Accueil > Revues > Médecine > Hépato-Gastro > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Hépato-Gastro
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Cancers et maladie de Crohn


Hépato-Gastro. Volume 13, Numéro 6, 433-8, Novembre-Décembre 2006, Mini-revue

DOI : 10.1684/hpg.2006.0008

Résumé  

Auteur(s) : David Laharie , Service d’Hépato-Gastroentérologie, Hôpital Haut-Lévêque, 33600 Pessac.

Résumé : Le risque de survenue d’une tumeur maligne au cours de la maladie de Crohn (MC) est peu à peu devenu une question centrale pour les patients et leurs praticiens. Le risque néoplasique concerne essentiellement les cancers colorectaux, ceux de l’intestin grêle et les lymphomes. Le risque de dégénérescence au niveau colorectal observé dans les MC de localisation colique est voisin de celui de la rectocolite hémorragique et les mesures de prévention et de dépistage sont identiques. Bien que le risque relatif de cancer du grêle soit très élevé au cours de la MC, sa survenue reste exceptionnelle. Son risque absolu au cours de la MC est donc très faible. La survenue d’un lymphome chez un patient suivi pour une MC, quoique rarement observée, est plus fréquente que dans la population générale. L’immunosuppression conférée par la MC elle-même ou bien par les traitements en est la cause présumée. Ce risque de lymphome, de type non hodgkinien généralement, est aujourd’hui le principal facteur limitant la prescription d’immunosuppresseurs et/ou d’infliximab pour des durées très prolongées. Seules des études épidémiologiques sur de larges échelles, telles que l’étude Césame en France, permettront d’évaluer plus précisément ce risque et surtout d’identifier le sous-groupe de patients pour lesquels il est le plus élevé.

Mots-clés : maladie de Crohn, cancer colorectal, lymphome, infliximab, azathioprine

ARTICLE

Auteur(s) : David Laharie

Service d’Hépato-Gastroentérologie, Hôpital Haut-Lévêque, 33600 Pessac

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), constituées essentiellement de la maladie de Crohn (MC) et de la rectocolite hémorragique (RCH), sont des pathologies débutant le plus souvent dans la première partie de la vie, évoluant ensuite par poussées entrecoupées de rémissions. La prévalence de la MC en France est estimée à 1/1 000 habitants, soit environ 60 000 cas. L’incidence de cette affection est en constante augmentation depuis plus de 20 ans [1] dans notre pays. La constitution en 2005 d’une importante cohorte française de patients suivis pour une MICI (20 919 patients) a confirmé ces données : parmi les 12 463 patients atteints de MC et issus de la cohorte Césame, 67 % avaient été diagnostiquées depuis 1995 [2].Le risque de survenue d’une tumeur maligne au cours des MICI, dont la première observation fut rapportée en 1925 par Crohn lui-même chez un patient atteint de RCH [3], est peu à peu devenu une question centrale pour les patients et leurs praticiens. D’une part, les progrès de la chirurgie des MICI ont permis de rapprocher l’espérance de vie des malades de celle la population générale depuis les années quatre-vingt. D’autre part, le traitement médical a été bouleversé ces dernières années par un recours de plus en plus large et précoce aux immunosuppresseurs [4] et par l’avènement des biothérapies.L’observation prolongée de cohortes de patients atteints de MICI a permis d’identifier un risque plus élevé pour certains d’entre eux de développer des tumeurs malignes, le plus souvent du tractus digestif, à type d’adénocarcinome ou de lymphome. Ainsi, il existe un risque accru de développer un cancer colorectal (CCR) au cours de la RCH [5] pour lequel plusieurs facteurs de risque sont connus et une stratégie de dépistage systématique recommandée. Moins de données sont disponibles sur le risque de cancer au cours de la MC. Toutefois, des études sur le risque de CCR, d’adénocarcinome du grêle ou de lymphome au cours de cette affection ont récemment été publiées et seront détaillées au cours de cette mise au point.

Risque global de cancer au cours de la maladie de Crohn

Plusieurs études de cohortes ont évalué le risque de cancer au cours de la MC. Mais, nombre d’entre elles sont uniquement focalisées sur le risque de CCR, d’adénocarcinome grêle ou de lymphome alors que d’autres combinent les malades atteints de RCH et de MC. Le risque global de développer un cancer, quels qu’en soient le type histologique et la localisation, a peu été évalué au cours de la MC. Dans une étude suédoise [6], 1 251 patients atteints de MC, suivis entre 1955 et 1989, ne développaient pas plus de cancer que la population générale (risque relatif – RR - de 1,2 avec un intervalle de confiance à 95 % - IC95 % - compris entre 0,9 et 1,5). L’actualisation des données issues de la cohorte du comté de Copenhague (374 patients suivis jusqu’en 1997), où étaient distingués les cancers digestifs et extra-digestifs, n’identifiait pas plus de tumeurs malignes au cours de la MC que chez les témoins, à l’exception des cancers de l’intestin grêle [7]. Malgré la qualité de ces études scandinaves en population, ces résultats sont anciens. Il est donc difficile aujourd’hui d’estimer le risque global de cancer au cours de la MC.

Risque de cancer colorectal au cours de la maladie de Crohn

Les études sur le risque de CCR au cours de la MC sont les plus nombreuses. Plusieurs suggèrent un risque significativement plus important de CCR au cours de la MC [8, 9]. Deux méta-analyses publiées dernièrement [10, 11] confortent ces résultats. Bien qu’il existe quelques différences méthodologiques entre ces deux travaux, la méta-analyse de Jess et al ne prenant en compte que les études de cohorte en population (soit 6 études) et celle de Canavan et al y associant des séries de centres référents (soit 12 études), leurs résultats sont voisins et significatifs : il existe un risque plus important de développer un CCR au cours de la MC avec un risque relatif de CCR de 1,9 (IC 95 % = 1,4-2,5) pour Jess et al et de 2,5 (IC 95 % = 1,3-4,7) pour Canavan et al (tableau 1)( Tableau 1 ). Ce risque de CCR semble proche de celui observé au cours de la RCH. Il est ainsi estimé à 3 % après 10 ans d’évolution de la maladie, 6 % à 20 ans et 8 % à 30 ans pour la MC alors qu’il est de 2 % à 10 ans, 12 % à 20 ans et de 18 % à 30 ans pour la RCH [5].

Comme pour la RCH, le risque de CCR observé au cours de la MC augmente avec la durée de la maladie et semble apparaître après une dizaine d’années d’évolution [11, 17] pour ensuite augmenter régulièrement.

Les autres facteurs de risque établis ou suspectés de CCR sur RCH (étendue et évolutivité de la maladie, âge de début précoce, existence d’une cholangite sclérosante primitive associée, notion d’antécédents familiaux de CCR) ont été étudiés dans la MC (tableau 2)( Tableau 2 ). Une MC colique étendue sur au moins 50 % du cadre colique a un risque de dégénérescence voisin de celui d’une RCH de même extension [17]. Le RR de CCR en cas de MC colique est ainsi estimé à 4,5 (IC 95 % = 1,3-14,9) alors qu’il n’est plus que de 1,1 (IC 95 % = 0,8-1,5) pour les formes iléales exclusives [11]. Comme pour la RCH, le site inflammatoire initialement observé dans la MC est également celui où risque de se développer un cancer. La carcinogenèse colique semble donc suivre le même cheminement quel que soit le type de MICI. Les autres facteurs de risque potentiels de dégénérescence de la MC ont été moins unanimement observés. L’âge de début précoce de la MC, avant 30 ans, semble associé au risque de CCR [8]. Selon Askling et al, l’existence d’antécédents familiaux de CCR est associée à un RR de 3,7 (IC 95 % = 1,0-9,4) au cours de la MC [20]. Le mode évolutif de la MC, pris en compte dans la classification de Vienne, a été peu étudié quant au risque de CCR. Selon une étude déjà ancienne, une MC colique d’évolution sténosante était associée plus fréquemment à un cancer (6,8 % des cas et 0,7 % en cas de forme non sténosante ; p < 0,0001) [21].

Le risque de CCR au cours des MICI justifie la mise en place d’une stratégie de dépistage récemment détaillée par la Société Française d’Endoscopie Digestive (SFED). Ces recommandations sont identiques pour la MC et la RCH, justifiant la pratique de coloscopies de dépistage en cas de localisation colique étendue de la MICI après 8 années d’évolution depuis le diagnostic (www.sfed.org). Dans l’ensemble, il faut en retenir que la mise en évidence d’une dysplasie de haut grade ou d’une dysplasie en muqueuse plane associée à une lésion ou une masse (DALM) est une indication de colectomie. En cas de dysplasie de bas grade, confirmée par une relecture histologique, la chirurgie doit également être proposée.

Outre le dépistage endoscopique, plusieurs mesures pourraient permettre de prévenir la survenue d’une CCR au cours de la MC. Celles-ci ont été plus largement explorées au cours de la RCH que de la MC. La prévention du CCR par les dérivés 5-aminosalicylés (5-ASA, incluant la sulfasalazine et la mésalazine) a fait l’objet de nombreuses études épidémiologiques chez des patients atteints de MICI. La découverte récente du récepteur du 5-ASA, le récepteur gamma activé par les proliférateurs de peroxysomes (PPAR-γ), médiant ses effets anti-inflammatoires et antiprolifératifs [22] a renforcé tout l’intérêt de ces molécules en chémoprévention. Plusieurs études cas-contrôle ont étudié l’impact des 5-ASA sur le risque de CCR au cours des MICI (tableau 3)( Tableau 3 ). Trois d’entre elles [23, 24, 29] suggèrent que la prise de 5-ASA réduirait le risque de dégénérescence des MICI. La régularité de la prise de 5-ASA paraît être déterminante dans cet effet préventif [29]. Toutefois, aucune posologie « chémopréventive » de 5-ASA n’a pu être établie à ce jour. Par analogie avec la RCH, il est probable que la prescription d’acide urso-désoxycholique, l’acide folique ou bien un suivi très régulier des patients permettraient également de réduire le risque de survenue de CCR au cours de la MC.

En effet, les deux études de cohorte les plus récentes, menées l’une au Danemark [7] et l’autre dans le comté d’Olmsted aux États-Unis [19], ne confirment que partiellement les résultats des méta-analyses sur le risque de CCR au cours de la MC. Un risque accru est observé mais il s’agit seulement d’une tendance, non significative (RR = 1,1 et IC 95 % : 0,3-2,9 ; RR = 1,9 et IC 95 % : 0,7-4,1 ; respectivement). De plus, les 2 méta-analyses signalent une diminution progressive du risque de CCR au cours de la MC sur la période d’observation (des années quarante aux années quatre-vingt-dix). La meilleure prise en compte du risque de CCR au cours de la MC par la prescription plus large des salicylés, le suivi clinique régulier, le dépistage endoscopique de la dysplasie ou du cancer et le recours plus large à la colectomie (20 % dans l’étude danoise) pourrait expliquer cette évolution. Chronologiquement, l’utilisation des corticoïdes et surtout la prescription d’immunosuppresseurs à partir des années quatre-vingt ne sont pas associées à un accroissement du risque de CCR. De plus, la prise d’azathioprine/6-mercaptopurine (AZA/6-MP), très répandue dans la MC désormais en France [2], n’augmente pas le risque de CCR [24].
Tableau 1 Risque de cancer colorectal au cours de la maladie de Crohn : études de cohortes et méta-analyses.

Premier auteur, année

Pays

RR

IC95 %

Etudes de cohorte :

Weedon [12], 1973a

États-Unis

20,0

8,6-34,4

Gyde [13], 1980a

Royaume-Uni

4,3

2,0-8,2

Greenstein [14], 1981a

États-Unis

6,9

2,8-14,2

Kvist [15], 1986a

Danemark

2,1

1,0-3,3

Fireman [16], 1989a,b

Israël

0,4

0,01-2,3

Ekbom [8], 1990a,b

Suède

2,5

1,3-4,3

Gillen [17], 1994a

Royaume-Uni

3,4

1,5-6,7

Persson [6], 1994a,b

Suède

0,84

0,27-1,9

Mellemkjaer [18], 2000a

Danemark

1,1

0,60-1,9

Bernstein [9], 2001a,b

Canada

2,6

1,7-4,1

Jess [7], 2004a,b

Danemark

1,1

0,13-2,9

Jess [19], 2006b

États-Unis

1,9

0,7-4,1

Méta-analyses :

Jess [10], 2005

1,9

1,4-2,5

Canavan [11], 2006

2,5

1,3-4,7

aEtudes prises en compte dans la méta-analyse de Canavan.

bEtudes prises en compte dans la méta-analyse de Jess.


Tableau 2 Facteurs de risque de cancer colorectal au cours de la maladie de Crohn.

Facteurs de risque

Confirmés

Probables

Evolution supérieure à 10 ans

Antécédents familiaux de CCR

Localisation colique

Maladie sténosante

Age de début précoce

Cholangite sclérosante primitive


Tableau 3 Etudes cas-témoin sur l’effet des dérivés 5-aminosalicylés en prévention du cancer colorectal au cours des MICI.

Premier auteur, année

Pays

Nombre de CCR

RR

IC95 %

Pinczowski [23], 1994

Suède

102

0,38

0,20-0,69

Eaden [24], 2000

Royaume-Uni

102

0,25

0,13-0,48

Bernstein [25], 2003

Canada

25

1,46

0,58-3,73

Rutter [26], 2004

Royaume-Uni

68a

1,58

0,71-3,51

Terdiman [27], 2005

États-Unis

364

0,72

0,50-1,05

Velayos [28], 2005

États-Unis

188

0,60

0,30-1,21

Van Staa [29], 2005

Royaume-Uni

100

0,60

0,38-0,96

a14 cas de CCR et 54 cas de dysplasie et/ou d’adénomes.

Risque de cancer de l’intestin grêle au cours de la MC

L’adénocarcinome de l’intestin grêle est de survenue très rare, représentant 1-5 % de l’ensemble des cancers digestifs. Dans la MC, toutes les études de cohortes réalisées ont observé une augmentation du risque relatif de cancer de l’intestin grêle entre 3,4 et 100. Le risque est ainsi évalué à 31,2 (IC 95 % = 15,9-60,9) par la méta-analyse de Canavan et al [11]. Cependant, il s’agit d’un cancer très rare dont le risque absolu au cours de la MC reste donc très faible. Ainsi, une étude française récente impliquant la plupart des centres référents hexagonaux n’en avait recensé que 20 cas [30].

Risque de lymphome au cours de la MC

Le risque de lymphome au cours des MICI est actuellement un enjeu crucial dans la prise en charge des patients. Le recours de plus en plus précoce aux immunosuppresseurs et la prescription des anti-TNFα ont en effet réveillé les craintes des prescripteurs quant à la survenue de cancers induits. Alors qu’il existe clairement un risque plus important de développer un lymphome au cours de la polyarthrite rhumatoïde [31], ce point reste discuté au cours des MICI.

De nombreuses études de cohorte antérieures à l’utilisation des anti-TNFα ont évalué le risque de lymphome sur des effectifs de plusieurs centaines à plusieurs milliers de patients atteints de MICI. Mais, la survenue de ce type de cancer restant rare, le nombre de cas de lymphomes observés est faible dans ces travaux (entre 0 et 21 cas observés selon les études). La robustesse de leurs résultats est donc insuffisante. Récemment, une large étude suédoise incluant des patients suivis pour une MC qui avaient été hospitalisés (n = 19 024) et/ou issus d’une cohorte en population (n = 3 561), rapportait 65 cas de lymphomes dont 53 non hodgkiniens (LNH). Pour les hospitalisés, alors que le nombre total de lymphomes observés n’était pas statistiquement différent de celui attendu (ratio d’incidence standardisé – RIS - de 1,32 ; IC 95 % = 1,0-1,7), il était significatif pour les seuls LNH (RIS = 1,55 ; IC 95 % = 1,23-2,0) [32]. La période d’observation des patients ne modifiait pas le risque de survenue de lymphome, en particulier pour la période 1990-2001 correspondant à la large diffusion des traitements immunosuppresseurs dans la MC. Dans la cohorte en population, le nombre de lymphomes et de LNH observés n’était pas différent de la valeur attendue. Il faut souligner que le risque de lymphome évalué dans ce travail reste dans l’absolu modéré. L’observation plus fréquente de LNH chez les hospitalisés pourrait être attribuée non seulement à la plus grande sévérité de la MC mais aussi à ses traitements.

En 2005, Kandiel et al ont regroupé 6 études dans une méta-analyse destinée à estimer le RR de développer un lymphome pour un patient atteint de MICI traité par azathioprine (AZA) et/ou 6-mercaptopurine (6-MP) [33]. Malgré l’hétérogénéité statistique des études et le faible nombre total de lymphomes observés (11 dont 9 LNH), les auteurs pouvaient conclure pour un risque plus élevé de lymphome en cas de prise d’AZA/6-MP (RR = 4,18 ; IC 95 % = 2,07-7,51). Les seuls LNH expliquaient ce surcroît de lymphome. Les 4 cas de lymphome observés chez des patients MC étaient tous des LNH.

Dès le début de l’utilisation de l’infliximab, tant en rhumatologie qu’en gastroentérologie, plusieurs cas de lymphomes ont été rapportés. Depuis, il n’a pas été mis en évidence de lien évident entre la prescription d’infliximab et les lymphomes malgré la très large diffusion de la molécule. Les données de la cohorte de Stockholm sur les 217 premiers patients atteints de MICI (dont 191 MC) traités par infliximab sont moins rassurantes. La survenue de 3 cas de LNH, tous chez des patients MC, permettait ainsi d’estimer l’incidence annuelle du lymphome à 1,5 % [34]. Deux registres de plusieurs milliers de patients suivis pour MICI et traités par infliximab, TREAT en Amérique du Nord et ENCORE en Europe, ont été élaborés afin de déterminer la tolérance de cet anticorps anti-TNFα en situation réelle. Leurs résultats préliminaires n’ont pas identifié de lien entre infliximab et lymphome jusqu’à présent. Une étude cas-témoin italienne récemment publiée était également rassurante puisque le nombre de néoplasies observées était identique chez des patients atteints de MC, qu’ils aient ou non reçu de l’infliximab [35].

L’apparition d’un lymphome chez un patient suivi pour une MC, quoique rarement observée, est plus fréquente que dans la population générale. L’immunosuppression conférée par la MC elle-même ou bien par les traitements en est la cause présumée. Ce risque de lymphome, de LNH en particulier, est aujourd’hui le principal facteur limitant la prescription d’immunosuppresseurs et/ou d’infliximab pour des durées très prolongées. Toutefois, la prescription plus large de ces molécules, à des posologies plus élevées et pour des durées plus longues, ne semble pas avoir entraîné une augmentation évidente du nombre de cas de lymphome chez les patients atteints de MC. Seules des études épidémiologiques sur de larges échelles, telles que l’étude Césame en France, permettront d’évaluer plus précisément ce risque et surtout d’identifier le sous-groupe de patients pour lesquels il est le plus élevé.

Autres cancers et MC

La survenue d’autres types de cancers au cours de la MC est plus controversée. Il a ainsi été observé ponctuellement un surrisque pour les cancers de la vessie [6] ou du poumon [36] sans confirmation par les autres études de cohorte. Plusieurs observations de cancer de l’anus et du bas rectum chez des patients suivis pour MC périnéale sévère ont également été rapportées [37]. Comme cela était attendu, la CSP associée à la MC est tout autant susceptible de dégénérer que celle associée à la RCH.

Conclusion

Il est donc désormais établi que le risque de cancérisation de la MC colique est identique à celui de la RCH. La stratégie de dépistage coloscopique et les mesures préventives à proposer sont donc les mêmes que pour la RCH. Pour ce qui est du surrisque de lymphome au cours de la MC, celui-ci semble incontestable quoique faible. De larges études épidémiologiques sont actuellement en cours afin de déterminer si ce surcroît de risque est la conséquence de l’immunodépression conférée par la MC elle-même ou s’il est attribuable aux traitements proposés, en particulier aux immunosuppresseurs et/ou aux biothérapies.

Références

1 Molinié F, Gower-Rousseau C, Yzet T, Merle V, Grandbastien B, Marti R, et al. Opposite evolution in incidence of Crohn’s disease and ulcerative colitis in Northern France (1988-1999). Gut 2004 ; 53 : 843-8.

2 Beaugerie L, Carrat F, Bouvier AM, Brousse N, Carbonnel F, Colombel JF, et al. Cohorte nationale Césame : données démographiques et médicales 2004-2005 pour 20 919 patients. Gastroenterol Clin Biol 2006 ; 30 : A154.

3 Crohn B, Rosenburg H. The sigmoidoscopic picture of ulcerative colitis (non specific). Am J Med Sci 1925 ; 170 : 220-8.

4 Cosnes J, Nion-Larmurier I, Beaugerie L, Afchain P, Tiret E, Gendre J-P. Impact of the increasing use of immunosuppressants in Crohn’s disease on the need for intestinal surgery. Gut 2005 ; 54 : 237-41.

5 Eaden JA, Abrams KR, Mayberry J-F. The risk of colorectal cancer in ulcerative colitis : a meta-analysis. Gut 2001 ; 48 : 526-35.

6 Persson PG, Karlen P, Bernell O, Leijonmarck CE, Brostrom O. Crohn’s disease and cancer : a population-based cohort study. Gastroenterology 1994 ; 107 : 1675-9.

7 Jess T, Winther KV, Munkholm P, Langholz E, Binder V. Intestinal and extra-intestinal cancer in Crohn’s disease : follow-up of a population-based cohort in Copenhagen County, Denmark. Aliment Pharmacol Ther 2004 ; 19 : 287-93.

8 Ekbom A, Helmick C, Zack M, Adami HO. Increased risk of large-bowel cancer in Crohn’s disease with colonic involvement. Lancet 1990 ; 336 : 357-9.

9 Bernstein CN, Blanchard JF, Kliewer E, Wajda A. Cancer risk in patients with inflammatory bowel disease. A population based study. Cancer 2001 ; 91 : 854-62.

10 Jess T, Gamborg M, Matzen P, Munkholm P, Sorensen TIA. Increased risk of intestinal can,cer in Crohn’s disease : a meta-analysis of population-based cohort studies. Am J Gastroenterol 2005 ; 100 : 2724-9.

11 Canavan C, Abrams KR, Mayberry J. Meta-analysis : colorectal cancer and small bowel cancer risk in patients with Crohn’s disease. Aliment Pharmacol Ther 2006 ; 23 : 1097-104.

12 Weedon DD, Shorter RG, Ilstrup DM, Huizenga KA, Taylor WF. Crohn’s disease and cancer. N Engl J Med 1973 ; 289 : 1099-103.

13 Gyde SN, Prior P, Macartney JC, Thompson H, Waterhouse JA, Allan RN. Malignancy in Crohn’s disease. Gut 1980 ; 21 : 1024-9.

14 Greenstein AJ, Sachar DB, Smith H, Janowitz HD, Aufses Jr. AH. A comparison of cancer risk in Crohn’s disease and ulcerative colitis. Cancer 1981 ; 48 : 2742-5.

15 Kvist N, Jacobsen O, Norgaard P, Ockelmann HH, Kvist HK, Scou G, et al. Malignancy in Crohn’s disease. Scand J Gastroenterol 1986 ; 21 : 82-6.

16 Fireman Z, Grossman A, Lilos P, Hacohen D, Bar Meir S, Rozen P, et al. Intestinal cancer in patients with Crohn’s disease. A population study in central Israel. Scand J Gastroenterol 1989 ; 24 : 346-50.

17 Gillen CD, Andrews HA, Prior P, Allan RN. Crohn’s disease and colorectal cancer risk in extensive colitis. Gut 1994 ; 35 : 651-5.

18 Mellemkjaer L, Johansen C, Gridley G, Linet MS, Kjaer SK, Olsen JH. Crohn’s disease and cancer risk (Denmark). Cancer Causes Control 2000 ; 11 : 145-50.

19 Jess T, Loftus EV, Velayos FS, Harmsen WS, Zinsmeister AR. Risk of intestinal cancer in inflammatory bowel disease : a population-based study from Olmsted County, Minnesota. Gastroenterology 2006 ; 130 : 1039-46 ; (in press).

20 Askling J, Dickman PW, Karlen P, Brostrom O, Lapidus A, Lofberg R, et al. Family history as a risk factor for colorectal cancer in inflammatory bowel disease. Gastroenterology 2001 ; 120 : 1356-62.

21 Yamasaki Y, Ribeiro MB, Sachar DB, Aufses AH, Greenstein AJ. Malignant colorectal strictures in Crohn’s disease. Am J Gastroenterol 1991 ; 86 : 882-5.

22 Rousseaux C, Lefebvre B, Dubuquoy L, Lefebvre P, Romano O, Auwerx J, et al. Intestinal antiinflammatory effect of 5-aminosalicylic acid is dependent on peroxisome proliferator-activated receptor-gamma. J Exp Med 2005 ; 201 : 1205-15.

23 Pinczowski D, Ekbom A, Baron J, Yuen J, Adamai HO. Risk factors for colorectal cancer in patients with ulcerative colitis : a case-control study. Gastroenterology 1994 ; 107 : 117-20.

24 Eaden J, Abrams K, Ekbom A, Jackson E, Mayberry J. Colorectal cancer prevention in ulcerative colitis : a case-control study. Aliment Pharmacol Ther 2000 ; 14 : 145-53.

25 Bernstein CN, Blanchard JF, Metge C, Yogendran M. Does the use of 5-aminosalicylates in inflammatory bowel disease prevent the development of colorectal cancer? Am J Gastroenterol 2003 ; 98 : 2784-8.

26 Rutter M, Saunders B, Wilkinson K, Rumbles S, Schofield G, Kamm M, et al. Severity of inflammation is a risk factor for colorectal neoplasia in ulcerative colitis. Gastroenterology 2004 ; 126 : 451-9.

27 Terdiman JP, Ullman TA, Blumentals WA. A case-control study of 5-aminosalicylic acid therapy in the prevention of colitis-related colorectal cancer. Gastroenterology 2005 ; 128(suppl 2) : A299.

28 Velayos FS, Loftus Jr. EV, Jess T. A case-control study of predictive and proctective factors in 188 patients with colorectal cancer and ulcerative colitis. Gastroenterology 2005 ; 128(suppl 2) : A328.

29 Van Staa TP, Card T, Logan RF, Leufkens HGM. 5-aminosalicylate and colorectal cancer risk in inflammatory bowel disease : a large epidemiological study. Gut 2005 ; 54 : 1573-8.

30 Palascak-Juif V, Bouvier AM, Cosnes J, Flourié B, Bouché O, Cadiot G, et al. Small bowel adenocarcinoma in patients with Crohn’s disease compared with small bowel adenocarcinoma de novo. Inflamm Bowel Dis 2005 ; 11 : 828-32.

31 Baecklund E, Ekbom A, Sparen P, Feltelius N, Klareskog L. Disease activity and risk of lymphoma in patients with rheumatoid arthritis : nested case-control study. BMJ 1998 ; 317 : 180-1.

32 Askling J, Brandt L, Lapidus A, Karlen P, Bjorkholm M, Lofberg R, et al. Risk of haematopoietic cancer in patients with inflammatory bowel disease. Gut 2005 ; 54 : 617-22.

33 Kandiel A, Fraser AG, Korelitz BI, Brensinger C, Lewis JD. Increased risk of lymphoma among inflammatory bowel disease patients treated with azathioprine and 6-mercaptopurine. Gut 2005 ; 54 : 1121-5.

34 Ljung T, Karlen P, Schmidt D, Hellstrom PM, Lapidus A, Janczewska I, et al. Infliximab in inflammatory bowel disease : clinical outcome in a population based cohort from Stockholm County. Gut 2005 ; 53 : 849-53.

35 Biancone L, Orlando A, Kohn A, Colombo E, Sostegni R, Angelucci E, et al. Infliximab and newly diagnosed neoplasia in Crohn’s disease : a multicentre matched pair study. Gut 2006 ; 55 : 228-33.

36 Masala G, Bagnoli S, Ceroti M, Saieva C, Trallori G, Zanna I, et al. Divergent patterns of total and cancer mortality in ulcerative colitis and Crohn’s disease patients : the Florence IBD study 1978-2001. Gut 2004 ; 53 : 1309-13.

37 Sjodahl RI, Myrelid P, Soderholm JD. Anal and rectal cancer in Crohn’s disease. Colorectal Dis 2003 ; 5 : 490-5.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]