ARTICLE
Le renouveau de l'intérêt porté aux gastrites chroniques,
en raison de la découverte de Helicobacter pylori, principal
agent responsable des gastrites chroniques non auto-immunes, a permis
la reconnaissance de nouvelles formes de gastrites ayant en commun une
faible association à H. pylori.
Le but de cette revue est de faire le point sur ces formes de gastrite
chronique tout en sachant que les relations avec la bactérie ne
sont pas toujours clairement déterminées, et qu'une infection
à H. pylori peut coexister avec ces formes de gastrite.
Les gastrites aiguës rencontrées dans des circonstances diverses,
gastrite érosive aux anti-inflammatoires non stéroïdiens
(AINS), gastrite hémorragique, radique, post-traumatique, ou bien
infectieuse comme notamment la gastrite aiguë à H. pylori,
ne font pas l'objet de cette revue.
Le système de Sydney
Jusqu'alors fondé sur des critères strictement anatomopathologiques
ou endoscopiques, le diagnostic de gastrite chronique s'est vu intégré,
en 1990, au congrès de Sydney, dans une démarche diagnostique
tenant compte des données histopathologiques, topographiques et
étiologiques dénommée par les auteurs "système
de Sydney" [1].
Celui-ci préconise de prélever cinq biopsies (tableau
1) : deux biopsies antrales à environ 2 à
3 cm du pylore et deux biopsies du corps gastrique (l'une sur la petite
courbure, 4 cm au-dessus de l'angle de la petite courbure, l'autre sur
la grande courbure, 8 cm sous le cardia), dans le but d'établir
le degré d'extension de la gastrite et de rechercher de manière
optimale une infection à H. pylori, ainsi qu'une biopsie
au niveau de l'angulus, où les lésions d'atrophie, de métaplasie
et de dysplasie sont les plus marquées. Les biopsies doivent être
immédiatement immergées dans des pots séparés
et étiquetés contenant un fixateur, en général
une solution de formol. Les coupes réalisées sur des biopsies
parfaitement orientées permettent l'examen de toute la hauteur
de la muqueuse.
La communication à l'anatomopathologiste de l'aspect des lésions
endoscopiques (gros plis, ulcérations, érosions...), mais
surtout des données recueillies à l'interrogatoire, comme
d'éventuels antécédents de chirurgie gastrique ou
la prise d'AINS ou d'anti-sécrétoires, est indispensable.
Des colorations histologiques spéciales, complémentaires
de la coloration de base par l'hématoxyline-phloxine-safran (HPS),
sont souvent nécessaires pour préciser certaines lésions
telles que la métaplasie intestinale (bleu-alcian), ou visualiser
les cellules argyrophiles (coloration de Grimelius) qui, dans la muqueuse
fundique, correspondent essentiellement aux cellules enterochromaffin-like
(ECL). D'autres types de colorations (Giemsa, Giemsa modifié, Warthin-Starry)
sont particulièrement recommandées pour la mise en évidence
de H. pylori, lorsque ce germe n'est pas visualisé par la
coloration standard et qu'il existe des signes de gastrite chronique active.
La synthèse de ces différents paramètres lésionnels
topographiques et étiologiques permet ainsi une approche étiopathogénique
de la gastrite chronique dans la plupart des cas (tableau
2).
Le deuxième avantage de cette classification est l'utilisation
d'échelles de graduation de chacun des paramètres histopathologiques
(inflammation, activité définie par la présence de
polynucléaires neutrophiles dans l'épithélium, atrophie,
métaplasie et colonisation par H. pylori), permettant une
meilleure standardisation des comptes-rendus anatomopathologiques.
Le système de Sydney a été réactualisé
en 1994 [2] par l'introduction d'échelles visuelles, en particulier
pour l'évaluation du degré d'atrophie [3], d'établissement
délicat et péchant par une importante variabilité
interobservateurs (figure 1).
Gastrites
évoluant vers l'atrophie
Deux grands groupes de gastrites chroniques évoluent vers l'atrophie
: les gastrites chroniques auto-immunes, qui ne représentent
que 5 % de l'ensemble des gastrites chroniques, et la gastrite chronique
à H. pylori [4] que nous ne détaillerons pas dans
cet article.
Gastrites auto-immunes
Le terme de gastrite auto-immune fut introduit par Correa en 1980. Elle
correspond au type A de la classification de Strickland. Ces lésions
atteignent en général exclusivement la muqueuse fundique,
par opposition à la gastrite hypersécrétoire antrale
de type B observée en association avec l'ulcère duodénal,
et qui est liée à l'infection par H. pylori. Quand
elle est associée à la production d'anticorps anti-cellules
pariétales et anti-facteur intrinsèque, elle est responsable
de la maladie de Biermer [5]. L'anémie apparaît au stade
de gastrite atrophique fundique sévère (figure
2), coïncidant avec une profonde hypochlorhydrie. La disparition
totale ou presque totale des cellules pariétales, responsables
chez l'homme de la production de facteur intrinsèque, conduit à
l'anémie mégaloblastique par carence d'absorption intestinale
de la vitamine B12. Il peut persister quelques îlots de cellules
pariétales et, si l'atrophie de la muqueuse fundique n'est pas
totale, la gastrite auto-immune est caractérisée par un
infiltrat lympho-plasmocytaire dense et diffus, s'insinuant entre les
glandes. Ces cellules mononucléées élaborent des
auto-anticorps dirigés contre les cellules pariétales et
leur produit de sécrétion, le facteur intrinsèque
conduisant à la destruction cellulaire. La cible des anticorps
anti-cellules pariétales est l'ATPase H+/K+.
Le diagnostic de gastrite auto-immune est parfois difficile si la topographie
des biopsies n'est pas précisée, et s'il existe une atrophie
sévère du corps gastrique, avec remplacement de la muqueuse
fundique par une muqueuse de type antral (métaplasie antrale).
La mise en évidence d'une hyperplasie des cellules argyrophiles
par la coloration de Grimelius apporte indirectement un argument en faveur
d'une atrophie de la muqueuse fundique et de son ancienneté.
Les enquêtes familiales, réalisées chez les patients
ayant une maladie de Biermer, sont en faveur d'une prédisposition
génétique de la maladie, celle-ci étant présente
chez environ 20 % des parents, en particulier du premier degré.
Toutefois, certaines études suggèrent que H. pylori
pourrait jouer un rôle dans le développement d'une atrophie
fundique. Dans l'étude de De Luca [6], la sérologie pour
H. pylori était positive chez 20 % des patients ayant
une maladie de Biermer, laissant supposer que la bactérie pourrait
initialiser un processus d'atrophie gastrique entraînant alors la
disparition du germe, et qui irait jusqu'à son terme par le biais
d'un processus immunitaire chez des sujets prédisposés génétiquement.
Dans une autre étude réalisée chez des patients ayant
une atrophie du corps gastrique [7], la sérologie était
positive dans 86 % des cas, mais H. pylori n'était
trouvé que dans 33 % des cas. Chez ces patients, le dosage
de la vitamine B12 était normal et aucun n'avait d'auto-anticorps.
Il a été proposé que, chez ces patients, l'atrophie
n'était pas suffisamment sévère pour entraîner
la disparition de la production de facteur intrinsèque et donc
le développement d'une anémie [8]. Cette hypothèse
reste toutefois très controversée. En effet, une étude
portant sur 28 sujets ayant une maladie de Biermer prouvée n'a
trouvé une infection à H. pylori que chez 11 %
(versus 71 % chez des sujets témoins appariés)
[9]. De plus, les anticorps correspondaient principalement à des
IgA et leur taux était faible, alors que, chez les sujets témoins,
les anticorps correspondaient principalement à des IgG. Enfin,
l'étude des biopsies antrales chez ces mêmes patients mettait
en évidence, dans 50 % des cas, un infiltrat lymphocytaire,
mais dans aucun cas, un infiltrat à polynucléaires neutrophiles
caractérisant la gastrite active à H. pylori.
En pratique, une surveillance endoscopique et anatomopathologique régulière
doit être réalisée en cas de gastrite auto-immune
[10, 11]. Les risques évolutifs sont marqués par la survenue
d'un adénocarcinome gastrique et de tumeurs endocrines (ECL-omes).
Ces dernières surviennent le plus souvent à un âge
avancé, en moyenne au-delà de 60 ans, révélant
parfois la maladie ; elles sont le plus souvent bénignes.
Chez les patients âgés de moins de 70 ans en bon état
général, il est recommandé d'effectuer une surveillance
endoscopique de la gastrite fundique par des biopsies multiples tous les
3 ans en l'absence d'ECL-ome à la première endoscopie. La
prise en charge et le suivi des malades atteints d'ECL-omes a fait l'objet
d'un article récent dans Hépato-Gastro [11].
Gastrites
n'évoluant pas vers l'atrophie
Plus récemment décrites, ces formes nouvelles de gastrite
chronique [12], dont l'étiologie reste souvent mal connue, ont
pour trait commun une faible association à H. pylori [13].
Certaines d'entre elles présentent des critères histologiques
bien précis. D'autres sont intégrées aux gastrites
chroniques malgré l'absence d'infiltrat inflammatoire dans la muqueuse
gastrique : c'est le cas des gastrites chimiques ou réactionnelles.
Elles restent néanmoins des entités rarement rencontrées
en pratique courante, exceptionnelles pour certaines, n'évoluant
pratiquement jamais vers l'atrophie.
Gastrite "réactionnelle" ou gastrite chimique
Le concept de gastrite liée à un reflux biliaire duodéno-gastrique
a été décrit initialement sur les moignons de gastrectomie,
où l'on pouvait observer des modifications histologiques bien particulières
caractérisées par une hyperplasie fovéolaire (allongement
des cryptes), un dème, une augmentation du nombre des fibres
musculaires lisses du chorion et un infiltrat inflammatoire pauvre [14]
(figure 3). De ce fait,
le terme de gastropathie a souvent été préféré
à celui de gastrite. Ce type de gastrite prédominant en
muqueuse antrale a par la suite été observé chez
des sujets non opérés. Par analogie avec la gastrite du
moignon, Sobala et al. [15] ont cherché à relier
ces lésions au reflux biliaire par la mesure de la concentration
d'acides biliaires dans l'estomac de malades non gastrectomisés.
Alors que le reflux biliaire n'avait pu être objectivé que
chez 4 % des patients avec un aspect de gastrite de reflux, un lien
avec la prise d'AINS a été démontré chez 21 %
d'entre eux. Ces malades avaient d'ailleurs le plus souvent un ulcère
lié à la prise d'AINS. Un lien a également été
établi, mais de manière moins formelle, avec la prise excessive
de boissons alcoolisées. C'est à partir de ces constatations
que le terme de gastrite par reflux a été remplacé
par celui de gastrite de type C ou gastrite chimique, à
côté des gastrites de type A (auto-immunes) et de type B
(bactérienne). Le système de Sydney a proposé de
désigner cet ensemble lésionnel sous le terme de gastrite
réactionnelle, mais le terme de gastrite chimique reste
souvent employé car plus explicite.
En pratique courante, le diagnostic est parfois difficile car souvent
masqué par l'association à une gastrite chronique à
H. pylori passant souvent au premier plan. Toutefois, la découverte
d'un infiltrat inflammatoire sévère en l'absence de H.
pylori doit attirer l'attention sur l'existence éventuelle
d'un reflux biliaire ayant entraîné la disparition de la
bactérie [16]. Enfin et surtout, on recherchera la prise d'AINS.
Gastrite lymphocytaire
Cette entité de définition purement histopathologique
a été décrite pour la première fois en 1986
par Haot et al. [17, 18]. Le diagnostic histologique de gastrite
lymphocytaire repose sur la présence d'un nombre élevé
de lymphocytes T intra-épithéliaux (LIE) (> 25 pour 100
cellules épithéliales) au niveau de l'épithélium
de surface et des cryptes, associée à un infiltrat inflammatoire
plus ou moins riche en polynucléaires neutrophiles, en particulier
au voisinage des érosions (figure
4). Les LIE ne sont pas responsables d'une rupture de la paroi
des glandes, et il n'y a donc pas de lésion lympho-épithéliale
comme dans les lymphomes gastriques du Malt. Ces lésions prédominent
en muqueuse fundique mais peuvent toucher l'ensemble de la muqueuse gastrique.
Dans plus de 80 % des cas, l'aspect endoscopique est celui d'une
gastrite varioliforme [18-20], caractérisée par des plis
élargis, des nodules ombiliqués et des érosions.
Lorsque la gastrite varioliforme est purement fundique ou diffuse, elle
est alors associée, dans plus de 90 % des cas, à une
gastrite lymphocytaire. La gastrite varioliforme purement antrale constitue
une entité bien distincte, pouvant correspondre à divers
diagnostics histologiques, comme la gastrite à H. pylori,
la gastrite de reflux, voire plus rarement la gastrite lymphocytaire.
Dans 20 % des cas toutefois, l'aspect endoscopique ne correspond
pas à celui d'une gastrite varioliforme. La présence de
plis élargis ou de nodules isolés en muqueuse fundique pourrait
correspondre à une forme incomplète de gastrite varioliforme.
Dans d'autres cas, la muqueuse est macroscopiquement normale, ce qui pourrait
témoigner d'une normalisation de l'aspect macroscopique de la muqueuse
au fil du temps, alors que les lésions histologiques de gastrite
lymphocytaire persistent.
L'étiopathogénie de la gastrite lymphocytaire est mal connue
et pose de nombreuses interrogations concernant ses relations éventuelles
avec d'autres affections comme la maladie cliaque, la maladie de
Ménétrier, les lymphomes gastriques, les cancers de l'estomac
et l'infection à H. pylori. Il existe des similitudes entre
les lésions observées au cours de la gastrite lymphocytaire
et celles de la maladie cliaque, au cours de laquelle le nombre
de LIE est augmenté dans la muqueuse intestinale. Dans une étude
portant sur 22 patients ayant une gastrite lymphocytaire [21], le nombre
de LIE intestinaux était supérieur à celui des sujets
témoins appariés, et plus de la moitié d'entre eux
avaient une perméabilité intestinale anormale documentée
par un test d'absorption du lactulose-mannitol, sans anomalie histologique
du grêle. De plus, chez près de 20 % des patients, il
existait une atrophie villositaire intestinale et des anticorps anti-endomysium
de type IgA sériques. Dans la moitié des cas, une amélioration
des lésions gastriques et intestinales a été obtenue
sous régime sans gluten. Dans une autre étude portant sur
22 cas de maladies cliaques [22], une gastrite lymphocytaire était
notée chez 45 % des patients, toutefois sans aspect endoscopique
de gastrite varioliforme. Ces constatations vont dans le sens d'une réponse
immunitaire anormale à un antigène commun, comme la gliadine
[23], ou bien à des antigènes différents chez un
même sujet prédisposé. Il convient donc de faire,
si possible, des biopsies duodénales en cas de gastrite lymphocytaire,
ou de rechercher des anticorps anti-gliadine et anti-endomysium, compte
tenu de l'existence de formes latentes de maladie cliaque. L'hypothèse
d'une réponse immunitaire à H. pylori, agissant comme
un antigène local, ne peut toutefois être écartée.
La bactérie est trouvée dans 40 % à 80 %
des cas et la sérologie pour H. pylori est fréquemment
positive chez les patients ayant une gastrite lymphocytaire [24, 25].
La relation potentielle entre gastrite lymphocytaire et maladie de Ménétrier
fait l'objet de controverses. Cette entité mal définie,
d'étiologie inconnue, se présente macroscopiquement sous
la forme d'une gastropathie hypertrophique à gros plis, plus marquée
au niveau du corps gastrique. Sur le plan histologique, elle est caractérisée
par un allongement majeur des cryptes fundiques qui sont tortueuses, hypersécrétantes
et souvent kystisées [26]. Le tableau clinique est le plus souvent
marqué par un amaigrissement et des dèmes des membres
inférieurs secondaires à une fuite protidique anormale au
niveau de l'estomac ; ce tableau de gastropathie exsudative est parfois
également révélateur de la gastrite lymphocytaire
[27]. Au vu de ces similitudes, en revoyant 6 pièces de gastrectomie
pour maladie de Ménétrier, Haot et al. [28] ont constaté
dans tous les cas une augmentation du nombre de LIE, satisfaisant aux
critères diagnostiques de la gastrite lymphocytaire. L'équipe
de la Mayo Clinic [29], en revanche, a estimé dans une revue de
23 cas que ces deux entités étaient bien distinctes. Lorsque
des lésions de gastrite lymphocytaire étaient présentes,
il n'existait pas d'hyperplasie fovéolaire importante caractéristique
de la maladie de Ménétrier. A l'inverse, lorsqu'il existait
une hyperplasie fovéolaire massive, il n'y avait pas d'augmentation
du nombre de LIE. Ce deuxième groupe correspondrait à la
gastropathie hypertrophique telle qu'elle a été décrite
par Ménétrier, sans rapport avec la gastrite lymphocytaire.
Cette dernière, lorsqu'elle entraîne une hyperplasie muqueuse
importante, a parfois un aspect macroscopiquement similaire à celui
de la maladie de Ménétrier, mais ne doit pas être
classée comme telle. Les formes localisées de maladie de
Ménétrier ne semblent associées ni à une gastrite
lymphocytaire, ni à une infection à H. pylori, mais
sont par contre souvent associées à un adénocarcinome
gastrique [30].
Les lymphomes gastriques et les adénocarcinomes gastriques sont
associés à une gastrite lymphocytaire dans respectivement
15 % à 30 % et dans 12 % des cas [31-34], alors
que la prévalence de la gastrite lymphocytaire ne dépasse
pas 1 % chez les sujets dyspeptiques ayant recours à une endoscopie
[35] et 4 % à 5 % de l'ensemble des gastrites chroniques.
Le seul lien évident entre les lymphomes, les adénocarcinomes
et la gastrite lymphocytaire est l'infection par H. pylori, maintenant
reconnue comme pouvant être à l'origine de ces deux types
de tumeurs, et trouvée dans 40 % à 80 % des gastrites
lymphocytaires. Dans le cas des lymphomes du Malt, caractérisés
par une prolifération de lymphocytes B, il est difficile de concevoir
la gastrite lymphocytaire comme une étape intermédiaire,
l'infiltrat étant constitué de lymphocytes T suppresseurs
(CD8). Il n'est pas exclu toutefois que la production de cytokines par
ces lymphocytes T, en réponse à une réaction immunitaire
locale à H. pylori, puisse engendrer une prolifération
lymphocytaire B [31, 36, 37]. Lorsque le statut H. pylori a pu
être étudié, le degré d'atrophie fundique était
plus important chez les patients ayant un lymphome du Malt associé
à une gastrite lymphocytaire que chez ceux n'ayant pas de gastrite
lymphocytaire, et, de plus, le degré d'atrophie était corrélé
à une prévalence plus faible de la bactérie sur les
coupes histologiques [31]. Des études prospectives sont nécessaires
avant de pouvoir considérer la gastrite lymphocytaire comme un
état précurseur du lymphome gastrique.
Quel qu'en soit le mécanisme incriminé, une évolution
spontanée vers la guérison est constatée dans 50 %
des cas dans un délai de 2 ans [38]. Ce fait est un argument contre
l'hypothèse d'un mécanisme commun avec la maladie cliaque,
le lymphome du Malt ou la maladie de Ménétrier. Dans certains
cas, les lésions peuvent persister pendant plus de 10 ans. Des
traitements par anti-sécrétoires (anti-H2 ou inhibiteurs
de la pompe à protons) ont été couronnés de
succès, les lésions macroscopiques disparaissant totalement,
parallèlement à une diminution significative du nombre de
LIE. Toutefois, en l'absence d'essai contrôlé, il est impossible
d'affirmer que la disparition de la gastrite lymphocytaire soit liée
au traitement. Chez les sujets peu ou pas symptomatiques, l'intérêt
d'un traitement n'a pas non plus été évalué.
Dans les cas où une infection par H. pylori était
associée, l'éradication de la bactérie a amélioré
les signes de gastrite lymphocytaire, argument supplémentaire pour
un lien entre H. pylori et gastrite lymphocytaire chez certains
malades [39].
Gastrite granulomateuse
La gastrite granulomateuse représente moins de 1 % des gastrites
chroniques (figure 5).
Le diagnostic de gastrite granulomateuse idiopathique, souvent porté
à tort du fait de la présence de granulomes dans le chorion,
doit rester un diagnostic d'élimination (tableau
3) [40-42]. On éliminera en premier lieu l'absence de réaction
à un corps étranger (présence dans le granulome de
structures biréfringentes en lumière polarisée :
particules, fil de suture...), ou à un agent infectieux [41-43]
(bactérien, mycosique ou parasitaire), ainsi qu'une tumeur de voisinage.
Elle s'intègre souvent dans le cadre d'une granulomatose systémique
caractérisée par des localisations granulomateuses extragastriques,
qu'il faut alors savoir rechercher, la maladie de Crohn étant la
plus fréquente [41]. Certains aspects sont évocateurs de
la maladie de Crohn comme les petits granulomes tuberculoïdes sans
nécrose caséeuse, siégeant principalement dans l'antre.
Des lésions inflammatoires non spécifiques, focales, parfois
associées aux granulomes, seraient observées chez environ
40 % à 70 % des patients atteints d'une maladie de Crohn,
avec, dans 25 % des cas une muqueuse macroscopiquement normale [44].
Des lésions identiques pouvant être trouvées au niveau
duodénal, des biopsies systématiques doivent être
réalisées à ce niveau. D'autres causes, comme la
sarcoïdose ou certaines vascularites [41], plus rares, peuvent être
évoquées lorsque les granulomes sont multiples.
Le diagnostic de gastrite granulomateuse idiopathique ne sera porté
que lorsque tous ces diagnostics ont pu être écartés.
La physiopathologie de cette entité serait pour certains sous-tendue
par un mécanisme auto-immun [40]. Chez les sujets symptomatiques
(douleurs épigastriques, nausées, vomissements), le traitement
par anti-acides ou par anti-sécrétoires peut améliorer
les symptômes [40-42]. En cas d'échec, la corticothérapie
a permis la régression histologique des lésions dans certains
cas, mais le plus souvent avec une rechute à l'arrêt du traitement.
Il est raisonnable de surveiller ces patients afin de détecter
l'apparition éventuelle de manifestations systémiques faisant
alors reconsidérer le diagnostic de granulomatose idiopathique.
Gastrite à éosinophiles
La gastrite à éosinophiles est une entité rare.
Elle est caractérisée par une infiltration à polynucléaires
éosinophiles de la paroi gastrique, siégeant principalement
au niveau de l'antre (figure 6).
Celle-ci s'intègre dans le cadre de la gastroentérite à
éosinophiles où l'infiltrat peut atteindre l'ensemble du
tube digestif (sophage et intestin grêle surtout). L'hyperéosinophilie
périphérique est inconstante [45]. En raison de son association
dans 50 % à 70 % des cas à des manifestations
allergiques (asthme, rhume des foins, urticaire, eczéma...), la
gastrite à éosinophiles pourrait résulter d'une réaction
allergique à des aliments, en particulier chez l'enfant. Mais la
présence d'une infiltration éosinophilique peut également
se voir dans certains cas de maladie de Crohn ou dans certaines parasitoses
(anisakiase).
La symptomatologie clinique dépend de la profondeur de l'infiltrat
dans la paroi gastrique. En cas d'atteinte prédominante de la muqueuse,
le tableau est marqué par des douleurs épigastriques, des
nausées et des vomissements. Les localisations muqueuses sont souvent
associées à une atteinte du grêle à l'origine
d'une entéropathie exsudative et d'une diarrhée par malabsorption.
En revanche, lorsque l'infiltrat prédomine au niveau de la musculeuse,
les signes d'obstruction sont souvent au premier plan en raison de l'épaississement
et de la rigidité de l'antre, où l'atteinte est maximale,
mais aussi du pylore et de l'intestin grêle. Le diagnostic est souvent
fait en peropératoire lorsqu'il s'agit de formes sténosantes
pseudo-tumorales conduisant à la chirurgie. La gastrite à
éosinophiles peut se présenter sous la forme d'un ulcère,
qui doit attirer l'attention en l'absence d'infection à H. pylori
et en cas de résistance au traitement anti-sécrétoire.
Plus rarement, lorsque l'infiltrat s'étend jusqu'à la séreuse,
il peut apparaître une ascite alors très riche en éosinophiles
(jusqu'à 80 %), parfois associée à un épanchement
pleural.
L'évolution de la gastrite à éosinophiles est le
plus souvent favorable en quelques jours sous corticothérapie,
en particulier dans les atteintes séreuses, mais l'arrêt
du traitement conduit le plus souvent à la rechute. L'histoire
naturelle de la gastrite à éosinophiles est mal connue et
des cas de régression spontanée des lésions ont été
décrits. Chez l'enfant, l'enquête alimentaire est importante
afin de rechercher un éventuel aliment déclenchant, même
si l'expérience montre que, dans la plupart des cas, l'exclusion
de l'allergène alimentaire est insuffisante.
Gastrite collagène
Cette forme exceptionnelle n'a jusqu'à présent fait l'objet
que de rares cas décrits dans la littérature [46]. Comme
la colite collagène et la sprue collagène, elle s'intègre
dans le cadre de maladies digestives d'étiologie inconnue, caractérisées
par la présence d'une épaisse bande collagène sous
l'épithélium de surface. Dans un des cas publiés,
l'aspect endoscopique était celui d'une gastrite varioliforme,
sans lésion de gastrite lymphocytaire associée. Dans deux
cas, l'épaississement de la bande collagène était
également trouvé dans le duodénum et, dans un autre
cas, la gastrite était associée à une colite collagène.
Gastropathies vasculaires
Bien que celles-ci ne rentrent pas à proprement parler dans la
définition des gastrites chroniques, il est important de reconnaître
ces formes caractérisées principalement par des modifications
vasculaires s'accompagnant ou non d'un infiltrat inflammatoire modéré
non spécifique. Le diagnostic est parfois difficile, car ce type
de lésions peut être associé aux gastrites à
H. pylori. Le diagnostic de la gastropathie d'hypertension portale
est difficilement fait sur de simples biopsies, en dehors du contexte
clinique et endoscopique, car les lésions histologiques sont peu
spécifiques [47]. En revanche, le diagnostic d'ectasies vasculaires
antrales est porté sur des critères histologiques caractéristiques
lorsqu'ils sont associés : présence de capillaires
dilatés dans la muqueuse et la sous-muqueuse, thrombi fibrineux
au sein des ectasies vasculaires, et, enfin, hyperplasie fibro-musculaire
dans la lamina propria. Le mécanisme incriminé est mal connu.
Une gastrite atrophique fundique est fréquemment associée
et certains ont émis l'hypothèse que l'hypergastrinémie
pourrait être à l'origine de la formation de ces ectasies,
en raison de son action vasodilatatrice sur les artérioles de la
sous-muqueuse gastrique, comme cela a pu être démontré
expérimentalement chez le rat.
CONCLUSION Même
si la plupart de ces nouvelles formes de gastrites chroniques sont maintenant
bien définies par leurs aspects anatomopathologiques, leurs causes
et leur prise en charge ne sont pas toujours clairement établies.
Bien d'autres entités nosologiques ont été décrites,
comme les gastrites infectieuses bactériennes, liées à
des germes autres que H. pylori (Gastrospirillum hominis) [48], parasitaires
(giardiase) [49] ou virales (CMV), ou bien même des gastrites secondaires
à une radiothérapie. C'est donc à partir de la synthèse
des aspects histologiques, de la topographie et de la connaissance d'éventuels
facteurs étiologiques que l'anatomopathologiste pourra orienter son
diagnostic. Quoi qu'il en soit, même si la cause reste bien souvent
indéterminée, l'enjeu essentiel reste fondé sur l'existence
ou non d'une atrophie, dont le risque évolutif est marqué
par la survenue d'un adénocarcinome gastrique. REFERENCES
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