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Traitement et prévention des hémorragies digestives par rupture de varices oesophagiennes : sclérothérapie ou ligature élastique ? |
Hépato-Gastro. Volume 2, Numéro 3, 211-3, Mai - Juin 1995, Editoriaux
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Auteur(s) : Alain ROLACHON, Thierry MALAVAL, service d'hépato-gastroentérologie 2, hôpital A.-Michallon, BP 217 X, 38043 Grenoble Cedex, France.. |
Mots-clés : ligature élastique, sclérothérapie, varices oesophagiennes, hypertension portale. |
Illustrations |
ARTICLE
L'hémorragie digestive par rupture de varices oeso-cardiales
est une complication fréquente et grave de la cirrhose. Elle
représente selon les séries 40 à 70Ê% des causes
d'hémorragie digestive chez le malade atteint de cirrhose [1].
Malgré les progrès de la réanimation médicale,
sa mortalité reste encore élevée puisque un tiers
des malades atteints de cirrhose décèdent lors du premier
épisode hémorragique [2]. Actuellement, nous
disposons de nombreux moyens thérapeutiques médicaux
ou chirurgicaux pour le traitement et la prévention des hémorragies
digestives par rupture de varices oeso-cardiales. La sclérothérapie
endoscopique constitue l'un des traitements de référence
pour le traitement et la prévention de la récidive des
hémorragies digestives par rupture de varices oesophagiennes
(VO) [3]. Cependant, sa morbidité reste importante
et varie selon les études entre 15 et 40Ê% [4]. Plus
de 30 ans après sa première ligature d'hémorroïdes,
Stiegmann et al. ont proposé en 1988 d'étendre
cette technique au traitement et à la prévention des
hémorragies digestives par rupture de VO [5] (figure
1). C'est en 1990 qu'ils publiaient leurs premiers
résultats, dans une étude prospective
non contrôlée qui concernait 101 patients, dont 21 présentaient
une hémorragie active par rupture de VO au moment de l'endoscopie
[6]. Dans cette étude, les auteurs concluaient à
l'efficacité de la ligature élastique, avec un contrôle
de l'hémorragie dans 86Ê% des cas, une éradication des
VO après en moyenne 5 séances de ligature, et une survie
globale de 88Ê% pour une durée de suivi de 15 mois en moyenne.
Ces résultats, bien qu'encourageants, méritaient d'être
confirmés. Plus récemment, trois études contrôlées
[7, 9] ont comparé l'efficacité de la ligature
élastique à la sclérothérapie endoscopique
dans le traitement et la prévention secondaire des hémorragies
digestives par rupture de VO chez les malades atteints de cirrhose
(Tableau 1).
Dans ces 3 études, la ligature élastique des VO avait
une efficacité comparable à la sclérothérapie
pour le contrôle des hémorragies actives par rupture
de VO. Par contre, les récidives hémorragiques semblaient
moins fréquentes chez les malades traités par ligature
élastique, avec une diminution statistiquement significative
de la prévalence de ces récidives dans l'étude
de Gimson et al. [9]. Cela tient vraisemblablement
au fait que, dans chacune de ces études, le délai et
le nombre de séances nécessaires pour obtenir une éradication
des VO étaient significativement plus faibles chez les malades
traités par ligature élastique. Il semble également
que la ligature élastique des VO soit moins souvent à
l'origine de complications que la sclérothérapie endoscopique.
En effet, dans deux études sur trois [7, 8], le nombre
de complications sévères (ulcère oesophagien
compliqué, perforation, infection, sténose oesophagienne)
était significativement diminué chez les malades traités
par ligature élastique. Après ligature, l'apparition
d'ulcères de la muqueuse oesophagienne est pratiquement constante
lors de la chute de l'élastique. Contrairement aux ulcères
induits par la sclérothérapie, il s'agit d'ulcérations
superficielles qui cicatrisent rapidement [10]. Enfin, au
vu des résultats de ces trois études, il semble que
la ligature élastique améliore la survie des malades
atteints de cirrhose présentant une hémorragie digestive
par rupture de VO. Cette amélioration de la survie est surtout
nette dans l'étude de Stiegmann et al. [7] pour
les malades aux stades A et B de la classification de Child-Pugh.
Cette amélioration de la survie pourrait s'expliquer par une
moindre fréquence des récidives hémorragiques
et un nombre moins élevé de complications chez les malades
traités par ligature élastique.
Au total, il semblerait que la ligature élastique
soit aussi efficace que la sclérothérapie dans le traitement
et la prévention secondaire des hémorragies digestives
par rupture de VO. De plus, elle aurait l'avantage d'avoir une plus
faible morbidité et de diminuer la mortalité des hémorragies
digestives par rupture de VO chez les malades atteints de cirrhose.
Cependant, avant de conclure définitivement, plusieurs questions
concernant la ligature élastique restent à élucider.
Ainsi, l'efficacité de la ligature élastique dans le
traitement des hémorragies actives semble être confrontée
à certains problèmes techniques. En effet, dans notre
expérience, la présence de la bague portant l'élastique
à l'extrémité de l'endoscope gêne la bonne
visualisation des varices, surtout si celles-ci sont de petite taille,
et l'aspiration du sang présent dans la lumière oesophagienne.
D'autre part, la ligature nécessite la mise en place à
l'aveugle d'un « over tub » pouvant être à
l'origine de perforation de la paroi oesophagienne. Actuellement,
la fréquence d'une telle complication n'est pas connue, mais
ce risque a conduit certaines équipes
comme la nôtre à abandonner son utilisation. Bien que
l'apprentissage de la ligature élastique soit relativement
facile pour un endoscopiste expérimenté, ces difficultés
techniques rendent à notre avis difficile son utilisation dans
le traitement des hémorragies actives par rupture de VO. Ainsi,
dans l'étude de Stiegmann et al. [7] les échecs
du traitement des hémorragies actives par rupture de VO étaient
dus à l'utilisation dans 90Ê% des cas de la ligature élastique
contre seulement 60Ê% pour la sclérose endoscopique. Toutefois,
dans une étude récente, Gin-Ho et al. [11]
ont montré que la ligature élastique semblait supérieure
à la sclérothérapie dans le traitement des hémorragies
actives par rupture de VO. Ainsi, dans leur étude, ils obtiennent
un arrêt de l'hémorragie dans 81Ê% des cas avec la ligature
élastique contre 41Ê% avec la sclérothérapie
(p < 0,001). Cependant, dans cette étude, les résultats
obtenus avec la sclérothérapie sont nettement plus faibles
que ceux habituellement observés dans la littérature
[3]. Ceci est vraisemblablement lié au fait que les
doses de produit sclérosant utilisées par les auteurs
étaient certainement insuffisantes. D'autre part, l'efficacité
à long terme de la ligature élastique n'est pas connue.
On ne sait donc pas dans quel délai et avec quelle fréquence
on observe une reperméabilisation des varices après
éradication. Enfin, la ligature a un coût plus élevé
que la sclérothérapie endoscopique. Ceci pourrait être
nuancé par le fait que la ligature élastique permet
une éradication plus rapide des VO, pour un nombre de séances
plus faible que la sclérose endoscopique.
Quoi qu'il en soit, la ligature élastique
constitue une alternative crédible à la sclérothérapie
endoscopique pour le traitement et la prévention secondaire
des hémorragies par rupture de VO. Il est cependant nécessaire
que ces résultats encourageants soient confirmés par
d'autres études. Ces études devront inclure un plus
grand nombre de malades, afin de préciser la morbidité
liée à cette technique, et avoir un suivi prolongé
pour définir l'efficacité à long terme de la
ligature élastique des VO. Ainsi, elles pourront peut-être
confirmer les résultats du travail de Stiegmann et al.
[7], suggérant que la ligature élastique modifierait
le pronostic des hémorragies digestives par rupture de VO chez
le malade atteint de cirrhose.
REFERENCES 1. Cales
P. Vasopressine et hémorragies digestives de l'hypertension portale
: le bout du tunnel ? Gastroenterol Clin Biol 1994 ; 18 : 739-42.
2. Debongnie JC. Endoscopie et pronostic de l'hémorragie du tractus
digestif supérieur. Gastroenterol Clin Biol 1989 ; 13 : 890-98.
3. Infante-Rivard C, Esnaola S, Villeneuve JP. Role of endoscopic variceal
sclerotherapy in the long-term management of variceal bleeding : A meta-analysis.
Gastroenterology 1989 ; 96 : 1087-92.
4. Vinel JP. Hémostase endoscopique des varices oesophagiennes et
gastriques. Gastroenterol Clin Biol 1990 ; 14 : 42B-5B.
5. Stiegmann G, Cambre T, Sun JH. A new endoscopic elastic band ligating
device. Gastrointest Endosc 1988 ; 32 : 230-3.
6. Stiegmann GV, Goff JS, Sun JM, Hruza D, Reveille RM. Endoscopic ligation
of oesophageal varices. Am J Surg 1990 ; 159 : 21-6.
7. Stiegmann GV, Goff JS, Michaletz-Onody PA, Korula D, Liberman D, Saeed
ZA. Endoscopic sclerotherapy as compared with endoscopic ligation for bleeding
esophageal varices. N Engl J Med 1992 ; 326 : 1527-32.
8. Laine L, Hussein M, Migikovsky B, Sloane R, Garcia F. Endoscopic ligation
compared with sclerotherapy for the treatment of bleeding esophageal varices.
Ann Intern Med 1993 ; 119 : 1-7.
9. Gimson AES, Ramage JK, Panos MZ, Hayllar K, Harrison PM, Williams R,
et al. Randomised trial of variceal banding ligation versus injection
sclerotherapy for bleeding esophageal varices. Lancet 1993 ; 342
: 391-4.
10. Young MF, Sanowski RA, Rasche R. Comparison and characterization of
ulcerations induced by endoscopic ligation of esophageal varices versus
endoscopic sclerotherapy. Gastrointest Endosc 1993 ; 39 : 119-22.
11. Gin-Ho L, Kwok-Hung L, Chia-Fu C, Ming-Tse S, Jin-Shiung J, Rong-Long
H, et al. Endoscopic injection sclerotherapy vs endoscopic variceal
ligation in arresting acute variceal bleeding for patients with advanced
hepatocellular carcinoma. J Hepatol 1994 ; 21 : 1048-52. |
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