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Evaluation de la qualité de vie dans la chirurgie du reflux gastro-œsophagien


Hépato-Gastro. Volume 9, Numéro 3, 183-9, Mai - Juin 2002, Mini-revues


Résumé  

Auteur(s) : Emile NINI, Karem SLIM, Service de chirurgie générale et digestive, Hôtel-Dieu, boulevard Léon-Malfreyt, 63058 Clermont-Ferrand Cedex 1..

Résumé : L'évaluation de la qualité de vie dans le reflux gastro-œsophagien est une étape considérée comme essentielle de la prise en charge chirurgicale. Les questionnaires utilisés apportent des renseignements complémentaires à ceux des examens objectifs. Le but de cette mise au point est de discuter le rationnel de l'évaluation de la qualité de vie des patients ayant un reflux pathologique, détailler les différents instruments disponibles et analyser l'évolution de la qualité de vie après chirurgie cœlioscopique du reflux.

Mots-clés : reflux gastro-œsophagien, œsophagite, cœlioscopie, qualité de vie.

Illustrations

ARTICLE

L'évaluation de la qualité de vie dans le cadre du reflux gastro-œsophagien (RGO) permet d'ajouter aux mesures objectives (endoscopie, pHmétrie, manométrie) une information subjective essentielle qui est l'appréciation, par le patient, de sa qualité de vie en relation avec son état de santé (health-related quality of life) en dehors de toute intervention du chirurgien (ou du médecin) [1].

Cette information subjective est d'autant plus importante qu'il s'agit là d'une affection retentissant fortement sur la qualité de vie et d'une chirurgie fonctionnelle pour laquelle l'appréciation du patient est importante [2]. Évaluer le RGO et son traitement chirurgical uniquement par le recours aux critères objectifs risque en effet d'occulter tous les symptômes fonctionnels gênants (non visibles sur les examens objectifs) et leur retentissement sur la vie quotidienne du patient. L'efficacité de la chirurgie jugée par un médecin n'est pas nécessairement celle privilégiée par le patient [3].

Nous discuterons successivement les bases de l'évaluation de la qualité de vie dans le RGO, les instruments disponibles et validés en langue française dans cette indication et les résultats de la chirurgie cœlioscopique du RGO en termes de qualité de vie. Chaque chapitre est étayé par un niveau de preuves selon les principes de la chirurgie factuelle [4]. Le niveau de preuves A signifie que les données sont issues de méta-analyses ou d'essais randomisés d'excellente qualité ; le niveau B signifie qu'elles sont issues d'essais randomisés ou d'études prospectives avec des résultats concordants (seuls ces deux niveaux permettent d'affirmer que la réponse à la question posée est fondée sur des preuves scientifiques de qualité) ; le niveau C signifie que les données sont issues d'études ayant des résultats discordants.

Pourquoi évaluer la qualité de vie dans le RGO ?

Retentissement du reflux sur la qualité de vie (niveau de preuves B)

Le RGO retentit significativement sur la qualité de vie des patients [5]. Celle-ci était significativement altérée par rapport à la population générale dans une étude cas-témoin [6] et dans d'autres études prospectives [7-9]. L'impact du RGO sur la qualité de vie semble significatif, qu'il y ait [10] ou non [11] une œsophagite peptique. Dans certains cas, il est plus prononcé que pour d'autres affections chroniques supposées plus graves, comme le diabète, l'hypertension artérielle, l'angor, l'arthrite ou l'ulcère duodénal [9, 12, 13]. Les multiples symptômes chroniques du RGO (pyrosis, régurgitation, douleur, dysphagie, odynophagie, ballonnement, lenteur de digestion, nausée, toux, dysphonie, etc.) ont un impact majeur sur la qualité de vie et sont à l'origine de dépressions, anxiété, somatisation, insomnies, réduction de la fonction sociale ou de la vitalité [7, 9].

Le retentissement du RGO sur la qualité de vie n'est pas corrélé à la gravité de l'œsophagite ; en effet, une étude sur le RGO sans œsophagite [14], une étude multicentrique européenne [15] et une récente étude française [16] ont clairement montré que, même en l'absence d'œsophagite, le RGO peut retentir de manière significative sur la qualité de vie des patients.

On peut ainsi affirmer que l'évaluation des résultats de la chirurgie du RGO ne doit pas se limiter aux seuls examens objectifs. Il faut aussi tenir compte de la qualité de vie postopératoire pour avoir une évaluation pertinente et complète.

Au vu de ces données, on peut aussi supposer qu'une récidive postopératoire du reflux gastro-œsophagien peut retentir sévèrement sur la qualité de vie sans qu'il y ait pour autant de lésions d'œsophagite sévère à l'endoscopie de contrôle.

La qualité de vie comme critère de jugement de la chirurgie (niveau de preuves B)

Le critère de jugement principal de la chirurgie est, sur le plan symptomatique, la disparition du pyrosis ou des régurgitations et, sur le plan objectif, la disparition de l'œsophagite. Cela est néanmoins nuancé par la multiplicité des symptômes du RGO et la variabilité des lésions endoscopiques. De plus, la chirurgie du RGO peut comporter des effets indésirables postopératoires souvent gênants comme la dysphagie, le gas-bloat syndrome, la sensation de satiété précoce ou de plénitude post-prandiale, le ballonnement, l'aérophagie ou la diarrhée [17, 18]. Il est donc essentiel d'évaluer la chirurgie par un (ou des) instrument(s) permettant une approche globale incluant aussi bien les symptômes propres au RGO que ceux qui risquent d'apparaître après la chirurgie. L'évaluation de la chirurgie du RGO par les seuls critères objectifs peut aussi s'avérer difficile, car il a été démontré que seul un patient sur quatre accepte les examens de contrôle postopératoires [19], souvent refusés car jugés agressifs. La logique peut donc nous imposer d'utiliser d'autres critères de jugement comme la qualité de vie.

Une étude prospective a analysé la corrélation entre les données objectives et la qualité de vie chez des patients opérés pour un RGO [20]. Tous les patients ont eu une endoscopie, une manométrie, une pHmétrie et une évaluation de la qualité de vie par un questionnaire. Les meilleurs critères étaient le questionnaire de qualité de vie pour apprécier la sévérité des symptômes et la pHmétrie pour apprécier les lésions muqueuses. Une autre étude plus récente a aussi confirmé l'absence de corrélation entre les examens objectifs et la qualité de vie [21]. Tout cela confirme la place prépondérante que doit prendre l'évaluation de la qualité de vie comme critère de jugement de la chirurgie du RGO.

L'instrument utilisé doit être validé et couvrir tous les symptômes digestifs antérieurs ou secondaires à la chirurgie ainsi que leur retentissement psychologique, physique, social et émotionnel.

Quel instrument pour évaluer la qualité de vie dans le RGO ?

Un instrument de mesure de la qualité de vie dans le RGO doit être : sensible et discriminant (c'est-à-dire permettant de distinguer facilement le groupe de patients non satisfaits), chiffré (permettant de donner une idée fidèle de la gravité des troubles) et prédictif (permettant de sélectionner les patients qui risquent de ne pas être satisfaits après la chirurgie) [22].

Malheureusement, il n'existe actuellement aucun instrument parfait qu'on pourrait qualifier de gold-standard [23], mais y en aura-t-il un jour ? Il s'agit là en effet d'un domaine où l'on essaie de rendre mesurables des données hautement subjectives comme le bien-être. Enfin, l'instrument de mesure doit être validé par des méthodes psychométriques dans la langue où il est utilisé et suffisamment concis pour être facilement accepté par les patients.

Les instruments d'évaluation de la qualité de vie dans le RGO peuvent être classés en quatre catégories (tableau 1) : les instruments génériques qui apprécient l'état de santé au sens large du terme et de manière globale, quelle que soit la maladie en cause ; les instruments spécifiques du RGO qui évaluent le retentissement des symptômes propres au RGO sur la qualité de vie ; les instruments spécifiques du système digestif dans sa globalité et non pas d'une affection donnée et les instruments évaluant la sévérité des symptômes du RGO et non pas leur retentissement sur la qualité de vie [24, 25] ; ce dernier type ne sera pas détaillé ici car il ne s'agit pas d'un instrument de qualité de vie au sens propre du terme.

Certains instruments génériques (NHP, SIP, PQVS) ou spécifiques (score Visick) ne seront pas discutés ici, car ils ont été élaborés pour d'autres affections et n'ont jamais été validés pour le RGO. Ailleurs, des études (non retenues ici) ont utilisé des instruments ad-hoc sans validation préalable. Une revue de la littérature a montré que des scores de qualité de vie étaient de plus en plus rapportés dans les publications « chirurgicales », mais que seulement la moitié de ces études a utilisé un instrument validé de qualité de vie [26].

Les instruments génériques (niveau de preuves C)

Parmi tous les instruments disponibles, seuls deux ont été utilisé dans le RGO : le Medical Outcome Study Short-Form (SF36) [27], dont la version française a été validée [28], et le Psychological General Well-Being Index (PGWB) [29, 30], pour lequel il n'y a pas de version française.

Le SF36 est constitué de 36 items évaluant : les limitations dues à l'état physique, la douleur physique, la relation avec les autres, la santé psychique, les limitations dues à l'état psychique, la vitalité, la santé perçue et l'activité physique. Il demande environ 10 minutes pour être rempli. Le PGWB est constitué de 22 items explorant les mêmes domaines que le SF36. L'avantage des instruments génériques est leur applicabilité à plusieurs situations pathologiques, mais leur inconvénient majeur est leur manque de spécificité [31]. Aucun de ces instruments, ne comporte des items relatifs aux symptômes du RGO et leur retentissement sur la qualité de vie. Leur utilité (quand ils sont utilisés seuls) a donc été contestée [32], d'où le développement d'instruments spécifiques du RGO. Des auteurs scandinaves ont essayé de pallier ce problème en associant au questionnaire générique (PGWB) un questionnaire spécifique comme le Gastrointestinal Symptom Rating Scale (GSRS) qui comporte 15 items sur les symptômes digestifs ; il a été validé initialement pour la maladie ulcéreuse et le syndrome de l'intestin irritable [2, 33] et utilisé dans le RGO, mais nous ne disposons pas non plus de version française validée de ce questionnaire. Dans le même sens, une association entre une version « ultra-courte » du SF36, le SF12 et le GERD-HRQL développé par Velanovich [24] a aussi été récemment utilisée [34].

Les instruments spécifiques (niveau de preuves C)

Les instruments spécifiques sont adaptés à l'affection en cause car ils explorent les symptômes propres à chaque maladie ainsi que leur retentissement sur la vie des patients dans les domaines social, émotionnel, psychique et physique. Ils sont plus sensibles que les instruments génériques pour mesurer les changements de la qualité de vie en rapport avec les symptômes, ce qui les rend plus adaptés à la recherche clinique par une meilleure comparaison des sous-groupes de patients et des résultats des traitements mis en œuvre [30].

Deux instruments spécifiques ont été utilisés dans le RGO : le Quality of Life in Reflux and Dyspepsia (Qolrad) [35] et le Reflux-Qual développé en France [36]. Deux autres questionnaires développés pour le syndrome dyspeptique [37, 38] peuvent en être rapprochés, spécifiques du RGO du fait de la similitude des symptômes et de leur retentissement entre ces deux affections. Mais ils n'ont pas été formellement utilisés et validés dans le RGO et ne seront donc pas détaillés ici. Une échelle visuelle de qualité de vie a aussi été développée [39], mais elle n'a pas été formellement validée et ne constitue pas un instrument aussi sensible que le questionnaire rempli par le patient en dehors de toute intervention médicale.

Le Qolrad est constitué de 25 items relatifs aux émotions, au sommeil, à la vitalité, à l'alimentation et aux activités physiques et sociales. Sa validité a été confirmée par une étude prospective longitudinale réalisée par la même équipe sur des patients ayant un pyrosis sans œsophagite [40]. Le Reflux-Qual est constitué de 37 items inclus dans 7 domaines : la vie quotidienne, la vie relationnelle, le bien-être, le retentissement psychique, les craintes, le sommeil et l'alimentation. Mais il n'a pas encore été validé par une étude longitudinale sur un nombre suffisant de patients. Ces deux questionnaires ne sont pour le moment pas encore utilisés en pratique quotidienne et restent encore du domaine de la recherche clinique dans certains centres. L'analyse des items relatifs aux symptômes montre que certains (dysphagie, gas-bloat syndrome, diarrhée) entrant dans le cadre des effets indésirables de la chirurgie du RGO ne sont pas présents dans ces questionnaires spécifiques malgré leur sensibilité.

Le principal inconvénient des questionnaires spécifiques en gastro-entérologie réside dans le fait que les médecins risquent d'être réticents à les utiliser pour la multitude de maladies ou syndromes digestifs rencontrés dans la pratique courante [31] ; ce qui peut expliquer le développement de questionnaires relatifs à tout l'appareil digestif regroupés sous le nom d'instrument global pour l'appareil digestif.

Instrument global de l'appareil digestif (niveau de preuves B)

Il s'agit d'un questionnaire destiné à couvrir tous les aspects de la qualité de vie en rapport avec les maladies digestives, le GastroIntestinal Quality of Life Index (Giqli). Il a été développé en Allemagne et validé pour différentes affections digestives [41]. Sa version française a aussi été validée par des critères psychométriques [42]. Il comprend 36 items relatifs aux symptômes digestifs, aux émotions, aux activités physiques, à l'intégration sociale et à l'effet d'un éventuel traitement médical.

Il a été validé pour le RGO, par des études longitudinales [42, 43], après l'avoir été pour d'autres affections, malignes ou non.

L'avantage principal du Giqli est qu'il constitue un instrument utilisable pour plusieurs affections rencontrées en chirurgie digestive puisqu'il a été validé dans des situations aussi diverses que la cholécystectomie cœlioscopique, la gastrectomie pour cancer, la duodénopancréatectomie céphalique ou la chirurgie proctologique. Le clinicien disposerait ainsi d'un instrument de mesure de la qualité de vie unique pour tout l'appareil digestif. Néanmoins, le Giqli ne constitue pas la panacée puisqu'il n'a pas été comparé aux instruments spécifiques réputés pour être les plus sensibles.

La qualité de vie après chirurgie cœlioscopique du RGO

La qualité de vie après fundoplicature (niveau de preuves B)

Toutes les études prospectives publiées [21, 34, 39, 43-55] sur la qualité de vie après chirurgie cœlioscopique du RGO ont montré son amélioration significative avec un recul de 1 à 3 ans. Ces études ont utilisé soit le SF36 [45-47], le SF12 ou le Gerd-HRQL [33], soit le PGWB + GSRS [39, 48-50] ou le GSRS [51], soit le Giqli [21, 43, 44, 52-55]. Le tableau 2 résume les caractéristiques et les résultats de ces études.

Nous sommes actuellement au début de l'ère de l'évaluation de la qualité de vie en pathologie digestive et toutes les études sont préliminaires, ce qui explique l'absence d'études comparant les différents instruments de mesures de la qualité de vie. Quoi qu'il en soit, contrairement aux instruments génériques, l'utilisation de questionnaires globaux de l'appareil digestif ou spécifiques du reflux permet d'évaluer l'évolution des symptômes du RGO et leur retentissement sur la qualité de vie. L'amélioration significative de la qualité de vie retrouvée dans toutes les séries est le résultat de la disparition des symptômes du RGO (pyrosis, régurgitation, douleur, etc.). L'appréciation globale des scores de qualité de vie montre que la guérison du reflux compense largement les effets indésirables de la chirurgie comme la dysphagie. Dans certaines études où la qualité de vie a été évaluée précocement, puis à distance de l'intervention, une différence significative entre les deux mesures a pu être observée [34, 43, 44, 52], la qualité de vie étant meilleure à distance après fundoplicature. Cette constatation n'est pas retrouvée dans d'autres études [49, 55]. Cela suggère un retentissement des effets indésirables de la chirurgie (dysphagie) sur la qualité de vie durant la période postopératoire précoce. La disparition de ces effets indésirables participerait à l'amélioration de la qualité de vie à distance après fundoplicature. Le retour à une qualité de vie postopératoire « normale », ou plutôt similaire à celle de la population générale, est diversement apprécié. À un an de l'intervention, la qualité de vie était normalisée dans certaines séries [34, 43, 45, 48-50, 52, 53] ou toujours inférieure à celle de la population témoin dans d'autres séries [21, 44, 54, 55]. Une de ces études [55] a été récemment re-publiée avec un recul de 2 ans montrant une qualité de vie plus proche de celle de la population générale [56]. Dans des études utilisant le Giqli, la différence des scores (patients versus témoins) était statistiquement significative dans deux études [44, 54] et non significative dans une autre [55], probablement du fait d'un faible effectif ; le score du Giqli était bas dans toutes ces études. Enfin, dans deux essais randomisés ayant évalué la qualité de vie pour comparer la voie cœlioscopique à la voie ouverte, aucune différence en termes de qualité de vie n'était trouvée [51, 52].

Utilisation spécifique des instruments de qualité de vie (niveau de preuves C)

Une nouvelle approche consiste à utiliser l'évolution des items inclus dans les questionnaires de qualité de vie pour mieux apprécier les résultats de la chirurgie. Cela n'est bien sûr valable que pour les instruments comportant des items liés aux symptômes digestifs (Qolrad, Reflux-Qual, GSRS, Giqli). On peut ainsi, en ciblant sur un item (ou une dimension groupant des items) rechercher les raisons d'une mauvaise qualité de vie pré ou postopératoire. Dans le cadre du RGO, une mauvaise qualité de vie après fundoplicature peut être due soit aux symptômes récidivants du reflux, soit aux effets indésirables de la chirurgie. Or, les différentes études publiées ont confirmé l'efficacité de la chirurgie sur les symptômes du reflux et la régression fréquente des effets indésirables au-delà de 3 mois après la chirurgie.

On peut expliquer la mauvaise qualité de vie postopératoire (par rapport à la population générale) dans certaines études sur le Giqli [21, 44, 54, 55] par la présence de symptômes digestifs fonctionnels préalables à la chirurgie et persistants après celle-ci. Le score de qualité de vie restait dans ces études significativement bas bien que le questionnaire relevait la disparition des symptômes du reflux (témoignant de l'efficacité de la fundoplicature). Les symptômes « dyspeptiques » à l'origine d'une mauvaise qualité de vie étaient dans deux études [44, 54] : le ballonnement abdominal, l'éructation, le gargouillement intestinal, la lenteur de l'alimentation. Il pourrait donc être utile de détecter, par un questionnaire préopératoire, les patients ayant un syndrome dyspeptique majeur. Bien qu'efficace sur le reflux, la chirurgie ne fera pas disparaître ces symptômes fonctionnels. Ainsi, il conviendrait de prévenir ces patients avant l'intervention de la possibilité de persistance de ces symptômes ayant comme corollaire une altération de leur qualité de vie [44]. Cela n'est bien sûr pas retrouvé dans certaines études qui rapportent des résultats très favorables de la fundoplicature en termes de qualité de vie [34, 43, 45, 48-53], ce qui suggère que la sélection des patients y était probablement plus rigoureuse. Dans certains cas, la chirurgie pourra être contre-indiquée chez les patients dyspeptiques. Quatre conférences de consensus ont en effet considéré la dyspepsie comme une contre-indication à la chirurgie du RGO [57-60]. Néanmoins, la distinction avant l'intervention entre syndrome dyspeptique et véritable RGO peut être difficile vu la similitude des symptômes [61].

CONCLUSION

L'évaluation de la qualité de vie dans le reflux gastro-œsophagien constitue une nouvelle approche. Il s'agit d'un complément aux critères objectifs classiques permettant d'apprécier de manière fiable les résultats de la chirurgie. Cette approche ne fait pas encore partie de la pratique quotidienne d'autant qu'il n'y a pas d'instrument de mesure qualifié de gold-standard. La tendance actuelle est de préférer les questionnaires comportant des items relatifs aux symptômes digestifs, tels que les questionnaires spécifiques ou le questionnaire global pour l'appareil digestif. D'autres travaux sont nécessaires pour valider et comparer les différents instruments disponibles. Enfin, certains questionnaires permettraient de mieux affiner les résultats des fundoplicatures et peut-être de mieux sélectionner les candidats à la chirurgie.

En résumé

* Le reflux gastro-œsophagien retentit significativement sur la qualité de vie des patients, qu'il y ait ou non une œsophagite peptique.

* L'évaluation des résultats de la chirurgie du RGO ne doit pas se limiter aux seuls examens objectifs, mais aussi tenir compte de la qualité de vie postopératoire.

* Les instruments d'évaluation de la qualité de vie dans le RGO peuvent être génériques (ou non spécifiques), spécifiques du RGO ou spécifiques du système digestif en général.

* De nombreuses études ont montré une amélioration de la qualité de vie après fundoplicature. L'appréciation globale des scores de qualité de vie montre que la guérison du reflux compense largement les effets indésirables de la chirurgie comme la dysphagie.

* Le retour à une qualité de vie postopératoire « normale » ou plutôt similaire à celle de la population générale est diversement apprécié. La présence de symptômes digestifs fonctionnels préalables à la chirurgie et persistants après celle-ci pourrait expliquer ces résultats.

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