Auteur(s) : Thierry Piche
Kalantar JS, Locke GR, Zinsmeister AR, Beighley CM, Talley NJ.
Familial aggregation of irritable bowel syndrome: a prospective
study. Gut 2003 ; 52 : 1703-7.
Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est caractérisé par
des douleurs ou un inconfort abdominal associés à des troubles de
la défécation sans anomalie structurale du tube digestif. Il s’agit
du motif de consultation le plus fréquent en gastroentérologie qui
affecterait 7 à 20 % de la population générale selon les
études. L’origine des symptômes fonctionnels reste encore mal
comprise, probablement parce que de nombreux mécanismes
physiopathologiques interviennent. Les anomalies de la motricité
puis de la sensibilité (ou de l’hypersensibilité) digestive ont été
envisagées dans de nombreux travaux au cours des deux dernières
décennies. Les facteurs psychosociaux, la carence d’apport en
fibres, certaines intolérances alimentaires, les altérations de la
perméabilité intestinale ou les infections intestinales ont été
evoqués successivement, mais aucun ne reflète à lui seul l’origine
du SII [1]. Les travaux les plus récents indiquent qu’une
« inflammation digestive de bas grade » existerait chez
la plupart des malades atteints de SII [2, 3] et serait modulée par
« l’axe neuro-immunitaire » [4]. Enfin, la piste d’une
contribution génétique a été envisagée dans un petit nombre
d’études contradictoires [5-7]. Les malades atteints de SII
décrivent souvent une histoire familiale de symptômes fonctionnels,
mais les données issues d’études menées chez des jumeaux ne sont
pas toujours convaincantes.
Dans la présente étude, les auteurs ont postulé que la pathogénie
du SII avait, au moins en partie, un déterminisme génétique et
qu’une augmentation de la fréquence du SII pouvait être mise en
évidence chez les descendants au premier degré de malades atteints
de SII. Des questionnaires permettant le recueil des symptômes
digestifs (BDQ) et une mesure de la somatisation (somatic
symptom checklist) ont été envoyés à des malades atteints de
SII, à leurs descendants au premier degré ainsi qu’à leurs
conjoints. Le diagnostic de SII était porté selon les critères de
Manning. Dans ce travail, la prévalence du SII était
significativement plus élevée chez les descendants au premier degré
que chez leurs conjoints (17 % versus 7 %) avec un
OR ajusté sur l’âge et le sexe de 2,7
(IC95 % = 1,2-6,3). En tenant compte de la
somatisation, l’odds ratio ajusté baissait à 2,5
(IC95 % = 0,9-6,7) sans être significatif (tableau 1).
Cette étude montre que le SII est plus fréquent dans la
descendance au premier degré des malades atteints de SII.
L’augmentation de la fréquence du SII chez les enfants au premier
degré pourrait être en partie expliquée par un degré accru de
somatisation familiale. Malgré sa faiblesse statistique, cette
étude indique qu’une contribution génétique est probable au cours
du SII. Ces données mériteraient une confirmation sur un plus grand
nombre de malades et laissent envisager un déterminisme génétique
polygénique.
Références
1. Horowitz BJ, Fisher RS. The irritable bowel
syndrome. N Engl J Med 2001 ; 344 : 1846-50.
2. Chadwick VS, Chen W, Shu D, Paulus B, Bethwaite
P, Tie A, et al. Activation of the mucosal immune system in
irritable bowel syndrome. Gastroenterology 2002 ;
122 : 1778-83.
3. Collins SM, Piche T, Rampal P. The putative role
of inflammation in the irritable bowel syndrome. Gut
2001 ; 49 : 743-5.
4. Talley NJ, Spiller RC. Irritable bowel
syndrome : a little understood organic bowel
disease ? Lancet 2002 ; 360 :
555-64.
5. Locke GRr, Zinsmeister AR, Talley NJ, Fett SL,
Melton C. Familial association in adults with functional bowel
disorder. Mayo Clin Proc 2000 ; 75 : 907-12.
6. Morris-Yates A, Talley NJ, Boyce PM, Kandurkan S,
Andrew G. Evidence of a genetic contribution to functional bowel
disorder. Am J Gastroenterol 1998 ; 93 :
1311-7.
7. Levy RL, Jones KR, Whitehead WE, Feld SI, Talley
NJ, Corey LA. Irritable bowel syndrome in twins : heredity and
social learning both contribute to etiology.
Gastroenterology 2001 ; 121 : 799-804.
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