ARTICLE
Les buts du traitement du reflux gastro-oesophagien (RGO) sont
: (a) de soulager les symptômes, (b) de cicatriser les lésions
d'oesophagite et (c) de prévenir les récidives et
les complications. En dehors de la chirurgie anti-reflux, les traitements
médicaux « classiques » du RGO (règles hygiéno-diététiques,
antiacides, antidopaminergiques, et même antagonistes des récepteurs
H2) étaient peu ou pas efficaces en ce qui concerne la prévention
des rechutes et le traitement des oesophagites sévères et
de leurs complications [1]. L'avènement des inhibiteurs de pompe
à protons (IPP) durant la dernière décennie [2,
3] a marqué un progrès décisif, non seulement dans
le traitement à court terme des oesophagites de reflux, mais surtout
parce que l'on disposait pour la première fois d'une possibilité
de traitement d'entretien très efficace. Indiquée initialement
dans les oesophagites sévères, la prescription des IPP a
connu rapidement un essor considérable et... de multiples dérapages
! Ainsi, il ne fait guère de doute que de nombreux patients souffrant
de symptômes de RGO mais sans oesophagite macroscopique sont traités,
de façon parfois empirique (sans endoscopie) par des IPP au long
cours. Étant donné le remarquable soulagement des symptômes
obtenu avec les IPP, on conçoit aisément la difficulté
d'arrêter un tel traitement chez certains patients qui deviennent
ainsi « IPP dépendants ».
Cette brève mise au point a pour objectif de fournir une synthèse
des données de la littérature concernant les essais menés
avec les IPP dans les oesophagites de reflux. De façon à
éclairer la discussion concernant la place et le rôle des
IPP dans les oesophagites, il sera d'abord effectué un bref rappel
des connaissances concernant l'histoire naturelle du RGO et les principaux
facteurs susceptibles d'influencer le pronostic et la réponse thérapeutique.
Histoire
naturelle du RGO et facteurs pronostiques
Le terme de RGO correspond à un très large éventail
d'éventualités différentes. En pratique, le RGO est
pathologique lorsqu'il s'accompagne de symptômes et/ou de
lésions muqueuses, mais il n'existe pas de corrélation entre
l'importance des symptômes de reflux et celle des lésions
d'oesophagite. Chez plus de la moitié des patients atteints de
RGO, l'endoscopie est normale ou ne révèle que des lésions
mineures (érythème, friabilité). La prévalence
des symptômes de RGO dans la population générale est
très grande, puisque 5 à 10Ê% des adultes souffrent de façon
quasi quotidienne de pyrosis ou de régurgitations. La plupart de
ces sujets ont recours à l'auto-médication et ne consultent
pas. Seule une faible minorité de patients développe une
oesophagite sévère et/ou des complications, sans d'ailleurs
que celles-ci soient obligatoirement précédées de
symptômes typiques de RGO.
L'histoire naturelle du RGO reste en fait assez mal connue et les
résultats des études récentes sont un peu contradictoires.
Certaines études suggèrent une évolution le plus
souvent chronique avec des rechutes fréquentes en l'absence de
traitement d'entretien efficace [2]. D'autres travaux font état
de manifestations nettement plus intermittentes et d'une évolution
globalement moins sévère, la maladie étant finalement
contrôlée chez la majorité des patients par des traitements
classiques, prescrits à la demande, et conservant leur efficacité
au fil des années [4]. Cependant, la majorité des travaux
s'accordent actuellement sur l'absence de tendance à l'aggravation
des lésions au cours du temps, au moins lorsque l'oesophagite n'est
pas d'emblée grave [5].
Au premier rang des facteurs pronostiques figurent les données
de l'endoscopie oesophagienne [6] ; en effet, le risque de récidive
à long terme est plus élevé chez les patients
dont l'oesophagite est initialement sévère. La sévérité
des lésions est globalement corrélée à la
durée de l'exposition acide qui représente le principal
facteur d'agression de la muqueuse oesophagienne, comme le confirme d'ailleurs
l'excellente corrélation entre le degré d'inhibition de
la sécrétion acide gastrique résultant de différents
traitements antisécrétoires d'une part, et les pourcentages
de cicatrisation correspondants observés dans les essais cliniques
au cours de l'oesophagite, d'autre part. Il existe également une
corrélation entre la prévalence des troubles du péristaltisme
et la sévérité des lésions endoscopiques.
De même, une hypotonie sévère du sphincter inférieur
de l'oesophage est associée à un risque accru de récidive
d'oesophagite. Enfin, une hernie hiatale irréductible s'accompagne
plus souvent d'altérations de la clairance acide de l'oesophage
et aggrave donc les conséquences du RGO acide. Les anomalies motrices
majeures (et bien sûr la hernie hiatale) ne sont pas guéries
par la cicatrisation de l'oesophagite par les IPP, expliquant ainsi les
récidives fréquentes après l'arrêt du traitement
d'attaque notamment dans les formes sévères d'oesophagite
[7].
Efficacité
des inhibiteurs de pompe à protons dans les oesophagites de reflux
Une vingtaine d'études contrôlées (dont 6 au long
cours) ont étudié l'efficacité de l'oméprazole,
en général par rapport à un antagoniste H2 pris comme
référence [2] ; des études plus récentes avec
le lansoprazole [3] ou même le pantoprazole confirment (au moins
à court terme) les résultats obtenus avec l'oméprazole
comme le laissaient d'ailleurs prévoir les données pharmacologiques.
Résultats à court terme (4
à 8 semaines)
Les IPP ont une efficacité spectaculaire sur les symptômes,
très rapidement soulagés, et sur les lésions d'oesophagite
; cette efficacité est particulièrement nette dans les formes
sévères où la supériorité des IPP sur
les antagonistes H2 est la plus claire [8]. Les doses équivalentes
à la dose efficace usuelle de 20 mg d'oméprazole sont de
30 mg pour le lansoprazole (légèrement supérieur
sur les symptômes dans une étude) et de 40 mg pour le pantoprazole.
Une faible minorité de patients (10 à 15Ê% au maximum) sont
incomplètement ou non améliorés par 20 mg d'oméprazole
après 8 semaines de traitement ; dans ce cas un effet antisécrétoire
insuffisant semble plus souvent la cause de cette résistance plutôt
que l'existence d'un reflux biliopancréatique « alcalin ».
L'objectif pharmacologique des traitements antisécrétoires
étant, dans le RGO et l'oesophagite, de couvrir la totalité
du nycthémère (96Ê% du temps au-dessus de pH 4), il peut
être plus utile dans certains cas de doubler la dose journalière
d'oméprazole (40 mg) ; au-delà de cette dose, il semble
souhaitable de tester l'effet d'une double prise (20 mg matin et soir)
avant d'augmenter encore la dose journalière ; toutefois l'utilisation
de doses élevées (60 ou même 80 mg/j) est possible
et bien tolérée. En définitive, avec ces schémas
thérapeutiques on peut estimer à moins de 5Ê% la proportion
d'échecs, c'est-à-dire de malades ayant encore des symptômes
modérés ou sévères et/ou des lésions
d'oesophagite (mis à part éventuellement quelques érosions
isolées sans conséquence pratique). Il est intéressant
de noter que l'évaluation des symptômes est suffisante
pour juger de l'effet thérapeutique, au moins dans la majorité
des cas correspondant aux oesophagites légères ou modérées
; l'absence de symptômes sous IPP va, en effet, de pair avec l'absence
de lésions endoscopiques résiduelles, rendant ainsi inutile
le contrôle endoscopique à la fin du traitement d'attaque.
L'efficacité des IPP est également attestée par plusieurs
études contrôlées montrant la supériorité
de l'oméprazole 40 mg/j ou du lansoprazole 30 mg/j sur la ranitidine
(300 mg/j) dans les oesophagites sévères, résistantes
à un traitement antérieur d'au moins 3 mois par les antagonistes
H2.
A notre connaissance, il n'existe pas d'étude comparative directe
IPP versus cisapride ou IPP versus antagoniste H2 + cisapride ou IPP versus
fortes doses d'antagonistes H2. Toutefois la faisabilité et l'intérêt
même de tels essais sont quelque peu discutables, les taux de succès
du traitement d'attaque par les doses usuelles d'IPP atteignant et dépassant
souvent 80Ê% à 4 semaines.
Résultats des traitements d'entretien
Malgré une efficacité sans précédent
à court terme, le taux de rechutes dans les 6 mois suivant l'arrêt
d'un traitement par IPP (ou son remplacement par un placebo) est important,
d'autant plus élevé que l'oesophagite était initialement
plus grave [6]. Cependant, contrairement aux traitements médicaux
classiques, un traitement d'entretien continu [9] par 20 mg ou même
10 mg d'oméprazole prévient très efficacement les
récidives. Une méta-analyse de 5 études contrôlées
de l'oméprazole administré en traitement continu pendant
6 ou 12 mois nous a montré [10] la supériorité de
l'oméprazole sur la ranitidine (150 mg matin et soir) ; ainsi avec
20 mg/j, le bénéfice en terme de maintien en rémission
à 6 mois était de 30Ê% (IC : 21-39Ê%) et avec 10 mg/j il
était de 20Ê% (IC : 10-30Ê%) (résultats non publiés).
Par contre la «week-end thérapie » (20 mg/j vendredi
samedi et dimanche) n'est pas (ou très peu) efficace. Parmi les
facteurs pronostiques du maintien en rémission, il est intéressant
de noter que seuls 2 facteurs indépendants étaient significatifs
dans un modèle de Cox : le grade de l'oesophagite initiale
(plus de récidives si oesophagite sévère initialement)
et l'âge (moins de récidives chez le sujet âgé).
Là encore l'absence de symptômes sous traitement par l'oméprazole
avait une très forte valeur prédictive du maintien en rémission
rendant inutile la surveillance endoscopique des sujets asymptomatiques.
Même si la supériorité des IPP sur les antagonistes
H2 est d'autant plus nette que l'oesophagite est initialement sévère,
l'oméprazole (10 et 20 mg/j) s'est également révélé
supérieur en traitement d'entretien chez des patients ayant des
symptômes de RGO sans érosions ni ulcérations à
l'endoscopie [11]. Ainsi même une faible dose (10 mg/j) d'oméprazole
paraît supérieure aux antagonistes H2 et pourrait suffire
chez plus de la moitié des patients. Actuellement, cependant cette
posologie n'est pas disponible en France. La raison d'une telle supériorité
des IPP tient sans doute pour une large part à leur longue durée
d'action et à leur capacité à contrôler la
sécrétion acide post-prandiale plus efficacement que les
antagonistes H2.
Efficacité dans les oesophagites graves
ou compliquées
Après cicatrisation d'oesophagites graves, résistantes
aux antagonistes H2, par l'oméprazole, la poursuite de ce traitement
à la dose de 20 mg a permis le maintien en rémission dans
2 cas sur 3 (comparé à 10Ê% avec la poursuite de la ranitidine)
[12]. De même dans le programme « compassionnel » de développement
de l'oméprazole, celui-ci a été administré
en moyenne 1,5 ans (extrêmes 0,5 à 5 ans) chez 272 patients
dont 70Ê% ont été maintenus en rémission par 20 mg
et 25Ê% par 40 mg ; très peu de sujets ont nécessité
60 mg/j.
Les IPP représentent également une avancée majeure
dans le traitement des sténoses peptiques où ils
se révèlent supérieurs aux antagonistes H2, ranitidine
et famotidine [13, 14]. La cicatrisation des lésions d'oesophagite
associées à la sténose s'accompagne d'une amélioration
de la dysphagie ; le nombre total de dilatations endoscopiques nécessaires
ainsi que le coût global du traitement sont réduits de manière
significative par rapport aux antagonistes H2.
Plusieurs travaux ont montré une régression partielle des
lésions d'endobrachyoesophage après 6 à 24
mois de traitement continu par 20 ou 40 mg d'oméprazole [15] ;
cependant, l'administration isolée d'un IPP est en général
insuffisante pour entraîner la disparition de toute la métaplasie,
et des essais utilisant des traitements combinés avec le laser
sont actuellement en cours. La constatation d'un endobrachyoesophage isolé
n'est donc pas, en dehors de protocoles d'études, une indication
à un traitement spécifique par les IPP.
L'efficacité des IPP sur les manifestations extradigestives
(pseudo-angor ou manifestations respiratoires) du RGO font actuellement
l'objet d'évaluations ; malgré certains résultats
préliminaires encourageants, il est difficile de dire quelle sera
la place des IPP dans ces indications particulières.
Problèmes
posés par l'utilisation prolongée des IPP
Ces problèmes ne sont pas spécifiques au traitement des
oesophagites de reflux mais compte tenu de la fréquence de cette
affection et de son caractère souvent chronique, c'est bien sûr
ici qu'ils s'expriment avec le plus d'importance non seulement pour le
clinicien mais aussi pour l'économiste de la santé et la
Société.
Sécurité d'emploi des IPP
Il s'agit d'un domaine qui a donné lieu, au cours de la
dernière décennie, à de nombreuses polémiques,
pas toujours fondées d'ailleurs sur des arguments purement scientifiques.
Le développement du lansoprazole et plus encore celui du pantoprazole
étant relativement récent, nous ne discuterons ici que des
études concernant l'oméprazole, et de manière plus
générale des effets délétères éventuels
d'une inhibition sécrétoire puissante et prolongée
qui constitue en fait le seul motif d'inquiétude réellement
fondé. Il est clair en effet que la molécule d'oméprazole
par elle-même n'est pas « génotoxique » et que
la fréquence des effets secondaires est particulièrement
faible, sans doute voisine de celle des antagonistes H2, réputés
à juste titre pour leur excellente sécurité d'emploi.
En revanche, toute hypo ou a-chlorhydrie entraîne une hypergastrinémie
responsable, chez l'animal comme chez l'homme dans certaines circonstances
pathologiques chroniques (anémie de Biermer), de l'apparition de
tumeurs endocrines développées à partir des cellules
ECL de l'estomac. Certains facteurs endogènes comme la richesse
- variable suivant les espèces - en cellules ECL du fundus gastrique,
ou des facteurs génétiques associés (cas des gastrinomes
survenant dans un tableau de polyadénomatose endocrine dit «
NEM 1 »), semblent également influencer la susceptibilité
à développer une hyperplasie ou des tumeurs endocrines.
Pour l'instant les données concernant l'emploi de l'oméprazole
à des doses thérapeutiques normales ou même élevées,
chez des patients atteints d'oesophagite sont rassurantes [16].
La gastrinémie augmente généralement au début
du traitement pour se stabiliser ensuite à des valeurs comprises
entre 2 et 4 fois les valeurs normales. La proportion de patients ayant
des gastrinémies très élevées (> 10 fois
la normale) ne dépasse pas 5 à 10Ê% des cas et ne justifie
pas une surveillance systématique [17, 18]. Les conséquences
sur la muqueuse gastrique paraissent très limitées ; il
est d'ailleurs possible que la légère augmentation de densité
de cellules ECL observée sous oméprazole et surtout l'augmentation
de la fréquence des signes histologiques de gastrite soit en partie
le reflet de l'affaissement des glandes du fait de la réduction
sécrétoire majeure [9]. Le rôle de l'Helicobacter
pylori dans l'évolution de cette gastrite est également
envisageable [19].
Parmi les autres effets potentiellement néfastes de l'inhibition
sécrétoire, le développement d'une pullulation
microbienne digestive haute a été récemment étudié.
Une augmentation du nombre de bactéries d'origine buccale mais
aussi le développement d'une flore anaérobie dans la lumière
duodénale ont ainsi été rapportés après
un traitement de 6 semaines par l'oméprazole chez des ulcéreux
[20]. Par contre il n'existe pas d'augmentation des concentrations de
dérivés nitrés potentiellement carcinogènes
dans la lumière gastrique [21]. En définitive ces effets
sur la flore digestive sont sans doute sans conséquences en dehors
de certaines circonstances pathologiques ou thérapeutiques où
une inhalation de liquide gastrique peut survenir ou chez des sujets exposés
à des risques infectieux accrus, par exemple dans le tiers monde.
Coût du traitement par les IPP
Dans des affections fréquentes comme le RGO, les problèmes
économiques liés au traitement et à la maladie sont
de plus en plus importants. Il convient cependant d'intégrer non
seulement les coûts directement liés au médicament
(les IPP sont plus chers que les traitements classiques) mais aussi ceux
associés au diagnostic et à la surveillance (visites, endoscopies,
explorations diverses) ainsi que les coûts indirects (absentéisme
par exemple). Des modèles mathématiques fondés
sur une série d'hypothèses issues elles-mêmes des
essais cliniques ont été appliqués à l'oméprazole
[22, 23]. Ces études ont abouti à la conclusion que le traitement
par l'oméprazole était globalement moins cher dans le traitement
des oesophagites de gravité moyenne ou sévère que
la ranitidine ou les antiacides. Pour intéressant qu'il soit, il
convient cependant de formuler de nombreuses réserves concernant
ce type d'approche économique qui s'applique à des systèmes
de santé différents (américains ou suédois
en l'occurrence), et surtout à une période courte (7 mois).
Des évaluations en situation thérapeutique réelle
sont donc nécessaires ; dans les sténoses [13] nous avons
vu que la conclusion d'une telle étude allait dans le même
sens (oméprazole moins cher que les antagonistes H2) que les modèles
suscités. Il est également intéressant de noter qu'une
approche thérapeutique empirique (sans investigation préalable)
entraînant donc une surprescription d'oméprazole aboutit
à un résultat voisin en terme de coût global qu'une
attitude plus rationnelle fondée sur des investigations diagnostiques
initiales (endoscopie et le cas échéant pHmétrie)
[23]. Ces résultats ne peuvent bien sûr justifier à
eux seuls l'utilisation empirique des IPP chez des patients atteints de
RGO mais ils doivent néanmoins inciter à la réflexion
et être pris en compte dans la définition des stratégies
futures.
Place
des IPP dans les stratégies thérapeutiques actuelles
Au cours du RGO, compliqué ou non d'oesophagite, les indications
thérapeutiques sont surtout fonction de l'importance des symptômes,
de l'existence et de la sévérité des lésions
muqueuses, du terrain (âge, tares associées), et de l'évolution
chronique ou récidivante de la maladie.
Compte tenu des données épidémiologiques et évolutives
rappelées plus haut, il est certain que de nombreux patients
(la grande majorité) peuvent et doivent encore être
traités sans recours aux IPP. Ainsi, en l'absence de lésions
endoscopiques graves, des rechutes symptomatiques espacées peuvent
être traitées à la demande en reprenant, par exemple,
le traitement initial efficace, y compris les plus simples (alginates/antiacides)
qui sont souvent efficaces [24], et le demeurent chez un patient ayant
répondu initialement à ces médicaments ou aux antagonistes
H2 [4] et au cisapride. Cette attitude consistant à commencer par
les traitements les plus simples (stepwise strategy) est sans doute
encore la plus sage et celle qui évite le plus les prescriptions
abusives d'IPP. Certains auteurs préconisent cependant une attitude
inverse (top down strategy) consistant à débuter
le traitement par des IPP puis à leur substituer ensuite un autre
traitement (antagonistes H2 ou cisapride par exemple) ; dans notre expérience
il est souvent difficile d'arrêter les IPP et la décroissance
ultérieure peut s'avérer difficile. Cette réserve
à l'égard de l'usage des IPP de première intention
sera cependant à reconsidérer en fonction des données
à venir sur l'efficacité de faibles doses d'IPP (10
mg d'oméprazole par exemple) et surtout de leur tolérance
à très long terme.
Chez un sujet jeune des rechutes symptomatiques rapprochées
(plus de 3 par an) doivent faire discuter une intervention chirurgicale,
même en l'absence de lésions graves d'oesophagite.
Les IPP n'ont, en effet, dans ce cas que la place d'un éventuel
traitement d'attente de la chirurgie. Qu'il s'agisse d'un Nissen «
ouvert » [25] ou laparoscopique (pourvu que l'opérateur possède
les compétences techniques nécessaires), la chirurgie demeure
certainement l'option la plus « coût/efficace », même
si les résultats à long terme comportent un taux non négligeable
de détériorations [26] et une morbidité séquellaire
sous-estimée dans la majorité des études chirurgicales
[27].
Les IPP ont en revanche une place, à notre avis irremplaçable
chez les sujets âgés [28] et/ou à haut risque chirurgical
; il est alors légitime de prescrire un traitement continu en déterminant
individuellement la plus faible dose efficace. En pratique, dans les oesophagites
sévères ou compliquées de sténoses, les IPP
se révèlent d'une grande efficacité et d'un emploi
très simple ; ils sont parfaitement tolérés et ne
peuvent en général être remplacés par un antagoniste
H2 ou même par une association anti-H2-prokinétique. Quant
aux traitements à fortes doses d'antagonistes H2 ils n'ont probablement
aucun intérêt en ce qui concerne la tolérance, et
ils coûtent plus cher que les IPP. Ces patients correspondent très
spécifiquement au groupe des oesophagites que l'on pourrait appeler
« IPP dépendantes » car il n'existe pour eux aucune
alternative, médicale ou chirurgicale, valable.
Reste enfin un groupe de patients « intermédiaires »,
d'âge moyen (45 à 65 ans ?), parfaitement asymptomatiques
sous IPP, « moins bien » sous antagonistes H2, et sans lésions
résiduelles autres que quelques érosions à l'endoscopie.
Faut-il opter pour la chirurgie ? Faut-il poursuivre (indéfiniment
sans doute) le traitement par les IPP ? Faute de données réellement
scientifiques, il convient de se garder de réponses a priori
simplistes concernant par exemple le coût des traitements ou les
risques à long terme. L'abaissement des coûts indirects du
traitement médical par les IPP, le coût très élevé
des complications (même exceptionnelles) de la chirurgie ne plaident
pas forcément en faveur de la chirurgie même, et peut-être
surtout, depuis la diffusion de la chirurgie laparoscopique ! Quant aux
risques liés à une inhibition puissante et prolongée
de la sécrétion acide ils paraissent de plus en plus faibles
au fur et à mesure que l'expérience s'accroît. Il
faut donc s'attendre à ce que, au moins dans les années
à venir, le groupe des « oesophagites IPP dépendantes
» augmente encore ! Faut-il s'en plaindre ou s'en inquiéter
? Personnellement, j'y vois plutôt l'émergence d'une thérapeutique
majeure et longtemps attendue, mais aussi l'occasion indiscutable de mieux
évaluer à plus long terme l'intérêt des différentes
options désormais possibles dans une affection particulièrement
fréquente.
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