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Comme l'avait annoncé le Premier ministre lors de la clôture
des États généraux de l'alimentation en décembre
2000, un programme national Nutrition et Santé (PNNS) a été
lancé et présenté à la fin du mois de janvier
2001. Ce programme a été élaboré à
partir d'un rapport du Haut Comité de la santé publique.
Il sera coordonné par le ministre délégué
à la Santé et mis en uvre en concertation étroite
avec les ministères chargés de l'Agriculture et de la Pêche,
de la Consommation, de l'Éducation nationale, de la Recherche,
et avec le concours de l'ensemble des acteurs concernés publics
ou privés [1].
L'objectif du PNNS est d'améliorer la santé de la population
en agissant sur l'un de ses déterminants majeurs, la nutrition.
Il se propose d'atteindre neuf objectifs nutritionnels prioritaires visant
l'ensemble de la population (encadré 1). À côté
de ces objectifs généraux, neuf objectifs nutritionnels
spécifiques visant des populations particulières ont également
été définis (encadré 2). Pour permettre
la réalisation de ces objectifs, six axes stratégiques ont
été élaborés. Il s'agira :
1) d'informer les consommateurs en utilisant les différents moyens
de communication ;
2) de prévenir, dépister et prendre en charge les troubles
nutritionnels dans les systèmes de soins en mettant en place dans
les établissements de santé des structures spécialisées
dans la prise en charge des troubles nutritionnels et en facilitant l'accès
à la consultation de nutrition. Il a été annoncé
que 800 postes de diététiciens et 50 postes de praticiens
hospitaliers de nutrition seraient créés ;
3) d'impliquer les industriels de l'agro-alimentaire, notamment en renforçant
leur formation en nutrition ;
4) de mettre en place des systèmes de surveillance alimentaire
et nutritionnelle de la population ;
5) de développer la recherche en nutrition humaine ;
6) d'engager des mesures ciblées destinées à des
groupes spécifiques.
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Encadré 1
Les objectifs nutritionnels
prioritaires du PNNS
1. Augmenter la consommation
de fruits et de légumes
2. Augmenter la consommation
de calcium
3. Réduire les
apports lipidiques totaux à moins de 35 % de l'apport énergétique
4. Augmenter l'apport
de glucides qui doivent contribuer à au moins 50 % de la
ration énergétique totale
5.
Réduire la consommation d'alcool à moins de 20 g/j
6. Réduire de
5 % la cholestérolémie moyenne des adultes
7. Réduire de
10 mm/Hg la pression artérielle systolique des adultes
8. Réduire de
20 % la prévalence de l'obésité (IMC > 30)
et du surpoids (IMC > 25)
9. Augmenter l'activité
physique (au moins 30 minutes de marche rapide par jour)
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Encadré 2
Les objectifs nutritionnels
spécifiques du PNNS
1. Réduire la carence en fer pendant
la grossesse
2. Améliorer le statut en folates
de la femme en âge de procréer
3. Promouvoir l'allaitement maternel
4. Améliorer le statut en fer, calcium
et vitamine D des enfants et des adolescents
5. Améliorer le statut en calcium
et vitamine D des personnes âgées
6. Prévenir la dénutrition
des personnes âgées
7. Lutter contre les déficiences
vitaminiques et minérales et les dénutritions chez
les personnes en situation de précarité
8. Lutter contre les déficiences
vitaminiques et minérales et les dénutritions chez
les personnes suivant des régimes restrictifs
9. Prendre en compte les problèmes
d'allergie alimentaire
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Le PNNS constitue un véritable plan de santé
publique visant à atteindre des objectifs clairement définis,
avec des actions précises et ciblées. Il ne se veut pas
exhaustif, mais met l'accent sur l'importance de la nutrition en termes
de santé publique. Tous les professionnels de la santé doivent
se sentir impliqués et largement participer à la mise en
place de cette politique nutritionnelle. Il nous semble que les hépato-gastroentérologues
ont un rôle encore plus important à jouer. Les liens étroits
qui relient l'hépato-gastroentérologie à la nutrition
n'échappent évidemment à personne et les conséquences
nutritionnelles des affections hépatiques et digestives sont souvent
au premier plan du tableau qui motive la consultation. En outre les hépato-gastroentérologues
jouent souvent un rôle chez des malades relevant d'autres spécialités
médicales ou chirurgicales nécessitant une prise en charge
nutritionnelle, comme par exemple les affections néoplasiques ORL.
La dénutrition fait d'ailleurs partie des trois thèmes transversaux
prioritaires définis dans le Livre blanc de l'hépato-gastroentérologie
aux côtés de l'alcoolisme et des urgences [2]. Les rôles
des hépato-gastroentérologues se situent à notre
avis à plusieurs niveaux. Lors de la consultation, ils doivent
s'assurer que l'alimentation du malade est équilibrée et
que son état nutritionnel est correct. Dans le cas contraire, ils
doivent être en mesure de donner à leurs malades les conseils
nutritionnels nécessaires, dont certains ont été
rappelés à l'occasion du PNNS. À ce stade, de nombreux
objectifs spécifiques énoncés par le PNNS concernent
potentiellement les malades que nous avons en charge. On peut ainsi citer
les problèmes de carences en folates souvent observés au
cours des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin et des maladies
cliaques. De même, des carences en fer, calcium et vitamine
D touchent souvent les malades qui souffrent de diverses affections digestives
et hépatiques. Enfin, les troubles nutritionnels des sujets âgés,
aussi nombreux dans notre spécialité que dans d'autres,
mais aussi les conséquences des régimes restrictifs que
s'imposent souvent nos malades, devraient constituer des préoccupations
quotidiennes. Par exemple, lorsqu'un malade consulte pour des douleurs
abdominales et des ballonnements liés à un syndrome de l'intestin
irritable, il nous semble qu'après l'établissement du diagnostic,
la correction d'éventuels désordres nutritionnels secondaires
à une alimentation (consciemment ou non) restrictive est aussi
importante que les traitements antispasmodiques et la prise en charge
psychologique, et c'est certainement notre rôle que de dépister
les carences et de convaincre le malade de mieux s'alimenter. De même,
le rôle des hépato-gastroentérologues dans la prise
en charge de l'alcoolisme qui s'organise de plus en plus n'est pas nouveau,
et c'est sans doute l'occasion de le réaffirmer. Au cours de la
pose d'une gastrostomie percutanée endoscopique, les endoscopistes
ne doivent pas se contenter d'un rôle de prestataire de service,
mais devraient être en mesure de discuter du bien-fondé de
l'indication [3]. De plus, dans de nombreux cas, ce sont les plus compétents
pour organiser le support nutritionnel, garantissant par là même
une prestation de qualité. Les hépato-gastroentérologues
devraient s'impliquer dans les structures transversales de dépistage
et de prise en charge de la dénutrition des malades hospitalisés
(les Clan : Comités de liaison alimentation et nutrition) qui se
mettent en place petit à petit dans les établissements de
soins publics et privés. De même, la prise en charge par
nutrition parentérale de longue durée à domicile
des malades porteurs d'insuffisances intestinales graves revient naturellement
aux hépato-gastroentérologues qui doivent l'organiser, dans
les structures de soins où ils exercent, comme d'autres l'on fait
en créant les centres agréés de nutrition parentérale
à domicile. Les hépato-gastroentérologues doivent
aussi favoriser la recherche en nutrition. Les conséquences nutritionnelles
des affections hépatiques et digestives et leurs modalités
de prise en charge représentent un large champ d'investigation
où les retombées cliniques pour nos malades sont souvent
importantes. Les hépato-gastroentérologues ont aussi un
rôle primordial à jouer dans l'enseignement de la nutrition.
Enseigner aux futurs médecins que les malades qu'ils auront à
prendre en charge peuvent souffrir de dénutrition du fait de leur
maladie mais aussi des traitements et des régimes nous paraît
primordial et certainement pas du seul ressort des enseignants de nutrition.
Les hépato-gastroentérologues français ont depuis
longtemps compris l'importance de la nutrition pour la prise en charge
des affections digestives. La mise en place du PNNS est sans doute l'occasion
de réaffirmer notre intérêt pour une prise en charge
globale du malade incluant ses problèmes nutritionnels. Il nous
semble que, par culture, mais aussi par obligation, notre responsabilité
dans ce domaine est grande. À une époque où, par
la réalisation d'un Livre blanc, nous avons été
amenés à établir nos priorités, il nous semble
que le PNNS nous donne l'occasion de démontrer que nous sommes
capables de les appliquer.
Références
1. Haut Comité de la santé publique. Pour une
politique nutritionnelle de santé publique en France : enjeux et
propositions. Éditions ENSP, 2000.
2. Fournet J, Dhumeaux D. Le Livre blanc de l'hépato-gastroentérologie.
Éditions Masson, 2001.
3. Hébuterne X, Messing B, Rampal P. À quels malades
faut-il poser une gastrostomie percutanée endoscopique ? Gastroenterol
Clin Biol 1998 ; 22 : 1065-70.
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