ARTICLE
L'avènement du scanner hélicoïdal a permis d'acquérir
au cours d'une seule et même apnée un volume complet du corps
humain, en associant une avance continue à vitesse constante de
la table d'examen lors de l'acquisition des données à une
rotation concomitante du tube et des détecteurs à une vitesse
et dans un sens constants. Cette technique de scanner hélicoïdal,
découverte presque par hasard, fait intervenir un calcul complémentaire
appelé "interpolation" qui permet de supprimer les artefacts liés
au déplacement du patient lors de l'acquisition (figure
1). L'acquisition d'un volume complet (par exemple abdomino-pelvien)
en une ou deux apnées permet ainsi de mesurer précisément
la densité de chaque point contenu dans ce volume. Des reconstructions
tridimensionnelles (figure 2)
de qualité peuvent être ainsi obtenues grâce à
la continuité anatomique des coupes. La génération
d'une vue endoluminale avec effet de relief fait appel à une technique
d'ombrage et d'éclairage en fonction de la position du site analysé
par rapport à l'objectif de l'endoscopie virtuelle (figure
3).
Cette technique peut s'appliquer aussi bien à la totalité
du tractus digestif (estomac, côlon et rectum) qu'à l'investigation
trachéo-bronchique, ORL, vésicale, vasculaire ou endo-canalaire
rachidienne. Nous en présenterons tout d'abord les aspects techniques,
puis les premiers résultats et applications cliniques potentielles
ainsi que les limites.
Aspects
techniques
A partir de l'acquisition de l'ensemble d'un volume par le scanner hélicoïdal
(dans le cas présent l'étage abdomino-pelvien), des images
tridimensionnelles de qualité peuvent être obtenues grâce
au caractère strictement contiguë des coupes. En combinant
plusieurs coupes adjacentes, des imageries en coupes épaisses peuvent
être ainsi reconstruites (MPVR : multi projection volume
reconstruction). Il est aussi possible de sélectionner, par
des algorithmes d'intensité minimale (mIP) ou maximale (MIP), des
images de projection de la filière digestive à partir d'une
vue externe. Des reconstructions dites de surface et d'ombrage et d'éclairage
vont permettre une analyse des contours. Ainsi seront prises en compte
la position d'une ou plusieurs sources de lumière, la distance
par rapport à la sonde virtuelle et l'orientation même des
surfaces analysées.
A partir d'acquisitions en scanner hélicoïdal (High Speed
Advantage, General Electric Medical Systems, Milwaukee, USA), les images
endoscopiques virtuelles sont reconstruites et transférées
sur une console de traitement dite de post-processing (Advantage Windows,
General Electric Medical Systems, Buc, France). Les coupes sont acquises
en mode hélicoïdal, pitch 1 : 1, avec une rotation du
tube de 360 degrés par seconde, couvrant en une seule apnée
15 à 20 cm de volume abdominal, avec une épaisseur de coupe
de 1,5 à 3 mm. Les reconstructions tridimensionnelles sont dès
lors seuillées, en éliminant les densités ne correspondant
pas à l'objet analysé, c'est-à-dire au tractus digestif.
Ce seuillage peut être modifié en temps réel de telle
sorte qu'il soit possible d'apprécier immédiatement les
effets de cette modification et d'en optimiser le résultat. Le
but est de sélectionner les densités correspondantes à
la filière digestive elle-même. Les points de vue sont alors
sélectionnés et l'on peut naviguer au sein même de
la cavité digestive, dès lors qu'existe une importante différence
de densité entre l'air ou les éléments liquidiens
contenus dans le tractus digestif et la densité de la paroi elle-même.
Le déplacement de la sonde virtuelle se fait sur l'image axiale
du scanner, ce qui permet en temps semi-réel l'image endoscopique
[1, 2].
La technique de l'exploration colique est bien standardisée [3-5] :
elle comprend une insufflation rectale à l'air après préparation
colique standard pour coloscopie, des coupes de 3 à 5 mm, un pitch
de 1,25 à 2, deux acquisitions (procubitus et décubitus) ;
l'analyse des images comprend l'étude sur coupes natives et la
navigation endoluminale pour les reconstructions 3D obtenues par algorithme
de "volume rendering". Les artefacts et sources d'erreur diagnostique
sont mieux connus et étudiés : outre les artefacts
classiques de la TDM, les sources de faux positifs sont les résidus
stercoraux, les haustrations importantes et les résidus liquidiens
liés à la préparation. Ces sources d'erreur peuvent
être réduites par l'étude des coupes natives et les
deux incidences permettent de s'affranchir des résidus liquidiens.
Les erreurs de seuillages induites par les résidus stercoraux font
l'objet de travaux ; chez l'animal, l'opacification barytée
première du côlon permet, par l'imprégnation différente
des résidus stercoraux et des polypes, un seuillage plus discriminatif.
Pour améliorer la rapidité d'analyse, des algorithmes révèlent
au clinicien de façon automatique les zones à risque.
Applications
cliniques potentielles et limites [1, 2, 6, 7]
Il s'agit d'une technique non invasive ne nécessitant aucune sonde
endoscopique, aucune anesthésie générale ou locale,
et qui ne présente aucune contre-indication autre que celles du
scanner standard, c'est-à-dire celles de l'injection de produit
de contraste iodé dès lors qu'elle s'avère nécessaire.
Rappelons que, s'il s'agit d'une étude endoscopique virtuelle isolée,
l'injection n'est pas nécessaire. Néanmoins, elle intervient
la plupart du temps dans le cadre d'un bilan global, viscéral et
lymphatique par scanner abdomino-pelvien, ce qui nécessite alors
l'injection de produit de contraste iodé.
Deux points sont importants à rappeler : l'endoscopie virtuelle
fournit des images proches de celles obtenues en endoscopie standard (figures
3 à 11).
Par ailleurs, elle est réalisée au cours d'un examen TDM
abdomino-pelvien en coupes axiales et ne constitue pas un examen supplémentaire,
ce qui est important en termes de coût de santé. Elle pourrait
donc trouver sa place non seulement lors du diagnostic, mais aussi pour
la surveillance de pathologies connues.
La détection des tumeurs gastriques (figures
3 à 6)
par endoscopie virtuelle est, d'après les premières études
[8], similaire à celle obtenue par endoscopie standard à
l'exception des tumeurs de type 4 de Bormann et des tumeurs localisées
à l'antre prépylorique (la lumière gastrique n'est
alors pas assez distendue malgré la préparation). Les lésions
tumorales peuvent être mesurées et classifiées (notamment
les stades de Bormann 2 et 3, mais avec une difficulté plus grande
pour les tumeurs de stade 2b). Les tumeurs sous-muqueuses semblent particulièrement
bien accessibles [8], mais l'évaluation de l'extension périgastrique
des tumeurs échappe à cette technique, ce qui peut être
pallié par l'analyse des coupes axiales elles-mêmes. Les
petites lésions ou les lésions planes peuvent aussi lui
échapper.
Quant à la coloscopie virtuelle, elle pourrait constituer une
alternative supplémentaire au lavement baryté. Elle apparaît
comme une méthode compétitive par rapport à la coloscopie
classique, avec une détection comparable des lésions (figures
7 à 9)
de plus de 1 cm et une fiabilité de l'ordre de 94 % ;
cependant, si les sensibilité et spécificité de détection
par patient sont élevées - de 86 % à 93 %
-, la sensibilité de détection par polype chute à
50 %, d'autant plus que les polypes sont de petite taille (tableau
1). Qu'en est-il des indications ? La coloscopie virtuelle
pourrait être une technique de dépistage des polypes. Elle
peut être indiquée dans l'évaluation préopératoire
des cancers colorectaux obstructifs (figures
10 et 11),
où la coloscopie conventionnelle n'est qu'incomplète ;
elle permet en effet une évaluation complète du côlon
dans 92 % des cas, une meilleure évaluation de la localisation
tumorale dans 38 % des cas (série de 13 patients seulement),
et la classification de la lésion néoplasique dans 78 %
des cas. La coloscopie virtuelle peut-elle être réalisée
en IRM ? Avec un protocole identique à la TDM, où l'insufflation
rectale est remplacée par un lavement au gadolinium dilué,
et l'acquisition faite en apnée, en écho de gradient (3D
SPGR), les performances de l'IRM pour des polypes de 10 mm sont comparables
à celles de la TDM (sensibilité 93 %, spécificité
94 %). L'IRM serait même plus performante avec un seuil de
détection de polypes inférieurs à 5 mm (figure
7).
Les principales limites de l'endoscopie virtuelle
sont constituées par l'absence de prélèvement histologique,
l'absence de démonstration directe de la paroi puisqu'il ne s'agit
que d'imagerie de contours et sa médiocre reproductibilité.
Cette technique est aussi opérateur-dépendante, nécessite
un temps de reconstruction encore long pour la totalité de l'examen
et une collaboration étroite entre gastroentérologue endoscopiste
et radiologue.
CONCLUSION Nous
disposons d'une technique d'endoscopie virtuelle, atraumatique, ne nécessitant
ni anesthésie, ni hospitalisation, ni sonde endoscopique, ni anesthésie
générale. Cette technique pourrait s'avérer intéressante
lors des bilans pré et postopératoires et pour la surveillance
de pathologie carcinologique, mais ne peut être considérée
comme un examen de dépistage à ce jour, car elle ne fournit
pas d'histologie et elle reste expérimentale. Nous considérons
à l'heure actuelle que ses meilleures indications pourraient être
représentées par les occlusions et les sténoses digestives
ainsi que les patients dont l'état général ne permet
pas une anesthésie. REFERENCES
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York (in press).
2. Buthiau D, Antoine EC, Nizri D. Progress in helical CT in oncology.
In : CT and MRI in oncology. Buthiau D, Khayat D, eds.
Springer (New York), 1998 ; 381-91.
3. Hara AK, Johnson CD, Reed JE. Colorectal lesions : evaluation
with CT colography. RadioGraphics 1997 ; 17 : 1157-65.
4. Hara AK, Johnson CK, Reed JE, Ehman RL, Ilstrup DM. Colorectal polyp
detection with CT colography : two-versus three-dimensional
techniques. Work in progress 1996 ; 200 : 49.
5. Hara AK, Johnson CD, Reed JE, Ahlquist DA, Nelson H, MacCarty RL,
et al. Detection of colorectal polyp with CT colography :
initial assessment of sensitivity and specificity. Radiology 1997 ;
205 : 59-64.
6. Vining DJ. Virtual endoscopy : is it reality ? Radiology
1996 ; 200 : 30-7.
7. Fenlon HM, Ferrucci JT. Virtual colonoscopy : what will the
issues be ? Am J Roentgenol 1997 ; 169 : 453-8.
8. Lee DH, Ko YT. Gastric lesions : evaluation with 3-dimensional
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9. Mezwa DG. Colorectal lesions : evaluation with CT colography :
invited commentary. RadioGraphics 1997 ; 17 : 1167-74.
10. McFarland EG, Wang G, Brink JA, Balfe DM, Heiken JP, Vannier MW.
Spiral computed tomographic colonography : determination of the central
axis and digital unraveling of the colon. Acad Radiol 1997 ;
4 : 367-71.
11. McFarland EG, Brink JA, Argiro V, Loh J, Wang G, Balfe DM, et
al. Visualisation of colorectal polyps with spiral CT colography :
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Radiology 1997 ; 205 : 701-6.
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