ARTICLE
Auteur(s) : Philippe
Ducrotté1, Frank
Zerbib2
1Département d’Hépato-Gastroentérologie et de
Nutrition, Hôpital Charles Nicolle, 76031 Rouen Cedex
2Service d’Hépato-gastroentérologie, Hôpital
Saint-André, 33075 Bordeaux cedex
Au cours des essais thérapeutiques, l’évaluation de l’efficacité
des traitements visant à corriger le reflux gastro-œsophagien (RGO)
doit s’appuyer sur des paramètres objectifs et fiables. Ceci est
notamment vrai pour les traitements antisécrétoires, avant tout par
les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Lorsque le RGO se
complique d’œsophagite, l’analyse de la cicatrisation des lésions
muqueuses œsophagiennes est un paramètre objectif qui permet
d’apprécier le bénéfice thérapeutique. Mais la majorité des RGO ne
se complique pas d’une œsophagite. Dès lors, seule l’étude de
l’évolution sous traitement de l’intensité des symptômes et de leur
retentissement sur la qualité de vie du malade est possible.Une
réunion d’experts a abouti à la conclusion que beaucoup de scores
proposés pour cette évaluation du RGO n’étaient pas des scores
spécifiques et que les 11 scores symptomatiques d’évaluation de
l’efficacité thérapeutique d’un traitement au cours du reflux se
focalisaient avant tout sur les manifestations
« classiques » du RGO (pyrosis, régurgitations) sans
prendre en compte toutes les dimensions de la maladie reflux :
symptômes digestifs hauts mais aussi extra-digestifs,
retentissement sur le sommeil, bien-être général… [1].Le
développement d’un nouveau questionnaire, appelé
ReQuestTM, a été décidé pour combler cette lacune
méthodologique. Il est important de préciser d’emblée que
ReQuestTM n’est pas un questionnaire permettant
d’établir le diagnostic de RGO, ni un simple questionnaire de
qualité de vie mais qu’il est pour les investigateurs un outil
d’évaluation simultanée des différentes dimensions symptomatiques
du RGO chez des patients souffrant de RGO avec ou sans œsophagite.
Développement et validation métrologique
Le processus de développement a suivi la succession des étapes
recommandées pour la mise au point d’un outil de mesure :
- – définition du cahier des objectifs à
atteindre ;
- – construction d’un score avec la sélection de tous les
items utiles ;
- – simplification par regroupement de ces différents
items en seulement quelques dimensions pour rendre le score
utilisable dans la pratique clinique ;
- – validation métrologique de l’outil : sensibilité,
consistance interne, reproductibilité.
Étape 1 : définition du cahier des charges
La première étape, essentielle, a défini le cahier des charges
auquel ce nouveau questionnaire devait répondre. Les objectifs à
atteindre ont été établis à partir à la fois d’une analyse critique
dans la littérature des symptômes et du retentissement du reflux et
des recommandations d’un panel d’experts. Il importait de répondre
principalement à 3 questions : 1) Que doit mesurer ce
nouvel instrument ? 2) À quel moment et avec quelle fréquence
doivent s’effectuer les mesures ? 3) Ce questionnaire doit-il
être un questionnaire autoadministré ou un
questionnaire rempli par un médecin ou une tierce
personne ?
Que mesurer ? Pyrosis et régurgitations acides sont
les symptômes majeurs du RGO. Mais si leur spécificité est bonne
(respectivement 89 % et 95 %), leur sensibilité est
faible : 38 % et 6 % [2]. Environ 25 % des
malades souffrant d’un RGO démontré n’ont pas de pyrosis et
50 % se plaignent de symptômes autres que le pyrosis qui n’est
pas chez eux le symptôme prédominant. D’autre part, le RGO est une
situation clinique complexe, avec des aspects symptomatiques très
variables d’un malade à l’autre, des symptômes non seulement
digestifs mais également thoraciques ou ORL, une intrication avec
d’autres syndromes comme, par exemple, un syndrome de l’intestin
irritable ou des perturbations du sommeil. Cette symptomatologie
associée peut être négligée par le malade jusqu’au moment où le
pyrosis, symptôme prédominant, disparaît sous l’effet du
traitement. La conclusion fut donc que ce nouvel outil devait
analyser l’ensemble des symptômes attribuables au RGO ainsi que les
symptômes associés.
Quand et avec quelle fréquence mesurer les
symptômes ? Les symptômes de reflux sont le plus souvent
intermittents, avec des périodes symptomatiques de fréquence et de
durée très variables, qui sont déclenchées par l’alimentation, une
prise médicamenteuse, un stress. Dès lors, l’analyse de l’effet
d’un médicament simplement basée sur une évaluation ponctuelle (par
exemple immédiatement avant le début puis le dernier jour d’une
prise médicamenteuse), ne peut fournir qu’un reflet très imparfait
de l’évolution symptomatique sous ce traitement. Des mesures
répétées sont nécessaires. Un consensus s’est fait sur le principe
d’une mesure quotidienne qui apparaissait le meilleur compromis
pour atteindre, au prix d’une contrainte acceptable pour le malade,
une fréquence d’analyse suffisamment précise permettant de
caractériser de façon fiable l’intensité et la fréquence des
symptômes au cours d’un essai thérapeutique.
Qui effectue la mesure ? Les options possibles
étaient le malade, le médecin prescripteur ou une tierce personne
(infirmière, technicien d’étude clinique…). L’analyse de la
littérature a permis de conclure qu’en cas d’évaluation par un
tiers, notamment le médecin prescripteur, les effets bénéfiques
d’un traitement sont en général surestimés. Le malade lui-même
paraissait donc le mieux placé pour effectuer l’évaluation des
symptômes sous traitement et quantifier leur impact sur la vie
sociale ou la qualité du sommeil. Conséquence de ce choix, le
questionnaire devait donc être aussi simple que possible avec des
questions et surtout un mode de réponse faciles à comprendre pour
tout patient. L’expérience des essais cliniques antérieurs a
conduit au choix de petits pictogrammes pour quantifier la
fréquence des symptômes et d’une échelle visuelle analogique de
10 cm pour quantifier leur intensité (( figure 1 )).
Le cahier des charges au terme de cette première étape est
résumé dans le tableau 1( Tableau 1 ).
Tableau 1 Cahier des charges établi pour le
développement de ReQuestTM.
|
Question
|
Réponse
|
|
Que mesurer ?
|
Évaluation multidimensionnelle de l’ensemble des symptômes associés
au RGO (et pas seulement les symptômes digestifs du RGO)
|
|
Quand mesurer ?
|
Évaluation quotidienne avant, puis pendant le traitement
|
|
Qui doit mesurer ?
|
Auto-questionnaire rempli par le patient, nécessitant un
questionnaire le plus simple possible pour la formulation des
questions et le mode de réponse
|
|
Quel type de mesure ?
|
Intensité et fréquence des symptômes
|
Étape 2 : sélection des items et construction du
questionnaire
L’identification des items utiles pour ce questionnaire (symptômes
de RGO et symptômes associés au RGO) a été obtenue grâce : à
l’analyse de la littérature ; à celle des données recueillies
lors d’études cliniques précédentes effectuées par le
laboratoire ; aux conclusions de réunions d’experts ; à
des interviews structurés. Ces derniers ont été menés auprès de
malades souffrant d’un RGO (n = 5), de médecins généralistes
(n = 10), de gastroentérologues ou médecins internistes prenant en
charge ce type de malades (n = 15) et des experts du RGO (n = 6)
[3]. L’objectif des interviews était de lister l’ensemble des
symptômes rattachés au RGO et d’identifier les termes communément
utilisés par les malades pour les décrire. Alors que les interviews
des malades se focalisaient sur les symptômes et le retentissement
sur la qualité de vie, ceux des médecins s’intéressaient non
seulement aux symptômes de RGO et à leurs effets sur la qualité de
vie mais aussi aux facteurs provoquant ou aggravant le RGO, aux
conséquences possibles à long terme du RGO et aux principales
options thérapeutiques envisageables.
Cette démarche a permis la sélection de 67 items à prendre en
compte dans le questionnaire. Ces 67 items ont été regroupés en 6
dimensions symptomatiques (tableau 2)( Tableau 2 ). Une 7e dimension, prenant
en compte la notion de bien-être, a été ajoutée de façon arbitraire
à ces 6 dimensions, à la demande des experts.
L’option a été prise de développer deux questionnaires pour
les essais thérapeutiques : un ReQuestTM version
courte pour quantifier l’intensité (EVA de 10 cm) et la
fréquence (échelle de Likert en 7 points) de chacune des six
dimensions du score et la seule intensité du bien-être
général ; un ReQuestTM version longue comportant en
plus d’une évaluation globale une analyse détaillée des symptômes
composant chaque dimension (( figure 1 )) [4].
Les experts impliqués dans le développement du score ont proposé
que pour les études cliniques, ReQuestTM soit décomposé
en 2 sous-questionnaires : le ReQuestTM-GI qui
prend en compte les quatre dimensions en rapport avec les
manifestations digestives (symptômes liés à l’acide, plaintes
épigastriques/gastriques, symptômes « intestinaux »,
nausées) et le ReQuestTM-WSO qui analyse les trois
dimensions restantes (bien-être général, qualité du sommeil, autres
manifestations).
Le calcul du score considérait pour toutes les dimensions
l’intensité et la fréquence des symptômes selon la formule (Score
fréquence / Score fréquence + c) × Score
intensité, C étant un coefficient de pondération fixé à
3 pour tous les symptômes digestifs, à 6 pour les troubles du
sommeil et à 9 pour les autres plaintes. Pour le bien-être général,
seule l’intensité était prise en compte dans le score selon la
formule 0,4* Score intensité.
Tableau 2 Dimensions prises en compte par le
questionnaire ReQuestTM.
- 1. Symptômes liés à l’acidité
- 2. Symptômes digestifs hauts, évoquant une origine
gastrique
- 3. Symptômes digestifs bas, évoquant une origine
intestinale
- 4. Nausées
- 5. Perturbations du sommeil
- 6. Autres plaintes
|
Étape 3 : validation métrologique des différentes versions
de ReQuestTM
La validation métrologique d’un score doit s’attacher à évaluer la
fiabilité de l’instrument (cohérence interne, reproductibilité), sa
validité sur critère et sa sensibilité pour détecter des variations
dans les situations qu’il analyse.
La cohérence interne reflète l’homogénéité des items qui
constituent chacune des dimensions de l’instrument de mesure. Elle
est déterminée pour chaque dimension (qui contient plusieurs items)
par le coefficient α de Cronbach. Celui-ci se fonde sur la
corrélation moyenne entre les éléments et le nombre d’éléments
d’une échelle. Ce coefficient est d’autant plus grand que les items
sont corrélés entre eux. Il varie entre 0 et 1. Un coefficient
alpha de 1 correspondrait à une redondance des items entre eux. Un
coefficient de 0 correspondrait à une absence de cohérence entre
les items. La cohérence interne d’une dimension est considérée
comme bonne quand le coefficient est supérieur à 0,6, acceptable
pour un essai clinique quand le coefficient est supérieur à 0,7
[5].
La reproductibilité test-retest est estimée par l’administration
à deux reprises du questionnaire chez les mêmes patients en état
stable. Le questionnaire est reproductible si ces 2 mesures
successives fournissent des résultats proches. Ceci s’apprécie par
le calcul des coefficients de corrélation intra-classe (CCI). Un
CCI mesure pour chaque sujet la corrélation entre ses 2 réponses.
La reproductibilité est considérée comme bonne quand le coefficient
est supérieur à à 0,6. Elle est acceptable pour un essai clinique
quand le coefficient est supérieur à 0,7 [5].
La validité sur critère d’un questionnaire est la conformité de
son résultat avec ceux de mesures plus traditionnelles ou ceux
d’autres instruments validés dans le même domaine [6].
Les différentes étapes de la validation
La première validation de ReQuestTM fut effectuée sur
les données d’un essai ouvert, multicentrique allemand, mené chez
400 patients avec RGO compliqué d’une œsophagite et qui étaient
traités pendant 28 jours par pantoprazole 20 mg/j pour
une œsophagite de grade A (n = 182), ou pantoprazole pour une
œsophagite plus sévère, B (n = 130), C(n = 33) ou D (n = 4). Les
malades devaient remplir la version longue de ReQuestTM
à J-3, J0, J7, J14 et J28 du traitement. Les autres jours, la
version courte de ReQuestTM était remplie. A J0 et J28,
les malades remplissaient également 2 autres scores, le GSRS pour
les symptômes, le PGWB pour la qualité de vie et le bien-être [7].
L’étude a montré que les versions longue et courte de
ReQuestTM ainsi que les sous-scores GI et WSO avaient
une consistance interne (tableau 3)( Tableau 3 ) et une reproductibilité
(tableau 4)( Tableau 4 )
excellentes, rendant les deux versions du score, ainsi que les sous
scores ReQuestTM GI et WSO utilisables sans problème
pour un essai clinique, avec une parfaite cohérence entre les
mesures obtenues par les versions longue et courte de
ReQuestTM.
La comparaison des résultats de ReQuestTM avec ceux
du GSRS (pour les symptômes) et du PGWB (pour la qualité de vie et
le bien être) a fait apparaître la corrélation très significative
(p < 0,001) existant entre les résultats des deux tests, quel
que soit le grade de l’œsophagite, démontrant la validité sur
critère du nouveau questionnaire par rapport à deux des principaux
tests d’évaluation de la littérature.
Enfin, l’analyse de l’évolution des chiffres obtenus pendant
l’essai par les différentes versions du score a révélé que chacune
était suffisamment sensible pour mesurer des variations au cours
d’un essai clinique.
La validation métrologique du questionnaire devait être
également faite dans des populations de malades ne parlant pas
allemand. Après avoir été traduit, le questionnaire initial a donc
été utilisé lors d’un essai clinique ouvert, multicentrique
(Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, France, Royaume-Uni, USA)
mené chez des patients souffrant d’un RGO mais indemnes
d’œsophagite et traités par pantoprazole (20 mg/j) pendant
28 jours. La population testée avait été sélectionnée sur la
présence de symptômes digestifs typiques de RGO pluri-hebdomadaires
depuis au moins 3 mois. La même méthodologie que dans la
première étude a été adoptée : utilisation de la version
longue de ReQuestTM à J-3, J0, J7, J14 et J28,
utilisation de la version courte à J-2, J-3 puis quotidiennement
pendant la période thérapeutique sauf à J0, J7, J14, J28 où la
version longue de ReQuestTM était remplie [7]. Comme
dans l’étude précédente, à J0 et J28, les malades remplissaient
également les questionnaires GSRS et PGWB. Les résultats chez les
malades souffrant de RGO sans œsophagite ont été excellents
confirmant la consistance interne, la reproductibilité, la validité
sur critère et la sensibilité du nouveau test [8].
Les résultats de cette première étude internationale furent
confirmés par une seconde étude menée chez 497 malades reflueurs,
indemnes d’œsophagite recrutés cette fois en Autriche, Hollande,
Lithuanie et Afrique du Sud. Dans ce dernier travail, seules les
performances métrologiques de la version courte de
ReQuestTM furent analysées. Comme dans l’étude
internationale de Bardhan [8], la langue n’a pas eu d’influence sur
les performances de ReQuestTM.
Tableau 3 Validation de la consistance interne des
différentes versions du test dans la première étude chez des
malades allemands souffrant d’un RGO compliqué d’œsophagite [7].
|
Version de ReQuestTM
|
Score
|
Jour
|
Coefficient α de Cronbach
|
|
Longue
|
Score global
|
J – 3
|
0,90
|
|
Longue
|
Sous-score GI
|
J – 3
|
0,83
|
|
Longue
|
Sous-score WSO
|
J – 3
|
0,81
|
|
Courte
|
Score global
|
J – 1
|
0,89
|
|
Courte
|
Sous-score GI
|
J – 1
|
0,86
|
|
Courte
|
Sous-score WSO
|
J – 1
|
0,79
|
Tableau 4 Validation de la reproductibilité du test
dans la première étude chez des malades allemands souffrant d’un
RGO compliqué d’œsophagite [7].
|
Test de Spearman
|
Coefficient intra-classes (CIC)
|
|
ReQuestTM version longue - Comparaison des résultats
entre (J-3) et (J0)
|
|
Score global
|
0,73
|
0,94
|
|
Sous-score ReQuestTM – GI
|
0,69
|
0,92
|
|
Sous-score ReQuestTM – WSO
|
0,68
|
0,93
|
|
ReQuestTM version courte - Comparaison des résultats
entre (J-2) et (J-1)
|
|
Score global
|
0,82
|
0,86
|
|
Sous-score ReQuestTM – GI
|
0,77
|
0,81
|
|
Sous-score ReQuestTM – WSO
|
0,80
|
0,81
|
- Comparaison des résultats entre ReQuestTM version
longue (J-3) et ReQuestTM version courte (J-2)
|
|
Score global
|
0,76
|
0,77
|
|
Sous-score ReQuestTM – GI
|
0,73
|
0,74
|
|
Sous-score ReQuestTM – WSO
|
0,73
|
0,71
|
Utilisation du questionnaire ReQuestTM dans les
essais cliniques
Elaboration de valeurs seuils symptomatiques
Pour définir des valeurs seuils pouvant être utilisées ensuite pour
définir la réponse symptomatique, les auteurs ont appliqué la
méthodologie ReQuestTM à des sujets sains [9]. Un total
de 385 témoins adultes « sains », âgés en moyenne de
40 ans, majoritairement féminins (62,1 %), a été inclus
dans cette étude. La définition de l’absence de symptôme était
essentielle pour définir la population témoin. Les auteurs ont
considéré que ces sujets recrutés par publicité devaient, pour être
considérés comme des témoins, n’avoir aucune manifestation évidente
de RGO, aucun autre trouble digestif et ne prendre aucun traitement
à visée digestive. Ces témoins ne devaient avoir ressenti aucune
manifestation de reflux dans les 3 derniers mois ni avoir eu une
endoscopie digestive haute dans l’année.
A partir des questionnaires remplis par cette population, les
auteurs ont pu déterminer les scores symptomatiques pour le
ReQuestTM et les sous-questionnaires GI et WSO. Si l’on
se réfère aux études publiées par la suite, les valeurs seuils
retenues ont été déterminées par le calcul du 95e
percentile alors que dans l’article les auteurs avaient retenu les
valeurs du 90e percentile (signifiant que 10 % des
sujets ont des scores supérieurs). Les résultats sont présentés
dans le tableau 5( Tableau 5 ).
La détermination de ces seuils permet une nouvelle approche de
la réponse au traitement qui n’est plus uniquement basée sur la
présence ou l’absence de symptômes mais sur une évaluation plus
globale. Il est évident que des sujets « sains » peuvent
ressentir des manifestations de reflux mais celles-ci sont rares,
peu invalidantes selon les critères d’inclusion puisque ne
justifiant pas de prise en charge médicale (consultation,
endoscopie ou traitement). De nouveaux objectifs thérapeutiques
peuvent être définis sur la base des données obtenues par ce
questionnaire qui est simple d’utilisation et surtout
autoadministré. Ces résultats peuvent également être utilisés pour
sélectionner des sujets susceptibles de constituer un groupe témoin
dans des études cliniques ou pharmacologiques.
Tableau 5 Valeurs seuils du questionnaire ReQuest chez
les sujets sains [9].
|
90e percentile
|
95e percentile
|
|
ReQuestTM
|
3,37
|
5,04
|
|
ReQuest-GI
|
0,95
|
1,73
|
|
ReQuest-WSO
|
2,46
|
3,68
|
Comparaison des performances de ReQuestTM selon que
le reflux est compliqué ou non d’œsophagite
Les patients souffrant de reflux sans œsophagite (Non erosive
reflux disease, NERD) répondent moins bien aux thérapeutiques
antisécrétoires que les patients avec œsophagite peptique. Une des
hypothèses avancées est que les symptômes qui résistent au
traitement ne sont pas en rapport avec un authentique RGO mais à
des manifestations dyspeptiques ou des troubles de la sensibilité
viscérale (« pyrosis fonctionnel »). L’utilisation du
questionnaire ReQuestTM permet une évaluation globale
des symptômes et peut donc avoir un intérêt particulier dans ce
sous-groupe de patients.
Dans une étude publiée sous forme d’abstract, 5 846 patients
souffrant d’œsophagite et 964 souffrant de NERD ont été soumis au
questionnaire alors qu’ils ne consommaient aucun traitement du RGO
[10]. Tous les sujets sans œsophagite devaient avoir au minimum des
symptômes typiques de RGO. Dans les 2 groupes de patients, plus de
50 % des sujets rapportaient des symptômes dans 6 des 7
dimensions. Ni les pourcentages de patients symptomatiques dans
chaque dimension, ni les scores moyens pour chaque dimension
n’étaient significativement différents entre les 2 groupes.
Cette étude démontre l’utilité d’un questionnaire
« global » qui permet d’établir que les plaintes sont
multiples chez les patients avec RGO. En revanche, contrairement à
ce que l’on pouvait penser, les résultats sont indépendants de la
présence d’une œsophagite peptique.
Évaluation de la sensibilité du questionnaire pour
détecter des changements sous traitement
Une étape importante dans la validation de tout questionnaire
symptomatique ou de qualité de vie est l’évaluation de la
sensibilité de l’outil pour détecter des changements dans l’état de
santé des patients [11]. Dans une étude publiée sous forme
d’abstract, les auteurs ont utilisé la période de
« run-in » de 7 jours sous placebo d’une étude
clinique comparant le pantoprazole 40 à l’oméprazole 20 chez 386
patients avec œsophagite érosive. Sous traitement actif, tous les
scores ont été améliorés de manière significative : non
seulement le ReQuestTM global et le ReQuest-GI mais
aussi chacune des 4 dimensions du score gastro-intestinal. Les
différences obtenues ont été considérées comme cliniquement
significatives et ne portaient donc pas uniquement sur les
manifestations « liées à l’acide ». Il faut cependant
insister sur le fait que ReQuestTM ne peut être utilisé
pour évaluer les symptômes dans d’autres situations que celles du
RGO.
Utilisation de ReQuestTM pour comparer les résultats
de pantoprazole 20 mg versus ésoméprazole 20 mg dans le
reflux sans œsophagite
Il s’agit de la seule étude actuellement disponible sous forme
d’article complet [12]. Un total de 574 patients a été inclus dans
cette étude randomisée comparant le pantoprazole (20 mg par
jour) à l’ésoméprazole (20 mg par jour) dans le reflux sans
œsophagite. Il s’agissait d’une étude de non-infériorité,
permettant une analyse en intention de traiter chez 529 patients et
en per protocole chez 451 patients. La valeur seuil du
questionnaire ReQuestTM retenue pour définir le
soulagement symptomatique était de 5,04 (tableau 5). Le délai
médian de réponse était identique dans les deux groupes
(2 jours). Le délai de soulagement symptomatique durable était
défini par le premier jour à partir duquel le patient était
asymptomatique jusqu’à la fin de l’étude : 10 jours pour
le pantoprazole versus 13 jours pour l’ésoméprazole
(différence non significative). Les pourcentages de patients ayant
atteint cet objectif de rémission prolongée étaient respectivement
à 28 jours de 81 % et 79,8 % avec le pantoprazole et
l’ésoméprazole (différence non significative).
Cette étude démontre l’efficacité équivalente de ces 2
inhibiteurs de la pompe à protons pour le soulagement symptomatique
dans le reflux sans œsophagite. Les résultats obtenus en utilisant
ReQuestTM sont un peu meilleurs que ceux rapportés
habituellement dans le reflux sans œsophagite ce qui peut traduire
une sensibilité aux changements de ce nouvel outil meilleure que
celle des critères simples habituellement utilisés dans ce type
d’étude (présence ou absence de symptôme).
Utilisation de ReQuestTM pour comparer les résultats
de pantoprazole 40 mg versus ésoméprazole 40 mg dans
l’œsophagite peptique
Plusieurs études randomisées ont comparé l’efficacité des 2
composés dans le soulagement symptomatique de patients avec
œsophagite peptique. La plupart de ces études ne sont actuellement
disponibles que sous forme de résumés.
La première étude contrôlée randomisée, allemande [13], a
impliqué en intention de traiter 561 patients avec œsophagite
peptique recevant soit pantoprazole 40 (n = 284) soit ésoméprazole
40 (n = 277). Les patients ont été traités pendant 4 semaines
puis ont été suivis pendant une semaine après la fin du traitement
pour évaluer le délai de rechute symptomatique. Les scores
ReQuestTM-GI sur les 3 jours précédant l’évaluation
à 4 semaines étaient identiques dans les 2 groupes. Durant la
phase de suivi post-thérapeutique, les scores étaient plus élevés
(2,18 versus 1,44, p = 0,03) et le pourcentage de rechute plus
important (57 versus 46 %, p = 0,02) après arrêt de
l’ésoméprazole par rapport au pantoprazole.
Dans l’étude de Bardhan et al. [14], 581 patients ont reçu soit
du pantoprazole 40 (n = 288) soit de l’ésoméprazole 40 (n = 293).
La rémission complète définie à l’aide de ReQuestTM-GI
était similaire dans les 2 groupes de patients à 4 (59,3 versus
62,1 %), 8 (86,3 versus 84,1 %) et 12 semaines (92,6
versus 90,2 %).
Un autre abstract concerne cette même population de patients
[15]. Les auteurs ont présenté les résultats en fonction de la
sévérité de l’œsophagite. Dans le groupe de patients avec
œsophagite de grade B-D, la diminution du score
ReQuestTM-GI était plus importante sous pantoprazole 40
(4,04 versus 3,74, p = 0,0029).
Dans une étude internationale menée en Afrique, en Amérique du
Nord et en Europe [16], un schéma identique a été proposé à 2 316
patients avec œsophagite peptique. Les délais médians
(2 jours) et moyen (3,7 jours) de premier soulagement
symptomatique étaient identiques sous pantoprazole 40 et
ésoméprazole 40. Les résultats étaient identiques pour le délai de
soulagement durable (premier jour à partir duquel le patient était
asymptomatique jusqu’à la fin de l’étude). Une analyse des facteurs
de réponse a été présentée dans un autre abstract [17]. Seules 3
dimensions du ReQuestTM-GI étaient associées au délai de
soulagement symptomatique : manifestations
gastriques/digestives hautes, intestinales/digestives basses, et
les nausées. La sévérité des symptômes dans les 2 dimensions
« manifestations digestives hautes » et
« manifestations digestives basses » était associée à un
allongement significatif des délais médians de réponses (tableau
6)( Tableau 6 ). L’utilisation du
questionnaire ReQuestTM permet de prendre en compte de
nouveaux facteurs susceptibles d’influencer le délai de réponse aux
traitements antisécrétoires.
Tableau 6 Délai médian de réponse (en jours) sous IPP
en fonction de l’intensité des symptômes digestifs
« hauts » et « bas » évalués par le
questionnaire ReQuest [17].
|
Manifestations digestives hautes
|
Manifestations digestives basses
|
|
Légères/très légères
|
Modérées
|
Sévères
|
|
Légères/très légères
|
1
|
2
|
2
|
|
Modérées
|
2
|
3
|
4
|
|
Sévères
|
3
|
5
|
6
|
Conclusion
Le développement de ce nouveau questionnaire a été mené de façon
très rigoureuse. Ce travail a abouti à la confection d’un outil aux
qualités métrologiques démontrées permettant aux investigateurs
d’apprécier quotidiennement, de façon multidimensionnelle et
fiable, l’évolution du RGO au cours des essais thérapeutiques. Les
deux versions, longue et courte, du score ont des qualités
métrologiques identiques.
Les données actuellement disponibles suggèrent que l’utilisation
du questionnaire permet une évaluation globale des symptômes chez
les patients avec RGO, compliqué ou non d’œsophagite, et permet
d’objectiver et de prendre en compte de nouveaux facteurs
susceptibles d’influencer le délai de réponse aux traitements
antisécrétoires.
L’utilisation de ReQuestTM dans les essais cliniques
a permis de montrer que les symptômes de reflux sont très souvent
associés à d’autres manifestations digestives. Ces autres
manifestations peuvent interférer – négativement – avec la réponse
globale au traitement. Il est donc important d’avoir le moyen de
les prendre en compte. Curieusement, les scores symptomatiques dans
les dimensions « non liées au reflux » (manifestations
digestives hautes ou basses par exemple) sont améliorés de manière
significative sous IPP.
Le questionnaire permet une définition des seuils de réponse aux
traitements antisécrétoires particulièrement utiles pour les
comparaisons entre les différents traitements. Les données
disponibles, le plus souvent sous forme d’abstract, montrent que
pantoprazole et ésoméprazole ont des efficacités similaires dans le
traitement du RGO compliqué ou non d’œsophagite peptique.
Remerciements
Le développement du questionnaire ReQuest a bénéficié d’un soutien
des laboratoires Altana Pharma.
Références
1 Stanghellini V, Amstrong D, Monnikes H,
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