ARTICLE
Auteur(s) : Marc Bourlière, Paul Castellani
Service d'hépato-gastroentérologie, Fondation hôpital
Saint-Joseph, 26 bd de Louvain, 13008 Marseille.
E-mail : mbourliere@hopital-saint-joseph.fr et
pcastellani@hopital-saint-joseph.fr
Maladies intra-hépatiques et traitements hormonaux
Cholestase intra-hépatique induite par les COP
C'est la première complication hépatique décrite au cours d'une
contraception orale. La cholestase induite par les œstrogènes est
dose-dépendante. Sa prévalence varie selon les pays. Elle était de
1/4 000 au Chili et en Scandinavie, et inférieure à
1/10 000 en Europe. Actuellement, elle est beaucoup plus
faible du fait de l'utilisation de COP faiblement dosés en
œstrogènes [1]. Sur le plan clinique et épidémiologique, la
cholestase induite par les COP est semblable à la cholestase
intra-hépatique de la grossesse. De nombreux éléments suggèrent
que, dans ces deux affections relevant du même mécanisme, il existe
une prédisposition génétique qui permettrait la révélation d'un
effet dose-dépendant des œstrogènes entraînant une diminution de la
sécrétion biliaire. Ce mécanisme, bien que incomplètement connu,
entraînerait une sensibilité accrue aux œstrogènes plus qu'une
altération de leur métabolisme. Cette hypothèse repose, entre
autres, sur le fait que l'administration d'œstrogènes ou la
grossesse diminuent la clairance de la BSP chez toutes les femmes
mais n'entraînent généralement pas de cholestase. De même,
l'administration d'œstrogènes chez des patientes ayant une maladie
latente du foie (Dubin-Johnson ou cholestase récurrente bénigne)
peut précipiter la cholestase. Les mutations de certains gènes tel
que le multidrug resistance 3 (MDR3) pourraient être en
cause dans l'apparition de la cholestase liée aux COP [2, 3]. La
cholestase se développe dans les 5 à 50 jours après la prise
de COP. Elle associe le plus souvent un prurit, avec anorexie,
asthénie, vomissement et perte de poids. La bilirubine conjuguée
est modérément élevée (40 à 170 µmol/l). Les aminotransférases
sériques, les phosphatases alcalines et la gamma-GT sont normales
ou peu augmentées. L'arrêt des COP entraîne une guérison sans
séquelle dans un délai de 1 à 3 mois. Le traitement des
symptômes repose éventuellement sur l'acide ursodésoxycholique [4].
La survenue d'une cholestase symptomatique sous COP doit conduire à
l'arrêt définitif du traitement. À l'inverse, la survenue d'une
cholestase intra-hépatique de la grossesse ne contre-indique pas
une contraception orale progestative pure ou faiblement dosée en
œstrogènes (20 ou 30 mg d'éthinylœstradiol). Il est préférable
d'attendre la normalisation des tests hépatiques avant de débuter
la contraception. Il faut prévenir la patiente du risque de
récidive et éventuellement contrôler les tests hépatiques après 3 à
6 mois de contraception [5, 6].
Nécrose hépatocytaire
Une augmentation faible et transitoire des aminotransférases
sériques est notée chez la moitié des femmes lors des deux premiers
mois de traitement par les COP. Cette cytolyse est toujours
asymptomatique. Elle ne semble pas en rapport avec la diminution de
la sécrétion biliaire car elle disparaît alors que la rétention de
la BSP persiste [7]. Elle ne doit pas conduire à l'arrêt des COP.
Des formes fulminantes, en particulier en rapport avec des doses
importantes et prolongées de progestatif de synthèse à effet
anti-androgènes (cyprotérone), utilisés dans le cancer de la
prostate, ont été décrites [8]. Les plus faibles doses de ce
traitement, utilisées dans l'acné chez un grand nombre de
patientes, ne semblent donner que des cytolyses minimes qui
régressent à l'arrêt de l'anti-androgène.
Maladies vasculaires du foie et traitements hormonaux [9]
Dilatation sinusoïdale
C'est une affection rare caractérisée par une dilatation des
sinusoïdes en l'absence d'obstruction des vaisseaux efférents du
foie. Les dilatations sinusoïdales associées à la prise de COP
prédominent dans la région péri-portale et médio-lobulaire. La
relation causale entre l'utilisation des COP et la dilatation
sinusoïdale est bien démontrée. La dilatation sinusoïdale est
habituellement asymptomatique. Elle peut se manifester par une
hépatomégalie, des douleurs de l'hypochondre droit. Les anomalies
biochimiques sont le plus souvent absentes et, parfois, on note une
élévation discrète des transaminases sériques, des phosphatases
alcalines et de la gamma-GT. L'échographie peut montrer une
hyperéchogénicité diffuse du foie. Dans une étude allemande, la
dilatation sinusoïdale est observée chez 50 % des patientes
sous COP contre 2,5 % chez les patientes sans COP. La durée
d'utilisation des COP varie de quelques mois à 8 ans. Cette
dilatation sinusoïdale disparaît en 5 à 15 jours après l'arrêt
des COP.
Péliose
Elle est caractérisée histologiquement par l'existence de
cavités intralobulaires remplies de sang et bordées d'hépatocytes,
distribuées au hasard dans le parenchyme hépatique sans
prédominance zonale. Elle est parfois associée à la prise de
COP ; dans la plupart des cas on retrouve cependant une autre
cause et la relation causale n'est pas entièrement démontrée. La
plupart des patientes sont asymptomatiques. Rarement, il existe une
hépatomégalie avec une augmentation discrète des transaminases.
Quelques cas de rupture spontanée de kyste sous-capsulaire ont été
rapportés avec hémorragie massive, choc et douleurs abdominales. La
biopsie hépatique transpariétale est associée à un risque
hémorragique plus important.
Syndrome de Budd-Chiari et thrombose porte
Le risque relatif de thrombose des veines sus-hépatiques
(Budd-Chiari) parmi les utilisatrices de COP est de 2,37 (95 %
IC = 1,05–5,34, p < 0,02) [10]. Le risque
absolu est faible. Le syndrome de Budd-Chiari survient de quelques
semaines à 3 ans après le début de la prise de COP. Sa
fréquence chez les femmes sous COP est similaire à celle des autres
complications cardio-vasculaires : infarctus du myocarde,
accident vasculaire cérébral et embolie pulmonaire. Les
œstroprogestatifs semblent augmenter la fréquence des thromboses
des veines sus-hépatiques en ajoutant leur propre effet thrombogène
à une maladie thrombogène sous-jacente. Il faut donc rechercher
systématiquement un état d'hypercoagulabilité chez toute femme
présentant ce type de complication. Ainsi, dans une étude récente,
deux tiers des femmes sous COP ayant présenté cette complication
avaient un état d'hypercoagulabilité associé.
Quelques observations de thrombose porte associée à la prise de
COP ont été rapportées, mais aucune étude cas-témoins n'a permis
d'en déterminer le risque. Dans la plupart des cas, un état
d'hypercoagulabilité est retrouvé et doit être recherché.
Tumeurs hépatiques et traitements hormonaux (tableau 1)
Tableau 1. Prévalence des
tumeurs hépatiques chez la femme jeune.
D'après Benhamou. J Hepatol 1996 suppl 1 ; 25 :
30-4.
| Tumeur solide |
Prévalence |
|
Hémangiome |
3 % |
| Hyperplasie nodulaire focale |
0,03 % |
|
Adénome |
< 0,001 % |
| Carcinome fibrolamellaire |
< 0,001 % |
|
Hémangioendothéliome épithélioïde |
< 0,001 % |
Tumeurs hépatiques bénignes
L'adénome du foie est une tumeur caractérisée par une
prolifération bénigne des hépatocytes. Les espaces portes et les
canaux biliaires ne sont pas dans la tumeur mais à sa périphérie.
L'adénome est le plus souvent observé chez les femmes jeunes (âge
moyen 34 ans) ; le sex-ratio est de 3,9/1. Il est
le plus souvent unique (75 % des cas). Sa découverte est le
plus souvent fortuite. Plus rarement, il peut être révélé par des
douleurs abdominales, par une hémorragie intratumorale ou par un
hémopéritoine s'il est volumineux [10]. Le bilan hépatique est le
plus souvent normal. Dans 25 % des cas, les phosphatases
alcalines et la gamma-GT sont modérément augmentées. Les moyens
d'imagerie (échographie, scanner et IRM) permettent souvent de
faire le diagnostic, mais le diagnostic différentiel entre adénome
et hyperplasie nodulaire focale (HNF) est parfois difficile. La
scintigraphie peut être utile dans ce cas [12].
L'association entre COP et adénome a été démontrée par Baum et
al. en 1973. Porter et al. ont montré que les adénomes
possédaient de nombreux récepteurs cytosoliques aux œstrogènes.
Depuis, de nombreuses études ont montré que la prévalence des
adénomes est fortement augmentée par les COP et ce, d'autant plus
que la prise de COP est prolongée [13]. De plus, l'hémorragie
intratumorale et l'hémopéritoine sont plus fréquents chez les
malades sous COP. L'histoire naturelle des adénomes est mal connue,
et ce, d'autant que le diagnostic histologique entre adénome et
carcinome hépatocellulaire, même sur les pièces opératoires, peut
être difficile. Plusieurs cas de régression tumorale à l'arrêt des
COP [14] et deux cas de transformation maligne ont été rapportés
[15]. La grossesse favorise le risque d'hémorragie intratumorale,
cependant, la rupture est peu fréquente. Bien que l'association
entre COP et adénome soit démontrée, il semble que la survenue
d'adénome sous COP soit diminuée avec l'utilisation des COP moins
dosés en œstrogènes [14]. Dans la revue de la Mayo Clinic, 7 sur
8 patientes avaient une longue histoire de consommation de COP
[16]. Le traitement des adénomes de grande taille ou compliqués
doit être chirurgical.
L'hyperplasie nodulaire focale (HNF) est une tumeur bénigne
formée de nodules d'hépatocytes séparés par des travées fibreuses.
Il semble s'agir d'une réaction régénérative à un trouble
hémodynamique local. Le centre de la tumeur est occupé par un foyer
de fibrose, d'où irradient des travées fibreuses, riches en
vaisseaux sanguins et en néocanalicules biliaires, qui séparent les
nodules d'hépatocytes normaux. L'HNF est la deuxième tumeur bénigne
en termes de fréquence après l'angiome et est retrouvée chez 0,03 à
3 % de la population [17]. Elle est habituellement unique
(80 % des cas) et mesure dans la majorité des cas entre 3 et
5 cm (1 mm à 19 cm). Elle a une prépondérance
féminine importante avec un ratio de 6 à 8/1. La plupart des
patients sont jeunes entre 30 et 50 ans. L'HNF entraîne
rarement de symptômes. Elle est le plus souvent découverte
fortuitement, parfois devant des douleurs abdominales. Le bilan
hépatique est, en général, normal. L'anomalie la plus fréquente est
une discrète augmentation de la gammaglutamyl-transpeptidase.
L'échographie montre une zone bien limitée hypo- ou hyperéchogène.
Dans 20 % des cas, la zone stellaire centrale peut être
identifiée. Le scanner est l'examen le plus performant pour le
diagnostic. Sans injection, la tumeur est souvent isodense. Après
injection du produit de contraste, elle s'opacifie précocement
comme l'adénome. Au temps veineux, elle redevient isodense, mais la
zone centrale stellaire reste visible du fait de la cicatrice
fibreuse. L'IRM est souvent utile en montrant la zone fibreuse
centrale sous la forme d'un signal brillant en T2, mais parfois le
diagnostic est difficile avec l'adénome. La scintigraphie au radio
colloïde technetium 99m pourrait être utile pour différencier
l'adénome de l'HNF en montrant chez ce dernier une hyper-fixation.
Cependant celle-ci est très inconstante selon les séries, de 7 à
40 % [18].
Le rôle des COP dans la pathogénie et la progression de
l'hyperplasie nodulaire focale reste hypothétique, même si celle-ci
est, en général, découverte chez une femme jeune. Plusieurs études
ont montré la présence d'un plus grand nombre de récepteurs aux
œstrogènes cytosoliques dans l'HNF que dans le foie normal. Ces
récepteurs sont cependant moins nombreux qu'en cas d'adénome. La
fréquence de l'HNF ne semble pas avoir augmenté depuis
l'introduction des COP, notion documentée par des séries
autopsiques réalisées avant et après 1960 [12]. Dans la plus grande
étude prospective, Mathieu et al. [19] ont montré, sur
216 femmes avec HNF, l'absence de corrélation entre la durée
de la prise de COP et le nombre ou la taille de l'HNF. Si les COP
ne paraissent pas influencer la fréquence de l'HNF, certaines
études semblaient suggérer qu'ils pouvaient augmenter la taille et
les complications de l'HNF [20]. Par ailleurs, certains cas de
diminution de l'HNF après arrêt des COP ont été rapportés.
Cependant, dans l'étude de Mathieu et al. [19], une
modification de taille de l'HNF a été observée chez
3 patientes sur 89 après arrêt des COP (1 diminution
et 2 augmentations). Ainsi, il n'existe pas de données qui
permettent d'affirmer que les COP sont associés à une progression
de l'HNF. Il semble donc logique actuellement de poursuivre les COP
minidosés en cas d'HNF avec un contrôle échographique pour
s'assurer de l'absence de modification.
Au cours de la grossesse, deux études ont montré l'absence de
modification de taille de l'HNF et l'absence de complication
hémorragique [21]. Le point le plus important concernant l'HNF est
la certitude diagnostique. Si celle-ci ne peut être obtenue par
l'imagerie, une ponction-biopsie hépatique doit être réalisée.
Devant une HNF, l'abstention thérapeutique est la règle. La
chirurgie doit être réservée aux cas symptomatiques ou compliqués.
En effet, le risque de rupture spontanée des tumeurs de moins de
5 cm est proche de zéro.
L'angiome hépatique est la tumeur hépatique bénigne la plus
fréquente (1,4 % sur une série échographique et de 3 % à
20 % sur des séries autopsiques anciennes). Il est plus
souvent observé chez la femme. Le rôle des COP dans sa survenue
n'est pas démontré. Quelques études ont trouvé des récepteurs
cytosoliques aux œstrogènes dans les angiomes. Quelques cas
d'augmentation de taille de volumineux angiomes sous COP ou pendant
la grossesse ont été rapportés. Il n'y a donc pas lieu, notamment
en cas d'angiome de petite taille, de recommander l'arrêt des
COP.
Une étude récente montre que, chez les patientes ayant une
polykystose hépatique, le nombre de kystes est plus élevé
chez les femmes prenant une contraception orale ou chez celles qui
avaient eu des grossesses [22].
Tumeurs hépatiques malignes
L'incidence du carcinome hépatocellulaire a été étudiée dans
plusieurs études cas-témoins réalisées dans les pays développés, où
un grand nombre de femmes utilisent des COP pendant une période
prolongée. Ces études ont montré une augmentation du risque de
carcinome hépatocellulaire de 1,6 à 5,5 parmi celles utilisant
des COP. Il existait une relation entre le risque de carcinome
hépatocellulaire et la durée d'utilisation des COP. Dans les
populations où l'utilisation des COP est répandue et où le VHB est
rare, entre 10 et 50 % des carcinomes hépatocellulaires chez
la femme sont associés à la prise prolongée de COP. Au contraire,
en Afrique du Sud dans la population noire où la prévalence du VHB
est élevée, il n'existe aucune relation entre la prise de COP et la
survenue d'un carcinome hépatocellulaire. Cependant, les éléments
reliant la prise de COP et la survenue d'un carcinome
hépatocellulaire sont limités, car d'une part, dans la plupart des
études, d'autres facteurs de risque comme le VHC n'ont pas été
étudiés et, d'autre part, la survenue d'un carcinome
hépatocellulaire chez la femme est rare. Ainsi les études des
facteurs de mortalité du carcinome hépatocellulaire en Angleterre,
aux États-Unis, au Japon et en Suède n'ont pas montré d'effet des
COP. Le rôle exact des COP dans la survenue du carcinome
hépatocellulaire doit être précisé. D'autres tumeurs malignes
hépatiques rares, comme l'hémangioendothéliome épithélioïde, ont
été associées exceptionnellement à l'utilisation de COP [23].
Lithiase biliaire
Les œstrogènes ont la propriété de diminuer le flux biliaire et
d'augmenter la saturation du cholestérol biliaire. Ils entraînent
des modifications du métabolisme des acides biliaires avec une
augmentation de l'acide cholique et une diminution des acides
chénodésoxycholique et désoxycholique. Ils provoquent une
augmentation de la conjugaison par la taurine des acides biliaires.
Ces modifications, semblables à celles de la cholestase, pourraient
jouer un rôle important dans le risque de lithiase. Les COP
diminuent également la vidange vésiculaire. Deux études ont montré
une relation entre maladie lithiasique et utilisation de COP. Trois
études portant sur plus de 80 000 patientes montrent que
les COP accélèrent le développement et les manifestations de la
maladie lithiasique uniquement chez les femmes prédisposées à cette
affection [24, 25]. Cela est confirmé par le fait que la durée
d'utilisation des COP est moins longue chez les femmes ayant une
lithiase que chez les témoins et que l'incidence de la lithiase
biliaire est plus importante au cours des premières années
d'utilisation des COP.
Traitement par androgènes et maladies hépatiques
Les stéroïdes anabolisants comme la méthyle testostérone ou le
norethrandrolone entraînent fréquemment une diminution de la
clairance de la BSP, parfois une cholestase réversible et très
rarement une cirrhose biliaire. Le mécanisme de cette cholestase
reste inconnu. Elle se produit essentiellement avec les androgènes
alkylés en 17-alpha.
La péliose est parfois associée à la prise d'androgènes ;
dans la plupart des cas on retrouve une autre cause (tumeur
maligne, polyarthrite rhumatoïde ou infections). Cependant les
androgènes alkylés en 17-alpha apparaissent comme plus souvent
responsables de péliose que la testostérone.
L'hyperplasie nodulaire régénérative (HNR) est caractérisée par
une transformation micronodulaire diffuse du parenchyme hépatique
avec peu ou pas de fibrose. Elle peut entraîner une hypertension
portale. Plusieurs cas d'HNR associés à la prise de stéroïdes
anabolisants et de corticoïdes ont été rapportés, mais, dans la
plupart des cas, il existait d'autres causes d'HNR.
Les adénomes hépatiques sont parfois découverts chez des hommes
ayant une consommation au long cours d'androgènes ou de stéroïdes
anabolisants.
Plusieurs cas de carcinomes hépatocellulaires ont été rapportés
chez des patients utilisant des stéroïdes anabolisants. La relation
de causalité est difficile à établir car, dans la plupart des cas,
on retrouve d'autres facteurs favorisants, notamment viraux.
L'alpha fœto-protéine est le plus souvent normale et des cas de
régression de tumeurs après arrêt des stéroïdes anabolisants ont
été rapportés. Enfin, quelques cas d'angiosarcome ont été décrits
après utilisation d'anabolisants.
La stéato-hépatite non alcoolique (NASH)
L'association d'une insulino-résistance, d'un diabète de type 2,
d'une surcharge pondérale et d'une hypertriglycéridémie, ou NASH, a
été parfois rapportée aux corticostéroïdes, au tamoxifène et aux
œstrogènes qui semblent faire apparaître les troubles chez des
patients prédisposés. La toxicité hépatique est en général liée à
un effet cumulatif et à un traitement prolongé (supérieur à
6 mois), probablement en rapport avec une toxicité
mitochondriale. L'arrêt du traitement est nécessaire. La stéatose
régresse habituellement.
Faut-il prescrire des hormones pour le foie ?
Chez les patientes atteintes d'hépatite virale B ou C, les COP
peuvent être prescrits sans problème. Une étude récente montre
qu'ils diminueraient la vitesse de progression de la fibrose. La
ménopause semble accélérer cette vitesse qui est ralentie par le
traitement substitutif [25].
Dans quelles situations doit-on arrêter les traitements
hormonaux ? (tableau 2)
Tableau 2. Dans quelles situations
faut-il interrompre les traitements œstroprogestatifs ?
|
Complication |
Attitude 1 |
Attitude 2 |
| Cholestase ou cytolyse |
Modérée
(< 2 N) : pas d'arrêt |
Importante ou
symptomatique : arrêt |
Vasculaire
(dilatation sinusoïdale, péliose,
syndrome de Budd-Chiari, thrombose) |
Arrêt |
Arrêt |
| Tumeurs bénignes (hyperplasie
nodulaire focale, angiome, adénome) |
< 3 cm : poursuite et surveillance
échographique |
> 5 cm : arrêt et surveillance
échographique, chirurgie si doute ou adénome |
| Tumeurs
malignes |
Arrêt et
traitement adapté |
Arrêt et
traitement adapté |
| Lithiase biliaire |
Asymptomatique :
poursuite |
Symptomatique :
traitement adapté |
Les COP doivent être arrêtés en cas de cholestase
intra-hépatique, de cytolyse (supérieure à 2 ou 3 fois la
normale) ou de dilatation sinusoïdale symptomatique. La découverte
d'une péliose doit d'abord faire rechercher une autre cause
associée avant l'arrêt des COP. En présence de facteurs
d'hypercoagulabilité, les COP ne doivent pas être prescrits pour
éviter la survenue de thrombose des veines sus-hépatiques ou du
tronc porte. La découverte d'une tumeur focale du foie doit
conduire à un bilan diagnostique. En cas d'adénome de petite taille
(moins de 3 cm par exemple), il semble raisonnable de
prescrire une contraception orale progestative pure ou faiblement
dosée en œstrogènes, par exemple 20 ou 30 mg
d'éthinylœstradiol, avec une surveillance échographique à
6 mois. En cas d'augmentation de taille, les COP doivent être
arrêtés et le traitement chirurgical doit être discuté. Devant un
adénome de grande taille (supérieur à 5 cm par exemple), ils
doivent aussi être arrêtés et le traitement chirurgical doit être
proposé. L'existence d'un adénome de petite taille ne
contre-indique pas la grossesse. Enfin, si un adénome de petite
taille est découvert au cours de la grossesse, une surveillance
échographique trimestrielle doit être proposée.
La découverte d'une hyperplasie nodulaire focale ou d'un angiome,
surtout de petite taille (moins de 3 cm), ne doit pas conduire
à interrompre un traitement par COP. Devant la découverte d'un
angiome de grande taille (supérieur à 5 cm), il semble
raisonnable de prescrire une contraception orale progestative pure
ou faiblement dosée en œstrogènes, avec une surveillance
échographique à 6 mois. Enfin, devant la découverte d'une
petite tumeur hépatique dont la caractérisation est difficile, une
contraception orale faiblement dosée en œstrogène peut être
proposée sous couvert d'une surveillance échographique. En cas
d'augmentation de taille de la tumeur, les COP seront arrêtés et le
bilan diagnostique devra être complété. En cas de doute, la
résection chirurgicale s'impose.
Il n'est pas licite ni matériellement possible de faire une
échographie avant toute prescription de COP. La découverte d'une
lithiase biliaire asymptomatique chez une femme sous COP ne doit
pas conduire à l'arrêt de la contraception orale ni, bien sûr, à
une cholécystectomie.
Les stéroïdes anabolisants doivent être arrêtés devant la survenue
d'une cholestase intra-hépatique, d'une péliose, d'une hyperplasie
nodulaire régénérative ou devant la découverte d'un adénome
hépatique.
En résumé
• La cholestase intra-hépatique liée à la contraception
orale est rare depuis la prescription des contraceptions
microdosées en œstrogènes.
• Les adénomes hépatiques sont plus fréquents et à risque de
complications plus élevé chez les femmes prenant des contraceptifs
macrodosés en œstrogènes.
• L'hyperplasie nodulaire focale ne contre-indique pas la
prise d'un contraceptif minidosé en œstrogènes.
• Les hépatites virales B et C ne sont pas une
contre-indication à un traitement hormonal substitutif, ni à une
contraception orale.
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