ARTICLE
Les métastases d'adénocarcinomes correspondent aux
tumeurs hépatiques malignes les plus fréquentes, devant les
métastases d'un autre type histologique et les tumeurs malignes hépatiques
primitives. Elles se manifestent le plus souvent par des hépatalgies,
isolées ou associées à une altération de l'état
général. Ailleurs, elles sont totalement asymptomatiques et
de découverte fortuite, à l'occasion d'un examen clinique
ou d'imagerie. Elles sont révélatrices dans au moins 60 %
des cas, de telle sorte que la recherche d'une lésion primitive dans
un tel contexte représente une situation clinique fréquente.
Par définition, le diagnostic de métastases hépatiques
d'adénocarcinomes de primitif inconnu est retenu en cas de négativité
du bilan étiologique au moment de la décision thérapeutique.
L'origine anatomique ne fera sa preuve ultérieurement que chez une
minorité de patients. Les études autopsiques ont permis de
déterminer que les localisations tumorales primitives les plus fréquentes
sont bronchiques et pancréatiques, suivies des localisations colorectales,
gastriques, ovariennes et rénales [1, 2]. Les tumeurs primitives
mammaires, prostatiques et thyroïdiennes sont plus rarement en cause
mais doivent être systématiquement évoquées.
Les métastases hépatiques d'adénocarcinomes de
site primitif inconnu s'intègrent dans le plus vaste groupe des
carcinomes métastatiques d'origine indéterminée,
caractérisés par un faible développement local et
un fort potentiel métastatique, acquis très précocement
au cours de l'histoire naturelle de la maladie. Ce comportement singulier
témoigne vraisemblablement de propriétés biologiques
communes dont les déterminants moléculaires sont actuellement
en cours d'investigation. Les carcinomes métastatiques d'origine
indéterminée représentent environ 3 % à 5
% de l'ensemble des tumeurs malignes solides. L'âge moyen au moment
du diagnostic est de l'ordre de 60 ans et il existe une légère
prédominance masculine [3]. Les adénocarcinomes correspondent
au type histologique majoritaire (60 % des cas environ), devant les carcinomes
indifférenciés (30 % des cas), les carcinomes épidermoïdes
et les carcinomes neuroendocrines. Toutes formes histologiques confondues,
les sites métastatiques les plus fréquents sont, par ordre
de fréquence décroissante, ganglionnaires, hépatiques,
pulmonaires et osseux. Ils constituent donc un ensemble hétérogène
d'affections, regroupant des entités anatomocliniques variées.
Cette hétérogénéité mérite d'être
soulignée car la plupart des études disponibles s'intéressent
aux carcinomes métastatiques de site primitif inconnu en général
et non spécifiquement aux métastases hépatiques d'adénocarcinomes
de primitif inconnu. Cela rend l'analyse des données de la littérature
délicate, en particulier en ce qui concerne le pronostic et le
traitement. Quoi qu'il en soit, nous tenterons de synthétiser ces
deux points après avoir énoncé les différentes
étapes du diagnostic, basé sur l'examen anatomopathologique,
et envisagé le difficile problème des modalités du
bilan préthérapeutique.
Données anatomopathologiques
En l'absence d'orientation étiologique lors de l'évaluation
clinique initiale, le diagnostic de métastases hépatiques
d'adénocarcinome repose sur l'étude anatomopathologique
d'un prélèvement tumoral, généralement une
biopsie hépatique réalisée par voie transpariétale
sous contrôle échographique ou scanographique. Celle-ci correspond
à l'élément central du bilan et doit être réalisée
précocement au cours de la prise en charge. La cytoponction représente
une alternative possible à la biopsie hépatique, mais elle
suppose une expertise satisfaisante, tant en ce qui concerne la réalisation
des prélèvements que l'étude cytopathologique.
L'examen histologique standard permet l'étude des anomalies morphologiques
cytologiques et architecturales de la prolifération tumorale. Il
est éventuellement complété par la recherche d'une
mucosécrétion et, surtout, par une étude immunohistochimique.
Le diagnostic est finalement retenu avec plus ou moins de facilité,
après élimination des autres types histologiques de tumeurs
non épithéliales (lymphomes, sarcomes, mélanomes,
tumeurs germinales) ou épithéliales (carcinomes indifférenciés,
épidermoïdes et neuroendocrines) et des adénocarcinomes
primitivement hépatiques, cholangiocarcinomes principalement. Les
marqueurs pertinents pour l'étude immunohistochimique sont répertoriés
dans le tableau 1, ainsi
que les types tumoraux correspondants.
Le diagnostic différentiel entre métastases hépatiques
d'adénocarcinome et cholangiocarcinome intrahépatique est
souvent difficile. Il est pourtant essentiel, au moins pour les tumeurs
potentiellement réséquables, dans la mesure où la
prise en charge des cholangiocarcinomes est essentiellement chirurgicale.
Dans ce contexte, l'étude de l'expression des cytokératines
(CK) constitue une aide potentielle au diagnostic. En effet, un immunomarquage
positif et diffus pour la CK20, qui n'est exprimée ni par les hépatocytes
ni par les cholangiocytes normaux, est un argument fort pour une origine
métastatique, alors que l'expression de la CK7 oriente vers le
diagnostic de cholangiocarcinome ou d'hépatocholangiocarcinome.
Les différentes étapes du diagnostic des métastases
hépatiques d'adénocarcinomes sont synthétisées
dans la figure.
Lorsque celui-ci est finalement posé, l'examen histopathologique
peut éventuellement donner une orientation étiologique.
Il permet par ailleurs de rechercher de principe des arguments en faveur
de certains types tumoraux, au pronostic plus favorable et/ou justiciables
d'une prise en charge particulière, qui doivent être systématiquement
évoqués. Là encore, l'analyse immuno-histochimique
joue un rôle essentiel grâce à l'étude de l'expression
par la tumeur de différents antigènes plus ou moins spécifiques
d'organe. De très nombreux anticorps sont actuellement disponibles.
L'interprétation du résultat des immunomarquages doit être
cependant prudente et tenir compte de la sensibilité et surtout
de la spécificité des différents anticorps utilisés.
À ce titre, il est habituel que la bonne spécificité
initialement annoncée des marqueurs tumoraux soit revue à
la baisse, à mesure que leur utilisation se développe. Les
plus spécifiques correspondent à l'antigène spécifique
de prostate (PSA) et à la thyroglobuline, mais il existe des faux
positifs. Les récepteurs hormonaux, strogéniques et
progestéroniques, et le thyroid-transcription factor-1 (TTF1)
ont également une spécificité satisfaisante pour
les tumeurs mammaires et bronchiques respectivement [4]. L'étude
du profil d'expression des différentes cytokératines peut
également donner des éléments d'orientation intéressants
et tend à être de plus en plus utilisée [5-7].
L'évaluation conjointe de l'expression de la CK20 et de la CK7
semble être la plus discriminante [8]. Ainsi, le phénotype
CK7+/CK20 serait particulièrement fréquent
dans les adénocarcinomes bronchiques et très rare dans les
adénocarcinomes colorectaux. À l'inverse, le phénotype
CK7/CK20+ serait fréquent dans les
adénocarcinomes coliques et très rare dans les adénocarcinomes
bronchiques. Le profil CK7+/CK20+ est en revanche
observé dans un grand nombre de tumeurs (adénocarcinomes
du pancréas et des voies biliaires, carcinomes transitionnels des
voies excrétrices urinaires, adénocarcinomes séreux
et mucineux de l'ovaire, adénocarcinomes gastriques) et ne permet
donc pas d'orientation vers un type particulier.
L'étude des caractéristiques ultrastructurales des cellules
tumorales en microscopie électronique est également susceptible
d'identifier ou de suggérer l'origine anatomique des adénocarcinomes
[4]. En pratique, si la microscopie électronique permet effectivement
de fournir des informations intéressantes dans certaines situations
complexes non résolues par l'étude immunohistochimique,
il est évident que les difficultés d'accessibilité
et de maîtrise de cette technique constituent des limitations majeures
à sa diffusion.
Bilan préthérapeutique
À la réalisation systématique d'un bilan complémentaire
exhaustif qui a longtemps prévalu tend à se substituer une
approche plus sélective et pragmatique pour la recherche de la
tumeur primitive et d'éventuelle(s) autre(s) localisation(s) tumorale(s)
secondaire(s). Cette évolution se justifie par la faible rentabilité
du bilan systématique et, surtout, par l'absence d'impact clair
de l'identification de la tumeur primitive sur la prise en charge et le
pronostic des patients après exclusion des localisations mammaires,
ovariennes et prostatiques [9]. À titre d'exemple, l'étude
de Mousseau et al. portait sur 91 patients avec métastases
hépatiques de site primitif inconnu. Aucune tumeur primitive n'a
pu être identifiée chez les 30 malades soumis à un
bilan exhaustif systématique, alors qu'un bilan plus restreint
et conditionné par les éventuels signes cliniques d'appel
a finalement permis d'identifier une tumeur primitive dans 11 cas chez
les 61 malades restants [10]. De même, le bilan particulièrement
exhaustif réalisé chez les 56 patients inclus dans l'étude
de Shapira et al. n'a permis d'identifier une tumeur primitive
que chez 4 malades (soit une rentabilité de 7 %) pour un coût
moyen par patient de 18 000 $ et une médiane de survie de 8 mois
[11]. L'invasivité de certains examens complémentaires,
ainsi que la longueur d'un tel bilan qui retarde l'institution éventuelle
du traitement, plaident également en sa défaveur.
En pratique, l'examen clinique occupe dans tous les cas une place essentielle
dans l'évaluation initiale de ces malades. Il peut orienter vers
une localisation tumorale primitive et motiver la réalisation d'examens
complémentaires. Il permet également de rechercher et de
suggérer la présence d'autre(s) site(s) métastatique(s).
L'interrogatoire attentif doit s'enquérir des antécédents
médicaux personnels et familiaux significatifs et faire préciser
les différentes plaintes fonctionnelles. L'examen physique doit
être rigoureux, exhaustif et inclure systématiquement les
touchers pelviens, la palpation mammaire, la palpation cervicale et l'examen
des aires ganglionnaires. Même si la nature et les limites du bilan
complémentaire à entreprendre ne sont toujours pas parfaitement
définies et consensuelles à l'heure actuelle, la plupart
des équipes médicales s'accordent à proposer la réalisation
systématique d'un cliché de thorax et d'un scanner thoraco-abdominopelvien.
Chez les femmes, la mammographie est généralement associée
à cette évaluation morphologique initiale, de même,
pour certains, que l'échographie pelvienne par voie endovaginale.
L'indication des autres explorations, notamment endoscopiques, n'est généralement
retenue qu'en cas de signe d'appel issu de l'évaluation clinique
ou morphologique « de base ».
La place des examens biologiques est restreinte. Parmi les marqueurs
tumoraux, seuls les marqueurs des tumeurs germinales (alphaFP et betaHCG)
et le PSA ont une valeur diagnostique [12, 13]. Le bilan biologique hépatique
est en revanche essentiel avant la mise en route éventuelle d'une
chimiothérapie, à la recherche d'une insuffisance hépatocellulaire
et surtout d'une cholestase pouvant interférer avec la pharmacocinétique
de différents agents cytotoxiques. De même, la numération
formule sanguine, la numération plaquettaire et le ionogramme sanguin
font partie intégrante du bilan préthérapeutique.
Une mention particulière doit être faite concernant les
métastases hépatiques des cancers colorectaux accessibles
à une exérèse chirurgicale. Dans cette situation,
en effet, il est actuellement bien démontré que la chirurgie
constitue une thérapeutique potentiellement curative et qu'elle
doit être systématiquement envisagée. Ainsi, dans
la vaste étude rétrospective multicentrique de l'Association
française de chirurgie, la survie à 5 ans de 1 588 malades
ayant bénéficié d'une résection chirurgicale
de métastases hépatiques de cancers colorectaux était
de 28 % [14]. Des résultats voisins pourraient être obtenus
après réduction première du volume tumoral sous l'effet
d'une chimiothérapie systémique suivie de l'exérèse
de métastases jugées initialement non réséquables
[15]. Ces données imposent de ne pas méconnaître une
origine colorectale et, par conséquent, d'envisager la réalisation
d'une coloscopie en présence de signes fonctionnels digestifs,
même mineurs et/ou d'antécédents personnels ou familiaux,
particulièrement en cas de métastases hépatiques
a priori réséquables chez des sujets en mesure de
supporter une chirurgie hépatique.
Comme nous l'avons déjà mentionné, l'objectif du
bilan entrepris consiste, non seulement à identifier la tumeur
primitive, mais également à rechercher d'autres sites métastatiques,
ce qui donne une information pronostique et peut conduire à la
mise en uvre de mesures thérapeutiques spécifiques.
À ce titre, il faut être particulièrement attentif
aux localisations menaçantes telles que les métastases osseuses
vertébrales, associées à un risque de compression
médullaire par le biais de fractures pathologiques ou d'une épidurite
néoplasique, et des os longs engageant le pronostic fonctionnel.
Pronostic
Différentes séries prospectives ou rétrospectives
ont tenté de préciser le pronostic des carcinomes métastatiques
de site primitif inconnu. Elles ont permis d'identifier, au sein de ce
cadre hétérogène d'affections, un certain nombre
d'entités au pronostic plus favorable, telles que les adénopathies
métastatiques cervicales (généralement de type épidermoïde
et évocatrices en premier lieu d'une néoplasie de la tête
et du cou, notamment chez les sujets alcoolo-tabagiques) et axillaires
(généralement de type adénocarcinome et évocatrices
en premier lieu d'une origine mammaire chez les femmes), les carcinoses
péritonéales, les carcinomes peu différenciés
ou indifférenciés de type neuroendocrine et les tumeurs
indifférenciées de la ligne médiane survenant généralement
chez des sujets jeunes et correspondant à des tumeurs de type germinal
extragonadiques [16]. Même si ces différentes entités
sortent du strict cadre de cette revue, il est important de ne pas les
méconnaître car elles justifient la mise en uvre de
mesures thérapeutiques spécifiques.
En ce qui concerne plus spécifiquement les métastases
d'adénocarcinomes de site primitif inconnu, l'existence de localisations
hépatiques est régulièrement identifiée comme
un facteur pronostique péjoratif, au même titre que le nombre
de localisations métastatiques, le caractère bien différencié
de la prolifération tumorale, le sexe masculin et un âge
plus avancé au diagnostic [17-20]. Ainsi, dans la large série
du MD Anderson, la survie médiane était de 11 mois et la
survie actuarielle à 5 ans de 1,5 % pour l'ensemble des 1 000 malades
porteurs de métastases de carcinomes de site primitif inconnu suivis.
Cette survie était en réalité très hétérogène
et 7 facteurs présentaient une valeur pronostique indépendante,
favorable (atteinte ganglionnaire ou péritonéale et histologie
neuroendocrine) ou péjorative (sexe masculin, atteinte hépatique,
présence de plusieurs sites métastatiques et histologie
adénocarcinomateuse) [20]. Trois cent soixante-cinq patients issus
de cette cohorte présentaient des métastases hépatiques
de primitif inconnu, soit exclusives (n = 139 ; 38 %), soit associées
à d'autres localisations tumorales métastatiques (n = 226
; 62 %), principalement ganglionnaires, osseuses et pulmonaires [21].
Les adénocarcinomes correspondaient au type histologique majoritaire
(60,8 %), suivis des carcinomes indifférenciés (26,6 %).
Les carcinomes neuroendocrines et épidermoïdes étaient
beaucoup plus rares, représentant 9 % et 2,2 % de l'ensemble respectivement.
Le pronostic de l'ensemble des malades de cette population était
globalement plus péjoratif que celui des 744 sujets avec carcinomes
métastatiques de site primitif inconnu sans envahissement hépatique
référés et traités par le même centre
au cours de la même période, caractérisé par
une augmentation du risque relatif de décès de 1,63 (95
% CI = 1,41 à 1,87 ; p < 0,0001). La survie médiane des
patients avec métastases hépatiques exclusives n'était
pas significativement différente de celle des malades porteurs
de plusieurs localisations métastatiques (9 mois versus
7 mois respectivement, p = 0,24). La survie médiane des sujets
avec histologie de type adénocarcinome et carcinomes indifférenciés
était de 6,3 et 6,5 mois respectivement, significativement inférieure
à celle des sujets avec histologie neuroendocrine. L'âge
au diagnostic et le nombre de sites métastatiques constituaient
deux autres facteurs pronostiques indépendants. Dans leur étude
portant sur 79 sujets avec métastases d'adénocarcinomes
peu différenciés ou de carcinomes indifférenciés
de primitif inconnu, Van der Gaast et al. ont identifié
l'indice de performance et le taux sérique des phosphatases alcalines
comme facteurs pronostiques indépendants et développé
un modèle pronostique fondé sur ces deux paramètres
[22].
Principes du traitement
: évaluation de la chimiothérapie
Hanauske et al. ont tenté d'évaluer in vitro
la sensibilité de cellules tumorales issues de 313 adénocarcinomes
de site primitif inconnu à différents agents de chimiothérapie
conventionnels ou en cours d'investigation. Une activité modérée,
définie par un taux de réponses inférieur à
20 %, était observée avec le 5-fluoro-uracile, la doxorubicine,
la bléomycine, la mitoxantrone, la mitomycine C, le cisplatine
et l'étoposide. L'activité semblait supérieure, caractérisée
par un taux de réponses in vitro de l'ordre de 20 %, pour
les cytotoxiques suivants : actinomycine D, BCNU, melphalan, méthotrexate,
paclitaxel, topotécan et vinblastine [23]. Ces différents
agents ont été évalués en monothérapie
ou en association dans le cadre d'essais cliniques de phase II comportant
habituellement de faibles effectifs de malades et une population hétérogène,
sélectionnée le plus souvent sur l'existence de métastases
de carcinome de site primitif inconnu et non sur les critères plus
restrictifs de métastases hépatiques d'adénocarcinomes
de primitif inconnu.
Le tableau 2 indique
quelques protocoles testés ainsi que les résultats obtenus
[24-41]. On distingue schématiquement les associations comportant
du cisplatine, celles comportant une anthracycline et les autres. Les
résultats sont médiocres avec des taux de réponses
tumorales objectives généralement inférieurs à
30 % et des survies médianes inférieures à 8 mois.
Ils ne confirment pas la supériorité suggérée
des associations comportant une anthracycline, alors que la toxicité
induite par ces dernières est généralement plus importante.
L'étoposide administré par voie orale en monothérapie
a donné des résultats décevants chez des malades
non prétraités [34]. Les résultats des associations
de cet agent au cisplatine ou au carboplatine sont discordants. En effet,
les résultats prometteurs rapportés initialement par Greco
et al. [35] n'ont pas été confirmés par des
études ultérieures [36, 37]. Les taxanes ont été
plus récemment évalués dans cette indication. L'essai
multicentrique du groupe coopératif grec portait sur une population
hétérogène de 77 malades porteurs principalement
d'adénocarcinomes et de carcinomes indifférenciés
de site primitif inconnu, traités par l'association carboplatine-paclitaxel,
sous couvert de l'administration d'un facteur de croissance hématopoïétique
dans la majorité des cas [40]. Dans le sous-groupe des 33 malades
avec envahissement hépatique, osseux ou multiviscéral, le
taux de réponses objectives était de 15,1 % et la survie
médiane de 10 mois. Ces résultats étaient significativement
inférieurs à ceux obtenus chez les malades avec localisation
ganglionnaire ou pleurale prédominante et chez ceux avec carcinose
péritonéale exclusive, mais néanmoins supérieurs
à ceux rapportés par la majorité des études
antérieures. Aucune réponse objective n'était obtenue
chez 16 sujets recevant une chimiothérapie de seconde ligne de
type 5-fluoro-uracile-mitomycine ou gemcitabine notamment. La toxicité
était caractérisée par une alopécie et une
neurotoxicité généralement modérée.
La toxicité hématologique était modérée
en cas d'administration prophylactique systématique de filgrastim,
alors que deux décès toxiques en rapport avec un choc septique
dans un contexte de granulopénie étaient à déplorer
chez des malades ne recevant pas cet agent. Des résultats comparables
ont été obtenus avec l'association paclitaxel-carboplatine-étoposide
dans une autre étude de phase II, dont l'analyse est cependant
délicate en raison, là encore, de l'hétérogénéité
de la population étudiée, d'imprécisions concernant
les caractéristiques tumorales des malades inclus et de l'absence
d'analyse de sous-groupes en raison du faible effectif [41]. Culine et
al. ont évalué l'intérêt d'une chimiothérapie
intensive associée à une greffe de cellules souches hématopoïétiques
dans une étude de phase II portant sur 20 malades. La chimiothérapie
consistait en l'administration séquentielle des associations doxorubicine-cyclophosphamide
et étoposide-carboplatine. Cette approche ne permettait pas, a
priori, d'améliorer significativement les résultats
obtenus avec des chimiothérapies conventionnelles et était
associée à une toxicité hématologique significative
[42].
En définitive, les données de la littérature sont
peu nombreuses et d'analyse difficile en raison des limitations méthodologiques
majeures des études disponibles. Alors que certaines études
suggèrent un bénéfice de la chimiothérapie
en termes de survie [10, 32], celui-ci demeure incertain et le pronostic
des malades très sombre. Dans ce contexte, la décision de
mise en uvre d'une chimiothérapie doit être le résultat
d'une analyse réfléchie dans laquelle le souhait du patient
joue une place centrale, ce qui suppose une information aussi claire et
objective que possible concernant à la fois le pronostic spontané
de l'affection et les bénéfices escomptés ainsi que
la toxicité éventuelle du traitement cytotoxique. En tout
état de cause, une telle décision ne se conçoit que
chez un sujet volontaire et adhérant pleinement au plan de traitement
élaboré. En l'absence de démonstration de la supériorité
d'une quelconque association d'agents cytotoxiques par rapport à
une autre, le profil de tolérance et le schéma d'administration
doivent guider le choix du protocole retenu en favorisant les associations
les moins toxiques et les moins contraignantes. Dans tous les cas, une
évaluation précoce et rapprochée de la toxicité
et de l'efficacité de la chimiothérapie est nécessaire
afin de ne pas poursuivre un traitement inactif et/ou ayant un effet délétère
sur la qualité de vie des malades.
À côté du traitement cytotoxique, le traitement
symptomatique et l'accompagnement psychologique sont des éléments
essentiels de la prise en charge. En cas d'échec d'une première
ligne de traitement, l'institution d'une chimiothérapie cytotoxique
classique de deuxième ligne n'est pas recommandable en raison d'une
inefficacité quasiconstante. L'inclusion de malades informés
et demandeurs de traitement dans des études de phase I évaluant
l'activité de nouveaux agents cytotoxiques ou d'approches thérapeutiques
innovantes et basées sur de nouveaux concepts représente
une alternative thérapeutique valide lorsque l'état général
est conservé. Pour finir, il faut signaler la nécessité
de la mise en place d'essais thérapeutiques randomisés comportant
une prise en charge symptomatique exclusive comme bras de référence
et intégrant une évaluation précise de la qualité
de vie et des coûts.
CONCLUSION La
découverte de métastases hépatiques sans tumeur primitive
connue au moment du diagnostic est une situation clinique fréquente
qui doit conduire à la réalisation d'un examen clinique complet
comprenant notamment la palpation mammaire, la palpation cervicale et les
touchers pelviens. Il est actuellement bien établi qu'en l'absence
de signe clinique d'orientation, la mise en uvre d'un bilan exhaustif
avec exploration endoscopique systématique n'est pas recommandable
compte tenu à la fois de la faible rentabilité d'une telle
démarche et de l'absence d'impact sur la prise en charge et le pronostic
des malades. La réalisation d'une biopsie hépatique est en
revanche essentielle et doit intervenir précocement dans la stratégie
diagnostique. L'examen histologique standard et les études immunohistochimiques
complémentaires vont en effet permettre d'éliminer d'autres
types histologiques (lymphomes, sarcomes, mélanomes, tumeurs germinales,
carcinomes épidermoïdes et neuroendocrines), de tenter de distinguer
les cholangiocarcinomes des métastases hépatiques d'adénocarcinomes
et d'identifier, au sein de ce groupe, certains types accessibles à
un traitement spécifique, telles que les tumeurs mammaires, ovariennes,
prostatiques et thyroïdiennes. En dehors de ces entités particulières
qui doivent être systématiquement évoquées, le
pronostic est très péjoratif, en particulier pour les formes
bien différenciées des sujets de sexe masculin et d'âge
plus avancé au diagnostic, ainsi qu'en cas d'association aux métastases
hépatiques d'autres localisations tumorales secondaires. L'efficacité
de la chimiothérapie n'étant pas démontrée dans
cette situation, le traitement symptomatique joue un rôle central
dans la prise en charge de ces malades, la chimiothérapie ne devant
être envisagée que chez les sujets demandeurs et à l'état
général conservé. REFERENCES
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