ARTICLE Nous
limiterons notre propos aux cholangiocarcinomes extra-hépatiques,
c'est-à-dire à l'ensemble des tumeurs malignes développées
à partir des voies biliaires depuis le hile du foie jusqu'à
leur abouchement dans le duodénum. Ces tumeurs sont rares, représentent
environ 1 % à 5 % de tous les cancers digestifs [1, 2] et surviennent
essentiellement chez l'adulte au-delà de 50 ans. Elles sont souvent
diagnostiquées tardivement, au stade où la tumeur, devenue
volumineuse, obstrue la voie biliaire et s'exprime par l'ictère,
maître symptôme de l'affection. Ainsi s'explique la gravité
de leur pronostic. En 1981, Adson et Farnell [3], analysant 27 séries
de la littérature rassemblant 1 060 malades, notaient une survie
globale à 5 ans inférieure à 3 % pour les cancers de
la voie biliaire principale.
Les progrès effectués dans le domaine de l'exploration radiologique
des voies biliaires permettent aujourd'hui de reconnaître plus précocement
ces cancers et, par conséquent, d'en améliorer les possibilités
d'exérèse à visée curative. C'est le mérite
de Bernard Launois [4] et de son équipe d'avoir montré que
la résection des cancers proximaux de la voie biliaire principale
constituait le traitement le plus performant de ce type de cancer. Le taux
de résécabilité atteignait, dans cette série,
61 %, la mortalité opératoire était faible, et surtout,
la qualité de la survie était excellente. L'intérêt
de la chirurgie dans le traitement des cancers du hile était confirmé
récemment par Nimura et al. [5] qui faisaient état
d'un taux de résécabilité de 69 % et d'une survie à
5 ans de 41 %. L'amélioration de ces résultats n'est actuellement
possible qu'au prix de la mise en oeuvre de traitements combinés
et d'une collaboration médico-chirurgicale étroite pour qu'un
diagnostic puisse être porté assez tôt, afin de permettre
une exérèse chirurgicale complète, seule chance de
guérison des malades. A ce titre, la surveillance des patients présentant
des circonstances favorisant la survenue de cancers des voies biliaires
doit être soulignée, qu'il s'agisse de malformations congénitales
des voies biliaires ou de patients présentant une colite inflammatoire,
chez lesquels le risque de survenue d'un cancer des voies biliaires est
majoré.
Parallèlement aux progrès réalisés dans les
techniques d'exérèse chirurgicale, se sont développés
des procédés thérapeutiques palliatifs non chirurgicaux
dont il importe de connaître les indications, les avantages et les
inconvénients.
L'enquête rétrospective et multicentrique de l'AFC (Association
Française de Chirurgie) a permis de colliger les résultats
du traitement des cancers des voies biliaires extra-hépatiques. L'analyse
du devenir de 724 patients traités pour cancer de la vésicule
biliaire et de 552 patients traités pour cancer de la voie biliaire
principale constitue une base de données essentielle pour évaluer
les résultats des divers traitements et notamment de la chirurgie
d'exérèse [6-8] pour chacune des localisations des cholangiocarcinomes.
D'autres revues générales ont récemment permis de faire
le point sur le traitement des cancers des voies biliaires extra-hépatiques
[9-11].
Incidence, anatomopathologie
et facteurs de risque des cancers des voies biliaires extra-hépatiques
Nous distinguerons successivement les cancers de la vésicule
biliaire et les cancers de la voie biliaire principale.
Cancers de la vésicule biliaire
Son incidence est appréciée de façon variable d'une
région du monde à l'autre. Elle représente 3,8 %
de l'ensemble des cancers digestifs dans le département de la Côte-d'Or
[1], région à risque moyen comme les autres pays d'Europe
de l'Ouest ou d'Amérique du Nord. Les études épidémiologiques
montrent toutes une prédominance féminine, un âge
de survenue supérieur à 50 ans et une prévalence
élevée de la lithiase vésiculaire associée
au cancer. Ainsi, dans les séries autopsiques, la prévalence
de la lithiase vésiculaire est de 73 % lorsqu'il existe un cancer
vésiculaire [12] et de 20 % en son absence [13]. Néanmoins,
un petit nombre seulement de sujets porteurs de calculs développeront
un cancer de la vésicule biliaire : le risque de cancérisation
dans les 20 ans qui suivent le diagnostic de lithiase vésiculaire
est estimé à 0,26 % pour les hommes et 0,5 % pour les femmes
[14]. Cependant, la « vésicule porcelaine », expression
radiologique d'une forme particulière de cholécystite chronique
calcifiée, se complique plus fréquemment d'un cancer (10
à 30 % des cas). La filiation adénome vésiculaire
- adénocarcinome a également été évoquée
[15] et le risque de dégénérescence corrélé
à la taille de la lésion justifie qu'une cholécystectomie
soit pratiquée lorsque existe un papillome vésiculaire de
plus de 10 mm de diamètre ou en cas de symptômes associés.
Il faut citer d'autres facteurs étiologiques dont l'association
avec un cancer vésiculaire a été décrite :
les dilatations kystiques congénitales de la voie biliaire principale
qui peuvent favoriser l'apparition d'un carcinome de l'arbre biliaire
y compris au niveau de la vésicule biliaire (figure
1) ; les anomalies de la jonction bilio-pancréatique qui peuvent
être associées à des kystes cholédociens mais
aussi à des carcinomes vésiculaires [16-18]. D'autres facteurs
ont été incriminés, parmi lesquels le portage chronique
de bacilles typhiques ou l'exposition à certains carcinogènes.
Le cancer de la vésicule biliaire est une tumeur de caractère
macroscopique très variable, localisée ou diffuse, plus
souvent infiltrante que végétante. Il s'agit d'adénocarcinomes
plus ou moins différenciés dans 85 % des cas, de carcinomes
épidermoïdes dans 10 % des cas, et de tumeurs indifférenciées
ou anaplasiques dans les autres cas. L'extension tumorale loco-régionale
est importante à considérer car elle conditionne largement
le pronostic de l'affection. Deux classifications sont souvent utilisées
pour apprécier cette extension : la classification de Nevin [19]
(Tableau 1) et la classification
TNM de Bearhs [20] (Tableau 2).
Cancers de la voie biliaire principale
Son incidence est plus faible que pour la vésicule. Il représente
moins de 1 % de tous les cancers digestifs dans le département
du Bas-Rhin [2]. Il existe une légère prédominance
masculine et un âge moyen de survenue compris entre 60 et 65 ans.
Deux circonstances favorisantes méritent d'être soulignées.
(1) En cas de colite inflammatoire et plus particulièrement
de rectocolite ulcéro-hémorragique, Ritchie et al.
[21] estiment que le risque de survenue de ce cancer est de 9 à
21 fois supérieur à celui de la population en général,
qu'une cholangite sclérosante soit associée ou non à
cette colite inflammatoire. (2) La présence de certaines malformations
des voies biliaires favorise également la survenue d'un cancer
: (a) les dilatations kystiques congénitales de la voie biliaire
principale : 15 % et 28 % de ces malformations rapportées respectivement
par Todani et al. puis Nagorney et al. [22, 23] se sont
compliquées d'un cancer qui siégeait préférentiellement
au niveau de la dilatation cholédocienne. Il s'agit là d'adultes
jeunes souvent déjà opérés en moyenne 15 ans
plus tôt par simple dérivation interne sans résection
de la dilatation kystique ; (b) les anomalies de la jonction bilio-pancréatique,
même en l'absence d'une dilatation kystique congénitale du
cholédoque ; (c) plus rarement une maladie kystique ou fibro-kystique
du foie (kyste biliaire, polykystose hépatique, fibrose hépatique
congénitale, maladie de Caroli). Enfin, l'exposition à certains
carcinogènes tels que le thorotrast ou la dioxine ou encore l'infestation
parasitaire des voies biliaires tels que certaines distomatoses (clonorchis
sinensis, opistorchis viverini), s'associent à une élévation
de la fréquence des cancers de la voie biliaire principale.
Les cancers de la voie biliaire principale se répartissent en :
(a) cancers du tiers supérieur ou de la convergence biliaire (ou
cancer du hile ou tumeur de Klatskin), les plus nombreux (56 % dans le
rapport de l'AFC de Launois et Cubertafond) [6] ; (b) cancers du tiers
moyen (12,6 %) ; (c) cancers du tiers inférieur (17,7 %). Les formes
diffuses ne sont pas rares (13,1 %).
Pour les cancers du hile, Bismuth et Corlette [24] ont décrit 4
types anatomiques selon que la tumeur respecte la convergence principale
(type I), l'interrompt (type II) ou associe à l'interruption de
la convergence principale celle d'une seule convergence secondaire (type
III) ou encore des 2 convergences secondaires (type IV) (figure
2).
Histologiquement, ces tumeurs sont des adénocarcinomes bien différenciés
dans la plupart des cas, mais infiltrants et associés à
une fibrose importante. Macroscopiquement, ces tumeurs se présentent
le plus souvent sous une forme sclérosante ou nodulaire, plus rarement
papillaire. L'extension de ces cancers se fait surtout localement et leur
mauvais pronostic est lié à l'importance de l'extension
canalaire, lymphatique et le long des gaines péri-nerveuses [25].
L'envahissement de proche en proche le long des parois des canaux biliaires
se fait notamment vers le lobe caudé (ou lobe de Spiegel, segment
I). Ainsi, dès que le plafond de la convergence des canaux biliaires
droit et gauche est atteint, une résection hépatique est
indiquée et doit systématiquement comporter l'ablation du
segment I, car ses canaux biliaires sont envahis dans près de 90
% des cas [26]. L'envahissement des gaines nerveuses est fréquent
et source de récidive locale. L'envahissement progressif des autres
éléments du pédicule hépatique (veine porte,
artère hépatique), notamment au niveau de leur branche de
bifurcation complique la chirurgie d'exérèse ; elle ne la
contre-indique pas en cas d'atteinte tronculaire ou unilatérale.
Enfin, la survenue de métastases ganglionnaires et plus rarement
de métastases hépatiques reste possible.
Cancers de la vésicule
biliaire
Circonstances de découverte
Les tumeurs de la vésicule biliaire sont longtemps asymptomatiques
et se présentent souvent avec les mêmes signes qu'une lithiase
vésiculaire. Dans ces situations qui correspondent à environ
la moitié des cas, le diagnostic de cancer de la vésicule
biliaire n'est porté qu'en per-opératoire. Les petites tumeurs
peuvent être difficiles à différencier macroscopiquement
de lésions de cholécystite chronique : en cas de doute,
un examen histologique extemporané est indispensable. Dans un petit
nombre de cas, c'est l'analyse histologique d'une pièce de cholécystectomie
qui révélera la présence d'un cancer de petite taille
qui a pu passer inaperçu lors de la cholécystectomie. Cette
situation, d'autant plus fréquente que la cholécystectomie
a été réalisée sous coelioscopie, n'est pas
exceptionnelle, il se pose alors le problème de la réintervention
chirurgicale. En revanche, le diagnostic pré-opératoire
n'est habituellement posé que lorsqu'il s'agit de tumeurs évoluées
se traduisant soit par un syndrome tumoral, soit par un ictère
en raison de l'extension de la tumeur à la voie biliaire principale.
Diagnostic
L'échographie est évocatrice lorsqu'elle montre une image
échogène immobile sans cône d'ombre acoustique ou
encore lorsqu'elle visualise un épaississement irrégulier
de la paroi vésiculaire. En cas d'ictère, la cholangiographie
rétrograde peut faire évoquer le diagnostic de cancer de
la vésicule biliaire envahissant ou comprimant le pédicule
hépatique si elle montre l'absence d'opacification du canal cystique
et/ou une sténose du tiers moyen de la voie biliaire principale
par compression extrinsèque du bord droit du canal hépatique
commun ou du canal hépatique droit dévié. Plus rarement,
cet examen visualisera une amputation irrégulière du bas-fond
vésiculaire. La présence de calculs associés peut
conduire au diagnostic erroné de cholécystite lithiasique
chronique. Ces images sont rarement suffisantes à elles seules
pour poser avec certitude le diagnostic de cancer de la vésicule
biliaire surtout en cas de lithiase associée. La biologie est évocatrice
lorsque les marqueurs tumoraux sont présents à des taux
élevés (ACE, CA 19-9, AFP). L'examen scannographique est
utile lorsqu'il visualise une masse tumorale obstruant la vésicule
biliaire ou épaississant de manière irrégulière
sa paroi. L'angiographie hépatique sélective permet parfois
de confirmer le diagnostic en montrant une amputation de l'artère
cystique. Elle participe quoiqu'il en soit au bilan d'extension pré-opératoire.
En effet, lorsque le diagnostic de cancer vésiculaire est évoqué
avant l'intervention chirurgicale, tous les examens doivent viser à
établir la résécabilité de la lésion.
L'envahissement vasculaire artériel et portal constituant le seul
véritable obstacle à l'exérèse, un bilan d'extension
vasculaire par angiographie ou écho-Doppler nous paraît indispensable.
Cependant, pour quelques auteurs [4], seule l'exploration chirurgicale
offre le moyen de juger avec précision la résécabilité
de la lésion qui pourrait être sous-estimée autrement.
Pour cette raison, les contre-indications opératoires liées
à l'état du malade (âge, tares cardio-vasculaires
et respiratoires) ou l'existence de métastases à distance
constituent l'unique raison de ne pas opérer. La précision
du bilan per-opératoire sera affinée par l'échographie
et les examens anatomopathologiques extemporanés.
Traitement chirurgical
Les méthodes chirurgicales d'exérèse
à visée curative
Ces méthodes sont variées, mais bien codifiées.
Elles ont pour but d'éradiquer la totalité du tissu tumoral.
A côté de la cholécystectomie simple, Glenn et Hays
[27] ont proposé dès 1954 la cholécystectomie «
radicale » qui comporte une exérèse hépatique
emportant tout le lit vésiculaire ainsi qu'un curage ganglionnaire
étendu à l'ensemble du pédicule hépatique.
L'exérèse hépatique peut être élargie
aux segments IV et V, voire aux segments IV, V et VI ou encore à
l'ensemble du lobe droit (hépatectomie droite élargie au
lobe carré ou segment IV) [28]. L'importance du curage lymphatique
hilaire, pédiculaire, péri-cholédocien, rétro-duodénopancréatique
et coeliaque s'explique par la fréquence des envahissements lymphatiques.
Enfin, les exérèses peuvent être élargies à
d'autres organes de voisinage tels le bloc duodéno-pancréatique,
le côlon droit ou le côlon transverse, l'estomac lorsque existent
des envahissements de contiguïté.
En réalité, le geste chirurgical doit souvent encore se
limiter à un geste de dérivation en raison d'une extension
lésionnelle au-dessus de toute possibilité d'exérèse
chirurgicale. Ainsi, en cas d'ictère, la dérivation biliaire
peut être effectuée par anastomose bilio-digestive (anastomose
cholangio-jéjunale sur le canal du segment III (figure
3) ou plus rarement par intubation transtumorale).
Les indications thérapeutiques
Les indications varient en fonction des circonstances diagnostiques
et peuvent se discuter, schématiquement, selon 3 circonstances
différentes.
- Lorsque le cancer est une découverte d'examen
histologique sur pièce opératoire
La cholécystectomie simple est suffisante si le cancer n'atteint
que la muqueuse ou la sous-muqueuse (stade I et II de Nevin). En cas de
cancer plus envahissant, une réintervention doit être proposée
afin de réaliser une exérèse élargie emportant
le lit vésiculaire, associée à un curage ganglionnaire.
Cette réintervention est d'autant plus indiquée qu'il s'agit
d'un malade jeune et que la lésion siège sur la paroi vésiculaire
proche du foie.
- Lorsque le processus tumoral est découvert
pendant l'intervention et qu'il semble limité à la vésicule
La cholécystectomie « radicale » est indiquée.
Un examen extemporané de la tranche de section du canal cystique
dictera une éventuelle exérèse associée de
la voie biliaire principale. En cas d'envahissement hépatique,
l'importance de l'exérèse sera décidée en
fonction de l'extension de la tumeur, mais, dans tous les cas, elle emportera
le lit vésiculaire, c'est-à-dire la partie antérieure
et inférieure du segment IV et le segment V.
- Chez les malades ictériques
La propagation tumorale au-delà de la convergence rend le plus
souvent illusoire tout geste d'exérèse. L'indication d'une
dérivation bilio-digestive sera posée en tenant compte des
contre-indications éventuelles que peuvent constituer les métastases
hépatiques et/ou péritonéales. Dans ces cas, le recours
à une intubation transtumorale peut parfois permettre d'améliorer
l'ictère et le prurit.
Les résultats
Les résultats des exérèses des cancers de la vésicule
biliaire restent globalement médiocres puisque les taux de survie
à 5 ans ne dépassent guère 5 à 10 %. Il faut
cependant isoler les cas où le cancer est découvert à
un stade superficiel. Dans cette éventualité, les taux de
survie à 5 ans dépassent 85 % [28]. En revanche, pour les
stades II, les taux de survie à 5 ans sont de l'ordre de 25 % lorsqu'ils
sont traités par une cholécystectomie simple, mais peuvent
atteindre 65 % en cas de cholécystectomie « radicale »
[29]. Enfin, les cancers vésiculaires de stade III ou IV traités
par exérèse radicale associée à une résection
hépatique peuvent bénéficier d'un taux de survie
à 5 ans compris entre 15 % et 25 % [30].
Ces résultats conduisent à évoquer le rôle
éventuel des traitements adjuvants. La chimiothérapie est
réputée peu efficace dans ce type de cancer. Néanmoins,
elle a été proposée en traitement adjuvant après
résection, éventuellement associée à une radiothérapie.
Des essais récents ont tenté d'évaluer l'intérêt
de la radiothérapie per-opératoire isolée ou associée
à une chimiothérapie type 5 FU [31]. L'efficacité
de ces traitements, même si elle paraît modeste, est en cours
d'évaluation.
Les cancers de la voie biliaire
principale
Circonstances de découverte
Le tableau clinique est dominé par un ictère rétentionnel
d'apparition insidieuse, progressivement croissant, classiquement sans
douleur ni fièvre, associé à un prurit que l'anamnèse
retrouve souvent avant même l'apparition de l'ictère. Il
s'y associe une altération de l'état général
dont témoignent un amaigrissement important, une asthénie
et une anorexie marquée. L'ensemble de ces signes est caractéristique
d'un obstacle tumoral sur les voies biliaires. Au cours de l'évolution,
des douleurs de l'hypochondre droit ou une poussée fébrile
avec frissons, en rapport avec une angiocholite, peuvent survenir. L'examen
clinique n'apporte que peu de renseignements en dehors des rares cas où
une grosse vésicule est palpable dans l'hypochondre droit. Il existe
fréquemment un gros foie secondaire à la cholestase.
Diagnostic
En règle générale, il est facile de poser le diagnostic
d'obstacle sur les voies biliaires extra-hépatiques. Le problème
consiste à en préciser la nature, le siège exact
et l'extension grâce à des explorations complémentaires.
Les examens biologiques contribuent peu au diagnostic : ils confirment
la cholestase (élévation des phosphatases alcalines, des
gamma-GT, de la bilirubine conjuguée). La recherche d'une augmentation
des marqueurs tumoraux (ACE, CA 19-9, AFP) reste le plus souvent négative.
Le temps de Quick peut être allongé en raison d'une baisse
des facteurs du complexe prothrombinique par défaut d'absorption
de la vitamine K ; en revanche, le facteur V reste normal. Les techniques
radiologiques et endoscopiques, développées au cours des
deux dernières décennies, ont radicalement modifié
la stratégie d'exploration des voies biliaires. L'échographie
est l'examen de première intention. Elle visualise la dilatation
des voies biliaires intra-hépatiques, définit le niveau
d'obstruction en repérant la masse tumorale, notamment dans les
cancers du hile ou du tiers inférieur. Enfin, elle permet de rechercher
d'éventuelles métastases hépatiques.
Le scanner confirme les données de l'échographie et visualise
parfois mieux l'atteinte parenchymateuse hépatique éventuelle,
notamment l'envahissement du lobe caudé (lobe de Spiegel, segment
I) dans certains cancers du hile. Il renseigne également sur l'existence
d'une atrophie hépatique, particulièrement du lobe gauche,
importante à connaître avant d'envisager une résection
ou même une dérivation biliaire intra-hépatique unilatérale.
Enfin, scanner et échographie permettent de réaliser d'éventuelles
biopsies guidées. Celles-ci, cependant, ne sont pas dénuées
de risque, en raison de la cholestase avec dilatation des voies biliaires
intra-hépatiques, mais aussi du fait du risque d'ensemencement
tumoral sur le trajet de la ponction.
L'opacification des voies biliaires reste l'exploration la plus démonstrative
: elle permet le diagnostic d'obstacle et, surtout, elle en précise
le siège exact. Elle apprécie également l'extension
de la tumeur le long de l'arbre biliaire. Deux procédés
peuvent être utilisés. (a) La cholangiographie transpariétale
réalisée à l'aiguille fine dans de strictes conditions
d'asepsie est aisée lorsque les voies biliaires intra-hépatiques
sont dilatées. Elle visualise le pôle supérieur de
la tumeur et précise son extension éventuelle aux canaux
hépatiques droits et/ou gauches (figure
4). Cependant, la morbidité de cet examen n'est pas négligeable
en raison des risques de fuite biliaire, d'hémorragie ou d'infection
qu'il fait courir. Pour cette raison, de nombreux auteurs préfèrent
réaliser cet examen en per-opératoire. D'autres y ont recours
avant l'opération mais instaurent un drainage biliaire percutané
bien que le bénéfice de celui-ci n'ait pas été
démontré [32]. (b) La cholangiographie rétrograde
par voie endoscopique permet souvent de visualiser une image d'arrêt
ou de sténose (figure 5)
; elle est cependant moins performante que la précédente,
ne serait-ce que parce qu'elle ne visualise souvent que la limite distale
de la lésion. Elle expose au risque d'angiocholite et peut, de
ce fait, imposer une intervention rapide. Lorsque l'exérèse
du cholangiocarcinome est envisagée, l'artériographie coelio-mésentérique
avec temps veineux de retour est indiquée afin de mieux préciser
une extension vasculaire du cancer. Néanmoins, l'absence d'anomalie
vasculaire à l'artériographie n'élimine pas forcément
l'absence d'envahissement pariétal vasculaire que l'on peut encore
découvrir lors de l'intervention. L'écho-endoscopie et l'écho-Doppler
ont amélioré la détection de ces envahissements et
pourraient à l'avenir éviter le recours aux opacifications
vasculaires conventionnelles.
Au terme de ce bilan, le diagnostic de tumeur maligne est le plus souvent
évident, ce d'autant que d'autres diagnostics auront été
éliminés.
* Lorsque la sténose est basse, il peut s'agir d'un cancer de la
tête du pancréas mais le traitement sera le même. Le
problème le plus important est posé par les sténoses
bénignes des voies biliaires, soit par lésions post-opératoires,
soit par pancréatite chronique. Dans ce dernier cas, le contexte
clinique, la présence de calcifications pancréatiques et
l'aspect du Wirsung sont caractéristiques. Enfin, un calcul enclavé
donne lieu à une symptomatologie douloureuse évocatrice
et survient dans un contexte de lithiase biliaire très différent
de l'évolution tumorale.
* Lorsque la sténose est haute, le problème diagnostique
essentiel est celui d'une cholangite sclérosante primitive : il
existe dans ce cas un rétrécissement diffus et irrégulier
des voies biliaires extra et/ou intra-hépatiques sur lesquelles
alternent sténoses et dilatations caractéristiques. Cependant,
la survenue d'un cholangiocarcinome sur des lésions de cholangite
sclérosante est fréquente et imprévisible. Qui plus
est, il reste difficile d'affirmer la nature bénigne ou maligne
d'une sténose localisée. L'analyse histologique du culot
de centrifugation de la bile recueillie par cathétérisme
endoscopique, ou de ce que ramène le brossage des voies biliaires,
sont des éléments parfois utiles à l'établissement
du diagnostic de certitude.
Traitement
Les méthodes thérapeutiques
Le seul espoir de guérison de ces tumeurs réside dans
les exérèses chirurgicales complètes. C'est dire
non seulement l'intérêt d'un diagnostic précoce mais
aussi du choix d'une stratégie résolument agressive, sous
la forme d'une chirurgie radicale chaque fois que celle-ci est compatible
avec l'état général du patient et l'envahissement
local de la tumeur.
Les exérèses
* Pour les cancers du 1/3 inférieur,
la duodénopancréatectomie céphalique constitue l'intervention
de choix.
* Les cancers du 1/3 moyen relèvent
d'une exérèse large avec curage en bloc du pédicule
hépatique et cholécystectomie. Des biopsies extemporanées
renseignent sur l'envahissement éventuel des tranches de section
haute et basse. La duodénopancréatectomie céphalique
est indiquée en cas d'extension vers le bas, la résection
de la convergence biliaire, voire une hépatectomie associée,
sont nécessaires en cas d'extension vers le haut.
* Les cancers du 1/3 supérieur,
qui représentent plus de la moitié des cancers de la voie
biliaire principale, posent les problèmes thérapeutiques
les plus délicats. Leur traitement à visée curative
associe une résection de la voie biliaire et de la convergence
biliaire à une exérèse hépatique plus ou moins
large : segmentectomie IV (figure
6) le plus souvent, parfois bisegmentectomie IV-V, hépatectomie
gauche pour les tumeurs étendues au foie gauche, lobectomie droite
pour les cancers étendus au foie droit. L'intérêt
de la résection systématique du lobe caudé a été
bien souligné [5, 26], afin de réduire le risque de récidive
locale à partir d'un envahissement méconnu des voies biliaires
de ce segment.
Une résection partielle de la veine porte peut être réalisée
en cas d'atteinte segmentaire localisée du tronc ou d'une seule
branche de division [33-36]. Le rétablissement de la continuité
veineuse s'effectue généralement par rapprochement et simple
suture, sans interposition veineuse (figure
7). La confection d'une anastomose à expansion (growth factor),
telle qu'elle a été décrite par Starzl et al.
en transplantation hépatique permet d'éviter la sténose
[37]. Les conditions d'un bon rétablissement de continuité
ont été décrites par Sakaguchi et Nakamura [35],
qui recommandent de sectionner la branche portale à 2 cm de la
tumeur. Il est alors parfois nécessaire de recourir à un
greffon veineux (figure 7) soit
jugulaire, soit, comme le recommandent Launois et Cubertafond, iliaque
primitif [6] prélevé en aval de la veine hypogastrique pour
ne pas gêner le retour veineux du membre inférieur. Un greffon
veineux conservé peut aussi être utilisé dès
lors qu'il satisfait aux normes d'utilisation des produits d'origine humaine.
Une résection artérielle segmentaire n'est souhaitable que
s'il existe des possibilités de reconstruction : suture directe,
interposition d'un greffon veineux [36]. Le rétablissement de la
continuité biliaire est réalisé à l'aide d'une
anse jéjunale montée en Y, suffisamment longue (60 à
70 cm) pour éviter tout reflux. Elle est anastomosée au
toit de la convergence dans les tumeurs de type I, aux orifices des canaux
biliaires adossés en convergences secondaires lorsque la résection
de l'arbre biliaire a été plus large. Lorsqu'une résection
segmentaire hépatique a été effectuée (segment
IV) l'anastomose biliaire est double et porte sur les canaux droit et
gauche reconstitués. Enfin, dans les cas d'hépatectomie
droite ou gauche, la reconstruction biliaire s'effectue sur les canaux
segmentaires repérés sur la tranche de section hépatique
(figure 8). Les sutures sont
réalisées au fil lentement résorbable, très
fin, et les anastomoses intubées à l'aide de drains fins,
extériorisés à la Voelker au pied de l'anse. L'intérêt
de ce drainage est double : calibrage de l'anastomose et accès
radiologique aux voies biliaires pendant la période post-opératoire.
L'hépatectomie totale avec transplantation hépatique, plus
facile à réaliser dans les cancers du hile du foie que les
résections, n'est justifiée qu'en l'absence de toute dissémination
extra-hépatique et notamment ganglionnaire [38, 39]. Le rétablissement
biliaire se fait obligatoirement sur une anse en Y. Des exérèses
très larges, à type d'exentération sus-mésocolique,
suivies de transplantations en grappe, du foie et du bloc duodénopancréatique
(cluster des Anglo-Saxons) ont été proposées par
l'équipe de Pittsburgh [40] ; séduisantes sur le plan de
l'exérèse carcinologique, elles sont grevées d'une
lourde mortalité péri-opératoire et sont pratiquement
abandonnées aujourd'hui.
Les interventions palliatives
Elles se répartissent en 2 groupes : les dérivations bilio-digestives
d'une part, les intubations transtumorales, d'autre part.
a. Les dérivations bilio-digestives
Pour les cancers du tiers inférieur, elles se confondent avec
celles des cancers du pancréas. Ce sont en règle générale
des anastomoses cholédoco-digestives ; elles peuvent porter soit
sur le duodénum et sont de préférence termino-latérales
le plus haut possible pour éviter un envahissement secondaire et
non pas latéro-latérales afin d'éviter le cul-de-sac
inférieur de stase, soit sur une anse jéjunale en Y qui
paraît préférable mais de réalisation un peu
plus longue. Les anastomoses cholécysto-digestives sont beaucoup
moins fonctionnelles que les précédentes. Dans tous les
cas, une gastro-entérostomie doit être associée à
la dérivation biliaire.
Pour les cancers du tiers supérieur et du tiers moyen, les anastomoses
portent sur les canaux biliaires intra-hépatiques dilatés.
De nombreuses techniques ont été décrites. Soupault
et Couinaud [41], dès 1957, avaient proposé la dérivation
biliaire intra-hépatique, sans exérèse hépatique,
sur le canal du segment III (figure
3). Ce procédé a été largement adopté
[24, 42]. L'abord du canal du segment III est facilité par l'usage
du bistouri ultrasonique. Certains facteurs contre-indiquent cependant
le recours à cette anastomose : l'atrophie du lobe gauche, un envahissement
tumoral du lobe gauche, l'atteinte des branches biliaires secondaires
du lobe gauche. Il faut alors recourir à une anastomose sur le
foie droit, habituellement le canal du segment V (figure
9). Celui-ci est abordé après repérage échographique
et sa dissection est facilitée là encore par l'utilisation
du dissecteur ultrasonique. Il est souvent nécessaire de réséquer
un segment hépatique pour mieux exposer ce canal biliaire. Enfin,
des anastomoses bilatérales ont été proposées
mais elles sont rarement indiquées en dehors des tumeurs proches
du stade IV. Dans ces cas, la résection de la portion antérieure
du segment IV permet d'aborder le canal du segment V à droite de
l'exérèse et le canal du segment IV à gauche.
b. Les intubations transtumorales
Elles sont très variées dans leur réalisation.
Citons tout d'abord celles qui peuvent être mises en place sans
laparotomie : endoprothèses mises en place par voie endoscopique
ou percutanée, et qui s'adressent aux malades jugés inopérables.
Celles qui sont mises en place au cours d'une laparotomie se répartissent
en deux groupes selon qu'elles sont réalisées à drain
perdu [43] ou au contraire avec drainage externe. Les premières
(figure 10) offrent l'avantage
d'un meilleur confort pour le malade (absence de drain extériorisé)
; en revanche, les drains ne peuvent être ni remplacés ni
désobstrués. Encore faut-il signaler l'utilisation récente
de drains siliconés munis d'une armature et de crochets d'ancrage
qui semblent susceptibles de mieux éviter l'obstruction, la migration
et l'angiocholite [44]. Les intubations à drain extériorisé
utilisent des drains en T, en U (figure
11) ou en séton [45]. Ils ont l'avantage de pouvoir être
régulièrement désobstrués et même changés
; en revanche ils altèrent le confort de survie du malade. Citons
enfin la prothèse de Kron, tube en silicone, qui est implanté
dans la voie biliaire d'une part, dans le tube digestif d'autre part (estomac,
duodénum ou jéjunum) [46].
Les résultats
Cancers du tiers supérieur
a. En l'absence de tout traitement,
la plupart des malades porteurs d'un cancer des voies biliaires décèdent
au cours des 3 mois qui suivent l'apparition de l'ictère.
b. Les traitements palliatifs doivent
être jugés sur la durée de la survie mais aussi sur
la qualité de celle-ci. Dans la série de l'AFC [6], la mortalité
opératoire des anastomoses était de 26 % et la survie médiane
de 9 mois (la plus longue survie atteignant 19 mois). Les résultats
des intubations dans la même série sont comparables : 27
% de mortalité opératoire et survie médiane de 8
mois (la plus longue survie atteignant 15 mois). L'avantage des anastomoses
apparaît dans le confort de survie des patients : pour la grande
majorité d'entre eux, l'ictère disparaît complètement,
et ils ne subissent pas les inconvénients d'un drainage externe
nécessitant des soins réguliers.
c. Les exérèses à visée
curative offrent une survie nettement plus longue : 24 mois de
survie médiane dans la série de l'AFC [6], 26 mois dans
la série personnelle de Launois [4] avec survie actuarielle de
80 % à 1 an, 46 % à 2 ans, 29 % à 3 ans, 16 % à
4 ans et 8 % à 5 ans. Dans la série de l'AFC, la survie
médiane après résection tumorale était identique,
qu'il y eut ou non une résection hépatique associée.
La série de Bismuth et al. [33] fait état d'une survie
moyenne de 53 mois après la réstion ; 51 % des patients
sont en vie à 3 ans, 2 patients sont en vie au-delà de 10
ans. Des séries japonaises plus récentes font état
de résultats améliorés par la résection systématique
du lobe caudé : 41 % de survie à 5 ans pour Nimura [5].
Enfin, il faut noter que les résections vasculaires ne semblent
pas aggraver le pronostic à long terme.
d. Les résultats de la transplantation
hépatique sont considérés comme mauvais dans
cette indication. Dans l'expérience de Starzl [40], sur 14 malades
transplantés pour cancer du 1/3 supérieur, aucun n'a survécu
5 ans. Pichlmayr et al. [38] observent une survie actuarielle de
80 % à 2 ans chez les malades sans envahissement ganglionnaire.
Le registre européen relève 71 transplantations pour cancers
des voies biliaires : la survie actuarielle est de 39 % à 3 ans.
Cancers du tiers moyen
Les survies sont proches de celles observées pour les cancers
du tiers supérieur : survie médiane de 13 mois dans la série
de l'AFC [6].
Cancers du tiers inférieur
Leur pronostic est nettement meilleur que pour les cancers plus haut
situés : survie médiane de 64 mois dans la série
de l'AFC [6].
Le traitement des cancers des voies biliaires soulève encore bien
des questions auxquelles il est difficile de répondre définitivement
aujourd'hui.
1. Faut-il drainer les voies biliaires avant l'intervention
?
Plusieurs études rétrospectives suggèrent une diminution
de la mortalité et de la morbidité par drainage biliaire
pré-opératoire. En réalité, un essai contrôlé
a tenté de répondre à cette question et n'a pas montré
de bénéfice pour le drainage biliaire pré-opératoire
[32].
2. Quels sont les malades pouvant bénéficier
d'une résection ?
Les taux de résécabilité sont très variables
selon les séries rapportées. Ils dépendent de facteurs
inhérents aux malades eux-mêmes (terrain, extension locale),
mais aussi de l'expérience du chirurgien ainsi que des contre-indications
à l'exérèse que se sont fixées chaque équipe.
Ainsi, le taux de résécabilité varie de 17 % pour
Longmire et al. [47] en 1973 à 61 % pour Launois et al.
[4] en 1979, et 75 % pour Mizumoto et al. [26] en 1986. Pourtant,
la mortalité opératoire ne s'accroît pas parallèlement
au développement de cette chirurgie plus agressive ; ainsi Mizumoto
et al. font état d'une mortalité opératoire
de 4,2 %. Dans tous les cas, la résécabilité ne sera
jugée définitivement qu'à ventre ouvert afin de s'assurer
de l'absence de dissémination péritonéale, de métastases
ganglionnaires en dehors du pédicule hépatique et d'une
dissémination hépatique en-dehors des 2 segments hépatiques
adjacents à la tumeur. De même, l'envahissement biliaire
hépatique bilatéral au-delà des branches secondaires,
l'envahissement des 2 branches de division de l'artère hépatique
ainsi que l'envahissement des 2 branches portales constituent des contre-indications
à l'exérèse. Par analogie à ce qui est aujourd'hui
préconisé dans le bilan des cancers de l'estomac ou du pancréas,
l'exploration de la cavité abdominale par coelioscopie, précédant
la coeliotomie devrait pouvoir trouver sa place dans la recherche d'une
dissémination métastatique infraclinique de la maladie.
3. Quels sont les meilleurs traitements palliatifs
?
A l'heure actuelle, les résultats des traitements palliatifs
chirurgicaux sont sensiblement meilleurs que ceux offerts par les procédés
non chirurgicaux en termes de durée et de confort de survie (195
jours de survie moyenne après traitement palliatif non chirurgical,
302 jours de survie moyenne après traitement palliatif chirurgical
dans l'expérience de Devière et Cremer) (dans [6]).
4. Faut-il recourir aux traitements complémentaires
adjuvants (radiothérapie, chimiothérapie) ?
En dehors de rares séries ayant suggéré un allongement
de la survie chez des malades irradiés par raport à ceux
qui ne le sont pas, notamment après chirurgie palliative [45, 48],
aucune étude n'a jusqu'ici apporté la preuve formelle de
l'efficacité d'un tel traitement complémentaire. Ainsi,
dans une étude récente, la radiothérapie post-opératoire
n'a pas diminué le taux de récidive locale [49]. La chimiosensibilité
des cholangiocarcinomes semble également relativement faible. Néanmoins,
des associations, telle celle du 5-fluoro-uracile et du cisplatine, ont
fait la preuve d'une certaine efficacité permettant d'obtenir une
réponse tumorale dans environ un tiers des cas [50]. En fait c'est
l'association radiothérapie-chimiothérapie qui mérite
d'être évaluée et l'inclusion de malades dans des
protocoles prospectifs associant radiothérapie et chimiothérapie
apparaît justifiée.
CONCLUSION Si
les cancers des voies biliaires sont grevés d'un pronostic globalement péjoratif,
les possibilités d'exérèse ne doivent cependant jamais être méconnues. En
effet, seule la résection complète de ces tumeurs est susceptible d'offrir
une survie longue et un espoir de guérison définitive à ces patients. La
place de la transplantation hépatique, probablement très limitée, mérite
d'être mieux définie pour les tumeurs du hile strictement limitées au foie
et aux voies biliaires. Lorsqu'un geste à visée curative n'est pas réalisable
et qu'il faut recourir à un traitement palliatif, c'est le traitement chirurgical
qui, à l'heure actuelle, procure la meilleure durée et la meilleure qualité
de survie. Les procédés non chirurgicaux sont réservés aux seuls malades
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