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La colographie TDM permet-elle d’élargir la compliance au dépistage du cancer colorectal ?


Hépato-Gastro. Volume 13, Numéro 6, 405-7, Novembre-Décembre 2006, Éditorial

DOI : 10.1684/hpg.2006.0028


Auteur(s) : Dominique Lamarque, Frédéric Prat , Service d’Hépato-Gastroentérologie, Hôtel-Dieu et hôpital Cochin, Paris.

ARTICLE

Auteur(s) : Dominique Lamarque, Frédéric Prat

Service d’Hépato-Gastroentérologie, Hôtel-Dieu et hôpital Cochin, Paris

Le cancer colorectal (CCR) est fréquent. Il est au premier rang des cancers dans l’Union européenne et en France, avec le cancer du sein. Parmi 10 000 Français âgés de plus de 50 ans, 50 ont un CCR asymptomatique. Il s’agit d’une affection grave puisque seul un malade sur 2 en guérit. Le CCR est ainsi responsable de 16 000 décès annuels en France et plus de 36 000 nouveaux cas sont détectés chaque année [1].Pourtant, la séquence qui conduit de la lésion précancéreuse (l’adénome) au cancer est longue, et les malades ayant un cancer limité à la paroi digestive – sans extension ganglionnaire ou métastatique distante – ont la même espérance de vie que les sujets non atteints de leur génération [2]. La possibilité de prévenir la survenue du cancer par la détection et l’exérèse des adénomes est parfaitement établie [3]. La possibilité de réduire la mortalité par cancer colorectal en appliquant une politique de dépistage et de destruction précoce des lésions tumorales est également démontrée lorsque des conditions favorables à un dépistage efficace sont réunies [1]. L’une de ces conditions est une bonne adhésion de la population cible, ce qui implique que la méthode diagnostique utilisée ait une bonne acceptabilité. Il a ainsi été montré que la mortalité par CCR pourrait être réduite de 40 % si la population générale adhérait à 100 % à la politique de dépistage mise en œuvre, alors que la baisse de mortalité ne serait que de 4 % si l’acceptabilité n’était que de 10 % [1].On distingue 3 catégories de personnes exposées au risque de CCR :
  • les personnes à risque moyen sont les hommes ou femmes âgés de plus de 50 ans, sans antécédents personnels ou familiaux d’adénome ou de CCR et sans affection prédisposante. Actuellement, la politique de dépistage de masse destinée à cette population s’oriente en France vers des tests de réalisation simple et peu coûteuse, comme la détection d’un saignement occulte par un examen de selles (Hemocult II) [4-6].
  • les personnes à risque très élevé de CCR, en raison d’un contexte génétique familial. La prise en charge de ces patients comporte souvent une colectomie prophylactique et le dépistage et le suivi de ces malades sont basés sur l’exploration endoscopique par rectosigmoïdoscopie ou coloscopie totale.
  • une troisième catégorie de personnes est constituée de sujets à risque dit « élevé », soit en raison d’antécédents familiaux au 1er degré de CCR, soit en raison d’antécédents personnels d’adénomes colorectaux ou de CCR. Le risque cumulé de CCR chez ces sujets est d’environ 10 % [7]. Dans ces deux sous-populations, les travaux les plus récents montrent que le risque le plus significatif est représenté par les adénomes dits « à risque » ou « avancés » (« advanced adenoma » de la littérature de langue anglaise). Au contraire, les lésions uniques et de petite taille, même adénomateuses, ont une faible évolutivité, et ne semblent pas justifier une politique de surveillance régulière [8-10]. Les adénomes à risque sont les adénomes de plus de 10 mm de diamètre, les adénomes multiples quelle qu’en soit la taille, les adénomes à composante villeuse ou comportant un foyer de dysplasie de haut grade ou de carcinome in situ. Les sujets ayant des antécédents personnels d’adénome à risque et les sujets ayant des antécédents familiaux de CCR conformes aux critères précédemment cités ont un risque plus élevé que les autres de présenter pour la première fois ou de développer de nouveaux adénomes à risque ou un cancer [11]. Ce risque est diversement apprécié dans la littérature et suivant le type d’étude considéré. Dans l’une des plus importantes cohortes (1 287 malades ayant tous eu une coloscopie 3 ans après résection d’au moins un adénome), une récidive était observée chez 48 % des malades ; 23 % de ces récidives étaient des adénomes avancés, représentant 11,3 % des malades [12].
La méthode diagnostique de référence du CCR et des adénomes est la vidéocoloscopie totale, mais cet examen présente des inconvénients qui en limitent l’acceptabilité. Ces inconvénients sont la préparation du côlon (« purge ») qui est source d’inconfort, mais surtout la nécessité d’une anesthésie et d’une hospitalisation courte. La compliance dans les délais prescrits aux examens de surveillance proposés après exérèse de polypes adénomateux du colon ne dépasse pas 80 % [13, 14]. Chez les sujets ayant des antécédents familiaux à risque élevé, la compliance à un premier dépistage proposé aux apparentés au 1er degré des malades atteints de CCR est d’environ 40 %, hommes et femmes confondus [15]. Or, près de 20 % des cas de CCR surviennent au sein de ces sous-populations à risque élevé. C’est notamment au sein de ces sous-groupes qu’une part de la baisse de mortalité par CCR pourrait être obtenue, sous réserve d’une bonne efficacité de la politique de dépistage des lésions chez ces sujets [14, 16]. Les recommandations actuelles de surveillance chez ces sujets figurent en annexe.L’amélioration du dépistage individuel du CCR dans la population à risque élevé est donc nécessaire. La colographie par tomodensitométrie (colo-TDM) est une méthode nouvelle d’exploration colique [17-21]. Apparue au milieu des années 1990, elle a connu d’importants progrès technologiques, directement liés aux progrès des scanners mis sur le marché (scanner hélicoïdaux multidétecteurs), permettant des temps d’acquisition courts, une haute définition par des coupes très fines, ainsi qu’une amélioration de la sensibilité et de la spécificité grâce à des progrès logiciels et méthodologiques [22]. Les études les plus récentes montrent que les performances diagnostiques de la colo-TDM sont désormais très voisines de celles de la vidéocoloscopie pour les lésions coliques significatives, c’est-à-dire de taille supérieure à 6 mm (à l’exception des lésions dites planes, qui demeurent mal évaluées aussi bien par coloscopie conventionnelle que, très probablement, par colo-TDM) [23, 24].La colo-TDM se distingue de la vidéocoloscopie par l’absence d’anesthésie et par son caractère non invasif, qui peuvent favoriser son acceptabilité. En revanche, la technique actuellement validée de colo-TDM (pour une performance diagnostique équivalente à celle de la vidéocoloscopie) requiert, comme la coloscopie, une préparation intestinale. Une technique de colo-TDM sans préparation colique, basée sur l’utilisation de logiciels de traitement d’images avec soustraction des selles, pourrait sans aucun doute améliorer l’acceptabilité de l’exploration intestinale. De telles techniques sont actuellement en développement, mais n’ont pas fait la preuve de performances équivalentes à celles de la coloscopie. Par ailleurs, la dose de radiation délivrée au cours d’une colo-TDM était de 1,1 rem dans les travaux rapportés en 1999 [25]. Cette dose était supérieure à celle du lavement baryté (0,6 rem) mais inférieure à celle d’un scanner abdominal (1,5 rem). Les évolutions récentes conduisent à de sensibles réductions de doses sans préjudice des performances diagnostiques [26, 27].Les données précédentes conduisent à envisager dès maintenant l’étude de l’intérêt de la colo-TDM en termes non plus de performances diagnostiques mais d’efficacité pour le dépistage des adénomes et cancers colorectaux. Comme on l’a vu, l’efficacité est directement liée à la compliance aux examens proposés. Les performances diagnostiques de la coloscopie et de la colographie-TDM étant réputées équivalentes pour les lésions de taille significative (6 mm) [23, 24], le nombre de lésions significatives décelées doit être une fonction linéaire de l’acceptabilité des méthodes. Il paraît nécessaire d’évaluer l’acceptabilité, définie comme compliance à la méthode proposée dans une population à risque élevé, de la colo-TDM par rapport à la vidéocoloscopie sous anesthésie.

Références

1 Faivre-Finn C, Bouvier-Benhamiche AM, Phelip JM, Manfredi S, Dancourt V, Faivre J. Colon cancer in France : evidence for improvement in management and survival. Gut 2002 ; 51 : 60-4.

2 Arveux I, Boutron MC, El Mrini T, Arveux P, Liabeuf A, Pfitzenmeyer P, et al. Colon cancer in the elderly : evidence for major improvements in health care and survival. Br J Cancer 1997 ; 76 : 63-7.

3 Winawer SJ, Zauber AG, Ho MN, O’Brien MJ, Gottlieb LS, Sternberg SS, et al. Prevention of colorectal cancer by colonoscopic polypectomy. The National Polyp Study Workgroup. N Engl J Med 1993 ; 329 : 1977-81.

4 Verne JE, Aubrey R, Love SB, Talbot IC, Northover JM. Population based randomized study of uptake and yield of screening by flexible sigmoidoscopy compared with screening by faecal occult blood testing. BMJ 1998 ; 317 : 182-5.

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6 Winawer S, Fletcher R, Rex D, Bond J, Burt R, Ferrucci J, et al. Colorectal cancer screening and surveillance : clinical guidelines and rationale-Update based on new evidence. Gastroenterology 2003 ; 124 : 544-60.

7 Yamaji Y, Mitsushima T, Ikuma H, Watabe H, Okamoto M, Kawabe T, et al. Incidence and recurrence rates of colorectal adenomas estimated by annually repeated colonoscopies on asymptomatic Japanese. Gut 2004 ; 53 : 568-72.

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13 Lund JN, Scholefield JH, Grainge MJ, Smith SJ, Mangham C, Armitage NC, et al. Risks, costs, and compliance limit colorectal adenoma surveillance : lessons from a randomised trial. Gut 2001 ; 49 : 91-6.

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16 Dunlop MG. Guidance on large bowel surveillance for people with two first degree relatives with colorectal cancer or one first degree relative diagnosed with colorectal cancer under 45 years. Gut 2002 ; 51(Suppl 5) : V17-V20.

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27 Vogt C, Cohnen M, Beck A, vom Dahl S, Aurich V, Modder U, et al. Detection of colorectal polyps by multislice CT colonography with ultra-low-dose technique : comparison with high-resolution videocolonoscopy. Gastrointest Endosc 2004 ; 60 : 201-9.


 

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