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La mesure du gradient de pression hépatique et de la pression variqueuse : quelle valeur informationnelle ? Quelle utilité en pratique courante ?


Hépato-Gastro. Volume 11, Numéro 4, 269-75, Juillet-Août 2004, Mini‐revue


Résumé  

Auteur(s) : Pierre Deltenre, Philippe Bulois, Jean Henrion, Jean‐Claude Paris, Philippe Mathurin , Services d’hépato‐gastroentérologie, Hôpital de Jolimont, 159, Rue Ferrer, 7100 Haine‐Saint‐Paul, Belgique Services d’hépato‐gastroentérologie, Hôpital Huriez, CHRU Lille, France E‐mail : pierre.deltenreskynet.be .

Résumé : L’hémorragie digestive par hypertension portale est la principale cause de mortalité chez les malades porteurs d’une cirrhose. L’évaluation précise du degré d’hypertension portale est un objectif important pour le clinicien en charge de ces malades. La mesure du gradient de pression hépatique et la mesure indirecte de la pression variqueuse sont les méthodes d’évaluation les plus utilisées. De nombreuses études ont suggéré que la mesure répétée du gradient de pression hépatique pourrait être utilisée dans l’évaluation de la réponse aux bêtabloquants chez les malades ayant déjà saigné. Cette technique permet ainsi d’identifier un sous‐groupe de malades à haut risque hémorragique chez qui des alternatives thérapeutiques sont nécessaires. En routine, elle n’est cependant accessible que pour un nombre limité de malades. Par ailleurs, la mesure de la pression variqueuse permet une estimation pragmatique du degré d’hypertension portale et pourrait être une technique d’avenir pour évaluer le risque hémorragique par rupture de varices œsophagiennes. La mesure non invasive de la pression variqueuse n’est utilisée que par quelques équipes, généralement dans le cadre de protocoles d’études. La valeur informationnelle de la mesure de la pression variqueuse semble comparable à celle du gradient de pression hépatique. Cette technique doit cependant être mieux précisée par des études à plus grande échelle avant qu’elle ne puisse être recommandée chez les malades porteurs d’une cirrhose.

Mots-clés : hypertension portale, pression hépatique, pression variqueuse

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Pierre Deltenre1,2, Philippe Bulois2, Jean Henrion1, Jean-Claude Paris2, Philippe Mathurin2

1 Services d’hépato-gastroentérologie, Hôpital de Jolimont, 159, Rue Ferrer, 7100 Haine-Saint-Paul, Belgique 
2
 Services d’hépato-gastroentérologie, Hôpital Huriez, CHRU Lille, France 
E-mail : pierre.deltenre@skynet.be

L’hypertension portale (HTP) est la complication la plus fréquente de la cirrhose. Elle est la conséquence de l’augmentation des résistances hépatiques à l’écoulement du sang portal et de l’augmentation du volume sanguin dans le système porte et dans la circulation collatérale secondaire à la vasodilatation splanchnique et à l’hyperkinésie circulatoire qui accompagne la cirrhose. Ses manifestations cliniques sont l’hémorragie digestive, le plus souvent par rupture de varices œsophagiennes (VO), et l’ascite. L’hémorragie digestive par HTP est la principale cause de décès des malades porteurs d’une cirrhose. La mortalité liée à chaque épisode hémorragique est de 20 % et la survie un an après le premier épisode hémorragique est de 60 %. L’évaluation précise du degré d’HTP est donc un objectif important pour le clinicien car elle pourrait prédire le risque d’une première hémorragie digestive ou d’une récidive hémorragique, et pourrait évaluer l’efficacité d’un traitement prophylactique. La technique idéale devrait être une mesure fiable du degré d’HTP, reproductible, non invasive et utilisable en routine. Cet article analyse les études ayant évalué les méthodes disponibles pour mesurer le degré d’HTP ainsi que la valeur informationnelle des techniques les plus utilisées.

Mesures de la pression porte

Le degré d’HTP peut être estimé directement par ponction de la veine porte ou indirectement par la mesure des pressions hépatiques ou des pressions variqueuses.
La mesure directe de la pression dans le système porte est la principale méthode pour caractériser l’HTP. La technique la plus souvent utilisée est la ponction percutanée transhépatique de la veine porte avec une aiguille fine [1]. Chez le sujet normal, la pression porte varie de 7 à 12 mmHg. Il existe une HTP lorsque la pression porte est supérieure à 12 mmHg. Cette technique n’est pas réalisée couramment parce qu’elle est trop invasive.
La mesure des pressions hépatiques est la méthode la plus employée pour évaluer indirectement la pression porte. Elle consiste à introduire un cathéter dans une veine sus-hépatique (le plus souvent la veine sus-hépatique droite) [2]. La pression est mesurée lorsque le cathéter est bloqué dans une petite veine hépatique afin d’arrêter la circulation. La pression bloquée est identique à la pression hépatique occluse mesurée à l’aide d’une sonde à ballonnet. Le gradient de pression hépatique (GPH) entre la pression porte et le territoire cave se calcule en effectuant la différence entre la pression bloquée et la pression hépatique libre. Les valeurs normales sont comprises entre 1 et 4 mmHg. Il existe une HTP lorsque le GPH est supérieur à 4 mmHg. Un GPH d’au moins 10 mmHg est nécessaire à la formation des varices œsophagiennes. Une HTP cliniquement significative se définit par un GPH supérieur à 12 mmHg. Une hémorragie digestive par rupture de varices œsophagiennes ne survient quasiment jamais sous cette valeur seuil (hormis en cas de maladie associée à une HTP par bloc pré-sinusoïdal, situation dans laquelle le GPH sous-estime le gradient porto-cave). Une fois la technique maîtrisée, la mesure des pressions hépatiques est d’une grande innocuité, simple à réaliser, fiable et reproductible. Le coefficient de variation inter-observateurs est faible (2 %). Cependant, cette technique est consommatrice de temps et peu de centres en possèdent une expertise suffisante. De ce fait, la mesure du GPH n’est pas réalisée en pratique courante.

La pression variqueuse est un reflet imparfait du degré d’HTP car les varices œsophagiennes ne représentent qu’une des voies de dérivation porto-systémique en cas de cirrhose. En revanche, elle mesure les modifications hémodynamiques au site de l’hémorragie. Sa mesure permet une estimation pragmatique du degré d’hypertension portale et pourrait être une technique d’avenir pour évaluer le risque hémorragique par rupture de varices œsophagiennes. Elle peut être mesurée au cours d’une endoscopie par deux techniques différentes. La première consiste à ponctionner la lumière d’une varice avec une aiguille et à effectuer une mesure sanglante de la pression variqueuse [3]. Cette mesure doit être suivie d’une injection d’un produit sclérosant car elle risque d’induire une hémorragie. Sa corrélation avec la pression porte ou avec le gradient de pression hépatique n’a pas été suffisamment étudiée. Cette technique n’est pas utilisée dans la pratique courante parce que trop invasive. La pression variqueuse peut également être mesurée indirectement et de façon non invasive par application d’un capteur de pression contre la varice [4]. Ce capteur de pression est relié à un manomètre où se trouve un compartiment recevant un débit constant de gaz. Ce compartiment est couvert d’une membrane en latex. Quand le manomètre est placé contre la varice, la pression nécessaire pour remplir le compartiment du manomètre est égale à la pression variqueuse. On considère que la pression nécessaire pour comprimer la varice est égale à la pression à l’intérieur de la varice. Le coefficient de variation inter-observateurs est faible. Très peu de centres possèdent une expertise de cette technique.

Dans cette revue, nous aborderons différentes questions à propos du GPH et de la mesure non invasive de la pression variqueuse :
– Ces techniques permettent-elles une évaluation précise du degré d’HTP ?
– Prédisent-elles correctement le risque d’une première hémorragie digestive ou d’une récidive hémorragique chez les malades porteurs d’une cirrhose ?
– Permettent-elles d’évaluer l’efficacité d’un traitement visant à réduire le degré d’HTP ?

Valeur informationnelle de la mesure du gradient de pression hépatique et de la mesure de la pression variqueuse

Gradient de pression hépatique

• Reflet du degré d’HTP ?

La valeur prédictive des pressions hépatiques a principalement été étudiée chez des malades atteints de cirrhose alcoolique. La pression hépatique bloquée est équivalente à la pression mesurée par ponction directe de la veine porte et constitue un bon reflet du degré d’HTP [5]. Chez les malades atteints de cirrhose virale C, le GPH est également corrélé à la pression portale [6]. Sa valeur n’est pas différente de celle mesurée chez les malades atteints de cirrhose alcoolique, que les malades aient présenté une hémorragie digestive ou non [7].

• Facteur prédictif d’une première hémorragie digestive ou d’une récidive hémorragique ?

Chez les malades atteints d’une cirrhose compliquée d’HTP, la probabilité d’une première hémorragie digestive est de l’ordre de 10 % par an. Chez les malades qui n’ont jamais saigné, les études hémodynamiques longitudinales ont démontré que, lorsque le GPH était inférieur à 12 mmHg, le risque d’hémorragie digestive était nul ou très faible. Cependant, au-delà de ce seuil, la valeur du GPH ne semble plus corrélée au risque d’une première hémorragie, mais peu d’études prospectives ont évalué spécifiquement la mesure du GPH comme marqueur pronostique dans cette situation.
Chez les malades ayant déjà présenté une hémorragie digestive par HTP, la probabilité d’une récidive hémorragique est de l’ordre de 25 % par an. L’utilisation de GPH comme marqueur du risque spontané d’une récidive hémorragique n’a que peu d’indications puisque la majorité des malades recevront un traitement prophylactique. Après une première hémorragie digestive, une détermination précoce du GPH pourrait apporter une information pronostique. L’absence de contrôle du saignement et le risque de récidive hémorragique sont supérieurs chez les malades avec un GPH mesuré précocement (30 minutes après l’arrêt de la somatostatine) supérieur à 20 mmHg [8]. Néanmoins, la mesure précoce du GPH n’a pas été validée dans un nombre suffisant d’études et le seuil séparant les malades à haut risque de récidive précoce et ceux à risque plus faible reste imprécis. À distance de l’épisode hémorragique aigu, la valeur prédictive du GPH n’est pas connue.

• Marqueur de l’efficacité des traitements utilisés dans le but de réduire le degré d’HTP ?

La preuve de l’efficacité des bêtabloquants non cardio-sélectifs dans la prévention, primaire ou secondaire, des hémorragies digestives par rupture de varices œsophagiennes a été établie dans de nombreuses études et méta-analyses [9-11]. Cependant, environ 30 % des malades cirrhotiques traités par bêtabloquants n’auront pas de diminution de leur pression portale et 45 % des malades traités par propranolol ou nadolol (les deux bêtabloquants non cardio-sélectifs utilisés dans le traitement de l’HTP) après un premier épisode d’hémorragie digestive présenteront une récidive hémorragique [11]. L’identification des non répondeurs est donc un objectif important.
La corrélation entre les modifications de la fréquence cardiaque sous bêtabloquants et celles de la pression portale n’a pas été bien étudiée. La dose de bêtabloquants permettant une réduction de la fréquence cardiaque de plus de 25 % ou aux alentours de 55 battements/min est considérée comme nécessaire au blocage des récepteurs bêta-adrénergiques [12]. Certaines études ont trouvé une relation entre la diminution de la fréquence cardiaque et la diminution du risque hémorragique [13]. Cependant, l’effet bradycardisant des bêtabloquants est fonction de l’importance du blocage des récepteurs bêta-1 adrénergiques alors que l’effet sur l’HTP dépend des récepteurs bêta-1 et bêta-2 adrénergiques [14]. De plus, l’importance du blocage des récepteurs bêta-1 n’est pas corrélée à la diminution de la pression portale [15]. En définitive, la mesure de la fréquence cardiaque évalue l’observance et la tolérance du traitement ainsi que le dosage optimal des bêtabloquants mais il n’est pas bien établi qu’elle permet de prédire la réduction de la pression portale.
Afin d’identifier les malades non répondeurs, certaines équipes ont évalué la mesure répétée du GPH par analogie à celle de la pression artérielle systémique utilisée pour déterminer l’efficacité des traitements anti-hypertenseurs. Il est bien établi que le risque hémorragique est quasiment inexistant lorsque le GPH est inférieur à 12 mmHg [16]. Il est admis que, si la valeur du GPH diminue sous 12 mmHg, le risque hémorragique est quasi nul, comme l’ont démontré les études longitudinales, que la réduction soit le résultat d’un traitement [17-20] ou de l’amélioration de la maladie hépatique sous-jacente [21]. Le risque hémorragique est également réduit lorsque le GPH diminue d’au moins 20 % par rapport à sa valeur initiale [17-19]. De ce fait, la diminution du GPH d’au moins 20 % ou sous le seuil de 12 mmHg a été considérée comme critère de réponse aux bêtabloquants et pourrait être proposée comme objectif thérapeutique en pratique courante.
En prophylaxie primaire, l’intérêt de la mesure répétée du GPH a été peu étudié. La diminution du GPH d’au moins 20 % ou sous 12 mmHg est atteinte chez 25 % des malades traités. Sur l’ensemble des études, le risque d’une première HD serait de l’ordre de 10 % à 3 ans chez les malades présentant une diminution du GPH et de 40 % chez les malades sans modification significative du GPH [22]. Cependant, la valeur prédictive de la diminution du GPH n’a pas été constamment retrouvée et le nombre faible de malades analysés ne permet pas de conclure formellement.
En prophylaxie secondaire, l’information donnée par la mesure séquentielle de GPH pourrait être plus utile en raison du risque élevé de récidive hémorragique. La diminution du GPH d’au moins 20 % ou sous 12 mmHg est atteinte chez 30 à 50 % des malades traités par bêtabloquants avec ou sans mononitrate d’isosorbide [18-20, 23]. Les études ont démontré qu’une diminution du GPH sous traitement médicamenteux était associée à un risque faible de récidive hémorragique, de l’ordre de 20 % à 4 ans. À l’inverse, en l’absence de diminution du GPH, le risque de récidive hémorragique serait de l’ordre de 50 % à 4 ans [22]. De plus, la diminution du GPH pourrait identifier un sous-groupe de malades ayant un risque moins important de développer une ascite [20, 24], une infection spontanée du liquide d’ascite [24] et un syndrome hépatorénal [24] et de décès [20, 24]. Le délai entre les deux mesures du GPH varie selon les études entre 1 et 5,3 mois. Le tableau 1 résume les résultats des principales études évaluant la valeur pronostique du GPH dans la prédiction de la récidive hémorragique [18-20, 23]. Ces résultats indiquent que des alternatives thérapeutiques telles que la ligature endoscopique des varices, le transjugular intrahepatic porto-systemic shunt ou la transplantation hépatique sont nécessaires chez les non répondeurs. L’adjonction de mononitrate d’isosorbide pourrait également représenter une alternative thérapeutique chez les malades non répondeurs aux bêtabloquants mais il n’a pas été clairement démontré que l’association de dérivés nitrés et de bêtabloquants apporte un bénéfice. La mesure séquentielle de GPH pourrait être proposée afin d’identifier les non répondeurs aux bêtabloquants et adapter le traitement (figure 1). Néanmoins, les données actuellement disponibles et l’accessibilité limitée de la technique ne permettent pas de recommander cette démarche en pratique courante. De plus, beaucoup de questions restent sans réponse : quel est le seuil de GPH ayant la meilleure valeur prédictive positive et la meilleure valeur prédictive négative ? La valeur prédictive de l’évolution du GPH est-elle dépendante du degré d’insuffisance hépatique ? La modification du GPH a-t-elle la même valeur prédictive quels que soient les agents pharmacologiques utilisés ? Quel est le meilleur délai pour contrôler l’évolution du GPH sous traitement ?

Tableau 1. Résumé des principales publications évaluant la valeur pronostique de l’évolution du GPH comme marqueur d’une récidive hémorragique
Paramètres Feu 1995 Villanueva 1996 McCormick 1998 Villanueva 2001
Nombre de patients 83 43 44• 72
Score moyen de Child 6,8 7,8 7,0 7,9
Traitement
• bêtabloquant 100 % (83) 100 % (43) 100 % (44) 92 % (66)
• mononitrate d’isosorbide 0 % (0) 100 % (43) 68 % (30) 100 % (72)
Malades avec une 1re mesure du GPH 100 % (83) 100 % (43) 100 % (44) 68 % (49)
GPH initial (mmHg) 18,3 17,7 17,7 19,9
Malades avec une 2e mesure du GPH 83 % (69) 72 % (31) 100 % (44) 68 % (49)
2e mesure du GPH (mmHg)  ? 13,9 14,3 15,9
Délai entre les 2 mesures du GPH (mois) 3 3 5,3 1-3
Répondeurs hémodynamiques 36 % (25) 45 % (14) 64 % (28) 51 % (25)
Suivi moyen (mois) 28 19 23 23
Récidive hémorragique
Total 36 % (25/69) 26 % (11/43) 37 % (16/44) 33 % (24/72)
Répondeurs 8 % (2/25) 7 % (1/14) 43 % (12/28) 16 % (4/25)
2e GPH < 12 mmHg 0 % (0/8) 0 % (0/9) 33 % (7/21)  ?
Diminution 2e GPH > 20 % 8 % (2/25) 8 % (1/13) 43 % (11/25)  ?
Non répondeurs 52 % (23/44) 47 % (8/17) 25 % (4/16) 67 % (16/24)
• Nombre de malades initialement inclus dans l’étude = 63.

Pression variqueuse

• Reflet du degré d’HTP ?

La mesure non invasive de la pression variqueuse est étroitement corrélée à la mesure de la pression réalisée par ponction directe des varices œsophagiennes [25]. Il existe une corrélation entre la pression variqueuse et la pression portale [26] ou la pression hépatique bloquée [27]. Dans d’autres études, la corrélation avec les pressions hépatiques est cependant moins évidente [25].

• Facteur prédictif d’une première hémorragie digestive ou d’une récidive hémorragique ?

En prophylaxie primaire, une pression supérieure à 15 mmHg serait associée à un risque plus élevé de rupture de varices œsophagiennes [28]. La confirmation d’une diminution de la pression variqueuse après administration de la terlipressine en phase aiguë [29] ou après administration chronique de propranolol [30] constitue également des arguments indirects pour la validité de cette technique. Cependant, ces données doivent être confirmées par des équipes indépendantes. La pression variqueuse est plus élevée chez les malades qui ont déjà présenté une hémorragie digestive et chez ceux présentant des varices de grande taille ou des signes rouges [30-33]. Cependant, ces données, bien que séduisantes, devront être validées sur un nombre plus important de malades et par d’autres équipes avant de recommander cette technique.

• Marqueur de l’efficacité des traitements utilisés dans le but de réduire le degré d’HTP ?

Les données actuellement disponibles sont limitées. Une étude prospective publiée sous forme de résumé a observé que l’absence de diminution de la pression variqueuse serait associée à un risque élevé de récidive [34]. Une étude a montré que la diminution de la pression variqueuse de plus de 20 % sous propranolol était associée à une diminution du risque de récidive hémorragique [35]. Dans cette étude, la valeur informationnelle de la baisse de la pression variqueuse était équivalente à celle de la baisse du GPH. Les deux techniques semblaient complémentaires. La combinaison des deux mesures (diminution de la pression variqueuse ou diminution du GPH supérieure à 20 %) permettait de sélectionner des malades à faible risque hémorragique. Ces résultats doivent cependant être confirmés à plus grande échelle.

Conclusions

Une évaluation précise du degré d’HTP est utile pour prédire le risque hémorragique et évaluer l’efficacité des traitements prophylactiques. Parmi les méthodes disponibles, la mesure du GPH est la mieux étudiée. Après un premier épisode hémorragique, la mesure séquentielle du GPH permet d’évaluer la réponse aux bêtabloquants. Elle permet ainsi d’identifier un sous-groupe de malades à haut risque hémorragique chez qui des alternatives thérapeutiques sont nécessaires. Cependant, cette technique n’est réalisable que chez un nombre limité de patients. La mesure de la pression variqueuse pourrait être une alternative à la mesure du GPH mais elle nécessite d’être validée dans le cadre d’études prospectives.

En résumé

• Le degré d’hypertension portale peut être estimé par la mesure de la pression portale et la mesure de la pression variqueuse chez les malades porteurs d’une cirrhose.
• Le gradient de pression hépatique est un reflet fidèle de la pression portale. Sa mesure est la méthode la plus employée pour évaluer le degré d’hypertension portale chez les malades porteurs d’une cirrhose.
• La mesure séquentielle du gradient de pression hépatique est utile en prophylaxie secondaire pour identifier les non répondeurs aux bêtabloquants chez qui des alternatives thérapeutiques sont nécessaires.
• La mesure non invasive de la pression variqueuse pourrait être une alternative à la mesure du gradient de pression hépatique. Des études à plus grande échelle sont nécessaires à sa validation.

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