ARTICLE
Auteur(s) : Marc Lémann, Jean-Marc Gornet, Matthieu
Allez, Maria Nachury
Service de Gastroentérologie, Hôpital Saint-Louis, 1, avenue
Claude-Vellefaux, 75010 Paris
E-mail : marc@lemann.com
À en juger par certaines publications, la corticothérapie devrait
aujourd’hui être éliminée de l’arsenal thérapeutique des maladies
inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) [1]. Selon l’auteur
de ces réquisitoires, les effets secondaires des corticoïdes sont
tels que les patients finissent par les craindre plus que la
maladie elle-même. Leur effet n’est que symptomatique et
suspensif ; ils sont inefficaces sur les lésions intestinales
et leurs conséquences. Pire, ils pourraient favoriser ou aggraver
les complications perforantes de la maladie, fistules et abcès. Ces
critiques sont sévères ; les corticoïdes restent le traitement
de base des poussées modérées ou sévères des MICI ; ils sont
très efficaces, peu coûteux et simples d’utilisation ; de
plus, les autres options ne sont pas si nombreuses dans la pratique
quotidienne. Mais ces accusations soulignent une utilisation
parfois excessive de la corticothérapie. Et il est clair qu’il faut
aujourd’hui chercher des alternatives à ce traitement.
Efficacité indiscutable
Les taux d’efficacité de la corticothérapie dans les poussées de
maladie de Crohn varient selon les modalités d’administration
(posologie, durée à pleine dose) ou les critères utilisés pour
juger de l’efficacité, notamment la date d’évaluation. Dans les
études « maximalistes » comme celles du Getaid, la
prednisone utilisée à la posologie de 1 mg/kg/j pendant 3 à
7 semaines (schéma « à la française ») permettait
d’obtenir des taux de rémission clinique supérieurs à 90 %. Ce
chiffre est retrouvé dans les trois études non contrôlées menées
par ce groupe [2-4]. Dans d’autres travaux, utilisant des
posologies moindres (40 mg/j ou 0,5-0,75 mg/kg), les taux
de rémission clinique sont de l’ordre de 60 % [5-7]. Les taux
de rémission pour la rectocolite hémorragique (RCH) proviennent
d’études plus anciennes [8] et sont assez voisins. Les corticoïdes
sont plus efficaces que les dérivés 5ASA [9, 10] et que la
nutrition artificielle [11]. Les immunosuppresseurs classiques ne
peuvent être comparés aux corticoïdes en raison de leur délai
d’action, sauf la cyclosporine pour les poussées sévères de RCH.
Dans ce contexte, une étude [12] a montré une efficacité comparable
de la cyclosporine et de la corticothérapie intraveineuse chez des
malades n’ayant pas encore reçu de corticoïdes. La comparaison avec
les traitements plus récents comme l’infliximab n’est pas possible,
les essais ayant inclus des malades réfractaires à diverses
thérapeutiques, incluant la corticothérapie.
Quelle posologie et quelle durée ?
Il n’existe pas d’étude ayant comparé, de façon parallèle,
plusieurs posologies de corticothérapie dans les MICI. Si elle
était menée, cette étude devrait prendre en compte non seulement
l’efficacité du traitement pour le contrôle de la
poussée – il est très probable, au vu des études décrites
ci-dessus, qu’elle serait meilleure pour les fortes doses –
mais aussi la fréquence des rechutes, de la corticodépendance et
des effets secondaires. L’utilisation d’une échelle de qualité de
vie serait certainement utile dans cette circonstance. Il n’est pas
non plus démontré qu’une posologie graduelle, augmentée en
l’absence de réponse – schéma préconisé dans de nombreux
pays –, expose le patient à un risque accru de résistance,
comparée à une posologie d’emblée forte. Ainsi, l’idée très
répandue en France qu’il est préférable de frapper « vite et
fort » n’est pas fondée sur des études comparatives. Faute de
disposer de ces essais, qui risquent fort de ne jamais voir le
jour, et plutôt que de défendre de façon dogmatique telle modalité
d’administration, il semble raisonnable de proposer un traitement
adapté à la situation clinique. On peut ainsi prescrire 30 ou
40 mg/j de prednisone (ou prednisolone) dans les poussées
modérées, les posologies plus fortes (1 mg/kg/j ou
60 mg/j), éventuellement commencées par voie parentérale,
étant réservées aux poussées plus sévères ou résistantes.
Mais c’est surtout sur la durée du traitement que l’on peut
économiser. Il est encore fréquent d’observer des traitements
donnés à forte dose pendant plusieurs mois, au prétexte d’une
vitesse de sédimentation ou d’une protéine C réactive qui tardent à
se normaliser ou de symptômes résiduels mineurs, avant que soit
entamée une très lente diminution de la posologie. Ces schémas ne
sont pas justifiés. On peut diminuer la corticothérapie dès qu’une
réponse franche a été obtenue, en le faisant par paliers de
10 mg puis 5 mg/semaine, l’objectif étant de réduire la
durée de la cure à 2 ou 3 mois. Une étude comparant deux
schémas de décroissance, rapide ou lente, n’a pas montré de
différence concernant le taux de rechute [13]. Si des symptômes
réapparaissent lors de la décroissance, il n’est pas non plus
justifié de reprendre le traitement à pleine dose : on peut
remonter d’un ou de deux paliers et chercher la dose minimale
efficace. L’expérience montre qu’une très lente diminution du
traitement, alors qu’une rechute est déjà survenue lors de la
décroissance, se soldera bien souvent par un nouvel échec, ne
faisant que prolonger inutilement la durée d’exposition au
traitement : l’introduction d’un immunosuppresseur s’imposera
finalement.
Privilégier les corticoïdes topiques
Dans les formes iléocoliques droites de maladie de Crohn, on
dispose d’un corticoïde fait « sur mesure », puissant,
largement absorbé mais mieux toléré du fait d’une forte extraction
hépatique dès le premier passage. L’efficacité du budésonide à
libération intestinale retardée (Entocort®) n’est plus à
démontrer [14]. Dans les essais [6, 15, 16], elle est équivalente
ou, dans les méta-analyses [17, 18], légèrement inférieure à un
traitement par 40 ou 60 mg/j de prednisone. La réputation
d’une action plus lente, fondée sur une seule étude [6], n’est pas
trouvée dans d’autres essais [15, 16]. La posologie optimale semble
être de 9 mg/j, des posologies supérieures n’apportant pas de
bénéfice dans les essais [13] ; en pratique, elles peuvent
toutefois être tentées de façon brève chez certains patients qui
répondent mal à 9 mg/j. La tolérance de
l’Entocort®, comparée à celle des corticoïdes
classiques, est indiscutablement meilleure [16], même si des signes
d’imprégnation cortisonique, souvent mineurs (acné, gonflement du
visage), peuvent apparaître chez certains patients. Ce corticoïde
doit donc être préféré lorsque la poussée est modérée et que la
topographie des lésions le permet. Son utilisation dans les colites
étendues est théoriquement illogique ; elle n’a en réalité pas
été évaluée et l’exemple des colites microscopiques est
intéressant. Elle peut être tentée chez des patients refusant une
corticothérapie classique. Dans les colites gauches, les résultats
sont plus décevants [expérience personnelle] mais on attend de
nouvelles formulations dédiées à cette localisation.
L’avantage qu’il confère en matière de tolérance fait que
l’Entocort® peut être utilisé de façon plus prolongée,
ce qui apporte une plus grande souplesse dans la gestion de la
corticothérapie. Il est classique (parce que c’est ainsi qu’ont été
faits les grands essais !) de prescrire 9 mg/j pendant
2 mois, puis 6 mg/j pendant 1 mois [6, 14-16]. En
réalité, d’autres schémas sont concevables. Si la réponse est
rapide, on peut diminuer plus vite à 6 mg/j. Si l’on a opté
pour une corticothérapie classique, rien n’empêche, une fois la
rémission obtenue, de relayer par l’Entocort®. Il en est
de même si une corticodépendance se manifeste : le budésonide
peut permettre d’attendre les quelques mois nécessaires à l’effet
des immunosuppresseurs [19]. Dans les essais, la posologie de 3 ou
6 mg/j est apparemment inefficace, en traitement d’attaque
[14] comme en traitement d’entretien, même si le délai de rechute
est un peu retardé avec la posologie de 6 mg/j [20-23].
Pourtant, chez certains malades manifestement dépendants de ces
faibles doses, on pourrait discuter la poursuite du traitement
plutôt qu’introduire un immunosuppresseur. Les risques du
budésonide à ces faibles doses sur de longues périodes restent
encore mal connus. Des travaux ont montré une diminution de la
densité osseuse équivalente [24] ou moins importante [25] qu’avec
la prednisone. Une freination surrénalienne est observée, même si
elle est plus faible qu’avec la prednisone [17]. L’option d’un
traitement prolongé par le budésonide à faible dose (3-6 mg/j)
peut malgré tout être considérée chez les patients qui refusent les
immunosuppresseurs ou chez lesquels ces médicaments ne permettent
pas d’obtenir une rémission complète.
Dans les formes coliques gauches de RCH ne répondant pas aux
lavements de 4 ou de 5ASA (et parfois dans la maladie de Crohn avec
des lésions ayant cette topographie), les corticoïdes peuvent être
administrés par voie rectale. Les préparations du commerce sont
cependant assez mal adaptées. En effet, les mousses de corticoïdes
contiennent de faibles doses d’hydrocortisone (100 mg) et
n’atteignent que le rectosigmoïde ; elles sont assez
régulièrement mises en échec. Les lavements de Betnesol®
sont plus efficaces mais présentent l’inconvénient que la
bétaméthasone contenue dans la préparation est largement absorbée
par le côlon. Il s’agit donc non d’un traitement topique mais d’une
véritable corticothérapie systémique, et il est fréquent d’observer
des signes d’imprégnation cortisonique après quelques semaines
d’administration. Il est possible de prescrire des préparations
magistrales utilisant le métosulfobenzoate sodique de prednisolone
(Solupred®), corticoïde peu absorbé par le côlon. On
peut moduler la posologie (40 à 80 mg) et le volume de la
solution (50-100 mL d’eau) selon la topographie des lésions et
l’intensité du syndrome rectal. L’expérience de ce traitement
« artisanal » montre qu’il est remarquablement bien
toléré, même lorsqu’une administration prolongée est nécessaire. Il
est aussi possible de prescrire des préparations magistrales de
suppositoires contenant du Solupred®.
Corticorésistance
La résistance aux corticoïdes est observée dans 10 à 40 %
des cas [2-5, 25, 26]. Il s’agit plus souvent de résistances
secondaires, constatées au cours de l’évolution. Dans la maladie de
Crohn, une complication doit alors être recherchée (perforation et
abcès, sténose). Une corticorésistance primaire est aussi possible,
notamment dans les colites sévères, et pose des questions
physiopathologiques intéressantes et encore mal résolues. Lorsque
la posologie a été portée à 1 mg/kg/j d’équivalent prednisone,
éventuellement administrée par voie parentérale, et que l’on
n’observe pas de réponse après 1 à 2 semaines, il faut
proposer un autre traitement. Il n’est plus acceptable de voir des
patients traités pendant plusieurs semaines avec de fortes doses,
sans résultat. L’utilisation de corticoïdes à des posologies
supérieures à 1 mg/kg/j, ou en bolus, n’a pas été suffisamment
évaluée et n’est pas recommandée. En cas de corticorésistance, les
alternatives sont, dans la maladie de Crohn, l’infliximab ou la
nutrition artificielle. Dans la RCH, c’est la ciclosporine qui doit
être proposée, l’efficacité de l’infliximab n’étant pas encore
démontrée. Dans notre pratique, la ciclosporine est de plus en plus
souvent utilisée dans des poussées de RCH corticorésistante mais
non grave.
Corticodépendance
C’est le problème majeur de la corticothérapie. Une rechute lors
de la décroissance des corticoïdes est observée dans 20 % des
cas [2-4] mais, à 1 an du début d’une cure, 30 à 40 % des
malades ont dû reprendre des corticoïdes et en reçoivent toujours
[27, 28]. Ces données doivent être prises en considération et
incitent à ne pas s’engager dans une corticothérapie trop
rapidement pour des poussées peu sévères, sans avoir testé d’autres
traitements. Après avoir écarté les pièges de certaines
« fausses corticodépendances » dues à une
intrication avec des troubles fonctionnels digestifs ou, parfois, à
une dépendance « psychologique » au traitement, la
question des immunosuppresseurs doit être posée. La recommandation
classique était d’introduire l’azathioprine lorsque le patient
avait été exposé à la prednisone pendant plus de 6 mois, des
rechutes étant survenues lors des tentatives de décroissance [26].
Ce délai n’est plus acceptable si la rechute survient à un palier
élevé ou si la tolérance du traitement est médiocre. Il faut en
effet tenir compte de l’obligation de maintenir les corticoïdes
jusqu’à l’apparition de l’effet de l’azathioprine, ce qui demande
souvent quelques mois. De façon schématique, on peut ainsi
considérer qu’un patient qui rechute à un palier supérieur à
20 mg/j devrait se voir proposer d’emblée un
immunosuppresseur. Le cadre de la corticodépendance peut aussi être
élargi aux patients qui rechutent peu de temps après l’arrêt du
traitement. Certains auteurs vont au-delà, considérant que le
risque de corticodépendance est tel que tous les patients ayant une
maladie de Crohn traitée par des corticoïdes (budésonide exclu)
devraient recevoir un immunosuppresseur [1, 28]. Cette attitude
n’est pas encore admise par tous car elle risque de conduire à
« surtraiter » certaines formes de MC d’évolution
bénigne. Elle pourrait toutefois s’imposer rapidement, surtout si
l’on parvenait à identifier des critères indiquant un risque élevé
d’évolution péjorative.
Lorsque la décision est prise, le délai d’action de l’azathioprine
ou du méthotrexate expose le patient, comme on l’a vu, à recevoir
pendant quelques mois supplémentaires des corticoïdes. L’intérêt
d’utiliser l’infliximab dans cette situation a été récemment évalué
par le Getaid [29]. Un essai a montré que l’administration de
3 perfusions du produit, selon le schéma 0, 2 et
6 semaines, associée à l’azathioprine permettait d’atteindre
plus souvent la rémission sans corticoïdes à 3, 6 et 12 mois,
comparée à la prise d’azathioprine associée à un placebo. Cet usage
de l’infliximab, qui se situe en amont des indications de l’AMM,
pourrait se développer.
Cicatriser les lésions ?
Obtenir la cicatrisation des lésions intestinales est
théoriquement souhaitable. On peut ainsi espérer améliorer la
qualité de la rémission et prévenir certaines complications. Dans
la maladie de Crohn, les études du Getaid ont montré que les
corticoïdes étaient peu efficaces pour atteindre cet
objectif : après 7 semaines de prednisone à
1 mg/kg/j, moins d’un tiers des patients avaient des lésions
iléocoliques cicatrisées. Ni l’intensité ni la durée de la
corticothérapie ne semble corrélée à la qualité ou à la vitesse de
la cicatrisation. Les rechutes n’étaient pas plus tardives chez les
patients ayant cicatrisé. Aussi est-il inutile de vérifier
l’amélioration endoscopique pour ajuster la décroissance du
traitement. Une étude utilisant le budésonide a également montré
des taux faibles de cicatrisation après 1 an de traitement
[30].
Dans la maladie de Crohn, l’effet principal de la corticothérapie
reste donc de faire disparaître rapidement les symptômes et non les
lésions. Si l’on souhaite atteindre ce dernier objectif, du fait
par exemple de la menace de complications liée à la sévérité des
lésions, il faut opter pour d’autres traitements. Les résultats
obtenus avec l’infliximab semblent meilleurs mais restent
insuffisants [31]. C’est avec l’azathioprine que les taux de
rémission endoscopique les plus élevés ont été observés, mais ce
résultat n’est obtenu qu’après de nombreux mois de traitement [30,
32].
Les données concernant l’effet des corticoïdes dans la RCH sont
moins nombreuses : des études anciennes suggèrent qu’ils
pourraient avoir une meilleure efficacité sur les lésions dans
cette affection [8, 10]. Une étude a suggéré que l’obtention d’une
cicatrisation histologique des lésions était associée à un taux
plus faible de rechute [33]. Ces données paraissent toutefois
insuffisantes pour recommander de prolonger la corticothérapie sur
le seul argument que la rémission endoscopique ou histologique
n’est pas atteinte.
Améliorer la tolérance
La liste des effets indésirables de la corticothérapie est assez
impressionnante. En pratique, compte tenu des schémas utilisés dans
les MICI, on est confronté à trois types d’effets secondaires.
Des manifestations fréquentes, plutôt bénignes mais
gênantes : modifications de l’apparence, acné et signes
cutanés, hyperphagie et prise de poids, irritabilité et insomnie.
Ces effets, volontiers minimisés par les médecins lors de la
prescription, seront souvent soulignés par les malades qui les
jugeront parfois insupportables au point de refuser, par la suite,
une nouvelle cure de corticoïdes. La meilleure prévention de cette
« corticophobie » consiste à réduire au maximum le temps
d’exposition aux fortes doses de prednisone (voir ci-dessus).
L’efficacité du régime pauvre en sel est incertaine, la rétention
hydrosodée jouant un rôle mineur (ou nul) sur la prise de poids.
Cette mesure contraignante nous semble inutile chez des sujets
jeunes, par ailleurs en bonne santé ; il en est de même des
régimes diabétiques préventifs et de la supplémentation
systématique en potassium.
Des complications rares mais potentiellement graves :
infections opportunistes, diabète, accès maniaque ou épisode
délirant, ostéonécrose aseptique, fracture osseuse, glaucome,
myopathie. Ces complications constitueront souvent une
contre-indication à réutiliser la corticothérapie ;
lorsqu’elles surviennent, un immunosuppresseur doit donc être
discuté pour ne pas être à nouveau confronté à une indication de
corticoïdes.
Des effets secondaires insidieux, s’installant sur le long
terme : ostéoporose, cataracte, insuffisance
surrénalienne. Pour ces complications, une surveillance est
indispensable et une prévention possible. Il est utile de mesurer
la densité osseuse (examen encore non remboursé par la sécurité
sociale) au début d’une corticothérapie s’il existe des facteurs de
risque associés : âge supérieur à 50 ans, ménopause
précoce ou aménorrhée prolongée, antécédents de corticothérapie,
antécédents familiaux d’ostéoporose, etc. S’il n’y a pas eu de
mesure initiale, il est justifié de la demander si la
corticothérapie est prolongée au-delà de 3 mois, ce qui est
souvent le cas. Tous les patients traités par corticoïdes devraient
bénéficier d’un supplément de calcium et de vitamine D, ce
traitement simple ayant prouvé son efficacité pour limiter la perte
osseuse. Chez les patients qui présentent une ostéopénie associée à
d’autres facteurs de risque et en cas d’ostéoporose (T
score < – 2,5 DS), la prescription de
biphosphonates est justifiée [34]. Un examen ophtalmologique
régulier est aussi utile. Il est prudent de tester la fonction
surrénalienne si le traitement corticoïde a été maintenu pendant
plus de 3 mois en réalisant un test à l’ACTH ; si ce test
est anormal ou en attendant ses résultats, un traitement par
hydrocortisone (20-40 mg/j) est administré.
Conclusion
Les corticoïdes restent une arme précieuse pour traiter les
poussées de MICI mais les patients craignent ce traitement qui est
responsable d’effets secondaires gênants et parfois sérieux. Leur
usage doit donc être plus modéré que par le passé, en privilégiant
les formes topiques (budésonide, lavements de prednisolone) et en
évitant les traitements prolongés. Il est important d’anticiper que
la plupart des malades traités par les corticoïdes se retrouveront,
dans un avenir parfois très proche, confrontés à une nouvelle
indication. Comme la qualité de la rémission obtenue lors d’une
cure ne semble pas avoir d’influence sur l’histoire naturelle de la
maladie, des compromis doivent être trouvés entre le souhait d’une
efficacité symptomatique immédiate et complète et le besoin d’une
tolérance acceptable par le patient. Dans les formes chroniques
actives, éliminer les corticoïdes devient l’objectif primordial, au
prix parfois d’un contrôle symptomatique moins strict de la
maladie. Lorsqu’il devient clair que la corticothérapie ne
constitue pas la solution thérapeutique, parce qu’elle est
inefficace ou doit être maintenue à des posologies trop élevées
pour permettre le contrôle de la maladie, il est inutile d’exposer
inutilement le patient à ses effets secondaires : des
alternatives doivent être rapidement recherchées avec les
immunosuppresseurs, l’infliximab ou la chirurgie.
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En résumé
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• Les corticoïdes restent le traitement de base des
poussées modérées ou sévères de MICI.
• Leurs posologies doivent être adaptées à la situation
clinique : 30 ou 40 mg/j de prednisone (ou prednisolone)
dans les poussées modérées, les posologies plus fortes
(1 mg/kg/j ou 60 mg/j) étant réservées aux poussées plus
sévères ou résistantes.
• La corticothérapie doit être diminuée dès qu’une réponse
clinique franche a été obtenue.
• Le budésonide a une meilleure tolérance que les corticoïdes
classiques et il doit être préféré en cas d’atteinte iléocolique
droite.
• Les lavements de préparations magistrales utilisant la
prednisolone sont efficaces et bien tolérés dans les formes
coliques gauches de RCH résistantes aux aminosalicylés.
• La corticorésistance peut être affirmée dès 1 à
2 semaines de traitement à 1 mg/kg sans amélioration
significative.
• La corticodépendance correspond à une rechute de la maladie
à un palier de plus de 20 mg/j.
• Limiter la durée du traitement est la meilleure prévention
des effets secondaires de la corticothérapie.
• L’ostéoporose et la cataracte sont des complications
insidieuses qui doivent être dépistées.
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