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Les cellules endothéliales hépatiques : une diversité insoupçonnée et ses conséquences physiologiques et physiopathologiques


Hépato-Gastro. Volume 6, Numéro 3, 209-20, Mai - Juin 1999, Bases fondamentales… en physiologie


Résumé  

Auteur(s) : Jean-Yves Scoazec, .

Résumé : L’architecture vasculaire du foie est complexe. Le foie reçoit deux vaisseaux afférents : la veine porte et l’artère hépatique. Il comporte plusieurs réseaux capillaires, largement indépendants, dont celui des sinusoïdes, qui assurent la vascularisation des lobules hépatiques, et le plexus péribiliaire qui assure la vascularisation de l’arbre biliaire intra-hépatique. Les réseaux capillaires sont drainés par les veines centrobulaires qui, par l’intermédiaire de veines collectrices, rejoignent les veines sus-hépatiques. Les cellules endothéliales bordant les différents compartiments vasculaires du foie constituent autant de populations distinctes, caractérisées par des adaptations structurales et fonctionnelles spécifiques. L’architecture vasculaire du foie se met progressivement en place au cours de l’organogenèse hépatique. Ce processus s’accompagne d’une différenciation progressive des sous-populations de cellules endothéliales. L’hétérogénéité des cellules endothéliales hépatiques joue probablement un rôle important en pathologie, à la fois pour expliquer la pathogénie des lésions spécifiques à chaque compartiment vasculaire du foie et pour rendre compte des rôles différents joués par les sous-populations de cellules endothéliales au cours des maladies hépatiques.

Mots-clés : cellule endothéliale hépatique.

Illustrations

ARTICLE

L'architecture vasculaire du foie est particulièrement complexe. Le foie reçoit en effet deux types de vaisseaux afférents, la veine porte et l'artère hépatique, et comporte deux principaux réseaux capillaires, celui annexé à l'arbre biliaire intra-hépatique et celui formé par les sinusoïdes au sein des lobules hépatiques [1]. Les vaisseaux efférents sont constitués par les veines centrolobulaires qui, par l'intermédiaire de veines collectrices, se jettent dans les veines sus-hépatiques. Les différents compartiments vasculaires du foie sont bordés par des cellules endothéliales formant autant de populations distinctes, présentant des caractéristiques structurales et fonctionnelles souvent très spécialisées, qui confèrent à chacune d'entre elles des propriétés particulières. En raison de cette hétérogénéité structurale et fonctionnelle, les cellules endothéliales des différents compartiments vasculaires du foie jouent des rôles différents en pathologie et ne réagissent pas de la même façon aux agressions.

Les buts de cette revue sont, après avoir rappelé l'architecture générale de la vascularisation hépatique, de : a) décrire l'hétérogénéité structurale et fonctionnelle des cellules endothéliales des différents compartiments vasculaires du foie, b) faire le point des connaissances sur les mécanismes responsables de l'acquisition de l'architecture vasculaire et de l'hétérogénéité endothéliale au cours de l'organogenèse, c) chercher à évaluer le rôle joué par l'hétérogénéité endothéliale dans la pathogénie des lésions spécifiques à chaque compartiment vasculaire hépatique et, enfin, d) montrer comment la diversité des cellules endothéliales influe sur le rôle qu'elles jouent dans les différentes pathologies hépatiques.

Organisation
de la circulation hépatique

Après avoir rappelé l'organisation générale de la circulation hépatique, nous décrirons plus en détail l'architecture des réseaux capillaires de l'espace porte et celle des sinusoïdes, avant d'évoquer la question, mal résolue, des vaisseaux lymphatiques intra-hépatiques.

Organisation générale

L'organisation générale de la circulation sanguine hépatique peut être schématisée de la façon suivante (figure 1) :

­ un vaisseau afférent principal, la veine porte, donne naissance, par l'intermédiaire de ses branches intra-hépatiques, au réseau des capillaires sinusoïdes, qui assurent la vascularisation des lobules hépatiques (figure 2) ;

­ un second vaisseau afférent, l'artère hépatique, donne naissance à plusieurs réseaux capillaires : le réseau capillaire péribiliaire, le réseau capillaire interstitiel des espaces portes, les vaisseaux propres (vasa vasorum) des grosses branches intra-hépatiques de la veine porte, les capillaires de la capsule de Glisson sans oublier les vaisseaux propres (vasa vasorum) des veines efférentes ; ces réseaux capillaires sont largement indépendants les uns des autres, mais restent cependant partiellement interconnectés ;

­ des vaisseaux efférents, constitués par les veines centrolobulaires, drainent les sinusoïdes, et se jettent, par l'intermédiaire de veines collectrices (figure 3), à l'intérieur des veines sus-hépatiques qui, elles-mêmes, rejoignent la veine cave inférieure.

Les capillaires sanguins
des espaces portes

Plusieurs réseaux capillaires cohabitent à l'intérieur des espaces portes. Le plus important de ces réseaux assure la vascularisation des canaux biliaires intra-hépatiques : c'est le plexus péribiliaire [2-4]. Les études microanatomiques ont montré que le plexus péribiliaire forme un lacis vasculaire à la surface externe des principales voies biliaires intra-hépatiques. Toutes les voies biliaires ne possèdent pas une vascularisation autonome : les premiers segments des voies biliaires intra-hépatiques, les cholangioles, sont dépourvus de vascularisation propre. Le plexus péribiliaire n'apparaît qu'en regard des canaux biliaires interlobulaires. Il se densifie peu à peu, au fur et à mesure que le diamètre de la voie biliaire augmente. Au niveau des canaux biliaires intra-hépatiques les plus volumineux, le plexus péribiliaire adopte une disposition plus complexe, en deux couches : une couche externe constituée par des petites artérioles et veinules, et une couche interne formée uniquement de capillaires [2, 3].

Les capillaires constituant le plexus péribiliaire n'ont pas des caractères structuraux spécialisés. Ils appartiennent à la catégorie des capillaires continus, la plus répandue dans l'organisme : ils sont bordés par une couche continue de cellules endothéliales, reposant sur une lame basale bien individualisée, entourée par des péricytes, cellules contractiles contribuant à la régulation du flux sanguin intracapillaire (figure 4, A). Ces caractéristiques structurales sont également celles des deux autres réseaux capillaires existant dans les espaces portes : le réseau dit interstitiel, constitué par de fins capillaires continus dispersés au sein de la matrice extracellulaire, et les vasa vasorum localisés dans la paroi propre des grosses branches intra-hépatiques de la veine porte.

Le réseau capillaire des lobules hépatiques : les sinusoïdes

Les sinusoïdes sont des vaisseaux capillaires hautement spécialisés qui assurent la vascularisation du lobule hépatique [1, 5]. Ils naissent à la périphérie des lobules hépatiques. Ils convergent vers le centre des lobules en circulant entre les travées hépatocytaires. Ils se jettent finalement dans la veine centrolobulaire, premier segment des voies sanguines efférentes (figure 5).

L'origine anatomique des sinusoïdes est complexe. Contrairement à une idée reçue, ils ne naissent pas directement de la périphérie des espaces portes à la manière des rayons d'une roue. La plupart d'entre eux naissent en fait de la périphérie des lobules hépatiques, à partir de rameaux spécialisés de la veine porte, connus sous le nom de branches terminales (figure 5) [6]. Les branches terminales des veines portes sont localisées en plein parenchyme hépatique et forment en quelque sorte la frontière anatomique des lobules hépatiques. Dans la première partie de leur trajet, les sinusoïdes ont un parcours tortueux et sont fortement interconnectés. Rapidement, ils adoptent un parcours plus rectiligne au contact des travées hépatocytaires qu'ils séparent les unes des autres. Ils se jettent finalement à l'intérieur des veines centrolobulaires.

Les sinusoïdes transportent un sang dérivé presque exclusivement de la veine porte. La contribution du sang d'origine artérielle est faible. Le mélange entre sang portal et sang artériel nécessaire à la vascularisation des lobules hépatiques implique l'existence d'inter-connexions anatomiques entre capillaires d'origine portale et sinusoïdes. La nature exacte et la localisation précise de ces connexions restent cependant très discutées (figure 5). Au fur et à mesure de son parcours, le sang sinusoïdal s'appauvrit progressivement en certains constituants, comme les substrats, l'oxygène et les hormones « consommés » par les hépatocytes, mais s'enrichit en produits libérés par les hépatocytes, comme le glucose ou les protéines plasmatiques.

Le sinusoïde est donc un lieu d'échanges massifs entre le sang et les hépatocytes. Sa paroi est dotée de caractéristiques structurales très particulières, habituellement interprétées comme des adaptations à ces fonctions d'échanges très développées [7, 8]. Contrairement à la plupart des autres capillaires de l'organisme, dont ceux des espaces portes, les sinusoïdes sont des capillaires fenêtrés et discontinus (figure 4, B). En d'autres termes, ils sont bordés par des cellules endothéliales pourvues de pores intracytoplasmiques et séparées par des solutions de continuité intercellulaires. De plus, ils sont (au moins chez l'homme) dépourvus de lame basale identifiable (figure 6). Ils sont séparés des hépatocytes adjacents par l'espace périsinusoïdal, qui semble vide, mais contient en réalité une matrice extracellulaire de composition très particulière, dépourvue de laminine (ce qui explique l'absence d'organisation en lame basale), mais riche en fibronectine et en ténascine [9, 10]. La paroi des sinusoïdes hépatiques contient trois autres populations de cellules résidentes : les cellules de Kupffer, macrophages intravasculaires adhérant à la face luminale des cellules endothéliales, des lymphocytes résidents, également adhérents aux cellules endothéliales, et les cellules stellaires (ou cellules de Ito) situées du côté abluminal [8]. Les cellules stellaires sont des péricytes très spécialisés, assurant plusieurs fonctions importantes : la régulation du flux sanguin sinusoïdal grâce à leurs propriétés contractiles, la synthèse des constituants de la matrice extracellulaire occupant l'espace périsinusoïdal et le stockage des rétinoïdes dérivés de la vitamine A [8].

Les vaisseaux lymphatiques

Les vaisseaux lymphatiques du foie restent mystérieux. Des capillaires lymphatiques sont repérables dans le pédicule hépatique et les gros espaces portes. Leur origine intra-hépatique est très difficile à analyser, notamment en raison de l'absence de marqueurs spécifiques qui faciliteraient l'étude microanatomique des capillaires lymphatiques. La théorie classique veut que la lymphe provienne du fluide circulant à contre-courant du sang dans les espaces périsinusoï-
daux [5]. Ce fluide se drainerait dans un espace situé à la périphérie des espaces portes, dessinant une sorte de couronne le long de la lame bordante, et connu sous le nom d'espace de Mall. C'est de cette couronne que naîtraient les premiers segments des voies lymphatiques efférentes du foie. Des études récentes chez l'animal [11] remettent en cause ces données classiques, mais sans éclairer de façon précise le mode de formation des lymphatiques intraportaux.

À chaque compartiment vasculaire, son type
de cellule endothéliale

La cellule endothéliale « généraliste »

Contrairement à une idée trop souvent admise, les cellules endothéliales sont extrêmement diversifiées. Celles des artères sont différentes de celles des veines. Celles des capillaires présentent de nombreuses spécialisations en fonction du tissu où elles se trouvent. Il est donc impossible de définir une cellule endothéliale « type ». Quelques caractères généraux sont cependant habituellement retrouvés. Les cellules endothéliales forment un revêtement constitué d'une seule couche de cellules, associées par deux systèmes d'adhésion intercellulaires spécifiques, l'un basé sur la protéine VE-cadhérine, le second sur la protéine PECAM-1 [12]. Les cellules endothéliales adhèrent à leur lame basale par une large gamme de récepteurs, et notamment par une combinaison diversifiée d'intégrines [13]. La plupart des cellules endothéliales expriment des marqueurs de différenciation caractéristiques, comme la sialomucine CD34, l'antigène 1F10 et l'antigène BNH9. Toutes sont capables d'assurer des fonctions de transport entre le sang et les tissus périphériques.

Les cellules endothéliales sinusoïdales

Comme nous l'avons déjà souligné plus haut, les cellules endothéliales sinusoïdales présentent des caractéristiques morphologiques très spécifiques : a) leur cytoplasme est fenêtré par des pores intracytoplasmiques, regroupés dans la zone périnucléaire du corps cellulaire, b) elles forment un revêtement habituellement décrit comme discontinu, c'est-à-dire interrompu par des solutions de continuité intercellulaires, c) elles ne reposent pas sur une membrane basale organisée (figure 6). Ces caractéristiques structurales ne sont pas strictement spécifiques des cellules endothéliales bordant les sinusoïdes hépatiques : elles sont partagées par les cellules endothéliales bordant les sinus de la rate et ceux de la moelle osseuse.

Le caractère discontinu du revêtement endothélial sinusoïdal laisse supposer l'existence d'adaptations particulières des systèmes d'adhésion intercellulaire assurant le maintien de l'intégrité de l'endothélium. Effectivement, les cellules endothéliales sinusoïdales n'expriment qu'une des deux protéines d'adhésion intercellulaires caractéristiques des endothéliums, la VE-cadhérine [14]. Par contre, elles présentent des taux d'expression faibles ou indétectables de la seconde, PECAM-1 [10]. Il semble néanmoins que la densité des jonctions intercellulaires basées sur la VE-cadhérine soit comparable dans le sinusoïde hépatique et dans les capillaires de l'espace porte [14]. Ces observations, si elles sont vérifiées, sont a priori inattendues pour un endothélium supposé discontinu, c'est-à-dire interrompu par des solutions de continuité intercellulaires. La notion de la « discontinuité » de l'endothélium sinusoïdal a été cependant, il faut le rappeler, contestée. Certains auteurs considèrent en effet que le caractère apparemment discontinu de l'endothélium sinusoïdal est d'origine artefactuelle et qu'il est provoqué par des altérations secondaires aux procédures de fixation tissulaire [7]. Plusieurs facteurs de fragilité de l'endothélium sinusoïdal, comme l'absence de jonctions contenant PECAM-1 et l'absence de membrane basale, pourraient favoriser la survenue de tels artefacts. Ces mêmes facteurs de fragilité pourraient jouer un rôle important en pathologie, nous y reviendrons.

Les rapports des cellules endothéliales sinusoïdales avec la matrice extracellulaire sont également particuliers. Nous l'avons vu, la matrice périsinusoïdale est dépourvue de laminine, un constituant essentiel des lames basales. Contrairement aux autres matrices sous-endothéliales, elle est également pauvre en vitronectine et en facteur Willebrand. En revanche, elle est riche en fibronectine et en ténascine, un constituant très inhabituel des matrices sous-endothéliales, présent seulement autour des vaisseaux des tissus lymphoïdes périphériques. La gamme des récepteurs pour les constituants de la matrice extracellulaire exprimée par les cellules endothéliales sinusoïdales est adaptée à cet environnement très spécifique. Comme les hépatocytes voisins, les cellules endothéliales sinusoïdales présentent un répertoire d'intégrines restreint (tableau 1). Contrairement aux autres cellules endothéliales, elles n'expriment en effet pas d'intégrines spécifiques de la laminine et ne présentent que des taux faibles d'expression des récepteurs spécifiques de la vitronectine et du facteur Willebrand [10, 15].

En plus de leurs particularités structurales, les cellules endothéliales sinusoïdales ont de nombreuses particularités fonctionnelles. Elles se distinguent des autres cellules endothéliales de l'organisme par un ensemble très caractéristique de marqueurs spécifiques [14, 16], résumé dans le tableau 2. Certains des marqueurs spécifiques exprimés par les cellules endothéliales sinusoïdales traduisent l'existence d'adaptations fonctionnelles particulières à cette population de cellules endothéliales. Ainsi, l'expression de récepteurs pour les immunoglobulines traduit-elle la capacité des cellules endothéliales sinusoïdales de contribuer, parallèlement aux cellules de Kupffer, à la clairance des complexes immuns circulant dans le sang portal [17]. D'autres marqueurs traduisent l'adaptation à un microenvironnement particulier : ainsi, l'expression de CD14, récepteur pour la protéine de liaison au lipopolysaccharide, est probablement à mettre en parallèle avec l'enrichissement du sang portal en lipopolysaccharide provenant des bactéries intestinales. Un dernier exemple est celui de la protéine CD4 (figure 7). Cette protéine d'adhésion, normalement impliquée dans les interactions entre les lymphocytes et leurs partenaires cellulaires, pourrait contribuer à l'établissement des liaisons moléculaires nécessaires à la formation de contacts stables entre les cellules endothéliales sinusoïdales et les cellules de Kupffer [18].

Soulignons enfin que toutes les cellules endothéliales sinusoïdales ne sont pas identiques. Les cellules endothéliales de la région périportale possèdent des pores intracytoplasmiques moins nombreux mais plus larges que ceux observés dans les cellules de la région périveineuse [19]. Elles expriment certains marqueurs absents dans la région périveineuse (l'antigène PAL-E et la mélanotransferrine [20], par exemple) mais ont des taux d'expression plus faibles de la protéine CD14 [14]. Ces différences structurales et phénotypiques s'accompagnent de certaines différences fonctionnelles [19].

Les cellules endothéliales
des autres compartiments vasculaires du foie

Les cellules endothéliales bordant les autres compartiments vasculaires du foie se rapprochent des cellules homologues bordant les compartiments équivalents dans d'autres organes. Ainsi, les cellules endothéliales des artères hépatiques sont peu différentes de celles des autres artères. Celles des veines portes et des veines efférentes ressemblent à celles des autres veines. Enfin, les cellules endothéliales des capillaires de l'espace porte sont identiques à celles de la plupart des autres capillaires continus. Il existe cependant quelques particularités phénotypiques qui distinguent ces différents compartiments. En voici quelques exemples. Les combinaisons d'intégrines exprimées par les cellules endothéliales varient selon leur localisation : elles sont résumées dans le tableau 1 [10, 18]. Les cellules des artères hépatiques expriment constitutivement et spécifiquement la protéine d'adhésion LFA-3, normalement caractéristique des globules blancs [16]. Les cellules des veines centrolobulaires et des veines collectrices n'expriment pas l'antigène BNH9. Les raisons de ces particularités phénotypiques ne sont pas connues, mais elles traduisent vraisemblablement des adaptations spécifiques à des microenvironnements particuliers.

Architecture vasculaire
et différenciation
endothéliale

La mise en place de l'architecture vasculaire au cours de l'organogenèse hépatique est un phénomène particulièrement complexe, dont beaucoup d'aspects sont encore mal connus. Deux phénomènes complémentaires sont étroitement intriqués : a) la mise en place d'une vascularisation adaptée aux fonctions spécifiques du foie fœtal, dont la principale est la fonction hématopoïétique, qui débute vers la 10e semaine de vie fœtale et atteint son maximum entre le 3e et le 7e mois de gestation, b) l'acquisition progressive des caractéristiques structurales et fonctionnelles nécessaires aux fonctions spécifiques du foie adulte.

Les événements morphologiques

Chez l'homme, l'ébauche hépatique apparaît vers la 4e semaine, dans le mésenchyme précardiaque (ou septum transversum), entre les deux veines vitellines, droite et gauche [21, 22]. L'architecture vasculaire du foie fœtal est très différente de celle du foie adulte. Elle se met en place entre la 5e et la 10e semaine de vie intra-utérine. Schématiquement, les trois points essentiels de l'angiogenèse hépatique sont les suivants : les sinusoïdes ont une origine précoce et indépendante de celle des autres vaisseaux hépatiques, le foie fœtal contient deux réseaux interconnectés de gros troncs veineux d'origine différente, la formation du réseau artériel et des réseaux capillaires qui en dépendent est tardive par rapport à celles des autres compartiments vasculaires.

La formation des sinusoïdes est le premier événement identifiable. Dès la 5e semaine, les cordons d'hépatoblastes envahissant le septum transversum rencontrent des capillaires préexistants, probablement dérivés du réseau vitellin [21]. Ces capillaires, une fois entourés par les cordons d'hépatoblastes, donnent progressivement naissance aux sinusoïdes. Parallèlement, l'architecture veineuse se met en place [23]. Les deux veines vitellines s'anastomosent pour donner naissance à la future veine porte. Celle-ci progresse à l'intérieur de l'ébauche hépatique. Ses branches sont accompagnées par une couronne de mésenchyme, qui joue un rôle organisateur fondamental. Il induit la différenciation des cellules biliaires intra-hépatiques à partir des hépatoblastes situés à son contact. Il sera colonisé ultérieurement par les branches de l'artère hépatique et donnera ainsi naissance aux futurs espaces portes. Dans le même temps, le principal vaisseau afférent du foie fœtal se met en place : il dérive de la veine ombilicale gauche. Lorsque l'ébauche hépatique est suffisamment développée pour venir au contact de ce gros tronc veineux, celui-ci pénètre à l'intérieur du parenchyme hépatique et établit deux connexions : l'une avec la veine cave inférieure par l'intermédiaire d'un canal intermédiaire, le ductus venosus, qui se forme au sein du réseau sinusoïdal, l'autre avec la branche gauche de la veine porte. L'architecture veineuse caractéristique du foie fœtal est en place à la 6e semaine (figure 8). C'est à ce moment que la première ébauche de l'artère hépatique devient individualisable dans le futur pédicule hépatique. Ce n'est cependant pas avant la 10e semaine que les premières branches intra-hépatiques de l'artère hépatique seront visibles dans les futurs espaces portes. Les vaisseaux efférents du foie se forment à partir des veines cardinales et se hiérarchisent progressivement au cours de la croissance du parenchyme hépatique. Cependant, les détails de leur organisation et leur mode de connection avec les réseaux capillaires, dont le réseau sinusoïdal, sont encore mal connus.

Au moment de la naissance, de profonds remaniements de l'architecture vasculaire du foie ont lieu [21]. Le ductus venosus, qui connectait la veine ombilicale gauche à la veine cave inférieure, se ferme. La veine ombilicale gauche régresse et se ferme à son tour : elle pourra se reperméabiliser en cas d'hypertension portale sévère. La veine porte devient le principal vaisseau afférent. Elle assure la vascularisation du foie droit par des branches nées directement de son tronc principal lors des phases précoces de l'organogenèse. En revanche, la vascularisation du foie gauche se fait par l'intermédiaire de connexions indirectes établies entre la branche gauche de la veine porte et des troncs veineux issus originellement des branches intra-hépatiques de la veine ombilicale gauche.

L'acquisition
de la différenciation endothéliale sinusoïdale

Selon le concept actuel, que nous venons de décrire, les sinusoïdes se forment entre la 5e et la 10e semaine de vie fœtale à partir des capillaires du septum transversum entourés par les cordons d'hépatoblastes envahissant le mésenchyme. Les capillaires intra-hépatiques subissent ensuite un processus de différenciation au cours duquel ils perdent progressivement leurs caractéristiques initiales, comme l'organisation continue et la présence d'une membrane basale, et acquièrent les caractéristiques spécifiques de l'endothélium sinusoïdal hépatique, comme la structure discontinue, la présence de fenestrations cytoplasmiques et la disparition de la membrane basale [24-26]. Les premières cellules résidentes non endothéliales, cellules de Kupffer et cellules stellaires, sont reconnaissables à partir de 8 à 10 semaines de vie intra-utérine. Ce n'est cependant pas avant la 17e semaine que la paroi des vaisseaux capillaires intra-hépatiques acquiert des caractéristiques générales comparables à celles des sinusoïdes adultes.

Les mécanismes de la différenciation des sinusoïdes hépatiques sont encore imparfaitement connus. Des études récentes [27] suggèrent l'existence de deux processus coordonnés, complémentaires et successifs :

­ Un processus de différenciation structurale, de la 5e à la 12e semaine de la vie intra-utérine, caractérisé par la perte progressive de PECAM-1, de certaines intégrines et des marqueurs d'endothélium continu (figure 9), contemporaine de remaniements importants de la matrice périsinusoïdale, caractérisés par la disparition de la laminine et l'apparition de la ténascine, de la fibronectine et de la thrombospondine : au terme de ce processus, les capillaires intra-hépatiques ressemblent aux capillaires de la moelle osseuse et la matrice périsinusoïdale ressemble à la matrice de la moelle hématopoïétique ; ces modifications structurales sont donc probablement en rapport avec l'acquisition de la fonction hématopoïétique intra-hépatique.

­ Un processus de différenciation fonctionnelle, débutant à la 10e semaine, caractérisé par l'apparition progressive et dissociée des marqueurs caractéristiques des cellules endothéliales sinusoïdales hépatiques adultes (CD4, récepteurs pour le fragment Fc des immunoglobulines, protéine CD14, aminopeptidase N) ; ce processus contribue probablement à préparer les cellules endothéliales des capillaires intra-hépatiques à exercer les fonctions spécifiques qui leur sont dévolues dans le foie adulte.

L'acquisition de la différenciation caractéristique des cellules endothéliales sinusoïdales est sous la dépendance de facteurs microenvironnementaux. C'est ce que démontrent certains résultats expérimentaux [28, 29]. Ainsi, au cours de la colonisation in vitro d'explants hépatiques par des vaisseaux capillaires d'origine péritonéale, les capillaires pénétrant dans le parenchyme hépatique deviennent progressivement fenêtrés et perdent leur lame basale [29]. Néanmoins, la nature et l'origine cellulaire des facteurs responsables de l'acquisition et du maintien de la différenciation des cellules endothéliales sinusoïdales sont encore inconnues.

La formation
du plexus péribiliaire

Les mécanismes de formation du plexus péribiliaire sont au moins aussi étonnants que ceux des sinusoïdes. Selon l'hypothèse actuelle [3], les capillaires du plexus péribiliaire ne dérivent pas de vaisseaux préexistants, mais se forment directement à partir de cellules souches endothéliales (ou angioblastes) présentes dans le mésenchyme portal (figure 9). L'activation de ces cellules et leur différenciation coïncideraient avec la formation de la plaque ductale, c'est-à-dire le début de la différenciation des cellules épithéliales biliaires intra-hépatiques. Le développement du plexus péribiliaire est parallèle à celui des voies biliaires intra-hépatiques. Il se densifie au fur et à mesure de la croissance des canaux biliaires. La naissance ne marque pas la fin de la croissance et de l'organisation du plexus péribiliaire dont l'architecture définitive n'est atteinte que vers l'âge de 15 ans.

À chaque compartiment vasculaire, sa pathologie

Les principaux compartiments vasculaires du foie sont susceptibles de présenter des lésions spécifiques. Les compartiments veineux sont le siège de thromboses, différant par leur contexte de survenue ou leurs étiologies les plus fréquentes. Les thromboses portes s'observent essentiellement dans un contexte de stase veineuse locale. Les thromboses des grosses veines sus-hépatiques, responsables du syndrome de Budd-Chiari, révèlent souvent des états d'hypercoagulabilité ou des syndromes myéloprolifératifs latents. Enfin, les thromboses des veines centrolobulaires et des petites veines collectrices, responsables de la maladie veino-occlusive, sont essentiellement d'origine toxique (alcaloïdes d'origine végétale, radiations ionisantes, administration d'azathioprine). Les différences dans l'étiologie des thromboses veineuses hépatiques en fonction de leur siège reflètent évidemment des différences architecturales et hémodynamiques, mais pourraient également être dues, au moins en partie, à des réponses différentes des cellules endothéliales vis-à-vis d'agressions spécifiques.

Les lésions vasculaires les plus caractéristiques du foie sont celles du sinusoïde hépatique. La péliose (figure 10), pathologie spécifique du sinusoïde hépatique, est une lésion histologique définie par la dilatation pseudo-kystique des sinusoïdes, la destruction de la paroi sinusoïdale, la dissociation de la matrice périsinusoïdale et l'atrophie des travées hépatocytaires de voisinage [30]. Elle n'est que le stade extrême d'une gamme de lésions, dont la forme la moins sévère est la dilatation sinusoïdale. Les étiologies de la péliose sont nombreuses et variées et ont a priori peu de points communs. La pathogénie des lésions endothéliales est donc probablement variable mais l'évolution vers un tableau morphologique identique est sans doute facilitée par l'accumulation de facteurs de fragilité par l'endothélium sinusoïdal : absence de lame basale organisée, absence de jonctions intercellulaires dépendantes de la protéine PECAM-1, gamme réduite d'intégrines assurant la liaison avec la matrice extracellulaire [30]. Ces propriétés structurales contribuent à faciliter le décollement des cellules endothéliales et la rupture de leurs contacts intercellulaires.

Cellules endothéliales
et pathologie hépatique

Pour illustrer le rôle des cellules endothéliales en pathologie hépatique, nous citerons quatre exemples : la capillarisation sinusoïdale au cours de la fibrose hépatique, les rôles différents joués par les différentes populations de cellules endothéliales hépatiques au cours des réactions inflammatoires, les lésions des cellules endothéliales sinusoïdales au cours de l'ischémie-reperfusion, le rôle sans doute sous-estimé joué par les lésions endothéliales dans certaines pathologies hépatiques, et notamment biliaires.

Microcirculation et fibrose hépatique : la capillarisation sinusoïdale et ses mécanismes

Le développement d'une fibrose hépatique s'accompagne d'un phénomène de capillarisation des sinusoïdes. Au cours de ce processus, les sinusoïdes perdent leurs caractéristiques distinctives et se transforment progressivement en capillaires continus, non fenêtrés et limités par une membrane basale organisée contenant de la laminine. Ces modifications structurales ont d'importantes conséquences physiopathologiques. La transformation des sinusoïdes en capillaires continus diminue les capacités d'échange entre les hépatocytes et le sang. De plus, les modifications de la matrice périsinusoïdale facilitent l'accumulation locale de peptides régulateurs et de facteurs de croissance, comme les interférons, le TGFß ou l'HGF, susceptibles de modifier à long terme l'homéostasie tissulaire.

La capillarisation sinusoïdale est un processus adaptatif, traduisant la réponse des cellules endothéliales sinusoïdales aux modifications de leur microenvironnement. Des études récentes [10] suggèrent un scénario en plusieurs phases intriquées : synthèse et dépôt de laminine dans la matrice périsinusoïdale, permettant la formation d'une lame basale, induction de l'expression des intégrines récepteurs de la laminine à la surface des cellules endothéliales sinusoïdales, activation des intégrines par leur liaison avec la laminine, induction d'un processus morphogénétique aboutissant à la formation d'un revêtement endothélial continu, exprimant PECAM-1, et dépourvu de fenestrations cytoplasmiques. Tout se passe comme si, au cours de ce processus, les cellules endothéliales sinusoïdales parcouraient à l'envers les étapes successives de leur différenciation au cours de l'organogenèse hépatique. Le phénomène de capillarisation souligne l'extrême plasticité des cellules endothéliales sinusoïdales et leur dépendance vis-à-vis du microenvironnement.

Microcirculation hépatique
et réaction inflammatoire

Un élément essentiel de toute réaction inflammatoire est le recrutement massif et rapide de leucocytes à partir de la circulation sanguine. Ce phénomène nécessite l'expression, à la surface des cellules endothéliales situées au voisinage du foyer inflammatoire, de protéines d'adhésion spécialisées, dont la plupart sont inductibles par les médiateurs de l'inflammation. La nature et les propriétés de ces protéines sont rappelées dans le tableau 3.

Dans le tissu hépatique, seules les cellules endothéliales capillaires de l'espace porte réunissent toutes les conditions requises pour permettre les différentes interactions moléculaires nécessaires au recrutement des leucocytes [16, 31, 32] (tableau 4). À l'état basal, elles expriment l'ensemble des protéines nécessaires, comme les protéines CD34, ICAM-2 et PECAM-1. En situation inflammatoire et au cours des rejets aigus et chroniques de greffe, les cellules endothéliales des capillaires de l'espace porte sont capables d'exprimer l'ensemble des protéines inductibles nécessaires, c'est-à-dire la P-sélectine, la E-sélectine, ICAM-1 et VCAM-1 [31, 32]. Par contre, les cellules endothéliales sinusoïdales n'expriment à l'état basal ni la protéine CD34, ni, comme nous l'avons précédemment souligné, la protéine PECAM-1. Leur profil d'expression des protéines inductibles est également particulier (tableau 4). Les cellules endothéliales sinusoïdales n'expriment pas la P-sélectine et, même en situation inflammatoire, n'expriment la E-sélectine et VCAM-1 que de manière inconstante et à des niveaux faibles [31, 33]. En première analyse, l'absence des protéines CD34 et P-sélectine, essentielles pour le ralentissement des leucocytes à la surface de l'endothélium, et celle de PECAM-1, probablement impliquée dans la migration transendothéliale des leucocytes, rend l'endothélium sinusoïdal mal adapté à l'adhésion leucocytaire au cours de la réaction inflammatoire. Il est donc possible que le principal site d'entrée des leucocytes dans le tissu hépatique, notamment en situation inflammatoire, soit constitué par les capillaires de l'espace porte, apparemment beaucoup mieux adaptés à cette fonction. Des arguments indirects, suggérant que les infiltrats inflammatoires intralobulaires sont formés par des lymphocytes migrant à partir des espaces portes, soutiennent cette hypothèse [34].

Il ne faut cependant pas oublier que l'endothélium sinusoïdal est le seul revêtement endothélial de l'organisme à être associé de façon permanente à des leucocytes résidents, incluant les cellules de Kupffer et une population de lymphocytes spécifiques. Cette propriété suppose donc la capacité pour les cellules endothéliales sinusoïdales de déterminer l'adhésion stable de sous-populations définies de leucocytes circulants. Il est donc possible que l'adhésion des leucocytes aux cellules endothéliales sinusoïdales, aussi bien à l'état normal qu'en situation inflammatoire, dépende de mécanismes différents de ceux mis en œuvre dans le reste de l'organisme. Les cellules endothéliales sinusoïdales expriment ainsi de manière constitutive et spécifique plusieurs protéines d'adhésion leucocytaires, comme CD4 [35], ICAM-1 [16] et VAP-1 [36], dont le rôle en physiologie et en physiopathologie doit être précisé.

Sinusoïdes
et ischémie-reperfusion

Les études expérimentales ont montré que l'endothélium sinusoïdal est une des cibles privilégiées des lésions dues à l'ischémie-reperfusion, telles qu'elles peuvent s'observer en transplantation hépatique [37]. Les lésions endothéliales observées dans cette situation ont un déterminisme multifactoriel : libération de radicaux libres toxiques par les cellules de Kupffer et les polynucléaires accumulés dans la lumière sinusoïdale, production excessive de cytokines par les cellules de Kupffer activées, rôle toxique de la séquestration plaquettaire favorisée par la stase intrasinusoïdale. Les facteurs structuraux de fragilité que nous avons déjà soulignés (absence de jonctions intercellulaires dépendantes de PECAM-1, combinaison restreinte d'intégrines, absence de lame basale) sont probablement responsables de la très grande sensibilité du revêtement endothélial sinusoïdal à ces différentes agressions. Des facteurs fonctionnels s'ajoutent à ces facteurs structuraux. Ainsi, les cellules endothéliales sinusoïdales sont-elles parmi les seules cellules endothéliales de l'organisme à être dépourvues de la protéine CD55 (decay accelerating factor) [38] qui contribue à protéger les cellules somatiques contre le complément activé, produit localement en grande quantité lors de l'ischémie-reperfusion [39]. Durant l'ischémie-reperfusion, les cellules endothéliales sinusoïdales sont avant tout des victimes et ne contribuent pas de manière directe à la pathogénie des lésions hépatocytaires. En particulier, il a été expérimentalement bien démontré qu'elles ne jouent pas de rôle actif dans la séquestration intrasinusoïdale et le recrutement intratissulaire des polynucléaires neutrophiles et des leucocytes circulants, en raison de l'absence constitutive de plusieurs protéines d'adhésion leucocytaires, dont la P-sélectine et PECAM-1 [40].

Le rôle du plexus capillaire péribiliaire en pathologie

Les capillaires de l'espace porte, et notamment ceux du plexus péribiliaire, semblent donc être l'un des sites les mieux adaptés pour permettre le recrutement des leucocytes dans le foie au cours des réactions inflammatoires. Toute médaille ayant son revers, ils sont donc également les plus exposés à devenir les cibles d'une réaction à médiation immunitaire. C'est notamment le cas en transplantation d'organe, où les capillaires sont connus pour être l'une des cibles privilégiées du rejet cellulaire [41]. Le phénomène a été vérifié en transplantation hépatique. La destruction des capillaires péribiliaires par les lymphocytes de l'hôte est en effet un des premiers événements du rejet cellulaire aigu [42]. Les lésions du plexus péribiliaire favorisent le développement ultérieur de lésions secondaires, d'origine ischémique, des canaux biliaires interlobulaires.

Des lésions du plexus capillaire péribiliaire existent dans d'autres pathologies hépatiques [4]. Une raréfaction des capillaires péribiliaires est ainsi observée au cours de la cholangite sclérosante primitive et de la cirrhose biliaire primitive [43], sans que la nature primitive ou secondaire des lésions vasculaires puisse être actuellement établie avec certitude. Il est probable que des études plus attentives du plexus péribiliaire pourraient éclairer la pathogénie de certaines lésions, développementales ou inflammatoires, de l'arbre biliaire.

REFERENCES

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