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Masse hépatique chez une femme de 55 ans


Hépato-Gastro. Volume 11, Numéro 1, 75-7, Janvier-Février 2004, Image commentée


Résumé  

Auteur(s) : Anne‐Sophie Rangheard, Marie‐Pierre Vullierme , Service de radiologie, hôpital Beaujon, 92118 Clichy .

Résumé : Une femme de 55 ans consulte pour des douleurs de l‘hypochondre droit apparues depuis plusieurs semaines. Elle a comme antécédents un adénocarcinome du sein traité par chirurgie et radiothérapie actuellement en rémission. Elle a eu un accident de la voie publique il y a 1 an. À l‘examen clinique, il existe une douleur à la palpation de l‘hypochondre droit. L‘examen biologique met en évidence un syndrome inflammatoire modéré et un bilan hépatique normal. L‘examen scanographique met en évidence une masse spontanément hypodense du segment VIII, à forme triangulaire centrée sur le hile hépatique, parcourue de vaisseaux centraux dans l‘axe de la lésion. Cette lésion présente quelques calcifications punctiformes. Elle n‘est pas rehaussée après injection de produit de contraste iodé. En revanche, après injection, on met mieux en évidence la nature multikystique de la lésion. Il existe quelques voies biliaires dilatées.

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Anne-Sophie Rangheard, Marie-Pierre Vullierme

Service de radiologie, hôpital Beaujon, 92118 Clichy

Quel est votre diagnostic ?

Le diagnostic retenu est celui d’échinoccocose alvéolaire.
L’association en imagerie d’une infiltration multikystique plus ou moins calcifiée à point de départ hilaire, de répartition périvasculaire et d’une dilatation même modérée des voies biliaires intrahépatiques permet quasiment de poser le diagnostic d’échinoccocose alvéolaire. Chez cette femme qui a vécu de nombreuses années dans l’est de la France, le diagnostic a été confirmé par une sérologie hydatique qui s’est avérée positive.
L’échinoccocose alvéolaire est une maladie endémique répandue dans l’est de la France, le sud de l’Allemagne, l’ouest de l’Autriche, le Japon, le nord-ouest des États-Unis, le Canada et la Russie. Les carnivores, essentiellement les renards, sont les hôtes définitifs du parasite (Echinoccocus multilocularis). Les hôtes intermédiaires sont des rongeurs. L’homme devient hôte intermédiaire par accident soit en mangeant des baies sauvages, voire des légumes de jardin potager souillés par les fèces des carnivores, soit au contact d’un animal domestique (chat ou chien) devenu hôte définitif. Chez l’hôte intermédiaire, le parasite peut affecter tous les organes dont la rate, les poumons, le cerveau, le squelette et les muscles, mais le plus souvent c’est le foie qui sera atteint (90 %). Le parasite au stade larvaire atteint le foie par le système porte d’où il infiltre le parenchyme en formant de multiples kystes de 1 à 10 mm de diamètre. Les lésions ont tendance à évoluer vers une nécrose de liquéfaction avec apparition à un stade tardif de calcifications, dans 90 % des cas situées en périphérie de ces zones de nécrose. Une composante solide peut être présente, formée par une nécrose de coagulation et des granulomes. Une infiltration hilaire est présente dans 50 % des cas et se manifeste par une dilatation des voies biliaires intrahépatiques. Le diagnostic repose sur les tests immunologiques qui sont communs aux autres hydatidoses. On peut également avoir recours à une biopsie hépatique.
Un traitement médical par benzimidazoles (Albendazole®) permet de stabiliser l’évolution des lésions mais le traitement curatif est chirurgical quand la résection est possible. Lorsque les lésions sont très importantes, on peut avoir recours à la transplantation hépatique.
Il faut penser au diagnostic d’échinoccocose alvéolaire chez les patients ayant vécu en zone d’endémie, en gardant à l’esprit que la maladie peut se manifester entre 5 à 20 ans après la contamination.

Diagnostic différentiel

Devant cette masse multiloculaire avec dilatation biliaire, un cholangiocarcinome aurait pu être discuté. La nature kystique des lésions et la présence de vaisseaux centrolésionnels étaient contre ce diagnostic. Une rare brucellose intrahépatique doit être évoquée. Cette lésion est calcifiée, ronde, multikystique, mais n’est pas de topographie périportale. L’infestation et la période aiguë sont en général retrouvées à l’interrogatoire. Une rare métastase épidermoïde peut parfois avoir un aspect multiloculé.

Références

• Bresson-Hadni S, Vuitton DA. Échinococcoses. Rev Prat 2001 ; 51 : 2091-8.

• Bresson-Hadni S, Vuitton DA, Bartholomot B, Heyd B, Godart D, Meyer JP, et al. A twenty-year history of alveolar echinococcosis: analysis of a series of 117 patients from eastern France. Eur J Gastroenterol Hepatol 2000 ; 12 : 327-36.

• Kodama Y, Fujita N, Shimizu T, Endo H, Nambu T, Sato N, et al. Alveolar echinococcosis: MR findings in the liver. Radiology 2003 ; 228 : 172-7.

• Yasawy MI, Alkarawi MA, Mohammed AR. Prospects in medical management of Echinococcus granulosus. Hepatogastroenterology 2001 ; 48 : 1467-70.


 

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