ARTICLE
Par définition, les virus à l'origine d'hépatites
aiguës sont dits exotiques lorsque les seuls cas rapportés
en Europe sont des cas d'importation. Aucune forme chronique n'a été
décrite [1]. L'essor du tourisme et des échanges commerciaux
a multiplié les cas d'infection par ces virus. Devant tout signe
d'hépatite aiguë, dans un contexte épidémiologique
évocateur, le clinicien doit donc penser à rechercher ces
virus exotiques. Cela ne le dispense pas de rechercher les virus cosmopolites
responsables des hépatites, A, B, C, D, E, le cytomégalovirus,
le virus Epstein Barr, le virus Herpes simplex, ainsi que les nouveaux
virus, F et G qui ne seront pas envisagés dans cet article [2].
La gravité est une caractéristique essentielle des hépatites
dues aux virus exotiques. Elle tient à plusieurs facteurs. En premier
lieu, lorsqu'il existe un syndrome hémorragique, une atteinte hépatique
est toujours présente. A l'inverse, l'atteinte hépatique
n'est pas constamment associée à un syndrome hémorragique
mais constitue toujours un signe de gravité si elle est présente.
En second lieu, le diagnostic est difficile en raison de la multiplicité
des causes virales alors que les signes d'appel sont identiques quel que
soit le virus en cause. En troisième lieu, les signes cliniques
sont d'évolution rapide. En quatrième lieu, seul un traitement
symptomatique est habituellement disponible. Peu de vaccins sont au point.
Enfin, la gravité de ces infections tient à leur émergence
sous formes d'épidémies sévères.
En dépit de leur dénomination, ces virus ne sont pas tous
nouveaux : aucun virus ne peut apparaître de novo. Des mutations
ou des recombinaisons entre virus existants peuvent engendrer des souches
plus virulentes. Mais, le plus souvent, ces « nouveaux » virus
ne se manifestent que parce que les conditions dans lesquelles ils préexistaient
depuis des millions d'années ont été modifiées.
Les modifications de leur environnement leur permet de se multiplier,
faisant apparaître de nouvelles pathologies. Quand des conditions
favorables sont réunies pour les virus et pour les vecteurs, on
constate l'émergence de nouvelles maladies.
Les virus exotiques à l'origine des principales fièvres
hémorragiques appartiennent à quatre familles (Tableau
1) : Flaviridae, Arenaviridae, Bunyaviridae et Filoviridae. Le
virus Ebola responsable de l'épidémie de mai 1995 au Zaïre
appartient à cette dernière famille. Nous ne parlerons pas
des virus de la famille des Alphaviridae, incluant en particulier le virus
Chikungunya ; malgré une élévation modérée
des transaminases au cours de cette infection, il n'y a pas de lésions
hépatiques [1]. Parmi les Flaviridae, seuls les virus de la fièvre
jaune et de la dengue sont associés à un syndrome hémorragique
et à une hépatite. Parmi les Arénaviridae, quatre
virus du genre arenavirus, Lassa, Junin, Machupo et Guanarito, bien que
présentant une distribution géographique distincte sont
tous associés à une maladie hémorragique chez l'homme,
respectivement les fièvres de Lassa, Argentine, Bolivie et Venezuela.
Récemment, un nouveau virus de cette famille, le virus Sabia, responsable
d'une fièvre hémorragique fatale chez un ingénieur
agricole a été isolé au Brésil [3, 4]. Parmi
les Bunyaviridae, les genres Phlebovirus (virus de la fièvre de
la vallée du Rift) et le genre Nairovirus (virus de la fièvre
hémorragique de Crimée-Congo) seront seuls étudiés.
Le genre Hantaavirus des Bunyaviridae, comprenant principalement le virus
de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal, ne
donne qu'une atteinte hépatique discrète qui ne contribue
ni à la mortalité ni à la morbidité de la
maladie [1].
Physiopathologie
Ces infections virales ont en commun plusieurs caractéristiques.
On constate toujours une diminution des plaquettes sanguines. Toutefois,
cette thrombopénie ne suffit pas à expliquer les signes
hémorragiques. Les hypothèses pathogéniques permettent
de distinguer deux groupes de virus, ceux qui sont cytopathogènes
et ceux qui perturbent également le fonctionnement du système
immunitaire. Parmi les premiers, hautement cytolytiques, se classent le
virus de la fièvre de Crimée-Congo, le virus de la fièvre
de la vallée du Rift, les deux filovirus Marburg et Ebola et le
plus anciennement connu des virus des fièvres hémorragiques,
le virus amaril responsable de la fièvre jaune. La durée
d'incubation est généralement courte, souvent moins d'une
semaine. Les cas graves sont dus à une atteinte de plusieurs organes,
dont le foie. Deux mécanismes expliquent les phénomènes
hémorragiques. La destruction d'un nombre important d'hépatocytes
explique une insuffisance de synthèse des facteurs de coagulation.
De plus, la présence du virus (et probablement sa réplication)
dans l'endothélium vasculaire en modifie la surface de telle sorte
que les plaquettes s'y agrègent et qu'une coagulation intravasculaire
s'installe. Les cellules de l'endothélium vasculaire se disjoignent,
ce qui se manifeste par des hémorragies ou par une fuite de plasma,
responsable d'oedème ou d'hypotension grave.
En revanche, les arenavirus inhibent le système immunitaire, et
leur mode d'action est différent : leur durée d'incubation
est plus longue et, bien que la plupart des tissus soient infectés,
les lésions y sont rares. L'atteinte immunitaire se traduit par
une apparition tardive d'anticorps, parfois un mois après les premiers
signes cliniques. Les arenavirus diminuent peu le nombre des plaquettes,
mais ils les inactivent [5].
Le foie est l'organe le plus affecté lors des fièvres hémorragiques
virales. Le degré de l'atteinte hépatique est variable.
Mais les caractéristiques de l'atteinte sont quasiment identiques
quel que soit le virus en cause. On y observe une dégénérescence
des hépatocytes avec présence d'inclusions similaires aux
corps de Councilman, sans modification du tissu réticulo-endothélial
dont les cellules de Kuppfer sont bien visibles. Les corps de Councilman
sont des inclusions éosinophiles des hépatocytes décrites
pour la première fois par le Dr Councilman au cours de la fièvre
jaune. Les lésions hépatiques n'ont pas de topographie systématisée
[6]. A partir d'un hépatocyte infecté, des foyers de nécrose
se constituent et progressent. On observe la présence de débris
nucléaires dans les foyers de nécrose. La réaction
inflammatoire est peu intense, de même que les signes de cholestase,
parfois absents. Il n'y a pas d'accumulation de fibrine dans les sinusoïdes
ou artérioles. La présence d'inclusions nucléaires
est décrite dans la dengue, la fièvre jaune et la fièvre
de la vallée du Rift tandis que des inclusions cytoplasmiques sont
retrouvées dans les fièvres Marburg et Ebola. Ces observations
suggèrent que les lésions hépatiques associées
aux fièvres hémorragiques virales seraient dues à
un effet cytopathique direct du virus à la différence des
lésions observées lors de l'hépatite B [1]. Les fièvres
hémorragiques virales ne se compliquent ni d'hépatite chronique
ni de cirrhose et ne semblent pas être des cofacteurs d'hépatocarcinogenèse
[1]. Aucune infection persistante n'a été mise en évidence
chez des singes infectés expérimentalement par des filovirus.
Malgré la détection d'un faible taux d'anticorps, ces singes
ne sont pas susceptibles de transmettre l'infection [7].
Le syndrome hémorragique est associé à une élévation
des transaminases plus marquée pour l'ASAT que pour l'ALAT. Cela
s'explique par l'association d'une atteinte d'autres organes comme les
muscles squelettiques et le muscle cardiaque.
Pour expliquer la sévérité des dengues hémorragiques,
on a évoqué deux phénomènes : la virulence
particulière de certaines souches virales d'une part, et l'opsonisation
d'un virus d'un sérotype donné par les anticorps spécifiques
de dengue acquis lors d'une infection primaire par un autre sérotype,
d'autre part. Ces virus circulant ainsi sous la forme d'immuncomplexes
pourraient infecter des cellules monocytaires en se fixant à leur
surface par l'intermédiaire des récepteurs Fc [8]. Ce phénomène
pourrait intervenir également lors de l'infection par d'autres
virus des hépatites appartenant à la même famille
(Flaviridae), à savoir le virus de l'hépatite C et le virus
de l'hépatite G, dont il existe de nombreux types.
Afin de mieux comprendre la physiopathologie du syndrome hémorragique
lors des infections à Filoviridae, la réplication du virus
Marburg a été étudiée in vitro sur
des cultures de cellules endothéliales. La réplication virale
intense qui a été mise en évidence pourrait être
à l'origine de la diffusion du virus dans les tissus et du syndrome
hémorragique en raison de la destruction de la barrière
endothéliale [9]. Une autre étude in vitro a montré
que le récepteur de l'asialoglycoprotéine (ASGP-R) pourrait
servir également de récepteur pour le virus Marburg. Ce
récepteur n'est retrouvé qu'à la surface des hépatocytes
et aucune réplication virale n'est détectée sur des
systèmes dépourvus de ce récepteur [10].
Manifestations
Virus amaril
L'infection par les virus de la famille des Flaviridae
donne lieu à des manifestations pathologiques d'intensité
variable. Pour le virus amaril, après une courte incubation,
une virémie apparaît et un état fébrile s'installe
accompagné d'une congestion des muqueuses (période d'infection).
Après une période de rémission, les signes cliniques
reprennent parfois de manière accentuée, en l'absence de
virémie (période d'intoxication) ; cela se traduit par une
nécrose du tissu hépatique accompagnée d'un ictère
hémolytique, d'hémorragie gastro-intestinale, de collapsus
vasculaire, de myocardite, d'atteinte rénale avec parfois la destruction
des tissus lymphoïdes. Le taux de mortalité varie de 5 à
20 % des cas déclarés [8].
Dengue
L'infection par le virus de la dengue peut être
asymptomatique, conduire à une fièvre non spécifique
(dengue classique) ou encore aboutir à des syndromes hémorragiques
accompagnés ou non de choc (dengue hémorragique et dengue
shock syndrome). Jusqu'à présent, il est impossible
d'associer une localisation géographique précise ou un sérotype
particulier à un tableau clinique défini. Par exemple, si
le virus de la dengue 2 circulant en Afrique noire présente une
faible pathogénicité chez l'homme, l'introduction dans les
Caraïbes d'un nouveau variant de ce même sérotype en
provenance d'Asie serait à l'origine de la forte épidémie
de dengue hémorragique déclarée à Cuba en
1981. Cela peut s'expliquer par des différences génétiques
ou biologiques de certains variants (topotypes) ou par des permissivités
variables de certaines populations à la maladie. Dans le cas d'une
dengue hémorragique, les manifestations observées lors de
la dengue classique (rash maculo-papuleux associé à des
manifestations hémorragiques disséminées) s'intensifient
et s'accompagnant d'une hépatomégalie dans plus des trois-quarts
des cas ainsi que d'une élévation des transaminases [1]
; ces manifestations s'associent à des perturbations de la perméabilité
vasculaire et de l'hémostase conduisant à une hémoconcentration
et à une thrombopénie. La diminution du débit sanguin
peut entraîner un état de choc (dengue schok syndrome)
puis le décès si le malade n'est pas perfusé en urgence.
Dans les cas favorables, on observe une guéris rapide, complète
et sans séquelle [8].
Fièvre de la vallée du Rift
La fièvre de la vallée du Rift chez l'homme
a été considérée comme bénigne jusqu'en
1975. Elle se résumait à des formes inapparentes ou un syndrome
fébrile ressemblant à la dengue. Cependant, les épidémies
successives et notamment celle d'Égypte en 1977 ont montré
que trois types de complications peuvent apparaître : une rétinite,
une encéphalite et une fièvre hémorragique associée
à une hépatite. La forme hémorragique est particulièrement
létale pour les enfants. La mortalité infantile atteint
5 à 10 % [11].
Fièvre de Crimée-Congo
La période d'incubation de la fièvre de Crimée-Congo
varie entre 5 et 12 jours après une morsure de tique. Le début
est brutal avec fièvre, frissons, céphalées intenses.
Entre les 3e et 6e jours de la maladie, la plupart
des patients présentent des manifestations hémorragiques.
Dans les formes graves (11/ 31 patients de la série décrite
en Afrique du Sud), les patients présentent de multiples insuffisances
: hépatique, rénale, cérébrale dans un état
de choc irréversible [12].
Fièvre de Lassa
Les manifestations de la fièvre de Lassa sont très
variables, allant de l'infection inapparente à la forme fulminante.
L'incubation est en moyenne de 7 à 10 jours. Entre les 3e
et 5e jours, les signes infectieux s'aggravent. Dans les formes
graves, la deuxième semaine est marquée par l'apparition
de signes de choc et de signes hémorragiques. L'étude systématique
des signes cliniques et biologiques pratiquée sur les cas cliniques
observés en Sierra Leone a permis de dégager deux facteurs
pronostiques importants. Les sujets présentant à l'admission
une virémie supérieure à 103 TCID 50/ml
ou une activité ASAT sérique supérieure à
150 U/l ont un mauvais pronostic (55 % de décès). Si les
deux facteurs de risque sont combinés, le décès survient
dans 78 % des cas. Si aucun des deux facteurs de risque n'est présent,
83 % des sujets survivent [13].
Virus de Marburg et virus d'Ebola
Les infections par le virus Marburg et par le virus Ebola
ont donné des manifestations similaires lors des épidémies
initiales respectives en 1967 et 1976. L'incubation est en moyenne de
5 à 7 jours. Le début est brusque, avec une élévation
rapide de la température qui atteint 40 °C en 2 à 3
jours. La fièvre s'accompagne de céphalées frontales
et temporales, de myalgies à prédominance lombaire, de conjonctivite
avec photophobie et de malaise. A partir du troisième jour, apparaissent
des nausées, des vomissements et une diarrhée aqueuse importante.
La sécheresse de la bouche s'accompagne d'une dysphagie pénible.
L'examen de sang révèle une leucopénie avec thrombopénie.
Vers le cinquième jour, un exanthème survient sur la face,
le tronc et les membres, de type maculo-papuleux devenant confluent en
1 à 2 jours ; il s'accompagne d'une enanthème du palais.
C'est à ce stade que, dans les formes graves, surviennent les manifestations
hémorragiques : épistaxis, hématémèses,
melena, hémorragies génitales chez la femme et hémorragies
aux points de ponction. Le décès peut survenir par défaillance
cardio-vasculaire, insuffisance rénale aiguë ou hémorragies
digestives profuses. Dans les formes bénignes sans manifestations
hémorragiques, la fièvre disparaît en 7 à 10
jours et commence une longue convalescence avec asthénie et anorexie
prolongées, mais sans séquelle. Lors d'infections par le
virus Marburg, la persistance du virus dans le sperme pendant plusieurs
semaines a été observée dans 2 cas ; le virus a également
été isolé dans le foie d'un malade qui a fait une
rechute d'hépatite deux mois et demi après le début
de sa maladie et dans le liquide de la chambre antérieure de l'oeil
chez un malade atteint d'uvéite un mois après le début
de l'infection [14].
Épidémiologie
(Tableau
2)
Fièvre jaune
En dépit de l'existence d'un vaccin efficace, la fièvre
jaune continue à poser un problème majeur de santé
publique puisque l'on observe encore des foyers épidémiques
en Amérique du Sud et en Afrique. Le virus se propage des régions
forestières subtropicales, où le virus est présent
à l'état endémique, vers les zones urbaines de ces
deux continents par l'intermédiaire du moustique domestique Aedes
aegypti. Dans les zones de savanes humides et dans les forêts
équatoriales d'Afrique, ce sont les moustiques Aedes sauvages
qui entretiennent un cycle permanent de transmission chez le singe. En
Amérique latine, les principaux vecteurs existant dans les forêts
tropicales sont les moustiques du genre Haemagogus. En revanche,
le virus est totalement absent d'Asie [8].
Dengue
Le complexe des virus de la dengue est composé
de quatre sérotypes (types 1 à 4) qui se différencient
sur des bases antigéniques et biochimiques. La dengue circule dans
toutes les zones tropicales de l'Asie en particulier, du sous-continent
indien, de l'Océanie, de l'Afrique, des Amériques et de
l'Australie. Elle est considérée comme endémique
en Asie du sud-est et en Afrique occidentale et se déclare sous
forme épidémique suivant les fluctuations saisonnières
du principal vecteur de transmission à l'homme, le moustique Aedes
aegypti. Depuis environ quarante ans, l'urbanisation intensive des
pays en voie de développement et l'accroissement du trafic aérien
intercontinental ont largement contribué à la diffusion
et la transmission de ces virus. Ces agents pathogènes sont à
l'origine du décès de milliers d'individus chaque année,
principalement des enfants de moins de quinze ans, mais c'est en millions
que l'on dénombre les cas d'états fébriles diagnostiqués
comme une dengue [8].
Fièvre de la vallée du Rift
Jusqu'en 1977, la fièvre de la vallée du
Rift dévastait les troupeaux de ruminants dans les zones à
moustiques qui transmettent la maladie, environ tous les 10 ans, dans
l'est et le sud de l'Afrique. Au mois d'octobre 1977, au nord-est du Caire,
éclata brusquement une sévère épidémie
avec des manifestation graves, voire fatales, pour la première
fois chez l'homme. Les premiers symptômes avaient été
enregistrés chez les animaux en juillet 1977. L'infection animale
avait donc bien précédé l'infection humaine quelle
que soit la région considérée. Depuis 1977, de nombreux
pays d'Afrique sont des régions d'enzootie pour la fièvre
de la vallée du Rift et d'autres régions sont des foyers
d'épizooties sévères. En 1987, une épidémie
s'est déclarée en Mauritanie. Après enquête,
cette épidémie avait été précédée
là aussi par une infection animale [11].
Fièvre de Crimée-Congo
La fièvre de Crimée-Congo est transmise par les
tiques. En Afrique, le virus existe à l'état endémique
dans les régions au sud du Sahara. Le virus est aussi retrouvé
dans le sud de l'Europe, au Moyen-Orient et en Asie. La fréquence
importante de cas secondaires en particulier dans le personnel soignant
est une caractéristique de cette affection [11, 12].
Fièvre de Lassa
Si l'on exclut les contaminations de laboratoire, la plupart
des cas cliniques de fièvre de Lassa ont été diagnostiqués
dans trois pays d'Afrique de l'Ouest, le Nigeria, la Sierra Leone et le
Liberia. A la suite du premier isolement de virus chez le rat à
mamelles multiples, Mastomys natalensis, les études ont
clairement établi que seul ce rongeur jouait le rôle de réservoir
de virus. Il présente une infection chronique et excrète
le virus principalement dans les urines, produisant un aérosol
infectieux qui permet la transmission entre rongeurs, et la contamination
humaine. Cette espèce est présente dans toute l'Afrique
sub-saharienne. Une enquête pratiquée en Sierra Leone a montré
que 45 % des habitations examinées abritaient des Mastomys.
Le deuxième type de contamination, de caractères épidémique
et pratiquement toujours nosocomial, est la contamination interhumaine,
soit directe ou indirecte. C'est la forme la plus grave, mais la plus
rare. Il faut néanmoins y penser devant tout malade fébrile
provenant d'une zone d'endémie [13].
Virus de Marburg et virus d'Ebola
Le virus Marburg identifié à Marburg en
1967 s'est manifesté en Afrique à 4 reprises : en Afrique
du Sud en 1975, au Kenya en 1980 et au Zimbabwe en 1982 et de nouveau
au Kenya en 1987. Jusqu'à ce jour, aucun animal n'a été
identifié comme réservoir naturel de ce virus, dans la transmission
duquel aucun arthropode n'a été incriminé [15]. Le
virus Ebola, appartenant à la famille des Filoviridae comme
le virus Marburg, a été à l'origine d'épidémies
au Soudan et au Zaïre en 1976, 1979 et plus récemment en 1995.
La découverte d'infections létales de chimpanzés
sauvages par le virus Ebola en Côte d'Ivoire confirme la susceptibilité
des primates non humains à ces infections mais n'est pas un argument
suffisant pour conclure à l'existence d'un réservoir simien
[16].
Propriétés
des virus impliqués (Tableau
1)
Les virus sont classés sur la base de leur structure et de la
stratégie employée pour coder et exprimer leur information
génétique. Les virus responsables des fièvres hémorragiques
virales sont enveloppés et possèdent tous un ARN. Cet ARN
est soit négatif, c'est-à-dire nécessitant une transcription
en ARN messager en début de réplicarion pour que la synthèse
des protéines virales soit initiée, soit positif c'est-à-dire
que l'ARN viral est traduit directement en protéines par la machinerie
cellulaire, soit ambisens c'est-à-dire que les différents
segments de l'ARN viral sont soit positif soit négatif.
Malgré le taux élevé de mutations chez les virus
à ARN, les virus de la dengue et de la fièvre jaune dans
la famille des Flaviridae, présentent une certaine stabilité
(au niveau des acides aminés, pourcentage de mutations inférieur
à 6 parmi les différents isolats). Les contraintes d'évolution
de ces 2 virus, au cours du temps, reflètent la nécessité
de préserver les déterminants essentiels impliqués
dans les interactions virus-cellules chez les vecteurs arthropodes et
les différents hôtes. Alors que le tropisme des autres virus
de la famille des Flaviridae est neuronal, le tropisme des virus de la
dengue et de la fièvre jaune est lymphatique, ce qui leur a permis
de survivre. En effet, ce tropisme particulier génère des
virémies élevées qui seraient fatales à l'hôte
en cas de neurotropisme mais qui permettent ici une meilleure transmission
du virus aux vecteurs qui sont peu efficaces [17].
L'ARN des virus de la famille des Bunyaviridae est formé de 3 segments
de taille différente : S (small), M (medium) et L
(large) [11]. Cet ARN est ambisens pour le genre phlebovirus et
positif pour le genre nairovirus.
Le génome du virus de Lassa est segmenté en deux molécules
d'ARN. L'ARN de petite taille (S) code pour la nucléoprotéine
virale. L'ARN de grande taille (L) code probablement pour la transcriptase
virale.
La morphologie des Filoviridae est unique, composée de formes cycliques
et branchées filamenteuses, d'où leur nom. Les virus Marburg
et Ebola de par leurs propriétés différentes (profil
électrophorétique des protéines virales, absence
de réactions croisées sérologiques et organisation
moléculaire) seraient candidats pour former deux genres dans la
famille Filoviridae [15, 16, 18].
Diagnostic
virologique (Tableau
3)
Des mesures strictes et bien définies doivent être prises
pour éviter tout risque de contamination lors du prélèvement
des liquides biologiques, de leur transport et de leur manipulation au
laboratoire. Le diagnostic n'est pratiqué le plus souvent que dans
des laboratoires de virologie très spécialisés. Le
diagnostic différentiel chez un patient en milieu tropical ou en
provenance d'une zone d'endémie doit tenir compte des autres affections
fébriles possibles (hépatites dues aux virus A et E, paludisme,
typhoïde).
Diagnostic direct
La mise en évidence du virus peut se faire par son isolement
sur un système de culture adapté ou après inoculation
chez l'animal, par la détection d'antigènes viraux ou par
la détection de son génome par des techniques de biologie
moléculaire. Les virus peuvent être isolés à
partir de différentes sources : sang, tissu hépatique, urines.
Parfois, seuls les prélèvements post-mortem permettent d'effectuer
un diagnostic.
* Isolement
L'isolement du virus amaril à partir du
sérum peut s'effectuer par inoculation intracérébrale
chez la souris ou sur culture cellulaire de moustiques. Le virus peut
être détecté durant les 4 premiers jours de la maladie,
jusqu'au 14e jour parfois. La détection de l'antigène
viral par ELISA est aussi utilisée et permet d'effectuer le diagnostic
plus rapidement.
L'utilisation de culture de cellules de moustique a amélioré
la sensibilité de l'isolement du virus de la dengue mais
un délai de 2 semaines est parfois nécessaire pour rendre
un résultat positif. Les laboratoires isolent aussi le virus de
la dengue par inoculation de moustiques au stade adulte ou larvaire. Cette
technique permet de typer le virus par immunofluorescence utilisant des
anticorps monoclonaux spécifiques de type [19].
Chez l'homme infecté par le virus de la fièvre de la
vallée du Rift, la virémie est très importante
atteignant 107 à 1010. On peut porter un
diagnostic rapide en détectant le virus ou les antigènes
circulants par ELISA [11].
Le virus de la fièvre de Crimée-Congo se multiplie
sur de nombreuses lignées de cellules dont Vero (cellules simiennes).
La multiplication virale est alors détectée par immunofluorescence
en utilisant un sérum immun. Il est également possible de
l'isoler par inoculation intracérébrale de souriceaux nouveau-nés.
Le virus peut être isolé dès le premier jour de la
maladie, à partir du sang et parfois jusqu'au huitième jour
si les patients survivent. Des techniques immunoenzymatiques permettent
de détecter l'antigène circulant [12].
Le virus de la fièvre de Lassa est retrouvé dans
le sang, les sécrétions pharyngées et les urines.
La détection mixte d'antigènes et/ou d'anticorps par test
ELISA, proposée récemment, permettrait un diagnostic rapide
dès l'admission du malade [13].
Les Filoviridae sont cultivables sur les cellules MA104 ou Vero.
Récemment, un test de détection des antigènes tissulaires
par immunoenzymologie a été mis au point pour dépister
ces virus chez les singes importés d'Afrique et d'Asie. En effet,
la culture cellulaire ne permet pas de différencier une infection
par le virus SHF (simian hemorrhagic fever) non pathogène
pour l'homme, des filovirus pathogènes. La détection des
antigènes par ELISA est rapide et sensible. Cette méthode
devrait prochainement être élargie à la détection
d'une antigénémie chez l'homme [20].
* Détection des génomes viraux
La technique d'amplification de gène ou PCR permet, à partir
d'une faible quantité de virus et rapidement, d'établir
spécifiquement le diagnostic.
Pour l'identification du virus de la dengue, Deubel après amplification
du cDNA (obtenu après transcription inverse), effectue une hybridation
avec des sondes ADN spécifiques de type [19].
Une RT-PCR a été mise au point pour détecter le virus
de la fièvre de Lassa. Elle utilise des amorces conservées
parmi différents isolats d'Afrique de l'Ouest et situées
dans le fragment S du génome. La spécificité est
confirmée par Southern blot avec une sonde chimiluminescente.
Une concordance de 100 % a été obtenue avec la culture.
Par ailleurs, l'ARN est détecté chez 79 % des patients à
leur entrée à l'hôpital alors que seuls 21 % présentent
des anticorps détectés par immunofluorescence. L'utilisation
de guanidium-thiocyanate lors de l'extraction de l'ARN supprime l'infectiosité
des prélèvements et permet ainsi une manipulation sans danger.
Du fait de l'existence d'un traitement spécifique par la ribavirine,
le coût élevé d'une RT-PCR ne doit pas être
un obstacle à l'utilisation de cette approche diagnostique [21].
Diagnostic indirect ou sérologie
Les différents inconvénients de l'isolement en
culture cellulaire, principalement le manque de rapidité et la
manipulation des cultures dans des laboratoires de haute sécurité,
ainsi que le caractère encore récent des techniques de biologie
moléculaire font que la sérologie est le plus souvent utilisée
pour effectuer le diagnostic.
Différentes techniques sont utilisées pour le diagnostic
sérologique de la fièvre jaune, inhibition de l'hémagglutination,
immunofluorescence indirecte et fixation du complément. Ces techniques
permettent à partir d'une paire de sérums de mette en évidence
l'augmentation des anticorps en cas d'infection. La détection d'immunoglobulines
M par un test ELISA mis au point à partir d'antigènes extraits
de culture cellulaire de moustiques indique une infection récente.
Ces immunoglobulines M sont également mis en évidence pendant
18 mois après vaccination. De plus, il existe des réactions
croisées avec ce test chez des patients infectés préalablement
par d'autres virus de la famille des Flaviridae.
Le diagnostic sérologique de la dengue est très utilisé
mais la présence de déterminants antigéniques qui
croisent entre les 4 sérotypes est un inconvénient. La méthode
de référence est l'inhibition de l'hémagglutination.
Ce test est basé sur la capacité des anticorps anti-dengue
d'inhiber l'agglutination des globules rouges de poulets par le virus
de la dengue. Un test ELISA plus rapide détecte les immunoglobulines
M, qui sont produites transitoirement lors d'une infection primaire ou
secondaire. Un immunoblot permet de différencier ces deux types
d'infections, et de dépister les infections secondaires en zones
d'endémies [19].
L'apparition des anticorps lors de l'infection par le virus de la fièvre
de la vallée du Rift est très précoce et peut
être détectée à la fin de la première
semaine par immunofluorescence indirecte ou inhibition de l'apparition
de plages de lyse. Dès le quatrième jour de la maladie,
les immunoglobulines M spécifiques peuvent être détectées,
en particulier par immunocapture en ELISA [11].
La détection des anticorps contre la fièvre de Crimée-Congo
se fait le plus souvent par immunofluorescence indirecte sur des cellules
infectées, fixées et inactivées. Ils apparaissent
vers le 7e jour : le titre maximum en immunoglobulines M est
atteint entre les 9e et 23e jour et ces immunoglobulines
M persistent parfois pendant 4 mois ; le titre maximum en immunoglobulines
G est atteint entre le 2e et 4e mois. Ces anticorps
persistent longtemps [12]. Récemment, un test ELISA a été
mis au point avec des antigènes recombinants exprimés dans
E. coli. La combinaison de la protéine N totale avec un
peptide de la région centrale est la meilleure pour identifier
spécifiquement les immunoglobulines G dirigés contre le
virus. L'un des avantages de ce test est l'absence de manipulation de
matériel biologique hautement contaminant lors de la préparation
des réactifs [22].
En dehors de certains contextes épidémiologiques précis
(épidémies, infections nosocomiales), le diagnostic de
la fièvre de Lassa est porté principalement sur des
arguments sérologiques : détection d'IgM spécifiques,
augmentation du titre des anticorps sur 2 prélèvements sanguins
successifs. La réaction sérologique la plus couramment utilisée
est l'immunofluorescence indirecte sur des lames d'antigènes (cellules
infectées, inactivées et fixées). La réaction
permet d'une part de titrer immunoglobulines M et immunoglobulines G et
d'autre part d'effectuer un diagnostic différentiel avec les autres
fièvres hémorragiques si l'on utilise des lames polyvalentes
[13].
La détection des anticorps dirigés contre les Filoviridae
est réalisée par immunofluorescence indirecte car les filovirus
n'ont pas d'antigènes hémagglutinant et il n'a pas été
mis en évidence d'anticorps neutralisants après infection.
Cependant, la nécessité de la mise au point d'un test de
confirmation est apparue lorsqu'on a découvert, pour ces virus,
une forte prévalence de sujets positifs associée à
un taux faible d'anticorps. Un test de confirmation, par radio-immonuprécipitation
a donc été mis au point et augmente la spécificité
du criblage [16, 23]. Un test ELISA récemment mis au point, très
spécifique, pourrait remplacer les tests d'immunofluorescence et
de radioimmunoprécipitation pour le dépistage et la confirmation
[15].Des mesures strictes et bien définies doivent être prises
pour éviter tout risque de contamination lors du prélèvement
des liquides biologiques, de leur transport et de leur manipulation au
laboratoire. Le diagnostic n'est pratiqué le plus souvent que dans
des laboratoires de virologie très spécialisés. Le
diagnostic différentiel chez un patient en milieu tropical ou en
provenance d'une zone d'endémie doit tenir compte des autres affections
fébriles possibles (hépatites dues aux virus A et E, paludisme,
typhoïde).
Diagnostic direct
La mise en évidence du virus peut se faire par son isolement
sur un système de culture adapté ou après inoculation
chez l'animal, par la détection d'antigènes viraux ou par
la détection de son génome par des techniques de biologie
moléculaire. Les virus peuvent être isolés à
partir de différentes sources : sang, tissu hépatique, urines.
Parfois, seuls les prélèvements post-mortem permettent d'effectuer
un diagnostic.
* Isolement
L'isolement du virus amaril à partir du
sérum peut s'effectuer par inoculation intracérébrale
chez la souris ou sur culture cellulaire de moustiques. Le virus peut
être détecté durant les 4 premiers jours de la maladie,
jusqu'au 14e jour parfois. La détection de l'antigène
viral par ELISA est aussi utilisée et permet d'effectuer le diagnostic
plus rapidement.
L'utilisation de culture de cellules de moustique a amélioré
la sensibilité de l'isolement du virus de la dengue mais
un délai de 2 semaines est parfois nécessaire pour rendre
un résultat positif. Les laboratoires isolent aussi le virus de
la dengue par inoculation de moustiquesu stade adulte ou larvaire. Cette
technique permet de typer le virus par immunofluorescence utilisant des
anticorps monoclonaux spécifiques de type [19].
Chez l'homme infecté par le virus de la fièvre de la
vallée du Rift, la virémie est très importante
atteignant 107 à 1010. On peut porter un
diagnostic rapide en détectant le virus ou les antigènes
circulants par ELISA [11].
Le virus de la fièvre de Crimée-Congo se multiplie
sur de nombreuses lignées de cellules dont Vero (cellules simiennes).
La multiplication virale est alors détectée par immunofluorescence
en utilisant un sérum immun. Il est également possible de
l'isoler par inoculation intracérébrale de souriceaux nouveau-nés.
Le virus peut être isolé dès le premier jour de la
maladie, à partir du sang et parfois jusqu'au huitième jour
si les patients survivent. Des techniques immunoenzymatiques permettent
de détecter l'antigène circulant [12].
Le virus de la fièvre de Lassa est retrouvé dans
le sang, les sécrétions pharyngées et les urines.
La détection mixte d'antigènes et/ou d'anticorps par test
ELISA, proposée récemment, permettrait un diagnostic rapide
dès l'admission du malade [13].
Les Filoviridae sont cultivables sur les cellules MA104 ou Vero.
Récemment, un test de détection des antigènes tissulaires
par immunoenzymologie a été mis au point pour dépister
ces virus chez les singes importés d'Afrique et d'Asie. En effet,
la culture cellulaire ne permet pas de différencier une infection
par le virus SHF (simian hemorrhagic fever) non pathogène
pour l'homme, des filovirus pathogènes. La détection des
antigènes par ELISA est rapide et sensible. Cette méthode
devrait prochainement être élargie à la détection
d'une antigénémie chez l'homme [20].
* Détection des génomes viraux
La technique d'amplification de gène ou PCR permet,
à partir d'une faible quantité de virus et rapidement, d'établir
spécifiquement le diagnostic.
Pour l'identification du virus de la dengue, Deubel après amplification
du cDNA (obtenu après transcription inverse), effectue une hybridation
avec des sondes ADN spécifiques de type [19].
Une RT-PCR a été mise au point pour détecter le virus
de la fièvre de Lassa. Elle utilise des amorces conservées
parmi différents isolats d'Afrique de l'Ouest et situées
dans le fragment S du génome. La spécificité est
confirmée par Southern blot avec une sonde chimiluminescente.
Une concordance de 100 % a été obtenue avec la culture.
Par ailleurs, l'ARN est détecté chez 79 % des patients à
leur entrée à l'hôpital alors que seuls 21 % présentent
des anticorps détectés par immunofluorescence. L'utilisation
de guanidium-thiocyanate lors de l'extraction de l'ARN supprime l'infectiosité
des prélèvements et permet ainsi une manipulation sans danger.
Du fait de l'existence d'un traitement spécifique par la ribavirine,
le coût élevé d'une RT-PCR ne doit pas être
un obstacle à l'utilisation de cette approche diagnostique [21].
Diagnostic indirect ou sérologie
Les différents inconvénients de l'isolement en
culture cellulaire, principalement le manque de rapidité et la
manipulation des cultures dans des laboratoires de haute sécurité,
ainsi que le caractère encore récent des techniques de biologie
moléculaire font que la sérologie est le plus souvent utilisée
pour effectuer le diagnostic.
Différentes techniques sont utilisées pour le diagnostic
sérologique de la fièvre jaune, inhibition de l'hémagglutination,
immunofluorescence indirecte et fixation du complément. Ces techniques
permettent à partir d'une paire de sérums de mette en évidence
l'augmentation des anticorps en cas d'infection. La détection d'immunoglobulines
M par un test ELISA mis au point à partir d'antigènes extraits
de culture cellulaire de moustiques indique une infection récente.
Ces immunoglobulines M sont également mis en évidence pendant
18 mois après vaccination. De plus, il existe des réactions
croisées avec ce test chez des patients infectés préalablement
par d'autres virus de la famille des Flaviridae.
Le diagnostic sérologique de la dengue est très utilisé
mais la présence de déterminants antigéniques qui
croisent entre les 4 sérotypes est un inconvénient. La méthode
de référence est l'inhibition de l'hémagglutination.
Ce test est basé sur la capacité des anticorps anti-dengue
d'inhiber l'agglutination des globules rouges de poulets par le virus
de la dengue. Un test ELISA plus rapide détecte les immunoglobulines
M, qui sont produites transitoirement lors d'une infection primaire ou
secondaire. Un immunoblot permet de différencier ces deux types
d'infections, et de dépister les infections secondaires en zones
d'endémies [19].
L'apparition des anticorps lors de l'infection par le virus de la fièvre
de la vallée du Rift est très précoce et peut
être détectée à la fin de la première
semaine par immunofluorescence indirecte ou inhibition de l'apparition
de plages de lyse. Dès le quatrième jour de la maladie,
les immunoglobulines M spécifiques peuvent être détectées,
en particulier par immunocapture en ELISA [11].
La détection des anticorps contre la fièvre de Crimée-Congo
se fait le plus souvent par immunofluorescence indirecte sur des cellules
infectées, fixées et inactivées. Ils apparaissent
vers le 7e jour : le titre maximum en immunoglobulines M est
atteint entre les 9e et 23e jour et ces immunoglobulines
M persistent parfois pendant 4 mois ; le titre maximum en immunoglobulines
G est atteint entre le 2e et 4e mois. Ces anticorps
persistent longtemps [12]. Récemment, un test ELISA a été
mis au point avec des antigènes recombinants exprimés dans
E. coli. La combinaison de la protéine N totale avec un
peptide de la région centrale est la meilleure pour identifier
spécifiquement les immunoglobulines G dirigés contre le
virus. L'un des avantages de ce test est l'absence de manipulation de
matériel biologique hautement contaminant lors de la préparation
des réactifs [22].
En dehors de certains contextes épidémiologiques précis
(épidémies, infections nosocomiales), le diagnostic de
la fièvre de Lassa est porté principalement sur des
arguments sérologiques : détection d'IgM spécifiques,
augmentation du titre des anticorps sur 2 prélèvements sanguins
successifs. La réaction sérologique la plus couramment utilisée
est l'immunofluorescence indirecte sur des lames d'antigènes (cellules
infectées, inactivées et fixées). La réaction
permet d'une part de titrer immunoglobulines M et immunoglobulines G et
d'autre part d'effectuer un diagnostic différentiel avec les autres
fièvres hémorragiques si l'on utilise des lames polyvalentes
[13].
La détection des anticorps dirigés contre les Filoviridae
est réalisée par immunofluorescence indirecte car les filovirus
n'ont pas d'antigènes hémagglutinant et il n'a pas été
mis en évidence d'anticorps neutralisants après infection.
Cependant, la nécessité de la mise au point d'un test de
confirmation est apparue lorsqu'on a découvert, pour ces virus,
une forte prévalence de sujets positifs associée à
un taux faible d'anticorps. Un test de confirmation, par radio-immonuprécipitation
a donc été mis au point et augmente la spécificité
du criblage [16, 23]. Un test ELISA récemment mis au point, très
spécifique, pourrait remplacer les tests d'immunofluorescence et
de radioimmunoprécipitation pour le dépistage et la confirmation
[15].
Traitement
et prévention (Tableau
3)
Prévention
La prévention peut être non spécifique ou
spécifique, faisant alors appel à des vaccins.
* Méthodes non spécifiques
Les méthodes non spécifiques de prévention
contre ces virus sont encore limitées. Ces infections sont généralement
des zoonoses susceptibles de donner des épidémies. Il est
très difficile de maîtriser les populations des vecteurs
et celles des réservoirs naturels, ou de prévoir les modifications
écologiques qui favorisent les épizooties. Si les possibilités
d'action en milieu naturel sont limitées, on doit prendre des mesures
de prévention bien définies dans les laboratoires et en
milieu hospitalier. Au laboratoire, les virus responsables de fièvres
hémorragiques, identifiés ou encore inconnus, doivent être
manipulés dans des conditions de confinement maximal (laboratoire
P4). A l'hôpital, l'expérience actuelle montre que les mesures
maximales (malade dans un isolateur) ne sont pas toujours possibles et
nécessaires. Les techniques simples d'isolement : chambre en dépression
par rapport aux pièces suivantes, barrières sanitaires strictes,
utilisation de matériel jetables par un personnel entraîné
et protégé, passage à l'autoclave de tous les déchets,
semblent suffisantes pour éviter les contaminations nosocomiales.
* Méthodes spécifiques
En ce qui concerne les méthodes spécifiques,
le vaccin atténué anti-amaril 17D-204 induit une
excellente séroconversion conférant une immunité
protectrice de longue durée. Ce vaccin vivant est contre-indiqué
chez les jeunes enfants de moins de 6 mois, chez les femmes enceintes,
et les sujets immunodéprimés. La recherche d'un nouveau
vaccin anti-amaril basé sur l'immunisation par des antigènes
viraux protecteurs purifiés permettrait de protéger une
population infantile ou exposé au VIH dans les zones endémiques
de la fièvre jaune [8].
Pour se protéger de l'infection par les virus de la dengue,
il n'est pas concevable de vacciner efficacement et durablement les populations
exposées à ces virus que simultanément vis-à-vis
des quatre sérotypes. Comme dans le cas de la fièvre jaune,
un vaccin sous-unitaire capable d'induire une immunité protectrice
contre la dengue présenterait beaucoup d'avantages par rapport
aux vaccins tués ou atténués [8, 19].
Contre la fièvre de la vallée du Rift, il existe
une vaccination préventive à l'attention des sujets à
risque, vétérinaires et personnels de laboratoire travaillant
en zone d'endémie. Il s'agit d'un vaccin inactivé par la
formaline induisant une forte production d'anticorps neutralisant [11].
Un vaccin contre la fièvre de Lassa obtenu par recombinaison génétique
s'est avéré efficace sur des modèles animaux [13].
Traitement
La ribavirine qui inhibe la réplication virale en empêchant
la fixation de la coiffe en 5' des ARNm viraux a été utilisée
avec succès dans le traitement de la fièvre de Lassa et
récemment dans celui de la fièvre de Crimée-Congo.
Des essais antérieurs in vitro ont montré l'efficacité
de la ribavirine contre le virus de Crimée-Congo. En août
95, trois patients (dont 2 chirurgiens) atteints de fièvre de Crimée-Congo
ont été traités avec succès avec de la ribavirine
per os bien qu'il soit recommandé d'utiliser cette voie
seulement pour la prophylaxie. Lors de l'infection par le virus Lassa,
la ribavirine réduit la mortalité de façon très
importante, même dans le groupe à haute probabilité
de décès (J13).
Actuellement, l'efficacité de l'administration de sérums
de convalescents ayant un titre élevé en anticorps neutralisants
est discutée [24].
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