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Réflexion sur l’apprentissage de la thérapeutique en hépato-gastroentérologie


Hépato-Gastro. Volume 11, Numéro 6, 405-6, Novembre-Décembre 2004, Éditorial



Auteur(s) : Marc-André Bigard , Service d’Hépato-Gastroentérologie, CHU, 54000 Nancy.

Mots-clés : physiologie digestive

ARTICLE

Auteur(s) :, Marc-André Bigard

Service d’Hépato-Gastroentérologie, CHU, 54000 Nancy

L’accès à la spécialité d’hépatogastroentérologie est passé pendant longtemps par deux voies, l’internat et le certificat d’études spéciales. L’internat, sélectionnant environ 10 % des étudiants d’une promotion, offrait une excellente formation théorique et pratique et permettait notamment de former les futurs spécialistes hospitaliers, hospitalo-universitaires ou référents de ville de haut niveau. Le certificat d’études spéciales offrait une bonne formation théorique mais une formation pratique plus aléatoire car dépendante des stages hospitaliers. En hépatogastroentérologie, une particularité par rapport à d’autres spécialités était constituée par le caractère national des deux examens qui sanctionnaient la 1e et la 3e année du cycle de formation. Le programme de 1e année était entièrement axé sur la physiologie digestive et hépato-biliaire et sur les méthodes d’exploration. Cette année permettait d’acquérir de bonnes bases physiologiques indispensables pour aborder ensuite l’étude des maladies et de leurs thérapeutiques avec des notions suffisantes pour comprendre la physiopathologie et l’effet des médicaments. Pour les internes, le programme de physiologie du concours de l’internat incluait des questions sur l’ensemble des fonctions digestives et hépato-biliaires aboutissant également à l’acquisition des fondations utiles à l’apprentissage de la pathologie.Depuis la réforme de l’internat, seul concours permettant l’accès aux spécialités, les épreuves sont essentiellement axées sur la résolution de cas cliniques et n’incluent plus aucune question de physiologie (pour ne pas parler de l’anatomie !). Rapidement plongés dans la pratique quotidienne et les soins aux malades, les internes se consacrent essentiellement à l’apprentissage de la pathologie, de façon plus ou moins organisée, avec une influence marquée des maladies préférentiellement traitées dans les services fréquentés au cours de leurs stages.L’écriture récente d’un ouvrage consacré aux traitements des maladies du tube digestif [1] et les séances régulières de « planches » sur la pathologie digestive aux DES de la faculté de Nancy me permettent d’émettre quelques réflexions sur l’enseignement de la thérapeutique en gastroentérologie.La physiologie digestive est enseignée brièvement au cours du 1er cycle et semble être oubliée rapidement. Les internes récemment nommés, lorsqu’ils choisissent leur premier stage en hépatogastroentérologie, ignorent souvent s’ils opteront pour cette spécialité. À l’issue de leur 2e année, ils s’inscrivent en DES. Ils ont déjà effectué un ou deux stages dans la spécialité mais leur choix, souvent tardif, ne les incite pas à se plonger dans les ouvrages spécifiques dès le début car ce travail leur apparaît bien inutile s’ils optent finalement pour la cardiologie ou la radiologie !Au moment de leur choix définitif, ils ont déjà acquis une petite expérience, soigné un certain nombre de malades, le plus souvent en suivant les directives de leurs aînés (CCA, PH, PU-PH) et ont été amenés à prendre en charge des chimiothérapies ou des biothérapies. L’apprentissage de la physiologie leur paraît à ce moment de leur formation comme un retour en arrière inutile, d’autant plus que la physiologie digestive fait pâle figure à côté de l’immunologie ou de la biologie moléculaire. Cette connaissance de la physiologie digestive est-elle encore utile, notamment pour comprendre la thérapeutique ou l’apprentissage d’un certain nombre de recettes adaptées aux diverses situations suffit-il ?Dans bon nombre de maladies, la connaissance de la physiologie semble pourtant indispensable pour bien comprendre la physiopathologie et les principes de traitement. Il est difficile d’enseigner les possibilités mais également les limites des traitements médicaux, endoscopiques et chirurgicaux de l’achalasie à des étudiants connaissant vaguement les aspects normaux de la motricité œsophagienne et les mécanismes nerveux de la déglutition. Il est délicat d’expliquer la recherche de molécules visant à corriger les anomalies motrices du reflux gastro-œsophagien à des internes mieux informés sur les performances des inhibiteurs de la pompe à protons que sur l’existence des relaxations transitoires du sphincter inférieur de l’œsophage. Il tombe sous le sens que le déficit en lactose peut être traité par l’éviction du lactose, mais en grattant un peu on s’aperçoit que la composition du lactose n’est pas connue ! Il est logique de proposer une antibiothérapie prolongée en cas de pullulation microbienne de l’intestin grêle mais est-il souhaitable de le faire dans la méconnaissance totale de l’évolution des populations bactériennes tout au long du tube digestif ? Une bonne connaissance de la physiologie des gaz digestifs permet de mieux comprendre l’inefficacité de nos thérapeutiques et les risques explosifs du bistouri électrique dans un côlon mal préparé ! La connaissance de la physiologie de la muqueuse colique permet de mieux appréhender les colites de diversion et leurs tentatives de traitement par les acides gras à chaîne courte. Les troubles de la statique rectale nécessitent une bonne connaissance de l’anatomie pelvienne et des mécanismes de la défécation.Les exemples peuvent être multipliés à l’infini et ceux-ci sont malheureusement tirés d’une expérience personnelle auprès d’internes de bon niveau.Plutôt que l’apprentissage de recettes de cuisine, la thérapeutique gastroentérologique devrait être employée par le spécialiste avec une bonne connaissance de la physiologie du tube digestif et des mécanismes physiopathologiques supposés de la maladie en cause. Le rafraîchissement des notions physiologiques oubliées ou l’apprentissage de celles qui n’ont jamais été enseignées devrait idéalement se situer au début des stages en hépato-gastroentérologie. Force est cependant de constater que cette formation n’est pas toujours aisée pour l’interne curieux qui doit se plonger dans de nombreux ouvrages de physiologie générale ou aller piocher à droite ou à gauche des éléments épars de physiologie autrefois facilement accessibles dans des ouvrages courts et synthétiques, écrits par des gastroentérologues avec le souci de la transposition de ces données physiologiques pour l’apprentissage de la pathologie comme les ouvrages de J.J. Bernier [2] et P. Meunier [3].

Références

1 Bigard MA. Traitement médical, endoscopique et chirurgical des maladies du tube digestif. Paris : Masson, 2004.

2 Bernier JJ. Physiologie de la digestion chez l’homme normal et l’opéré du tube digestif. Paris : Doin, 1980.

3 Meunier P, Minaire Y, Lambert R. La digestion. Paris : Simep, 1988.


 

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