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Prise en charge d’une hémorragie digestive basse sévère


Hépato-Gastro. Volume 13, Numéro 5, 335-44, Septembre-Octobre 2006, Mini-revue


Résumé  

Auteur(s) : Gilles Lesur , Fédération des Spécialités Digestives, hôpital Ambroise Paré, 92104 Boulogne Cedex.

Résumé : Environ une hémorragie digestive sur 5 est une hémorragie basse provenant d’une lésion située au-delà de l’angle de Treitz. La prise en charge des hémorragies basses, moins codifiée et validée que celle des hémorragies hautes, est plus complexe. Même si les hémorragies basses sont généralement moins graves que les hautes, certaines sont sévères car persistantes ou récidivantes à court terme et c’est surtout dans ces cas que des explorations en urgence sont nécessaires. Le choix des méthodes diagnostiques, ainsi que leur chronologie, sera avant tout fonction de la présentation clinique, le but étant toujours d’identifier et de localiser la lésion responsable dès que possible. Les méthodes à préférer sont la coloscopie totale après préparation et en cas d’hémorragie massive l’artériographie, après avoir éliminé une hémorragie haute à présentation trompeuse. Même si les données objectives manquent encore, il y a probablement une place pour la tomodensitométrie en urgence au moins chez certains de ces malades. La coloscopie n’a pas pour seul but de mettre en évidence une lésion du côlon, en cause dans 90 % des hémorragies basses, mais aussi de réaliser si possible un traitement hémostatique, très souvent efficace à court terme au moins, en cas d’hémorragie active ou de lésion dont la responsabilité est certaine ou très probable. La réalisation précoce de la coloscopie, qui augmente les chances de faire un diagnostic de certitude de la cause de l’hémorragie, ne modifie toutefois pas le pronostic, surtout fonction du terrain et de la gravité de l’épisode. A distance et en l’absence de traitement spécifique, il existe un risque de récidive hémorragique élevé. La mortalité globale des hémorragies digestives basses est d’environ 5 %.

Mots-clés : hémorragie digestive basse, coloscopie, artériographie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Gilles Lesur

Fédération des Spécialités Digestives, hôpital Ambroise Paré, 92104 Boulogne Cedex

L’hémorragie digestive basse (HDB) est par définition et convention en rapport avec le saignement d’une lésion située au-delà de l’angle de Treitz. D’origine colique dans environ 90 % des cas et alors le plus souvent diagnostiquées par la coloscopie, les HDB sont dans 10 % des cas environ en rapport avec une lésion de l’intestin grêle, souvent plus difficile à mettre en évidence. La multiplicité des causes d’HDB et le caractère invasif de la coloscopie font que la prise en charge des HDB est moins bien codifiée que celle des hémorragies digestives hautes. Comme la plupart des hémorragies digestives, l’évolution des HDB, au moins d’origine colique, se fait le plus souvent vers l’arrêt spontané. Certaines HDB, parce qu’elles persistent ou récidivent à court terme, sont des HDB sévères et posent un problème diagnostique et thérapeutique urgent et délicat. C’est surtout dans de telles circonstances que l’on sera parfois amené à utiliser d’autres méthodes diagnostiques que la coloscopie, au premier rang desquelles l’imagerie, diagnostique parfois ou plus souvent interventionnelle avec embolisation, voire plus rarement à discuter une chirurgie d’exérèse.

Prise en charge initiale

Elle a pour objectif de répondre simultanément à plusieurs questions : l’hémorragie est-elle abondante ? S’agit-il bien d’une HDB ? L’hémorragie persiste-t-elle ? La réponse à la première question est fournie par l’appréciation du retentissement clinique (fréquence cardiaque, pression artérielle, signes de choc hémorragique) et biologique (numération globulaire) en sachant que la présentation initiale cataclysmique est rare, seulement 10 % des HDB étant associées à un état de choc, 30 % à une hypotension orthostatique et environ la moitié à une chute de l’hémoglobine [1]. En revanche, reconnaître une HDB et notamment la différencier d’une hémorragie haute à présentation atypique n’est pas toujours simple. En effet, le classique schéma rectorragie = hémorragie basse et méléna = hémorragie haute est souvent pris en défaut. D’un point de vue sémiologique, l’hémorragie basse s’extériorise le plus souvent sous la forme d’une rectorragie, c’est-à-dire par une émission de sang rouge vif par l’anus et ce d’autant plus que la cause est située dans la partie distale du côlon. Toutefois, une hémorragie haute abondante peut se présenter sous forme de rectorragies massives de sang rouge [1]. Le méléna, souvent lié à une cause haute d’hémorragie, est également le symptôme le plus souvent présent en cas de lésion hémorragique du grêle ou du côlon droit. Enfin, l’association de sang noir et de sang rouge, ou plus souvent la présence de sang mêlé, lie-de-vin (rouge violacé), peut rendre impossible la reconnaissance clinique du siège présumé de l’hémorragie. Le diagnostic différentiel des hémorragies hautes et basses par l’interrogatoire a montré ses limites, y compris après comparaison avec des échantillons de couleur, chez les malades mais également chez les médecins [2]. La seule exception est l’émission franche de sang rouge vif bien corrélé à la présence d’une lésion colique distale. L’aspect de l’hémorragie à la phase toute initiale de l’épisode est probablement l’élément le plus fiable quant à la localisation de la lésion responsable [2].

Qu’est ce qu’une hémorragie basse sévère ?

Il n’y a pas de définition incontestable d’une HDB sévère. Deux travaux récents montrent qu’un saignement extériorisé persistant dans les premières heures après l’admission, un hématocrite inférieur ou égal à 35 % et la persistance d’une instabilité hémodynamique dans les premières heures sont des facteurs de sévérité [3, 4](tableau 1)( Tableau 1 ). Dans l’un de ces travaux, un examen abdominal normal est également un facteur de gravité, sans doute parce qu’il plaide plutôt en faveur d’une hémorragie diverticulaire, en cause dans la majorité des épisodes les plus sévères [4]. C’est donc surtout l’évolution dans les premières heures qui va permettre de différencier une HDB non sévère et spontanément interrompue (c’est le cas d’environ 80 à 90 % des HDB d’origine colique) d’une HDB sévère. On peut donc considérer qu’une HDB est sévère soit parce qu’elle est massive avec une hypovolémie symptomatique persistante, éventualité rare, soit plus souvent parce qu’elle persiste dans les premières heures suivant l’admission. La survenue de l’hémorragie sur un terrain défavorable, sujets âgés et/ou déjà hospitalisés avec comorbidité, constitue également un facteur de gravité comme de mauvais pronostic [5-6].

Cette évaluation initiale doit être menée conjointement au recueil des données cliniques susceptibles d’orienter le diagnostic étiologique : âge, antécédents d’HDB, notion de diverticulose colique, contexte de survenue de l’hémorragie, prise de médicaments, etc. A l’issue de cette première étape et une fois prises les mesures symptomatiques nécessaires (abord veineux, lutte contre l’hypovolémie, la douleur), dans la grande majorité des cas, l’hémorragie, en règle générale peu abondante, s’est interrompue spontanément. Il faudra mettre à profit cette évolution pour faire dans les 24 premières heures une coloscopie totale, en particulier lorsque l’hémorragie a été abondante car le risque de récidive hémorragique est alors élevé, au moins en cas d’hémorragie diverticulaire [7]. Plusieurs travaux montrent que la réalisation précoce de la coloscopie augmente les chances de poser un diagnostic de certitude quant à la cause de l’épisode, toutefois sans en modifier le pronostic [8-11]. Plus rarement, l’hémorragie est sévère, c’est-à-dire avant tout persistante, cas de figure que nous allons maintenant évoquer en détail.
Tableau 1 Facteurs de sévérité d’une hémorragie basse en analyse multivariée.

D’après [4]

D’après [3]

Fréquence cardiaque ≥ 100

Hématocrite initial ≤ 35 %

TAS ≤ 115 mm de Hg

Présence signes vitaux une heure après arrivée

Syncope

Grandes quantités de sang au TR initial

Abdomen souple

Hémorragie extériorisée dans les 4 premières heures

Prise d’aspirine

Présence de plus de 2 pathologies associées

Diagnostic d’une hémorragie digestive basse sévère

Dans un premier temps, il importe de ne pas méconnaître une cause proctologique ou rectale basse et l’interrogatoire doit rechercher un facteur traumatique, notamment chez le sujet âgé (manœuvres endorectales plus souvent qu’ulcération thermométrique en voie de disparition). Le toucher rectal est rarement contributif et il est exceptionnel qu’une étiologie distale soit source d’une HDB sévère. De même, une cause d’hémorragie digestive haute ne doit pas être méconnue. En effet, l’émission de sang rouge par l’anus peut être liée à une lésion digestive haute lorsque l’abondance du saignement entraîne une accélération du temps de transit intestinal [12]. Il s’agit toujours d’hémorragies massives le plus souvent en rapport avec une hypertension portale ou un ulcère de la face postérieure du bulbe avec rupture de l’artère gastroduodénale. Chez un patient ayant un antécédent de cure chirurgicale d’anévrysme aortique, une fistule aorto-duodénale doit être systématiquement évoquée ( (figure 1) ). La simple mise en place d’une sonde nasogastrique ne permet pas d’éliminer avec certitude un saignement actif d’origine œsogastroduodénale. La recherche d’une cause haute par l’endoscopie œsogastroduodénale est donc indispensable chez tous les malades ayant une HDB sévère, en particulier en cas d’état de choc hypovolémique et/ou de besoins transfusionnels élevés [1]. Cette endoscopie peut être réalisée après la coloscopie si celle-ci n’est pas contributive ou de principe avant la coloscopie (tableau 2)( Tableau 2 ).

Les principales méthodes diagnostiques utilisables pour le diagnostic d’une HDB sévère sont la rectosigmoïdoscopie, la coloscopie, la tomodensitométrie abdominopelvienne avec injection et l’artériographie mésentérique. La rectosigmoïdoscopie peut être réalisée en urgence, sans anesthésie, chez un malade non à jeun et, en cas d’hémorragie abondante, certains la réalisent sans lavement évacuateur. Toutefois, son intérêt est limité par sa tolérance habituellement médiocre dans ce contexte de l’urgence, le caractère souvent imparfait de la préparation et par sa faible rentabilité de l’ordre de 10 % [1]. De plus, ses risques dans de telles conditions sont mal évalués et la découverte d’une lésion dans le rectum ou le côlon gauche ne permet pas d’éliminer une lésion hémorragique synchrone du côlon d’amont. Cette rectosigmoïdoscopie en urgence sera donc le plus souvent suivie d’une coloscopie totale. Toutes ces raisons font que cet examen, sauf cas particulier, ne devrait plus être utilisé dans ce contexte. Et ce d’autant que de nombreux travaux ont montré qu’une coloscopie totale après préparation est réalisable précocement et en première intention dans la prise en charge des HDB abondantes [1, 8-12]. Dans cette optique, l’objectif est à la fois diagnostique et thérapeutique [13-15]. Toutefois, cette attitude ne peut être envisagée que chez un malade hémodynamiquement stable. Les différences de performance de la coloscopie dans ce contexte sont liées aux délais variables de réalisation de la coloscopie, aux critères de diagnostic positif retenus et à la définition des complications. De plus, la sévérité des HDB n’apparaît pas toujours clairement en tant que telle. Dans la plupart de ces travaux, la préparation colique repose sur l’administration, si possible per os, en 3 à 6 heures, de 3 à 6 litres de polyéthylène-glycol, au mieux jusqu’à obtention d’un effluent rectal sans selles ni caillot [12]. Ce type de préparation, souvent considérée à tort comme agressive, est associée à un taux faible, voire nul, de coloscopie incomplète [12]. Dans certains cas, on peut préférer une administration à l’aide d’une sonde nasogastrique. En cas de préparation insuffisante, on peut utiliser des pompes de lavage à l’eau permettant un nettoyage permanent par le canal opérateur de l’endoscope. Dans ces conditions, une coloscopie totale est réalisable environ 9 fois sur 10. Indépendamment de la gravité de l’hémorragie, la rentabilité diagnostique globale de la coloscopie dans les 6 à 24 premières heures est comprise entre 42 % et 97 % et le taux de complications est le plus souvent faible. Elle est d’autant plus élevée que la coloscopie est réalisée tôt ce qui n’augmente pas la morbidité [1, 8]. Un geste d’hémostase endoscopique est plus fréquemment réalisé lorsque la coloscopie est précoce [13-15]. L’ensemble de ces résultats est vraisemblablement transposable dans le sous-groupe des HDB sévères.

Les informations susceptibles d’être fournies par la coloscopie sont nombreuses : caractère actif ou non de l’hémorragie, cause du saignement, présence de signes endoscopiques de saignement récent (vaisseau visible non hémorragique, caillot adhérent), sang frais dans un segment du côlon, présence de sang dans le côlon et absence de sang au niveau de l’iléon (tableau 3)( Tableau 3 ) (figures 2, 3). La responsabilité d’une lésion colique objectivée en coloscopie est certaine s’il existe un saignement actif ou des stigmates d’hémorragie récente au niveau de cette lésion. Le risque de récidive hémorragique est élevé en présence de signes endoscopiques de saignement [16]. En revanche, en présence de sang frais au contact d’une lésion qui a cessé de saigner ou en présence d’une lésion ne saignant pas sans autre cause, notamment haute, l’hémorragie est considérée comme probablement d’origine colique ( (figure 4) ). La présence de sang dans un segment donné du côlon n’a qu’une valeur localisatrice relative, une lésion colique basse pouvant en cas de saignement abondant inonder l’ensemble du côlon. En cas de saignement abondant, la présence de sang sur l’ensemble de la muqueuse colique a peu de valeur informative. Si possible, la coloscopie doit s’attacher à explorer les derniers centimètres de l’iléon. La présence de sang dans le côlon en l’absence de sang dans l’iléon est en faveur d’une cause colique et à l’inverse la présence de sang provenant de l’iléon dans le côlon est en faveur d’une cause intestinale ou haute d’hémorragie.

Lorsque la coloscopie est non contributive ou impossible et l’hémorragie abondante et persistante, l’artériographie digestive avec cathétérisme global puis sélectif des artères mésentériques inférieure et supérieure est l’examen de choix. On considère généralement qu’un débit sanguin de 0,5 à 1 mL/min est nécessaire pour que le saignement soit visible à l’artériographie. Une revue de la littérature publiée en 1998 à partir de 14 essais regroupant 764 malades avait estimé la sensibilité de l’artériographie dans les HDB à environ 50 % [1]. Lorsque l’on réserve cette méthode à des hémorragies certainement actives, la sensibilité est d’environ 70 % [17]. Il s’agit d’une méthode invasive à la morbidité non négligeable, d’environ 10 %. En cas de positivité de l’artériographie, l’embolisation supra-sélective permet l’arrêt initial de l’hémorragie dans environ 90 % des cas. Le risque d’ischémie colique post-embolisation symptomatique avec ce type d’embolisation distale est le plus souvent quasiment nul, mais parfois aussi plus élevé. En revanche, il existe un risque de récidive hémorragique d’environ 15 % qui peut imposer une chirurgie d’hémostase [1, 17-19]. Dans certains cas, si la situation hémodynamique est correcte et donc que l’artériographie a des risques d’être non contributive, on peut préférer la réalisation d’une tomodensitométrie abdominopelvienne, voire d’un entéroscanner en cas de suspicion d’une origine grêlique du saignement. En effet, il a été rapporté que la scanographie hélicoïdale dans les 24 premières heures chez des malades ayant une HDB sans cause trouvée après une endoscopie haute et une coloscopie sans préparation permettait plus d’une fois sur 2 de localiser le saignement au niveau du côlon ou du grêle et dans 30 % des cas de mettre en évidence la cause de l’hémorragie [20]. D’autres données plus ponctuelles confirment l’intérêt de la tomodensitométrie à la phase aiguë des HDB : elle peut faire le diagnostic d’une tumeur de l’intestin grêle [21, 22] ou montrer un saignement actif et son origine colique ou iléale [23, 24]. Elle pourrait également participer au diagnostic d’angiodysplasie colique au moins dans certaines formes radiologiquement décelables et aider à sélectionner les patients pour lesquels l’artériographie digestive va être contributive [25]. Les techniques scintigraphiques sont d’intérêt limité dans ces situations urgentes [26]. Dans la « vraie vie », la présentation clinique a une influence majeure sur le choix de l’examen réalisé en première intention [27]. Ainsi, un saignement persistant et une hypovolémie débouchent le plus souvent d’emblée sur une exploration artériographique. Il reste à mieux définir la place éventuelle du scanner en urgence car pour l’instant aucun travail n’a comparé la réalisation première d’un scanner à celle d’une artériographie et/ou de la coloscopie dans les HDB sévères.

En cas d’hémorragie active et d’échec de l’embolisation, un geste chirurgical doit être discuté, classiquement à partir de 4 culots globulaires en 24 heures ou au-delà de 10 culots au total [1]. En cas d’hémorragie colique comme d’hémorragie intestinale, il faut faire le maximum pour localiser le saignement, idéalement en préopératoire, sinon en peropératoire. En effet, un diagnostic topographique précis de l’HDB colique en préopératoire diminue la mortalité et la morbidité postopératoires des colectomies segmentaires et totales [1]. Dans cette optique, la réalisation d’une coloscopie peropératoire peut être nécessaire. L’entéroscanner est une méthode très sensible pour le diagnostic de tumeur du grêle, y compris en cas de lésion de petite taille mais sa réalisation en urgence peut poser problème [28]. On ne dispose d’aucune donnée sur la place de l’entéroscopie à double ballon en urgence pour les diagnostics des HDB sévères d’origine intestinale. Il est néanmoins vraisemblable qu’elle va s’imposer progressivement dans cette indication comme dans les saignements chroniques d’origine intestinale. Les principales causes d’HDB coliques sont récapitulées dans le tableau 4( Tableau 4 ).
Tableau 2 Attitude pratique en présence d’une hémorragie digestive basse sévère.
Tableau 3 Critères endoscopiques de diagnostic d’une hémorragie colique.

Hémorragie active

Vaisseau visible non hémorragique

Caillot adhérent

Sang frais dans un segment localisé du côlon

Ulcération diverticulaire avec sang frais à proximité

Absence de sang frais dans l’iléon avec sang frais dans le côlon


Tableau 4 Principales causes coliques d’hémorragies digestives basses.

Diverticuloses coliques

Angiodysplasies coliques

Tumeurs bénignes et malignes primitives

Polypectomies endoscopiques

Colites inflammatoires, médicamenteuses, infectieuses

Causes vasculaires : colite ischémique, rectite radique, fistule aorto-colique

Causes proctologiques : hémorroïdes internes, fissure anale, ulcère solitaire du rectum, lésions traumatiques

Tumeurs malignes secondaires

Causes rares : ulcération de Dieulafoy, maladies systémiques, fistule bilio-digestive, endométriose, varices coliques et rectales, tumeurs et malformations vasculaires

Traitement endoscopique des hémorragies basses sévères

De plus en plus de travaux montrent l’intérêt du traitement endoscopique des HDB. La morbidité de ce type de traitement est faible ou nul. La probabilité de pouvoir réaliser un traitement endoscopique augmente en cas de réalisation précoce de la coloscopie [1].

Les hémorragies diverticulaires, qui sont en cause dans environ 40 % des HDB, sont accessibles à un geste endoscopique, notamment car le saignement provient habituellement d’un seul diverticule [1]. Il n’a jamais été montré de manière incontestable que les diverticules du côlon droit étaient plus souvent responsables d’hémorragies, notamment graves, que ceux siégeant dans le côlon gauche [29]. La présence à la coloscopie en urgence de signes endoscopiques de saignement est seule susceptible d’affirmer un lien de causalité certain entre l’épisode hémorragique et la diverticulose colique. Dans le travail de Jensen et al. [30] qui a étudié prospectivement 48 malades dans les 12 heures suivant l’admission, la coloscopie mettait en évidence une hémorragie active, un aspect de vaisseau visible non hémorragique ou de caillot adhérent dans respectivement 5, 2 et 3 cas, soit 20 % des cas. Aucune récidive hémorragique ne survenait dans un délai moyen de 30 mois chez ces malades traités par voie endoscopique. Un traitement hémostatique par voie endoscopique n’est envisageable que si la certitude de l’origine diverticulaire du saignement est acquise [30-32].

Les angiodysplasies digestives sont responsables de 3 % à 12 % des HDB [33]. Environ 15 % des angiodysplasies digestives du côlon ou de l’intestin grêle sont révélées par une HDB aiguë extériorisée, même si la présentation sous forme d’anémie ferriprive est beaucoup plus fréquente [1]. Les HDB extériorisées sont sévères dans 15 % des cas et surviennent parfois chez des sujets jeunes suggérant qu’il existe des formes de physiopathologie différente [1]. Le diagnostic est le plus souvent fait par la coloscopie mais il est rare de constater un saignement actif au moment de la coloscopie [1]. Une scanographie hélicoïdale avec acquisition au temps artériel a récemment été proposée comme méthode non invasive et spécifique de diagnostic mais la sensibilité de la méthode n’est que de 70 % [25]. De plus, cette méthode n’a pas été spécifiquement étudiée à la phase hémorragique. L’hormonothérapie étant inefficace, le traitement de référence des angiodysplasies hémorragiques est la coagulation au plasma argon qui doit être débutée dès que possible afin d’éviter les fréquentes récidives en l’absence de traitement [34-36]. Il en est de même pour la rectite radique hémorragique [37].

Les hémorragies dans les suites d’une polypectomie compliquent entre 1 à 6 % des polypectomies et représentent dans certains travaux jusqu’à 6 % des causes d’HDB [38]. Les hémorragies immédiates qui sont traitées au moment de leur survenue ne sont pas sévères. De même, les hémorragies retardées sont généralement peu sévères même si dans certains rares cas des transfusions, en particulier chez le sujet âgé, une embolisation, voire une colectomie d’hémostase sont nécessaires [39]. Le traitement des HDB graves dans les suites d’une polypectomie est d’abord endoscopique : injections d’adrénaline, pose de clips ou d’une Endoloop® ou coagulation au plasma argon. Les clips sont particulièrement bien adaptés aux hémorragies dans les suites d’une mucosectomie. La supériorité de l’association de plusieurs méthodes hémostatiques n’est pas démontrée. Les polypes coliques peuvent être source d’HDB mais elles sont rarement sévères ( (figure 5) ).

Les HDB abondantes sont rares au cours des MICI mais plus fréquentes en cas de maladie de Crohn qu’au cours de la rectocolite hémorragique [40, 41]. Au cours de la maladie de Crohn, les HDB les plus sévères sont habituellement d’origine colique. Une HDB sévère peut être révélatrice de la maladie [1]. Si la cause de l’hémorragie est localisée, un traitement endoscopique peut être utilisé avec succès [1, 31, 41]. Récemment, l’infliximab a été utilisé avec succès dans 2 cas d’HDB sévères au cours d’une maladie de Crohn [42]. Les ulcérations du rectum, quelles que soient leurs causes (traumatisme, constipation, ulcère solitaire) sont une cause connue d’HDB abondante. En présence de signes endoscopiques de saignement, le risque de récidive hémorragique est élevé [43]. Des cas d’HDB sévères ont été rapportés en présence de varices coliques ou rectales avec ou sans hypertension portale, de tumeurs stromales, d’ulcération de Dieulafoy, qui siège dans 5 % des cas au niveau du côlon, de diverticule isolé du côlon droit, d’envahissement colique d’une tumeur hépatique ou rénale, de tuberculose intestinale, de lymphome colique, d’hémangiome caverneux du côlon [44-46].

Les colites ischémiques postopératoires

Elles sont une cause fréquente d’HDB sévère chez des sujets hospitalisés [5, 47]. L’hémorragie est associée à des douleurs abdominales et à de la diarrhée. Elles surviennent chez des malades vasculaires et notamment en cas d’intervention en urgence, de clampage aortique de longue durée et d’artériopathie digestive [1]. La coloscopie, toujours prudente, montre souvent dès le sigmoïde des ulcérations longitudinales parfois confluentes ou à l’emporte pièce, voire un aspect noir ou grisâtre du côlon avec hématomes en faveur d’une ischémie sévère ( (figure 6) ). La scanographie abdominopelvienne pouvait être une méthode non invasive, sensible et relativement spécifique pour le diagnostic de colite ischémique grave [48]. Toutefois, hormis la présence d’air dans la paroi colique toujours associée à une nécrose transmurale du côlon, aucun aspect scanographique ne semble être prédictif d’une évolution défavorable. On peut rapprocher de ces colites ischémiques, les exceptionnelles fistules aorto-coliques ou aorto-entériques qu’il importe d’évoquer systématiquement lorsque les antécédents et/ou le terrain rendent ce diagnostic plausible [49, 50].

Les hémorragies de cause intestinale

Environ 10 % des HDB sont en rapport avec une lésion du grêle [1](tableau 5)( Tableau 5 ). L’évolution de l’hémorragie ne se fait vers l’arrêt spontané que dans environ 30 % des cas [51]. L’artériographie, l’embolisation voire un geste chirurgical avec endoscopies peropératoires peuvent être nécessaires en cas d’hémorragie abondante [1]. Les lésions le plus souvent en cause sont les angiodysplasies et les tumeurs malignes primitives, notamment stromales, ou secondaires du grêle [51]. Les ulcérations notamment au cours de la maladie de Crohn ou d’origine médicamenteuse et le diverticule de Meckel sont des causes classiques [1]. D’autres causes exceptionnelles ont été rapportées : diverticulose jéjunale ou iléale, ulcération de Dieulafoy, qui siège dans 1 % des cas dans le jéjunum ou l’iléon, varices iléales, ulcération jéjunale à cytomégalovirus, tumeur métastatique ou vasculaire du grêle [1]. Les causes intestinales nécessitent souvent de multiples explorations à visée diagnostique et des transfusions répétées [51]. En dehors des hémorragies graves qu’il est parfois nécessaire d’opérer, le diagnostic étiologique peut être aidé par l’entéroscanner, l’entéroscopie à double ballon et la vidéo-capsule [52].
Tableau 5 Principales causes grêliques d’hémorragies digestives basses.

Angiodysplasies

Tumeurs malignes (lymphomes, carcinoïdes, adénocarcinomes, métastases), stromales et bénignes

Ulcérations du grêle (AINS, MICI, Zollinger-Ellison)

Diverticules de Meckel, duodénal, jéjunal, iléal

Causes rares : fistules aorto-entériques, ulcérations de Dieulafoy, varices intestinales, maladies systémiques, tumeurs vasculaires, maladies systémiques

Pronostic

La mortalité des HDB communautaires d’origine colique toutes gravités confondues est d’environ 5 % et liée à la comorbidité plus qu’à l’épisode hémorragique [1, 15]. Cette mortalité augmente avec l’âge et est plus élevée en cas d’hémorragie survenue chez un malade hospitalisé où elle atteint parfois 60 % [5, 6, 47]. Le pourcentage de malades opérés est au maximum d’environ 10 % [1]. Le pronostic des HDB sévères est moins bon avec 20 % d’évolution défavorable (décès, décompensation d’une tare préexistante, hospitalisation prolongée) [3]. En l’absence de traitement radical et pour les hémorragies diverticulaires, le risque de récidive hémorragique est de 10 % à 2 ans et de 25 % à 4 ans [15, 53]. Le risque de récidive hémorragique est plus élevé chez les sujets âgés sans doute avant tout car ils sont moins souvent traités de manière radicale [6]. L’utilisation d’un score pronostique incluant l’âge, le terrain, les tests de coagulation et les besoins transfusionnels a parfois été proposé [15]. Il pourrait aider à la prise en charge thérapeutique et également à une décision de sortie précoce lorsque les risques évolutifs paraissent faibles, en particulier en cas d’HDB peu abondante et d’absence de signes endoscopiques de saignement.

Conclusion

L’HDB sévère est une hémorragie qui persiste, éventualité rare mais qui pose de nombreux problèmes non encore résolus. Si l’état hémodynamique du patient le rend possible, il faut réaliser en urgence une coloscopie après préparation colique qui permet d’établir le diagnostic de certitude de la cause de l’hémorragie et éventuellement d’effectuer un geste hémostatique dont l’efficacité peut être durable. Dans le cas contraire ou en cas d’échec de la coloscopie, l’artériographie, éventuellement précédée d’une tomodensitométrie, permet le plus souvent de déterminer la cause et/ou le siège de l’hémorragie et si nécessaire un geste d’embolisation à visée hémostatique. Une intervention chirurgicale peut être imposée par une hémorragie grave persistante non diagnostiquée par les méthodes précédentes.

Références

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