable dans certaines indications. Dans l’hémorragie ulcéreuse comme dans les hémorragies de l’hypertension portale, cette prise en charge endoscopique doit être associée à un traitement médical spécifique qui augmente les chances de succès en termes d’hémostase définitive.

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