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Pharmacologie clinique comparée des inhibiteurs de la pompe à protons : 40 mg\j est‐elle la dose standard optimale du traitement d‘attaque des maladies liées à l‘acide ?


Hépato-Gastro. Volume 11, Numéro 2, 129-35, Mars-Avril 2004, Mini‐revue1


Résumé  

Auteur(s) : Claude Matuchansky, Hépato‐gastroentérologie et assistance nutritive, Hôpital Lariboisière, Paris E‐mail : claude.matuchanskywanadoo.fr .

Résumé : Cette analyse est une approche comparative, destinée au clinicien, des similitudes et des différences d‘ordre pharmacologique, pharmacocinétique et pharmacodynamique entre les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) actuellement disponibles sur le marché. En particulier, les cinq IPP actuels ayant été initialement introduits sur le marché à une dose unitaire orale différente selon la molécule, peut‐on définir aujourd‘hui une dose standard optimale pour le traitement d‘attaque des maladies liées à l‘acide ? Les IPP ont de nombreux points pharmacologiques communs : à partir d‘un même noyau benzimidazole substitué, ils ont une structure propre variant selon la nature du substitut. Ils expriment aussi similitudes et différences en matière de biodisponibilité (constante à partir de J1 pour le lansoprazole, le pantoprazole et le rabéprazole, croissante de J1 à J5 pour l‘oméprazole et l‘ésoméprazole), de relation dose‐concentration plasmatique (linéaire pour le lansoprazole, le pantoprazole et le rabéprazole, dose‐dépendante mais non linéaire pour l‘oméprazole et l‘ésoméprazole), de délai d‘apparition et de durée d‘action (l‘action serait théoriquement plus durable avec le pantoprazole parce que la restauration de la sécrétion acide y implique la synthèse de nouvelles pompes à protons), de variations inter‐individuelles de l‘inhibition sécrétoire (amorties avec l‘ésoméprazole par rapport à l‘oméprazole et avec le pantoprazole), d‘interférences métaboliques et médicamenteuses (peu nombreuses et de signification clinique limitée pour l‘oméprazole, le lansoprazole et l‘ésoméprazole, encore non rapportées pour le rabéprazole et le pantoprazole). En matière de dose standard journalière, nombreuses sont aujourd‘hui les données indiquant que l‘action antisécrétoire de tous les IPP, de première ou de deuxième génération, est équivalente sur la base du milligramme. Finalement, de très récents travaux et analyses suggèrent que la dose standard optimale du traitement d‘attaque par IPP des maladies liées à l‘acide se situe vers 40 mg\\j.

Mots-clés : inhibiteur de la pompe à protons, pharmacologie, pharmacocinétique, posologie, maladies liées à l‘acide, reflux gastro‐œsophagien.

ARTICLE

Auteur(s) : Claude Matuchansky*

* Hépato-gastroentérologie et assistance nutritive, Hôpital Lariboisière, Paris
E-mail : claude.matuchansky@wanadoo.fr

Les cinq inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) actuellement disponibles ont été initialement introduits sur le marché, dans leur forme de présentation orale, à une dose unitaire (dose « standard ») différente selon la molécule : 20 mg pour l'oméprazole et le rabéprazole, 30 mg pour le lansoprazole, 40 mg pour le pantoprazole et l'ésoméprazole. Des présentations à demi-dose sont également disponibles pour toutes les spécialités. Peut-on, aujourd'hui, définir une dose seuil quotidienne d'IPP pour le traitement d'attaque des maladies liées à l'acide, en particulier pour celui de la pathologie liée au reflux gastro-œsophagien (RGO) ? L'approche rationnelle d'une telle dose intéresse le clinicien, non seulement pour sa pratique quotidienne, mais aussi pour éclairer des données pharmacocinétiques et pharmacodynamiques jusque-là considérées comme étant affaires de spécialiste. Cette approche est le propos de cette analyse pharmacologique et thérapeutique.

Similitudes et différences pharmacologiques, pharmacocinétiques et pharmacodynamiques entre les IPP

Les IPP ont de nombreux points pharmacologiques communs

Benzimidazoles substitués, ils ont, à partir d'un même noyau, pyridinyl-2-méthylènesulfinyl benzimidazole, une structure propre variant selon la nature du substitut sur la pyridine et le benzimidazole. Ils ont pour cible la, ou plutôt, les pompes à protons actives (stimulées), c'est-à-dire les molécules d'ATPase H+/K+ gastrique – enzyme effectrice terminale de la sécrétion acide et située au pôle apical de la cellule pariétale –, et fonctionnent tous comme des prodrogues. Base faible « protonable », l'IPP est converti dans le canalicule de la cellule pariétale en un sulfénamide tétracyclique cationique, métabolite actif se liant par covalence, via des ponts disulfures, à des cystéines-cibles disponibles à la surface d'une sous-unité α des pompes à protons. Le canalicule de la cellule pariétale gastrique est le site le plus acide (pH ≤ 1) de l'organisme ; de nombreux autres compartiments acides de l'organisme, tels que les phagolysosomes du système immunitaire non spécifique, les granules sécrétoires notamment chromaffines, le complexe de Golgi, les mitochondries ou les vacuoles acides des ostéoclastes ont des pH – générés par leurs ATPases (de type V) – allant de 3,6 à 6,0 et en moyenne de 5 [1, 2]. Dans ces compartiments cellulaires faiblement acides (pH @ 5), l'activation chimique des prodrogues d'IPP n'est pas souhaitable ni bien sûr souhaitée : c'est le rapport entre la demi-vie (t1/2) d'élimination plasmatique de l'IPP (qui mesure sa disponibilité au niveau de la cible) et son t1/2 d'activation chimique à un pH donné qui rendrait compte de la sélectivité de l'IPP pour les pH très acides, donc de sa stabilité à pH 5, bien que l'intérêt de ce rapport pour l'ésoméprazole ait été contesté [3]. Le t1/2 d'élimination plasmatique des cinq IPP est court et similaire (@ 1 h) (tableau 1), mais, à des pH de 3,5 à 7,4, l'IPP le plus stable – et donc, le plus gastro-sélectif dans son effet sur les ATPases – serait le pantoprazole : à pH 5, son t1/2 d'activation chimique est de 4,7 h. t1/2 nettement plus long que celui de l'oméprazole (1,4 h), du lansoprazole (1,5 h) ou du rabéprazole (0,12 h) [4]. Par contre, dans le milieu gastrique à pH fortement acide (0,8 à 1,2) où se trouve leur cible pharmacologique, les IPP ont des t1/2 d'activation chimique similaires et très courts, de 1,3 à 4,6 min, ce qui explique qu'il n'y ait guère d'accumulation plasmatique, même lorsque leurs diverses clairances (y compris rénale) sont significativement diminuées [5].

Tableau 1. Paramètres pharmacocinétiques principaux des IPP : moyennes ou extrêmes. D'après Yacyshyn et Thomson [14]



Variable Oméprazole 20 mg Lansoprazole 30 mg Pantoprazole 40 mg Rabéprazole 20 mg Ésoméprazole 40 mg
ASC0-241 au 1er jour (mmol.h/L) 1,11 5,01 9,93 0,86 4,32
Cmax2 (mmol/L) 0,7 2,25 5,73 0,48 2,4
t½ (h) 0,7 1,5 1,2 1,0 0,9
Biodisponibilité3 au 1er jour (%) 30-40 91 77 52 64
Linéarité (relation dose-concentration) non oui oui oui non
1 L'ASC plasmatique augmente de 159 % pour l'ésoméprazole, avec la répétition des prises de J1 à J5 [43].
2 La Cmax plasmatique augmente de 95 % pour l'ésoméprazole, avec la répétition des prises de J1 à J5 [43, 44].
3 La biodisponibilité est constante, dès J1, pour le lansoprazole, le pantoprazole et le rabéprazole, et croissante avec la répétition des prises à partir de J1 pour l'oméprazole (de 35 à 60 %, de J1 à J5 respectivement) et l'ésoméprazole (64 à 89 %, respectivement).
ASC0-24 : aire sous la courbe de concentration à J1 ; Cmax : concentration plasmatique maxima ; t½ : demi-vie d'élimination.

La biodisponibilité des IPP

Après administration orale, elle varie de l'un à l'autre (tableau 1). Celle de l'oméprazole est initialement faible (à l'issue des premières prises), de l'ordre de 35-40 %, mais augmente à 65 % avec la répétition des prises : cela peut refléter une amélioration de l'absorption à la faveur de l'élévation du pH gastrique. Celle de l'ésoméprazole augmente aussi avec la répétition des prises : elle est à J1 de 50 % pour la dose de 20 mg/j et de 64 % pour celle de 40 mg/j, et à J5 de 68 % et 89 % pour ces deux doses respectivement [6]. Le pantoprazole a une biodisponibilité constante avec le temps et indépendante de la dose, d'environ 77 % [5]. Celle du lansoprazole est également forte et constante avec le temps (de 80 à 91 %), mais elle baisse avec la réduction des doses au-dessous de 20 mg/j. Le rabéprazole et le lansoprazole ont un délai d'apparition de l'inhibition sécrétoire maximale plus rapide que celui des autres IPP [5, 7, 8].

La relation dose-concentration plasmatique

Elle est linéaire pour le rabéprazole et le pantoprazole, après administration unique ou répétée. Elle est également linéaire pour le lansoprazole à la dose standard (30 mg/j) mais ne l'est plus au-dessous de 20 mg/j [9]. Pour l'oméprazole et l'ésoméprazole, la cinétique est dose-dépendante mais non linéaire (tableau 1). Les aires sous la courbe de concentration plasmatique (ASC) sont, en mg.h/ml, de 0,2 à 1,2 pour l'oméprazole 20 mg, de 1,7 à 5 pour le lansoprazole 30 mg, 2 à 5 pour le pantoprazole 40 mg, 0,8 à 1 pour le rabéprazole 20 mg [5] ; pour l'ésoméprazole 20 mg, l'ASC est supérieure de 70-80 % à celle de l'oméprazole 20 mg et, pour l'ésoméprazole 40 mg, elle est 5 fois supérieure à celle de l'oméprazole 20 mg [3, 6, 10-12].

Les variations inter-individuelles d'inhibition sécrétoire

Elle sont plus importantes pour certains IPP (jusqu'à 30 % pour ce qui est du pH intra-œsophagien ou gastrique avec le lansoprazole et l'oméprazole) [13] que pour d'autres comme le pantoprazole [5, 14] ou l'ésoméprazole [11, 12].

Dose optimale journalière

Nombreuses sont aujourd'hui les données suggérant que la dose optimale habituelle du traitement d'attaque par IPP des maladies liées à l'acide se situe vers 40 mg/j.
Dans l'œsophagite par RGO, plusieurs études, dont certaines sont analysées dans une revue générale exhaustive de 1999 [15] et d'autres sont très récentes [10, 14, 16] concluent que la dose quotidienne de 40 mg d'IPP est plus efficace, en traitement d'attaque, que celle de 20 mg. Ainsi, pour l'oméprazole et l'ésoméprazole, le taux de cicatrisation des œsophagites augmente-t-il lorsqu'on passe du racémique (oméprazole, qui mélange en quantités égales ses deux isomères R et S) 20 mg au racémique 40 mg, du même pourcentage (10 à 15 %) que lorsqu'on passe de l'isomère S (ésoméprazole) 20 mg à l'isomère S 40 mg [14, 15, 17]. L'oméprazole et l'ésoméprazole ont le même métabolite (un sulfénamide tétracyclique cationique) actif sur les pompes à protons que les autres IPP. Ce métabolite est une molécule achirale (c'est-à-dire qu'elle n'a pas d'inverse optique) et il n'y a donc aucune raison pharmacodynamique pour que le racémique ait une action différente de chacun de ses isomères sur les pompes protoniques [11, 15] ; d'ailleurs, les isomères R et S inhibent au même degré la sécrétion acide de glandes gastriques isolées [19] et ont, sur la base d'une même posologie en milligramme, une activité identique [11]. Effectivement, ce n'est pas par une plus grande activité sur l'effecteur (pompes à protons) que s'expliquerait la plus forte inhibition de la sécrétion acide par l'ésoméprazole mais par une particularité métabolique : la clairance intrinsèque de l'isomère S, inférieure à celle du mélange des deux isomères (oméprazole), n'est que le tiers de celle de l'isomère R et le métabolisme par le cytochrome P450 2C19 au premier passage hépatique est moindre [11, 12].
Pour ce qui est du pantoprazole, sa dose standard, qui est de 40 mg depuis son introduction sur le marché, inhibe significativement plus la sécrétion acide, notamment nocturne, que celle de 20 ou 10 mg [19]. De même, le lansoprazole 30 mg [20], comme le pantoprazole 40 mg [21], a une activité antisécrétoire supérieure à celle de l'oméprazole 20 mg mais similaire à celle de l'oméprazole 40 mg [8, 22]. Les raisons pour lesquelles quelques études ont trouvé, de façon surprenante, une équivalence d'activité entre les doses de 20 mg d'oméprazole et celle de 40 mg d'autres IPP comme le pantoprazole ou le lansoprazole ont été clairement analysées dans le détail [14].
Enfin, dans les pays, comme le Canada ou l'Autriche, où le dosage d'IPP à 40 mg n'existait pas (sauf pour le pantoprazole dont c'est le dosage standard), la prescription des IPP disponibles sous la forme de comprimés ou de gélules dosés à 20 mg a été nettement supérieure à celle des pays disposant aussi de la présentation « double dose standard » à 40 mg [14]. De même, un intéressant audit canadien sur la prescription d'IPP d'août 1998 à juillet 2000 a montré que la nécessité de prescrire des doubles doses a été 3 fois plus fréquente pour l'oméprazole 20 mg et 1,5 fois plus fréquente pour le lansoprazole 30 mg que pour le pantoprazole 40 mg [14].

Durée d'action

Les IPP inhibent la sécrétion acide de façon beaucoup plus prolongée que ne le laisserait supposer leur temps de demi-vie plasmatique qui n'est en moyenne que de 1 h (extrêmes 0,6 à 1,9) chez l'homme [23], suite d'une part à leur accumulation-concentration (par un facteur @ 1000) à la surface exoplasmique du canalicule sécrétoire de la cellule pariétale stimulée et, d'autre part, à la liaison, irréversible pour certains, de leur métabolite actif (un sulfénamide tétracyclique cationique) sur la cible finale que sont les molécules d'ATPase H+/K+ (pompes protoniques activées). Le rabéprazole a une durée d'action plus courte en raison d'une plus grande possibilité de dissociation [5] ; il se lie à plusieurs cystéines superficielles de la pompe à protons (813 comme tous les IPP, 892 comme l'oméprazole, 321 comme le lansoprazole) [8].
Cela étant, malgré un effet antisécrétoire quantitativement similaire sur la base du milligramme, la vitesse de restauration de la sécrétion acide, après arrêt de l'IPP, semble différente selon la molécule, démentant l'assertion classique selon laquelle, une fois terminée l'action de l'IPP, le mécanisme principal sinon exclusif de cette restauration serait la biosynthèse de nouvelles pompes protoniques [24] et non pas la réactivation (par réduction des ponts disulfures liant l'IPP) des pompes préalablement inhibées. Des mécanismes donc différents, selon l'IPP, interviennent dans la restauration sécrétoire. Aujourd'hui, la pharmacodynamie renseigne le clinicien sur ces mécanismes : pour l'oméprazole (racémique) comme pour ses isomères R et S (ésoméprazole), pour le rabéprazole comme pour le lansoprazole, la restauration sécrétoire est subtotale (75 à 89 %), voire complète, sous l'effet des agents réducteurs de ponts disulfures (glutathion ou dithiothréitol) liant l'IPP aux pompes ; celles-ci peuvent donc être réactivées. Avec le pantoprazole, les agents réducteurs n'ont aucun effet significatif sur la réactivation des pompes protoniques, ce qui traduit l'irréversibilité de leur liaison covalente à cet IPP [25]. La restauration acide après arrêt du pantoprazole implique donc la re-synthèse de novo de pompes protoniques, synthèse dont le t1/2 avoisine 50 h chez l'animal [25] et 46 h chez l'homme selon un modèle pharmacocinétique validé pour l'administration répétée d'IPP [26] ; dans ce même modèle, le t1/2 de restauration acide n'est que de 27,5 h pour l'oméprazole et de 13 h pour le lansoprazole [26]. Ces données suggèrent que la durée d'action du pantoprazole devrait être plus prolongée que celle des autres IPP en clinique humaine.
Les mécanismes moléculaires de ces différences ont été récemment suggérés par l'équipe de Sachs et al. [25], connue pour être une des leaders mondiaux en biologie cellulaire de la sécrétion gastrique. Ainsi, la cystéine-clé 813, à laquelle se lie par covalence le métabolite actif de tous les IPP, est superficielle au sein de la molécule d'ATPase (pompe protonique), à l'entrée exoplasmique de son 6e segment transmembranaire, et serait facilement accessible aux agents, tels que le glutathion, réduisant in vivo les liaisons covalentes à l'IPP (le glutathion est effectivement présent, à une concentration d'environ 3 mmol/L, dans le cytoplasme de la cellule pariétale). Mais, de plus, le pantoprazole est le seul des cinq IPP à pouvoir se lier par covalence à une cystéine (en position 822) située beaucoup plus en profondeur dans le domaine membranaire de la sous-unité α de la pompe et plus difficilement accessible à la réduction in vivo par le glutathion.

Interférences métaboliques et médicamenteuses

Tous les IPP sont métabolisés dans le foie par les cytochromes P450 [5, 27, 28]. L'ésoméprazole est moins métabolisé par l'isoforme CYP 2C19 (73 %) que ne l'est l'oméprazole (98 %), mais l'est davantage par l'isoforme CYP 3A4 (27 % versus 2 %) qui conduit à un métabolite sulfone : ses risques théoriques d'interaction avec les médicaments métabolisés par le CYP 2C19 seraient donc plus faibles qu'avec l'oméprazole et, comme pour ce dernier, peu susceptibles d'avoir une signification clinique [29]. Le lansoprazole est également métabolisé par les isoformes CYP 2C19 et CYP 3A4. Il en est de même du pantoprazole, mais une particularité de celui-ci est qu'il a une moins grande affinité pour les cytochromes P450 et est aussi métabolisé par une sulfotransférase qui ne fait pas partie du système des CYP et est non saturable [5].
Finalement, l'oméprazole, l'ésoméprazole et le lansoprazole ont un potentiel d'interactions médicamenteuses théoriquement plus grand que le pantoprazole et le rabéprazole [8, 12], mais leur incidence et leur signification cliniques sont très faibles. En pratique, le lansoprazole n'a guère d'interférences médicamenteuses, en dehors d'une faible diminution des concentrations de théophylline et peut-être d'une légère diminution d'efficacité des contraceptifs oraux [8]. L'oméprazole et l'ésoméprazole peuvent probablement interagir avec le diazépam, la phénytoïne, la warfarine R et le cisapride, mais ces interactions sont peu susceptibles d'avoir une signification clinique [12]. Il n'a pas été rapporté, jusqu'à aujourd'hui, d'interaction médicamenteuse avec le rabéprazole ou avec le pantoprazole [5, 8].

Actualité des essais comparatifs

Deux importants travaux de synthèse, rassemblant les résultats comparatifs des divers IPP dans la pathologie du RGO et la maladie ulcéreuse [22, 30] viennent d'être publiés. Leur intérêt tient notamment à la rigueur de leurs critères d'inclusion. Contrairement aux classiques méta-analyses qui comparent les effets des IPP entre eux en incluant les résultats d'essais comparant un IPP donné au placebo, seuls y ont été retenus les essais cliniques : a) contrôlés, randomisés et de bonne qualité méthodologique (jugée, dans la première analyse [22], sur l'échelle de Jadad et al. [31]) ; b) comparant directement au moins deux IPP « en tête-à-tête » (doses standard, faibles ou fortes) et publiés pour ce qui de la première analyse [22] sous forme d'articles originaux « pleins » de 1988 à 2002 et, pour ce qui est de la deuxième méta-analyse [30], sous forme d'articles pleins (jusqu'en septembre 2002) ou de résumés de l'American Gastroenterological Association (1995-2002) et de l'European Helicobacter pylori Study Group (1996-2002).

Première méta-analyse

Dans la première analyse [22], les taux d'articles retenus ont été de 7,6 % (276 sur 3 624 publiés) pour l'ensemble des IPP actuels du marché et, selon l'IPP, de 19 % (1 092 sur 5 734) pour l'oméprazole, 25 % (274 sur 1100) pour le lansoprazole, 100 % (406 sur 406) pour le pantoprazole, 100 % (222 sur 222) pour le rabéprazole, 37 % (1 065 sur 2 914) pour l'ésoméprazole. Les principales conclusions, suggérées à partir des 2 plus hauts des 5 niveaux de preuve retenus, concernent notamment la pathologie du RGO et ont été les suivantes : a) en traitement d'attaque, les faibles doses (10, 15 ou 20 mg) d'IPP sont moins efficaces que les doses standard (30 ou 40 mg) aussi bien pour le contrôle des symptômes cliniques que pour la cicatrisation de l'œsophagite ; b) l'ésoméprazole 40 mg (qui a été comparé, dans les essais « en tête-à-tête » publiés avant 2003, au lansoprazole 30 mg, à l'oméprazole 20 mg et à lui-même 20 mg) donnent des taux de cicatrisation légèrement supérieurs (d'environ 4 à 10 %) ; c) en traitement d'entretien du RGO, les faibles doses donnent des résultats similaires à ceux des doses standard. Cette méta-analyse fait un état des lieux constructif en matière de pharmacologie clinique des IPP, en pointant que : d'une part, est nécessaire un plus grand nombre d'essais comparatifs « en tête-à-tête » ayant comme cible les symptômes cliniques de reflux ; d'autre part, manquait jusqu'à la fin de l'année 2002 la publication d'essais comparatifs et de bonne qualité méthodologique – selon les critères précités – sur les effets à long terme (au-delà de 6 mois) des divers IPP sur le RGO [22].
Depuis, ont été publiés en articles originaux les résultats de trois importants essais [32-34] multicentriques contrôlés et randomisés (669, 5 241 et 217 patients respectivement), répondant aux critères de qualité méthodologique précités [22] et comparant dose à dose pantoprazole 40 mg et oméprazole 40 mg dans le premier essai [32], ésoméprazole 40 mg et lansoprazole 30 mg dans le second [33], pantoprazole 40 mg et ésoméprazole 40 mg dans le troisième [34], sur la cicatrisation [32, 33] et la rémission clinique [34] de l'œsophagite par RGO : a) sur la cicatrisation de l'œsophagite, l'efficacité du pantoprazole 40 mg et de l'oméprazole 40 mg (ce dernier étant dans sa présentation optimale de microgranules gastro-résistants) était strictement équivalente (en intention de traiter à 4 et 8 semaines : 77 % et 94 % respectivement de taux de cicatrisation pour l'ésoméprazole, 75 % et 93 % pour le pantoprazole) [32] ; par contre l'ésoméprazole 40 mg s'est avéré légèrement plus efficace que le lansoprazole 30 mg (93 % versus 89 % de cicatrisation à 8 semaines) [33] ; b) sur l'obtention d'une rémission au minimum notable des signes cliniques (rémission jugée sur une échelle validée), pantoprazole et ésoméprazole ont une efficacité globale identique ; le pantoprazole, néanmoins, réduit les symptômes typiques de reflux – jugés sur les 24 h (délai moyen 3,7 jours) comme sur la période nocturne (1,7 jour) – plus rapidement que l'ésoméprazole (délai moyen 5,9 jours et 3,5 jours, respectivement) [34]. Ces résultats se voient complétés par ceux de deux travaux comparatifs d'IPP « tête-à-tête » présentés à des congrès et répondant aux mêmes critères de qualité méthodologique précités [22]. Le premier, présenté au congrès de l'AGA et publié sous forme de résumé, montre, chez 227 patients ayant une œsophagite par RGO, un effet similaire (88 % de cicatrisation globale à 8-10 semaines) de l'ésoméprazole 40 mg et du pantoprazole 40 mg [35]. Les résultats du second ont été annoncés dans un résumé [36] et affichés à l'European Digestive Week 2003 : comparant ésoméprazole 40 mg et pantoprazole 40 mg, cet essai montrerait une supériorité de l'ésoméprazole sur la cicatrisation et la rapidité de rémission clinique de l'œsophagite. Enfin, une dernière étude comparative « tête-à-tête » (contrôlée, randomisée, double aveugle et en cross-over) très récemment publiée [37] montre qu'au cours du RGO symptomatique, 40 mg d'ésoméprazole et 40 mg de pantoprazole ont un effet strictement équivalent à J7 sur le pH intra-œsophagien (mesuré en continu sur 24 h) : cet effet est plus rapidement installé et stable sur 7 j avec le pantoprazole (biodisponibilité constante), mais plus progressif avec l'ésoméprazole (biodisponibilité croissante de J1 à J7), et le pourcentage (sur 24 h) du temps de reflux acide (pH < 4) est, à J7, inférieur à 3 % pour chacun des deux IPP (versus 21 % et 20 % respectivement, avant traitement). Pourtant, l'ésoméprazole est connu pour développer un effet anti-sécrétion gastrique acide plus puissant que celui, déjà puissant, des autres IPP [11, 38] : l'explication de cette apparente discordance vient certainement de ce que la pH-métrie intra-œsophagienne continue sur 24 h (qui explore directement l'organe anormalement exposé à l'acide) est l'étalon-or du diagnostic sans équivoque du RGO [39], l'idéal pour l'évaluation de l'efficacité d'un médicament anti-RGO étant de mesurer simultanément pH œsophagien et pH gastrique [40].

Deuxième méta-analyse

Dans l'autre méta-analyse [30], qui traite des effets comparatifs des divers IPP associés à l'antibiothérapie sur l'éradication de Helicobacter pylori, la proportion de travaux retenus a été de 42 % (14 sur 33) ; les 19 travaux exclus l'ont été notamment pour leur méthodologie (pas de randomisation, administration de l'IPP en une seule prise) ou parce qu'il s'agissait d'un doublon de publication. Sa principale conclusion est que les IPP, donnés à une dose journalière différente, ont une efficacité similaire, les uns par rapport aux autres, à condition de les prescrire (en association, bien sûr, à la désormais classique antibiothérapie double) à une dose double (en 2 prises) de la dose standard quotidienne habituellement préconisée pour chaque molécule. Ces résultats suggèrent que, pour l'éradication de Helicobacter pylori en association à l'antibiothérapie, la dose seuil utile d'IPP est égale ou supérieure à 40 mg/j.

Conclusion

Nombreuses sont, aujourd'hui, les données suggérant, pour le traitement d'attaque des maladies liées à l'acide – incluant la pathologie du reflux gastro-œsophagien –, une dose standard optimale de 40 mg/j d'IPP, y compris pour ceux de deuxième génération [2, 5, 14, 41] : ces données indiquent une équivalence d'action entre les IPP sur la base du milligramme, exprimant par là des similitudes qui sont à intégrer aux différences pharmacologiques exprimées par la notion actuelle d'IPP de première et deuxième génération [42].

 

• Les inhibiteurs de la pompe à proton sont des benzimidazoles substitués qui sont convertis à pH acide dans le canalicule de la cellule pariétale en sulfénamide tétracyclique cationique, métabolite actif se liant par covalence par des ponts disulfures aux pompes à protons (ATPases H+/K+).
• La stabilité des inhibiteurs de la pompe à protons à pH supérieur à 3,5 est un des facteurs de la gastro-sélectivité.
• La biodisponibilité des inhibiteurs de la pompe à proton augmente avec la répétition des prises pour l'oméprazole et l'ésoméprazole. Celle des autres molécules est d'emblée maximale.
• Les variations inter-individuelles d'inhibition sécrétoire sont plus importantes pour le lansoprazole et l'oméprazole que pour le pantoprazole ou l'ésoméprazole.
• Plusieurs études pharmacologiques et observationnelles des usages de prescription montrent que la dose optimale habituelle du traitement d'attaque par inhibiteurs de la pompe à protons des maladies liées à l'acide se situe vers 40 mg/j.
• La durée d'action des inhibiteurs de la pompe à proton dépend de la réactivation des ATPases H+/K+ par des agents réducteurs des ponts disulfures. Cependant, cette réactivation ne s'observe pas avec le pantoprazole et la restauration de la sécrétion acide dépend de la biosynthèse de nouvelles ATPases.
• Les interférences médicamenteuses des inhibiteurs de la pompe à protons ont une incidence et des conséquences cliniques très faibles.
• Une méta-analyse de méthodologie particulièrement rigoureuse montre que le traitement d'attaque des manifestations cliniques du reflux gastro-œsophagien ou de l'œsophagite nécessite des posologies quotidiennes de 30 à 40 mg. En traitement d'entretien, les posologies de 15 à 20 mg sont suffisantes.

En résumé

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