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ReQuest TM : un nouveau questionnaire pour l’évaluation conjointe des symptômes et du bien-être au cours du reflux gastro-œsophagien


Hépato-Gastro. Volume 14, Numéro 1, 21-8, Janvier-Février 2007, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2007.0032

Résumé  

Auteur(s) : Philippe Ducrotté, Frank Zerbib , Département d’Hépato-Gastroentérologie et de Nutrition, Hôpital Charles Nicolle, 76031 Rouen Cedex, Service d’Hépato-gastroentérologie, Hôpital Saint-André, 33075 Bordeaux cedex.

Résumé : ReQuest TM est un auto-questionnaire qui a été développé pour prendre en compte, au cours des essais thérapeutiques concernant le RGO compliqué ou non d’œsophagite, non seulement le pyrosis et les régurgitations acides mais toutes les dimensions de la maladie reflux. ReQuest TM comporte 2 sous-questionnaires : ReQuest TM-GI qui prend en compte les quatre dimensions en rapport avec les manifestations digestives (symptômes liés à l’acide, plaintes épigastriques/gastriques, symptômes « intestinaux », nausées) et ReQuest TM-WSO qui analyse les trois dimensions restantes (bien-être général, qualité du sommeil, autres manifestations). Cet auto-questionnaire, rempli quotidiennement, existe sous 2 formes : une version courte quantifiant l’intensité (EVA de 10 cm) et la fréquence (échelle de Likert en 7 points) pour chacune des six dimensions du score et la seule intensité du bien-être général \; une version longue qui, à côté de l’évaluation globale, propose une analyse détaillée des symptômes composant chaque dimension. ReQuest TM est un outil aux qualités métrologiques démontrées permettant aux investigateurs d’apprécier quotidiennement, de façon multidimensionnelle et fiable l’évolution du RGO au cours des essais thérapeutiques. Les deux versions, longue et courte, du score ont des qualités métrologiques identiques.

Mots-clés : questionnaire ReQuest TM, reflux gastro-œsophagien

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Philippe Ducrotté1, Frank Zerbib2

1Département d’Hépato-Gastroentérologie et de Nutrition, Hôpital Charles Nicolle, 76031 Rouen Cedex
2Service d’Hépato-gastroentérologie, Hôpital Saint-André, 33075 Bordeaux cedex

Au cours des essais thérapeutiques, l’évaluation de l’efficacité des traitements visant à corriger le reflux gastro-œsophagien (RGO) doit s’appuyer sur des paramètres objectifs et fiables. Ceci est notamment vrai pour les traitements antisécrétoires, avant tout par les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Lorsque le RGO se complique d’œsophagite, l’analyse de la cicatrisation des lésions muqueuses œsophagiennes est un paramètre objectif qui permet d’apprécier le bénéfice thérapeutique. Mais la majorité des RGO ne se complique pas d’une œsophagite. Dès lors, seule l’étude de l’évolution sous traitement de l’intensité des symptômes et de leur retentissement sur la qualité de vie du malade est possible.Une réunion d’experts a abouti à la conclusion que beaucoup de scores proposés pour cette évaluation du RGO n’étaient pas des scores spécifiques et que les 11 scores symptomatiques d’évaluation de l’efficacité thérapeutique d’un traitement au cours du reflux se focalisaient avant tout sur les manifestations « classiques » du RGO (pyrosis, régurgitations) sans prendre en compte toutes les dimensions de la maladie reflux : symptômes digestifs hauts mais aussi extra-digestifs, retentissement sur le sommeil, bien-être général… [1].Le développement d’un nouveau questionnaire, appelé ReQuestTM, a été décidé pour combler cette lacune méthodologique. Il est important de préciser d’emblée que ReQuestTM n’est pas un questionnaire permettant d’établir le diagnostic de RGO, ni un simple questionnaire de qualité de vie mais qu’il est pour les investigateurs un outil d’évaluation simultanée des différentes dimensions symptomatiques du RGO chez des patients souffrant de RGO avec ou sans œsophagite.

Développement et validation métrologique

Le processus de développement a suivi la succession des étapes recommandées pour la mise au point d’un outil de mesure :
  • définition du cahier des objectifs à atteindre ;
  • construction d’un score avec la sélection de tous les items utiles ;
  • simplification par regroupement de ces différents items en seulement quelques dimensions pour rendre le score utilisable dans la pratique clinique ;
  • validation métrologique de l’outil : sensibilité, consistance interne, reproductibilité.

Étape 1 : définition du cahier des charges

La première étape, essentielle, a défini le cahier des charges auquel ce nouveau questionnaire devait répondre. Les objectifs à atteindre ont été établis à partir à la fois d’une analyse critique dans la littérature des symptômes et du retentissement du reflux et des recommandations d’un panel d’experts. Il importait de répondre principalement à 3 questions : 1) Que doit mesurer ce nouvel instrument ? 2) À quel moment et avec quelle fréquence doivent s’effectuer les mesures ? 3) Ce questionnaire doit-il être un questionnaire autoadministré ou un questionnaire rempli par un médecin ou une tierce personne ?

Que mesurer ? Pyrosis et régurgitations acides sont les symptômes majeurs du RGO. Mais si leur spécificité est bonne (respectivement 89 % et 95 %), leur sensibilité est faible : 38 % et 6 % [2]. Environ 25 % des malades souffrant d’un RGO démontré n’ont pas de pyrosis et 50 % se plaignent de symptômes autres que le pyrosis qui n’est pas chez eux le symptôme prédominant. D’autre part, le RGO est une situation clinique complexe, avec des aspects symptomatiques très variables d’un malade à l’autre, des symptômes non seulement digestifs mais également thoraciques ou ORL, une intrication avec d’autres syndromes comme, par exemple, un syndrome de l’intestin irritable ou des perturbations du sommeil. Cette symptomatologie associée peut être négligée par le malade jusqu’au moment où le pyrosis, symptôme prédominant, disparaît sous l’effet du traitement. La conclusion fut donc que ce nouvel outil devait analyser l’ensemble des symptômes attribuables au RGO ainsi que les symptômes associés.

Quand et avec quelle fréquence mesurer les symptômes ? Les symptômes de reflux sont le plus souvent intermittents, avec des périodes symptomatiques de fréquence et de durée très variables, qui sont déclenchées par l’alimentation, une prise médicamenteuse, un stress. Dès lors, l’analyse de l’effet d’un médicament simplement basée sur une évaluation ponctuelle (par exemple immédiatement avant le début puis le dernier jour d’une prise médicamenteuse), ne peut fournir qu’un reflet très imparfait de l’évolution symptomatique sous ce traitement. Des mesures répétées sont nécessaires. Un consensus s’est fait sur le principe d’une mesure quotidienne qui apparaissait le meilleur compromis pour atteindre, au prix d’une contrainte acceptable pour le malade, une fréquence d’analyse suffisamment précise permettant de caractériser de façon fiable l’intensité et la fréquence des symptômes au cours d’un essai thérapeutique.

Qui effectue la mesure ? Les options possibles étaient le malade, le médecin prescripteur ou une tierce personne (infirmière, technicien d’étude clinique…). L’analyse de la littérature a permis de conclure qu’en cas d’évaluation par un tiers, notamment le médecin prescripteur, les effets bénéfiques d’un traitement sont en général surestimés. Le malade lui-même paraissait donc le mieux placé pour effectuer l’évaluation des symptômes sous traitement et quantifier leur impact sur la vie sociale ou la qualité du sommeil. Conséquence de ce choix, le questionnaire devait donc être aussi simple que possible avec des questions et surtout un mode de réponse faciles à comprendre pour tout patient. L’expérience des essais cliniques antérieurs a conduit au choix de petits pictogrammes pour quantifier la fréquence des symptômes et d’une échelle visuelle analogique de 10 cm pour quantifier leur intensité (( figure 1 )).

Le cahier des charges au terme de cette première étape est résumé dans le tableau 1( Tableau 1 ).
Tableau 1 Cahier des charges établi pour le développement de ReQuestTM.

Question

Réponse

Que mesurer ?

Évaluation multidimensionnelle de l’ensemble des symptômes associés au RGO (et pas seulement les symptômes digestifs du RGO)

Quand mesurer ?

Évaluation quotidienne avant, puis pendant le traitement

Qui doit mesurer ?

Auto-questionnaire rempli par le patient, nécessitant un questionnaire le plus simple possible pour la formulation des questions et le mode de réponse

Quel type de mesure ?

Intensité et fréquence des symptômes

Étape 2 : sélection des items et construction du questionnaire

L’identification des items utiles pour ce questionnaire (symptômes de RGO et symptômes associés au RGO) a été obtenue grâce : à l’analyse de la littérature ; à celle des données recueillies lors d’études cliniques précédentes effectuées par le laboratoire ; aux conclusions de réunions d’experts ; à des interviews structurés. Ces derniers ont été menés auprès de malades souffrant d’un RGO (n = 5), de médecins généralistes (n = 10), de gastroentérologues ou médecins internistes prenant en charge ce type de malades (n = 15) et des experts du RGO (n = 6) [3]. L’objectif des interviews était de lister l’ensemble des symptômes rattachés au RGO et d’identifier les termes communément utilisés par les malades pour les décrire. Alors que les interviews des malades se focalisaient sur les symptômes et le retentissement sur la qualité de vie, ceux des médecins s’intéressaient non seulement aux symptômes de RGO et à leurs effets sur la qualité de vie mais aussi aux facteurs provoquant ou aggravant le RGO, aux conséquences possibles à long terme du RGO et aux principales options thérapeutiques envisageables.

Cette démarche a permis la sélection de 67 items à prendre en compte dans le questionnaire. Ces 67 items ont été regroupés en 6 dimensions symptomatiques (tableau 2)( Tableau 2 ). Une 7e dimension, prenant en compte la notion de bien-être, a été ajoutée de façon arbitraire à ces 6 dimensions, à la demande des experts.

L’option a été prise de développer deux questionnaires pour les essais thérapeutiques : un ReQuestTM version courte pour quantifier l’intensité (EVA de 10 cm) et la fréquence (échelle de Likert en 7 points) de chacune des six dimensions du score et la seule intensité du bien-être général ; un ReQuestTM version longue comportant en plus d’une évaluation globale une analyse détaillée des symptômes composant chaque dimension (( figure 1 )) [4].

Les experts impliqués dans le développement du score ont proposé que pour les études cliniques, ReQuestTM soit décomposé en 2 sous-questionnaires : le ReQuestTM-GI qui prend en compte les quatre dimensions en rapport avec les manifestations digestives (symptômes liés à l’acide, plaintes épigastriques/gastriques, symptômes « intestinaux », nausées) et le ReQuestTM-WSO qui analyse les trois dimensions restantes (bien-être général, qualité du sommeil, autres manifestations).

Le calcul du score considérait pour toutes les dimensions l’intensité et la fréquence des symptômes selon la formule (Score fréquence / Score fréquence + c) × Score intensité, C étant un coefficient de pondération fixé à 3 pour tous les symptômes digestifs, à 6 pour les troubles du sommeil et à 9 pour les autres plaintes. Pour le bien-être général, seule l’intensité était prise en compte dans le score selon la formule 0,4* Score intensité.
Tableau 2 Dimensions prises en compte par le questionnaire ReQuestTM.

  • 1. Symptômes liés à l’acidité
  • 2. Symptômes digestifs hauts, évoquant une origine gastrique
  • 3. Symptômes digestifs bas, évoquant une origine intestinale
  • 4. Nausées
  • 5. Perturbations du sommeil
  • 6. Autres plaintes


Étape 3 : validation métrologique des différentes versions de ReQuestTM

La validation métrologique d’un score doit s’attacher à évaluer la fiabilité de l’instrument (cohérence interne, reproductibilité), sa validité sur critère et sa sensibilité pour détecter des variations dans les situations qu’il analyse.

La cohérence interne reflète l’homogénéité des items qui constituent chacune des dimensions de l’instrument de mesure. Elle est déterminée pour chaque dimension (qui contient plusieurs items) par le coefficient α de Cronbach. Celui-ci se fonde sur la corrélation moyenne entre les éléments et le nombre d’éléments d’une échelle. Ce coefficient est d’autant plus grand que les items sont corrélés entre eux. Il varie entre 0 et 1. Un coefficient alpha de 1 correspondrait à une redondance des items entre eux. Un coefficient de 0 correspondrait à une absence de cohérence entre les items. La cohérence interne d’une dimension est considérée comme bonne quand le coefficient est supérieur à 0,6, acceptable pour un essai clinique quand le coefficient est supérieur à 0,7 [5].

La reproductibilité test-retest est estimée par l’administration à deux reprises du questionnaire chez les mêmes patients en état stable. Le questionnaire est reproductible si ces 2 mesures successives fournissent des résultats proches. Ceci s’apprécie par le calcul des coefficients de corrélation intra-classe (CCI). Un CCI mesure pour chaque sujet la corrélation entre ses 2 réponses. La reproductibilité est considérée comme bonne quand le coefficient est supérieur à à 0,6. Elle est acceptable pour un essai clinique quand le coefficient est supérieur à 0,7 [5].

La validité sur critère d’un questionnaire est la conformité de son résultat avec ceux de mesures plus traditionnelles ou ceux d’autres instruments validés dans le même domaine [6].

Les différentes étapes de la validation

La première validation de ReQuestTM fut effectuée sur les données d’un essai ouvert, multicentrique allemand, mené chez 400 patients avec RGO compliqué d’une œsophagite et qui étaient traités pendant 28 jours par pantoprazole 20 mg/j pour une œsophagite de grade A (n = 182), ou pantoprazole pour une œsophagite plus sévère, B (n = 130), C(n = 33) ou D (n = 4). Les malades devaient remplir la version longue de ReQuestTM à J-3, J0, J7, J14 et J28 du traitement. Les autres jours, la version courte de ReQuestTM était remplie. A J0 et J28, les malades remplissaient également 2 autres scores, le GSRS pour les symptômes, le PGWB pour la qualité de vie et le bien-être [7].

L’étude a montré que les versions longue et courte de ReQuestTM ainsi que les sous-scores GI et WSO avaient une consistance interne (tableau 3)( Tableau 3 ) et une reproductibilité (tableau 4)( Tableau 4 ) excellentes, rendant les deux versions du score, ainsi que les sous scores ReQuestTM GI et WSO utilisables sans problème pour un essai clinique, avec une parfaite cohérence entre les mesures obtenues par les versions longue et courte de ReQuestTM.

La comparaison des résultats de ReQuestTM avec ceux du GSRS (pour les symptômes) et du PGWB (pour la qualité de vie et le bien être) a fait apparaître la corrélation très significative (p  <  0,001) existant entre les résultats des deux tests, quel que soit le grade de l’œsophagite, démontrant la validité sur critère du nouveau questionnaire par rapport à deux des principaux tests d’évaluation de la littérature.

Enfin, l’analyse de l’évolution des chiffres obtenus pendant l’essai par les différentes versions du score a révélé que chacune était suffisamment sensible pour mesurer des variations au cours d’un essai clinique.

La validation métrologique du questionnaire devait être également faite dans des populations de malades ne parlant pas allemand. Après avoir été traduit, le questionnaire initial a donc été utilisé lors d’un essai clinique ouvert, multicentrique (Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, France, Royaume-Uni, USA) mené chez des patients souffrant d’un RGO mais indemnes d’œsophagite et traités par pantoprazole (20 mg/j) pendant 28 jours. La population testée avait été sélectionnée sur la présence de symptômes digestifs typiques de RGO pluri-hebdomadaires depuis au moins 3 mois. La même méthodologie que dans la première étude a été adoptée : utilisation de la version longue de ReQuestTM à J-3, J0, J7, J14 et J28, utilisation de la version courte à J-2, J-3 puis quotidiennement pendant la période thérapeutique sauf à J0, J7, J14, J28 où la version longue de ReQuestTM était remplie [7]. Comme dans l’étude précédente, à J0 et J28, les malades remplissaient également les questionnaires GSRS et PGWB. Les résultats chez les malades souffrant de RGO sans œsophagite ont été excellents confirmant la consistance interne, la reproductibilité, la validité sur critère et la sensibilité du nouveau test [8].

Les résultats de cette première étude internationale furent confirmés par une seconde étude menée chez 497 malades reflueurs, indemnes d’œsophagite recrutés cette fois en Autriche, Hollande, Lithuanie et Afrique du Sud. Dans ce dernier travail, seules les performances métrologiques de la version courte de ReQuestTM furent analysées. Comme dans l’étude internationale de Bardhan [8], la langue n’a pas eu d’influence sur les performances de ReQuestTM.
Tableau 3 Validation de la consistance interne des différentes versions du test dans la première étude chez des malades allemands souffrant d’un RGO compliqué d’œsophagite [7].

Version de ReQuestTM

Score

Jour

Coefficient α de Cronbach

Longue

Score global

J – 3

0,90

Longue

Sous-score GI

J – 3

0,83

Longue

Sous-score WSO

J – 3

0,81

Courte

Score global

J – 1

0,89

Courte

Sous-score GI

J – 1

0,86

Courte

Sous-score WSO

J – 1

0,79


Tableau 4 Validation de la reproductibilité du test dans la première étude chez des malades allemands souffrant d’un RGO compliqué d’œsophagite [7].

Test de Spearman

Coefficient intra-classes (CIC)

ReQuestTM version longue - Comparaison des résultats entre (J-3) et (J0)

Score global

0,73

0,94

Sous-score ReQuestTM – GI

0,69

0,92

Sous-score ReQuestTM – WSO

0,68

0,93

ReQuestTM version courte - Comparaison des résultats entre (J-2) et (J-1)

Score global

0,82

0,86

Sous-score ReQuestTM – GI

0,77

0,81

Sous-score ReQuestTM – WSO

0,80

0,81

  • Comparaison des résultats entre ReQuestTM version longue (J-3) et ReQuestTM version courte (J-2)


Score global

0,76

0,77

Sous-score ReQuestTM – GI

0,73

0,74

Sous-score ReQuestTM – WSO

0,73

0,71

Utilisation du questionnaire ReQuestTM dans les essais cliniques

Elaboration de valeurs seuils symptomatiques

Pour définir des valeurs seuils pouvant être utilisées ensuite pour définir la réponse symptomatique, les auteurs ont appliqué la méthodologie ReQuestTM à des sujets sains [9]. Un total de 385 témoins adultes « sains », âgés en moyenne de 40 ans, majoritairement féminins (62,1 %), a été inclus dans cette étude. La définition de l’absence de symptôme était essentielle pour définir la population témoin. Les auteurs ont considéré que ces sujets recrutés par publicité devaient, pour être considérés comme des témoins, n’avoir aucune manifestation évidente de RGO, aucun autre trouble digestif et ne prendre aucun traitement à visée digestive. Ces témoins ne devaient avoir ressenti aucune manifestation de reflux dans les 3 derniers mois ni avoir eu une endoscopie digestive haute dans l’année.

A partir des questionnaires remplis par cette population, les auteurs ont pu déterminer les scores symptomatiques pour le ReQuestTM et les sous-questionnaires GI et WSO. Si l’on se réfère aux études publiées par la suite, les valeurs seuils retenues ont été déterminées par le calcul du 95e percentile alors que dans l’article les auteurs avaient retenu les valeurs du 90e percentile (signifiant que 10 % des sujets ont des scores supérieurs). Les résultats sont présentés dans le tableau 5( Tableau 5 ).

La détermination de ces seuils permet une nouvelle approche de la réponse au traitement qui n’est plus uniquement basée sur la présence ou l’absence de symptômes mais sur une évaluation plus globale. Il est évident que des sujets « sains » peuvent ressentir des manifestations de reflux mais celles-ci sont rares, peu invalidantes selon les critères d’inclusion puisque ne justifiant pas de prise en charge médicale (consultation, endoscopie ou traitement). De nouveaux objectifs thérapeutiques peuvent être définis sur la base des données obtenues par ce questionnaire qui est simple d’utilisation et surtout autoadministré. Ces résultats peuvent également être utilisés pour sélectionner des sujets susceptibles de constituer un groupe témoin dans des études cliniques ou pharmacologiques.
Tableau 5 Valeurs seuils du questionnaire ReQuest chez les sujets sains [9].

90e percentile

95e percentile

ReQuestTM

3,37

5,04

ReQuest-GI

0,95

1,73

ReQuest-WSO

2,46

3,68

Comparaison des performances de ReQuestTM selon que le reflux est compliqué ou non d’œsophagite

Les patients souffrant de reflux sans œsophagite (Non erosive reflux disease, NERD) répondent moins bien aux thérapeutiques antisécrétoires que les patients avec œsophagite peptique. Une des hypothèses avancées est que les symptômes qui résistent au traitement ne sont pas en rapport avec un authentique RGO mais à des manifestations dyspeptiques ou des troubles de la sensibilité viscérale (« pyrosis fonctionnel »). L’utilisation du questionnaire ReQuestTM permet une évaluation globale des symptômes et peut donc avoir un intérêt particulier dans ce sous-groupe de patients.

Dans une étude publiée sous forme d’abstract, 5 846 patients souffrant d’œsophagite et 964 souffrant de NERD ont été soumis au questionnaire alors qu’ils ne consommaient aucun traitement du RGO [10]. Tous les sujets sans œsophagite devaient avoir au minimum des symptômes typiques de RGO. Dans les 2 groupes de patients, plus de 50 % des sujets rapportaient des symptômes dans 6 des 7 dimensions. Ni les pourcentages de patients symptomatiques dans chaque dimension, ni les scores moyens pour chaque dimension n’étaient significativement différents entre les 2 groupes.

Cette étude démontre l’utilité d’un questionnaire « global » qui permet d’établir que les plaintes sont multiples chez les patients avec RGO. En revanche, contrairement à ce que l’on pouvait penser, les résultats sont indépendants de la présence d’une œsophagite peptique.

Évaluation de la sensibilité du questionnaire pour détecter des changements sous traitement

Une étape importante dans la validation de tout questionnaire symptomatique ou de qualité de vie est l’évaluation de la sensibilité de l’outil pour détecter des changements dans l’état de santé des patients [11]. Dans une étude publiée sous forme d’abstract, les auteurs ont utilisé la période de « run-in » de 7 jours sous placebo d’une étude clinique comparant le pantoprazole 40 à l’oméprazole 20 chez 386 patients avec œsophagite érosive. Sous traitement actif, tous les scores ont été améliorés de manière significative : non seulement le ReQuestTM global et le ReQuest-GI mais aussi chacune des 4 dimensions du score gastro-intestinal. Les différences obtenues ont été considérées comme cliniquement significatives et ne portaient donc pas uniquement sur les manifestations « liées à l’acide ». Il faut cependant insister sur le fait que ReQuestTM ne peut être utilisé pour évaluer les symptômes dans d’autres situations que celles du RGO.

Utilisation de ReQuestTM pour comparer les résultats de pantoprazole 20 mg versus ésoméprazole 20 mg dans le reflux sans œsophagite

Il s’agit de la seule étude actuellement disponible sous forme d’article complet [12]. Un total de 574 patients a été inclus dans cette étude randomisée comparant le pantoprazole (20 mg par jour) à l’ésoméprazole (20 mg par jour) dans le reflux sans œsophagite. Il s’agissait d’une étude de non-infériorité, permettant une analyse en intention de traiter chez 529 patients et en per protocole chez 451 patients. La valeur seuil du questionnaire ReQuestTM retenue pour définir le soulagement symptomatique était de 5,04 (tableau 5). Le délai médian de réponse était identique dans les deux groupes (2 jours). Le délai de soulagement symptomatique durable était défini par le premier jour à partir duquel le patient était asymptomatique jusqu’à la fin de l’étude : 10 jours pour le pantoprazole versus 13 jours pour l’ésoméprazole (différence non significative). Les pourcentages de patients ayant atteint cet objectif de rémission prolongée étaient respectivement à 28 jours de 81 % et 79,8 % avec le pantoprazole et l’ésoméprazole (différence non significative).

Cette étude démontre l’efficacité équivalente de ces 2 inhibiteurs de la pompe à protons pour le soulagement symptomatique dans le reflux sans œsophagite. Les résultats obtenus en utilisant ReQuestTM sont un peu meilleurs que ceux rapportés habituellement dans le reflux sans œsophagite ce qui peut traduire une sensibilité aux changements de ce nouvel outil meilleure que celle des critères simples habituellement utilisés dans ce type d’étude (présence ou absence de symptôme).

Utilisation de ReQuestTM pour comparer les résultats de pantoprazole 40 mg versus ésoméprazole 40 mg dans l’œsophagite peptique

Plusieurs études randomisées ont comparé l’efficacité des 2 composés dans le soulagement symptomatique de patients avec œsophagite peptique. La plupart de ces études ne sont actuellement disponibles que sous forme de résumés.

La première étude contrôlée randomisée, allemande [13], a impliqué en intention de traiter 561 patients avec œsophagite peptique recevant soit pantoprazole 40 (n = 284) soit ésoméprazole 40 (n = 277). Les patients ont été traités pendant 4 semaines puis ont été suivis pendant une semaine après la fin du traitement pour évaluer le délai de rechute symptomatique. Les scores ReQuestTM-GI sur les 3 jours précédant l’évaluation à 4 semaines étaient identiques dans les 2 groupes. Durant la phase de suivi post-thérapeutique, les scores étaient plus élevés (2,18 versus 1,44, p = 0,03) et le pourcentage de rechute plus important (57 versus 46 %, p = 0,02) après arrêt de l’ésoméprazole par rapport au pantoprazole.

Dans l’étude de Bardhan et al. [14], 581 patients ont reçu soit du pantoprazole 40 (n = 288) soit de l’ésoméprazole 40 (n = 293). La rémission complète définie à l’aide de ReQuestTM-GI était similaire dans les 2 groupes de patients à 4 (59,3 versus 62,1 %), 8 (86,3 versus 84,1 %) et 12 semaines (92,6 versus 90,2 %).

Un autre abstract concerne cette même population de patients [15]. Les auteurs ont présenté les résultats en fonction de la sévérité de l’œsophagite. Dans le groupe de patients avec œsophagite de grade B-D, la diminution du score ReQuestTM-GI était plus importante sous pantoprazole 40 (4,04 versus 3,74, p = 0,0029).

Dans une étude internationale menée en Afrique, en Amérique du Nord et en Europe [16], un schéma identique a été proposé à 2 316 patients avec œsophagite peptique. Les délais médians (2 jours) et moyen (3,7 jours) de premier soulagement symptomatique étaient identiques sous pantoprazole 40 et ésoméprazole 40. Les résultats étaient identiques pour le délai de soulagement durable (premier jour à partir duquel le patient était asymptomatique jusqu’à la fin de l’étude). Une analyse des facteurs de réponse a été présentée dans un autre abstract [17]. Seules 3 dimensions du ReQuestTM-GI étaient associées au délai de soulagement symptomatique : manifestations gastriques/digestives hautes, intestinales/digestives basses, et les nausées. La sévérité des symptômes dans les 2 dimensions « manifestations digestives hautes » et « manifestations digestives basses » était associée à un allongement significatif des délais médians de réponses (tableau 6)( Tableau 6 ). L’utilisation du questionnaire ReQuestTM permet de prendre en compte de nouveaux facteurs susceptibles d’influencer le délai de réponse aux traitements antisécrétoires.
Tableau 6 Délai médian de réponse (en jours) sous IPP en fonction de l’intensité des symptômes digestifs « hauts » et « bas » évalués par le questionnaire ReQuest [17].

Manifestations digestives hautes

Manifestations digestives basses

Légères/très légères

Modérées

Sévères

Légères/très légères

1

2

2

Modérées

2

3

4

Sévères

3

5

6

Conclusion

Le développement de ce nouveau questionnaire a été mené de façon très rigoureuse. Ce travail a abouti à la confection d’un outil aux qualités métrologiques démontrées permettant aux investigateurs d’apprécier quotidiennement, de façon multidimensionnelle et fiable, l’évolution du RGO au cours des essais thérapeutiques. Les deux versions, longue et courte, du score ont des qualités métrologiques identiques.

Les données actuellement disponibles suggèrent que l’utilisation du questionnaire permet une évaluation globale des symptômes chez les patients avec RGO, compliqué ou non d’œsophagite, et permet d’objectiver et de prendre en compte de nouveaux facteurs susceptibles d’influencer le délai de réponse aux traitements antisécrétoires.

L’utilisation de ReQuestTM dans les essais cliniques a permis de montrer que les symptômes de reflux sont très souvent associés à d’autres manifestations digestives. Ces autres manifestations peuvent interférer – négativement – avec la réponse globale au traitement. Il est donc important d’avoir le moyen de les prendre en compte. Curieusement, les scores symptomatiques dans les dimensions « non liées au reflux » (manifestations digestives hautes ou basses par exemple) sont améliorés de manière significative sous IPP.

Le questionnaire permet une définition des seuils de réponse aux traitements antisécrétoires particulièrement utiles pour les comparaisons entre les différents traitements. Les données disponibles, le plus souvent sous forme d’abstract, montrent que pantoprazole et ésoméprazole ont des efficacités similaires dans le traitement du RGO compliqué ou non d’œsophagite peptique.

Remerciements

Le développement du questionnaire ReQuest a bénéficié d’un soutien des laboratoires Altana Pharma.

Références

1 Stanghellini V, Amstrong D, Monnikes H, Bardhan KD. Systematic review : do we need a new gastro-oesophageal reflux disease questionnaire? Aliment Pharmacol Ther 2004 ; 19 : 463-79.

2 Klauser AG, Schindlebeck NE, Muller-Lissner SA. Symptoms in gastro-oesophageal reflux disease. Lancet 1990 ; 335 : 205-8.

3 Bardhan KD, Stanghellini V, Amstrong D, Berghofer P, Gatz G, Monnikes H. Evaluation of GERD symptoms during therapy. Development of a new GERD questionnaire ReQuestTM. Digestion 2004 ; 69 : 229-37.

4 Stanghellini V. ReQuestTM : new dimensions in the assessment and management of GERD. Drugs of Today 2005 ; 41(suppl A) : 7-11.

5 Nunally J-C. Psychometric theory. Mc Graw-Hill, 1978.

6 Feinstein AR. Clinimetrics. New Haven and London : Yale University Press, 1987.

7 Monnikes H, Bardhan KD, Stanghellini V, Berghofer P, Bethke TD, Amstrong D. Evaluation of GERD symptoms during therapy. Part II. Psychometric evaluation and validation of the new questionnaire ReQuestTM in erosive GERD. Digestion 2004 ; 69 : 238-44.

8 Bardhan KD, Stanghellini V, Amstrong D, Berghoffer P, Gatz G, Monnikes H. International validation of ReQuestTM in patients with endoscopy negative gastrooesophageal reflux disease. Aliment Pharmacol Ther 2004 ; 20 : 891-8.

9 Stanghellini V, Armstrong D, Monnikes H, Berghofer P, Gatz G, Bardhan KD. Determination of ReQuest-based symptom thresholds to define symptom relief in GERD clinical studies. Digestion 2005 ; 71 : 145-51.

10 Gatz G, Braun W. New insights into GERD symptomatology – The ReQuest database. Gut 2005 ; Suppl VII : A112.

11 Monnikes H, Berghoffer P, Gatz G, Hein J, Fass R. First determination of the clinically important difference of ReQuest sum scores in patients with erosive GERD by comparision of active treatment versus placebo. Gut 2005 ; Suppl VII : A108.

12 Monnikes H, Pfaffenberger B, Gatz G, Hein J, Bardhan KD. Novel measurement of rapid treatment success with ReQuest : first and sustained symptom relief as outcome parameters in patients with endoscopy-negative GERD receiving 20 mg pantoprazole or 20 mg esomeprazole. Digestion 2005 ; 71 : 152-8.

13 Glatzel D, Abdel-Qader M, Gatz G, Pfaffenberger B, Sander P. Pantoprazole 40 mg is as effective as esomeprazole 40 mg to relieve symptoms of gastroesophagial reflux disease (GERD) after 4 weeks of treatment and superior regarding preventing of symptomatic relapse. Digestion 2007, in press.

14 Bardhan KD, Achim A, Riddermann T, Sander P, Pfaffenberger B. Achieving complete remission in patients with erosive GERD : pantoprazole is comparable with esomeprazole. Gut 2005 ; Suppl VII : A106.

15 Achim A, Riddermann T, Bethke TD, Pfaffenberger B. A new integrated approach for assessing the effectiveness of pantoprazole and esomeprazole treatment in patients with GERD. Gastroenterology 2005 ; 128 : A528.

16 Van Rensburg C, Bardhan KD, Tulassay Z, Kovacs T, Dorr MB, Kiebsch U, Berghöfer P. Comparable time to first and sustained relief assessed by ReQuest for the treatment with pantoprazole 40 mg or esomeprazole 40 mg in patients with erosive GERD. Gut 2005 ; Suppl VII : A108.

17 Fass R, Berghoffer P, Gatz G, Hein J, Monnikes H. Symptom pattern determines the time to first symptom relief in erosive esophagitis (EE) patients treated with a proton pump inhibitor (PPI). Gut 2005 ; Suppl  VII : A109.


 

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